IM LE MERCREDI DES CENDRES
«ioer à sortir du tombeau comme un autre Lazare} vousè qui H a marqué peut-être ce temps de pénitence comme le moment de votre salut, et le terme heureux de vos malheurs et de vos crime»; entrez atec tos f itères dans cette sainte carrière de pénitence ; de* mandez à Dieu que tous n*y couriez pas en vain. Offirez-bti ce léger sacriGee , pour obtenir celui de yos passions. Commencez par la let«- Ire , afin que l'esprit qui vivifie vous soit donné : sonmeltez-iotts a Dieu, en vous soumettant à la loi de l'Eglise , et il vous soumelira les cupidités injostes qui vous dominent : jiias la loi vous sera pénible, plus vous devez faire en sorte que cette peine ne soit pas infructueuse et sans mérite pour vous. C'est toajoors un commencement de sdut, que d'accomplir le précepte $ c'est s'unir avec les Justes ; c'est craindre de désobéir à Dieu; c'est respecter ses lois saintes ; c'est rendre hommage à laréligioB; ce n'est pas mettre un nouvel obstade aux grâces que Dieu nous prépare en CCS jours de propitiatlon : en un mot , le pécheur qui observe la loi peut du moins espérer toujours; celui qui la méprise est déjà condamné.
Et cependant où sont ceux qui observent cette loi safaile? Que de prétextes frivoles et peusérieux pour s'en dispenser ! Oui , mes Frères , que n'opposez* vous pas pour vous mettre à couvert de ce devoir ? Des infirmités chimériques : mais, hélas ! les opposei-voos an monde, aux plaisirs mille fois plus laborieux et plus nuisibles que celle loi de pénitence? Une santé foible et usée : mais quel usage en faites* vous pour le crime, pour l'ambition, pour des affiiires terrestres mille fois f^os dures à porter que le joug de Jésus- Christ ? Quelque légère incommodité déjà éprouvée dans la pratique de rabstinence : hélas! mais n'en éprouvez-vous pas tous les jours de |dus grandes dans les excès de la table et du jeu ^ dans le dérangement d'une vie toute profane? vous en abstenez-vous pour cela? Où est ici la bonne foi, et cette éqbité dont vous faites tant d'ostentation dans vos démarches envers les hommes? M'ôtes-vous donc faux c( injuste qu'envers Dieu ? Qu'avez-vous donc à opposer encore? un long usage de transgression, une habitude de violer la loi saint<*, qui vous la rend désormais impraticable ? Eh quoi ! seriez-vous dis pensé du précepte , pour ne l'avoir jamais observé jusqu'ici ? L'ancienneté de l'infraction vous rendroit-elle moins coupable? Nous allégueriex^vous la durée du crime comme une excuse? Et ce qui devroit vous alarmer, devicndroit donc précisément ce qui vous calme? C'est à nous à vous opposer cette longue et criminelle haiNtude de transgression , et k nous en servir de motif pour vous couvrir de confusion ; et non pas à vous , à nous l'alléguer comme une raison qui vous justifie. Que de pécheurs voluptueux et invétérés deviendroient innocents, si le long usage de la volupté tout senties dispensoit devant Dieu d'être chastes! Qu'on est à plaindre , mes Frères, de s'aveugler dans laffaire de l'éternité, sur des raisons
MOTIFS DE COffVERSION. 398
pnérito qu'on aoroit honlo d'avancer devant des hommes sérieux daas des affaires de néant !
Je sais qu'on nous dit tous les jours que ce n'est pas id un ponit fart essentiel ; que la grande affaire est de bien vivre ; mais qu'an fend user d'une viande plut6t que d*une autre , n'a jamais paru un crime fort sérieux, et sur quoi il faille tant sonner l'alarme, et troublor les oonsciences des Cdèles
G'e6t-è*dirc, 6 mon Dieu ; que la dernière ressource du pécheur pour se calmer est d'avilir dans son esprit la majesté de vos préceptes : comme si vous n'étiez pas également grand lorsque vous dé- Tendex à Gain de répandre le sang innocent, ou lorsque vous ordonnez au premier des hommes de ne pas goûter d'un fruit où vous voidîez que sa soumission et son obéissance rendissent, hommage à votre gloire, et témoignassent que l'usage des créatures est un don de votre souveraineté et de votre clémence.
Oui , mes Frères , ce n'est pas assez pour le monde de violer la loi sainte du jeûne et de l'abstinence ; on l'avilit , on la traite do minU'*lie , on la regarde conmio une dévotion populaire. C'est presque un air de force et de raison de la violer sans scrupule. Et c'est ainsi qu'on dégrade la tradition la plus vénérable de l'Église, la pratique la plus ancienne et la plus universelle qui nous soit venue de nos pères. C'est ainsi que l'institution respectable du jeûne , établie par les apôtres, consacrée par l'usage de tous les siècles, honorée par roxenple des prophètes et de Jésus-Christ même, n'est plus dans les discours du monde qu'une pratique populaire de dévotion , sur kqueHe il y a de la petitesse et de l'excès à vouloir être si rigoureux et si sévère.
