DU PA&I>ON DES OFFENSES. WJ
Ikos flBorés et intimes de la foi, de Tespiiaiice , de la cbarilé, de la religion. Nous formons au mÙiea du monde une société tout intérieure et loute sainte, dont la charité est le lien inyisible, et toute séparée de la société civile que les législateurs ont établie. Ainsi , en remplissant à Fégard de yos frères les bienséances extérieures, YOtts satisfaites aux devoirs de la société civile, mais vous ne remplissez pas ceux de la religion ; tous ne troublez pas Tordre de la politique , mais vous renversez Tordre de la charité ; vous êtes un bon citoyen , mais vous n'êtes pas un citoyen du ciel ; vous êtes uo homme du siècle , mais vous n'êtes pas un homme du siècle à venir ^ le monde peut vous absoudre, et n'en pas demander davantage} mais vous ne faites rien devant Dieu, parceque vous n'êtes pas dans la charité, et votre condamnation est certaine. Tenez nous dire après cela que vous ne manquerez point aux bienséances, et que c'est tout ce que la religion exige de nous. EUe n'exige donc que des feintes, que des dehors, que de vaines apparences? Elle n'exige donc rien de vrai, rien de réel, rien qui change le cœur ? et le grand précepte de la charité, qui seul donne de la réalité à toutes nos oeuvres, ne seroit donc plus qu'un faux semblant, et une vaine hypocrisie?
Aussi ne nous en croyez point là-dessus ; consultez le public luimême. Voyez si malgré toutes les apparences que vous gardez encore avec votre frère, ce n'est pas une opinion établie dans le monde, que vous ne l'aimez point : si le monde n'agit pas conséquemmenl à cette persuasion. Voyez si vos créatures , si tous ceux qui vous approchent et qui vous sont attachés, n'affectent pas de s'éloigner de votre frère. Voyez si tous ceux qui le haïssent, qui sont dans les intérêts opposés aux siens , ne recherchent pas votre amitié, ne forment pas avec vous des liaisons nouvelles, et si cette persuasion ne vous donne pas pour amis tous ceux qui ne le sont pas de votre frère. Voyez si ceux qui attendent de vous des grâces ne conunencent pas par Tabandonner, et s'ils ne croient pas vous faire leur cour en ne grossissant plus la sienne. Vous voyez que le monde vous connoit mieux que vous ne vous conuoissez vous-même ; qu'il ne prend point le change sur vos sentiments; et que malgré toutes ces vaines apparences envers votre frère, il est si vrai que vous êtes dans la haine et dans la mort, que le monde lui-même pense sur cela comme nous; lui que, partout ailleurs, nous avons toujours à combattre.
Voilà à quoi se terminent la plupart des réconciliations qui se font tous les jours dans le monde. On se revoit, mais on nese réunit pas ; on se promet une amitié mutuelle . mais on ne se la rend pas ; on se rapproche, mais les cœurs demeurent toujours éloignés: et i*ai eu raison de dire que les haines sont étemelles, et qne presque Vmtes là réconciliations sont des feintes; qu'on pardonne l'offense, mais qu'on n'aime jamaisToffenseur ; qu'on cesse de traiterson frère
968 LE VENDREDI APftËS LES GENDRES.
comme mi ennemi, mais qa'on ne le regarde jamais comme on flrère.
Et voilà ce qui se passe tons les jonrs à nos yeux. On yoit dans le monde des personnes publiques, des familles d'un grand nom, garder encore ensemble certaines mesures de bienséance qu'on ne peut rompre sans scandale, et néanmoins yivre dans des intérêts difiérents , dans des sentiments publics et déclarés d'envie, de jalousie, d'animosité mutuelle; se croiser, se détruire, se regarder avec des yeux jaloux , faire chacun de ses créatures les partisans de ses ressentiments et de son aversion ; partager le monde, la cour, la ville ; faire de ses dissensions domestiques la querelle du public ; et établir cette opinion et ce scandale dans le monde , qu'on ne s'aimo point; qu'on voudroit se détruire mutuellement; qu'on garde encore à la vérité les apparences, mais qu'au fond les affections et lés intérêts sont pour toujours et sans retour éloignés. Et cependant, de part et d'autre, on vit dans une réputation de piété et dans la pratique des bonnes œuvres ; on a des confesseurs distingués et d'une grande réputation dans le monde : et cependant, en se rendant encore mutuellement certains devoirs, et vivant d'ailleurs dans un éloiguement public et déclaré, on fréquente les sacrements, on est tous les jours dans le commerce des choses saintes, on approche de sang-froid de l'autel, on se présente fréquemment et sans scrupule au tribunal do la pénitence ; et loin d'y confesser sa haine devant le Seigneur, et de gémir du scandale que le public en reçoit, on y fait des plaintes contre son ennemi ; on l'accuse, loin de s'accuser soi-même ; on fait valoir les devoirs extérieurs, qu'on lui rend, comme des marques que le ccDur n'est point aigri : que dirai-je? et les ministres de la pénitence eux-mêmes, qui auroient dû être les juges de notre haine, en deviennent souvent les apologistes, se partagent avec le public, entrent dans les animosités et dans les préventions de leurs pénitents, publient l'équité de leur querdle, et font que le seul remède destiné à guérir le mal ne sert qu'à le revêtir des apparences du bien, et le rendre plus incurable.
Grand Dieu ! vous seul pouvez fermer les plaies qu'une orgueilleuse sensibilité a faites à mon cœur en y nourrissant des haines injustes.
Faites, grand Dieu! que j'oublie des offenses légères, afin que tous puissiez oublier les crimes de toute ma vie.
Est-ce à moi, 6 mon Dieu! à être si sensible et si inexorable aux plus petits outrages , moi qui ai tant de besoin que vous usiez à mon égard dlndulgence et d'une grande miséricorde?
Les injures dont je me plains égalent-elles celles dont j'ai mille fois déshonoré votre grandeur suprême?
Faut-il, grand Dieu! que le ver de terre s'irrite et s'enflanune des moindres m^ris, tandis que votre majesté souveraine souffine
depuis si tong-tempa el avec tant de boolé ses rebellioos et ses oftoses?
Qui sois-jeiKïur être si toaché des intéréU de nui gloire; moi qiy n'ose jeter les yeux deyant yoos sor mon ignominie secrète ; moi qui mériterois d'être l'opprobre des hommes et le rebot de mon peuple; moi qui n'ai rien de louable, même selon le monde, que le bonheur de lui avoir caché mes hontes et mes foiblesses ; moi que les outrages les plus sanglants épargneroient encore, et traiteroient ayec indulgence; moi enfin qui n'ai plus de salut à espérer, si tous ii*oubliez Tous-méme votre propre gloire que j'ai tant de fois outragée?
Mais, non, grand Dieu ! vous mettez votre gloire à pardonner au pécheur , et je mettrai la mienne à pardonner à mon frère. Accq>tez, Seigneur, ce sacrificeque je vous fais de mes ressentiments. Ne juges pas de son prix par les offenses légères que j'oublie, mais par l'orgueil qui les avoit grossies et me les avoit rendues si sensibles. Et puisque vous avez promis de remettre nos fautes , dès que nous les remettons à nos frères , accomplissez, Seigneur, vos promesses. C'est dans celte espérance que j'ose compter sur vos misérioNrdes étemelles. Jinsi soU-il.
SEaMON POUR LE PREMIER DIMANCHE DE CAREME.
SDR Lk t»AR0U tOi DIEO.
Nùm ûi sohpnm vivU homo^ swd m ontni verho quodproctdit de on Det. L'homme ne fit pas Mulemeiu de pain, mais de toute parole qui sort do k txHieliedeDieu. (MATTH.,iv,i.)
Rien ne marque mieux la puissance et la sublimité de la pa* rôle de l'Evangile , que les images dont Jésus-Christ se sert pour nous en prédire les effets. Tantôt c'est un glaive sacré qui va séparer le père de l'enfant, l'époux de l'épouse, le frère de la sœur, l'homme de lui-même ; captiver tout esprit sous le joug de la foi, assujétir les césars, triompher des sages et des savants, et élever l'étendard de la croix sur les débris des idoles et des empires: et par-là nous est représentée sa force, à laquelle le monde entier n'a pu résister.
