‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 50 sur 96 · DU PAKDON DES OFFENSES · texte numérisé non relu

DU PAKDON DES OFFENSES

qoî fmrdonne est une lâcheté et une tache que le monde ne pur-donne point, et qae l'honneur ne connoit pas là-dessos d'exception et de privilège.

Quel est cet bonnem* , mes Frères , qu'on ne peut acheter qu'au prix de son ame et de son salut étemel? et que l'on est à plaindre, si Ton ne peut se sauver de Tignominie que par un crime! Je sais que c'est ici où les fausses lois du monde semblent l'emporter sur celles de la religion ; et que les plus sages mêmes, qui conviennent de la folie de cet abus, sont pourtant d'avis qu'il faut s'y soumettre. Mais je parle devant un prince qui, plus sage que le monde, et justement indigné contre une fureur aussi opposée aux maximes de l'Évangile qu'aux intérêts de l'état, a montré à ses sujets quel est le véritable hcôneur ; et qui, en lui arrachant des mains des armes criminelles , a noté d*une infamie étemelle ces vengeances auxquelles l'erreur publique avoit attaché une gloire déplorable.

Quoi I mes Frères , une maxime abominable , que la barbarie des premières meurs de nos ancêtres toute seule a consacrée et a fait passer jusqu'à nous, l'emporteroit sur toutes les règles du christianisme, et sur les lois les plus inviolables de l'état? On ne seroit pas déshonoré en trempant ses mains dans le sang de son frère, et on le seroit en obéissant à Dieu et à celui qui tient sa place sur la terre? La gloire ne seroit donc plus qu'une fureur; et la lâcheté, qu'un respect généreux pour la religion et pour son maître. Vous craignez de passer pour un lÂche? Montrez votre valeur en répandant votre sang pour la défense de la patrie ; allez à la tête de nos armées affronter les périls, et cherchez la gloire dans le devoir; assurez votre réputation par des actions dignes de passer dans nos histoires, et d'être comptées parmi les événements mémorables d'un r^ne si glorieux : voilà une valeur que l'état exige, et que la religion autorise. Alors méprisez ces vengeances bratales et personnelles : regardez-les comme une ostentation puérile de valeur, qui cache souvent une véritable lâcheté ; comme la ressource vile et vulgaire de ceux qui n'ont rien qui les signale; comme une preuve forcée et équivoque de courage que le monde nous arrache, et à laquelle souvent le cœur se refuse. Loin de vous l'imputer à la honte , le monde lui-même vous en fera un nouveau titre d^honneur : vous en parottrez plus grand ; et vous apprendrez à vos égaux que la valeur déplacée n'est plus qu'une bratale timidité ; que la sagesse et la modération entrent toujours dans la véritable gloire; que tout ce qui déshonore rhumanité, ne sauroit honorer les hommes; et que l'Evangile, qui ordonne de pardonner, a fait plus de héros que le monde lui-même qui veut qu'on se venge.

Vous nous direz encore peut-être que ces maximes ne vous regardent pas ; que vous avez oublié les sujets de plainte que vous aviec contre votre frère; et qu'une réconciliation a Gni l'éclat de vos démêlés et de votre rupture. Or je dis que c'est encore id où vous

262 LE VËNDAEDI APAÈS LES GEj!«DR£S.

TOBsabiiseï; et après tous aroir montré riojosiioede nos haiaei) H faat TOUS faire convenir 4e b fausseté de nos réconciliations.

SECONDE PAaTlB.

Il n'est pdnt de précepte , dans la Id , qui laisse moins de lieu au doute et à la méprise, que celui qui nous oblige d'aimer nos frères ; el cependant il n'en est point sur lequd on se fasse plus d'illusions et de fausses maximes. En effet, il n'est presque personne qui ne nous dise qu'il a pardonné de tout son cœur à son frère, et que sa conscience là-dessus est tranquille : et cependant rien n'est plus rare que de pardonner, et il n'est guère de réconciliation qui change le cœur , et qui ne soit une fausse apparence de retour ; soit qu'on la considère dans son principe , soit qu'on en examine les démar* ches et les suites.

Je dis dans sou principe : car, mes Frères, aGn qu'une réconciliation soit sincère et réelle, il faut qu'elle prenne sa source dans la charité et dans un amour chrétien de notre frère. Or les motib humains ont d'ordinaire toute la part à un ouvrage, qui ne peut être que l'ouvrage de la grâce. On se réconcilie pour céder aux instances de ses amis, pour éviter un certain édat désagréable qu'une guerre déclarée attireroit après soi , et qui pourroit retomber sur nous-mêmes; pour ne pas s'interdire certaines sociétés dont il faudroit se bannir, si l'on s'obstinoit à vouloir être irréconciliable avec son frère. On se réconcilie par déférence pour des grands qui exigent de nous cette complaisance ; pour se faire une réputation de modération et de grandeur d'ame ; pour ne pas donner des scènes au public, qui ne répondroient pas à l'idée que nous voulons qu'on ait de nous; pour couper court aux plaintes éternelles et aux discours outrageants d'un ennemi qui peut-être nous connoit trop , et a été trop avant dans notre confidence pour ne pas mériter que nous le màiagions, et qu'une réconciliation lui impose silence. Que dirai-je encore ? on se réconcilie peut-être, comme Saiil , pour nuire plus sûrement à son ennemi, et endormir ses précautions et sa vigilance.

Tels sont les motifs ordinaires des réconciliations qui se font tous les jours dans le monde. Et ce que je dis ici est si vrai , que des pc^ chcurs qui ne laissent parottre d'ailleurs aucun signe de piété , se réconcilient pourtant tous les jours avec leurs frères ; et eux qui ne Sfturoient se vaincre sur les devoirs les plus aisés de la vie chrétienne, paroissent des héros dans l'accomplissement de celui-ci , le plus difficile de tous. Ah ! c'est que ce sont des héros de la vanité et non pas de la charité : c'est qu'ils laissent de la réconciliation ce qu'elle a d'héroïque et de p^ible devant Dieu, qui est l'oubli de l'injure et le changement de notre cœur envers notre frère; et ils n'en retiennent que ce qu'elle a de glorieux devant les hommes, qui

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