VÉRITÉ D*UN AVENIR. Ô
lui; de liwer à leur propre malheur celles <|ai ont cru trouver une féliqité hon de luil Voilà le Dieu des cbrétieuSi voilà cette divH m(é sage , juste , sainte , que nous adorons i et l'avantage que nous avons sur l'impie, c*est que c'est là le Dieu d'un cœur innocent et d'une raison épurée ; le Dieu que toutes les créatures nous annoncent , que tous les siècles ont invoqué ^ que les sages mêmes du paganisme ont reconnu , et dont la nauire a gravé prorondcment ri&eau fond de notre être.
Mais puisque ce Dieu est si juste, doit-il punir oonune des crimes, des penchants de plaisir nés avec nous , et qu'il nous a lui-même donnés ? Dernier blasphème de l'impiété, et dernière partie de ce discours : j'abrège et je unis.
Mais premièrement, qui que vous soyez qui nous tenez ce langage insensé, si vous prétendez justifier toutes vos actions par les penchants qui vous y portent ; si tout ce que nous desirons devient légitime ; si nos inclinations dmveat être la seule règle de nos devoirs; sur ce pied-là vous n'avez qu'à regarder la fortune de votre frère avec un cçil d'envie, afin qu'il vous soit permis de l'en dépouiller ; sa femme avec un ccNir corrompu , pour être autorisé à violer la sainteté du lit nuptial , malgré les droits les plus sacrés de la société et de la nature. Vous n'avez qu*à vous défier d'un ennemi pour être en droit de le perdre; qu*à porter impatiemment l'autorité d'un père, ou la sévérité d un maitr* , pour trempa vos mains dans leur sang : vous n'avez, en un mot, quà porter en vous les penchants de tous les vices pour vous les permettre tous.; et comme chacun en. retrouve en soi les semences funestes , nnl ne sera excepté de cet aifreux privilège. 11 faut donc à l'homme pour se conduire d'autres lois que sea penchants , et une autre règle qae ses désirs.
Les siècles païens eux-mêmes reconnurent la nécessité d'une phi losopbie ; c'est-à-dire d'une lumière supérieure aux sens qui en réglât l'usage, et nt de la raison un frein aux passions humaines. La nature toute seule les conduisit à cette vérité , et leur apprit que l'aveugle insthict ne devoit pas être le setil guide des actions de l'homme; il faut donc que cet instinct, ou ne vienne pas de la première institution de la nature , ou qu'il en soit un dérangement, puisque toutes les lois qui ont paru dans le monde n'ont été faites que pour le modérer; que tous ceux qui dans tous les siècles ont eu la réputation de sages et de vertueux, n'en ont pas suivi les impressions ; que parmi tous les peuples on a toujours regardé comme des monstres , et l'opprobre de l'humanité , ces hommes infâmes qui se livroient sans réserve et sans pudeur à la brutale sensualité ; et que cette maxime une fois établie , que nos penchants et nos deors ne sauraient être des crimes , la société ne peut plus suhsister, les hommes doivent se séparer pour être en sAreté , aller bsbiter les forêts , et vivre seuls comme dos bêtes.
M LtlNDl DE LA PHËMtÈtlË SEMAINE.
D*aillears rcndoiis justice à Hiomme, oa plotAt à raatcur ipii Ta formé. Si noua troavons eD noua des penchaata de vice et de volupté , n'y trouvons-noua pas aussi des sentiments de vertu , de pudeur et dinnocence ? si la loi des membres nous entraîne vers le plaisir des sens , ne porluns-nous pas une autre loi écrite dans nos coHirs qui nous rappelle à la cbasteté et à la tempérance? Or, entre ces deux penchants, pourquoi l'impie dédde-t-il que celui qui nous pousse vers les sens est le plus conforme à la nature de rhomme? £st-<:ie parcequ'il est le plus violent ? mais sa violence seule prouve son dérégflement , et ce qui vient de la nature doit être plus modéré. Est-ce parcequ'il est toujours le plus fort? mais il est des âmes justes et fidèles en qui il est toujours soumis à la raison. Est-ce parcec[u'il est plus agréable? mais une preuve que ce plaisir n'est pas fait pour rendre l'homme heureux , c'est que le dégoût le suit de prés ; et que de plus, pour l'homme de bien , la vertu a mille fois plus de charme que le vice. Est-ce enfin pu*cequ'il est plus digne de rhomme? vous n'oseriez le dire, puisque c'est par-là qu'il se (-onfond avec la béte. Pourquoi décidez-vous donc en faveur des sens contre la raison, et voulez-vous qu'il soit plus conforme à rhomme de vivre en bote , que d'être raisonnable ?
Enfin , si tous les hommes étoîent corrompus , et se livroient tous aveuglément , comme les animaux sans raison , à leur instinct brutal , et ii l'empire des sens et des passions , vous auriez peut-être raison de nous dire que ce ^nt là des penchants inséparables de la nature, et de trouver dans l'exemple commun une excuse à vos désordres. Mais regardez autour de vous ; ne trouvez-vous plus de justes sur la terre ? Il ne s'agît pas ici de ces vains discours que vous faites si souvent contre la piété, et dont vous sentez vous-même l'injustice; parlez de bonne foi , et rendez gloire à la vérité. M'est- Il plus d*ames chastes , fidèles , timorées , qui vivent dans la crainte du Seigneur, et dans l'observance de sa loi sainte? D'où vient donc que vous n'avez pas sur vos passions le même empire que ces justes? n'ont-ils pas hérité de la nature les mêmes penchants que vous? les objets des passions ne réveiilent-ils pas dans leur coBur les mêmes scntnnents que dans le vôtre ? ne portent-ils pas en eux les sources des mêmes misères? Qu'ont les justes par-dessus vous, que la force et la fidélité qui vous manque?
G homme, vous imputez à Dieu une folblesse qui est l'ouvrage de vos propres dérèglements ! vous accusez l'Auteur de la nature des désordres de votre volonté ! Ce n'est pas assez de l'outrager, vous voulez le rendre responsable de vos outrages; et vous prétendez que le fruit de vos crimes devienne le titre de votre innocence î De quelles chimères un cœur corrompu n'est-II pas capable de se repaître , pour se justifier à lui-même la honte et l'infamie de ses vices!
J>ieu est donc juste, mes Frères, lors<ju'îl punît lestransgrw^
lions ae sa loi. Et que l'impie ne se dise pas ici à lui-même que la récompense in juste sera donc la résurrectiou à une Yîe immortelle f et la punition du pécheur, l'anéantissement éternel de son ame : car voilà la dernière ressource de Timpiété.
Mais quelle punition seroit-ce pour l'impie de n'être plus? Il souhaita cet anéantissement ; il se le propose comme sa plus douce espérance; il vit tranquille au milieu de ses plaisirs dans cette agréable attente. Quoi ! le Dieu juste pnniroit le pécheur en lui faisant une destinée au gré de ses propres désirs? Ah! ce n'est pas ainsi que Dieu punit. Car que peut trouver l'impie de si triste à retomber dans le néant? Seroit-ce d'être privé de son Dieu ? nmis il ne l'aime point; il ne le connott point ; il n'en veut point : et son Dieu c'est lui-même. Seroit-ce de n'être plus ; mat^ quoi de plus doux pour un monstre qui sait qu'il ne pourroit plus vivre audelà du trépas que pour souffrir, et expier les erreurs d'une vie abominable ? Seroit-ce d^avoir perdu les plaisirs du monde, et tous les objets de ses passions? mais quand ou n'est plus, on n'aime pins. Imaginez, si vous le pouvez , un sort plus heureux pour l'impie ; et ce seroit là enfin le doux terme de ses débauches , de ses horreurs et de ses blasphèmes ?
Non , mes Frères , l'espérance de l'impie périra , mais ses crimes ne périront pas avec lui; ses tourments seront aussi éternels que ses plaisirs l'auroient été, s'il eût été maître de sa destinée. 11 auroit voulu pouvoir s'éterniser sur la terre dans l'usage des voluptés sensuelles : la mort a borné ses crimes ; mais elle n'a pas borné ses désirs criminels. Le juste Juge qui sonde les cœurs proportionnera donc le supplice à roflbnse, des flammes immortelles à des plaisirs qu'on eût souhaités immortels; et Téternité elle-même ne sera qu'une juste compensation et une égalité de peine : fbunt hi m suppUcium œtemum, jusii autem in intam œtemam (Matth., XXV, 46).
Que conclure de ce discours ? que l'impie est à plaindre de chercher dans une affreuse inc^titnde sur les vérités de la foi la plus douce espérance de sa destinée : qu'il est à plaindre de ne pouvoir vivre tranquille qu'en vivant sans foi , sans culte , sans Dieu , sans oonsdenoe : qu'il esta plaindre, s'il faut que l'ËvangUe soit une fable; la foi de tons les siècles , une crédulité ; le sentiment de tous les hommes , une erreur populaire ; les premiers principes de la nature ei de la raison, des préjugés de l'enfance ; le sang de tant de mar^jnrs quereqpérance d'un avenir soutenoit dans les tourments, un jeu concerté pour tromper les hommes; la conversion de l'univers, une entreprise humaine ; l'accomplissement des prophéties, un coup du hasard ; en mi mot, s*il faut que tout ce qu'il y a de mieux établi dans l'univers se trouve faut , afin qu'il ne soit pas élariieUementmalheureux. Quelle fureur de pouvoir se ménager une lorte de tranquillité au milieu de tant de suppositions ilisunsêes *.
tok LUNDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE.
O iiomme ! je vous montrerai une voie plus sûre de vous calmer. Craignez cel avenir que vous vous efforœz de ne pas croire : ne Yous demandez plus ce qui se passe dans celte autre vie dont on vous parle; mais demandez* vous sans cesse à vous-même ce que vous faites dans celle-ci : calmez votre conscience par Hnnocence de vos moeurs, et non par l'impiclé de vos sentiments : mettez votre cœur en repos , en y appelant Dieu, et non pas en doutant s'il vous regarde. La paix de Timpie n'est qu*un affreux désespoir : cherchez votre bonheur, non en secouant le joug de la foi , mais en goûtant combien il est doux ; pratiquez les maximes qu'elle vous prescrit, et votre raison ne refusera plus de se soumettre aux mystères qu^elte TOUS ordonne de croire • l'avenir cessera de vous parottre incroyable, dè9*que vous cesserez de vivre conmie ceux qnj bornent toute leur félicité dans le court espace de cette vie. Alors , loin de le craindre , cet avenir, vous le hâterez par vos désirs ; vous soupirerez après ce jour heureux où le Fils de l'Homme, le père du siècle futur, viendra punir les incrédules , et conduire dans son royaume tous ceux qui auront vécu dans Tattentede la bienheureuse fanmortalité. Jiusi soit-il.
SERMON
POUft LE MARDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE GARÊMB.
SOa LK BIBPSCr DANS L8S TSHPLES.
Jairawt J441U in lêmpkun Dei, €i eJiçUbal omau ftuduttês el Umplo.
Jésus entra dans le temple , et il en chassa tous ceux qui 7 Teodolent et qui y acfaetolent. ( Matth, , xxi , it. )
D'où vient aujourd'hui à Jésus-Christ , mes Frères , cet air de léle et dindignation qu'il laisse éclater sur son visage? Ëst-ce donc là ce roi pacifique qui devoit parottre dans Sion accompagné de sa seule douceur? iHous l'avons vu établi juge sur une femme adultère; et û ne Fa pas même condamnée. Nous avons vu à ses pieds la pécheresse de la cité ; et il lui a pardonné avec bonté ses désordres^et ses scandales Ses disciples voulurent faire descendre le feû du ciërsur une ville ingrate et infidèle; mais il leur reprocha de ne pas obnnoltre encore l' Fsprit nouveau de clémence et dé charité qdil est venu porter sur la terre. Il vient même d'accorder des larmes aux malheurs qui menacent Jérusalem , cette ville criminelle, la meurtrière des prophètes , qui va sceller Tarrét de sa réprobation, par la mort injuste qu'elle fera bientôt souOrir à celui que Dieu lui a voit envové nour être son libérateur. Partout 11 a paru compatissant et
miflérioordieiix ; et Texcës de sa doaceur Ta fait même appeler Tami des péchears et des pnblicains.
Quels sont donc les outrages qui triomphent anjonrd'hai de toute sa démence , et qui arment ses mains bienfaisantes de la verge de la fureur et de la justice? On profane le temple saint ; on déshonore la maison de son Père ; on change le lieu de la prière et l'asile sacré des pénitents en une retraite de voleurs, et en une maison de trafic et d'avarice : voilà ce qui met des foudres dans ses jeux , qui uc Toudroient laisser tomber sur les pécheurs que des regarda de miséricorde. Yoilà ce qui Toblige à finir un ministère d'amour et de réconciliation par une démarche de sévérité et de colère , toute semblable à cdle par laquelle i! Tavoit commencé. Car, remarquez, mes Frères, ce que Jésus-Christ fait id en terminant sa carrière , il l'a voit déjà fait, lorsqu'après trente-trois ans de vie cachée, il entra la première fols dans Jérusalem pour j commencer sa mission et faire l'œuvre de son Père. On eût dit qu'il avoit oublié lui-^ même cet esprit de douceur et de longanimité , qui devoit distinguer son ministère de celui de l'ancienne alliance, et sous lequel il ôtoit annoncé par les prophètes. \
Il se passoit sans doute dans cette ville bien d'autres scandales que ceux qu'on vojoit dans le temple, et qui n'étoient pas moins dignes du zèle et des châtiments du Sauveur : mais, comme si la gloire de son Père en eût été moins blessée , il peut les dissimuler pour on temps , et en différer la punition. Il n'éclate pas d'abord contre l'hypocrisie des pharisiens, et la corruption des scribes et des pontifes; mais il ne peut différer le châtiment des profanateurs de son temple : son zèle là-dessus ne peut souffrir de délai ; et à peine est-il entré dans Jérusalem , qu'il coaH dans ce lieu saint venger l'honneur de son Père qu'on y outrage , et la gloire de s« maison qu'on déshonore.
De tous les crimes, en effet, mes Frères, qui outragent la gran^ deur de Dieu, je n'en vois guère de plus dignes de ses châlîmcnts que les profanations de ses temples; et elles sont d'autant plus cri« minelles , que les disposi tions que la rcligiou demande de nous quand nous y assistons doivent être plus saintes.
Car, mes Frères, puisque nos temples sont un nouveau ciel où Dieu habite avec les hommes , ils demandent de nous les mêmes dispositions que celles des bienheureux dans le temple céleste ; c'està-dire que l'autel de la terre étant le même que celui du ciel, et f agneau qu'on y immole et qui s'offre étant le même, les disposi tions de ceux qui Tenvironnent doivent être semblables. Or, la première disposition des bienheureux devant le trône de Dieu et l'autd de l'Agneau , est une disposition de pureté et d'innocence : Sine ma^ eula enim sunt ante thronum Dei (Apoc, xiv, 5). La seconde, une disposition de religion et d'anéantissement intérieur : JSi cecitleruni in conspectu throni in fades suas (Ibid.^ vu, 11). Enfin, la der^^^
M. 1. ao
nière^ une disposition même de décence et de modestie dans la parure : Amicti stolis albis (Apoc.» yii, 9). Trois dispositions qni renferment tons les sentiments de foi qui doivent nons accompagner dans nos temples : nne disposition de poreté et d'innocence; une disposition d'adoration et d'anéantissement intérieur \ une dispcH silion même de décence et de modestie extérieure dans la parure. Invoquons le Saint-Esprit, etc. Ave , Maria.
PRBiliaB PART».
Uunivers entier est ub temple que Dieu remplit de sa gloire el de sa présence. Quelque part que nous soyons , dit l'Apôtre , il est toujours prés de nous ; nous vivons en lui , nons agissons en lui , nous sommes en lui. Si nous nous élevons dans les cienx , il y est ; si nons creusons dans les abîmes, nous l'y trouverons; si nous montons sur les ailes des vents , et que nous traversions les mers , c'est sa main qui nous guide ; et il est le Dieu des lies éloignées on l'on ne le connott pas, comme des royaumes et des régions qui l'invoquent.
Gepen4ant les hommes lui ont consacré dans tous les temps dos lieux qu'il a honorés d'une présence spéciale. Les patriarches lui dressèrent des autels en cerlains endroits où il leur a voit apparu. Les Israélites dans le désert regardèrent le tabernacle comoM le lieu où résidoit sans cesse sa gloire et sa présence; et arrivés en<snite à Jérusalem , ils ne l'invoquèrent plus avec la solennité des encensements et des victimes , que dans le temple auguste que Sa* lompnlui fit depuis élever. Ce fut le premier temple que les hommes oonsacrèrent au Dieu véritable. C'éloit le lieu le plus saint de l'Uo Divers : l'unique où il fût permis d'offrir au Seigneur des dons et des sacrifices. De tous les endroits de la (erre , les Israélites étoient obligés d'y venir ad(Mrer; captifs dans des royaumes étrangers , ils tournoient sans cesse vers le lieu saint leurs regards, leurs vœux, et leurs hommages ; au milieu de Babylone , Jérusalem et son temple étoient toujours la source de leur joie , de leurs regrets , et l'objet de leur culte et de leurs prières; et Daniel aima mieux tf exposer à la fureur des lions , que de manquer à ce devoir de piété et se priver de cette consolation. Souvent même Jérusalem avoit vu des princes infidèles, attirés par la sainteté et la réputation de son temple , venir rendre des hommages à un Dieu qu'ils ne connois-* fl^ent pas; et Alexandre lui-même frappé de la majesté de ce lieu y et de l'auguste gravité de son vénérable pontife , se souvint qu'il étoit homme, et baissa sa tête orgueilleuse devant le Dieu des armées qu'on y adoroît.
A la naissance de VEvangile , les maisons des fidèles furent d'abord des églises domestiques. La cruauté des tyrans obligeoit ces premiers disciples de la foi à chercher des lieux obscurs et cachés, pour se dérober à la fureur des persécutions , y célébrer les saintf
mgffttères, et invoquer le nom da Sdgnear. La majesté des cérènionies n'entra dans l'église qu'avec celle des césars ; la religion ent ses David et ses Salomon , qui rougirent d'habiter des palais superbes, tandis que le Seigneur n'avoit pas où reposer sa tête : de somptueux édîGces s'élevèrent peu à peu dans nos villes : le Dieu du ciel et de la terre rentra , si je Tose dire , dans ses droits ; et les temples mêmes où le démon avoit été si long-temps invoqué, lui furent rendus comme à leur légitime maître, consacrés à son culte , et devinrent sa demeure.
Mais ce ne sont plus ici des temples vides, semblables à celui de Jérusalem , où Umt se passoit en ombre et en figure. Le Seigneur habiloit encore alors dans les deux, dit le prophète, et son trône étoit encore au-dessus des nuées : mais depuis qu'il a daigné paroltre sur la terre , converser avec les hommes , et nous laisser dans les bénédictions mystiques le gage réel de son corps et de son sang réellement contenus sous ces signes sacrés, l'autel du ciel n'a plus aucun avantage sur le nôtre ; la victime que nous y immolons , c'est l'Agneau de Dieu; le pain auquel nous y participons, c'est la nourriture immortelle des anges, et des esprits biaiheureux; le vin mystique que nous y buvons, est ce breuvage nouveau dont on s'enivre dans le royaume du Père céleste ; le cantique sacré que nous y chantons , est celui que Tharmonie du ciel fait sans cesse retentir autour du trône de l'Agneau ; enfin , nos temples sont ces nouveaux cieuxque le prophète promettoitaux hommes. Nous n'y voyons pas à découvert , il est vrai , tout ce qu'on voit dans la céleste Jérusalem; car nous ne voyons ici-bas qu'à travers un voile^ et comme en énigme : mais nous le possédons , nous le goûtons $ et le ciel n'a olus rien au-dessus de la terre.
Or, je dis , mes Frères , que nos temples étant un nouveau ciel que le Seigneur remplit de sa gloire et de sa présence, l'innocence et la pureté est la première disposition qui nous donne droit d'y venir paroltre; comme aux bienheureux, dans le temple étemel : Sine macula enim sunt ante thronum Dei ( Apoc. , xiv, 5) ; parceque le Dieu devant lequel nous paroissons est un Dieu saint.
£n effet, mes Frères, la sainteté de Dieu répandue dans tout l'univers , est un des plus grands motifs que la religion nous pn^posc , pour nous porter à marcher partout devant lui dans la pureté et dans rinnocencc. Comme toutes les créatures sont sanctifiées par la résidence intime de la divinité qui habite en elles, et que tous les lieux sont pleins de sa gloire et de son immensité, les divines Écritures nous avertissent sans cesse , de respecter partout la présence de Dieu, qui nous voit et qui nous regarde; de n'offrir partout à ses yeux rien qui puisse blesser la sainteté de ses regards ; et de ne pas souiller par nos crimes , la terre qui tout entière est son temple et la demeure de sa gloire. Le pécheur qui porte une consdenoa impure est donc une espèce de prâfanateur, indigne de vivre sur la
?0B MARDI Dr; LA PREMIÈRE SEMAUîE.
terre , parceqa'il déshonore partout, par l'état seul de son cœur oorrompu , la présence du Dieu saint qui est sans cesse près de lui , el qu'il profane tous les lieux où il porte ses crimes , parcequ'ils sont Ions sanctifiés par Timmensité du Dieu , qui les remplit et qui les oonsacre.
Mais si la présence de Dieu répandue sur toute la terre, est une raison qui nous oblige do parollrc partout purs et sans tacbe à ses yeux, sans doute les lieux qui dans cet univers lui sont particulièrement consacrés , nos temples saints , où la divinité elle-même réside corporcUement , pour ainsi dire , demandent à plus forte raison que nous j paroissions purs et sans tache, de peur de déshonorer la sainteté de Dieu qui les remplit, et qui les habite.
