AVIS SDR LB SERMON SUIVANT
Voici encore un Sermon sur la Prière x il n*a point d'eiorde, pareeqae nom n*eo avons point trouvé dans ie manuscrit de Massillon; ainsi nous nous sommes conlenléi de mettre la division au commencement. Le Sermon qui précède fera tort à oetni-d; en ne Utaiera pas néanmoins d'y trouver bien des traits dignes de l'éloquenoe de l^autear*
SECOND SERMON
DIVISION. Ne demander que ce cpi'il font daiu la priire, et le demander comme
ur
PRUIÉU PARTIB.
La nécessité et les avantages de la prière reviennent si soin cm dans les Hyrcs saints, et Thommc lui-même porte cette Tenté si vivement empreinte dans le fond de son être et dans la foiblesso de ses penchants , qu'il parolt presque inntiled'en venir ici instruire les fidèles. En effet , mes Frères , s'il y a au-dessus de nous un Être suprême, auteur de cet univers que nous Iiabitons, qui le soutient par la force de sa parole, et qui veut être connu et adoré de ses créatures ; le premier devoir de l'homme est de lever les yeux au del, de reconnoltre le Seigneur h qui il appartient , de lui faire bonmage de tout ce qu'il est, de lui apporter ce qu'il en a reçu , et d'établir avec lui un saint commerce d'amour, d'adoration , de servitude et d'action de grâces. Qu'est-ce donc qu'un homme qui, reooimoissant cet Être suprême , ne le prie pas? C'est un infortanc qui n'a point de Dieu ; qui vit tout seul dans l'univers ; qui ne tient à aucun être hors de lui ; qui , retombant sur son propre cœur, n'y trou vequelui-mêmc, c'est «à-dire, ses peines, ses dégoûts, ses inquiétudes, ses terreurs, avec quoi il puisse s'entretenir : c'est un infortuné qui n'attend rienaudelà du tombeau ; qui borne ici-bas tous ses de • sirs et toutes ses espérances ; qui se regarde comme une vapeur que le hasard a formée, prête à s'évanouir et à se perdre pour toujours dans les espaces immenses du néant ; qui ne se croit formé que pour les jours rapides qu'il paroit sur la terre; qui vit dans l'univers comme on homme que le hasard auroit jeté tout seul dans une ilo recalée et inaccessible, où il seroit sans maître, sans souverain , sans soin , sans discipline, sans attendre de ressource , sans se pro« mettre une mdlleure destinée, sans fatiguer le ciel par des vœux inutiles, sans porter ses vœuxet ses souhaits au-delà du vaste abtmc qui l'onvironneroit , et sans chercher d'autre adoucissement à Tinfortune de sa condition , qu'une molle indolence. Tel est Thommc qui ne s'entretient jamab avecle Seigneur qui l'a fait
En second lieu, si nous ne pouvons pas de nous-mêmes former an seul désir digne des regards de Dieu ; si des penchants violents et eontinuels prtcipitent sans cesse notre cœur vers les plaisirs illidtes; si tontes nos voies sont semées d'écodls et investie» d'enne-
mis invisibles ; si les richesses noos corrompent, la prospérité nous dèye, TalBiclion nous abat, les aCbires nous dissipent, le repos nous amollit, les sciences nous enflent, Vignorance nous égare, les commerces nous séduisent, la solitude nous nuit, la santé réyeille les passions, la maladie nourrit, ou la tiédeur, on les murmures; en un mot, si, depuis notre chute, tout ce qui nous enyironne est pour nous , ou piège, ou erreur, ou tentation : dans une situation si périlleuse, eh! quel espdr de salut pourroit-il encore rester â rhomme, s'il n'appeloit son Dieu à son secours ; si du fond de notre misère nous ne faisiiHis sans cesse monter des gémissements vers te del , afin que le Seigneur vienne lui-même mettre un frein à nos passions indomptées, fixer nos inconstances, éclairer nos erreurs, soutenir nos foiblesses, réveiller nos langueurs, écarter les périb, adoucir les tentations, abréger les heures du combat, et nous relever dans nos chutes ? Oui , mes Frères , la prière est la source de toutes les grâces , et le remède de tous nos besoins. Si Taiguillon de Satan révolte la chair contre l'esprit ; c*est là que l'infirmité se fortifie. Si la figure du monde nous amuse et nous éblouit ; c'est là que la foi se perfectionne. Si les occasions nous entraînent malgré nos plus vives résolutions ; c'est là que la fidélité est donnée. Si les sollicitudes du siècle, ou ralentissent notre ferveur, ou dissipent nos sens ; c'est là que la piété se renouvelle , et qu'on retrouve le recueillement. Si l'inconstance du cœur toute seule nous fait éprouver ces moments dangereux de dégoût dans le service du Seigneur; c'est là que le goût du don céleste se réveille , et qu'on sent combien le Seigneur est doux. SI les maximes des insensés et les erreurs du ■londe ont affoibli dans notre esprit les vérités du salut ; c'est là que les Imnières croissent, et que tous ces yains fantômes queTe^it de ténèbres avoit élevés au milieu de nous sont dissipés. Si nous ne pouvons pas être avec nous-mêmes; si la retraite nous pan^ affreuse; si les jeux, les assemblées, les plaisirs, sont