Tantôt c'est un leu divin porte en un instant dans toute la terre, qui va dissoudre les montagnes, dépeupler les villes, peupler les forêts, réduireencendreles temples profanes, embraser les hommes, et les faire courir à la mort comme des inscuosés aux yeux . des nations; et sous ces traits paraboliques nous est Qgurée la promptitude de ses opérations et la rapidité de ses victoires.
Tantôt c'est un levain mystérieux, qui rassemble et réunit Umia la masse, qui en lie toutes les portions, qui leur imprime uneforoe et une vertu communes ; qui confond les distinctions de juif et de gentil, de grec et de barbare, et leur donne k tous le même nom et le même être : et ici vous comprenez qndle est sa sainteté et sa v^tu secrète , qui a puriâé tout Yuni vers , et do tous les peuples n'en a fait qu'nn peuple.
Une autre foisc'est une semence qui, paroissant d*abord se perdre sur la terre, croît ensuite et mulliplie jusqu'au centuple. Et voilà le principe de sa fécondité : non l'ouvrier qui sème, mais l'auteur invisible qui donne l'accroissement.
Mais aujourd'hui Jésus-Christ la compare au pain qui sert de nourriture à l'homme :Non in solo pane vwii ho/no f et par-là il vent nous apprendre que la parole de l'Evangile est une nourriture forte et solide, pernicieuse souvent à ceux qui ta reçoirent dans un cœur malade et corrompu , et utile seulement aux âmes qui s'en nourrissent avec une sainte avidité, et qui portent ici un cœur préparé pour l'entendre.
Pourme renfermer donc dans cette idée, je nedirai rien des mwveilles que cette parole, annoncée par douze pauvres, op^ti autr^ fois dans tout l'univers. Je passerai sous silence la sainteté de sa doctrine, la sublimité de ses conseils, la sagesse de ses maximes ; en me bornant à l'instruction et à ce qui peut vous rendre utile la parole de l'Evangile que nous vous annonçons , je vous appr^drai premièrement quelles sont les dispositions qui doivent vous conduire en ce lieu saint pour l'entendre ; et secondement, dans qud esprit vous devez ensuite l'écouler : deux devoirs non-seulement négligés, mais inconnus à la plupart des Gdèles qui accourent en fouie aux pieds de ces chaires chrétiennes ; et la source la plus commune du peu de fruit de notre ministère. Implorons, etc. : ^^6, Maria,
PUBMlàRB PABTIB.
Ce qui distingue les Justes des chrétiens charnels, dit saint Augustin, n'est pas le corps des œuvres extérieures ; c'est l'esprit invisible qui les anime. Les actions de la piété sont souvent communes aux bons et aux méchants; c'est la disposition du cœur qui les discerne. Tous courent, dit l'apôtre; mais tous n'arrivent pas atf but, parcequc ce n'est pas le même esprit qui les pousse.
Or, pour appliquer cette maxime à mon sujet , de tous les de^ voirs de la piété chrétienne il n'en est point sans doute dont les gens du monde et les gensdebien remplissent plus égalementles dehors, que celui de venir écouter la parole de l'Evangile. Tous viennent en foule, comme autrefois les Israélites au pied de la montagne sainte, entendre les paroles de laloi. L'enceinte de nos temples peut h peine suffire à la multitude deï fidèles ; l'heure même des mystères terribles ne voit pas les autels environnés de tant d'adorateurs ; tes
assemblées profanes cesscol pour venir grossir rassemblée sainte au temps de l'instruction; et les siècles qui ont vu refroidir le 2èle des cbrétiens sur tous les autres devoirs de la religion , n'ont pu , ce semble,^ le ralentir sur celui-ci. Cependant de tous les ministères oonQés à l'Eglise pour la consommation des élus, il n*en est presque pas do plus inutile que celui de la parole ; et le moyen le plus puissant que la religion ait de tout temps employé pour la conversion des honunes^est devenu aujourd'hui la plus foible de ses ressources. Vous êtes vous-mêmes, mes Frères, une triste preuve de cette vérité. Jamais les instructions ne furent plus fréquentes qu'elles le sont de iios jours, et jamais les conversions n'ont été plus rares.
Il importe donc dedévelopper ici lescaosesd'un abussi commun et si déplorable : or la première est sans doute dans le défaut des dispositions qui doivent vous conduire dans ce lieu saint pour y écouter la parole du salut. £t certes, si saint Paul ordonnoit autrefois aux Gdèles de s'éprouver avant que de venir manger le pain de vie; s'il leur dédaroit que ne pas le discerner des viandes conununes, c'ctoit se rendre coupable du corps du Seigneur : nous n'avons pas moins raison de vous dire que vous devez vous éprouver, et préparer votre ame avant que éb venir participera la nourriture spirituelle que nous romponsau peuple ; et que ne pas la discerner par la manière de l'entendre de la parole des honunes, c'est se rendre coupable de la parole même de Jésus-Christ.
La première disposition que demande de vous la sainteté de cette parole , l(H^ue vous venez Tentendre, c'est un désir qu'elle vous soit utile. Vous devez dans le secret de voire maison, avant de venir dans nos temples, vous adresser au Père des lumi^es , et lui demander qu'il vous donne ces oreilles du coeur, qui seules font entendre sa voix ; qu'il donne à sa pande cette vertu, cette onction secrète, cesattraitssipnissantsetsi heureux pour la conversion des pécheurs ; qu'il surmoate cette insensibilité que vous avez jusqu'ici opposée à toutesles véritésentendnes ; qu'il fixe ces sensibilités d'un momenty que vous avez si souvent éprouvées en nous écoutant, et qui n'ont jamais eu de suite pour votre salut ; qu'il nous donne à noQS-mémescezèle, cette sagesse, cette dignité, cette plénitude de sonesprit, ces lumières vives, cette véhémence divine, toujours persuasive et qui ne parle jamais en vain ; qu'il forme dans nos cœurs le go&t des v JrHés qu'il met dans nos bouches ; qu'il nous rende intensibles k vos louanges ou à vos censures, afin que nous soyons plus utiles à vos besoins ; que le désir de votre salut supplée en nous aux takots qtie la nature nous refuse ; et que nous honorions notre ministère, en ne cherchant pas à vous plaire, mais à vous sauver.
Et certes, mes Frères, si les Israélites autïrefois, sur le point d'approcher de la montagne de Sinaï, et d'y entendre les paroles de la loi que l'ange devoit leur annoncer, furent obligés par l'ordre du Seigneur de se purifier, de laver leurs vêtements et de s'abstenir
même des saints devoirs du mariage pour se préparer à celle grande action, et ne rien porter an pied de la montagne qai ne fût digne de la sainteté de la loi qn'ib aliment entendre ; n'cst-il pas plus raisonnable, dit saint Ghrysostôme, lorsque tous venez écouter les paroles divines d'une loi pins sainte, d'j apporter du moins les précautions de foi, de piété, de respect même extérieur, qui roarqoenl en vous un désir sincère de conformer vos moeurs aux maximes que nous allons vous annoncer? Quoi! mes Frères , les préceptes de Jésus-Christ, les paroles de la vie étemelle seroient-elles entendues avec moins de précaution que les ordonnances d'une loi figurative? Esl-ce paroeqn'un ange ne descend plus du ciel pour vous les annoncer? Mais ne sommes-nous pas ici comme lui les envoyés de Dieu , et ne vous parlons-nous pas comme lui à sa place? L ange sur la montagne portoil-41 plus de caractère de la Divinité, que nous en portons ? Il écrivoit la loi sur des tables de pierre ; la grâce de notre ministère la grave dans les cœurs. 11 promcltoil le lait et le mid; et nous annonçons les biens véritables. Il parloit aux chefs des tribus, ces héros qui vainquirent les peuples de Chanaan et conquirent leurs villes; et nous parlons devant les princes et les roîs de la terre, et devant im roi encore plus grand par sa piété que par ses conquêtes. Les foudres , et les éclairs qui accompagnoient ses menaces contre les Iransgresseurs de la loi, renversoient le peuple frappé de terreur au pied de la montagne; mais qu'étott^oe que ces menaces et ces malédictions temporelles, leurs villes démolies, leurs femmes et leurs enfants menés en eaptivifé, si vous le comparez au malheur éternel que nous ne cessons de prédire aux violateurs de la loi de Dieu? Séparez ce que nous sommes du ministère que nous remplissons ; qu'y a-l-il ici de moins terrible et de mcÂns respectable que sur la montagne de Sinaï ?
