‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 56 sur 96 · VÉRITÉ D UN AVENIR. S · texte numérisé non relu

VÉRITÉ D UN AVENIR. S

i^Mèvara jiisqa*à la 6n des siècles contre l'impie; sur Taccompllsseraent des prophéties, c'est-à-dire, le seul caractère de Téritéqaerimposiure ne peut imiter; sur la traditioo de tous les siècles, c'est-àdire, sur des faits qui, depuis la naissance du monde, ont paru cfrtainsà tout ce que Funivers a eu de plus grands hommes, de justes plus reconnus, de peuples plus sages ei plus polis ; en un mot, sur des preuves du moins vraisemblables L'impie ne croïi point d avenir sur un simple doute, sur un pur soupçon? Qui le sait, nous dit*il; qui en est revenu ? Il n'a aucune raison solide, décisive pour corn* battre la vérité d'un avenir. Car qu'il la pubKe, et nous nous y rendrons. Il se défie seulement qu'il n'y a rien après cette vie, et làdessus il le croit.

Or, je vous le demande, qui est ici le crédule? Est-ce ceint qui a pour fondement de sa croyance ce qu'il y a du moins de plus vraisemblable parmi les hommes, et de plus propre à faire impression sur la raison; ou celui qui s'est déterminé à croire qu'il n'y a rien, sur la foiblesse d'un simple doute? Cependant l'impie croit faire pins d^usage de sa raison que le fidèle : il nous regarde comme des hommes foibles et crédules ; et il se considère lui-même comme un esprit supérieur, élevé au-dessus des préjugés vulgaires, et que la raison seule, et non l'opinion publique, détermine. O Dieu !qne vous êtes terrible, lorsque vous livrez le pécheur à son aveuglement 1 et que vous savei bien tirer votre gloire des efibrts mêmes que vos ennemis font pour la combattre!

Mais je vais encore plus loin. Quand même, dans le doute que se formel'impie sur l'avenir, les rbosos seroient ^les, et que les vaines incertitudes qui le rendent incrédule balanceroient les vérités solides et évidentesqui nous promettent l'immortalité : je dis que dans une égalité même de raisons, il devroit du moins désira- que le senti* ment de la foi, sur la nature de nos âmes, fût véritable ; un sentiment qui fait tant d'honneur à l'homme, qui lui apprend que son origine est céleste, et ses espérances éternelles : il devroit souhaiter que la doctrine de rimpiété fût fausse ; une doctrine si triste, si humiliante pour rh«>mme ; qui le confond avec la béte ; qui ne le fait vivre que pour le corps; qui ne lui donne ni fin, ni destination, ni espérance; qui tM>rne sa destinée à un petit nombre de jours rapides, inquiets, douloureux qu'il passe sur la terre : toutes choses égales, une raison née avec quelque élévation aimeroit encore mieux se tromper en se faisant honneur, qu'en se déclarant pour un parii si ignominieux à son être. Quelle ame a donc reçue l'impie des mains d'une nature peu favorable, pour aimer mieux croire dans une si grande inégalité de raisons, qu'il n'est fait que pour la terre, et se regarder avec com< plaisance, comme un vil assemblage de boue, et le compagnon du bœuf et du taureau ? Que dis-je, mes Frères ? quel monstre dans l'univers doit être l'impie, de ne se défier même du sentiment commun, qoe parce qu'il est trop glorieux à sa nature ^ et de croire que II

▼anité toute seule des faommes Ta introduil sur la terrc^ et leur i persuadé qu'ils éloieut immortels I

Mais noB , mes Frères s ces hommes de chair et de sang oot raison de refuser i'Iionneur que lareligîoQ fait à leur nature ; et de se persuader que leur ame est toute de boue , et que tout meurt avec le corps; Deshommes sensuels, impudiques, efféminés, qui n'ont plus d'autre fk«in qu'un instinct brutal ; plus d'autre r^le, que Temp(»lement de leurs désirs ; plus d'autre occupation que de réreiller, par de nouveaux artifices, la cupidité déjaassouvie : des hommes de ce caractère ne doivent pas avoir beaucoup de peine à croire , qu'ils n'ont en eux aucun principe de vie spirituelle , que le corps est tout leur être : et comme ils imitent les mœurs des bétes , ils sont pardonnables de s'en attribuer la nature. Mais qu'ils ne jugent pas de tous les hommes par enx-mémes; il est encore sur la terre des amcs chastes , pudiques , tempérantes : qu'ils ne transportent pas dans la nature les penchants honteux de leur volonté ; qu'ils ne d^radent pas rhumanité tout entière, pour s'être indignement dégradés euxoiêmes : qu'ils cherchent leurs semblables parmi les hommes : et se trouvant presque seuls dans l'univers, ils verront qu'ils sont plutôt les monstres que les ouvrages ordinaires de la nature.

D'ailleurs , non^seulement l'impie est insensé, parceque, dans une égalité même déraisons , son cœur et sa gloire devroient le décider en faveur delà foi , mais encore son propre intérêt. Car, mes Frères, on l'a déjà dit : que risque l'impie en croyant? quelle suite fâcheuse aura sa crédulité , s'il se trompe ? Il vivra avec honneur, avec probité , aved innocence : il sera doux , affable , juste, sincère , religieux , ami généreux , époux fidèle , mattre équitable : il modérera des passions qui auroient (ait tous les malheurs de sa vie : il s'abstiendra des plaisirs et des excès qui lui eussent préparéune vieillesse douloureuse, ou une fortune dérangée : il jouira de la réputation de la vertu et de l'estime des peuples ; voilà ce qu'il risque. Quand tout finiroit avec cette vie, ce seroit là le seul secret de la passer heureuse et tranquille; voilà le seul inconvénient que j'y trouve. S'il n'y a point de récompense étemelle, qu'aura-il perdu en l'attendant? lia perdu quelques plaisirs sensuels et rapides, qui l'auroient bientôt ou lassé par le d^ùt qui les suit, ou tyrannisé par les nouveaux désirs qu'ils allument : il a perdu l'affreuse satisfaction d'être, pour l'instant qu'il a paru sur la terre, cruel, dénaturé, voluptueux , sans foi , sans mœurs , sans conscience , méprisé peut-être , et déshonoré an milieu de son peuple. Je n'y vois pas de plus grand aialheur ; il retombe dans le néant , et son erreur n'a point d'autre suite.

Mais s'il y a un avenir, mais s'il se trompe en refusant de croire, |ue ne risque-t-il pas ! la perte des biens éternels , la possession de 7otre gloire , ô mon Dieu ! qui devoit le rendre à jamais heureux j mais ce n'est là mêione que le commencem^it de ses malheurs ; II

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