devenus des amusements inévitables à l'ennui qui nous persécute ; ah! c'est là que nous apprendrons à nous passer du monde, à ne pouvoir nous soufinr , et à trouver avec Dieu seul nos plus chères délices. Si les croix, les larmes, les amertumes d'une vie chrétienne, alarment notre foiblesse , et nous empêchent de nous convertir au Seigneur ; c'est là que l'innocence s*offire à nous avec tous ses charmes, que le sein de û gloire s'ouvre , que les tribulations passagères ne parcNSsent plus rien au prix des biens à venir qui doivent les couronna*. Si nous gémissons sous le poids de nos chaînes ; c'est là qu'une main invisible nous fortifie peu à peu. Si nous sommes au fond de l'ablme et de la dissolution, et si nos iniquités, comme une pierre fatale , semblent en avoir fermé rentrée et nous ôter tout espoir de secours ; c'est là qu'un rayon de lumière commence à perc^ dans l'horreur de ces ténèbres, et qu'une voix céleste se fait entendre j isque dans le séjour de la mort. Si nous nous trouvons dans ees
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ttoafdles agitations de la pénitence où la grâce et la capidité éisputent encore notre ocbot, où Ton est étHranlé , mais non pas encore yainca; touché, mais non pas converti ; ah! c'est là qae la victoire s achève , que les irrésolutions se fixent, et que le Seigneur demeure le mettre. Si la perfidie ou l'injustice nous ont dépouillés de nos biens et de nos dignités, et renversé nos plus belles espérances ; c'est là que danslesecret de la retraite où une affreuse disgrâce nous a jetés , on trouve un ami plus solide que celui qu'on a perdu, un roattre plus puissant que celui qu'on servoit, des récompenses plus sûres que celles qu'on attendoit. Si la calomnie nous a noircis; c'est là qu'on se console, avec celui qui nous connott tous, des jugements injustes des hommes. Si la maladie nous afflige ; c'est là que le Seigneur verse de l'huile sur nos plaies. Si nous avons perdu un père , un époux , un protecteur; c'est là qu'il commence à nous tenir lieu de tout. Les hommes, qui ne peuvent remplacer nos pertes, ne peuvent aussi consoler notre douleur : ce sont des consolateurs impuissants qui nous fatiguent , loin de nous soulager; qui nous exhortent à la patience, mais qui ne peuvent la porter jusque dans notre cœur ; et si vous ne priez pas, toutes vos afflictions sont sans ressource. En un mol , mettez* vous dans quelle situation il vous plaira , la prière l'adoucit, si elle est triste; ou la facilite, si die est pénible; ou raffermit, si elle est chancelante; ou la préserve, si elle est exposée. Mais quand nos intérêts tout seuls ne nous feroienl pas de la prière l'exerdce le plus doux et le plus consolant de la foi ; quand même dans l'exil où nous vivons, éloignés de notre Dieu , assujettis à tant de misères, esclaves de tant de nécessités, livrés à tant de foiblesscs, nous pourrions trouver hors delui quelqueplaisir véritableetquelque adoudssement à nos maux; ne faut-il pas l'adorer, puisque nous sommes son ouvrage , et que c'est lui qui nous a tirés du sein de nos mères, et qui n'a cessé depuis d'ajouter de nouveaux bienfaits à celui-là? Avons-nous des devoirs plus essentiels que de lui rendre sans cesse des actions de grâces, puisqu'il est le Rémunérateur de nos peines , le Juge éternel de nos actions? Ne faut-il pas intéresser sa miséricorde à notre salut, apaiser sa justice sur nos crimes passés, et le prier de ne s'en point souvenir dans sa colère?
Enfin, mes Frères, le chrétien est un homme de prière ; son origine, sa situation, sa nature, ses espérances, sa demeure, tout l'aver Ut qu'il faut prier : l'Eglise elle-même, où la grâce de l'Évangile nous a incorporés, ici-bas étrangère, n'est qu'une triste colombe captive dans Babylone; toujours gémissante et plaintive, eUenereconnott ses enfants que par les soupirs qu'ils poussent sans cesse vers la patrie; et le dirétien qui ne prie pas se retranche lui-même de l'assemblée des saints, et est pire qu'un infidèle.
Mais plus la prière est nécessaire et utile, plus il importe de prier comme il faut. Les avantages de ce devoir, si essentiel à la vie chré-* tienne, sont attachés i la manière dont on Taccomplit^ et vous ne
priez pas, si Yoiisivieziiial.Lafoie8tdonc, dit saint AnginQn, U première condition et omune la source de la prière chrétienne i Fidesfons orationis. Or la foi, lorsqu'elle prie, commence par nous faire haïr tout ce qui déplaît en nous au Dieu que nous Tenions apaiser ; elle ne demande que les dons qui peuvent nous roidre agréables à ses yeux ; elle s'en remet pour les faveurs temporelles, et les antres dons qui ne doivent point demeurer, aux desseins éter*nels que le Seigneur a formés sur nos destinées : également préteà le bénir , soit qu'il nous en favorise , soit qu'il nous les refuse; c'est-àdire qu'elle est sincère, désintéressée, soumise.
