DV PARDON DES OFFENSES
CSC une apparence de modération et une facilité à rerenir qoe le monde lui-même loue.
Mais si la plupart des réconciliations sont fausses, quand on en examine les motifs, elles ne lo soi)t pas moins si on les considère dans leurs démarclics. Oui, mes Frères, que de mesures, que de négociations, que de formalités, que de peines pour les conclure ! que d'attentions à apporter ! que de ménagements à observer! que d'intérêts à concilier! que d'obstacles à lever! que de démarches à compasser! Ainsi votre réconciliation n*csl pas l'ouvrage de la charité, mais de la sagesse et de l'habileté de vos amis ; c'est une aflairc du monde; ce n'est pas une démarche de religion, c'est un traité heureusement conclu ; ce n'est pas un devoir de la foi accompli : elle est l'ouvrage de l'homme , mais elle n'est pas l'œuvre de Dieu : en un mot, c'est une paix qui vient de la terre; ce n'est pas la paix qui descend du ciel.
Car, de bonne foi , les hommes , par leurs ménagements et rhabî* leté de leurs mesures, ont-ils pu, en vous réconciliant avec votre frère, faire revivre la chanté qui étoil éteinte dans votre cœur* ont'ils pu vous rendre ce trésor que vous aviez perdu? Ils ont bien pu faire cesser le scandale d'une rupture déclarée , et rétablir entre vous et votre frère les devoirs extérieurs de la société ; mais ils n'ont pas changé votre cœur, que Dieu seul tient entre ses mains ; mais ils n'ont pas éteint la haine que la grâce toute seule peut éteindre. Vous vous êtes donc réconcilié , mais vous n'aimez pas encore votre frère ; et en effet , si vous l'aimiez sincèrement, auroit-il fallu tant d'entremetteurs pour vous réconcilier avec lui? L'amour est à luimême son médiateur et son interprète. La charité est cette parole abrégée qui auroit épargné à vos amis ces soins inGnis qu'il a fallu employer pour vous ramener : elle n'est pas si mesurée; elle témoigne simplement ce qu'elle sent sincèrement. Or vous^vez exigé mille conditions avant que de vous rendre; vous avez disputé toutes vq^ démarches ; vous n'avez voulu avancer que jusqu'à un certain point; vous avez exigé que votre frère fit les premiers pas pour revenir à vous. La charité ne connott pas toutes ces règles ; elle n'en a qu'une : c'est d'oublier l'injure, et d'aimer son frère comme soi-même.
Je conviens qu'il 7 a certaines mesures de prudence à observer , et que souvent des démarches trop précipitées et faites à contre-temps pourroient ne pas réussir et aigrir peut-être davantage notre frère. Mais je dis que la charité doit régler ces mesures , et non pas la va nité : je dis et je répète que toutes ces réconciliations, qu'on a tant de peine à conclure ; où de part et d'autre on ne se relâche que jusqu'à un certain point , et avec tant de précautions si sévères et si précises ; où il entre tant d'expédients et tant de mystères, sont des fruits de la prudence de la chair ; corrigent les manières, mais ne touchent point au cœur; rapprochent les personnes, mais ne rapprochent pas les affections; rétablissent les bienséances, mais
Mk LE VENDREDI APRÈS LES CENDRES.
laissent les mêmes sentments ; en un mot font cesser le scandale de la haine , mais n'en font pas cesser le pécbé. Aussi Jésus-Cluist nous ordonne simplement de nous aller réconcilier arec notre frère *. Fade reconciliarifratrituo ( Matth., v; â4). Il ne noQS dit pas : M'avancez pas trop de peur que votre (rôre n'en abuse ; assurez-vous auparavant qu'il fera la moitié du chemin \ ne k recherchez pas de peur qu'il ne regarde votre démarche comme l'apologie de ses plaintes , comme un aveu tacile de votre tort, et un arrêt que vous prononcez contre vous-même. Jésus-Christ nous dit simplement : Allez vous réconcilier avec voire frère. Il veut que la cliarité toute seule se mêle de nous raccommoder avec lui : il suppose que pour aimer nos frères nous n'avons pas besoin d'entremetteur, et que notre cosnr doit se suffire à lui-même.
Telles sont les démarches des réconciliations; aussi les motiGs en étant presque toujours humains , les démarches vicieuses, les suites n'en peuvent être que vaines et de nul effet. Je dis les suites; car, mes Frères, à quoi se terminent la plupart des réconciliations qui se font tous les jours dans le monde? quel en est le fruit? qu'appellet-on s'être réconcilié avec son ennemi ? Le voici :
Tous nous dites en premier lieu que vous êtes réconcilié avec votre frère, que vous lui avez pardonné de bon cœur; mais que vous avez pris votre parti de ne le plus voir, et de n'avoir désormais aucun commerce avec lui. Et là-dessus vous vivez tranquille; vous croyez que l'Évangile ne prescrit rien de plus , et qu'un confesseur n'est pas en droit d'en exiger davantage. Or je vous déclare que TOUS n'avez pas pardonné à votre frère, et que vous êtes encore à son égard dans la haine, dans la mort et dans le péché.
Car, je vous demande, craint-on de voir ce qu'on aime ? et si votre ennemi est devenu votre frère , que peut avoir pour vous sa présence de si odieux et de si triste? Vous dites que vous lui avez pardonné , que vous l'aimiez ; mais que pour éviter tout accident , et de peur que sa présence ne vous réveille des idées fâcheuses , vous trouvez plus sûr de vous l'interdire. Mais quel est cet amour que la seule présence de l'objet aimé irrite contre lui, et enflamme de haine et de colère? Vous l'aimez ! c'est-à-dire vous ne voudriez pas peut* être lui nuire et le perdre. Mais ce n'est pas assez; la religion vous ordonne encore de l'aimer : car pour ne pas vouloir nuire à un ennemi, l'honneur, l'indolence, la modération, la crainte, le défaut d'occasion suiBsent ; mais pour l'aimer, il faut être chrétien : et voilà précisément ce que vous ne voulez pas être.
Et, de bonne foi, voudriez- vous que Dieu vous aimât, à condition qu'il ne vous verroit jamais? Seriez-vous content de sa bonté el de ses miséricordes , s'il vous bannissoit pour toujours de sa divine présence? Car il vous traitera, vous le savez, comme vous aurej traité votre frère. Si le prince lui-même vous défendoit de vous préimter jamais devant lui , vous croiriez-vous fort avant dans ses