Et cependant quàles préparations vous conduisent à une action si sainte et si digne de respect ? Une vaine curiositë qu'on veut satisfaire ; un loisir inutile qu'on est bien aise d'amuser ; un qwctade de religion dont on veut avoir le plaisir ; une coutume qu'on suit , paroeque le monde l'a reçue : que sais-je? le désir de plaire au maître en imitant son respect pour la parole de l'Évangile; et de s'attirer plutôt ses regards, que ceux de la miséricorde divine : que sais-je encore ? des vues peut-être plus criminelles , et dont on n'oseroit parler de peur d'avilir la gravité de notre ministère. Nulmotif de salut ne vous conduit ici ; nulle vue de foi ne vous y prépare; nul sentiment de piété ne vous y accompagne; en un mot , venir écouter la parole sainte n'est pas même pour vous une œuvre de religion.
Première raison de rinutilité de notre ministère. Car comment voulez-vous qu'une démarche toute profane serve de disposition à la grâce ; et que, dans cette multitude de fidèles assemblés en ce lieu saint, la bonté de Dieu aille vous discerner delà foule pour ouvrir
SUA LA PAROLE DE DIEU. «m
votre cQBor à la parole de vie, tou» qui ii'avei apporté iclq^e lea dispondons les plus propres à ékri^er de. vous celle misérioorde ? Mes Frères, comme la religion o'a rien de plus grand e^ uo sens que le dépôt de la docirîne et de la vérité, la piété ne connoti rien aussi de plus importaot et qui demande des précautions plus rdigieuses, que de rècottter et de s'en instruire.
La secoDde.dîsposilionqtti doit vous conduire en ce lieu saint <, est une disposition de douleur et de confusion^ fondée sur le peu de fruit que vous avez retiré jusqu'ici de tant do vérités entendues. Vous devez rappeler tant de mouvements de componction que le Seigneur a opérés dans vos cœurs par le ministère do la parole, el qui ont toujours été sans succès pour votre salut $ tant de pieuses résolutions inspirées en ce lieu , qui sembloient promettre un changement de vie, et qui au sortir ont échoué contre le premier écueil. Car ce ipii doit vous effirayer ici davantage, c'est qu'autant de vérités; qui noDt fait sur vous que des impressions passagères, sont autant de témoins qui déposeront contre vous devant le tribunal de Jésus-Christ : autant de fois que la parole de l'Evangile ne vous a pas touché jusqu'à pénitence , auiant de fois elle vous a rendu plus indigne d'obtenir lu grâce du repeniir La foi ne connolt point ici de milieu ; et si vous n'en êtes pas sorli changé , vous en êtes toujours sorti en quelque façon plus coupable, pui)»que vous avei ajouté à tous vosisutres crimes celui du mépi is de la parole sainte. ; Voilà les réflexions qui doivent occuper votre foi ; et en tremblant sur le passé lorsque vous venez dans l'assemUée des fidèles, voua dever vous demander à vous-même : Vais-je écouter .qne parole qui me jttgm , ou des vérités qui me délivreront? vaisîe offrir à la oMrioovde.dc Dieu un cœur docile et préparé, ou à sa justice le nouveaux motifs deeondamnatioo contre moi? Depuis si long-temps on m^àBBonce des vérité» , dont toute Tindijdg^ce que j'ai pour mes passiops ne peut aCfoiblir la ioree dans mon esprit, et qui me font en secret convetûr malgré moi de Tégaremcnt de mes voies; ai-je fait une seule, démarche pour en sortir? Depuis si long-temps on m'avertit que le corps du chrétien est le temple de Dieu ; en suis-je devenu plus chaste? Depuis si long-temps j'entends dire qu'il faut arradier Tceil qui scandalise , et le jeter loin de soi ; en suis-je venu èeea séparations que je oonnois moi-même si indispensables à mon salut ? Depuis si long-temps on me déclare que différer de jour en jear sa pénitence, c'est vouloir mourir dans son péché ^ me trouvé^je plus disposé à sortir de mon état déplorable , et à oommeneer tout de bon l'ouvrage de mon salut ?
Grand Diem } ne vous lasserez-vous pas de me donner un cmur senslb^ à dt» vérités .qui me touchent toujours , et qui ne me cban ^mi jamais? e( ne puôir«z*vous pas labusque je fais de;. votre parole , en lui étant à mon égard cette force que vous lui laissez pour me rapp^b»* à la. pénitence? Et certes , mes Fréras» M. L 18
«fr PAEMIBK DIMANCHE BË CAReMË.
oonriieii de fidèles qai nféooatent , sensibles a^^trebis anxi^trUét que nous annonçons, ne Tiennent pins anjowd'liiii leur offrir qa'iui eoMir tranquille et endnrd ! Ils négUgèrent ces temps henrenx , où la graœ yonloit encore leur outtît cette voie de conTersion : et de* pins une si longue et ri funeste négligence, ils nous écoutent de sang-froid ; et les yérités les plnsterribles dans nos boucues ne sont plus pour eux qu'un airain sonnant et une i^mbale retentissante.
Or, je TOUS (kmande , mes Ftëres, ce sentiment de dookur sur le peu d'usage que tous aTez foit jusqu'ici de tant d'instmctiona entendues, tous est*il même connu? La seule pompe extérieure que Tous'pwtez id , femmes du monde , nous annonce-trelle oettedysposition ? Les mêmes soins d'indécence et de Tanité <pii tous préparent aux spectacles profiines , ne tous conduisent*ils pas à nos instraotions où le monde est condanmé? Y faites-TOUS quelque dURJrenoe? et ne semble-t-îl pas ou que nous deTons tous y annoncer les maximes insensées des thé&tres, ou que tous n'y Tcnev TOUSHmémes que pour insulter par un appareil indécent, même selon le monde, aux saintes maximes de TETangile ?
Mais que di»-je, mon cher Auditeur? loin de tous reprocher tbntde Térités josqu'id entendues sans fruit, hélas 1 tous tous sayez peut-être bon gré d'y être insensible ; peutrétre tous faites- Tous une espèce de force et de Tanité déplorable de nous écouter de sang*froid : tous regardez peut-être comme un bon air et une sopèriorité d'esprit, que ce qui touche tous les autres tous laisse tout seul calme et tranquille; tous faites peut-être ostentation de TOtre insensibifités il semble que ce seroit une foiMesseà tous d'être sen« rible à des Térités qui triomphèrent autrefois des philosophas et des césars ; à des Térités descendaes du del , et qui portent aTec elles des caractères si divins d'éléTation et de sagesse; à des Térités qui font tant d'honneur à l'homme , et les seules dignes de la raison ; à des Térités si consolantes pour le cœur , et seules capables de porter Ta paix et la tranquillité au-dedans de nous-mêmes ; à des Tentés, Hifin, qui nous proposent de si grands intérêts, et pour lesquellea >n ne peut être iDdifférent sans fureur et sans extnTagance. Voua rous Tantezdu peu de succès de notre zèle , et que tous nos discoure TOUS laissent iéL qu'ils vous trouTent; et tous croyez par-là faire i onneur à TOtre raison. Je ne tous dis pas que tous tous Taatei <fêtre dans ce fond de Tabime , et dans cet état de réprobation, on il n*est presque plus de ressource, ce qui est digne en même temps d'horreur et de pitié : mais je tous dis que la marque même la plus ^ s&re d'un esprit frivole et léger , d'une raison médiocre et bornée, ' d'un cœur mal fait et incapable de grandeur et d'éléTation , c'est de ne trouTer rien qui frappe, qui étonne, qui satisfasse, qui intè* resse dans les Térités si sages et si sublfanes de la morale de Jésua^ Christ.