Or remarquez, je vous prie , avec moi ces trois conditions dans la prière de notre sainte Ghananéenne. Premièrement, elle commence à sortir de sa contrée et du milieu d'un peuple qui éloit maudit : Egressa àjinibusillis (Matth., xv, 22) ; elle éloigne son cœur de tout ce qui peut éloigner d'elle les regards do son Libérateur; elle laisse là les idoles que ses pères lui avoient appris à adorer, et ne compte plus sur leur foible protection ; sa Qlle même mourante, cruellement tourmentée, et à qui même ses soins et sa présence eussent été si nécessaires , ne Tarréle pas : elle n'attend pas, comme la fenmie de Samarie, que le Fils de David vienne la chercher au milieu de son peuple et de ses désordres ; elle renonce d'abord aux dieux de Glianaan , et aux égarements de ses premières voies, et court reconnottre le Désiré des nations, le Destructeur de l'empire de Satan, et celui en qui la malédiction prononcée contre la postérité de Cbam devoit éCrc levée : Egressa àjimbus iUis. Or usons4ions de ces précautions, mes Frères, lorsque nous venons noQS présenter à Jésus-Christ dans la prière? sortons-nous du milieu de nos idoles et de notre peuple? Il nous ordonne de secouer l'iniquité qui est dans nos mains, avant que d'oser les lever v^slui : Si iniquitatem quœ est in manu tua abstuleris à te,,, tune Iware poterisfaciem tuam absque niaculâ (Job, xi, 14, 15). Puisque nous idlons demander, il ne faut rien exposer aux yeux de notre bienfaiteur, qui puisse arrêter ses grâces; puisque nous devons adorer, nous ne devons rien conserver dans notre ccBur, qui démente nos hommages ; puisque nous allons nous humilier de nos fautes, il ne faut pas apporter encore l'affection criminelle devant notre juge. Il faut du moins haïr nos plaies , si nous ne pouvons pas encore couper jusqu'au vif pour les guérir : il faut du nioins gémir sur notre misère, si nous ne pouvons pas encore obtenir de notre foiblesse cet effort généreux qui doit nous en délivrer. Toute prière doit donc partir d'un commencement imparfait de pénitence, et être une démarche de conversion ; toute prière doit donc, ou changer le cœur, ou être née d'un désir de changement : autrement vous ne priez pas ; vous venez insulter la sainteté de l'Etre suprême. Et cependant, mes Frères, nous portons tous les jours jusque sous la majesté des regards de Dieu des liens honteux « des deairt de
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I, des haines craelks, des projets chimériques de fortane ; nous le prions de nous remellre nos oSénses, et noos ne nous en repentcms pas , ou peut -être en méditons-nons de noimlles ; nons le conjurons de nons déliTrer de la tentation, et nons aimons d'y SQOoomber; nons sonhaitoos que son nom soit sanctifié, et nons sonunes dans le dessein de roatragereneiNre; nons Ini demandons qne son royaume nons soit donné, et nous yonlons encore être do nombre de ces fomicateurs, de ces injustes, de ces adultères qui ne le posséderont pas : en un mot , nous desirons que sa Yolonté s'ac- OMnpIisse, et nous refusons de lui obéir. Sont-oe là, 6 mon l>ieu ! des suppliants qui demandent des grâces, des coupables qui attendent leur pardon , des indigents qui tous représentent leur misère , ou des profanes qui tous insultent? Et que Toyez-Tons dans ces prières, qui ne sollicite tos foudres, loin d'attirer tos fkTeurs? DcTant Totre miqesté même , oa s'entretient aTCc ses passions, au lieu de les faire taire du moins en Totre présence ; et quelquefois Ton sort de la prière le cosnr plus échauffé, l'esprit plus occupé d'un dessein, d'une entreprise, d'une passion, qu'on n'y est entré. La seule chose dont on est ride , 6 mon Dieu I c'est de tos Térités et de Totre grâce.
Mais ce n'est pas assez de ne rien porter sous les yeui de Dieu dans la prière , qui puisse éloigner les grâces une nous Tenons demander ; il faut que la loi règle et purifie nos demandes ; seconde condition de la prière chrétienne marquée dans la conduite de notre sainte fenune de l'ETangile : Seigneur, fils de Darid , ayez pitié de m<H: Miserere mei. Domine, Fïli Datfid (Mkm. ^ xy, 92). Et ici , mes Frères, souffirez que je fasse deux réflexions. La première , c'est qu'elle ne dit pas, remarque saint GhrysostOme, Guérissez ma fille; mais. Ayez pitié de moi: ses propres besoins s'offi^nt à elle les premiers dans sa prière; elle sent son ame sous la tyrannie d'un démon ioTisible dont la déliTrancc lui parott plus importante que celle du corps de sa fille : ainsi elle demande d'abord le royaume de IHeu et sa justice, persuadée que tout le reste lui sera donné comme par surcroît. Voilà la règle, mon cher Auditeur ; mais la suItcz TOUS? dans les calamités qui tous affiigent, commencez- tous à in- Toquer la miséricorde du Seigneur sur les misères cachées de Totre ame, ou sur les maux temporels qui tous accablent au dehors? demandez-TOUS premièrement ladiarité,qui demeure toujours, aTant que de demander d'autres dons moins excellents et qui seront détruits ayecTOus? et TOtre conTersion tous intèresse-t-elle plus riTcmentque vos malheurs? Lorsqu'un revers do fortune , ou plutôt un ordre secret de la Providence, tous eut fait déchoir de cet état de prospérité, où TOtrc naissance et les biens de tos ancêtres tous aToient placé , quelle fut la première toîx que Totre cœur affligé fit monter Tcrs le Seigneur? DélÎTrez-moi , lui disicz-TOUs, de ceux qui me persécutent : de sa grâce , de TOtre salut , de tos ennemis
^onestiques, il n'en étoit point question. Loncpie oêt éponx , cet ami , œ maître , à la yiedoquel votre fortune éttrit atlacbâe , fat snr le point de vons être enlevé , et qne, tout secours humain devenu inutile , il fallut lever les yeux au ciel , et mettre dans le Seigneur toute votre espérance ; que lui ofihrltes-vous d'abord? les calamités, prêtes de fondre sur vous, à prévenir ? ou les crimes qui vous les avoient attûrées, à expier? Lorsque sa main se fut appesantie sur votre propre personne, et que des maux longs et cruels eurent éteint peu à peu votre jeunesse et votre santé; quels remèdes demandies-vons au souverain médecin? et tandis que les infirmités de votre diair vous trouvoient si sensible ,' connoissiez-vous seulement odles de votre ame? Que vous auriez peu de suppliants, 6 mon IKeu ! si vous n'aviez & distribuer que des dons célestes et des trésors spirituels! Mais je me trompe, mes Frères; ce n'est pas le Seigneur que vous invoquez, puisque vous desirez quelque autre chose que lui-même t vous invoquez la santé, la prospérité, la gloire , puisque tous ne vous adressez à lui que pour obtenir quelqu'un decesdons; vous le cherchez comme ces Juifs diarneb, à cause des pains terrestres qu'il multiplie ; et votre prière n'est qu'une deinande injuste d*un bien périssable, que vous faites à l'Auteur de tous les biens.
