VÉRITÉ D'UN AVEMK. SM
s^SBMuer à ce qui 86 paMC parmi les hommes, de comi^ier leurs vices au leurs vertus , d'étudier jusqu'à leurs pensées et à leurs désirs frivoles et infinis? Les liommes , des vers de terre, qui disperoissent sous la majesté de ses regards, valontrils la peine qu'il les observe de si prés? et n'est-ce pas penser trop humainement d'un Dieu qu'on nous fait si grand , que de lui donner une occupation qui ne sériât pas même digne de l'homme?
Mais avant de faire sentir toute l'extravagance de ce blasphème, remarquez , je vous prie , mes Frères , que c'est l'impie lui-même «(ui dégrade ici la grandeur de Dieu , et le rend semblable à l'horume . Car Dieu a-WQ besoin d'observer les hommes de près pour éti:e in* struit de leurs actions et de leurs pensées ? lui faut-il des soins el des attentions pour voir ce qui se passe sur la terre ? N'est-ce pas en lui que nous sommes , que nous vivons, que nous agissons? et pouvonsnous éviter ses regards , ou peut-il Ini-méme ks fermer à noscrimes?- Qudle folie donc à Timpie de supposer que ce qui se passe sur la terre deviendroit un soin et une occupation pour la Divinité , si elle vouMt y prendre garde ! Son unique occupation est de se connottre, et de jouir d'elle-même.
Cette réflexion supposée, je réponds premièrement : S'il est do la grandeur de Dieu dte laisser les biens elles maux sans châtiment et sans récompense, il est donc égal d'être juste , sincère , oflBdeux, charitable, ou cruel , fourbe, perfide, dénaturé ; Dieu n'aime donc pas davantage la vertu, la pudeur, la droiture, la religion, que rimpudicité, la mauvaise foi , l'impiété , le parjure , puisque le juste et l'impie , le pur et l'impur, auront le même sort, et qu'un anéantissement étemel va bientôt les égaies et les confondre pour toujours dans l'horreur du tombeau.
Que dis-jè, mes Frères ? Dieu semble même se dédarcr ici-bas en faveur de l'impie contre l'homme de bien. Il élève l'impie comme le cèdre du Liban, il le comble d'honneurs et de richesses, il Cavorise ses désirs , il facilite ses projets : car les impies sont presque toujours les heureux de la terre. An contraire , il semble oublier le juste ; il l'humilie, il l'afBige, il le livre à la calomnie et à la puissance de sps ennemis : car l'aflliction et l'opprobre sont d'ordinaire ici-bas le partage des gens de bien. Quel monstre de divinité, si tout finit avec l'homme, et s'il n'y a point d'autres maux et d'autres biens à espérer que ceux de cette vie! Est -elle donc la protectrice des adultères, des sacrilèges, des crimes les plus affreux ; la persécutrice de l'innocence , de la pudeur, de la piété , des vertus les plus pures? Ses fkveurs sont donc le prix du crime, et ses châtiments la seule récompense de la vejrtu ! Quel dieu de ténèbres , de foiblcsse , de conf usion et d'iniquités se frarme l'impie !
Quoi! mes Frères, il seroit de sa grandeur de laisser le monde qu'il a créé dans un désordre si universel ; de voir l'impie prévaloir presque toujours sur le juste, l'innocent détrôné par l'usurpateur.
k père devenu la victime de Tambition d'an Gis dénaturé, répoax expirant sous les ocmpa d'une épouse barbare et infldàle? Du haut de sa grandeur, Dieu se feroit un délassement bizarre de ces tristes événenicnts sans y prendre part ! Paroequ'O est grand , Q seroit on IbiMe, ou injuste, ou barbare? parceque les hommes sont petits, il leur seroit permis d'être , ou dissolus sans crime , ou vertueux sans mérite?
O Dieu! si c'étoit là le caractère de votre Etre suprême, si c'est vous que nous adorons sous des idées si affreuses , je ne vous reeonnois donc plus pour mon père, pour mon protecteur, pour le consolateur de mes peines, le soutien de ma foiblesse, le rémunérateur de ma fidélité! Vous ne seriei donc plus qatun tyran indolent et bicarré , qui sacrifie tous les hommes & sa vaine fierté , et qui ne les a tirés du néant que pour les Taire servir de jouet k son loisir on à ses caprices !
Car enlln , mes FMres , s'il n'y a point d'avenir, qud dessein donc digne de sa sagesse Dieu auroit il pu se proposer en créant les hommes? Quoi I il n'auroit point eu d'autre vue en les fcurmant, qu'en formant la bête? L'homme, cet être si noble, qui trouve en lui de si hautes pensées, de si vastes désirs , de si grands sentiments, susceptible d'amour, de vérité, de justice; l'homme, seul de toutes les créatures, capable d'une destination sérieuse, de connoltreet d'aimer l'auteur de son être ; cet homme ne seroit fait que pour la terre, pour passer un petit nombre de jours comme la bête en des oocu|Mitions frivoles, ou des plaisirs sensuels? II rempliroit sa destinée en remplissant un rôle si méprisable? il n'auroit paru sur la terre que pour y donner un spectacle si risible et si digne de pitié? et après cela il retomboroît dans le néant, sans avoir fait aucun usage de cet esprit vaste et de ce cœur élevé que l'auteur de son être lui avoit donnés? O Dieu! où seroit id votre sagesse, de n'avoir fait un si grand ouvrage que pour le temps, de n'avoir montré des hommes à la terre que pour faire des essais badins de votre puissance, et délasser votre loisir par cette variété de spectacles : NumquidenimifaneconstUuisiiomnes^Uoshominum (Ps. Lxxxviii, 48)? Le Dieu des impies n'est donc grand que parcequ'il est plus injuste, plus capricieux et plus méprisable que l'homme? Suivez ces idées, et soutenez-en, si vous pouvez, toute l'extra vaganoe.
Qu'il est donc digne de Dieu , mes Frères, de veiller sur cet univers; de conduire les hommes qu'il a créés , par des lois de justice, de vérité , de charité , d'innocence ; de faire de la raison et de la vertu , le lien et le fondement des sociétés humaines ! Qu'il est digne de Dieu d'aimer dans ses créatures les vertus qui le rendent lui-même aimable ; de haïr en elles les vices qui défigurent en elles son image \ de ne pas confondre pour toujours le juste avec l'impie: de rendre heureuses avec lui les âmes qui n'ont vécu que pour