Car du moins les pécheurs d*un autre caractèreconserrent encore
txù reste de respect, et ane certaine sensibUité pour là vérité, qui subsiste arec une yie d'ailleurs criminelle , mais qui est toujours la marque d'un bon cœur, d*un cœur à qui il reste encore du goût pour le bien, d'une raison sensée ; qui , quoique entraîné par le monde et par les passions , sait se rendre justice , sent encore la force de la vérité qui la condamne , et laisse en nous des ressources de salut et de repentir. Ces pécheurs conviennent du moinsquenous avons raison : ils ne changent rien à leurs mœurs , il est vrai ; mais du moins la vérité les touche, les trouble , les agile , excite en eux de foibles désirs de salut , et des espérances d'une conversion à venir : ils sont fftchés même de se trouver trop sensibles aux terreurs de la foi : ils craignent presque de nous entendre , de peur do perdre celte fausse tranquillité qui fait toute la douceur de leurs crimes : ils cherchent , au sortir de nos discours , à se dissiper pour égayer un fonds de trouble et de tristesse, que les vérités aitendues ont laissé dansleur ame -.ils vont aussitôt porter au milieu du monde et des plaisirs Paiguillon secret que la parole de Dieu a laissé dansleur cœur, afin d'y trouver une main flatteuse qui l'arrache» et qui referme la plaie d'oùdevoit sortir leur guérisoni ils craignent qu'on ne brise leurs fers : ils tournent la tête pour ne pas voir la lumière qui vient troubler la douceur de leur sommeil. Ils aiment leurs passions , je Tavoue , mais du moins ils n'insuheiit pas à la vérité; au contraire , ils rendent gloire à sa puissance en se faisant des remparts contre elle : ce sont des pécheurs foibles , qai , craignant de ne pouvoir se défendre contre Bicu , le fuient et l'évitent. Mais pour TOUS, vous vous faites une gloire affreuse de Tattendrc de sangfroid , et de ne pas le craindre ; vous trouvez de Félévation et de la philosophie à vous mettre au-dessus de ces terreurs vulgaires ; vous croyez qu'une crainte religieuse déshonoreroît l'orgueil de votre raison ; et tandis qu'en secret vous êtes Tame la plus lâche et la plus timide, la plus abattue au premier péril qui vous menace , la moins ferme contre les événements , la plus agitée au gré des espérances et des craintes frivoles de la terre., vous vous piquez de courage contre la vérité : c'est-à-dire tous avez tout ce qu'il y a de bas et de Tulgaire dans la crainte, et vous rougissez d'en avoir ce qu'il y a de grand et de raisonnable; vous n'avez point de force contre le monde, et vous faites parade d'une valeur insensée contre Dieu.
Seconde disposition qui doit V0us conduire à nos instructions , une douleur sur le peu de fruit que vous en avez retiré jusqu'ici. La dernière , c'est un sentiment de reconnoissance sur ce moyen de salut que Dieu vous ménage en vous conservant le dépôt de la mérité, et continuant au milieu de vous ia succession des ministres jeula autorisés à vous annoncer la parole sainte.
Ëa effet , le plus terrible chÂtimcnt dont Dieu frappoit autrefois lei iniquités de son peuple , c'étott de rendre au nylieu d'eux sa psrole rare et précieuse. Ils parcourront, dit-il dans son proptîéte
( Aaios, viu, 12 ), de l'orient à roccident, pour chercher quelqu'un qui leur annonce ma parole, et ils lie le trouYeront pas. Et non seulement il ne suscitoit plus de Téritable prophète dans Israël , mais il perroettoit qu'il s'élerât au milieu de son peuple de faux docteurs, qui détoumoient les tribus de son culte, et venoient leur prêcher des dieux que leurs pères n'ayoienl pas connus.
Or c'est une miséricxMrde de Dieu bien signalée , mes Frères, que , malgré les iniquités qui semblent montées à leur comble parmi vous , il TOUS suscite encore des prophètes et des pasteurs qui yous annoncent une parole saine et irrépréhensible. C'est une protection du Seigneur bien singulière , de n'avoir pas permis que l'erreur ait prévalu sur la vérité au milieu de nous, comme parmi tant de peu|4es voisins de cette monarchie , et que rétinoelle du schisme et de la nouveauté , qui s'éleva le siècle passé , et qui pensa embraser toute l'Europe, n'ait pas désolé tout son héritage, et succédé dans nos Gaules, on elle sombloit avoir pris naissance, et où elle avoit déjà fait de si tristes progrès , à la foi de nos pères.
Oui , mes Frères, c'est sa bonté toute seule qui a conservé la paix à ce troupeau, la liberté à notre ministère, la succession légitime à nos pasteurs, les usages anciens et vénérables au culte, le dépôt de la doctrine et de la vérité à nos églises. Combien d'infortunés , . dans les lieux où Terreur est sur le trône, trouvent aujourd'hui aux pieds des mêmes chaires on leurs ancêtres avoient ouï les paroles de la vie éternelle, et l'évangile de paix, une doctrine 4e mort, de rébellion et de mensonge I Combien d'ames séparées de l'unité , mais disposées à recevoir la vérité et à l'aimer, ne périssent que parccqu'on leur propose l'erreur revêtue des apparences de la vérité, et qu'on se sert pour les perdre de la même docilité qui auroit dû les sauver?
Eh! qu'avez- vous fait qui méritât que vous fussiez discernés de tant de nations séduites' pourquoi n'avez- vous pas été enveloppés dans la même condamnation? pourquoi avez- vous habité cette heureuse terre de Gessen , seule éclairée des lumières du ciel , tandis que tout le reste de l'Egypte fut frappé de ténèbres ? N'est-ce pas la miséricorde de Dieu toute seule qui vous a discernés de tant de peuples qui s'applaudissent de leurs erreurs et de leur schisme? Vous êtes encore sous les yeux de vos pasteurs ; vous recevez encore la doctrine des apôtres des mains de leurs successeurs ; la vérité coule encore sur vous d'une source pure et divine ; les chaires chrétiennes retentissent encore de toutes parts des maximes de la foi et de la piété ; et la bonté de Dieu vous ménai^e encore mille moyens de ssdut , en vous conservant celui de l'instruction et de la doctrine.
Cependant venez-vous nous écouter avec un cœur touché de rcconuoissance? regardez-vous comme un bienfait signalé de Dieu sur vous le 3(^pôt de Ya y rite et de In pirole sainte qu'il voufa
eooflenrée et qu'on vous annonoe encore? Dites- vous quelquefois avec le prophète : // n'en a pas usé de même entiers tant de oa* Uons auxquelles il ne daigne pas manifester ses Jugements et ses jusiices (Ps. cxlvii , 20) ?
Hélas ! vous ne portez ici qu'un dégoût d'irréligion et de yanité ; les moments les plus ennuyeux sont ceux que yous employez à écouter des vérités qui devroient faire toute la consolation de votre vie : vous êtes faciles que la religion du maître vous en fasse une espèce de devoir et de bienséance. Nous sommes même obligés de respecter vos ennuis et vos dégoûts , en mêlant souvent h la vérité des ornements humains qui toujours l'affoiblissent i il semble que nous venons ici vous parler pour nous ; et vous nous écoutez comme des importuns qui viendroient vous demander des grâces. Au milieu d'un spectacle profane , vous n'avez point de regret aux moments que df^ plaisirs si frivoles occupent : c'est là que toutes les pensées d'afiaires, de fortune, de famille cessent ; et que, tout le reste oublié, l'esprit né pour des choses pins sérieuses se repait avidement d aventures chimériques : c'e t de là qu'on sort toujours plein , occupé , transporté des maximes lascives qu'un théâtre criminel a chantées. On en repasse les endroits qui ont fait sur le cœur des impressions plus dangereuses ; on en porte le souvenir jusqu'au pied des autels. Ces images, si fatales à l'innocence, ne peuvent plus s'effacer ; et au sortir de la parole sainte , tout ce que vous en avez retenu , ce sont peut-être les défauts de celui qui vous l'a annoncée.