La seconde réflexion, c'est que la yéritaUe prière nous rappelle sans cesse à nous-mêmes, et, sops prétexte de nouséterer, ne permet pas qu'on s'oublie : FiU de David , ayez pitié de moi. Car, prier, c'est connottresa misère; c'est avouer à son Dieu son injustice; c'est souphrer après la grâce d'une parfaite délivrance. Prier, c^est vouloir anéantir en nous tout ce quidéplaità l'Être suprême; c'est s'animer à lui être désormais plus fidde ; c'est se ooitfondre à la vue de ses bienfiiits et de notre ingratitude. Prier, c'est qiposer nos moBurs à la loi sainte , les redresser sans cesse sur cette lêgle, en retrancher sans pitié tout ce qui s'y trouve contraire; ^est avancer dans la pratique des vertus chrétiennes. Eu un mot , la prière est la perfection de nos mœurs. Eh! mes Frères, l'homme corrompu comme il est, pétri d'orgueil, de sensualité, d'ignorance, et sujet à tant de foiblesses, quelque progrès qu'il ait fait dans la vertu , peut-il se permettre de vœux devant son Dieu que pour lui-même? peut-il se proposer d'autre sujet de sa prière que lui-même, et les besoins infinis de son ame? peut-il lui rester assez de loisir, pour entr^ dans de vaines spéculations où il se perd? La prière est-elle donc un efibrt de l'esprit , ou le langage du coeur? et adore-t-on jamais son Dieu d'une manière plus digne de lui , que lorsque, prosternée sous la majesté de ses regards , la vile créature reconnott qu'elle n'est que cendre et poussière en sa présence? Le pécheur ne doit tenir à son Dieu que ce langage : Fïli de David y ayez pitié de moi. Dans ce sentiment est renf^mée toute la sublimité de sa prière; c'est ainsi qu'il adore son Seigneur,
qu'il Faime^ qu'il espère eu lui , qu'il recouuott ses bienfails, el qu'il confesse son impuissance.
En troisième lieu, la foi de notre Ghananéenne lui inspire dans sa prière une résignation parfaite à la Tolontè de son libérateur ; elle se contente de lui dire : Ma fille est <mellement tourmentée pir le démon : Filia mea maie à dasmonio vexatur (Mattb., xv, 22). Elle n'ajoute pas, dit saint Ghrysostùme: Délivrez-la, Seigneur ; elle n'impose aucune loi à sa miséricorde. On ne Fentend |tas crier comme cet dSBcier de FEvangile : Venez, Seigneur, el guérissez mon seryiteiur ; comme cet ayengle de Jéridio : Seigneur, faites que je Yoie ; comme cette mère des enfants de Zébédée : Dites que mes deux enfants soient assis, l'un à votre droite, et l'autre à votre gauche : contente d'avoir découvert le sujet de sa douleur, elle s'en remet du reste à la sagesse et à la clémence du Fils de David , et laisse à la seule disposition de sa volonté les suites de sa destinée : Filia mea maie à dœmonio vexatur. Ainsi , Dieu veut qu'on le prie , mes Frères : il est pins éclairé sur nos besoins que nous-mêmes ; car d'ordinaire nous ne savons ce que nous lui demandons : souvent nous exigeons de lui des faveurs que sa justice nous accorde comme des peines, parcequ'il s'indigne que nous ne comptions sa volonlé pour rien dans nos prières $ que nous respections si peu les ordres éternels de sa providence sur nous, et que nous voulions faire à sa sagesse une loi de la bizarrerie de nos desirs. Cependant, mon cher Auditeur, c'est ici le défaut le plus uni- Yersd de nos prières : l'accomplissement de sa volonté sainte n'est presque jamais la règle de nos vœux et de nos demandes. Lorsqu'il vous a frappé dans vos biens, ou dans votre personne, lui avez-*vons dit : Seigneur, si cet état d'affliction me rend plus agréable à vos yeux, et me met dans une heureuse impuissance de vous d^laire, laissez-moi des maux si précieux? Est-ce ainsi que vous l'avez prié? Ah ! vous n'avez pas eu assez de larmes et de soupirs pour lui demander le retour de la santé ou de la fortune. Mais qu'est-il arrivé? Il vous a exaucé , et les suites ne vous ont que trop fait connoltre qu'il vous avoit puni en vous exauçant , et qu'il avoit été un Dieu cruel en vous devenant propice : vous avez fait servir aux plaisirs et aux égarements des passions cette santé , qu'il vous a rendue ; et les biens où vous êtes rentré n'ont été entre vos mains que les tristes instruments de vos crimes. Lorsque sa main se fut étendue sur cet enfant, qu'une tendresse déréglée vous rendoit si cher, et que vous r^ardiez comme l'unique successeur de vos grands biens, et le seul appui de vos espérances ; vous contentitesvous de lui dire comme la sainte mère de notre Evangile : Seigneur, mon enfant est cruellement tourmenté, son sort est entre vos mains : vous voyez mon aflBiction ; vous prévoyez sa destinée : n'ayez aucun égard à mes désirs s'ils ne s'accordent pas avec vos conseils éternels : Filiameamale à dœmonio çexatur? Ah ! vous ne saviez
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demander an Seigneur qae sa vie, et la prolongation de ses jours : il la lui rendit, cette vie ; il les prolongea, ces jours : et mille chagrins amers dont ses mœurs licencieuses ont depuis conlristé votre tendresse, et sa révolte peut-être dénaturée contre vous-même, et l'oubli du reqiect et de la piété paternelle , vous ont appris que vous ne méritiez pas alors d'être refusé ; que votre prière n'étoit pas asseï soumise et assez pure pour être exaucée ; et que le bienfait dont il consoloit l'excès de votre douleur, en étoit le plus terrible châtiment. Gomme nous ignorons, mes Frères, si le Seigneur veut nous sanctifler par la voie des afflictions on de la prospérité , de la santé ou de la maladie , de la réputation ou des opprobres, nous devons dans nos {H^ières le conjurer d'accomplir ses desseins étemels sur nous, de nous mener par le sentier qu'il nous a