‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 57 sur 96 · VÉRITÉ D'UN AVEKIK. MS · texte numérisé non relu

VÉRITÉ D'UN AVEKIK. MS

talrouver desanleur& dévorantes, un supplice sans flnetsans mesure, une éternité d'horreur et de rage. Or, comparez ces deux destinées ; quel parti prendra ici Tin^iie? Hisquera-t-il la oourle durée de qudques jours? risquera-t-il uqe éternité tout entière? s'en tiendra-t-il an présent qui doit finir demain , et où il ne sauroîl même être heureux? cniindra-t*il uo avenir qui n'a (rius d'autres bornes que l'éternité, et qui ne doit finir qu'avec Dieu même? Quel est Thommesage, qui, dans une incertitude môme ^ak, osât ici balancer ? rt quel nom donnerons-nous & Timpie, qui , u'ayant pour lui que des doutes ûrivoles , et voyant du o6té de la foi rautoriië , les exemples, la prescription, la raison , la voix de tous les siècles , le monde entier, prend seul le parti affreux de ne point croire, meurt tranquille comme s'il ne devoit |Aus vivre, laisse sa destinée éternelle entre les mains du hasard , et va tenter moUemeut un si grand événement? O Dieu! est-ce donc là un homme conduit par une raison tranquille , ou un furieux qui n'attend plus de ressource que de sou désespoir ? L'incertitude de l'impie est donc insensée dans les raisons sur lesquelles elle s*appuie.

Mais , en dernier lieu, elle est encore affreuse dans ses conséquences. Et ici souffrez que je laisse les grandes raisons de doctrine: je ne vwx parler qu*à la conscience de l'incrédule, et m*en tenir aux preuves de sentiment.

Or» si tout doit finir avec nous, si l'homme ne doit rien attendre après cette vie, et que ce soit ici notre patrie , notre origine ^ et la srale félicité que nous pouvons nous promettre, pourquoi n'y sommes-nous pas heureux? Si nous ne naissons que pour les plaisirs des sens , pourquoi ne peuvent-ils nous satisfoire , et laissent^ ils toujours un fond d'ennui et de tristesse dans noUre cœur? Si l'homme n'a rien au-dessus de la béte , que ne coule-t-il ses jours comme elle, sans souci, sans inquiétude, sans dégoût, sans tristesse, dans la félicité des sens et de la chair ? Si riKMnme n'a point d'autre bonheur à espérer qu'un bonheur temporel, pourquoi ne le trouve-t41 nulle part sur la terre ? d'où vient que les richesses l'inquiètent, que les honneurs le fatiguent, que les plaisirs le lassent, que les sciences le confondent et irritent sa curiosité loin de la satisCaire, que la réputation le gène et l'embarrasse , que tout cela ensemble ne peut remplir l'immensité de son coBur, etlui laisseencore quelque chose à désirer? Tous les autres êtres , contents de leur destinée, paroissent heureux à leur manière dans la situation où l'Auteur de la nature les a placés t les astres, tranquilles dans le finr."; ment , ne quittent pas leur séjour pour aller éclairer une auire terre : la terre, réglée dans ses mouvements, nes^élance pas en haut pour aller prendre leur place : les animaux rampent dans les campi^gnes, sans envier la destinée de l'homme qui habite les villes et les palais somptueux : les oiseaux se réjouissent dans les airs, sans penser s*il y a des créatures plus heureuses qu'eux sur la terre : tout

est heureux pour ainsi dire, tout est à sa place dans la nature. L'homme seul est inquiet et mécontent $ l'homme seul est en proie à ses désirs , se laisse dédhirer par des craintes , trouve son supplice dans ses espérances , devient triste et malheureux au milieu de ses plaisirs ; lliomme seul ne rencontre rien ici4Mis oè son cœur puisse se fixer.

B'où vient cela , ô homme? Ne seroit-ce point paroeque vous êtes ici -bas déplacé ; que vous êtes fait pour le ciel , que voire cceur est plus p*and que le monde , que la terre n*est pas votre patrie , et que tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien pour vous? Répondes si vous pouvez , ou plutôt intérro^s votre coeur, et vous serez fideie.