Mes Frères, Dieu ne punit pins d'une manière sensible le mépris de sa parole. Il pourroit endbre sans doute transporter son Évangile au milieu de ces nations barbares qui n'ont jamais entendu parler de lui , et abandonner de nouveau son héritage : il pourroit tirer du fond de leurs déserts des peuples féroces et iuGdèles i-t leur livrer nos temples et nos foyers, comme il leur livra autrefois ces églises si célèbres que les Tertullien, les Cyprien, les Augustin, avoient illustrées , et où il ne reste plus maintenant de trace de christianisme , que dans les outrages que Jésus-Christ y reçoit , et dans les fers dont les fidèles y stint chaînés : il le pourroit ; mais il se venge plus secrètement , et peut-être plus terriblement. Il vous laisse encore le spectacle et tout l'appareil extérieur de la prédication de l'Evangile : mais il en détourne le fruit sur les simples et sur les ignorants qui habitent les campagnes ; les terreurs de la foi ne sont plus que pour eux. Il ne retire plus ses prophètes du milieu des villes; mais il leur 6te, si j'ose parler ainsi, la force et la vertu de leur ministère ; il frappe ces nuées saintes d*aridité et de sécheresse: il vous en suscite qui vous rendent la vérité belle, mais qui ne vous la rendent pas aimable ; qui vous plaisent, mais qui ne vous convertissent pas : fl laisse affoiblir dans nos bouches les saintes terreurs de sa doctrine : il ne tire plus des trésors de sa miséricorde
de ces hommes extraordinaires suscffés aatrefois dans les sîédesde nos pères, qui renonveloient les villes et les royaumes, qui entratnoient les grands et le peuple , qui changeoient Ite palais des rois en des maisons de pénitence , des Bernard et des Vincent Ferriér dans nos Ganles, des Raymond en Italie , des Dominique dans toute PEnrope , des Xavier dans un nouveau monde ; il penÉiet que nous, hommes foibles , succédions à ces hommes apostoliques.
Que dîrai-je encore? nous assemblons ici, comme autrefois Paul au milieu d'Athènes , des spectateurs oisifs et curieux , qui ne so proposent que d'entendre quelque chose de nouveau ; tandis que ceux qui évangélisent vos terres et vos vassaux voient avec consolatÎQn à leurs pieds , comme autrefois Esdras , des Israélites simples qui ne peuvent retenir leurs larmes en entendant seulement les paroles de la loi. Nous amusons le loisir et l'oisiveté des irinces et des grands de la terre, tandis que des ministres saints enfantent Jésus-Christ et recueillent une moisson abondante aa miUeu des campagnes : en un mot , nous discourons, et ils cou Tcrtissent. C'est ainsi , 6 mon Dieu , que vous exercez en secret des Jugements terribles et sévères.
Mais, mes Frères > que ne nous est-il permis de vous dire fd ce que Paul et Barnabe disoient autrefois aux Juifs infidèles ! Tous étiez les premiers à qui il falloit annoncer les paroles de salut ; mais puisque vous les rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous allons donc vers les nations, abandonnées, vers ces pauvres peuples, ensevelis dansTignorance, qui cultivent vos terres, et qui recevront avec foi et avec reconnoissance la grâce que vous rejetez: Vobis oportebat primum îoqui (ferbum Dei; sed quoniam repellitis^ illud et indignas vos judicatis œternœ ifitce^ ecce convertimur ad génies (Acx., xiii, 46). Ah I nos travaux seroient bien plus utiles, notre joug plus adouci , notre ministère plus consolidé : nous ne compterions pas parmi ceux qui nous écoutent des noms célèbres dans Thistoire; mais nous j compterions les noms de ceux qui sont écrits dans le ciel : nous n'y ▼errions pas assemblés tous les titres et toutes les hautes dignités qui forment toute la gloire et toute la figure du monde qui passe ; mais nous y verrions la foi , la piété , l'innocence qui font toute la gloire du chrétien qui demeure éternellement : nous n'y entendrions pas de vains applaudissements donnés au langage de Thomme et non à celui de la foi^ mais nous y verrions couler des larmes, qui sont la louange immortelle de la grâce : nos chaires ne se* roient pas environnées de tant de pompe; mais nos auditeurs seroient un spectacle digne des anges et de Dieu.
Telles sont les dispositions qui doivent vous préparer à nos instructions. Il faut vous instruire encore sur .l'esprit dans lequel vons devez nous entendre.
^ SUR LA PAROLR DE DIRU. STf
SBCONDB fàXrUL
Pour TOUS instmire sur Tesprit dans lequel tous dercz éooaler la parole sainte, il n'y a qu'à établir d'abord quelle est soo autorité el sa fin. Son autorité , qui est diyinc, demande de vous un esprit de respect et de docilité; sa fin , qui est la conversion des cœurs, un esprit de foi qui n'y cherche que des lumières pour sortir de set erreurs, et des remèdes pour la guérison de ses maux.
Je dis, d'abord , que son autorité est divine. Oui , mes Frères , la parole que nous vous annonçons n*est pas notre parole; mais la parole de celui qui nous envoie. Dès qu'il nous a établis dans le saint ministère par la voie d'une vocation légitime, il veut que vous noua regardiez commodes envoyés qui vous parlent id de sa part, et qui ne font que prêter leur foible voix à sa divine parole. Noua portons , il est vrai , ce trésor dans des vaisseaux de boue , mais tt n'en perd rien pour cela de sa majesté. Semblables à ces vaisseaux de terre dont Gédéon se servit autrefois contre les ennemis du Seigneur, le son en peut être vil et méprisable; mais la vérité, cette lumière divine que Dieu a mise en nous , n'en est pas moins descendue du del, et destinée, comme les lampes de Gédéon, à frapper encore aujourd'hui de terreur les âmes infidèles.
Or vous devez premièrement à l'autorité de cette divine parole une pieuse docilité , et l'écouter comme disciples plutôt que comme juges. En effet , ce sont les règles du culte et de la piété que nous vous exposons, les décisions de l'Evangile, les lois de TEglise, les maximes des saints. Nous ne venons pas vous porter ici nos opinions , nos préjugés, nos pensées : ce n'est pas id une chaire de contention , c*est le lieu de la vérité : rien de ce qui peut être contredit ne doit trouver sa place dans la chaire de la paix et de Fo- Bité : nous n'y parlons qu'au nom de l'Eglise , et ne sommes id qne les interprètes de sa foi et de sa doctrine.
Cependant combien de ces hommes sages à leurs propres yeux, et qui se piquent de force et de raison , n'y viennent qu'avec un esprit préparé, et comme en garde contre toutes les terreurs de la pa<^ rôle sainte! Us ne font pas gloire, comme les pécheurs dont nous avons déjà parlé, d'être insensibles à toute vérité ; mais ils, regardent notre ministère comme un art d'exagération et d'hyperbole : les pins saints mouvements du zèle ne sont dans leur esprit que les tours étudiés d'un artifice humain ; les menaces les plus terribles, des sail lies d'une vainc éloquence ; les maximes les plus incontestables, des discours où il entre |dus d'usage que de vérité; les arrêts les plus capables d'alarmer lesoonsdences, des façons de parler dont il est permis à chacun de rabattre. C'est, mes Frères, la situation déplorable où vous vous trouvez id la plupart. Tous opposez sans cesse tout basa la vérité, que nous annonçons, les maximes et les préjugés dm
moade qui la oontredisent : vous êtes ingénieux à aflbiblir au-dedart de vous, par des raisons spédenses, Fexoès prétendu de nos maximes ; Yous Tenez ici combatlre la vérité, et non pas céder à sa force et à sa lamière : vous n'y Tenez, ce semble , que pour entrer en contestation avec Dieu , infirmer Tétemelle immutabilité de sa parole, prendre les intérêts du mensonge contre la gloire de la vérité , et être les apologistes secrets du monde et des passions dans le même lieu destiné à les condamner et à les combattre. Ah! souffrez du moins qu'elle triomphe, cette Térité , dans son temple : ne lui disputez pas cette foible Tictoire, à elle qui a triomphé autrefois de tout TunîTers : opprimez-la , à la bonne heure , au milieu du monde, et dans ces assemblées de vanité que Terreur assemble, et où Terreur est sur le trône. N'est-ce pas assez que tous l'ayez bannie du monde, et qu'elle n'ose plus s'y montrer sans s'exposer à des dérisions et à des censures? laissez-nous du moins la triste consolation d'oser encore la publier à la face de ces autds qu'elle a élevés, et qui doiTcnt du moins lui senrir d'asile.