préparé dès le commencement des siècles ; et ne lui demander les faveurs tcmporeUes, qu'autant que sa sagesse les trouvera favorables à notre salut. Pour les biens de la grâce , la conversion du cœur, la délivrance des pas slons, la fidélité dans les occasions, la persévérance dans la vertu ; ah ! demandons-les, sans conditions et sans réserve : la volonté du Seigneur, dit l'Apôtre, est toujours que nous soyons saints ; et nous ne pouvons solliciter avec trop d'instance , ce que nous ne saurions jamais trop tôt obtenir. Mais c'est ici où chacun s'abuse ; et oà pour justifier des prières intéressées et charnelles, on confond les intérêts du salut avec ceux de l'amour-propre. On s'imagine , dans les maladies habituelles, que si le Seigneur nous rcndoit la santé, nous serions moins tîèdesdans son service, plus en état d'entrer dans de bonnes œuvres, plus propres à nous appliquer à i'affiiire de l'éternité ; et là-dessus , on ne cesse de lui demander la délivrance de ses maux. On se persuade dans la disgrâce, que si l'on jouissoit encored'une fortune riante, on soulageroit les malheureux, on favoriseroit les gens de bien , on soutiendroit les intérêts des peuples, on mcttroit à couvert la foiblcsse et l'innocence de l'injnstice et de l'oppression j et là-dessus, on se permet mille désirs pour le retour de la fortune et de la prospérité. On croit , dans la décadence des afiàires , qu'une situation plus tranquille nous laisseroit plus de loisir de travailler au salut ; et là-dessus, on ne cesse de dire au Seigneur : N'abandonnez pas , 6 mon Dieu I ceux qui veulent vous servir et vous glorifier dans vos dons. Illusions, mes n^resl l'état où la Providence nous place est toujours le plus propre à notre salut ; plus même cet état nous déplaît, plus la grâce 7 trouve de moyens de sanctification : demander au Seigneur qu'il nous en tire, sous prétexte de le servir ailleurs plus fidèlement, c'est vouloir excuser à ses yeux l'usage peu chrétien que nous en fUsons. Mais ce seroit peu de ne demander que ce qu'il faut dans la prière, nous devons le demander comme il faut , et c'est sur qud l'exemple de notre sainte Ghananéenne va encore nous instraire*
SUR lA PRIÈRE MT
SECOND! PART»
On M prie pas quand ce n'est pas leottor qoi prie, dit saint Angwtin, et Dien n'écoate que le cœor. Or le langage dn cœur est loqoara ferrent et embrasé ; le cceor ne connott point la tiédeur et la nonchalance : première instruction renfermée dans Thisloire de notre Ërangile. La sainte femme, persuadée qu'elle parloit au mette des coeurs , que la multitude dès paroles ne conyenoit qu'aux adorateurs des dieux de Tyr et de Sidon , et qu'un seul sentirait d'one fol tivé plaisoit plus au Di^ yéritable que le discours le plu$ abondant , ne laisse presque parler que sa tendresse et sa douleur. Elle crie à la yérité , damafdt^ mais le cri invisible de son cœor est encore plus puissant : elle pleure ; mais ses larmes ne sont qu'une folble expression de sa peine : elle touche les assistants par le spectacle de sa désolation ; mais son ccenr offre aux yeux de Jésus-GInrist un cœur mffle fois plus toudiant : sa ferveur fait tout le mérite de sa pridre. En effet, mes Frères, lorsque nous parmssons devant noire Dieu, tièdesf languissants, inattentifs; que nous exposons ■on befloins comme des besoins étrangers ; qu'il semble que l'aflaira qM noua tnitona n'est pas la nôtre; que nous laisaons parler notre langue nns y joindre les mouvements religieux d'un ccnur toocbé, que Adsona-nous? nous choisissons les yeux de Dieu pour le rendre ténsoln des égarements d'un esprit oiseux et des tiédeurs d^in csonr infidèle ; nous venons nous mettre en sa présence pour lui dire que nous ne Faimons pas; nous nous prosternons à ses pieds pour ne penser point à lui, et ne nous entretenir qu'avec les créatures ; es on mot, nous l'irritons dans le lieu de prqpitiation, et changeons en crime l'exercice le plus utile et le plus G(»i8olant de la foi. Car premièrement, mes Frères, ce qui rend la ferveur si essentielle à la prière, est la majesté de celui que nous prions : les hommages tfèdea sont indignes de loi ; et s'il maudit celui qui fait son ouvragt avee négligence, quel antreacte de relig^onest plus son ouvrage que la prière? Secondement , le prix des grâces que nous denumdons. Qnoif noua sollicitons des biens étemels, les promesses de la vie fbture, le <ton inestimable de la persévérance, la possession immortefle de Dieu t eh ! peut-on denmnder languissamment des biena si précieux? N'est-ce pas déclarer, ou qu'on n'en est point touché, on qu'on n'y prétend point ? et le eosur tout entier peut-il suiBre à les désirer ? Ah! sur tout le reste, nous trouvons en nous tant de vivacité ; il semUe que pour nous rendre froids et languissants, il suflt de nous présenter devant notre Dieu et de penser aux biens TérltaUes. Troisièmement enfin , la nature même de la prière. C'est on commerce tendre avec votre Dieu; pouvez*vous y être tout de glace? c'est la considération de ses perfections infinies ; pouvei-vous les contempler sans en être touché? c'est une attention sur tous les Mena dont il vous a favorisé; qu'y a-t*-il qui intéresse plus un bon
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cœur que le soayenir des grâces reçues? c'est un gémissement sar yoè fautes passées; pent*oii rappeler avec indiSërenoe, derant ce qœ l'oD aime, les infidétttés dont on a été oonpaidle à son égard? Tool nous apprend donc à prier arec fenrenr ^ et sans cette con^ dition , la pritee n'est pins, on qn'un mépris dn Seig&enr, on qn'uM oocapation inatile d'an esprit oiseux et immortifië.