Aussi, mes Frères, lorsque le Seigneur eut permis à Salomou d'élever à sa gloire ce temple si -fameux par sa magnificence, et si vénérable par l'édat de son culte et la majesté de ses cérémonies , que de précautions sévères ne prit-il pas, de peur que les hommes n'abusassent de la bonté qu'il avoit de se choisir une demeure spéciale au milieu d'eux, et qu'ils n'osassent y parottre en sa présence couverts de taches et de souillures ! que de barrières ne piit-il point ^encore entre lui et l'homme , pour ainsi dire ! et en s'appnichant de nous, quel intervalle sa sainteté ne laissa-t-elle point entre le lieu qu'elle remplissoit de sa présence, et les v<ettxdes peuples qui yenoient l'invoquer l
Oui , mes Frères , écoutez-lc. Dans l'enceinte de ce vaste édifice , que Salomon consacra à la majesté du Dieu de ses pères, le Seigneur ne choisit pour sa demeure que le lieu le plus reculé et le plus inaccessible ; c'étoit là le Saint des saints , c'est-à-dire le seul lieu de ce temple immense qu'on regardât comme la demeure et le temple du Seigneur sur la terre. Et encore qne de précautions terribles en défendoient l'entrée! Une enceinte extérieure et fort éloignée Ten^ ▼ironnoit ; et là seulement les gentils et les étrangers qui voiiloient s'instruire de la loi pouvoient aborder. Secondement, une autre enceinte encore fort éloignée le cachoit encore ; et là les seuls Israélites avoient droit d'entrer : encore falloit-il qu'ils ne fussent souillés d'aucune tache , et qu'ils eussent pris soin de se purifier par la vertu des jeûnes et des ablutions prescrites, avant que d'oser approcher d'un lieu si loin encore du Saint des saints. Troisièmement, une autre enceinte plus avancée le séparoit encore du reste du temple ; et là les seuls prêtres entroient chaque jour pour offrir des sacrifices, et renouveler les pains sacrés exposés sur l'autel. Tout autre Israélite qui eût osé en approcher , la loi vouloit qu'on le lapidât comme un profanateur et un sacrilège ; et un roi même d'Israël , et le téméraire Ozias, qui crutpouvoir, àla faveur de sa dignité royale, y venir offrir de l'encens , fut à Tinstant couvert de lèpre , dégradé de sa royauté , et séparé pour le reste de ses jours de toute société et de tout commerce avec les hommes. Enfin , après tant de bar*
rières et de séparations , se prèsentoit le Saint des saints -y ce Ben si terrible et si caché, conyert d'un yoile impénétraMe, inaccessible atout mortel, à tout juste, à tout prophète, à tout minisire même du Seigneur, excepté au seul souverain pontife: encore n'ayoit*il droit de s'y présenter qu'une fois dans l'année, après mille précautions séyères et religieuses, et portant dans ses mains le sang de la yictimc , qui seule lui ouyroit les portes de ce lieu sacré.
Et, ccpendani , que renfermoit ce Saint des saints, ce lieu si formidable et si inaccessible? les tables de la loi, la manne, la yerge d'Aaron, des flgures yides , et les ombres deFayenir. Le Dieu saint lui-même, qui j rendoit quelquefois ses oracles, n'y résidoit pas encore commo dans le saDctuaire des chrétiens, dont les portes s'ouvrent indifieremment à tout fidèle.
Or, mes Frères, si la bonté de Dieu, dans une loi d'amour et de grâce, n'a pins mis ces barrières terribles entre lui et nons; s'il a détruit ce mur de séparation qui l'éloignoit si fort de l'homme, et permis à tout fidèle d'approcher du Saint des saints, où il habite maintenant lui-même , ce n'est pas que sa sainteté exige moins de pureté et d'innocence de ceux qui viennent se présenter devant lui. Son dessein a été seulement de nous rendre plus purs , plus saints et plus fidèles, et nous faire sentir quelle doit être la sainteté du chrétien, puisqu'il est obligé de soutenir tons les jours, au pied de l'autel et du sanctuaire terrible, la présence du Dieu qu'il invoque et qu'il adore.
Et voilà pourquoi un apôtre appelle tous les chrétiens une nation sainte, Gens sancta ( 1 Pbtr., ii , 9 ) ; parcequ'ils ont tous droit do venir se présenter à l'autel saint : une race choisie ; parcequ'ils sont tous séparés du monde et de tout usage profane, consacrés au Seigneur, et uniquement destinés à son culte et à son service, genus eleetum ( Itid, ) ; et enfin , un sacerdoce royal , parcequ'ils participent tous en un sens au sacerdoce de son fils , le grand-prêtre de la loi nouvelle ; et que le privilège accorde autrefois au seul souverain pontife , d'entrer dans le Saint des saints , est devenu comme le droit commun et journalier de chaque fidèle , resgaU tacerdotiutn {Ibîd, ).
C'est donc la sainteté seule de notre baptême et de notre consc^ cration qui nous ouvre ces portes sacrées. Si nous sommes des chrétiens impurs , nous sommes en quelque sorte déchus de ce droit ; nous n'avons plus de part à l'autel; nous ne sommes plus dignes de l'assemblée des saints, et le temple de Dieu n'est plus pour nous.
Nos temples , mes Frères, ne devroient.donc être que la maison des justes : tout ce qui s'y passe suppose la justice et la sainteté dans les spectateurs ; tes mystères que nous y célébrons sont des mystères saints et redoutables, et qui demandent des yeux purs; l'hostie qu'on y offire est la réconciliation des pénitents, ou le pain des forts et des parfaits ; les cantiques sacrés qu'on y entend sont les gémis-
sements d'un, cœur touché, ou les soupirs d'une ame chaste et fidèle Et Yoilà pourquoi TEglisc preod soin de purifier même tout ce qui doit paroUre sur l'autel : elle consacre par des paroles de bénédiction les pierres mêmes de ces édiQces saints , comme pour les rendre dignes de soutenir la présence et les regards du Dieu qui les habite : elle expose aux portes de nos temples une eau sanctifiée par ses prières, et recommande aux fidèles d'en répandre sur leurs télés ayant d'entrer dans ce lieu saint, comme pour açheyer de les purifier de quelques légères souillures qui pourroient leur rester encore, de peur que la sainteté du Dieu devant qui ils Yiennent parotlre n*en soit blessée*
Autrefois même , l'Eglise n'accordoit point dans Tenceinte de ses murs sacrés des tombeaux aux corps des fidèles : elle ne reoercHt point dans ce Heu saint les dépouilles de leur mortalité : les seuls restes prédeux des martyrs ayoient droit d*y être placés : et elle ne croyoit pas que le temple de Dieu , que ce nouveau ciel qu'O remplit de sa présence et de sa gloire , dût servir d'asile aux cendres de ceux qu'elle ne comptoit pas encore au nombre des bienheureux.
Les pénitents publics eux-mêmes étoient exclus durant longtemps de l'assistance aux saints mystères. Prosternés aux portes du temple, couverts de cendre et de cilice, l'assemblée même des fidèles leur étoit d'abord interdite comme à des anathèmes : ce n'étoient que leurs larmes et leurs macérations , qui leur ouvroient enfin ces portes sacrées. Aussi, quelle joie, lorsqu'après avoir long-temps gémi et demandé leur réconciliation , ils se retrouvoient dans le temple parmi leurs frères ; ils revoyoient ces autels, ce sanctuaire, ces mémoires des martyrs, ces ministres occupés avec tant de recueillement aux mystères redoutables; ils entendoient leurs noms prononcés à l'autel ayec ceux des fidèles, et chantoient avec eux des hymnes et des cantiques 1 Quelles larmes de joie et de religion ne répandoient-ils pas alors ! quel regret de s'être privés si longtemps d'une si douce consolation I Un seul jour , 6 mon Dieu ! passé dans yotre maison sainte, s'écrioient-ils sans doute avec le prophète, console plus le cœur , que les années entières passées dans les plaisirs, et dans les tentes des pécheurs 1 Tels étaient autrefois les temples des chrétiens. Loin de ces murs sacrés, disoit alors à haute voix le ministre , du haut de l'autel, à toute l'assemblée des fidèles, loin de ces murs sacrés, les immondes, les impurs, les sectateurs des démons , les adorateurs des idoles , les âmes cent fois revenues à leur vomissement , les partisans du mensonge et de la yanité : Foris canes , et venefici^ et homicidœ , et idoUs servientes^ et omnis qui amat et facit mendacium ( ÂPOC., xxu , 15 )1
L'Eglise, il est yraî, ne fait plus ce discernement scyère. Lt multitude des fidèles et la dépravation des mœurs l'ayant rendu impossible , elle ouvre indifféremment les portes de nos temples aux justes et aux pécheurs i elle tire le voile de son sanctuaire devant
RESPECT DANS LES TEMPLES. Sli
iBéme des yeux profanes ; et ses ministres n'altendeot plus qoe les pécheurs et les immondes soient sortis poiur commencer les m^Btèrai redoulables. Mais FEglise suppose, que si tous n*étes pas joste en Tenant ici paroltre devsnl la majesté d'un Dieu saint , vous y portez du moins des désirs de justice et de pénilenoe : elle suppose, que si tous n'êtes pas encore tout à fait purifié de tos crimes^ tous en êtes du moins touché; que tous Tenei en gémir au pied des autels j et que Totre confusion , et le regret sincère de tos fautes, Tont commencer ici TOtre justification et Totre innocence.
Ce sont donc vos désirs d*une Tie plus chrétienne, si tous étei pécheurs , qui seuls peuTent tous autorisa* et tous donner droit de Tenir parotlre id dans le lieu saint t et si tous n'y Tenez pas gémir sur TOS crimes , et que tous en portiez la Tolonté et l'affection actuelle et déterminée jusqu'au pied de l'autel, r£gUse , à la Térité, qui ne Toit pas les cœurs et qui n'en juge pas, ne tous ferme paa ces portes sacrées; mais Dieu tous rejette iuTisiblement : tous êtes à ses yeux un anathème et un excommunié, qui n'aTez plus le droit à l'autel et aux sacrifices, qui Tenez souiller par Totre seule pré* sence la sainteté des mystères terribles , prendre TOtre place dans un lieu qui ne tous appartient plus, et d'oùTange du Seigneur, qui veille à la porte du temple, tous chasse inTisiblement, conuno il chassa autrefois le premier pécheur de ce lieu d'innocence et de sainteté, que le Seigneur sanclifioit par sa présence.
Et en effet, mes Frères, se sentir coupable des crimes les plus honteux, et Tenir paroltre ici dans le lieu le plus saint de la terre ; y Tenir paroltre dcTant Dieu sans être touché du moins de honte et de douleur, sans penser du moins aux moyens do sortir d'un état si déplorable, sans le souhaiter du moins, et former quelques sentiments de religion : porter jusqu'au pied de l'autel des corps et des âmes souillées; forcer les yeux de Dieu même, pour ainsi dire, d» se familiariser aTec le crime, sans lui témoigner du moins la douleur qu'on a de paroltre ainsi devant lui couvert de confusion et d'opprobre, sans lui dire du moins, comme Pierre : Retirez-vous de moi , Seigneur, parceque je suis un homme pécheur (Loc , T, 8) ; OU comme le prophète : Détournez^ Seigneur^ i^otre visage de mes. iniquités^ et créez en moi un cœur pur (Ps« l, 11, 12 ) , afin que je sois digne de parotlre ici en Totre présence : c'est profaner le tem-« pie de Dieu, outrager sa gloire et sa majesté , et la sainteté de ses mystères.
Car, mon cher Auditeur» qui que tous soyez qui Tenez y assister, TOUS Tenez offrir spirituellement stcc le prêtre le sacrifice redoutable : TOUS y Tenez présenter à Dieu le sang de son Fils comme le prix de tos péchés : tous y Tenez apaiser sa justice par la dignité et l'excellence de ces offrandes saintes ; et lui représenter le droit que TOUS avez à ses miséricordes, depuis que le sang de son Fils TOUS a purifié, et que tous ne formez plus en un sens aTCC lui,
qu'on même prêtre et mie même victime. Or , dès qae vous y paroiaseï avec un cœor oorrompa et endurci , sans aucun sentiment de foi y et aucun désir de résipiscence, vous désavouez le ministère du prêtre qui offre à votre place : vous désavouez les prières qu'i[ fait monter vers le Seigneur, par lesquelles vous le conjurez par la bouche du prêtre de jeter des regards propices sur ces offrandes saintes qui scmt sur l'autel, et de les accepter conmie le prix et Tabcdition de vos crimes : vous insultez à l'amour de Jésus-Glirist luimême, qui renouvelle le grand sacriGce de votre rédemption , et qui vous offre à son Père, comme une portion de cette Église pure et sans tache , qu'il a lavée dans son sang : vous insultez à la piété de l'Eglise, qui , vous croyant uni à sa foi et à sa charité, vous met dans la bouche , par les cantiques é(mi elle accompagne les saints mystères , des sentiments de religion , de douleur et de pénitence : vous trompez enfin la foi et la piété des Justes qui sont là présents, et qui , vous regardant comme ne formant avec eux qu'un même cceur, un même esprit et un même sacrifice, s'unissent à vous, et offrent au Seigneur votre foi, vos désirs, vos prières, comme leur bien propre. Tous êtes donc là comme un anatlième, séparé de tout le reste de vos frères ; un imposteur qui désavouez en secret tout ce qui se passe en public, et qui venez insulter la religion, et ne prendre aucune part à la rédemption et au sacrifice de Jésus-Christ, dans le temps même qu'il en renouvelle la mémoire, et qu'il en of< fre le prix à son Père.
Que conclure de là , mes Frères? qu'il faut se bannir de nos temples et des saints mystères, lorsqu'on est pécheur? A Dieu ne plaise... Ah! c'est alors qu'il fkut venir chercher sa délivrance dans ce lieu saint : c'est alors qu'il faut y venir, solliciter aux pieds des autels les miséricordes du Seigneur toujours prêt à y exaucer Ica pécheurs : c'est alors qu'il faut se faire un secours de tout ce que la religion offre ici à la foi, pour exciter en nous quelques senti* mcnts de piété et de repentir! Et où irions-nous, mes Frères, lorsque nous avons été assez malheureux que de tomber dans la disgrâce de Dieu ? et quelle autre ressource pourroit-il nous rester? Go n'est qu'ici où les pécheurs peuvent encore trouver un asile : ici coulent les eaux vivifiantes des sacrements, qui seules ont la force de purifier leurs consciences : ici sont élevés des tribunaux de miséricorde, au pied desquels on remet leurs péchés, et on les délivre de leurs chaînes : ici s'offre pour eux le sacrifice de propîtiation, seul capable d'apaiser la justice de Dieu, que leurs crimes ont irritée : ici les vérités du salut , portées dans leur cœur, leur inspirent la haine du péché et l'amour de la justice : ici leur ignorance est éclairée, leurs erreurs dissipées, leur faiblesse soutenue, leurs bons désirs fortifiés : ici, en un mot, à tous leurs maux, la religion offre des remèdes. Ce sont donc les pécheurs, qui doivent fréquenter plus souvent ces temples saints; et plus leurs plaies
Bonl enyieillies et désespérées^ plus ils doivent s'empresser d'ea Tenir chercher ici la gaérison.
Telle est la première disposition d'innocence et de pureté que demande ici de nous, comme des bienheureux dans le ciel , la présence d'un Dieu saint : Sine macula enim sunt ante thronum Z>ei (Apoc., XIV, 5).
Mais si le seul état de crime sans remords , sans aucun désir d^ changement, et avec une volonté actuelle d*y persévérer , est une manière d'irrévérence, qui profane la sainteté de nos temples et de nos mystères ; que sera-ce , grand Dieu ! de choisir ces lieux saints et l'heure des mystères terribles, pour venir y inspirer des passions honteuses ; pour s'y permettre des regards impurs ; pour y former des désirs criminels; pour y chercher des occasions que la bienséance toute seule empêche de chercher ailleurs ; pour y retrouver peut-être des objets que la vigilance de ceux qui nous éclairent éloigne de tous les autres lieux ? Que sera-ce de faire servir ce que la religion a de plus saint , de facilité au crime ; de choisir votre présence, grand Dieu! pour couvrir le secret d'une passion impure, et de faire de votre temple saint un rendez-vous d'iniquité, et un lieu plus dangereux que ces assemblées de péché , d'où la religion bannit les fidèles? Quel crime de venir crucifier de nouveau Jésus Christ dans le lieu même ou il s'ofire tous les jours pour nous à son Père ! quel crime d'employer, pour faciliter notre perte, l'heure même où s'opèrent les mystères du salut et de la rédemption do tous les hommes ! quelle fureur de venir choisir les yeux de son juge, pour le rendre témoin de nos crimes, et faire de sa présence le sujet le plus affreux de notre condamnation! quel abandon de Dieu, et quel caractère de réprobation, de changer les asiles sacrés de notre sanctification , en des occasions de dérèglement et de licence!
Grand Dieu 1 lorsqu'on vous outragea sur le Calvaire où vous étiez encore un Dieu souffrant, les tombeaux s'ouvrirent autour de Jérusalem ; les morts ressuscitèrent , comme pour venir reprocher à leurs neveux l'horreur de leur sacrilège. Ah! ranimez donc les cendres de nos pères qui attendent dans ce temple saint la bienheureuse immortalité! faites sortir leurs cadavres de ces tombeaux pompeux que notre vanité leur a élevés, et qu'enflammés d'une sainte indignation contre des irrévérences qui vous crucifient de nouveau , et qui profanent Tasile sacré des dépouilles de leur mortalité, ils paroissent sur ces monuments ; et puisque nos instructions et nos menaces sont inutiles , qu'ils viennent eux-mêmes reprocher à leurs successeurs leur irréligion et leur-s sacrilèges! Mais si la terreur de votre présence , 6 mon Dieu I n'est pas capable de les contenir dans le respect; quand les morts ressusciteroicnt, comme vous le disiez vous-même , ils n'en seroient ni plus religieux, ni plus fidèles.
su MARDI DE LA PREMIÈRE SEMAUSE.
Mais si la présence d'un Dieu saint demande id , oomne di» bienhenreox dans le ciel , nne disposition de pureté et d'innocence, la présence d an Dieu terrible et plein de majesté en demande une defrajeo^et de recueillement; seconde disposition marquée par le profond anéantissement des bienheureux dans le temple céleste : Et cecîderunl in conspectu throni in faciès suas ( Apog., Yii, 11).
SECONDS PARTIS
Dieu est esprit de yérité ; et c'est en esprit et en vérité qu'il veut principalement qu'on Thonoro. Cette disposition d'anéantissement profond , que nous lui devons dans nos temples, ne consiste donc pas seulement dans la posture extérieure de nos corps ; elle renferme encore, comme celle des bienheureux dans le del, un esprit d'adoration, de louange, de prière, d'action de grâces : Benedictio^ et cLzniaSj et gratiarum actio {Ibid.^ 12); et c'est là cet esprit de religion et d anéantissement que Dieu demande de nous dans le temple sabt , semblable à celui des bienheureux dans le temple ce» leste : £t ceciderunt in conspectu throni in faciès suas (Ibid., 11).
Je dis un esprit d'adoration ; car comme c'est idon Dieu manifeste ses merveilles et sa grandeur suprême , et où il descend du ciel pour recevoir nos hommages, le premier sentiment qui doit se former en nous, lorsque nous entrons dans ce lieu saint, est un sentiment de terreur, de silence et de recueillement profond, d'anéantissement intérieur à la vue de la majesté du Très-Haut, et de notre propre bassesse ; n'être occupés que du Dieu qui se montre à nous; sentir tout le poids de sa gloire et de sa présence; reeueillir toute notre attention, toutes nos pensées, tous nos désirs, toute notre ame pour en faire hommage , et la mettre tout entière aux pieds du Dieu que nous adorons ; oublior toutes les grandeurs de la terre; ne voir plus que lui, n'être occupés que de lui, ne reconnoltre plus rien de grand que lui; et par notre profond anéantissement, avouer, comme les bienl^ureux dans le ciel, que lui seul est puissant , seul immortel , seul grand , seul digue de tout notre amour et de nos hommages.
Mais, hélas l mes Frères , où sont dans nos temples ces âmes resipectueuses qui, saisies d'une sainte terreur à la vue de ces lieux sacrés, sentent tout le poids de la majesté du Dieu qui les habite, et ne trouvent point d'autre situation , pour soutenir l'éclat de sa présence, que l'immobilité d'un corps anéanti, et la profonde religion d'une ame qui adore? Où sont ceux que la grandeur de Dieu toute seule occupe, et qui perdent ici de vue toutes celles de la terre? Disons-le hardiment devant un roi dont le profond respect , aux pieds des autels , honore la religion : on vient dans ce temple saint, non pas honorer le Dieu qui l'habite, mais s'honorer souvent soimême d'un vain extérieur de piété , et le faire servir à des vues et à des intérêts que la piété sincère condamne : on vient fléchir le ge-
noa, comme Naaman le fléchissoit devant Fautel profane, pour s'attirer les regards et suivre l'exemple do prince qui adore : on Tient y chercher un autre dieu que celui qui parott sur nos autels^, y faire sa cour à un autre maitre qu'au Maître suprême ; y chercher d'autres grâces que les grâces du ciel, et s'y attirer les regards d'un autre rémunérateur que du Rémunérateur immortel. Au milieu même d'une foule d'adorateurs , il est dans son temple un Dieu in* connu, comme il étoit autrefois au milieu d'Athènes la païenne. Tous les regards sont ici pour le prince, qui n'en a lui-même que pour Dieu : tous les vœux s'adressent à lui , et son profond anéantissement aux pieds des auteb, loin de nous apprendre à respecter ici le Seigneur devant lequel un grand roi lui-même , qui porte pour ainsi dire l'univers , courbe sa tête et oublie toute sa grandeur, nous apprend seulement à nous serTÎr de sa religion, et des faveurs dont il honore la vertu , pour en emprunterles apparences et nous élever par-là à de nouveaux degrés de grandeur sur la terre. O mon Dieu ! n'est-ce pas là ce que vous annonciez à vos disciples, que viendroient des temps où la foi seroit éteinte, où la piété deviendroit un traflc honteux , et où les hommes , vivant sans Dieu sur la terre, ne TOUS connoltroient plus que pour vous faire servir à leurs cupidités injustes?
Cette disposition d'anéantissement renferme encore un esprit de prière : car plus nous sommes frappés ici de la grandeur et de I4 puissance du Dieu que nous adorons , plus nos besoins inGnis nous avertissent de recourir à lui , de qui seul nous pouvons en obtenir la délivrance et le remède. Aussi le temple est la maison de prière où chacun doit venir exposer au Seigneur ses plus secrètes misères, où on Vapaise sur les calamités publiques par des vœux communs, où les ministres assemblés lèvent les mains pour les péchés du peuple , et où les yeux du Seigneur sont toujours ouverts à nos besoins, et ses oreilles attentives à nos cris.