En second lieu , si tout meurt avec le corps , qui est-ce qui a pu persuadera tous les hommes , de tous les siècles et de tous lespays , que leur ame étoit immortelle? d'où a pu venir au genre humain cette idée étrange d'immortalité? un sentiment si éloigné de la nature de l*hommc, puisqull ne scroil né que pour les fonctions des sens, aûroit-n pu prévaloir sur la terre? Car si Vhomme , comme la bête, n'est Tail que pour le temps , rien ne doit être plus incompréhensible pour lui , que la seule idée dimmortalité. Des machines pétries de boue, qui ne dcvroient vivre et n'avoir pour objet qu'une félicité sensuelle, auroiont-clles jamais pu ou se donner, ou trouver en etksnW%ncs de si nobles sentiments, et des idées si sublimes ?Cep(*ndaut, cette idée si extraordinaire est devenue Tidée de tous les hommes : cette idée si opposée même aux sens, puisque lliommo comme la bêle meurt tout entier à nos yeux , s'est établie sur toute la terre. Ce sentiment, qui n^auroit pas dû même trouver un inventeur dans l'univers , a trouvé une docilité universelle parmi tous les peuples; les plus sauvages comme les plus cultivés , les plus polis comme les plus grossiers, les plus infidèles comme les plus soumis k la foi.

Car, remontez jusqu'à la naissance des siédes , parcourez toutes tes nations, lisez l'histoire des royaumes et des empires, écoutez ceux qui reviennent des lies les plus éloignées , l'immortalité de Tame a loujoiirs été et est encore la croyance de tous les peuples de ftinivel's. La connoissance d'un seul Dieu a pu s'effacer sur la terre ; sa gloire, sa puissance, son immensité ont pu s'anéantir, pour ainsi dire, dans le cœur et dans l'esprit des hommes. Des peuples entiers et sauvages peuvent vivre encore sans culte , sans religion , sans Dieu dans ce monde, mais ils attendent tous un avenir; mais le sentiment de l'immortalité de Tame n'a pu s'effacer de leur cœur ; mais ils se figurent tous une région que nos amcs habiteront après notre mort , et , en oubliant Dieu , ils n'ont pu ne pas se sentir euxmêmes.

Or d'où vient que des hommes si différents d'humeur, de culte, de pays, de sentiments, d'intérêts , de figure même , et qui k peine paroissent entre eux de même espèce, conviennent tous pourtant en ce point, et veulent tous être immortels? Ce n^est pas ici une col-

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lusioD ; car oomm^t ferez-vous conycnir enseodile les honmies de tous les pays et de tous les siècles? Ce n*est pas un préingé de Tédocation ; car les mœurs , les usages , le culte , qui d'ordioaire sout la suite des préjugés , ne sont pas les mêmes parmi tous les peuples ; le seotimeat de rimmortalité leur est commun à tous. Ce n'est pas fine secte ^ car, outre que c'est la religion univcrsi^lle du monde, ce dogme n'a point eu de cbef et de protecteur : les hommes se le sont

. persuadé eux-mêmes , ou plutôt la nature le leur a appris sans, le seconrs.des maîtres; et seul depuis le commencement des cbp^^ il a passé des pères aux enfants, et s'est toujours maintenu sur la terre. 0 , tous qui croyez être un amas de boue, sortez donc do monde, où vous vous trouvez seul de votre avis ; allez donc chercher dans une autre terre des hommes d'une autre espèce , et semblables à la bête : ou plutôt ayez horreur de vous-même de vous trouver comme seul dans l'univers, de vous révolter contre toute la nature, de désavouer votre propre cœur; et reconnoissez, dans un sentiment commun à tous les hommes , Timpression commune de l'auteur qui les a formés I

£nfln, et je finis avec cette dernière raison , la société universelle des hommes, les lois qui nous unissent les uns aux autres, les devoirs les plus sacrés et les plus mviolables de la vie civile, tout cela n'est fondé que sur la certitude d'un avenir. Ainsi, si tout meurt