En second lieu, notre femme de Tyr ne veut devoir la grâce qu'elle sollicite qu'à la seule miséricorde du Fils de David ; et l'humilité de sa prière répond à la yiTadté de sa foi. EUe n'allèçuerien en sa pnyre faveur , ni le courage qui l'a fait sortir du muieu de sa natioo, ni sa f(» qui l'a portéeà laisser là ses idoles, et venir chercher un étranger ; die ne veut point d'autre mérite pour toudier Jésus- Christ que sa propre misère : JFïk de David , ayezpUié de moi. On lamet au nombre des plus vib animaux; etdle trouve dans celop* protoe même une nouvelle raison de confiance : on lui préfère les brdiis d'Israd; et die souscrit à celte ignominie t die n'allègue point, pour excuser ses superstitions posées et adoudr le titre odi^x qu'on lui donne , les engagements de la naissanceoù il enhre d peu chose de noire part, et qui font son malheur pluMI que son crime : die n'oppose point à la préférence dont Jésus-Christ honore les Juifs» leur ingratitude, leor envie, leur endurcissement, qui les rend oicore plus coupables que les habitantsdeTyr ddeSidcm : lliumilité est shnple, d ne TOtl que son jftopce néant. En eld^ mes Frères, rien n'éloigne de nous les grâces du dd, comme de chercher en nous-mêmes les raisons de la libéralité divine. Au commencement de la conversion j on jette quelquefois sur soi ,*daBS la prière, des yeux de complaisance devant la sainteté du Dieu qu'on adore; sur un naturd heureux qui nous a toqjours préservés de quantité d'excès, l<Nrs même que nous suivions les voies du crime; sur un fonds de rdigton d de crainte de Dira , qui , dans le temps même de nos désordres , nous inspiroit je ne sais qud respect pour ht piélé et pour ceux qui la pratiquoient , et une secrète horreur pour ces hommes de pèdié qui font d'une impiété d dn m^^ des dioses saintes l'assaisonnement d'une débauche : on rappelle en secret l'idée de ces pédienrs pour en fdre honneur à cdle qu'on se forme de soi-même ; et on dit, sans y penser, au pied des autds, ccmime le Pharisien : Jene suis pas fait conune le reste des hommes. Sommes-nous plus avancés dans la vertu? loin de bénir la main qui a rompu nos chatnes, nous croyons trouver dans notre justice les raisons que le Seigneur a eues de nous discerner de tant de pécheurs qui s'égarent , et de nous appder à ses voies saintes. Ainsi , lorsque dans nos afflictions nous nous adressons au Seigneur, ah! nous mêlons presque toujours dans nos demmides le souvenir de ce que nous avons fait pour lui ; il semble que nous demandons une justice, plutôt qu'une grâce : nous exposons, avec compldsanoe, à ses yeux , comme les apôtres , une bûrque et quelques filetsaban-
donnés i e^est-à-dire les crayres les plus légères faîtes en son nom : nous Ini disons dans le secret da cœur i Ne nous renAm-vons rîco ponr cela ? Quid ergo erU nobis (Maith. , xix, 37)? On repasse snr une aumône, sur une œurre de misériccvrde, sur une pratique de i»été ; et tandis que d'une main nous étalons nos calamités , de Vautre nous présentons nos mérites : nous mettons dans unebalancef comme Job, nos justices et notre aflBiction; et nous perdons souyent dans la prière le fruit des mérites passés, où Fou auroit dA en acquérir de noureaux. Ce n'est pas qu'on se glorifie grossièrement devant le Seigneur, on ne Ini dit pas tout haut : Tons deyez , Seigneur, à ma fidélité quelque reconnoissance \ mes couvres saintes seroient-elles effiicées à vos yeux , vous devant qui tout est vivant? ah 1 c'est dans le malheur qui m'aflBige, que je dois sentir que ce n'est pas en vain qu'on vous sert On ne le dit pas tout haut , mais on se le dit tout bas à soi-même ; on n'étale pas ouvertement ses mérites , mais on les laisse entrevoir ; on se couvre de ses justices ; on n'envisage la majesté du Très-Haut qu'à travers ce voile flatteur de nos propres justices , sans se souvenir que Moïse, sur la montagne, levoit le voile lorsqu'il parloit au Seigneur, comme pour lui mieux exposer ses misères, et ne s'en servoit qu'en se tournant vers le peuple, et pour se cacher, ce semble, à lui-même le souvenir des actions héroïques , et des prodiges qu'il avoit opérés au milieu de ses frères. Le pécheur n'a jamais de meiUeur titre ponr obtenir des grâces , que son indignité , et la clémence d'un Dieu qui ne lui doit que le châtiment de ses crimes.