Mes Frères , le saint vieillard Eléazar étoit donc un esprit foible, lorsqu'il aima mieux perdre la vie que de souiller son ame par Tusage des viandes profanes et défendues par la loi ? Le supplice de la mère et des sept enfants dans les Machabées n'est donc qu'une his toire risîble, puisque les tourments les plus affreux ne purent les déterminer à se permctre des mets que Moïse avoit iuterditsau peuple de Dieu ? Les trois jeunes Hébreux , à la cour du roi de Babjioœ, n'aroient donc que des frayeurs puériles, puisqu'ils préféroîent la Simplicité des viandes prescrites, à la faveur d'un monarque superbe? Et tes livres saints , qui ont consacré par des éloges la foi et le courage de tous ces anciens Justes, n'ont donc fait que rehausser par des louanges magniflques un scrupule vain et puéril ?
Eh ! qui étes-vous donc pour trouver de la petitesse où les saints ont trouvé tant de force et de grandeur? Avoient-ik de la majesté de la religion des idées moins nobles et moins sublimes que vous? Ëtoient-ils moins instruits de la foi et de la dignité de ses préceptes, dont l'intelligence n'est donnée qu'à ceux qui les aiment et qui les observent? Etoient-ce des esprits foibles, eux qui ont eu la force de vaincro le monde , et qui ont été plus sages que toute la
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sagene dii8idde? Dansqaek excès ne tombât-on pas pour fl^étonrdirsarrinfracUoiide cette loi sainte! On deyient impie prarétte plos tranqaUlement transgresscnr^
Aussi il n*ea reste presque plus de vestiges dms le monde. Ce temps sacré n'est presqae plus distingué des autres de Tannée, qne par les instructions plus fréquentes que nous faisons aux idéles. Le deuil n*est plus que dans nos temples, où les ministres pleurent encore entre le vestibule et Vautel. La pénitence de ces jours saints ne subsiste plus que dans le langage de TÉglise. Au-dehors les piai-» sirs, les jeux , les passions, les spectacles , les excès mêmes de la bonne chère vont toujours mémetrain.AlIei dans les Iles éloignées, dît TEsprit de Dieu , ypyez ce peuple infidèle, ennemi de Jésus- Christ, et qui possède les lieux sacrés où s'accomplirent autrefois tous ses mjst^es. Entrez dans ces villes profanes aux temps destinés à la célébration de leurs jeûnes. Quel recueillement, quelle abstinence! quelles purifications, quelles prières! qudle sévérité d'observance! quelles peines imposées par la loi de leur faux proidkète, devenue leur loi publique, contre les transgresseurs , s'il s'en trouvoit un seul ? Tout y annonce au-dehors leurs jours de jeûne et d'abstinence : et au milieu de nos villes, nous qui nous vantons d'être le peuple choisi , nous qui nous regardons comme la nation sainte, tout en efface jusqu'aux traces les plus légères ; et le seul spectacle qui rappelle rétablissement de la loi, c'est le grand nombre de ceux qui la violent. Trouvez-moi en effet une seule famille où le carême s'observe universellement? Cherchez une table dans le monde qui ne soit pas chargée de mets défendus, et où il ne se rencontre quelque infracteur du précepte? Et ce n'est pas assez de le violer : loin de cacher sa honte et sa transgression dans l'enceinte de sa famille , on le viole avec éclat; on attire chez soi des oom^ plices de sa désobéissance; on les autorise par son exemple; on les force souvent par ses persuasions : et comme si ce n'étoit pas assez du crime de Tinfraction , on y ajoute celui du scandale.
Venez nous dire après cela que ce n'est pas ici un point fort es* sentid. Vous ne comptez donc pour rien de changer ks mœors por bliques, de vous révolter contre l'Eglise, de vous séparer comme un anathème de tout le corps des Justes, de ne faire aucun usage des secours que la religion vous oare , d'être à vos frères une occasion de cLute et de scandale , et en un mot de contribuer autant qu'il est en vous au relâchement des mœurs , et à TextinctioB de la foi et delà piété parmi les fidèles?
Voilà , mon cher Auditeur, des motifs biai pressants pour vous déterminer à un changement de vie. Ajoutons-y encore la croix et l'exemple de Jésus-Christ • une l'Eglise nous met devant les yeux ^ ces jours de salut.
Motifs de gomvërsion. ss»
IBOlilÉMS MOTir.