Ce n'est pas qu'on ne puisse le prier en tout lieu , comme dit VApôtre ; mais le temple est l'endroit où il se rend plus propice, et où il nous a promis d*être toujours présent, pour exaucer nos vœux et recevoir nos hommages. Oui , mes Frères , c'est ici où nous devons venir gémir avec l'Eglise sur les scandales qui Taifligent, sur les divisions qui la déchirent, sur les périls qui renvironnent, sur l'endurcissement des pécheurs , sur le refroidissement de la charité parmi les fldèles : nous y venons solliciter avec elle les miséricordes du Seigneur sur son peuple, sa protection sur cette monarchie où le titre auguste de la foi honore ses souverains, et sur le prince qui en est le protecteur et le modèle ; lui demander la cessation des guerres et des fléaux publics, 1 extinction des schismes et des erreurs , la connoissance et l'amour de la justice et de la vérité pour les pécheurs , la persévérance pour les justes. Yousdevea donc y venir avec un esprit attentif et recueilli , un cœur préparé ,
et qui n'offire rien aux ycax de Dieu , qui paisse éloigner les grâces qae l'Eglise sollicite pour toos ; et y parottre avec un extérieur de suppliant, et dont le seal spectacle prie)et pdore.
Cependant, mes Frères , tandis que les ministres autour de Tautel lèvent ici les mains pour tous; qu'ils demandent la prospérité de Tos maisons , Fabondance de tos campagnes , le succès de nos armes, la oonseryation de tos proches et de vos enfants, qui s'ex* posent pour le salut de l'état; la Gn des guerres, des dissensions , et de tous les malheurs qui nous affligent: qu'ils demandent les remèdes de vos chutes, et les secours de votre foiblesse ; tandis qu'ib parlent au Dieu saint en votre faveur , vous ne daignez pas même accompagner leurs prières de votre attention et de votre respect. Vous déshonorez la sainte gravité des gémissements de l'Eglise par un esprit de dissipation, et par des indécences qui conviendroicnt à peine à ces lieux criminels où vous entendez des chants profanes: et toute la différence que vous y faites, c'est qu'une harmonie lascive vous applique et vous touche, et qu'ici vous souffrez impatiemment la sainte harmonie des divins cantiques ; et qu'il faut, pour vous y rendre attentifs, employer les mêmes agréments, et souvent les mêmes bouches, qui corrompent tous les jours les cœurs sur des théâtres impurs et lascifs.
Aussi, mes Frères, au lieu que les prières publiques devroicnt arrêter le bras du Seigneur, depuis long-temps levé sur nos têtes; au lieu que les supplications demandées par le prince, et ordonnées par les pasteurs, et qui retentissent de toutes parts dans nos temples, devroient, comme autrefois, suspendre les fléaux du ciel, nous ramener des jours sereins et tranquilles , réconcilier les peuples et les rois, et faire descendre la paix du ciel sur la terre : hélas ! les jours mauvais durent encore ; les temps de trouble , de deuil et de désolation ne finissent pas ; la guerre et la fureur semblent avoir établi pour toujours leur demeure parmi les hommes ; l'épouse désolée redemande son époux ; le père affligé attend en vain son enfant ; le frère est séparé de son frère ; nos succès mêmes répandent le deuil parmi nous ; et nous sommes obligés de pleurer nos propres victoires. D'où vient cela, mes Frères? ahî c'est que les prières de l'Eglise, les seules sources des grâces que Dieu répand sur les royaumes et sur les empires, ne sont plus écoutées; et que vous forcez le Seigneur d'en détourner ses oreilles et ses yeux , par les irrévérences dont vous les accompagnez , et qui les rendent inutiles à la terre.
Mais non-seulement, mes Frères, vous devez parottre ici comme des suppliants et dans un esprit de prière, puisque c'est ici où le Seigneur répand ses faveurs et ses grâces; comme c'est encore ici où tout vous renouvelle le souvenir de celles que vous avez reçues, vous devez encore y porter un esprit de reconnoissance et d'action do grâces , puisque, de quelque côté que vous jetiez les yeux, tout
f 008 y rappelle le scayenir des bienfaits de Diea , et le spectacle de ses miséricordes étemelles sur votre àme.
Et premièrement , c'est ici où , dans le sacrement qui nous régénère^ vous êtes devenus fidèles : c*est ici où la bonté de Dieu, en TOUS associant par le baptême à l'espérance de Jésus-Christ, vous a discernés de tant de barbares qui ne le connoisseut pas; de tant d'hérétiques, qui , le connoissant, ne le glorifient pas conmie il faut : c'est ici où vous avez engagé votre foi au Seigneur ; on y conserve encore sons l'autel vos promesses écrites. Ici , mon cher Au^ diteur , est le livre de l'alliance que vous avez contractée avec le Dieu de vos pères : vous ne devez donc plus y paroitre, que pour ratifier les engagements de votre baptême, et pour remercier le Seigneur du bienfait inestimable qui vous a associé à son peuple, et honoré du nom de chrétien : vous devez conserver une tendresse et un respect d'enfant pour le sein heureux où vous êtes né en Jésus- Christ; et la gloire de cette maison doit être la vôtre.
Que faites- vous donc , lorsqu'au lien de porter au pied des autels vos actions de grâces à la vue d'un bienfait si signalé, vous Tenez les déshonorer par vos irrévérences? Tous êtes un enfant dénaturé, qui profanez le lieu de votre naissance selon la foi; un chrétien perfide, qui venez rétracter vos promesses devant les au-* tels mêmes qui en furent témoins; qni venez rompre le traité sur le lieu sacré où il fut conclu , vous effacer du livre de vie où votre nom étoit écrit avec ceux des fidèles, abjurer la religion de Jcsas- Christ sur ces fonts mêmes où vous l'aviez reçue , étaler les pompes in siècle au pied de Tautel où vous y aviez solennellement . renoncé , et faire profession de mondanité , où vous l'aviez faite de christianisme.
Ce n'est pas tout. C'est dans ce lieu saint, en second lieu, où sont élevés de toutes parts des tribunaux de réconciliation et de miséricorde, où vous avez mis si souvent le dépôt honteux de tant d'infidélités doDt vous avez souillé la grâce de votre baptême, et baissé humblement la tête sous la main sacrée qui vous a justifié par la vertu du saint ministère. C'est ici où Jésus-Christ vous a dit mille fois par la bouche de ses ministres : Mon fils, vos péchés vous sont remis ; allez, et ne péchez plus désormais de peur qu'il ne vous arrive pis. C'est ici où, fondant en larmes, vous lui avez dit si souvent: Mon père, j'ai péché contre le ciel et devant vous. Or, mes Frères, là même où vous avez trouvé tant de fois la grâce du pardon, non-seulement vous oubliez le bienfait , mais vous venez y re* conmaencer de nouvelles offenses : là même où vous avez détesté tant de regards funestes à votre innocence, vous venez les renouveler : là même enfin, où vous avez paru tant de fois pénitent, vous paroissez encore mondain et profane! Ah! loin d'y venir relire sur ces tribunaux sacrés les désordres de votre vie, loin d'y venir renouveler à leur aspect ces promesses de pénitence, ces sentiments
do componction, ces mouTcments de honte et de confusion dont ils ont été si souvent dépositaires ; vous y yenez la tête levée, les yeox errants çà et là , pleins peut-être de crime et d*aduUére, comme parle un Apôtre, renouveler en leur présence les mômes inGdélitcs que Yos larmes y avoient expiées, et les rendre spectateurs publics des mêmes prévarications, dont ils avoicnt été les conGdents secrets cl les heureux remèdes î
Que dirai-je encore, mes Frères? Le temple est, en troisième lieu , la maison de la doctrine et de la vérité ; et c'est ici où , par la bouche des pasteurs, TEglbe vous annonce les maximes du salut et les mystères du royaume des cieux cachés à tant de nations infidèles : nouveau motif de reconnoissance pour vous. Mais, hélas! c'est plutôt un nouveau sujet de condamnation : et ici même , où du haut de ces chaires chrétiennes nous vous disons tous les jours, de la part de Jésus-Christ, que les impurs ne posséderont pas le royaume de Dieu, vous venez y former des désirs profanes ; ici même où Ton vous avertit que vous rendrez compte d'une parole oiseuse , vous vous en permettez de criminelles ; ici même enfin , où nous vous annonçons que malheur à celui qui scandalise, vous y devenez vous-mêmes une pierre d*achoppement et de scandale. Aussi , mes Frères , pourquoi croyez-vous que la parole de FEvangile , que nous prêchons aux princes et aux grands de la terre, ne soit plus qu'un airain sonnant, et que notre ministère soit presque devenu inutile? 11 se peut faire que nos foiblesscs secrètes mettent obstacle au fruit et $iu progrès de l'Evangile, et que Dieu ne bénisse pas un ministère dont les ministres ne sont pas agréables à ses yeux : mais outre cette raison humiliante pour nous, et que nous ne pouvons pourtant ni vous dissimuler, ni nous dissimuler à nous-mêmes, c'est sans doute la profanation des temples, et la manière indécente et peu respectueuse dont tous vous y assemhlez pour nous écouta, qui achève d'ôter sa force et sa vertu à la parole dont nous sommes les ministres. Le Seigneur éloigné de ce lieu saint par nos profanations n'y donne plus Taccroisseraent à nos travaux, et n'y répand plus les grâces, qui seules font fructifier sa doctrine et sa parole : il ne regarde plus ces assemblées, autrefois saintes, que comme une assemblée de Hiondains , de voluptueux , d'ambitieux , de profanateurs. Et comment voulez-vous qu'il n'en détourne pas ses regards, et que la parole de son Evangile y fructifie? Réconciliez première* ment avec lui par vos hommages, par votre recueillement et votre piété , ces maisons de vérité et de doctrine : alors il suppléera même k nos défauts , il ouvrira vos cœurs à nos instructions , et sa parole ne retournera pas à lui vide.
Et certes, mes Frères, que servent les dédicaces des temples et les prières si solennelles que l'Eglise emploie pour les consacrer, si vous les profanes tons les jours en y assistant, et si vous eifacei de ces murs ces caractères de sainteté et de grâce que les bénédidious
da pontife y ayoîent laissés, et qui atliroient sur les assistants les regards propices da Dieu qu'on y invoque ?
Mais enfin, un dernier motif qui rend encore vos irréTéreneesplus criminelles et plus honteuses à la religion : c'est dans le temple, où ▼ous venez offrir, en un sens avec le prêtre, le sacrifice redoutable, renouveler l'oblatîon de la croix, et présenter à Dieu le sang de son Fils comme le prix de vos péchés. Or, mes Frères , pendant que des mystères si augustes se célèbrent ; diu^ant ces moments redoutables où le ciel s'ouvre sur nos auteb ; dans un temps où se traite Taffaire de votre salut entre Jésu»-Christ et son Père , pendant ifue le sang de Tagneau coule sur Fautel pour vous laver de vos souillures j que les anges du ciel tremblent et adorent; que la gravité des ministre», la majesté des cérémonies, la piété même des vrais fidèles, que tout inspire la terreur, la reconnoissance et le respect , à peine flé chissez-vous le genou, à peine regardez-vous l'autel saint, où des mystères si heureux pour vous se consomment : vous n'êtes même dans le temple qa'avec contrainte ; vous mesurez la durée et la longueur du sacrifice salutaire ; vous comptez les moments d'un temps si précieux à la terre , et si plein de merveilles et de grâces pour les hommes. Tous qui êtes si embarrassé de votre temps , qui le perdez en une inutilité éternelle, et qui ne savez presque quel usage en faire, vous vous plaignez de la sainte gravité du ministre et de la drconspection avec laquelle il traite les choses saintes? £h! vous exigez que vos esclaves vous servent avec tant de respect et de pré*» caution; et vous voudriez qu'un prêtre revêtu de toute sa dignité, qu'un prêtre représentant Jésus-Christ, et faisant son office de médiateur et de pontife auprès de son Père , traitât les mystères saints avec précipitation, et déshonorât la présence du Dieu qu'il sert et qu'il immole, par une célérité scandaleuse? Dans quel temps» 6 mon Dieu I sommes-nous venus! et falloit-il s'attendre que vos bienfaits les plus précieux, les plus signalés, deviendroient à charge aux chrétiens de nos siècles!
Hélas l les premiers fidèles qui, aux différentes heures delà journée, s'assembloient dans le temple saint sous les yeux du pas* teur, pour y célébrer les louanges du Seigneur dans des hynmes et des cantiques , et qui ne sortoient presque pas de ces demeures sa* crées, ne s'en éloignofent qu'à regret pour vaquer aux affaires du siècle et aux devoirs de leur état. Qu'il étoit beau , mes Frères, de voir dans ce temps heureux l'assemblée sainte des fidèles dans la maison de prière ^ chacun à la place qui convenoit à son état ; d'un côté, les solitaires, les saints confesseurs, les simples fidèles; de Fautrc, les vierges, les veuves, les femmes engagées sous le joug du mariage ; tous attentifs aux mystères saints , tous voyant couler ^vec des larmes de joie et de religion, sur l'autel, le sang de Fagneav encore fumant, pour ainsi dire, et depuis peu crucifié à leurs yeux > friant pour les princes, pour les césars, pour leurs persécuteurs.
pour leurs frères ; s'cntr'exhorlant au martyre, goûtant la consolation des divines Ecritures expliquées par leurs saints pasteurs, et retraçant, dans VEglise de la terre, la joie, la paix , Tinnocence et le profond recueillement de l'Eglise du ciel I que les tentes de Jacob étoient alors belles et éclatantes , quoique TEglise fût encore dans l'oppression et dans l'obscurité $ et que les ennemis de la foi , les prophètes mêmes des idoles, en voyant leur bel ordre, leur innocence et leur majesté, ayoient de peine à leur refuser leur ad* miration et leurs hommages! Hélas! et aujourd'hui les moments rapides que tous consacrez ici à la religion , et qui deyroient sanctifier le reste de tos journées, en deviennent souvent eux-mêmes les plus grands crimes.
Enfin, mes Frères, à toutes ces dispositions intérieures de i^ère, d'adoration, de reoonnoissance, que la sainteté de nos temples exige de vous , il faut encore ajouter la modestie extérieure et )a décence des ornements et des parures , dernière disposition des bienheureux dans le temple céleste t Anucti stoUs albis ( Apog. , vu , 9 ) ; mais je n'en dis qu'un mot.
Et en efiet , fiindroit-il même que nous fussions obligés de vous instruire là-ilessus, femmes du monde ? car c'est vous principalement que cet endroit de mon«discours regarde. A quoi bon tout cet appareil, je ne dis pas seulement de faste et de vanité, mais d'immodestie et d'impudence « avec lequel tous venez paroitre dans cette maison de larmes et de prière ? Venez- vous y disputer à Jésus-Christ les regards et les hommages de ceux qui l'adorent? Yenez-vous insulter aux mystères qui opèrent le salut des fidèles, en cherchant à corrompre leurs cœurs au pied mêmes des autels où ces mystères s'offrent pour eux ? Youlez-vous qu'il n'y ait pas un lieu sur la terre, le temple même, l'asile de la religion et de la piété , où l'innocence puisse être à couvert de vos nudités profanes cl lascives? Le monde ne vous fournit-il pas assez de théâtres impurs , assez d'assemblées de plaisirs, on vous pouvez faire gloire d'être une pierre de scandale à vos frères? Vos maisons mêmes ouvertes à la dissipation et à la joie , ne suffisent-elles pas pour vous y montrer avec une indécence qui n'auroit convenu autrefois qu'à des maisons de crime et de débauche , et qui fait que ne vous respectant pas vousmêmes, on perd pour vous ce respect dont la politesse de la nation a toujours été si jalouse, parceque la pudeur seule est estimable? Numquid domos non habetis ad manducandum et bibendum ( I. Coa., XI, 22 )? comme le reprochoit autrefois saint Paul aux fidèles. Faut-il que le temple saint soit encore souillé par vos immodesties? Ah I quand vous paroissez dans les palais où le souverain se trouve, vous marquez par la dignité et par la décence d'un habillement grave et sérieux le respect que vous devez à la majesté de sa présence ; et devant le Souverain du ciel cl de la terre tous venez paroitre sans précaution, sans décence, sans pudeur, et vous portci
sous ses yeux une effronterie qui blesse même des jeux sages et raisonnables ! Tous Tenez troubler l'attention des fidèles qui ayoient cru trouver ici un lieu de paix et de silence, et un asile contre tous les objets de la vanité; troubler même le profond recueillement et la sainte gravité des ministres appliques autour do Tautel, et blesser, par l'indcccnce de vos parures, 1^ pureté de leurs regards attentifs aux choses saintes.
Aussi r Apôtre vouloit que les femmes chrétiennes fussent couvertes d'un voile dans le temple, à cause des anges; c'est-à-dire des prêtres qui y sont sans cesse présents devant Dieu, et dont l'innocence et la pureté doivent égaler celles des esprits célestes. U est vrai que par-là vous nous avertissez, 6 mon Dieu! quelle doit ètse dans nos temples la sainte gravi lé et le recueillement inviolablede vos ministres; que c'est à nous à porter ici , gravée sur notre front, la sainte terreur des mystères que nous offrons , et le sentiment vif et intime de votre présence ; que c'est à nous à inspirer ici le respect au peuple qui nous environne, par le seul spectacle de notre modestie ; que c'est à Jious à ne pas parottre autour de Tautcl, occupés au saint ministère , plus ennuyés souvent, plus inappliqués, plus précipités que la multitude même qui y assiste , et à ne pas autoriser leurs irrcTérences par les nôtres. Car, 6 mon Dieu ! la désolation du lieu saint a commencé par le sanctuaire même ; le respect des peuples ne s'y est affoibli que parceque la sainte gravité du culte et la majesté des cérémonies ne Ta plus soutenu ; et votre maison n'a commencé à devenir un lieu de dissipation et de scandale, que depuis ^le vus ministres eux-mêmes en ont fait une maison de trafic , d'ennui et d'avarice. Mais nos exemples, en autorisant vos profanations , ne les excusent pas, mes Frères.
Et en effet, il.semble que Dieu ne les a jamais laissées impunies. Les indécences honteuses des enfants d'Héli, qui avoient durant si long-temps profané sa maison, furent suivies des plus tristes calamités : l'Ardie sainte devint la proie des Philistins; elle fut placée à côté de Dagon dans un temple infâme : la gloire d'Israël fut flétrie ; (e Seigneur se relira du milieu de son peuple ; la lampe de Juda s'éteignit ; le pontife manqua, et Jacob se trouva tout à coup sans autel et sans sacrifice.
N'en doutons pas, tncs Frères, que les malheurs du siècle passé, la fureur des hérésies, le renversement dos autels, la démolition de tant de temples augustes, n'aient été les suites funestes des profanations et des irrévérences de nos pères. 11 étoit juste que le Sei*> gneur abandonnât des temples où il avoit été si long-temps outragé. Craignons, mes Frères, de préparer à nos neveux les mêmes calamités, en imitant les désordres de ceux qui nous ont précédés. Craignons que le Seigneur irrité n'abandonne enfin un jour ces temples que nous profanons , et qu'ils no deviennent à leur tour la proie de i'erreur et l'asile de rhérésie. Que sais-jo même s'il ne commence M I. 21
pas déjà à nous préparer ces malhears, ea permettant que la pureté de la simplicité de la Toi s'altère dans les esprits, en multipliant ces Lommes sages à lears propres yeux, et si communs en ce siècle, qui mesurent tout sur les lumières d'one foible raison, qui voudroient Toir clair dans les secrets de Dieu , et qui , loin de faire de la religion le sujet de leur culte et de leurs actions de grâces, en fcnl le sujet de leurs doutes et de lemrs censures? Vous êtes terrible dans ▼os jugements, 6 mon Dieu! et quelquefois vos punitions sont d'autant plus rigoureuses, qu'elles ont été plus lentes et plus tardives. Rappelons donc, mes Frères, tous ces grands motifs de religion ; portons dans ce lieu saint une piété tendre et attentive, un esprit de prière, de componction, de recueillement, d'action de graœs, d'adoration et de louanges ; ne sortons jamais de nos temples sans en remporter quelque nouvelle grâce, puisque c'est ici le trône de miséricorde d'où elles se répandent sur les hommes : n'en sortez jamais sans un nouveau goût pour .le ciel , sans de nouveaux désirs de Gnir vos égarements, et de vous attacher pniquement à Dieu; sans envier le bonheur de ceux qui le servent , qui peuvent l'adorer sans cesse au pied de l'autel, et que leur état et leurs fonctions consacrent particulièrement à ce saint ministère. Dites-lui, comme cette reine étrangère disoit autrefois à Saloroon : Bienheureux vos serviteurs qui sont toujours présents devant vous, et qui n'ont point d'autre demeure que votre maison sainte! Beati servi tui qui stant coram te 8emper(nu Reg., x, 8)1 Et si les devoirs de votre état no vous permettent pas de venir ici adorer le Seigneur aux différentes heures do la journéo , où ses ministres s'assemblent pour le louer ; ahl du moins tournez sans cesse vers le lieu saint, comme autrefois les Israélites, vos vœux et vos désirs. Que nos temples soient la plus douce consolation de vos peines , le seul asile de vos afflic-* tions, la seule ressource de vos besoins, le délassement le plus sûr des génes,des bienséances etdes assujettissements pèniblesdumondo: en un mot, trouvez-y lesoonunencements de cette paix inaltérable dont vous ne trouverez la plénitude et la consommation qu'avec les bienheureux dans le temple étemel de la céleste Jérusalem.
j^insi soitM,
AVIS SDR LB SBRMOn SUIVANT.
On trouvera an troisième dimanche de carême nn antre termon sur la Rechute, inlUalé « Ve tineomtanee dan» hs voit* du êolui. Gelui»ci a été composé le premier. Massillon , Jugeant ensuite qu*ll n'avoit pas donné assez d'étendue aui vérités renfermées dans la seconde partie , y travailla de nouveau ; et des trois subdivisions qu'elle i^ontient , il en forma les trois points qui composent le sermon De t Inconstance dan» èe* voie» du salut, Nous n'avoos pourtant pas cru devoir supprimer celui-ci , pour ne pas perdre la première partie où l'on trouve des vérités très-utiles, et traitées aveo cette onction que la plume de IVIassiUon savoit rendre sur tout ce qu'il écrivoi*
SERMON
SUB LA RECHUTK.