A la ferveur et à l'humilité de sa prière, la sainte Ghananéenne ajoute en dernier lieu la persévérance. D'abord Jésus*Ghrist n'avoit répondu que par un silence froid et accablant à ses supplications si soumises , si humbles, si ferventes : Qui non respondk ei i^erbum Elle a abandonné ses dieux , son peuple , sa fille même mourante, pour vaiir à lui , et il n'avoit pas daigné la regarder : elle lui expose sa douleur d'une manière si vive , si tendre , si pleine de foi, si capable de toucher les cœurs; les assistants en sont attendris, et Jésus-Ghrist tout seul la voit d'un œil indifférent: lui qui devoU pleurer sur Jérusalem rebelle , lui que la confusion seule d'une femme adultère trouva si indulgent et si miséricordieux ; lui qui se représentoit à ses disciples sous la figure d'un pasteur tendre, occupé à chercher à travers les montagnes les brebis égiffées; lui-même refuse ses soins et sa tendresse à cdle-ci, qui vient à lui d'une région si éloignée. Tant de foi, tant de démarches, tant de larmes, ne devoient-élles être payées que d'un silence si désolant? et quelle autre foi n'eût point été rebutée d'une rigueur si peu attendue? Qui non respondîi ei çerbum. Cependant cette femme forte persévère ; sa grande ame ne plie point : jusqu'ici elle n'avoit osé se présenter au Sauveur , et s'étoit contentée d'élever sa voix de lœn : Dimiite eam^ quia clamai post nosi mais, à mesm^ M I. 24
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qa'dle est refusée , elle avance; et les rigoeara tout les senb ■!• traits dont Jésus-Christ se sert pour l'attirer. Mais que veat««Ue dire enfin en se prostemaot aux pieds de Jésus-Christ? Yieut-^le, piquée d'une secrète jalousie, lui rappder le souyemr de tant de prodigesqa'ilaopérés ailleurs; lui dire, comme les habitants de Nanreth : Le bruit public nous a instruits de ce que tous avez Cût à GaphamaHm? Yient-èlle recueillir ce que son affliction lui laisseeneore de forces, et, par tout ce que Tamour maternel peut inspirer de plus tendre et de plus éloquent, faire un dernier effort pour toucher eelniqu'dleTentse rendre propice?Que pouvoit-on attendre de pins' d'une femme inSdàlef cependant voycz^a aux pieds du Sauveur, comme die adore en silence les conseils éternels dirigés sur elle : ^r Ulavenit^ etadoramteum^ dicensf Domine^ adjuva me,- comme elle souscrit en secret aux dispositions sévères de sa pénitence; comme elle sThumilie sous la main puissante qui la frappe. Tran« qnUe sur le sort de sa fille, elle n'en parle plus : elle l'a mise depuis long-temps entre les mains de son libérateur : ce n'est plus la déUvrutce de son affliction, qu'elle demande ; c'est la force de pouvoir la soutenir : Domine, adjuva me; Seigneur, soutenez-moi : elle se refuse même des plaintes , la seule consolation des malheurenx : elle étoufè tout ce que la tendresse d'une mère a 4e plus vif: elle fait rentrer ses désirs dans les ordres de celui qu'elle adore : elle se croit indigne d'être exaucée, seulement parceqa'elle ne l'est pas ; et tout ce qu'elle solicite, c'est une ame encore plus forte que sa douleur : Domine^ adjwa me : Seigneur, soutenez-mot : ne rendez pas la santé à ma fille , puisque votre justice et mon infidélité s'y opposent, mais arrachez de mon cœur la tendresse que je sens encore pour elle : Domine ^ adjui^a me. Qui n'eût cru que cette dernière démarche auroit enfin triomphé des retardemenis du Sauveur ? cependant elle n'attire à cette femme si constante que des reproches rigoureux : Il n'est pas juste , lui dit'-on, de prendre le pain des enânts et de le donner aux chiens. Mais un mépris si outrageant ne la blesse point ; les instances redoublent avec les difficidtés, et l'obstination de sa persévérance arrache, pour ainsi dire, des mains de Jésns^rist une grâce si long-temps diflérée : Ofemmei s'écrie-t*il, ne pouvant s'empêcher de louer tout haut ce qu'il admiroit depuis long-temps en secret , f^f/v/oî e$t grande^ qu'il vou$ êtdtfait comme t^ous desirn. Double instruction pour nous, mes Frères, sur la persévérance dans nos prières. Souvent le Seigneur ne nous exauce point ; il nous laisse dans l'affliction dont nous demandons qu'il nous retire, dans les foiblesses sous lesquelles nous gémissons, dans les tentations d'où nous sortons toujours à demi vaincus : alors nous cessons de demander ; il nous parott inutile de lui réitérer des vœux qu'il n'exauce pas; plus tranquilles même quelquefois dans nos pusions, après en avoir demandé en vain te délivrance, nous croyons n'avoir rien oublié de notre c6té , et que
djioniiate c'eat à la grâce à faire le reste. Mais je ne tous dis pas que pent-élre tous n'êtes pas exaacé^ parceque tous demandai mal $ ipie votre prière porte a?ee elle-même les raisons du refus de Dieu ; et qu'il faut en corriger les défauts , et non pas en interrompre la pratique : je ne Vous dis pas que dans une vie toute mondaine, voua sollicitez prat-être des grâces qui ne sont que la récompense de la retraite, de la pénitence et de k prière ; que tous demandez le don précieux de la continence et de la chasteté, tandis que vos commerces , Yos lectures, vos entretiens, yom conduisent à la perdre $ la patience dans vos afflictions, vous qu'une recherche éternelle de vos aises a si peu jusque-là accoutumé à souffrir; le goût de la vertu , vous en qui des mœurs tièdes et sensuelles éteignent toutes les grâces; la fidélité dans les occasions, vous qui ne veillez pas sur votre cgbut, et qui négligez toutes les précautions