Ce gnaà spectacle pourroit-il Vous deveair inutile? Le {iris de «m MDg qui a eflacé les péchés da monde, et qui va couler plus alnnidamment sur tous» pourroit-il vous laisser encore toutcou- Tcrt de. crimes et de souillures ?
Ôtf , mes Fràres , sa croix est le seul héritage qu'il ait laissé à son llglise». U faut que nous, participions à son calice , si nous voulons partager avec Ijoi sa gloire* et son immortalité. C'est là l'esprit de notre vop^tion , et le fondement de notre espérance. Hors de U qous ne sommes pas distmgués de ces nations infidèles qui ne connoissent.pas Jésus-Christ. Olez de sa morale les maximes crucifiantes^ la violence, Thumilité» le renoncement à soi-même, le mépris du monde, la fuite des plaisirs , tout le resle peut nous élre coiqmun avec les philosophes qui débitoient une doctrine Sife et éloignée dos excès et des vices.
C'est donc la croix de Jésus-Christ qui laii proprement le grand caractère des chrétiens, et la seule voie de salul que Jésus-Christ " est venu ouvrir & ses disciples. Or comment y participons-nous? Qa'avons-nous do commun avec Jésus-Christ crucifié ? Nos œuvres, nos démarches, nos délassements, nos peines, nos plaisirs, nos craintes, nos espérances sont-elles marquées du sceau de la croix f Où parolt ce signe de salut dans toute la suite de notre vie?
Je sais que le monde nous fournit des croix et des afflictions , qoe nos propres passions nous en ménagent , et que nous scmunes ingénieux à nous en former & nous-mêmes. Mais ce sont là dea croix de la cupidité. Ce sont les châtiments de nos passions, et non pas les remèdes de nos crimes.. Ce sont les tristes suites da Tiœ, et non pas les fruits pénibles de la vertu. Mais où est la croix de Jésus-Christ dans nos mœurs? Que souSroos-nous pour lui plafare? Que prenons-nous sur nos passions , sur nos penchanta, poor pouvoir prétendre an titre de ses disciples? Où est cette croix que nous portons, et sans laquelle il faut renoncer à Jésus-Christ ? Nous portons la croix de nos crimes , la '^-oix de nos passions , la croix de notre ambition , la croix de nos hdi^s^ et de nos envies , c'est-lHlire la croix du monde et du dém m, Pelas 1 celle de Jésus- Christ est moins amëre et moins pesante, et n^os la rejetons : edle de Jésus-Christ rend heureux ceux qui la portent, et nous la craiignooss celle de Jésus-Christ adoucit même les croix du monde , et nous les lui préférons : celle de. Jésus-Christ est le prix de l'éternité, et nous la méprvsons.
Qtiellè folie ,.mes Frères \ Nous ne pouvons éviter les croix Id-
has ; faisons du moins qu'elles nous, soient, utiles. 11 faut totyours
que nous souffrions de nos passions ;, soulfrons 4u .mpins en Ici
rtpriiBant , aftn que nos violeiices nous soient comptées. U faut
i^ VR MERCREDI DlBS CENDRES.
que nous Upouthmis des amertumes dans la vie ; mettons-ks donc à profit, et (aisons-en des amertumes de pénitence, afin qoe nous ne perdions pas tout. Il faut <}a1t en coàte pomr servir le monde, courue pour servir Jésus-Ghrist ; souffrons poor IKen qs que nous sonÇTrons pour le monde; nos peittes seront les mèm^, et les ré- GOmpeùses bien dffièreutes.
Mais que dis-je , mes Frères, que nos peines sueront les méînes ? Le Seigneur adoucit le joug qu'on porte pour lui ; et te joug du ntonde est un joug de fer, qui meurtrit et qui accable. Les violences de la croix sont mêlées de ipllle consolations , et cdies de la cupidité ne sont payées que par des peines nouvelles. Les sacrifices de la grâce calment le coeur, et ceux des passions le déchirent. ILes saintes agitations de h pénitence laissent Tame dans la joie et dans la paix , et les agitations du crime la troublent et la dévorent. Les épines de la vertu portent avec elles leur douceur et leur remède ; et cales du vice laissent l'aiguillon dans la conscience, et.Ie ver dévorant qui ne meurt plus. En un mot , les rigueurs de TEvangile font des heureux , et les dégoûts du monde n'ont fait jusqu'ici que des misérables.
Les grâces qui vont couler de la croix de Jésus-Christ vous offrent donc,'lDion cher Auditeur , une ressource que vos crimes ne trouveront peut-être pas dans un autre temps. Les prières niêmes de rEghse, plus longues et plus touchantes , rendent , durant cetle samte carrière , le ciel plus propice aux pécheurs.