EtJimU nopùâima hominu illiu* pejorapriori^as, El le dernier état de cet homme devient pire que le premier. ( Matth. , xti , i5.)
Quelle peinture effrayante notre Évangile nous tracc-t-il de la rechute, mes très chers Frères; de ce péché si commun, qui n'alarme plus les consciences, et arec lequel presque tout le monde s'est familiarisé , parcequ'il parotl être devenu Tétat ordinaire des chrétiens ! nous n'imaginons rien de plus horrible que le sort d'un honmie possédé du démon , livré à la discrétion et à toute la fureur de cet ennemi du genre humain ; et n'étant plus, à proprement parler, que l'instrument infortuné de sa malice et de sa corruption. Ah! s'il faut en croire notre divin Maître, le' sort d*une ame infidèle, qui , après élre sortie de ses premiers égarements, après avoir goAté le don céleste, se laisse rentralner dans les voies de péché qu'elle avoit quittées, et retourne à son vomissement, est tout autrement déplorable : ce n'est plus d*un seul démon dont elle est possédée ; elle est livrée à sept autres démons plus méchants que le premier, qui s'en emparent, et qui, la regardant comme leur conquête, en font leur demeure, et s'y établissent pour n'en plus sortir : JSk intrantes habitant ibi (Matth., xu, 45).
C'est cette dernière circonstance qui doit nous faire trembler, mes très chers Frères, et qui fait dire à notre divin Sauveur que le der • nier état de cet homme devient pire que le premier xfiunt nwis^ sima hominis iUiusjpeJora prioribus; car elle nous fait entendre que la rechute est comme un signe et un préjugé de notre réprobation , et qu'il est bien rare que nous revenions à Dieu , lorsqu'après l'avoir quitté , nous sommes retournés à la créature.
Et si vous me demandez, Chrétiens , qu'a donc la rechute de si horrible , et pourquoi il est si difficile de se relever après être retombé ; en voici les raisons : écoutez-les, vous dont la fidélité envcîs Dieu jusqu'ici ne s'est point démentie, afin qu'elles vous servent de préservatif contre un si grand malheur, £t vous, dont les mœurs n'ont peut-être roulé jusqu'à présent que sur ces alternatives de réconciliation et de crime ; qui faites tant de démarches do conversion, et toujours autant de pas en arrière; et qui, loin d'êtro effrayés sur votre état, vous rassurez sur ces retours passagers vers Dieu : écoutez-les aussi, ces raisons, et voyez si Taffreuse tranquillité dans laquelle vous vivez est bien fondée
Je dis que le péché de rechute imprime en nous comme un carac-
tère de rcprohalion, et que rarement oo s'en relève; poorqud? parceque c'est un de ces vices qne rien n'excnse , et duquel on a tout à craindre. En premier lieu , rien n'excuse un pécheur de re chute; parceque sou péché n'est plus ni surprise, ni foiblesse. ni ignorance, mais l'ingratitude la plus odieuse, la perfldie la plus noire, le mépris le plus affecté. En second lieu, on a tout à craindre du péché de rcclmte; parceque d'ordinaire il conduit à l'impénitence et à un état fixe et tranquille de crime. Deux motifs dont je vais me servir aujourd'hui pour vous faire trembler sur l'état du pécheur qui retombe; l'énormité du péché de rechute, le danger du péché de rechute. C'est le moins excusable cl le plus dangereux de tous les crimes. Implorons, etc.. At^e^ Maria.
PRBMIÂRI PÀRTIB.
Gomme l'action de grâces est le devoir le plus essentiel de la créature envers le Créateur, et l'hommage dont le souverain bienfaiteur des hommes parotl le plus jaloux, Tingralitude est le vice le plus injuste, et dont sa bonté est d'ordinaire le plus blessée. Or, mon cher Auditeur, si, après vous être relevé dans ce saint temps par la grâce des sacrements, vous allez retomber encore et rentrer dans vos anciens égarements, non-seulement vous êtes un ingrat, mais vous êtes un ingrat dans les circonstances les plus odieuses; et je vous prie de les remarquer avec moi.
En premier lieu, plus le bienfait dont on vous avoit favorise étoit grand, plus Hngratitude qui le fait oublier est noire. Or, mon cher Auditeur, quel bienfait plus signalé que celui de votre délivrance, lorsque frappé de Thorreur do vos crimes, vous êtes venu les déceler au pied des autels, et promettre à Dieu une vie plus retirée? Rappelez-vous l'état déplorable d'oà la grâce vînt vous tirer. Vous étiez un enfant de colère, un membre de l'Antéchrist, un monstre d'iniquité : vous étiez chargé de mille anathèmes qui dnvoient vous rendre éternellement ennemi de Dieu : vous n'aviez plus de part à l'espérance des chrétiens : vous étiez déjà jugé, et votre condamnation étoit certaine. Yotre malheur pouvoit-il être plus terrible? Mais Imposez à cet état déplorable, la situation où la grâce des sacrements vous a établi : vous êtes devenu Fenfant de Dieu , l'héritier du ciel et des promesses futures , le membre vivant de Jôsus-Clirist : voire ame, embellie de justice, est devenue la demeure de FEspril saint : vous avez reçu la charité, ce don qui ne passera pas, ce don plus estimable qne toutes les grandeurs de la terre, ce don avec lequel vous avez tous les autres dons , et sans lequel , quand vous seriez sur le tr6ne, vous n'êtes rîon vous-même. Que peut-on ajouter à la magnificence de ce bienfait? Une vie entière de reconnoissance pourroi t-elle assez le payer? Ah! les saints, dans le séjour de la gloire , en rendront d'étemelles actions de grâces , et réternité elle-même leur parottra courte pour un hommage si juste et si consolant.
Et vous, mon cher Auditeur, à peine mêliez- vous quelque intervalle entre le bienfait et rîDgratilude! Une faveur qui ne subsiste plus réveille moins la reconnoissance, il est vrai ; et Téloignement du bienfait peut quelquefois faire oublier le bienfaiteur. Mais ici les dons de la grâce sont encore vivants dans votre ame ; vous ne les éteindrez qu*avec votreinfldélité : ces dons sont même éternels par leur nature ; et vous auriez pu les conserver toujours^ si vous saviez connoilre le don de Dieu, et ne pas détruire ce que sa main miséricordieuse vient d'édifier en vous.
Mais quand la grandeur du bienfait ne vous rendroit pas le plus ingrat de tous les pécheurs , rappelez en second lieu la manière dont il vous a été accordé. Dans quel péril étiez-vous, ame infidèle, lorsque Dieu vous a touchée? Uélas! vous le savez, dans le fond de Tabime et de la dissolution, prèle à tomber dans le dernier degré d'insensibilité, d'où il n'est plus de retour ; et vous périssiez peut* élre sans ressource, s'il vous eût, dans cette conjoncture, refusé sa grâce. Quel temps a-t-il choisi pour vous Taccorder? Ah! la cir constance peut-être du crime même; c'a été un retour vif sur l'infamie et la courte durée du plaisir que vous veniez de préférer à votre Dieu : dans ce moment affreux où il dcvoit lancer sur vous tous ses foudres , il n'a fait pleuvoir sur votre ame qu'une rosée de grâce. Est-il rien de si touchant que le bienfait d'un ennemi, dans le temps même qu'on l'outrage ? Que se passoit-il dans votre cœur , lorsqu'il a daigné vous regarder avec des yeux de miséricorde ? Etiez-vous fort heureux dans vos plaisirs, et en état de vou3 passer de lui : livré à ces dégoûts amers qui suivent les passions ; abandonné des créatures que vous aviez préférées au Gréateur; lassé des plaisirs, et ne trouvant plus que d'affreux ren^ords dans le crime? C'a été dans cet état, où, délaissé des faux dieux en qui vous aviez mis votre espérance, il s'est senti ému de tendresse pour vous ; il vous a visité dans votre affliction ; il est devenu votre consolateur, et 11 a été l'ami de votre adversité. Ah ! pouvoît-il choisir des circonstances plus tendres pour vous faire estimer son bienfait, et vous intéressera une reconnoissance et à une fidélité étemelle ! Et cependant à la première lueur de fortune ou de plaisirs que le monde va faire briller à vos yeux, vous retournerez sous ses étendards ; vous oublierez le bienfait et votre bienfaiteur lui-même; vous lui ferez comprendre que vous ne vous êtes adressé à lui , que lorsque le monde ne vouloit pas de vous , et le chasserez encore indignement de votre ame. Fut-il ingratitude plus digne de tous les supplices ^
Je ne parle pas, en troisième lieu, du grand nombre de crimes que le Seigneur vous a pardonnes. Quelle conscience êtes- vous venu présenter au sacré tribunal? Yous en avez vu frémir d'horreur le ministre de Jésus-Christ ; et vous-même n'avez pu, sans pâlir h ses pieds de saisissement et de confusion , en soutenir le spectacle. Depuis si long- temps , vos jours et vos moments n'étoient plus marqués
qae par les chutes les plus honteuses : cependant le Seigneur n'a pas roula supputer avec tous. Mille ans ne sont qu'un jour à ses yeux, dit le prophète ; et des millions de péchés , dont tous étiez coupable, n'ont plus été devant lui que comme un seul péché qu'il yods a remis à l'instant : dès lors toutes vos fautes ont été comme si elles n'avoient jamais été; sa bonté les a scellées dans un sac, et jetées au fond de la mer; il les a effacées du livre de mort, où elles étoient gravées en caractères immortels. Plus il avoit oublié d'offenses, ah! plus sans doute vous deviez conserver le souvenir de sa bonté , et en éviter de nouvelles ; mais vous allez retomber. Eh ! qu'allez- vous faire, mon Frère! Comme votre ingratitude ne sauroit être plus odieuse , les suites de votre faute ne pourroient être plus funestes; vous allez faire comme revivre par ce retour tous vos anciens désordres ; vous allez ratifier par ce nouveau péché tous vos péchés d'autrefois. Ah ! il en étoit de vos crimes passés , avant le moment fatal qui vous verra retomber, comme de ces ossements secs et arides dont le prophète Ezéchiel vit les plaines de Babylone couvertes. Le champ de votre ame étoit couvert de ces tristes débris, et de ces restes inanimés de vos anciens désordres; ils étoient morts aux yeux de Dieu : sa grâce toute-puissante avoit donné le coup fatal à tous ces monstres : ils dormoient dans votre cœur d'un sommeil éternel : mais le consentement ingrat que vous allez donner à une nouvelle offense va être le signal funeste qui les rappellera tous à la vie. A ce souffle de mort sorti du fond de votre corruption, vous les sentirez tous se ranimer au dedans de vous, et reprendre leur force et leur vigueur première .- Insuffla super interfectos isios, et revwis eant (Ezbch., xxxvii, 9). Unearmée de monstres va ressusciter dans ▼otre cœur, ces os arides vont redevenir desennemis furieux, puissants , formidables ; et le champ de votre ame va en être encore couvert, désolé et ravagé comme autrefois : Steterunique super pedes suos exercitus grandis nimis i^alde (Id., v, 10). Grand Dieu ! quelle est donc la malignité d'une seule offense, de redonner, pour ainsi dire,rame et la vie à ce quin'étoil plus, et de vous faire presque révoquer vos grâces?
Ce n'est pas, mes Frères, que les dons de Dieu ne soient sans repentir, et qu'un péché pardonné puisse jamais être imputé (Rom., XI, 29). Mais la malice delà rechute est telle, que, premièroncnt, l'acte par lequel vous retombez est comme un nouveau consentement donné à tous vos premiers vices ; vous rétractez vos larmes et votre douleur ; vous vous repentez de vous être repenti ; vous dites à Dieu dans la préparation de votre cœur : Seigneur, oubliez mes larmes et mes protestations; je les ai oubliées moi-même : je vous rends le pardon que vous m'aviez accordé ; reprenez vos grâces et vos bienfaits , je vais reprendre mes voies anciennes: et Dieu, qui juge de Fhomme par la situation de son cosur, commence à vous imputer ce que vous cessez de ha'ir ci de pleurer vous-même. Scooa-
domenty la malice de la rechute est telle, qu'elle réveille et reproduit y pour ainsi dire , eu tous toute la corruption que vos anciens désordres avoient mise dans votre cœur, et qu'elle vous rend toute seule autant de foiblesses» autant d'insensibilité pour le salut , autant d*éloignement de Dieu» autant de rapidité pour le mal, que tous vos crimes passés ensemble avoient pu vous en inspirer : troisièmement enfin , qu'elle ajoute à ce premier état de corruption où vous étiez 9 la circonstance d'une nouvelle chute ; c'est-à-dire, un nouveau degré si monstrueux de misère et de foiblesse, que mille crimes réitérés, avant votre réconciliation et votre rechute, ne vous auroient pas mené plus loin , ni enfoncé plus avant dans Fabtme déplorable. Voilà les horreurs de l'ingratitude et les suites terribles d'une seule faute.
En second lieu , à ingratitude , le pécheur qui retombe ajoute la perfidie : il viole une foi donnée au Dieu terrible , et donnée dans le lieu saint à la face des autels^ et dont tous les esprits célestes ont été spectateurs $ une alliance scellée de tout ce que la religion a de plus sacré et de plus auguste, confirmée par le sang de l'agneau el par les solennités les plus irrévocables : il trahit des promesses jurées entre les mains d'un ministre de la réconciliation , qui les a voit reçues an nom de Jésus-Christ. Ce n'étoient point ici de ces serments dont la précipitation peut excuser le violements il les avoit faits avec maturité, et après s'être même long-temps défendu contre la grâce qui les demandoit de lui. Et après l'appareil auguste qui vient d'accompagner cette grande action, après avoir juré une fidélité étemelle à son Dieu an pied des autels, à hi face du ciel et de la terre : il viole sa foi, il manque à sa promesse. Eh ] vous vous piquez de fidélité envers les créatures , mon cher Auditeur ; vous êtes religieux dans vos paroles , et vous voulez qu'on vous croie tel : et envers votre Dieu , vous ne rougissez pas d'être perfide ? el la probité et la bonne foi , en traitant avec votre Père et votre Seigneur, ne vous parott pas une vertu si estimable? et vous ne trouvez rien de noir à être si souvent lâche, infidèle et sans honneur à ses yeux? Ah I il se plaignoit autrefois dans son prophète , que le pécheur ne le distinguoit point de l'homme t Exisiimasti^ inique^ quod ero tui similis (Ps. xlix, 21) ; mais c'est tout ce que je vous demande aujourd'hui : traitezaveclui comme vous traitez avec les hommes ; et faites- vous du moins une gloire d'être dans la rcrgion comme vous êtes dans la société, franc, sincère, fidèle, incapable de trahir votre foi, et de violer la religion de vos promesses. Est-ce pour les hommes seulement que vous avez reçu du dcl tm cœur noble , généreux , bien fait, incapable d'une lâcheté? pourquoi n'en fcrez-voos point d'usage pour celui qui vous l'a donné? Et vous surtout qui m'éooulez , mon cher Auditeur, votre perfidie est d'autant plus criminelle, quevospromesses de fidâitéontétéacoompagnées de plus de marques de douleur et de bonne foi : car souffrez que je vous rappelle ici ces
328 MERCREDI DE LA PREMIER^ SEMAIjNE.
moments hcarcux , où, touché de repenlir, tous ôlcs venu répandre l*amcr!ume de votre cœur au pied des tribunaux sacrés. Que de soupirs ! quje de regrets sincères sur le passé ! que de protestations tendres d'une éternelle Gdélité pour l'avenir! De quel air touchant vous plaigniez-vous à Dieu de Ta voir connus! tard ! Combien de fois lai avcz-vous redît au sortir des pieds du prêtre, et après vous être déchargé du fardeau de vos crimes , que ce moment de pénitence "^toit le plus doux et le plus heureux de votre yie; et qu'au fond, vous n'aviez jamais été tranquille sans lui ? Infidèle! et après tout ce tendre appareil de réconciliation, vous allez de nouveau Im déclarer la guerre ; vous allez oublier des promesses que vos larmes et vos soupirs tout seuls auroient dû rendre sacrées , quand le respect dû au maître à qui vous les aviez faites n'auroit pas suffi pour vous empêcher de les violer ! Ah! les pierres de ce temple, quiont été les té moins de vos soupirs et de vos protestations, s'élèveront contre vous devant le Seigneur, dit un propbèle; ces tribunaux sacrés qui viennent d'être les dépositaires de vos serments, de vos larmes, et de vos crimes, paroitront un jour en présence de l'univers assemblé: Lapis depariete clamahit; et llgnum , quod intrajuneturam œdificiorum est^ rcspondebit ( Habac, ii, H ). Tous y reconuoîtrez , gravés en caractères immortels, vos larmes, vos soupirs , vos protestations , vos promesses de fidélité \ et Ton vous condamnera par votre propre bouche.
Vous avez sans doute frémi , mon cher Auditeur, toutes les fois que racontant l'histoire des souffrances du Sauveur, on vous a parlé de la perfidie du disciple qui le livra ; le nom de ce monstre n'est jamais venu frapper vos oreilles qu'avec de nouvelles horreurs: mais votre rechute après les gémissements de la pénitence me paroit bien plus noire ; car nous ne lisons pas du moins que Judas eût fait à Jésus-Christ de grandes protestations de fidélité. L'Evangileen rapporte de presque tous les autres disciples. Allons et mourons avec lui ( Joan. , ii, 16), disoit Thomas. Seigneur^ montrez-nous votre Père y et cela nous suffit [Fd, xiv, 8), ainsi par loit Philippe. Quand tous les autres vous abandonneroient ^ disoit Pierre, je ne vous abandonneroispas {Mktte, j xxvi,33). Judas seul ne parle nulle part ; et du moins par ce silence affecté et par cette froide indifférence, il nous prépare comme de loin à sa perfidie. Mais vous, mon cher Auditeur, ah! vous avez amusé Jésus- Christ par tous les dehors de la plus fervente fidélité; vous l'avez appelé votre bicn-aimé , comme l'épouse ; "votre libérateur, comme la fidèle Sion; votre portion, votre héritage, le Dieu de votre cœur, comme un roi pénitent : et cependant ce ne dévoient être là que les préludes de votre perfidie. Âh ! que vous êtes devenue vile et méprisable à ses yeux, ame infidèle, en revenant à vos premières voies! Quant vilis Jacta es nimis , itéra ns vias tuas (Jerem. , U| 3(î)»
Ed Irolsième lieu, à ringralitude et à la perfidie, ajonlezencore le mépris. Si je rétablis ce que fapcis détruit, dit saint Paul, je me déclare prévaricateur ( G kLKT,^u^ 18) : c'est-à-dire, transgrcsseur affecté de la loi. Vous ne retournez à Satan qu'après avoir goûté et examiné tout ce qu'il y a d'avantageux dans le service de Jésus-Christ ; qu'après avoir comparé la douceur et la gloire de son joug , à la honte et à la servitude du péché. Le parallèle fait,, les avantages des deux côtés balancés, le del mis en comparaison avec la terre , l'iniquité avec la justice, les plaisirs des sens avec ceux de la grâce , Jésus-Christ avec Déliai , vous allez vous déclarer pour ce dernier ; vous allez prononcer, qu'il est plus grand , plus aimable , plus digne d'élre servi que votre Dieu. 0 Dieu , quel ouvrage fait à votre gloire! vous que tout partage même blesse, vous que toute égalité même d'amour et d*hommages insulte !
En effet, mes Frères, tout ce qui peut rendre un mépris criminel se trouve dans celui-ci. Ce ne sera pas un choix aveugle , et qui puisse trouver son excuse dans l'ignorance : vous avez vu , vous avez connu, vous avez essayé des deux partis. Ce ne sera pas un choix indifférent, et où l'on puisse alléguer la surprise : ahl vous étiez instruit, et de votre propre foiblesse et du péril desoocasions, et une malheureuse expérience ne vous avoit rendu que trop habile là-dessus. Enfin ce ne sera point un choix tranquille, sans remords , sans le cri secret de la conscience, comme lorsque vous tombiez avant votre pénitence. Ah! vous frémirez avant que de passer outre ; votre cœur s'y refusera presque lui-même-; le sou- ' venir de la grâce que vous aviez reçue dans votre réconciliation, et que vous aurez indignement profanée, ne se présentera à voua qu'avec mille frayeurs secrètes.
Et c'est ce que saint Cyprien reprochoit autrefois aux fidèles qui avoient eu le malheur de retomber dans l'idolâtrie durant la persécution. Avant votre régénération en Jésus-Christ, mes chers Frères, leur (!4soii-il , vous offensiez un Dieu que vous n'aviez jamais connu ; vous adoriez vos idoles sans remords \ et celte funeste sécurité pouvoit diminuer aux yeux de Dieu l'horreur de vos hommages : mais lorsqu'ébranlés par les menaces du tyran , vous avez été conduits au Capitole , et qu'il a fallu approcher de l'autel sacrih'^e: Quando ad Capitolium i^entumest (Gtpb. dbLaps.) ; ah! frappés du souvenir de la grâce , qui depuis peu vous avoit appelés à la lumière de l'Evangile , et retirés des déiî^lements de vos premières mœurs ; saisis de Ténormité d'une apostasie qui alloit rendre inutiles tous les travaux de votre pénitence , et tous les dons que vous a vit'z reçus avec la foi en Jésu^hrist ; vos pas ont commencé à clianceler, labavit gressus$ vos regards, à se troubler, caUgai^it aspectus; VOS entrailles, à se soulever, tremuerunt çiscera; vos mains, à retomber sous leur propre poids, et à se refuser au détestable ministère des encensements, bracchia conciderunt ,- votre
langue tremblante , snr le point de rencmoer à Jésus-€hrist , s'est arrêtée , et n'a prononcé qu'avec peine les paroles de blasphème, Ungua hœsit; en un mot, on vous a rus approcher de l'autel , où Ton TOUS conduisoit pour immoler aux idoles, tremblants, abattus, comme si l'on tous y eût conduits pour y être immolés yousmêmes : j^ra illa quo moriturus accessit^ rogus ilUJïdt. Telle sera votre perplexité, ame inâdèle qui m'écoutez, sur le point d'une rechute. Et, reprend saint Gyprien , malgré ces lumières vires qui vousdécouvroient Thorreur de votre apostasie, voàs vous êtes prosternés devant l'idole ; et vous avez déclaré , à la face du del et ' de la terre , que Jésus-Christ éloit un imposteur, et que vous n'aviez rien de commun avec lui. Ah! mes Frères, continuoit cet éloquent évêque, et je pourrois vous le dire à mon tour, que n'aviez-vous été jusqu'ici dans les ténèbres de votre première ignorance! pourquoi avez- vous connu le Seigneur de gloire? il vous auroit été bien plus avantageux de n'être jamais entrés dans les voies de la justice , que de retourner en arrière après les avoir connues. Pourquoi vous avons-nous découvert nous-mêmes la vanité des idoles? vous ne seriez que des aveugles, et vous êtes des contempteurs de Jésus-Christ ; vous ne seriez que des adorateurs insensés du démon , et vous êtes des blasphémateurs affectés du Dieu véritable.