Vous nous accusez d'exagérer. Grand Dieu! et tous nous jugerez peut-être un jour, sur ce que nous affoiblissons la force et la vertu de Totre parole pour ne TaToir pas assez méditée au pied des autels! et TOUS nous reprocherez peut-être un jour d'avoir accommode la sainte séTérité de TOtre ETangileaux indulgences et aux adoudssements de nos siècles ! et tous nous rangerez peut-être un jour parmi les ouTriers d'iniquité, parce que la (iédeur et la négligence de nos mœurs aura 6té à la parole que nous annonçons cette terreur et cette Téhéroence diTine qu'elle ne sauroit trouver que dans une bouche consacrée par la piété et par la pénitence!
Eh! quoi, mes FVéres, les Térités du salut, telles que Jésus-Christ nous les a proposées, ne sauroient-elles alarmer les consciences, si l'esprit de Fhomme n'y ajoute des terreurs étrangères! Paul exagérott donc autrefois, lorsque ce gouTemeur romain, malgré l'orgueil d'une fausse sagesse et les préjugés d'un culte idolâtre , frémissoit, dit saint Uic, en l'entendant parler de la justice , de la chasteté, et du 8j[>eetacle terrible d'uu jugement à Tenir ? Paul exagèroit donc , lorsque les habitants des Tilles Venoient se frappant la poitrine, fondant en larmes à ses pieds, et portant au milieu des places publiques des liTres lascifs ou impies, et les autres instruments de leurs passions, pour en faire un sacrifice au Seigneur? '
Vous nous accusez d'ajouter de nouTelles terreurs aux paroli^s de rÉTangile : mais où sont les consciences que nous troublons ? où sont les pécheurs que nous alarmons? où sont les âmes mondaines qui , saisies de frayeur au sortir de nos discours, Tont se cacher au fond des solitudes , et expier, par de saints excès de pénitence , les dissolutions de leurs mœurs passées? Les siècles qui nous ont précédés ont TU souTcnt de ces exemples ; les nôtres en Toient-ils encore quelquefois? Ah! plût à Dieu que tous pussiez me conTaincre
d*avoir iii6piré à une seule ame ces tetreors salutaires, disoit autrefois saint Âmbroise à quelques sages mondaîus de sou temps qui raccoBoieut d'exagérer les périls et la corruption du monde, et de faire prendre à yrop de filles chrétiennes le parti de la sainte virginilé i el je pnîsTOiis le dire ici avec bien plus déraison que ce grand bomme I Vdnam comnncerer (S. Ambb., db Yirginit., l. i , c. 5 ] ! Plût à Bieu qu'on pût me montrer les suites d'une indiscrétion si beurrase! Udnam tanli criminis probaretur effectuai Plût à Dieu que YOQS eussiez des exemples i nous reprocher pour justifier vos œnsinres! Utinam me exempUs potihs ar^ueretis, quàm sermonibus cœdereiisf Ah! noUs soufiHrions le bUme arec plaisir, si l'on pouvoU nous montrer le succès qu'on nous reproche! Non ifererer itmdiam^ si ejficaciam recognosceremi
Hâas! nous ne ménageons peut-être que trop votre foiblesse ; noMS respectons peut-être tropdescoutumesqu'un long usagea consacrées, de peur de parottre censurer les grands exemples qui les autorisent: BOUS n'osons presque parler de certains désordres, de peur que nos censures ne paroissent plutôt tomber sur les personnes que sur les vices ; BOUS nous contentons de vous montrer de loin des réri tés qu'il faiidroit vous mettre sous l'œil, et votre salut même souflre souvent de l'exeès de nos précautions et de notre timide prudence. Que dirai-je? la foiblesse nous arrache souvent des éloges , où le zèle devrait placer des anathëmes et des censures ; nous nous laissons , comme le monde, éblouir par les noms et par les titres ; ce qui en • coaragea les Ambroise nous afibiblit ; et parce que nous vous devons du respect, nous vous refusons souvent la vérité que nous devons encore respecter davantage : et après cela, vous nous accusez d'exagérer, d'oiiUrer les vérités, et d'en former des fantômes de notre façon , pour alarmer ceux qui nous écoutent.
Ma» que nous reviendroit-il d'un artifice si indigne de la vérité qui nous est confiée? Ces déclamations outrées et puériles pouvoient convenir à l'éloquence vénale de ces sophistes, qui» au milieu des écoles de la Grèce, chercboient à s'attirer des disciples en vantant la sagesse de leur secte. Mais pour nous , mes Frères , eh ! nous voudrioBS,poovoir vous adoucir le joug, loin de le rendre j[>lus pesani ; noua voudrions pouvoir vous faciliter la voie, loin d'y jeter de nouveau obstacles. Que ne pouvons-nous , comme le pasteur de l'Ëvangile, vous porter nous-mêmes sur les épaules pour vous épar* gtier les fatigues du diemin ! Pourquoi vous dégoûterions-nous de l'enureprise du salut, en vous y représentant des dilBcultés chimériques? C'est à nous à vous aplanir celles qui s'y trouvent en effet, et à vous tendre la main pour soutenir votre foiblesse.
Méditez la loi de Jésus-Christ, mes Frères; que dis-je? ouvrez seulement l'Evangile, et lisez ; alors vous comprendrez que nous lirons un voile de discrétion sur la sévérité de ses maximes ; alors , loin de vous plaindre de nos excès, vous suppléerez vous-m^mos à
282 PREMIER DIMANCHE DE CARÊME notre sikioce «t à nos adoncissemeat»: éLyan vm» A»» -
ter Grand Dieo ! porter sa croix Aaaoeionr uM^utzI^
à ramour propre? Anssi vos reprLes^ »SaD'S"£î±Ï! da mnde, et une de ces façons dte parler oMnTnWfM^^ q«e chacun adopte : yotre œnscien^ les d^t eu ^S^ÏÏÎLS TOUS parler de bonne foi , vous convenez qoe now «roS ^^STî! qiH» 1 Evangile est un prédicateur bien plSrt^ i Zg rfKî;«î
Vousdevezen8ecoodlieu,àrautoritédeceaeiimole nn««r<trf. «ucéritéetdappllcationsur vous^néme; c'^à-R^dTÏÎ
yeux d un côté l'état de votre ame, de l'autre les vSteWSoS
S iI'^?^°^*^P'' ***'*'**''*««'**' <»«î«e adressées*^ «eul, les saintes maximes annoncées à la multitude • vonTr.»!!^ comme seaf ici devant Jésus^hrist qui parîeTvS; L^S^S bouche, et qui peut-être même ne nous envoie idqTpS;^ seul. Car, mes Frères, nul ne prend ici pour soi la vSK îî!! toque et qui le condamne ; nul ne s'y croit on ^Z^^^t^^.
ll«mblequeDousnonsformonsàplaisirdesfiït<toeX?E!S.: batÙHî, el que la réalité du pécheur que nous atlaqSTseïÏÏÎe nulle part. L'impudique nesereconnoltpoint daSKtolî3« vifs et les plus ressemblants de sa passion. L'hommeSrtd'm bien mal acquis, etpeut-étredu sangetdeladépouilfedïSpte condamne avec nous cette injusUce dans les autres, et S'Sf S quil se juge lui-même. Le courtisan dévoré d'ambition, etqulS-
œfie tous les jours à cette idole la consdenoe et la probité, «ïvient de la bassesse de cette passion dans ses semblable, et là renarde comme une vertu ou comme la grande science de la cour, powlni. même. Chacun s envisage toujours par certains côtés bvonbksinri 1 empêchent de se reconnoltre td qu'il est. Nous avons beau , mur ainsi dire, le montrer au doigt , on trouve toujoon en soi c^rtainf traits adonas qm changent la ressemblance. On se dit tout basàsoi même : Je ne suis pas cet homme. Et tandis que le public nous anplique peut-être des vérités si ressemblantes, seuls, on nous ténaslssonsà nous y méoonnoltre. on nous n'y découvrons peut-être que
les. défauts de nos frères; nous cherdioiis à nos propres portraits des ressemblaiices étrangi^res; nonsswimesiiigéDieQx à détourner sur les autres le ooop qne la vérité n'avoît porté que sar nous ; la malignité des applications est roniqae fratt que nous relirons de la peinture que la chair fait de nos vices, et nous jugeons témérairement DOS frères, ou nous aurions dû nous JQgcr nous-mêmes. Et c*estaiasi, 6 mon IMeu ! que les hommes corrompus abusent de tout, et que la lumière même de la vérité ferme leurs yeux sur leurs pro|ffe8 égarements, et ne les ouvre qne pour voir dans les autres, ou œqui n'est pas , ou ce qu'eUe anroit dû leur cacher!
