‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 52 sur 96 · DU PARDON DES OFFENSES · texte numérisé non relu

DU PARDON DES OFFENSES

\ grâces ? Yoas dites toos les jours qa'un homme est disgracié, cpiand il ne lai est plus permis de parottre devant le maître ; et vous venez nous faire valoir qae Toas aimez votre frère et qu'il ne vons reste aacone aigrenr contre lai y tandis que sa seule présence vous dé|datt et vous irrite l

El quelle marque moins équivoqoe peut-on donner de son ani* mosité contre son frère , que de ne pouvoir même souffrir sa présence? c'est le dernier excès de Taigreur et de la baine. Car il est des haines plus modérées et plus tranquilles , qui du moins se cadient, se contraignent, empruntent les dehors de la politesse et de la bienséance ; et qui , en refusant le cœur au devoir, ont assez d'empire sur elles pour donner les apparences au monde. Mais la vôtre est à un point qu'elle ne peut même se contraindre; qu'elle ne conm^t ni ménagement, ni bienséance; et vous voulez nous persuader qu'elle n'est plus! vous laissez paroitre encore les marques les i^us violentes de Tanimosité , et vons voulez que nous les r^ardions conmie les signes indubitables d'un amour chrétien et rincère!

Mais, d'ailleurs , les chrétiens sont-ils faits pour ne pas se voir et s'interdire toute société les uns avec les autres ? Les chrétiens ! les membres d'un même corps, les enfants d'un même père, les disciples d'un même maître, les héritiers d'un même royaume, les pierres d'un même édiGce , les portions d'une même masse ! Les chrétiens! la participation d'un même esprit, d'une même rédemption et d'une même justice ! Les chrétiens I sortis da même sein , régénérés dans les mêmes eaux , incorporés dans la même Eglise , ra* chetés d'un mêmes aux , sont-ils faits pour se fuir, se faire un supplice de se voir et ne pouvoir se souffrir les uns les autres ? Toute la religion nous lie , nous unit ensemble : les sacrements auxquels nous participons, les prières publiques et les actions de grâces que nous chantons , (e pain de bénédiction qae nous offrons , les cérémonies du culte dont nous nous glorifions, l'assemblée des fidèles oà nous assistons ; tous ces dehors ne sont que les symboles de l'union qui nous lie ensemble. Toute la religion elle-même n'est qu'une sainte société , une communication divine de prières, de sacrifices, d'œovres et de mérites. Tout nous rassemble , tout nous lie, tout ne fait de nos frères et de nous qu'une famille, qu'un corps, qu'un ccsnr et qu'une ame , et vous croyez aimer votre frère et conserver avec lui les liens les plus sacrés de la religion , tandis que vous rompez même ceux de la société , et que vous ne pouvez souffiîr sa seule présence!

Je dis bien plus : Gomment pourrez-vous avoir avec lui la même espérance? car, par cette espérance commune, vous devez vivre éternellement avec lui , être heureux avec lui, vous faire un bonheur du sien, être réuni avec lui dans^le sein de Dieu, et chanter ftvee loi les louanges étemelles de la grâce. Eh! comment pour

866 LE VEySDREm APRÈS LES GBNDKES.

rin-TOOS espérer d'être étemdlement réuni arec lai, et Itfre de cette espérance la pins douce consolation de votre yie, s'il vous parott si doux de Tiyre séparé de lui , et si sa présence seule esi pour TOUS un supplice? Renoncez donc aux |»t)Bies8es et aux espé* rances de la foi ; séparez-vous comme un anaUiéme de la coauniinion des fidèles; int^disez*vous l'autel elles mystères redoutables ; bannissez- vous de 1 assemblée des saints 9 ne venez plus olMr vos dons et vos prières, puisque tous ces devoirs religieux, vous supposant réuni avec votre frère, deviennent des dérisîotts, si vous ne l'êtes pas, déposent contre vous à la face des autels, et vous annoncent de sortir de l'assemblée sainte, comme un publicain et un infidèle.

Peut-être eflrayé de ces grandes vérités , vous nous direz enfin , que vous prendrez sur vous de voir votre frère, de bien vivre avec lui ; que vous ne manquerez point aux bienséances ; mais que du reste vous savez à quoi vous en tenir , et qu'il ne doit pas beaucoup compter sur votre amitié.

Vous ne manquerez point aux bienséances ! Et vous croyez, mon cher Auditeur, que c'est Ik pardonner, se réconcilier avec son frère et l'aimer comme soi-même? Mais la charité que l'Evangile vous (Nrdonne est dans le cœur : ce n'est pas une simple bienséance, un vdn extérieur , une cérémonie inutile ; c'est un sentiment réel, c'est un amour effectif, c'est une tendresse sincère et prête à se manifesta par les œuvres. Vous aimez en juif et en pharisien ; mais vous n'aimez pas en chrétien et en disciple de Jésus-Christ. La loi de la charité est la loi du cœur : elle règle les sentiments, elle change les inclinations, elle verse l'huile de la paix et de la douceur sur les plaies d'une volonté aigrie et blessée ; et vous en faites une loi tout extérieure; une loi pharisaïquo et superficielle; qui ne règle que les dehors, qui ne concerte que les manières, qui s'acoompUt par de vaines apparences.

Mais il ne vous est pas ordonné seulement de ne pas blesser envers votre frère les règles deTbonnêteté, et de lui rendre tous les devoirs que la société nous impose les uns envers les autres : c'est le monde qui vous prescrit cette loi ; ce sont là ses règles et ses usages. Mais Jésus-Christ vous ordonne de Taimcr ; et tandis que votre cœur est éloigné de lui, en vain accordez- vous les dehors à la bien* séance. Vous refusez l'essentiel à la religion ; et tout ce que vous avez par-dessus les pécheurs qui refusent de voir leurs frères , c'est <pie vous savez vous contraindre pour le monde , et vous ne savez pas vous faire violence pour le salut.

Et certes, mes Frères, si les hommes n'étoient unis ensemble que par les liens extérieurs de la société, il suffiroit sans doute de se rendre des devoirs extérieurs, et de maintenir ce commerce mutuel de soins, de politesses et de bienséances, qui font comme toute l'haï" uoniddu corps i>oiitique. Mais nous sommes unis ensemUe parles

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