. avec le corps , il faut que Tunivers prenne d'autres lois, d'autres mœurs , d'antres usages , et que tout change de face sur la terre. Si tout meurt avec le corps , les maximes de l'équité, de l'amitié, de rhonneur, de la bonne foi , de la reconnoissance , ne sont donc plus que des erreurs populaires , puisque nous ne devons rien à des hommes qui ne nous sont rien , auxquels aucun nœud commun de culte et d'espérance ne nous lie, qui vont demain retomber dans le néant, et qui ne sont déjà plus. Si tout meurt avec nous, les doux noms d*enfant, de père, d'ami , d'époux , sont donc des noms de théAUe, et de vains titres qui nous abusent, puisque l'amitié, celle même qui vient de la vertu , n est plus un lien durable; que nos pères qui nous oui précédés ne sont plus ; que nos enfants ne seront point nos successeurs, car le néant, tel que nous devons être un jour, n'a point de suite ; que la société sacrée des noces n'est plus qu'une union brutale , d'où , par un assemblage bizarre et fortuit, sortent des êtres qui nous ressemblent , mais qui n'ont de commun avec nous que le néant.

Que dirai-je encore ? si tout meurt avec nous, les annales domestiques, et la suite de nos ancêtres n'est donc plus qu'une suite de dnmères , puisque nous n'avons plus d'aïeux , et que nous n aurons point de neveux : les soins du nom et de la postérité sont donc Crivoies ; l'honneur qu'on rend à la mémoire des hommes illustres, une erreur puérile, puisqu'il est ridicule d'honorer ce qui n*eat plus ; la religion des tombeaux , une illusion vulgaire ; les cendres

de noft pères et de nos amis , une vile poussière qu'il fout jeter aa ▼eût, et qui n'appartient à personne; les dernières intentions des mourants si sacrées parmi les peuples les plus knrbares, le dernier sca d*ane machine qui se dissout , et pour tout dire , en un mol , si tout meurt avec nous , les lois sont donc une senritode insensée ; lei rois et les sourerains des fantômes que la foiblesse des peuples a élevés ; la justice , une usurpation sur la liberté des hoomies ; la loi des mariages un vain scrupule ; la pudeur, on préjugé; rhonneur el la pn^ité, des chimères ; les incestes, les parricides , les perfidies noires , des jeux de la nature , et des noms que la politique des législateurs a inventés.

Voilà où se réduit la philosophie sublime des impies ; voilà oetla force j cette raison , cette sagesse qu'ils nous vantent éternellement. Convenez de leurs maximes, et l'univers entier retombe dans un affreux chaos ; et tout est confondu sur la terre ; et toutes les idées du vice et de la vertu sont renversées ; et les lois les plus inviolables de la société s'évanouissent ; et la discipline des mœurs périt ; et le gouvernement des états et des empires n'a plus de règle ; et toute l'harmonie du corps politique s'écroule ; et te genre humain n'est plus qu'un assemblage d'insensés , de barbares, d'impudiques, de iWeux , de fourbes , de dénaturés , qui n'ont plus d'autre Id que la force; plus d'autre frein que leurs passions et la crainte de l'autorité; plus d'autre lien que l'irréligion et l'indépendance ; plus d'autre Dieu qu'eux-mêmes. Voilà le monde des impies ; et si ce plan affireox de république vous plaît , formez , si vous le pouvez, une société de ces hommes monstrueux. Tout ce qui nous reste à vous dire, cTest que vous êtes digne d'y occuper une plaoe.

Qu'il est donc digne de l'homme , mes Frères , d'attendre une destinée étemelle, de régler ses morars sur la loi , et de vivre comme devant un jour rendre compte de ses actions devant celui qui pèsera les esprits , et qui surprendra les sages dans leur sagesse !

L'incertitude de Timpie est donc suspecte dans son principe, insensée dans ses raisons, aflreuse dans ses conséquences. Mais après vous avoir montré que rien n'est plus opposé à la droite raison que le doute qu'A se forme sur Taverar, achevons de le confondre dans SOS prétextes , et montrons que rien n'est plus opposé à l'idée d'un Meu sage et au sentiment de la propre conscience.

SECONDS PARTIE

n est sans doute étonnant, mes Frères , que l'impie cherche dans la grandeur de Dieu même une protection à ses crimes , et que ne trouvant rien au-dessus de lui qui puisse justifia les horreurs do son ame, il prétende trouver dans la majesté redoutable de l'Être mpi^ôme une indulgence qu'il ne peut trouver dans h corruption taiême de son cœur.

En eflet) est-Q digne de la grandeur de Dieu» dit l'impie, de

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