Tels sont les devoirs qu'exige de vous l'autorité de la parole sainte : venons à ceux qui sont attachés à sa fln. Sa 6n, mes Frères, vous le savez, c'est la conversion des cœars, rétablissement de la vérité, la destruction de l'erreur et du péché, la sanctiGcation du nom de Jésus-Christ; tout y est digne de la plus sublime fonction de la hiérardiie : et de là ilest aisé de coudure que vous devez nous écouter avec un esprit de respect religieux qui ne méprise pas la simplicité de nos discours, et avec un esprit de foi qui n*y cherche rien d'humain, rien de frivole, rien qui ne réponde à l'exceltoncc et À la dignité de sa fln.
Je dis un esprit de respect religieux qui ne méprise pas la simplicité de nos discours : car, quelque éclairé que vous soyez d'ailleurs, vour ne devez pas vous faire de vos prétendues lumières un titre pour négUiger lesnistructions que TÉglise donne aux fidèles. Augustin , déi» célèbre à Milan par ses talents et par son éloquence, ne dédaignoit pas d'assister assidûment aux instructions publiques du grand Ambroise. L'onction de l'esprit vous apprendra toujours ief ce que vous ignorez peut-être encore. Si vous avez la science qui enfle, vous vous aCTimnircz dans la charité qui édifle. Si voire esprit n'y apprend rien de nouveau , votre cœur y sentira peut-être des choses nouvelles : vous y apprendrez du moins que votre savoir n'est rien, si vous ignorez la science du salut ; que vous n'êtes qu'une nuée sans eau , élevé h la vérité par vos talents et par vos connoissauces sur le reste des hommes, mais vide de grâce , et le jouet des ventsetdes passions devant Dieu ; et qu'euGn une amesimpleet pure apprendra tout en un instant dans le sein de Dieu , et sera transformée de darté en clarté; au lieu que vous, après une vie entière de veilles et de travail, et un amas inutile de connoissances et de lumières , n'aurez peut-être pour partage que les ténèbres éternelles.
Qud abus , mes Frères, de se bannir de ces assemblées saintes , sous prétexte qu'on en sait assez, et peut-être aussi qu'on est assez instruit des devoirs de la piété dont on fait profession depuis longtemps ; et que des lectures chrétiennes et un peu de réflexion dans la retraite, mènent plus loin , et sont plus utiles qne tous nos discours! Mais, mon cher Auditeur, si vous faites profession de la piété et de la justice , quelle plus douce consolation pouvez-vous avoir,
que d'entendre publier les merveilles du Seigneur^ les ordennanoes de sa loi sainte , des vérités que vous aimez, que vous pratique!, et dont vous devez souhaiter que la connoissanee soit donnée à tous les hommes? Quel spectacle plus consolant pour vous, que de voir vos frères assemblés ici au pied de l'autel , attentifs à la parole de vie, éloignés des spectacles du monde et des occasions du péché, formant de saints désirs, ouvrant leurs murs à la voix de Dieu , concevant peut-^re les prémices del' Esprit saint, et les commaiœments de leur pénitence ; et de pouvoir vous unir à eux pour obtenfar du Père des miséricordes, qu'il achève dans leur ame Touvrage du salut qu*il a commencé d*y opérer?
Ce n'est pas quels méditation des divines Ecritures ne fournisse à la piété chrétienne des ressources consolantes. Mais le Seigneur attache à la vertu de notre ministère, et à la vocation légitime, des grâces que vous ne trouverez pas ailleurs. Les vérités les plus simples dans la bouche des pasteurs^ ou de ceux qui vous parlent à leur place, tirent de la grâce de leur mission une force qu'elles n'ont pas toutes seules ; et le même livre d'Isale, qui, lu dans un char par cet oflBcier de la reine d'Ethiopie , étoît pour lui un livre fermé, et amusoît son loisir sans éclairer sa foi, développé par Philippe, devint à l'instant pour lui une parole de vie et de salut. EtenGn vous devez cet exemple à vos frères, celte édiOcation à l'Eglise, ce respect à la parole de Jésus-Christ, celle uniformité à l'esprit de paix et d* unité qui nous lie. Eh ! bannissez-vous, à la bonne beure, de ces assemblées profanes et crimindtes, où la piété est toujours gémissante, étrangère, contrainte : mais c'est ici sa place; c'est l'assemblée des saints, puisque ce n'est que pour les former que notre ministère a été établi, et se perpétue encore dans l'Eglise.
J'ai dit en second lieu , un esprit de foi ; et cette disposition en renferme deux : un amour pour la parole sainte indépendant des talents de l'homme qui vous l'annonce; un goût formé par la rdigion, qui ne vienne pas y chercher de vains ornements , mais les vérités solides du salut , c'est-à-dire, ne l'écouter ni avec un esprit de censure, ni avec un esprit de curiosité.
Et en effet , votre amour pour la parole de Jésus-Christ doit vous aveugler, pour ainsi dire, sur les défauts de ceux qui vous l'annoncent t vous devez hi trouver belle, divine, digne de tous vos hommages dans une bouche même impolie et grossière. Sous qudque couleur qu'on vous la présente, revêtue d'ornements pompeux, ou simple et négligée, pourvu que vous en reconnoissiez encore les traits célestes, elle a les mêmes droits sur votre cœur. Et certes perdelle quelque chose de sa sainteté pour passer par des canaux moins bf-iilants et moins riches? Que le Seigneur parlât autrefois à travers un buisson vil et méprisable aux yeux, ou sur une nuée de gloire ; qu'il rendit ses oracles au milieu du désert et dans un tabiTnacle (-ouvert de peaux d'animaux , ou dans le temple de Silo»
SUft LA PAROLE DE DIEU. 28K
mon le plus magnifique qui ait jamais été élevé à la gloire de son nom , sa parole sainte y perdoit-elle quelque chose de sa dignité? et comme c'étoitle même Seigneur qui parloil partout , la foi dlsraëi. y faisoit-elle quelque différence ?
Cependant, parmi tous ceux qui nous écoutent , il en est peu aujourd'hui qui ne s'érigent en juges et en censeurs de la parole sainte. On ne vient ici que pour décider du mérite de ceux qui Tannoncent, pour faire dos parallèles insensés, pour prononcer sur la différence des jours et des instructions : on se fait honneur d'être difficile : on passe sans attention sur les vérités les plus étonnantes , et qui seroient d'un plus grand usage pour soi ; et tout le fruit qu'on retire d'un discours chrétien , se borne à en avoir mieux remarqué les défauts que tout autre. De sorte qu*on peut appliquer à la plupart de nos auditeurs ce que Joseph , devenu le sauveur de l'Egypte, disoit par pure feinte à ses frères : Ce n'est pas pour chercher le froment et la nourriture, que vous êtes venus ici, cest comme des espions qui venez remarquer les endroits foibl<s de cette contrée* Exploratores estisi ut videatis infirniiora terras^ venistis (Gen., xLii, 9}. Ce n'est pas pour vous nourrir du pain de la parole, et chercher des secours et des remèdes utiks à vos maux, que vous venez nous écouter ; c'est pour trouver où placer quelques vaines censures, et vous faire honneur de nos défauts , qui sont peut-être une punition terrible de Dieu sur vous^ lequel refuse à vos crimes des ouvriers plus accomplis , et qui auroient pu vous rappeler à la pénitence: Exploralores estis} ut ifideatis infirniiora terrœ, w-^ nisiu
Mais de bonne foi , mes Frères , quelque foibleque soit notre langage, n'en disons-nous pas toujours assez pour vous confondre, pour dissiper vos erreurs , et pour vous faire convenir en secret des égarements que vous ne pouvez vous justifia à vous-mêmes? Faut-il . des talents si sublimes pour vous dire que tes fornicateurs,]es avares, et les hommessans miséricorde, n'entreront jamais dans le royaume de Dieu ; que si vous ne faites pénitence , vous périrez ; et qu'il ne sert de rien d'être possesseur du monde entier, si Ton vient à perdre son ame? n'est-ce pas la simplicité même» qui fait toute la force dv. ces divines vérités? et dans la bouche du plus obscur de tous les ministres seroient-elles moins effrayantes?