QUATRIÉWB MOTir. ■
Les soupirs do cette chaste épouse qui ne s'occupe on ce temps qne de la conversion de ses enfants , qui ne prolonge la tristesse et l%armonie de ses cantiques que pour attirer les regards et les miséricordes du Seigneur sur les scandales qui l'affligent, ouvrent les trésors du ciel sur les iniquités de la terre. Tout le corps des Juslcs qui prie , et qui est toujours exaucé , rend le Seigneur bien plus attentif aux besoins de l'Eglise et aux misères de nos âmes.
Je ne parlé pas des jeûnes, des macérations, des austérités que les vrais fidèles pratiquent en ces jours de salut , et qu'ils offrent au Seigneur comme un sacrifice d'expiation , pour le réconcilier avec son peuple : tant d'ames justes qui affligent leur chair par le jeûne et par ta retraite , et dont la voix, comme la voix du sang innocent, monte jusqu'au trône de Dieu , non pour solliciter ses vengeances, maispour attirer ses mi^cordes. Hélas } si Judith toute seule dans Israël , afn fligeant son ame sous la cendre et sous le cilîce , réconciUa le Seîq^eur avec son peuple et détourna de lui les effets de son indignation et de aa colère , que ne devons-nous pas attendre de tant d'ames fidtie8,qui, répandues dans toutes les parties de la terre» prient en ce temps saint pour vous , et offrent au Seigneur leurs jeûnes çf leurs macér?»tloiii, pour obtenir le pardon de vos crimes ! (^ ne
MOTIFS DE COm^RSION. Ji;
devez vous pas attendre de tant de.saints pasteurs qui offrent leur* âmes et leurs travaux pour vous enfanter à Jésus-Christ ; de tant d'anachorètes pénitents , de tant de vierges pures , qui dans le fond de leur retraite gémissent comme la colombe, désarment le bras du Seigneur prêt à s'appesantir sur nous, et changent ses foudres en des rosées de bénédictions et de grâce ! Que de secours la religion présentée votre foiblesse 1 que de portes la bonté de Dieu vous ouvre , pour vous faire rentrer dans le sein de sa miséricorde et de sa clémence I
Je pourrois encore ajouter les instructions que TEglise va vous donner par la bouche de ses ministres. Hélas ! mes Frères , si autrefois la lecture delà loi de Dieu toute seule, presque oubliée parmi les Juifs , renouvela tout Jérusalem $ si tout le peuple fondit on larmes, si les grands et les prêtres eux-mêmes , touchés de la beauté et de la magniCcence des préceptes divins, renoncèrent aux al liances profanes et renvoyèrent les femmes étrangères, que ne peut pas pour votre salut le zèle de tant de ministres , qui vont vous annoncer les paroles delà vie étemelle ! Quel sentiment n*exciteront pas dans vos cœurs, si vous ne les fermez à la voix de Dieu, les BMiximes saintes et sublimes de l'Evangile , accompagnées de tonte la Force et de toute la terreur de notre ministère l
Oui, mes Frères, la vérité a des charmes dont un bon cœur ."x peine à se défendre. Les règles de la foi sont pleines de noblesse et d'équité. Elles forcent en leur faveur une raison saine et épurée ; elles mettent t6t ou tard un esprit sage et élevé dans leurs intérêts. Les passions peuvent éblouir pendant quelque temps , Tftge peut séduire, les exemples peuvent entraîner, les discours de l'impiété ei du libertinage peuvent étourdir ; mais enGn la vérité perce le nuage : le grand , le solide de la religion prend la place dans un bon esprit de tout le frivole qui Tavoit amusé. Lassé d'avoir couru long-temps après le songe et la chimère , on veut quelque chose de sûr et de réel , et on ne le trouve que dans la religion , dans la vérité de ses maximes et la magnificence de ses promesses. Il ^'y a pfun esprit faux et superficiel qui puisse demeurer jusqu'à ^ fin ians l'illusion. Le monde ne peut séduire pour toujours qu des hommes sans réflexion et sans caractère. Et remarquez ici q .c le monde lui-même regarde comme tels ceux qui n'ont pas su me tre quelques jours sérieux dans toute leur course, quelque inter v allo sntrela vie et la mort. Le goût du frivole, qui nous avoit lait d'abord applaudir , dès que Tàge ne l'excuse plus , nous i ^uU à la fin méprisables.
Ne résistez donc pas à Dieu» mon cher Auditeur, qui vous ouvre^ en ce temps de propitiation , tant de mojebs de salut. Ne voua opposez pas vous seul à tous les ^ortsquel'Eglise va faire potir vous irappder à une vie plus pure et plus chrétienne. Ne vous obstinez plus il férir, tandis ijpie toitt va s'empresser à i€fa$ sauver du naufra^