Mais en quoi , mes Frères, le mépris du pécheur,. qui va retomber, me parott-il laisser moins d'espérance de pardon? c'est qu'une rechute si prompte et si soudaine est une marque presque infaillible du peu de sincérité des démarches qu'il vient de faire pour se réconcilier avec Dieu ; c'est une preuve presque certaine qu'il n'a donné à Jésus Christ le baiser de paix que pour le trahir; en un mot , qu'il n'a reçu les sacrements que pour les profaner. En effet , mes Frères, se repentir, et retomber aussitôt ; venir se purifier, et se souiller encore de nouveau : est-ce être pénitent , ou plutôt n'est-ce pas être moqueur? Or il y a quelque chose de si insultant pour Dieu , qu'une vile créature s'humilie extérieurement devant lui , qu'elle lui demande grâce, qu'elle lui fasse des protestations réitérées de fidélité , et qu'en même temps elle l'outrage dans son cœur^, elle lui préfère les objets les plus indignes; elle le renonce pour son Seigneur et pour son Maître ; en un mot, elle dément tout haut ce qu'elle dit tout bas ; qu'après un tel outrage, le sein de la miséricorde divine doit lui être fermé pour toujours.
Mais, dira-t-on, est-ce que la rechute n'est jamais précédée d'une conversion sincère? Je sais, mes Frères, que le sacrement de pénitence ne fixe pas l'instabilité du cœur humain; qu'il ne déracine pas ce fonds de corruption que la seule immortalité absorb^a , comme disoit saint Paul $ et je ne prétends point dire ici absolument qu'on ait profané la pénitence , dès qu'on redevient pécheur après avoir été pénitent. Mais, en premier lieu , lorsqu'on est sorti vérita-
blement justifié du pied des autels, et que la grâce sanctlOantc , qui soil le sacrement, a créé dans rhommeun cœur nouveau , on ne passe pas dans un Instant d'un état de justice à un état de péché. La grâce de la sanctification laisse dans Tame des penchants et des inn pressions durables, comme Thabitude du vice. On peut retomber* je l'avoue: mais ce n'est qu'après une suite de jours et d'années; après que le temps a insensiblement affoibli la charité; après que mOle infidélités secrètes ont préparé l'ame à une chute nouvelle , et disposé l'esprit de Dieu à l'abandonner. Or voyez , mon cher Auditeur, si c'est là l'image de vos rechutes, et si la grâce du sacrement conduit votre innocence fort loin.
En second lieu , outre la grâce sanctifiante , vous recevez encore dans le sacrement des grâces de conversion , qui sont les suites de la première ; des secours qui ont dû vons faciliter la pratique de vos devoirs, vous donner de nouvelles forces contre le vice, et vous soutenir dans les occasions : et cependant vous vous retrouvez le mémeau sortir du tribunal. On voit, dans les mêmes circonstances, les mêmes chutes : la présence d'an objet triomphoit de votre foiblesse; elle en triomphe encore î une occasion injuste de gain séduisoit votre avarice ; elle la séduit encore : une complaisance vous rendoit infidèle à votre devoir ; elle vous le rend encore. On ne voit pas que vous évitiez ces entretiens , ces lieux , ces assemblées , ces plaisirs qui sont pourtant de toutes vos confessions : vous n'en cultivez pas moins des liaisons toujours fatales à votre innocence : vous n'en rabattez rien d'un jeu qui est devenu la plus importante occupation de votre vie : vous n'en retranchez rien à des dépenses dont des créanciers, des domestiques et les pauvres eux-mêmes souffrent; rien à un sommeil , où, dans rinutililé de vos pensées et dans la mollesse de votre lit, vous laissez reposer votre imagination sur des images toujours dangereuses à votre ame ; rien à une vie inutile qui vous damne. On ne voit ni précautions pour l'avenir, ni mesures pour le passé : les macérations, les veilles , et tout l'appareil de la pénitence, vous ne les connoisscz même pas : la prière, le recueillement , la retraite, et tous ces secours si nécessaires à la piété, vous les négligez : en un mot, vous êtes encore le même; et le pénitent en vous ressemble parfaitement au pécheur. Ah ! ce n'est donc pas le doigt de Dieu qui avoit chassé le démon de votre coeur: si cela étoit, dit Jésus-Chnst dans l'Evangile, le royaume de Dieu seroit établi au-dcdans de vous : Si in digito Dei ejicio dœmonia ^ profecto pervertit in ifos regnum Dei ( Luc. , xi , 20). Quand vous avez guéri une ame, ô mon Dieu! il parott que votre main toute-puissante s'en est mêlée : vos miracles et les transformations de votre grâce , sont durables; et ne ressemblent point à ces prestiges des imposteurs, qui échappent à la vue au moment môme qu'on les voit paroitre.
La pénitence vérilable , mes Frères, est un nouvel état du cœur
qui change nos actions, et corrige nos penchants. C'est un nouveau goût qui nous rend le péché amer^ et le don céleste agréable ; c'est un nouvel amour qui nous fait aimer ce que nous avions méprisé, et mépriser ce que nous avions aimé : c'est une douleur eflScace qui renonce en effet au péché ; une douleur juste qui le punit ; une douleur surnaturelle qui le déteste dans Tidée que Dieu lui-même en a ; enGn , une douleur prudente qui n'a jamais pris assez de mesures pour réviter. Jugez sur cette peinture, vous qui retombez sans cesse, si vos pénitences sont véritables, et si vous sortez du tribunal profanateur ou pénitent.
Jen'oseroisledire, mesFréres, si les Saints nel'avoient dit avant moi : ils ont tous regardé la pénitence de ces pécheurs qui retc«nbent sans cesse , comme des dérisions publiques des sacrements ; comme des attentats semblables à ceux des infidèles qui vcnoienl dans nos temples fouler aux pieds les mystères saints, ou qui sur des théâtres infâmes en exposoient la véritable représentation aux railleries des spectateurs. Aussi, de leur temps, un fidèle qui, après s'être purifié dans les exercices laborieux delà pénitence publique, rctomboit une seconde fois , n'étoit plus admis au nombre des pcuitents pu* blics. Ce n'est pas qu'on désespérât de son salut : mais outre qu'on craignoit que le remède , devenu trop commun , ne devint méprisable ,* ah I onsupposoit qu'un fidèle qui , après les pleurs et les travaux de la première pénitence rctomboit encore , n'avoit été qu'un imposteur , un fantOme de pénitent , et qu'ainsi c'ctoit exposer le sang de Jésus-Christ, que de l'offrir à un pécheur qui avoil pu en abuser. Il n'étoit pas jusques aux figures de la loi , qui n'annonçassent cette terrible vérité. Celui dont la lèpre , après avoir été une fois guérie , repoussoit encore, étoit obligé de venir reparottrc devant legrand-prétre qui l'avoit guéri , et on le déclaroit immonde pour le reste de ses jours , c'est-à-dire analhème , séparé de l'autel et des sacrifices, et du commerce de ses frères : Immunditiœ condemnabitur ( Lbvit. , xiii, 8).
Mon Dieu ! et on usoit de cette sévérité après une seule rechute! on se défioit d'une pénitence qui avoit pu être suivie d'une seconde infidélité: eh! jugez, mes chers Auditeurs, ce que les Saints auroient pensé des vôtres , et ce que l'Eglise en pense encore aujourd'hui ; jugez des plaintes que vous faites quelquefois contre les ministres des sacrements, qui, vous retrouvant toujours infidèles, n'osent plus enfin vous délier qu'après de longues épreuves , de peur de jeter le Saint aux chiens. Ah ! je sais que nous ne devons point aggraver le joug ; qu'on n'est pas moins maudit de Dieu lorsqu'on ajoute un seul iota à sa loi par un excès de rigueur, que lorsqu'on l'en retranche par une lâdieté criminelle; et qu'il ne faut pas fournir aux pécheurs, par une ostentation de sévérité ,' des prétextes de s'éloigner des choses saintes. Mais faut-il ouvrir à l'instant les trésors da sanctuaire à des profanes qui les ont mille fois souillés ?
faat-il confier sans précaution le sang de Jésus-Christ à des pcnriides qui Tont mille fois livré? faut*il ajouter foi à des promesses si souvent violées? Ne devons-nous pas quelquefois, comme Élic, fermer le ciel sur des adorateurs de Baal qui boitent des deux côtés , et qui , en venant invoquer le Seigneur dans une solennité , vont encore au sortir de là sacrifier à rido!e? Ne faut-il pas, comme Elisée, savoir arrêter quelquefois Thuile de la grâce et la vertu des sacrements , lorsqu^on ne nous présente que des vases pleins , je veux dire des cœurs toujours prévenus des mêmes passions? Eh ! que fe rions-nous, en vous accordant un pardon que Dieu vous refuse, que multiplier vos crimes et vous charger d'une nouvelle malédiction ? Ah ! plût au ciel , ame infidèle qui m'écoutez , que vous eussiez trouvé tous les tribunaux fermés à vos rechutes honteuses, et que vos dérèglements n'eussent point rencontré un asile dans l'indulgence même du sanctuaire : on ne vous verroit plus dans les mêmes misères et dans les mêmes foiblesses depuis tant d'années que TOUS venez vous en accuser. Vous ne seriez plus couverte de cette lèpre que vous avez presque portée dès l'enfance , si , comme la sœur de Moïse, vous eussiez trouvé un législateur sage et sévère , qui , sans égard au rang que vous tenez dans votre peuple, sans acquiescer à la chair et an sang, vous eût séparée du tabernacle saint et du camp du Seigneur , jusqu'à ce que votre humiliation et votre douleur vous eussent disposée à recevoir la guérison , et à ▼enir présenter vos offrandes avec le reste dos fidèles. Une seule confessioïi faite à un prêtre saint et éclairé vous auroil renouvelée : et vous voilà encore la même , après tant de sacrements et de démarches inutiles de pénitence.
Mais, que dis-je, la même ? Ah ! vous y avez ajouté des désordres qui n'ont jamais été pardonnes , parceqîie vous ne vous en êtes jamais repentie comme il faut ; vous y avez encore ajouté la circon sfance affreuse d'un grand nombre de sacrilèges. Mais il eût donc mieux valu , me dîrez-vous , demeurer toujours endurcie dans mon habitude , et ne faire jamais d'efforts pour en sortir? Sans doute , il eût mieux valu demeurer pécheur, que venir profaner le sang de Jésus- Christ. Mais n'aviez- vous point d'autres moyens pour éviter le sacrilège? ne pouviez-vous pas vous disposer par une sincère pénitence à approcher dignement de l'autel? est-ce une alternative inévitable, ou d'abuser des choses saintes, ou de s'en éloigner? Ahl ce ne sont pas les remèdes divins qu'il faut fuir; ce sont les passions qu'il faut vaincre : ce n'est pas en devenant impie, qu'il faut éviter les profanations ; c'est en usant avec piété de^ grâces de l'Eglise : ce n'est point en secouant le joug , qu'il faut devenir meilleur ; c'est en observant la loi avec les dispositions avec lesquelles elle veut être observée : ce n'est point en disant avec l'impie : Puisque la loi est une occasion de chute , pourquoi me condamne-t-on lorsque je ne l'observe pas? mais c'est en disant avec une ame
touchée ( Cant., c. v, 3) : J'ai lavé mes pieds, comment les salirois-je encore ? yoos arec brisé mes liens, Seigneur ; on ne me verra plus en resserrer les funestes ncrads : vous m'ayez retiré des portes de Tenfer $ je n'y descendrai plus , depeor qae mon dernier état no Boit pire que le premier. En effet, mes Frères, nou--seulement la rechute est un vice que rien n'excose , à cause de l'ingratitude , de la perfidie et du mépris qu'elle renferme : c'est encore un vice dont le pécheur a tout à craindre , à cause de Timpéniteace et de Tétat tranquille de crime où elle le conduit tôt ou tard.
SBOONDB PIRTII.
Rien n'est si vrai , mes Frères , que les rechutes finissent enfin par un état fixe et tranquille de crime ; et vous n'en douterez plus, si vous voulez faire avec moi trois réflexions , qui sont les preuves incontestables de cette grande vérité. La première, que les ressources de salut , qui opèrent d'ordinaire la conversion des autres pécheurs , deviennent Inutiles à celui qui retombe. La seconde, que, supposé même qu'il pût en faire usage , Dieu se lasse de les lui accorder. La troisième, que la bonté même de Dieu ne se lassant pas , la malignité particulière du péché de rechute , jointe au caractère du cœur humain, doit nécessairement conduire le pécheur à l'endurcissement. Renouvelez, je vous prie, votre attention.
En premier lieu, les voies ordinaires dont Dieu se sert pour oon* vertir un pécheur sont les nouvelles lumières dont il le favorisç. Une ame est éclairée comme par un rayon soudain sorti du sein de Dieu même, sur ses devoirs, sur ses infidélités, sur la vanité des choses d'ici-bas, sur la réalité des biens à venir ; alors le pé* cheur , surpris , s'indigne de la grossièreté de ses erreurs passées , et suit la vérité qui se présente. Mais à votre égard, mon cher Auditeur , vous qui, après avoir été touché de Dieu dans ce saint temps , reviendrez à vos premières voies, cette ressource de salut est désormais inutile. Car, je vous demande, que pourront la voix de Dieu et les vérités de la foi vous découvrir de nouveau? vous avez vu dair dans les maximes saintes, dans les illusions du monde , dans les vérités terribles d'un avenir ; ce ne sont plus là pour vous de nouvelles lumières, vous n'en serez plus ébloui, frappé, renversé ; et du moins elles ont perdu pour vous la surprise , et l'effet de la nouveauté si heureux dans les autres pécheurs. Et certes, que vous apprendroient-cUcs ? Que le monde est un abus? vous le disiez vous-même dans vos moments de componction. Que Dieu seul mérite d'être servi? vous le protestiez il n'y a qu'un jour au pied de ces autels. Que le salut doit être la grande affaire du chrétien ? vous en conveniez devant Jésus-Christ. Que le péché est le seul malheur qui puisse arriver à l'homme? vous étiez surpris de Favoîr jusque-là ignoré , si vivement vous le voyiez alors. Qu'a donc de nouveau Dieu même
à roua apprendre? n peat encore vous éclairer ^ je le sais : maïs semblable à un honune qni marche en plein midi , tous ne ferez pas même attention à cette nou?elle lumière ; vous tous êtes familiarisé, et a?ec die et avec vos passions $ tous avez réconcilié dans votre cœur la clarté et les ténèbres. Ah ! auparavant un seul rayon de grâce, une seule vérité montrée , eût gagné votre coBur : aujourd'hui les lumières les plus vives ne feront plus d'hnpression sur un esprit accoutumé à voir. La première fois que les Israélites virent durant la nuit la colonne lumineose qui devoit les précéder , la nouveauté du spectacle les frappa : ils craignirent la majesté du Dieu qui résidoit au milieu d'eux ; la terreur , l'admiration , le respect les rendit dociles auxordres de Moïse. Mais quand ils furent une fois retombés dans leurs murmures ; ah ! cette lumière céleste eut beaureparoltre, ce ne fut plus pour eux qu'un spectacle ordinaire qui ne changea rien à leurs mœurs. Et voilà l'effet que produiront sur vous les vérités du salut , et les lumières du ciel dormais accoutumées.
Une seconde ressource de salut pour les autres pécheurs , c'est le goût de la grâce} c'est une nouvelle consolation qui suit les commencements de la justice, un attrait divin qui emporte le cœur. Mais vous, ame infldèle, qui avez éprouvé ces saintes impressions, qui avez dit au Seigneur , comme cet Apûtre : Seigneur , il fait bon ici avec vous ; que pourra vous ofibîr de doux une nouvelle et sainte vie, que vous n'ayez déjà goûté ? Un seul devoir de piété accompli avec onction, un seul sentiment tendre de salut , triomphent souvent de la dureté d'un pécheur s mais pour vous , ah I vous vous êtes fait uu cœur accoutumé à sentir , à soupirer , à gémir ; et après cela , à retomber : vous avez une de ces âmes tendres , nées avec quelques sentiments de religion , qui sont touchées de tout , et qui ne le sont jamais comme il faut. Ce n'est pas l'endurcissement qui vous damnera ; c'est une sensibilité de conscience qui vous amuse , et ne vous corrige point. Si vous aviez un cœur de pierre comme ces pécheurs tranquilles, endurcis, un coup de la grâce pourroit du moins le frapper, le briser, l'amollir; mais vous avez un cœur tout de cire, dit le prophète , sur lequel les dernières impressions sont toujours les plus vives; facile à émouvoir, difficile à fixer, vif dans un momait de grâce , plus vif encore dans uu moment de plaisir. Ah ! mon cher Auditeur, si vous saviez quel est le danger de votre état et qu'il y a peu à espérer pour votre salut , vous frémiriez. Je ne veux pas vous jeter dans le désespoir ; mais je vous dis eu tremblant moi-même , que les conversions des âmes qui vous ressemblent sont très rares, et presque impossibles : l'arrêt de Jésus-Christ là-dessus est terrible. Celui, dit«-il, qui, après avonr mis la main à la charrue, regarde derrière lui, n'est pœnt propre au royaume de Dieu : Non est aptut regno Dei ( Luc, ix, 62 ). Jésus- Christ ne dit pas , il perd le droit qu'il avoit au royaume de Dieu , il se met en danger d'en être exdu pour toujours : non -, mais il
n'est point propre ; non est aptus .* c'est-à-dire, ses indinatîons , son fonds , le caractère particulier de son cœur , le rendent inhabile au salut. Quandon dit qu'un bomme n'est point propre aux sciences, à répée , à la robe ; c^est-à-dire , qu'il a apporté en naissant des défauts incompatibles arec les fonctions de cet élat, et que certainement il n'y réussiroit pas. Et yoilà ce que dit Jésus-Christ du pécheur de rechute par rapport au salut : Que de tous les caractères, il n'en est point de moins propre au royaume de Dieu : non est aptus '^no Dei.
Un impudique peut être touché; et David fit pénitence de son adultère. Un impie peut être frappé de Dieu, et sentir le poids de b majesté qu*il avoit blasphémée ; et Manassès dans les chaînes adore le Dieu de ses pères dont il avoit renversé les autels ; un publicain peut renoncer à ses injastices ; et Zachéo, après avoir restitué ce qu'il avoit ravi , répand libéralement son propre bien dans le sein des pauvres. Les personnes engagées dans le monde et dans les plaisirs peuvent tout à coup être éclairées ; et Madeleine, aux pieds de Jésus-Christ, pleure des pédiés que son amour efface encore plus heureusement que ses larmes. Mais un Achab, qui, averti par Élie, tantôt se couvre de cendre et decilice, puis retourne à Béthel sacrifier à Baal, et revient encore, et au prophète et à ses faux dieux : mais un Sédécias, qui, touché de temps en temps des remontrances de Jérémie, renvoie chercha* en secret, le consulte sur la volonté du Seigneur, et au sortir de là retombe dans sou aveuglement, fait jeter le prophète dans une fosse, et le rappelle ensuite pour le consulter encore et Toutrager le lendemain : mais un Saikl , qui , tantôt touché de l'innocence de David : Vous êtes plus juste que moi, lui ditil, et un moment après le cherche encore pour le perdre : ah! on ne lit nulle part qu'ils aient fait pénilencc, et l'Écriture nous les présente partout comme des princes réprouvés et haïs de Dieu.
D'où vient cela, mes Frères? c*est que la piété chrétienne suppose un esprit mûr, qui sait prendre son parti ; une fermeté de raison capable d'une résolution ; etqui, la droite voie une fois connue, y entre et ne s'en détourne pas aisément : elle suppose une ame forte, qui peut être au-dessus d'un dégoût, d'un obstacle, d'un péril, de sa propre foiblcsse : une ame généreuse, qui sait mépriser un plaisir; . sensée, qui ne se conduit, ni par goût, ni par sentiment, ni par caprice, mais par des règles de foi et de prudence : en un mot, pour formeriine ame chrétienne, il faulqnelque chose de grand, d'élevé, de solide, et qui soit au-dessus des foîblesses vulgaires. Or vos rechutes ne partent que d'une inégalité de raison, qui ne sait pas se déterminer; d'une foiblessc de coeur, qui plie au premier obstacle ^ d'une inconstance d'esprit qui flotte toujours, pour qui la nouveauté a des charmes inévitables; qui s'ennuie bientôt d'un même parti de vie, etqui n'est ingénieux qu'à se justifier à soi-même ses changements. Vous parorssez sonsé aux yeux des hoinmos, parceque
la vanité soati^t yos démarches extériearcs; mais jugez de vousmême par rapport à Dieu, par votre conduite intérieure et cachée : vous êtes le plus léger de tons les hommes : vousétes une de ces nuées sans eau, que les vents agitent à leur gré , dit saint Jude {£p. Jud^ 12 et 13 ) ; un de ces astres errants , qui n'ont jamais de route assurée ; uneduer inconstante et orageuse, qui , après avoir jeté des cadavres hors de son sein, s'enfle encore et va les reprendre sur les mêmes bords où elle venoit de les laisser : Fluctus/eri maris, de spumantessuas confusiones. Mais que prétends-je ici, mon cher Auditeur, en vous prouvant que vous n'êtes poinl propre au royaume de Dieu ? vous décourager ? vous dissuader de travailler à votre salut ? à Dieu ne plaise ; mais vous faire trembler sur des rechutes qui sont comme le triste préjugé de votre réprobation.