Et d'ailleurs, s'il étoit permis de nous recommander ici nousmêmes, comme le disoit autrefois l'apôtre à des fidèles ingrats, plus attentifs à censurer la simplicité de son extérieur et de son langage, et sa figure méprisable, comme il dit lui-même, aux yeux des hommes, que touchés des fatigues et des périls infinis qu'il avoit essuyés pour leur annoncer l'Evangile et les convertir a la foi ; s'il étoit permis, nous vous dirions : Mes Frères, nous soutenons pour voua tout le poids d'un ministère pénible ; nos soins, nos veilles, nos prières , les travaux infinis qui nous conduisent à ces chaires chrc-
M6 PREMIER DlîVlANCHE DE CARÊME.
tiennes , n*onf point d'antre objet que votre salut : eh ! ne méritonB' nous pas da moînsqne tous respectiez nos peines? le zéleqni souffre , tont ponr yo&s assurer le salut , peut-il jamais derenir le triste sujet de vos dérisions et de tos censures? Demandez à Dieu, à la bonne heure, pour la gloire de l'Eglise et pour Thonneur de son Evangile, qu'il suscite k son peuple des ouvriers puissants en parole ; de ces hommes que l'onction seule de Fesprit de Dieu rend éloquents, et qui annoncent l'Evangile d'une manière digne de son élévation et de sa sainteté. Mais quand nous jr manquons , que votre foi supplée à nos discours : que voire piété rende à la vérité dans vos cœurs ce qu'elle perd dans notre bouche; et par vos dégoûts injustes, n^oblige pas les ministres de l'Evangile à recourir, pour vous plaire , aux vains artîGces d'une éloquence humaine, à briller plutôt qu'à instruire, et à descendre chez les Philistins, comme autrefois les Israélites, pour aiguiser leurs instruments destinés à cultiver la terre ; je veux dire , à chercher dans les sciences profanes , ou dans le langage d'un monde ennemi , des ornements étrangers pour embellir la simplicité de l'Evangile, et donner aux instruments et aux talents destinés à faire croître et fructiCer la semence sainte un brillant et une subtilité qui en émousse la force et la vertu, et qui met un faux éclat à la place du zèle et de la vérité : Descemdebai e/yo omnis Israël ad PhilisthUm^ ut exacueret unusquisque vomerem suum, et Ugonem (I Rec, xiii , 20).
Et voilà, mes Frères, le dernier défaut opposé à cet esprit de foi, lm esprit de curiosité. Vous ne distinguez pas assez la sainte gravité de notre ministère , de cet art , vain et frivole , qui ne se propose que l'arrangement du discours et la gloiredeTéloquence : vous n'assistez à nos discours que comme autrefois Augustin encore pécheur assistoit à ceux d'Ambroise. Ce n'étoit pas , dit cet illustre pénitent , pour y apprendre , de la bouche de l'homme de Dieu, les secrets de la vie étemelle, que je cherchois depuis si long-temps , ni pour y trouver des remèdes aux plaies honteuses et invétérées de mon ame, que vous seul connoissiez, 6 mon Dieu! c'étoit pour examiner si son éloquence répondoit à sa grande réputation, et si ses discours soutenoient les applaudissements que lui donnoit tout son peuple. Les vérités qu'il annonçoit ne m'intéressoient point} je n'étois touché que de la beauté et de la douceur du discours : Renmi autem incuriosus etcontemptor adstabam^ et delectabar suat'itate sermonis (Gonp. lib. 5, c. 13).
Et telle est encore aujourd'hui la situation déplorable d une infinité de fidèles qui nous écoutent, lesquels chargés de crimes comme Augustin , liés comme lui des passions les plus honteuses, loin de venir chercher ici des remèdes à leurs maux, viennent y chercher de vains ornements qui amusent les malades sans les guérir ; qui font que nous plaisons au pécheur, mais qui ne font pas que le pécheur se d^[ilaiie à lui-même. Ils viennent, ce semble, nous dire ce que
dtm LA pâholb dë dieu* âSr
\ de Babylone disoient autrefois aux Israélites capUib ; Ghniles-iioos les cantiques de Sion : Hymnum cantate nobis dt eanàciê Sion (Ps. cxxxvi y 3}. Ils viennent cbercher Tharmonie et ragrément dans les yérités skieuses de la morale de Jésus-Christ , dans les soupirs de la triste Sion étrangère et captive, et veulent que noQspensionsà flatter Foreilleen publiant les menaces et les maximes lèvera de l'Évangile : Hymmun cantate nobis de canticis Sion.
O vous qui m'écoutez , et que ce discours regarde, rentrez un moment en vous-mêmes! votre sort est comme dépl<Hré aux yeux de Dieu; vos plaies invétérées ne laissent presque plus d'espoir de guérison ; vos maux pressent, le temps est court ; Dieu, lassé de vous soufibrir depuis si long-temps, va enfin vous frapper et vous surprendre : voilà les malheurs étemels que nous vous prédisons, et qui arrivent tous les jours à vos semblables. Vous n'êtes pas loin de Faeoomplissement; nous vous montrons le glaive terrible du Seigneur suspendu sur votre tête, et prêt à tomber sur vous : et loin de frémir sur les suites de votre destinée et prendre des mesura pour TOUS déroba: au glaive qui vous menace, vous vous amusez à examiner s'il brille, et s'il a de l'édat ; et tous cherchez dans les terreurs mêmes de la prédiction , les beautés puériles d'une vaine éloquence. Grand Dieu! que le pécheur parott méprisable et digne de risée, quand on l'envisage dans votre lumière !
Car, mes Frères, sommes-nous donc ici sur une tribune profane, pour ménager avec des paroles artificieuses les suffrages d'une assemblée oisire; ou dans la chaire chrétienne et à la place de Jésus- ^ Clirisl, pour vous instruire, pour vous reprendre, pour vous sanc* tifier au nom et sous les yeux de celui qui nous envoie? Est-ce ici une Aspute de gloire, un exercice d'esprit et d'oisiveté, ou le plus saiotet le phisimportant ministère de la foi ? Eh ! pourquoi venezvous vous arrêter à nos foibles talents, et chercher des qualités humâmes où Dieu seul parie et agit? Les instruments les plus vils ne sont-^ils pas quelquefois les plus pro|Hnes à la puissance de sa grâce? les murs de Jéridio ne tombent-ils pas , quand il lui platt, au bruit des plus fragiles trompettes? Eh I que nous impwte de vous plaire, si nous ne vous changeons pas ? que nous sert d'être éloquents, si vous êtes toujours pécheurs? quel fruit nous revient-il de vos louanges, si vous n'en retirez vous-mêmes aucun de nos instructions? Notre gloire, c'est rétablissement du r^e de Dieu dans voscœnrs; vos lannes toutes seules, bien mieux que vos applaudissements, peuTent faire notre éloge; et nous ne voulons point d'autre ecn^ roone «iw Tous-mêmes et voire salut étemel. Mnn soii-iL
288 LUNDIJDtË LA PREMIERE SEMAINE.
SERMON