Je n'ajoute pas ici que la ressource des sacrements, si utile aux autres pécheurs, est inutile aux pécheurs dont je parle: c'est une vérité déjà démontrée. Nos soins dans le tribunal sont souvent heib reux sur des âmes criminelles, qui jusque-là avoient vécu dans un oubli entier de Dieu. Mais vous, mon cher Auditeur, vous n'y ap- . portez que des larmes instruites à mentir, comme dit un Père, et des vices déjà mille fois détestés : vous traînez le poids de vos crimes de tribunal en tribunal : on vous voit, à chaque nouvelle rechute, chercher un nouveau confesseur, pour vous épargner la honte qui aocompagneroit l'aveu des mêmes foiblesses ; et vous faites gémir les ministres du Seigneur, que vous n'êtes venu, ce semble^ instruire de vos honteuses fragilités, que pour leur laisser, en les abandonnant ensuite, plus de loisir de les déplorer devant Dieu. Quelle ressource de salut peut-il donc vous rester? La connoissance de vos devoirs? personne ne les connolt mieux que vous. Le goût de la piété et ks sentiments de la grâce? jamais cœur n'y fut plus sensible que le vôtre. L'usage des sacrements? ah ! vos maux sont accoutumés désormais à ces divins remèdes. Grand Dieu , qui connoissez ceux qui vous appartiennent , et qui les avez marques sur le front d'un sceau ineffaçable, comptez-vous dans ce nombre beaucoup de ces âmes dont je parle? Tremblez donc , mon Frère , si voua êtes sage ; et demeurez ferme dans la voie sainte , si la grâce des sacrements vous 7 a établi , de peur que le Seigneur ne se retire de vous , et que vous ne retombiez enfln pour ne plus vous relever.
Seconde réflexion qui prouve que les rechutes flnissent tôt ou tard par un état fixe et tranquille de crime. Dieu se lasse de suivre lés pas d'un pécheur qui retombe sans cesse, et de lui tendre si souvent nne main favorable : cette sensibilité qui vous reste encore pour les vérités du salut s'éteindra ; ces retours qui ne peuvent vous laisser tranquille dans le crime se calmeront ; ces grâces qui vous rappellent encore quelquefois ne seront plus accordées. Je le disois il y a peu de temps, rien n'éloigne Dieu d'une ame, comme lorsque le pécheur prend plaisir de réparer sans cesse l'ouvrage du démon , et d'édifier M. ï. lîQ
Ions les joors de nouveau ce que la graoe yenoit de détraire en lui. 11 est écrit dans les lirres saints, que cdui qui TOBlut relever les murs de Jéricho, que le Seigneur avoit démolis au seul bruit des trompettes des prêtres de Juda , fut Trappe d'une malédiction éternelle. Ah! quand une fois la parole retentissante de lÉvangile, figurée par les trompettes de Juda, dans la bouche des ministres saints , a détruit dans un cœur la criminelle Jéricho que le démon j aroit élevée , la miséricorde de Dieu s'indigne que le pécheur ingrat ose la relever sur ses propres ruines , et une malédiction terrible est d'ordinaire la peine de cet attentat.
£t au fond , quel sujet aurez-vous de vous plaindre, quand Dieu «n usera envers vousavec cette juste sévérité? N'est-il pas lemaitre de ses dons? Mais d'ailleurs , ne vous a*t-il pas attendu assez longtemps à' pénitence? Quelles voies n'a-t-il pas tentées pour fixer les vidssitudes éternelles de votre cœur? les afflictions? il vous en a ménagé; les maladies? vous en avez été frappé; la perfidie des personnes sur lesquelles vous comptiez? vous l'avez éprouvée; l'a- . roertume des plaisirs ? il en a répandu à pleines mains sur les vôtres; des lumières vives? des remords cuisants? hélas! c'est d'où vous sont venus ces intervalles de pénitence qui ont partagé vos désordres. Eh ! ne faut-il donc pas enfin qu'il ait ses moments de ju0« tice , comme il a ses moments de miséricorde , et qu'après avoir attendu si long-temps avec bonté , si l'arbre cultivé , airosé, portera enfin du frait , il le maudisse enfin , retrouvant encore au retour tous ses soins inutiles ?
Mais quand même Dieu ne se retireroit pas du pécheur qui retombe, la malignité toute seule de la rediute et le caractère du cœur humain devroient conduire l'ame à l'état dont je parle. En cSet , il en est des rechutes de l'ame comme de celles du corps : on vous l'a dit , et vous le savez ; elles finissent d'ordinaire par une extinction entière et irrévocable de la vie. La première fois qu'on tombe, on trouve encore des ressources dans la force de l'Age, dans la vigueur du tempérament ; et le retour est facile : mais à mesure que vous retombez, le corps s'use, la santé s'afibiblit, la nature saccombe , et toute attaque presque devient mortelle. Ainsi dans la vie chrétienne , on se relève abément d'une première chute: la foi , pas encore éteinte; les inclinations de la grâce , encore sensibles; la santé de l'ame , pas tout à fait affoiblie ; tout cela peut facititer un retour au pécheur : mais vous retombez ; ah 1 les lumières peu à peu s'éteignent , la force de l'ame s'use , les dons de la gracA dépérissent ; et enfin , vous retombez si souvent, que vous retombez pour ne plus vous relever , et que l'ame demeure comme accablée sous le poids d'une dernière chute.
En voulez- vous voir dans les livres saints une image bien terrible et bien naturelle , et y lire la triste destinée d'une ame qui retombe ? Rappelez-vous l'histoire de l'idole de Dagon *■ elle t«mbe devant
rarche, les prêtre» des Philistins effrayés aecoorent ; leurs soins cette fois sont heureux ; ils relèvent Tidole à Tinstant, ses pieds, ses mains sont encore à leur place , et cette première dbute ne Ta pas mise hors d'état d'être de nouveau placée sur l'autel. Mais Dagon retombe ; ah! les prêtres accourus à ce nouvel accident s'efforcent en yain de le relever: Dagon est tristement étendu par terre, immobile pour tott« jours à la place où il est tombé ; la tôte et les deux mains séparées du tronc, ce n'est plus qu'une masse informe qui ne laisse aucun espoir qu'on pmsse la relever, et une Ggure mutilée qui n'est plus propre qu'au feu i Porta Dagon solus iruncus remanserat in loco suo (1 RcG., v, 5).
Yoilà, mon cher Auditeur, voilà votre histoire. Vos premières chutes n'avoient pas détruit et brisé, pour ainsi dire, en vous, l'image célestedu Créateur ; les puissances de votre ameétoientencoreenétat; vous n'étiez pas entièrement séparé de Jésus-Christ votre divin chef; ot les soins de ses ministres vous eussent relevé et rétabli dans votre première place. Mais vous allez encore retomber ; ah I l'image du Créateur va enfln se briser ; Jésus-Christ, votre divin chef, va se séparer de vous pour toujours ; vous tombez pour ne plus vous relever j vous ne serez plus qu'un tronc informe, qu'on ne peut plus remettre à sa place, et dont la destinée ne peut plus être qu'un feu étemel : Porro Dagon solus iruncus renianserat in loco suo.
Ah ! mes Frères, tel est le caractère des rechutes $ la dernière ajoute toujours quelque chose à celle qui l'a précédée ; vous retombez tonjoursavecqudque nouvelle drconstancequi vousrenfonced'undegré dans le précipice ; ce sont comme des plaies journalières qui en rouvrent une ancienne déjà fermée, en aigrissent le mal, et le rendent eoiin incuraUe.
Ah } c'est alors, mes Frères, que le démon est paisib.e possesseur d'une ame : In pace sunt ea quœpossidet (Loc, ii, 21} ; outre qu'il y est rentré avec sept esprits encore plus méchants que lui , dit FÉ vangile , il est bien plus fort et plus en état de se maintenir dans sa uouvellepossession, que lorsqu'il en fut chassé la première fois, parcequ'il est plus instruit : il reconnolt les endroits de votre ame par où Jésus-Christ avoit accoutumé d'y rentrer, et de l'en dbasser honteusement ; il a étudié les inclinations de votre cœur qui conservoicnt encore qudipie intelligence avec la grâce; ah! c'est là qu'il se retranche, pour ainsi dire; ce sont là les avenues qu'il fortifie et qu'il rend inaccessibles. Ainsi vous étiez touché autrefois à l'approche d'une soleniadté, vous ne le serez plus : une mort soudaine vous alarmoit; vous la Terrez sans y faire de réflexions : les discours de piété vous Iroavoient toujours sensible ; on tonneroitquc vous n'entendrez plus : Ja seule présence d'un homme de bien faisoit naître en vous des désirs secrets de vertu ; vous serez le premier à parler avec dérision de la sainteté de sesexemples : vousaviez encore retenu certaines pratiques depiéCéqni réveilloiient votre foi ; vous vivrez sans joug et sans règle %
e( Toilà commeyotre dernier état deyiendra pireqaele premier. Vouê iviez encore autrefois des jours marqués pour les sacrements; tous Eaâsiez de temps en temps quelque efiort pour rompre vos ricieoses inclinations : mais depuis que Diett s'est retiré, et que l'esprit impur a rentré dans votre ame, tous entassez monstre sur monstre; pas le plus petit retour sur yous-méme ; plus d'autres troubles, que ceux qui' yous viendront de vos passions traversées ; plus d'autre crainte, que de manquer d'occasions de crime ; plus d'autre vicissitude dans votre cœur , que la naissance de quelque nouvelle passion; plus de dégoût, que pour la piété et la justice. Aussi nous voyons tous les joiArs qu'il n'est pas de pécheurs plus extrêmes dans leur désordre, que ceux qui, après avoir fait quelque temps profession de piété et suivi des routes saintes, se rengagent dans les plaisirs , et se rendent au monde et à ses charmes : il semble que Dieu, indigné de leur apostasie , maudit ces amcs inconstantes et légères ; qu'il les frappe de vertige et d'aveuglement ; qu'il les livre à un sens réprouvé et à toute la corruption de leurs désirs : ce ne sont plus des pécheurs; ce sont des monstres sans foi, sans religion, sans pudeur, sans aucun frein qui les retienne : non , la piété ne dégénère jamais en vice médiocre. La manne, cette viande formée dans le ciel, lorsqu'elle vendt à se corrompre sur la terre , dit l'Ecriture, répandoit à l'entour une puanteur insupportable, et ce pain céleste n'étoiC plus qu'un amas de vers et de pourriture .- Seatere cœpU i^emUbui^ aique computruit {ExoD., xvi, 20). Ah! voilà le sort d'une ame, qui, âevée dans le ciel, par unesincère conversion , en tombe, pour ainsi dire, par un indigne retour, et vient se corrompre sur la terre : ce n'est plus qu'un spectacle d'horteur ; ce n'est plus qu'un sépulcre plein d'infection ; elle n'exhale plus qu'une odeur de mort fatale k tous ceux qui l'approchent; et il n'est pas de corruption, dit un prophète , pire que la sienne : Corrumpetur putredinepessimâ ( Mica. , H, 10).
Recueillons, mon dier Auditeur, ayant que de finir, toiilesces ve rites importantes : en void le fruit. Etes-vous debout , prenez garde de ne pas retomber ; souvenez-yous que vous portez le trésor de U grâce recouvrée dans un vaisseau de terre; fuyez l'apparence du mal ; priez beaucoup; défiez-vous de vous-même; apprenez dans vos l'hutcs passées le moyen de les éviter, et tirez le bien du mal à l'exemple de Dieu même : quand on a été pécheur, le retour au Tioa est si aisé elle pas si glissant, que les précautions , pour éviter ce malheur, ne sauroient être excessives. Mais vivez- vous encore dans l'cs alternatives de grâce et de péché , ah : déclarez-vous enfin ; c'est assez balancer entre le del et la terre. Si Baal est di«i, adorez-le tout seul, à la bonne heure; mais si le Seigneur est le Dieu véritable, n'adorez plus que lui seul aussi. Pourquoi ces eflbrts pour revenir à lui, et ces foiblesses qui vous en séparent? pourquoi ces révolutions journalières du crime et de la vertu dans votre cour?
SUK LA PRIÈRE, 8^1
pourquoi cesphisin et ces larmes ? Ah l ou essuyez vos larmes pour toujours, et recevez Totre consolation en ce monde ; ou n'y pour* soivez plus d'autres plaisirs que ceux de la grâce et do Tinnocence : fixez-TOUS enfin. Je ne parie ici que pour l'intérêt même de votre repos. Quelle vie pénible, que ces vicissitudes éternelles de vice et de vertu ; vous le savez : éternellement combattu , et par ces troubles amers qui vous rappellent à Tinnocence, et par ces penchants infortunés qui vous rentratnent dans le crime ; toujours occupé , ou à l^eurer vos foiblesses, ou à surmonter des remords; jamais heureux , soit dans le vice où vous ne trouvez point de paix, soit dans la vertu où vous ne pouvez vous faire une situation durable ! Ayez doncpitiédevotreame, mon cher Auditeur, établissez enfin une paix solidedans votre conscience ; profitez de ces traitsde miséricorde que Dieu lance encore sur votre cœur : peut-être touchez-vous à cette dernière rechute qui doit enfin terminer, par le prix de l'endurcissement, toutes les ingratitudes de votre vie, et que, comme un arbre mort, vousallez rester pour toujourssur le côté que vous tomberez. Fixez donc dans le bien toutes les agitations de votre ame; afin que, fondé et enraciné dans la charité, vous ne soyez plus un homme temporel, et que vous puissiez un jour aller recueillir dans le ciel la couronne d'immortalité destinée à ceux qui persévèrent jusqu'à la fin.
Ainsi soi^-il.
SERMON
SUR LA PRliRS.
Mistrert mei, Domiru^ FUi Dand,
Seigneur, Fils de Dayld , a^es pillé de mol. ^ Mattr. , xv, il. )
Tel est le gémissement d'une ame touchée de ses misères , et qui s'adresse au souverain médedn , dans la miséricorde duquel tout seul elle espère en trouver le remède. G'étoit autrefois la prière d'une femme chananéenne, qui vouloit obtenir du Fils de David la guérison de sa fille. Persuadée de sa puissance , et attendant tout de sa bonté pour les malheureux , elle ne connôlt pas de moyen plus sftr de se le rendre propice, que le cri de sa douleur, et le simple récit de son infortune. Et c'est le modèle de prière que l'Eglise nous propose aujourd*hui, pour nous animer et nous apprendre à prier ^ c'est-A-dire, nous rendre plus aimable et plus familier ce devoir, le plus essentiel à la piété cbrétienne.
Car, mes Frères, prier, c'est la condition de l'homme ; c'est le ^cimer devoir de l'homme, c'est l'unique ressource de Thomme;
312 JEUDI DE LA PREMlt&E SEMAINE.
c'eftUou^laœDsolatioaderhomiiie$«'est toutrhoottDe, pour ptrkr le langage de r£âprii saint.
Oui, mes Frères, si le monde entiB", aa miliea duquel nous vivons, n'est qu'une tentation continuelle) si toutes les situations oà nous nous trouvons , et tous les objets qui nous environnent, pa* roissent d'accord avec notre corruption, ou pour nous afibiblir^ou pour nous séduire; si les richesses nous corrompent, l'indigence nous aigrit, la prospérité nous élève, l'affliction nous abat , les affaires nous dissipent, le repos nous amollit, les sciences nous enflent, l'ignorance nous égare , les commerces nous répandent trop au dehors, la solitude nous laisse trop à nous-mêmes, les plaisir* nous séduisent , les CBUvres saintes nous enorgueillissent , la santé réveille les passions , la maladie nourrit, ou la tiédeur, ou les mur^ mures; en un mot, si, depuis la chute de la nature, tout ce qui est en nous ou autour de nous est pour nous un nouveau péril : dans une situation si déplorable , ô mon Dieu ! quel espoir de salut pourroit-il encore rester à Thomme, si , du fond de sa misère il ne faisoit monter sans cesse des gémissements vers le trOne de votre miséricorde, a&n que vous daigniez vous-même venir à son secours, mettre un frein à ses passions indomptées, éclairer ses erreurs, soutenir sa foiblesse , adoucir ses tentations, abréger les heures du combat, et le relever de ses chutes?
Le chrétien est donc un homme de prière: son origine, sa si* tuation, sa nature, ses besoins, sa demeure , tout l'avertit qu'il faut prier. L'Eglise elle-même, où la grâce de la régénération l'a incorporé, ici-bas étrangère, y est toujours gémissante et plaintive : elle ne reconnott ses enfants que par les soupirs qu'ils poussent sans cesse vers leur patrie; et le chrétien qui ne prie pas se retranche lui-même de l'assemblée des saints, et est pire qu'un infldèle.
D'où vient donc , mes Frères , qu'un devoir si essentiel , et si consolant même, pour l'homme, est aujourd'hui si n^ligé? D'où vient qu'on le regarde, ou comme un devoir triste et ennuyeux , ou comme le partage seulement des âmes retirées ; de sorte que nos instructions sur la prière n'intéressent presque pas ceux qui nous écoutent , persuadés qu'elles conviennent plus an cloître qu'à la cour?
D'où vient cet abus, mes Frères, et cet oubli si universd de la prière dans le monde? De deux prétextes que je veux aujourd'hui combattre: premièrement, on ne prie pas, parcequ'on ne sait pas prier, dit-on, et qu'on y perd son temps; secondement, on ne prie pas , parcequ'on se plaint qu'on ne trouve dans la prière que des égarements d'esprit qui la rendent insipide et insoutenable. Premier prétexte tiré de l'ignorance où l'on est sur la manière dont il faut prier. Second prétexte pris dans les dégoûts et les difficultés de la prière. 11 fautdonc, premièrement, vous apprendre à prier, puisque
$Ua LA PRIÈRB. 3&a
\ ne le tayez pes. Il Cml , en second lien, vous fadlitor l'usage delà prière, paiaqueTonsvtronyeztantde peine et de difBcuUé. Imploroii8,e(c.
PtBMIÉRB fARTlB.
Les préceptes qne je tous i^escris, disoit autrerois le Seigneur à sou peuple, ne sont pas au-dessus de yos forces, ni inaccessibles à la portée de votre esprit t ce no sont pas des secrets cachés dans le cidf de sorte que vous puissiez dire : Mais qui de nous pourra s'élever jusque-Iàpour les découvrir et pour les comprendre? ni des connoissances qu'on ne trouve qu'au-delà des mers, de peur que vous ne me disiez : Gomment pourrons-nous les traverser pour nous en instruire ? Ce sont des devoirs qui sont à votre portée, et tout proche de vous ; qui peuvent s'accomplir dans votre bouche et dans votre ooMur : de sorte que vous n'avez plus d'excuse à m'opposer, si vous TOUS dispensez de leur observance : Sedjuxta te esisermoy in ore iuoHin corde tuo, tUfacias illum (Dzot., xu, 14 }.
Or, ce que le Seigneur dit en général de tous les préceptes de sa loisainte, qu'il n'en faut pas chercher laoonnoissance hors de nous, et qu'ils s'accomplissent tous dansnotreoœur et dans notre bouche; nous poovonsledirejdus particulièrement du précepte de la prière, qui est comme le premier et le plus nécessaire de tous.
Cependant, ce qu'on oppose le plus ordinairement dans le monde à ce devoir, ^t (pi'on ne sait que dire à Dieuguand on vient se / pp^pter à la pnë{:e, et que Fôraison est' un secret ou jiîsquTâ on n'a pu rien comprendre. Je dis donc que ce prétexte fnrend sa source dans trois dispositions injustes i la première , c'est qu'on se trompe dans l'idée qu'on se forme de la prière : la seconde, c'est qu'on ne sent pas assez ses misères et ses besoins ; la troisième , c'est qu'on n'aime point son Dieu.
Je dis, premièrement, qu'on se trompe dans l'idée qu'on se forme de la prière. En effet, mes Frères, la prière n'est pas un effort de l'esprit, un arrangement d'idées, une pénétration profonde des mystères et des conseils de Dieu: c!Qst un simple mou veQien(J]i ^eur; c'est un gémissement de Tamc vivement touchée à la vue de sa misères ; c'est un sentiment vif et secret de nos besoins et de notre foiblesse, et une humble confiance , qui l'expose à son Seigneur, pour en obtenir la délivrance et le remède. La prière ne suppose pas dans l'ame qui prie de grandes lumières, des oonnoissances rares , un esprit plus élevé et plus cultivé que celui des autres hommes : elle suppose seulement plus de fq»i, jplns de aNuponction, Qlus de désir d'être, délivré de ses tentations et de ses misères. La prière n'est pas un secret on une sdencë qu'on âpjprenne des honunes ; un art et une méthode inconnue, sur laquelle il soit besoin de consulter des maîtres habiles pour en savoir les règles et les préceptes. Les moyens, les maximes qu'on a voulu nous donner là-des-
108 6D no» Jeun, sont m des voies slngofières qu'il ne faal jamaii proposer poor modèle, on les spéculations vaines d'un esprit oiseox, on un fanatisme qui mène à tout, et qui, loin d'édifier TEglisc, a mérité ses censures, a fourni aux impies des dérisions contre elle, et au inonde de nouveaux prétextes de mépris et de dép)ùt de la prière. La prière est un devoir sur lequel nous naissons tous instruits : les règles decette science divine ne sont écrites que dans nos cœurs; etTEsprit de Dieu est le seul maître qui l'enseigne.
Une ame sainte et innocente, qui est pénétrée de la grandeur de Bien, frappée de la terreur de ses jugements, touchée de ses miséricordes infinies ; qui ne sait presque que s'anéantir en sa présence, confesser dans la simplicité de son cœur ses bontés et ses merveilles, adorer les ordres de sa providence sur elle, accepter devant lui les croix et les peines, que la sagesse de ses conseils lui impose ; qui ne . connott pas de prière plus sublime, que de sentir devant Dieu toute (la corruption de son cœur ; gémir sur sa dureté, et sur son opposi« ■' tion à tout bien ; lui demander avec une foi vive qu'il la convertisse, r/qu'il détruise en elle cet homme de péché, qui, malgré ses plus n fermes résolutions, lui fait faire tous les jours tant de faux pas dans nés voies de Dieu i une ame de ce caractère est mille fois plus instruite sur la science de la prière , que les maitres et les docteurs euxHoaémes, et peut dire avec le prophète t Super omnes docentes me intellexi (Ps. cxviii, 99). Elle parle à son Dieu comme un ami à son ami ; elle s'afflige de lui avoir déplu : elle se reproche de n avoir pas encore la force de renoncer à tout pour lui plaire : elle • ne s'élève pas dans la sublimité de ses pensées ; elle laisse parlerson ccsur, elle s'abandonne à toute sa tendresse devant l'objet qu'elle aime uniquement. Dans le temps même que son esprit s'égare, son cceur veille et parle pour elle ; ses dégoûts mêmes deviennent une prière par les sentiments qui se forment alors dans son coenr : elle s'attendrit ; elle soupire ; elle se déplaît : elle est à charge à ellemême; elle sent la pesanteur de ses liens ; ellese ranime comme pour s'en dégager et les rompre ; die renouvelle mille fois ses protestations de fidélité ; elle rougit et se confond de promettre toujours, et de se retrouver toujours infidèle : voilà tout le secret et toute la science de sa prière. Et qu'y a-t-il là qui ne soit à portée de toute ame fidèle?
Qui avoit instruit à prier notre pauvre femme chananéenne : une étrangère, une fille de Tyr et de Sidon, qui ignoroit les merveille» de la loi, et les oracles des prophètes ; qui n'a voit pas encore entendu de la bouche du Sauveur les paroles de la vie étemelle; qui etoit encore assise dan^ les ténèbres de l'ignorance et de la mort? elle prie cependant : elle ne s'adresse pas aux apôtres , pour apprendre d'eux les règles de la prière ; son amour^ sa confiance, le désir d'être exaucée, lui apprennent à prier: son cœur touché fait tout le mérite et toute la sublimité de ^ prière.
Et certes , si pour prier il falloit s'élerer à ces étab sablimcs d'oraison, où Dieu élève que]c|ues âmes saintes, s'il falloit être ravi comme Paul jusque dans lexiel, pour y entendre ces secrets inef- M>Ies que Dieu ne découvre point à Thomme, et qu'il n*est pas permfe à l'homme lui-même de révéler ; ou comme Moïse, sur la mon« tagne sainte , être placé sur une nuée de gloire, et voir Dieu face à bce : c'est-è-dire, s'il falloit être arrivé à ce degré d'union intime avec le Seigneur, où l'ame, comme si elleétoi t déjà dépouillée de son corps, s*élève jusque dans le sein de Dieu même ; contemple à lotsir ses perfections infinies; oublie, pour ainsi dire, ses membres qui sontsur la terre ; n'est plus troublée, ni même divertie, par les fantômes des sens ; est fixée et comme absorbée dans la contemplation des merveilles et des grandeurs de Dieu : et, participant déjà à son éternité , ne compteroit un siéde entier passé dans cet état heureux, quecommeun instant court et rapide; si, dts-je, pour prier, il fal« loit être favorisé de ces dons rares et excellents de l'Esprit saint , vous pourriez nous dire, comme ces nouveaux fidèles dont parle saint Paul, que vous nelesavez pas reçus et que vous ignœrez même quel est l'Esprit qui les conmiunique.
Mais la prière n'est pas un don particulier réservé à certaines imes privilégiées ; c'est un devoir commun imposé à tout fidèle : ce D'est pas seulement une vertu de perfection, et réservée à certaines âmes plus pures et plus saintes; c'est une vertu indispensable, comme la charité ; nécessaireaax parfaits comme aux imparfaits ; à la portée des savants comme des ignorants, ordonnée aux simples comme aux plus éclairés : c'est la vertu de tous les hommes ; c'est la science de tout fidèle; c'est la perfection de toute créature. Tout ce qui a un cœur et qui peut aimer l'Auteur de son être ; tout ce qui a une raison capable deconnottrelenéant dela<Téature et la grandeur de Dieu, doit savdir l'adorer, lui rendre grâces, recourir à lui ; l'apaiser, lorsqu'il est irrité , l'appeler, lorsqu'il est éloigné ; le remercier, lorsqu'il favorise ; s'humilier, lorsqu'il frappe ; lui exposer des besoins , ou lui demander des grâces.
Aussi, lorsque les disciples demandent à Jésus-Christ qu'il 1eur| apprenne à prier : Doce nos orare (Luc, ii, 1) ; il ne leur découvre \ pas la hauteur, la sublimité, la profondeur des mystères de Dieu : il leur apprend seulement quepour prier, il faut regarder Dieu comme un père tendre, bienfaisant, attentif; s'adresser à lui avec uneCuniliarité respectueuse, avec une confiance mêléede crainte et d*anK)ur; lui parler le langage de notre foiblesse et de nos misères ; ne prendre des expressions que dans notre cœur ; ne vouloir pas nous élever jusqu'à loi, mais le rapprocher plutôt de nous ; lui exposer nos besoins*, implorer son secours ; souhaiter que tous les hommes l'adorent et le bénissent; qu'il vienne étaUirson règne dans tous les coeurs ; que le ciel et la terre soient soumis à ses volontés saintes; que les iicchcnrs rentrent dans les voies de la justice; que les infidèles
346 JEUDI DE lA PRËMIÉKB SEMAINE.
arrivent à la coniiœssaiioe de la vérité ; qu^il nous remette nos offenses 9 qu'il nous préserve de nos tentations ; qu'il tende la main à notre foiblesse ; qu'il nous délivre de nos misères. Tout est aimide, mais tout est grand dans cette divine prière : elle rappdle rbonune i lui-même; et pour en suivre le modèle, il ne faut que sentir ses besoins, et en souhaiter la délivrance.
Et voilà pourquoi j'ai dit que la seconde disposition injuste, d'oà partoit le prétexte fondé sur ce qu'on ne sait pas prier , est qu'on ne sent pas assez les besoins infinis de son ame. Car , je vous prie , mes Frâres, faut-il apprendre à un malade à demander sa guérison ; à un homme pressé de la faim , à solliciter la nourriture ; à un infortuné battu de la tempête et sur le point d'un triste naufrage, à implorer du secours? Hélas 1 la nécessité tonte seule ne fournit-elle pas alors des expressions? ne trouve-t-on pas dans le lentiment tout seul des maux qu'on aidnre, cette éloquence vive, ges mouvements persuasifs , ces remontrances pressantes qni en 4>llidtent le remMe? un cœur qui souffre a-t-il besoin de maître /our savoir comment il faut se plaindre ? Tout parle en lui ; tout exprime sa douleur ; tout annonce sa peine; tout sollicite son soulagement : son silence même est éloquent,
Vous*méme , qui vous plaignez que vous ne savez otmiment FOUS y prendre pour prier : dans vos aflDictions temporelles , dès fu'une infirmité fâcheuse menace votre vie, qu'un événement inattendu met vos biens et votre fortune en péril ; qu'une mort pro* chaîne est sur le point de vous enlever une personne , ou chère ou nécessaire : alors vous levez les mains au ciel ; vous j faites monter des gémissements et des prises; vous vous adressez au Dieu qui frappe et qui guérit ; vous savez prier alors : vous n'allez pas chercher hors do votre ccwr des leçons et des règles, pour apprendre à lui exposer votre peine ; ni eonsulter des maîtres habiles, pour savoir oequ'il faut lui dire : vous n'avez besoin que de votre douleur } vos maux tout seuls ont su vous instruire.
Ah I mes Frères, si nous sentions les misères de noire ame, comme nous sentons celles de notre corps ; si notre salut éternel nous intéressoil autant qu'une fortune de boue , ou une santé fragile et périssable, nous serions habiles dans l'art divin de la prière; nous ne nous [daindrions pas que nous n'avons rien à dire en la présence d'un Dieu à qui nous avons tant à demander ; il ne faudroit pas donner la gêne à notre esprit, pour trouver de quoi nous entretenir ivec lui ; nos maux parleroient tout seuls; notre cœur s'échapperait malgré nous-mêmes en de saintes efiùsions, comme celui de la mère de Samuel devant l'arche du Seigneur ; nous ne serions plus malles de notre douleur et de nos larmes : et la plus sûre marque que nous n'avons point de foi, et que nous ne nous oonnoissons pas nousmêmes, c'est que nous ne savons que dire au Seigneur dans Tinter* valle d'une courte prière.
SUK Là PMERE. 347
Etoeries, mes Frères, sepeat-ilfoireqae due la misérable eou^ dition de cetie Tie humaine , enYironnés , oomme nous sommes , de tant de périls; pétris nous-mêmes de tant de foiblesses ; sur le point h tous moments d'être séduits par les objets de la yanité, corrompus par les illusions des sens , entraînés par la force des exemples ; en proie à la tyrannie de nos penchants, à l'onpire de notre chair, à l'inconstance de notre cœur, aux inégalités de notre raison, aux caprices de notre imagination , aux variations étemelles de notre humeur ; abattus par les disgrâces, enflés par la prospérité ) amollis par Tabondance, aigris par la nécessité $ emportés par les coutumes, ébranlés par les événements ; flattés par les louanges , révoltés par Jes mépris i toujours en balance entre nos passions et nos devoirs ^ entre nous-mêmes et la loi de Dieu ; se peut-il faire que dans une situation si déplorable, nous soyons en peine, que demander au Seigneur , que lui dire , lorsque nous venons à paroitre en sa pré^ sence? O mon Dieu! pourquoi Thomme n'est-il donc moins misérable? ou que ne connoît-il mieux ses misères!
Ah! si vous nous disiez, mon cher Auditeur, que dans la prière vous ne savez par où commencer : si vous nous disiez que vos besoins sont infinis ; vos misères et vos passions si multipliées , que vous n'auriez jamais fait, si vous veniez les exposer toutes au Seigneur : si vous nous disiez, que plus vous approfondissez votre cœur, plus vos plaies se développent, plus vous découvrez en^j^ous de corruption et de désordre ; et que , désespérant de pouvoir raconter au Seigneur le détail inJBuai de vos foiblesses, vous lui présentez votre cœur tout caitier ; vous laissez parler vos maux pour vous-même ; vous faites de votre humiliation et de votre silence , tout Fart de votre prière, et que pour avoir trop à lui dire , vous ne lui dites rien : si vous parliez ce langage , vous parleriez le langage de la foi, le langage d'un roi pénitent, qui n'osant plus à la vue de ses chutes parler à son Dieu dans la prière, disoit t Seigneur, je me sois tu en votre présence ; mon humiliation et ma confusion ont parle pour moi : Obmutuiy et humiUaius sum (Ps« xxxviii , 3}. Et alors , dans ce silence de honte et de componction, la douleur de mes crimes s'est renouvelée : Ik dolor meu$ renovatusest. Mon cœur , pénétré de mes ingratitudes et de vos miséricordes, s'est senti enflaumié d'un nouvel amour pour vous : Concaluit cor meum iiUrà me ^ et m meditatione med exardescet ignis (Ibid., 4). Et tout ce que j'ai pu vous dire , 6 mon Dieu ! dans la profonde humiliation ou me lenoit devant vous la vue de mes misères , c'est que tout homme n'est qu'un abîme de foiblesse, de corruption, de vanité et de mensonge : Locutussum inlinguâmed, Ferumlanien universaifanUae^ omnis homo vwens (Ibid., 5, 6). Yoilà le silence de componctiOQ que forme devant Dieu la véritable prière.
Mais de vous venir plaindre que vous n'avez plus rien à dire quand vous voulez prier : eh quoi \ mon cher Auditeur , vos crimes
IMUMés da moim Y kmqae toub renez tous présenter devant Dieu, ne TOUS offrent-ils rien à craindre de ses jugements, on à demander à sa miséricorde? Quoi 1 toute votre vie a été peut-être un abime de désordre; vous avez abusé de tout , delagraoe» de vos talents, de votre raison, de vos biens, de vos dignités, de toutes les créatures ; vous avez pa^ la plus belle partie de vos jours dans l'oubli de Dieu, dans l'égarement du monde et des passions ; vous avez avili votre cœur par des attachements injustes, souillé votre corps, révolté vos sens, déréglé votre imagination, affoibli vos lumières, étdnt même ce que des inclinations naturelles avoient mis d'heureux en votre ame: et ce souvenir ne vous fournit rien devant Dieu? et il ne vous inspire pas comment il faut recourir à lui pour obtenir le pardon de tant de crimes? et vous n'avez rien à dire à un Dieu que vous avez si long-temps outragé! O homme! il faut donc, ou que votre salut soit sans ressource , ou que vous ayez d'autres ressources pour r<d>tenir, que celles de la clémence et de la miséricorde divine.
Mais je vais plus loin , mon dier Auditeur. Si vous menez une vie clvétienne ; i»i, revenu du monde et des plaisirs, vous êtes enfin entré dans les voies du salut , vous êtes encore pius injuste de vous plaindre que vous ne trouvez rien à dire au Seigneur dans vos prières I Quoi I la grâce singulière qu'il vous a faite d'ouvrir vos yeux , de vous désabuser du monde , de vous retirer du fond de i'abtme ; ce bienfait si rare et refusé à tant de pécheurs, ne formet-il aucun sentiment de reconnoissance dans votre cœur quand vous êtes à ses pieds ? ce souvenir peut-il vous laisser froid et insensible ? la présence de votre bienfaiteur ne réveille-t-elle en vous rien de tendre, vous qui vous piquez de n'avoir jamais oublié un bienfait, et qui faites tant valoir la tendresse et l'excès de votre gratitude envers les créatures ?
D'ailleurs, si vous sentez ces penchants infinis, qui, malgré votre changement de vie, s'opposent encore en vous à la loi de Dieu; cette peine que vous avez encore à faire le bien; cette pente malheureuse que vous trouvez encore en vous pour faire le mal ; ces désirs d'une vertu plus parfaite, qui n'oiit jamais de suite ; ces résolutions qui vous retrouvent toujours infidèle ; ces occasions ou vous vous retrouvez toujours le même ; ces devoirs auxquels votre cœur offre toujours la même répugnance; en un mot, si vous sentez ce fonds inépuisable de foiblesse et de corruption, qui vous reste encore après votre conversion , et qui alarme si fort votre vertu , non-seulement vous aurez de quoi parler au Seigneur dans la prière , mais toute votre vie sera une prière continuelle. Tous les périb qui menaceront votre foiblesse, tous les événements qui ébranleront votre foi, tous les objets qui réveilleront les plaies anciennes de votre cOBur, tous les mouvements secrets qui vous avertiront que l'homme de péché vit toujours en vous , vous feront soupirer eu secret vers
SDR LA PBIÈRB. 849
Mbd de qui tous en attendes la déUyranoe. Yaos prières ea toat iiea, oonme dit TApôtre : tout tous rappellera à Dieu , paroeciae lOQt TOUS fournira des retours durétieos sur yous-mâme.
D'ailleurs ) mou cher Auditeur, quand yos propres misàres m ponrroient pas remplir le yide de yos prières , ocenpes-yous-y des maux de relise ; des dissensions des pasteurs ; de l'esprit de schisma et de réyolte qui s^nble se former dans le sanctuaire; du relâchement des fidèles ; de la dèprayation des mœurs; du triste progrta de Fincrédulité ; de rextinclion de la fol parmi les hommes» Gémissea sur les scandales dont yous êtes tous les jours témoin ; plaignez-yous au Seigneur, comme le prophète» que tous l'ont abandonné; que chacun cherche ses propres intérêts; que le sel même de la terre s'est affadi ; et que la piété est deyenue un gain. Demandez au Seigneur, pour la consommation de ses élus, et pour Taccomplissement de ses desseins sur son Eglise , des princes religieux , des pasteurs fidèles, des docteurs humbles et éclairés, des guides instruits et désintéressés , des solitahres feryents , des yierges pures et édifiantes -. la paix des Eglises; l'extirpation des erreurs; le retour de tant de peuples que l'esprit de l'hérésie a séduits , et qui ont substitué des doctrines nouyelles à la religion de leurs pères.
Que dirai-je encore ? Demandez-lui la conyersion de yos prodies, de yos amis, de yos ennemis, de yos protecteurs , de yos maîtres; la conyersion de ces âmes à qui yous ayez été yous-même un sqet de chute et de scandale ; de celles que yous ayez yous-nnéme au- IrefcMS éloignées de la piété, par yos dérisions et par yQs censures ; de celles qui ne doiyent peut-être qu'à l'impiété de yos discours passés leur irréligion et leur libertinage; de celles dont yos exemples ou Tos sollicitations ont autrefois, ou peryerti la yertu, on séduit la loiblesse. Est-ce que ces grands objets, si tristes, si intéressants, ne sauroient fournir un moment d'attention à yotre esprit, ou quehpie sensibilité à yotre cosur ? Tout ce qui yous enyironne yous apprend à prier; tous les objets, tous les éyénements que yous yoyes autour de yous, yous ménagent des occasions nouyelles de TOUS éleyer à Dieu : le monde, la retraite ; la cour, la yille; les justes, les pécheurs; les éyénements publics et domestiques; le malheur des uns , ou la prospérité des autres ; tout ce qui s'offire à TOS yeux yous fournit des sujets de gémissement , de prières , d'actions de grâces. Tout instruit yotre foi , tout excite yotre zèle; tout oontriste yotre piété ; tout rappelle yotre reoonnoissance : et au milieu de tant de sujets de prier, yous ne sayez comment fournir à un instant de prière? et entouré de tant d'occasions de yous éleyer à Dieu , yous n'ayez plus rien à dire , quand vous venez paroltre en sa présence? Ah ! mes Frères, que Dieu est loin d'un coeur qui a tant de peine à s'entretenir avec lui, et qu'on aime peu un maître et un ami , à qui on ne trouve jamais rien à dire I
Et yoOà la dernière et la principale raison qui fait que nous
I fadiabiles à la prière. Oa ne sait point prier et parlera aon IHea, parceqn'on ne l'aime pas. Qaand on aime, le cerar sait bientôt comment il fant s'y prendre pour entretenir et pour tondier ce qu'il aime ; il ne va pas chercher bien loin ce qu'il doit dire hélas ! il ne sauroit mémediretout ce qu'il sent. Rétablissons Tordre dans notre cœur, mes Frères ; substituons Dieu à la place du monde : dors notre eœur ne se trouvera plus étranger devant le Seigneur. C'est le dérèglement de nos affections tout seul , qui bit notre incapacité de prier : on ne sait pas demander des biens éternels que l'on n'aime pas ; on ne sait pas méditer des vérités que Fon ne goûte pas ; on n'a rien à dire à un Bien que l'on ne oonn(^t presque pas ; on ignore comment solliciter des grâces que Ton ne souhaite pas : on ne sait pas faire instance pour obtenir la délivrance des passions que l'on ne hait pas : en un mot, la prière est le langage de l'amour ; et nous ne savons pas prier, paroeque nous ne savons pas aimer.
Mais dépend-il de nous, me direz-vous, d'avoir le goût delà IM*ière? et comment prier avec des dégoûts et des égarements d'esprit, dont on n'est pas le maître , et qui la rendent insoutenaUe? Second prétexte tiré des dégoûts et des difficultés de la prière.
SECONDE PARTIE
Un des plus grands désordres du péché est sans doute cet éMgnement et ce d^oût naturel que nous avons de la prière. Uhonune innocent auroit fait toutes ses délices de s'entretenir avec son Dieu : tontes les créatures auroienl été comme un livre ouvert , où il auroit sans cesse médité ses œuvres et ses merveilles : les impressions des sens, soumises à sa raison , n'auroient jamais pu le distrah^ malgré lui de la douceur et de la familiarité de sa divine présence : toute sa vie eût été une contemplation continuelle de la vérité ; et il n'eût été heureux dans son innocence , que parceque le Seigneur se seroit sans cesse communiqué à lui , et qu1l ne l'eût jamais perdu de vue.
Il faut donc que l'homme soit bien corrompu , et que le péché ait fut en nous d'étranges changements, pour nous faire une peine de ce qui devroit être notre félicité. Il n'est que trop vrai cependant , que nous portons presque tous dans le fond de notre nature ce dégoût et cet éloignement de la prière; et que c'est le prétexte le plus universel qu'on oppose à l'accomplissement de ce devoir si essentiel à la piété chrétienne. Les personnes mêmes à qui la pratique de la vertu devroit avoir rendu l'usage de la prière plus doux et plus familier, se plaignent tous les jours des dégoûts et des égarements éternels qu'elles éprouvent dans ce saint exercice ; de sorte que la regardant, ou comme un devoir onéreux , ou comme une gène inutile, elles en abrègent les moments , et croient être quittes d'un
SUR LA PRIÈRE. t5t
Jovg ei d'un «Majeitissemeiit , quand elles Toieiit finir 4» lemps d'emiui el de contrainte.
Or je dis que rien n'est plus injoste qne de s'éloigner de la prière^ i canse des dégoûts et des égarements d'esprit qui nous la i^ndenl pénible et désagréable, parceque ces dégoûts et ces égarements prennent leur source , premièrement , ou dans notre tiédeur et nos infidélités ; secondement , ou dans le peu d'usage que nous ayons de la prière; troisièmement enfin, ou dans la sagesse de Dieu mâne qui nous éprouve , et qui veut purifier notre cœur, en nous refusant pour quelque temps les consolations sensibles de la prière.
Oui, mes Frères, la première source et la plus commune des dégoûts et des aridités de nos prières , c'est la tiédeur et Tinfidélité de notre vie. C'est ea effet une injustice , de prétendre que nous paissions porter à la prière un esprit serein et tranquille , une imagination calme et libre do tous les vains fantômes qui l'agitent ; un cmur Couché et disposé à goûter la présence de son Dieu ^ tandis que toute notre vie, quoiqtie d'ailleurs vertueuse aux yeux des hommes, sera une dissipation étemelle ; que nous vivrons au milieu des objets les plus propres à remuer l'imagination , à faire en nous de ces ÎH^iressions vives qui ne s'efiacent plus ; en un mol , que nous couswerons dans notre oœur mille attachements injustes , qui ne nous ptroîssent pas dM<dument criminds, mais qui nous troublent, B0BS partagent, nous occupent, et qui affoiblisaent en nous, ou mâfloie qui nous ûtent tout à fait le goût de Dieu et des choses éternelles
Hélasi mes Frères, si les âmes les plus retirées et les plus saintes i si des solitaires pénitents ; si un Antoine au fond des déseris; sîunlérûme, exténué par des macérations continuelles et par des études laborieuses ; si un Benoit , purifié par une longue retraite et par une vie toute céleste, trouvœent encore , dans le seul souvenir de leurs mcrars passées, des images fAchraaes qui ▼enoî^t , jusque dans le fond de leurs solitudes , troubler la doneeur au la tranquillité de leurs prières ; prétendons-nous que dans une vie régulière , je le veux , mais toute pleine d'agitations^ d'oc* Gisions qui nous entraînent , d'objets qui nous dissipent , de tenlaiioDS qui nous troublent, de discours qui nous ébnmlent, de plaisirs qui nous amollissent , de craintes ou d'espérances qui nous igilent ; nous nous trouverons tout d'un coup dans la prière, de nouveaux hommes, purifiés de toutes ces images qui veinnent de Kmiller notre esprit , libres de tous ces attachements qui viennent de partager et corrompre peut-être notre cmur, calmés de toutes ces agitations qui viennent de faire sur notre ame des impressions ai violentes et si dangereuses; et qu'oubliant pour un moment le monde entier et tous ces vains objets que nous venons de laisser, el que nous portons encore tous dans notre souvenir et dans notre oOBur, noBs nous trouvepons tout d'un coup élevés devant Dieuè
aSi JEUDI DE LA PREMIÈJlfi SEMAINE.
la méditation des cboses célestes, pénétrés de l'amour des bieni étemels, pleins de componction pour mille infidélités que nous aimons enccKre , et 4'Qne tranquillité d'esprit et de cœor que la retraite la pbtt profonde et le détachfsment le pins rigoorenx ne donnent pas qaelqnefois enx-mémes. Ah! mes Frtees, que nous sommes injustes, et que les plaintes que nous faisons sans cesse contre les devoirs de la piété se tourneront un jour en de terrildes reproches contre nous-mêmes !
Et pour approfondir encore cette vérité et entrer dans un détail qui TOUS la rende plus sensible ; tous tous plaignez, premièrement, que Totre esprit , incapable d'un instant d'attention dans la prière, s'y égare sans cesse et tous échappe malgré Tous-méme. Mais comment Toulez-Tous ïj trouTcr attentif et recueilli , si tout ce que TOUS faites le distrait et le dissipe ; si , dans le détail de la conduite, TOUS ne TOUS rappelez jamais à Tous-méme , si tous ne tous accoutumez point à ce recueillement intérieur, à cette Tie de foi, qui , au milieu même des dissipations du monde , trouTe des sources de réOexlons saintes? Pour trouTer un esprit recueilli dans la prière , il faut l'y porter ; il faut que le commerce même des pécheurs , lorsqu'on est obligé de TiTre an milieu d'eux ; que la Tue de leurs passions, de leurs Inquiétudes de leurs craintes, de leurs espérances , de leurs joies, de leurs diagrins , de leur misère , fournisse à notre foi des réfl»ions et des retours Tcrs Dieu , qid nous préparent au recueillement et à la tranquillité de la prière. Alors , au s(H*tir même du monde et des couTersations mondaines, cèle dcToir tout seul tous aura engagé , tous n'aurez pas de peine à TOUS aller recueillir derant Dieu , et d'oublier à ses pieds les Tainès agitations dont tous Tenez d'être témoin. Au contraire, lesTues de la foi que tous y aurez conserTées ; l'aTeuglement des mondains oue TOUS y aurez déploré en secret, tous fera trouTcr de nou- Télles douleurs aux pieds de Jésus-Christ : tous tous y dâassârea aTec consolation de l'ennui d^ dissipations et des inutilités mondaines : TOUS y gémira aTec un nouTcau goût sur la f<die des hommes, qui courent aTec tant de fureur après la ftimée , afM^ uo bonheur qui les fuit et qu'ils ne trouTcnt jamais, parceque le monde , où ils le cherchent , ne sauroit le donner : vous y remercierez plus TiTanent le Seigneur de tous aToir éclairé et discerné aTcc tant de bonté , malgré tos crimes , de cette multitude qui doit périr : tous y Terrez, comme dans un nouTeau jour, le Ixmhenr des âmes qui le serTent , et qui , détrompées de la Tanité , ne TÎTCOt plus que poor la Térité.
Vous TOUS plaignez, secondement, que Totre cœur insensible dans la prière n'y sent rien de TÎf pour son Dieu , et ne trouTe en lui qu'un dégoût affireux qui la lui rend insupportable.
Mais comment Toulez-Tous que TOtre cœur, tout occupé dei choses de la terre , plein d'attachements injustes, de goAt poor le
SUR LA PAIÈR£. SftS
moDfle^ d'imoar &» TMMuême, de projets d'élévatioD , de detin lieoMIre de plaire; commeat yrales-voiis qa'an ocDor préveiio de taot d^aSèclîoiift terrestres trouye encore en lui quelque sensibilité pour les choses du eiel ? Tout y est rempli , occupé parles créatures; ou vcmleE-YOtts que INeu trouve sa place? on ne saurait go&ter en même temps Dieu et le monde. Aussi ^ dés que les Israâites, après avoir passé leJonrdain, eurent goûté des fmilsde la terre;la manne, dit TEcriture , cessa de tomber, comme s'ils n'avoient pu participer en même temps à cette nourriture ducielet à cellede la terre: X>efeeiique manna posta uàm comtdenuu defrugibus terrœ{Ji)ê.j V, 12).
L'amour du monde, dit saint Augustin, comme une fièvre dange» reuse , répand sur le cœur une amertume universelle qui nous raid insipides et dégoûtants les biens invisibles et étemds. Ainsi vous ne portes jamais à la prière qu'un dégoût insurmontable : ah I c'est une marque que votre cœur est malade ; qu'une fièvre secrète , et in* connue peut-étreà vous-même , le fait languir, lemineet ledégoûte*» qu'un amour étranger l'occupe. Remontez à la source de vosdégoûts pour Dieu et pour tout ce qui a rapport à lui, et voyez si vous ne la trouverez pas dans les attachements injustes de votre cœur t voyez si vous ne tenez pas encore trop vous-même aux soins de la parure , à l'amour de votre personne , à des amitiés frivoles , à des animosités dangereuses, à des envies secrètes, à des désirs d'élévation, à tout ce qui vous environne ; voilà la source du mal i appliquez-y le re< mède ; prenez chaque jour quelque chose sur vous-même ; travailles sérieusement à purifier voire cœur : vous goûterez alors les douceurs et les consolations de la prière ; alors le monde n'occupant plus vos affections, vous trouverez Dieu plus aimable : on aime bienlût vivement ce qu'on aime uniquement.
Et certes, rendez gloire ici à la vérité : n'est-il pas vrai que les jours où vous avez vécu avec plus d'attention sur vous-même; les jours où vous avez fait au Seigneur quelques sacrifices de vos goûts, de votre paresse, de votre humeur, de vos aversions, n'est-il pas vrai que ces jours-là vous avez prié avec plus de paix , plus de consolation , plus de joie ? On retrouve avec bien plus de plaisir les yeux d'un maître à qui Fon vient de donner des marques éclatantes de fidélité; au lieu qu'on souffre devant lui , quand on sent qu'il a mille justes reproches à nous faire : on s'y déplaît, on y est contraint et gêné ; on se cache devant lui , comme le premier pécheur ; on ne lui parle plus avec cette effusion de cœur et celte confiance qu'inspire une conscience pure , et qui n'a rien à se reprocher, et l'on compte les moments où l'on est obligé de soutenir la contrainte et l'ennui de sa divine présence.
Aussi, lorsque Jésus-Christ nous ordonne de prier, il commence par nous ordonner de veiller : Plgilate et orate (Matth., xxvi , 41 }. Il veut nous faire entendre par -là , que la vigilance est la seule pré- M. I. 23
paration à la prière; que poar aimer à prier, ilftmt véllkr i et'qiMi les go&to et lei oonsolatioDS ne sont accordées dans la prière, qu'a» reeoflillement et aux sacrifices de la yigtlance : FlgUatt H oraiU^ Je sais qae si yûos ne priez pas , vous ne saoriet veiller sur toqs et Yi^re saintement ; mais je sais aussi que si yons ne vives pas avec cette vigilance, qui fait vivre saintement, vous ne sauriez jamais prier avec go&t et avec consolation. La prière nous obtient la grâce de la vigilance, il est vrai , mais il est encore plus vrai que la vigilance seule peut nous attirer le d<xi et l'usage de la prière : Figilaie etaraie.
Et de là , mes Frères , il est aisé de conclure , que quand la vie du monde , même la plus innocente ; c'est-à-dire , quand les plaisirs , les jeux éternels , les dissipations , les amusements des théâtres, que vous appelez innocents , n'auroient point d'autre inconvénient que de vous rendre inhidiiles à la prière : quand cette vie du monde , que vous justifiez tant , n'auroit rien de plus criminel , que de vous dégoftter de la prière , de dessécher votre cœur, de dissiper votre imagination , d'affoiblir votre foi , et de laisser le trouble et l'agitation dans votre esprit : quand nous ne jugerions de la sûreté de cet état, que par ce que vous nous dites tous les jours vous-mêmes, que vous ne savez comment vous y prendre pour prier, et que la prière est pour vous d'un dégoût et d'un ennui que vous ne pouvez soutenir; je dis que pour cela seul, la vie du monde la plus innocente, est une vie de péché et de réprobation, une vie pour laquelle il n'y a point de salut. Carie salut n'est promis qu'à la prière ; le salut n'est possible que par le secours de la prière ; le salut n'est accordé qu'à la persévérance de la prière : donc toute vie qui met un obstacle essentiel à la prière ne doit rien prétendre au salut. Or, qu'une vie de dissipation , de jeu , de plaisir, de spectacle mette un obstacle essentiel à la prière ; qu'elle mette dans notre cœur, dans notre imagination, dans nos sens, un dégoût invincible pour la prière, une dissipation incompatible avec l'esprit de prière ; vous le savez; vous vous en plaignez tous les jours ; vous vous servez même de ce prétexte pour ne pas prier: et de là concluez qu'il n'y a point de salut pour la vie du monde même la plus innocente ; puisque partout on la prière est impossible, le salut Test aussi. Première raison des jégoûts et des égarements de nos prières; la tiédeur et l'infidéUté ie notre vie.
La seconde, c'est le peu d'usage que nous avons de la primée. Nous prions avec dégoût, parceque nous prions rarement. Car, premièrement , c'est l'usage de la prière tout seul, qui calmera peu à peu votre esprit ; qui en bannira insensiblement les images du monde et de la vanité ; qui dissipera tous ces nuages qui forment les dégoûts et les égarements de vos prières. Secondement , il faut demander long-temps avant que d'obtenir, presser, solliciter, impor-
ner : les douceurs et les consolations de la prière sont le fruit et la
I de la iirière même. Troisièmement, il est nèoessaire ^afûj ait de la familiarité, afin que leplaisir s'y trouve. Si Youspriet raiemeDt, le Seigneur sera toujours pour vous on Dieu étranger et inconnu, pour tàuà dire, devant qui vous serez dans une espèce de gène etde contrainte i ayec qui vous n'aurez jamais ces eUtasions de oo8ur^ cette douce confiance , cette sainte liberté que la familiarité toute seule donne , et qui fait tout le plaisir de ce divin commerce. Dieu veut être connu pour être aimé. Le monde perd à être approfondi , il n'a de riant que la surface et le premier coup d'iril. Entrez plus avant; ce n'est plus que vide, vanité, chagrin, agitation et misère. Mais le Seigneur, Û faut le connoltre et le goûter à IcMr, dit le prophète, pour sentir tout ce qu'il a d'aimable t Gustate, h mieie quomam suavU est Dominas (Ps. xxxiii, 9). Plus vous le coonoisseï , plus vous l'aimez; plus vous tous unissez à lui , plus vous sentez qu'il n'y a de véritable bonheur sur la terre » que celui de le connoltre et de l'aimer : Gustate , ei tndete quoniam sua^is est Dominas.
C'est donc l'usage de la prière tout seul , qui peut nous rendre la prière aimable. Aussi nous yoyons , que la plupart des personnes quiseplaignentdes dégoûts etdes égarements deleors prières, prient rarement ; croient avoir satisfait à ce devoir essentiel , quand elles ont donné rapidement an Seigneur quelques moments de dissipation et de contrainte ; l'abandonnent au premier instant de dégoût ; ne font aucun eSnrt pour y assujettir leur esprit ; et loin de regarder l'oppositioD invincible qu'eUes ont à la prière, comme une raison qui la leur rend plus nécessaire, elles la regardent comme une excuse légitime qui les en dispense.
Mais comment, direz-vous, trouver le temps dans le monde de fanreun usage si long et si fréquent delà prière? Tous ne trouvezpas le temps de prier, mon cher Auditeur? Mais pourquoi le temps vous est'il donné, que pour demander à Dieu qu'il oublie vos crimes, qu'il vous regarde avec des yeux de miséricorde , et qu'il vous mette un jour au nombre de ses saints? Vous n'avez pas le temps de prier ? Mais vous n'avez donc pas le temps d'être chréti^ ? car on homme qui ne prie pas est un homme qui n'a point de Dieu , point de culte, point d'espérance. Vous n'avez pas le temps de prier? Mais la prière est le commencement de tout bien ; si vous ne priez pas , vous n'avez pasencorefaituneseuleœûvrepour lavieétemelle. Ah! mes Frères, manquons-nous de temps pour solliciter les grâces de la terre , pour importuner le maître, pour obséder ceux qui sont en place, pour donner aux plaisirs ou à la paresse ? Que de moments inutiles ! que de jours ennuyeux et à charge , par la tristesse toute seule que l'oisiveté traîne après die ! que de temps perdu à dévalues bienséances, à des entretiens oiseux , à des jeux interminables , & des assujettissements stériles , à courir après des dûmères qui s'âoignent toq'ours plus de nous < Grand Dieu! et Fon manque de temps pour vous da
mander le ciel , pour apaiser yotre colère et allircr vos misérloordeg éternelles ! Qq'od fait peo de cas de son salat , 6 mon Bieo ! qoand OD n'a pas le temps de demander à yotre miséricorde qa'elle nous sauTc! et qa'on est à |daindre de troater tant de moments ponr te monde, etden'enpastroayernnseulponrrétemité! Seconde raison des dégoûts et des égarements de nos prières ; le pen d*usage do b prière même.
Il est yrai, mes Frères , qœ cette raison n'est pas si générale, qu'on ne Yoie sonvent les âmes les plos fidèles à la prière éproo ver constamment ces dégoûts et ces égarements dont je parle : mais je dis qu'alors ces dégoûts Tiennent de la sagesse de Bien qui vent lies purifier, et qui ne les conduit par cette voie, que pour accomplir ses desseins éternds de miséricorde sur elles; dernière raison : qu'ainsi loin de se rd>uter de ce que la prière leur oflre de triste et de désagréable, elles doivent y persévérer avec plus de fidélité, que si le Seignoir y répandoit sur elles des consolations sensibles et abondantes.
Premièrement, parceque vous devez regarder ces dégoûts coemie la juste peine de vos infidélités passées. N'est-il pasraisonnable que Dieu vous fasse expier les voluptés crimineUes de votre vie mondaine, par les dégoûts et les amertumes de la piété? La foiblesse du tempérament ne vous permet peut-être pas de punir par des macérations corporelles , l'égarement de vos premières moeurs ; n'est-il pas juste que Dieu y supplée par les peines et les afiBicttons intérieures de l'esprit ? Youdriez-vous qu'il vous fit passer en un instant des plaisirs du monde à ceux de la grâce; des viandes dé l'Egypte au lait et au miel de la terre de promesse , sans vous avoir fait éprouver auparavant les aridités et les fatigues du désert ; et en un mot , qu'il ne chàti&t , si j'ose parler ainsi , les délices du crime , que par celles de la vertu?
Secondement , vous vous êtes si long-temps refusé à Di^i , malgré les plus vives inspirations de sa gracç, qui vous rappèlotent k la vérité et à la lumière; vous l'avez si long-temps lairâé heurter à la porte de votre cmur, avant que de l'en rendre le mattre ; vous avez tant disputé , combattu , balancé , diflëré, avant que de vous donner à lui : n'est-il pas juste qu'il vous laisse solliciter quelque temps , avant de se donner à vous avec tontes les consolations de sa grâce? Les délais et les retardemcuts du Sdgnenr sont la juste peine des vôtres.
Mais quand ces raisons seroient moins solides , que savez-vous si Dieu ne veut point vous rendre par-là cet exil , et l'éloignement où nous vivons de lui , plus haïssables , et vous faire soupirer plus ardemment après celle patrie éternelle, où la vérité, vue à découvert, nous paroStra toujours aimable , parceque nous la verrons toujours telle qu'elle est ? Que savez- vous s'il ne veut point par^à . vous inspirer plus de componction de vos crimes passés , en vous
faisanl sentir à tous les momeots ropposiUon et le dégoût qi^ils ont laissés dans votre cobot pour la vérité et pour la justice ? Que savezvous enSn , si , par ces dégoûts , Dieu ne vent pas achever de puriGer tout ce qu'il peut y avoir encore de trop bumain dans votre piété ? s'il ne veut pas établir votre vertu sur la vérité qui est toujours la même, et non pas sur le goût qui change sans cesse ; sur les régies qui sont éternelles, et non pas sur les consolations qui sont passagères ; sur la foi qui sacrifie constamment les choses visiUes aux invisibles, et non pas sur la sensibilité, qui laisse au monde le même empire presque qu'a la grâce sur notre coeur ?Une piété tonte de goût ne va pas loin , si la vérité ne la soutient et ne raffermit. H est dangereux de faire dépendre sa fidélité des dispositions sensibles d'un cœur qui n'est jamais un instant le même , et sur qui tous les objets font des impressions nouvelles. Les devoirs qui neplaisentque lorsqu'Qs consolent , ne plaisent pas long-temps ; et la vertu, qui n'est que dans le goût, no sauroit se soutenir, parcequ'elle ne tient qu'à nous-mêmes.
Car après tout, si vous ne cherchez que Dieu tout seul dans vos prières: qu'il vous conduise par des dégoûts ou par des consolations, pourvu que la voie par où il vous mène vous conduise à lui ; comme elle est la plus sûre pour vous , elle doit vous paroltre préférable à tontes les autres. Si vous ne priez , que pour attirer plus de secours du cid sur vos besoins et sur vos faiblesses : la foi vous apprenant que la prière accompagnée même de ces dégoûts et de ces aridités obtient les mêmes grâces , produit les mêmes effets , et qu'elle est aussi agréable à Dieu, que celle où se trouvât des consolations plus sensibles ; que dis-je ? qu'elle pe^t devenir même plus agréable au Seigneur par l'acceptation des peines que vous y souffrez $ la bA vous l'apprenant, vous devez être aussi fidèle à la prière , que si elle vous offrait des attraits sensibles. Autrement , ce ne seroit pas Dieu que vous chercheriez , mais vous-même ; ce ne seroient pas les biens éterneb, mais des consolations vaines et passagères; ce ne seroient pas les remèdes de la foi , mais les appuis de votre vnour-propre.
Ainsi, qui que vous soyez qui m'écûutez ici , imitez la femme thananéenne : soyez fidèle à la prière ; et , dans l'accomplissement de ce devoir, vous trouverez le secours et la félicité de tous les antres. Si vous êtes pécheur, priez : ce n'est que par-là que le publicain et la pécheresse de l'Evangile obtinrent des sentiments de componction, et la grâce d'une parfaite pénitence ; et la prière est la seule source et la seule voie de la justice. Si vous êtes juste, priez mcare : la posévérance dans la foi et dans la piété n'est promise qu'à la prière; et ce n'est que par-là que Job, queDavid , queTobie^ ont persévéré jusqu'à la fin. Si vous vivez au milieu des pécheura^ \i que le devoir ne vous permette pas de vous dérober au spectacle de leurs dérèglements et de leurs exemples, priez : plus les périls
fioot grands, plus la prière deyient Déoessaire; et les trois enfants aa milieu des flammes, et Jonas dans le sein d'an monstre , ne tronTërent leur sûreté que dans la prière. Si les engagements de TOtre naissance ou de votre état voos attachent à la ooor des rois, priez i Estber dans la cour d' Assuérus, Daniel dans celle de Darius, les propliètes dans les palais des rois d'Israël , ne durent qu'à la prière la vie et le salut. Si vous rivez dans la retraite , priez : la solitude elle-même devient un écueil , si l'entretien oontinud avec le Seigneur ne nous défend contre nous*mémes ; et Juditli dans le secret de sa maison, et la veuve Anne dans le temple, et les Antoine au fond des déserts , ne trouvèrent que dans la prière le fruit et la sûreté de leur retraite. Si vous êtes établi dans l'Eglise pour instruire les peuples, priez : vos prières toutes seules feront toute la force et tout le succès de votre ministère; et les apôtres ne convertirent l'univers, que parcequ'ils ne s'étoient réservé pour leur partage que la prière et la prédication de TEvangtle : Nos t^erb oraiioniyCt minisierio t^erbij instantes erimus ( Agt., vi , 4). Enfin, qui que vous soyez encore une fois , dans la prospérité , ou dans rindîgence$ dans la joie, ou dans l'afBiction; dans le trouble, ou dans la paix; dans la ferveur, ou dans le découragement; dans le désir, on dans les voies de la justice ; avancé dans la vertu , ou encore dans les premières démarches de la pénttence ; priez t fo prière est la sûreté de tous les états , la consolation de toutes les peines, le dev<Hr de toutes les conditions, l'ame de la piété, le soutien de la foi, le grand fondement de la religion, et toute la religion ellemême* O mon Dieu ! répandez donc sur nous cet esprit do grâce et de prière, qui devoit être le caractère le plus marqué de votre Eglise, et le partage d'un peuple nouveau ; et purifiez nos cmurs et nos lèvres, afin que nous puissions vous offrir des louanges pures, des soupirs fervents, et des vœux dignes des biens éternels qoe vous avez promis si souvent à ceux qui vous les auront demandés comme il faut. Ainsi soit-iL