les plus nécessaires à la piété chrétienne. Ah! je ne suis point surpris si Jésus-Christ vous répond alors, comme aujourd'hui à la Ghananéenne, qu'î/ n'est pas bon de prendre le pain des enfants pour U jeter aux chiens; et que les faveurs que vous sollicitez ne sont pas le partage des pécheurs comme vous, et sont réservées à la fidélité des âmes justes : Non est bonum. Je suppose que vous demandiez comme il faut; et je dis que vous êtes injuste de vous rd)uter, lorsqu'on ne vous exauce point. Eh! quoi ? mon cher Auditeur, le salut vous parott-il trop vil pour être demandé plus d'une fois? en demeurez-vous à une seule démarche pour les choses que vous souhaitez vivement? et que font les obstacles dans vos prétentions tempwdles, que piquer et réveiller davantage vos d^irs? Vous comptez vos démarches avec JésusrChrist ; mais les oomp(e-t-il luimême avec vous ? Après que vous l'avez tant de fois rejeté, ne revient-il pas encore se présenter à la porte de votre couir, aussi empressé de votre salut, lorsqu'il vous appelle à la onzième heure du jour, qu'il l'étoit en vous appelant à la première? Ah! si après quelques inspirations de sa grâce, il se f&t retiré tout*à-fait de vous ; si seulement, pour n'avoir rien à se reprocher sur votre perte , il se fût contenté de vous avertir une fois, et qu'il vous eût laissé ensuite entre les mains de votre corruption , où en serioz-vous? O homme , pouvez-vous demander trop souvent l'unique bien qui vous soit nécessaire ? et ignorez- vous que votre Dieu veut être pressé, sollicité, importuné, et que sa grâce, comme son royaume, est le prix de la seule violence? D'ailleurs, Dieu vous refuse? mais c'est pour vous obliger de le prier plus long-temps : il connott le caractère de votre cœur : si vous n'aviez rien i souhaiter de sa libéralité, vous ne vous adresseriez jamais à lui; si une fois il vous avoit exaucé , le bienfait vous fcroit oublier le bienfaiteur. Dieu vous refuse? mais que savez-vous si votre prière elle-même n'est pas plus agréable à Dieu que la vertu que vous lui demandez? s'il n'aime pas mieux entendre vos gémissements sur votre impatience
m JEUDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE.
et sar vos foiblesses, que tous voir plus patient et plus Adèle? si la componction que tous lui offrez de votre défaut dans la prière, ne TOUS purifie pas plus à ses yeux que l'amendement de ce défaut même? Mais enfin que sayez-vous si tous ne tous êtes point rebuté lorsque tous étiez sur le point d'obtenir ^oe que vous demandiez, et que le Seigneur n'attendoit plus qu'une nonyelle instance ? Vous avez prié et il n'a point eu d'oreilles pour tous ; tous avez crié derechef, il s'est tu ; encore une fois la voix de Totre cœur est montée de nouyeau Ters le Seigneur, et c'a été en vain : alors vous en êtes demeuré là , comme ce roi d'Israël après qu'il eut frappé trois fois la terre d'un javelot : mais que ne poursuiviez- vous, comme répondit le prophète Elisée à ce prince imprudent : Si vous eussiezfrappé cinq fois ^ c'en ètoitfait 4c V Assyrie^ et vous auriez remporté une victoire entière sur vos ennemis (iv. Rbg., xiii, 19)? Dieu avoit marqué le moment de sa grâce à une nouvelle demande; vos premiers VŒUX ravoient déjà disposé, et il n'étoit plus question que d'achever votre ouvrage : vous vous êtes découragé, lorsque vous étiez sur le point de recueillir le fruit de vos peines : Sipercussisses quinqmes : encore un peu de persévérance, vous obteniez ce que TOUS demandiez : encore un coup frappé à la porte, on tous l'eût OQTerte : encore un nonTel effort , tous triomphiez de la lenteur de Dieu même ; et tous perdez en tous rebutant les grâces que tous aTiez déjà méritées, et celles que tous étiez sur le point d'attirer sur TOUS. Une seule réflexion que je Vous prie ici de faire, c'est quil ne suffit pas de continuer simplement et de ne pas se décourager ; il faut redoubler ses effbrts. Après qu'on a demandé, cherché, et qu'on n'a rien obtenu , il faut frapper. En effet, mes'Frères, Dieu ne diffère de nous exaucer, que pour rendre nos Tœux plus ardents : il ne rejette pas nos demandes ; il ne Teut qu'enflammer nos désirs : c'est là une de ces feintes de l'amour divin , qui ne parolt se refuser que pour réveiller notre tendresse ; et souvent il renou- Telle à l'égard des âmes fidèles, l'histoire des disciples d'Emmaûs, c'est-à-dire, il ne fait semblant de se retirer d'elles, qu'afln qu'on lui fasse de nouTelles Tiolences pour le retenir. Tel est le dessein de Dieu dans la suspension de ses grâces. Or tous ne tous lassez point de demander, dites-vous , depuis le moment fatal qui Tit périr Tolre innocence; depuis ce jour fatal qui changea TOtre joie en tristesse, et qui tarit toutes les ressources de TOtre fortune; depuis que la main du Seigneur tous a frappé de cette infirmité cruelle qui môle à Tos jours tant d'amertumes : tous ne cessez de demander la force de tous relcTer de Totre chute ; la foi pour soutenir TOtre ad- Tersité; cette patience chrétienne qui nous fait posséder nos âmes en nous en rendant les maîtres , qui sait souffrir sans se plaindre et sans murmurer : et cependant tous Toas relrouTez encore aujourd'hui aussi fragile, aussi triste, aussi inquiet que le premier moment oii tous commençâtes à prier le Seigneur ; tous perséTérei,
el le Seigneur ne répond pas. Mais , je vous denutade , les retardeinents dn Seigneur voos ont-ils conduit à des instances plus vives et plos pressantes? avez-yous ajouté à la prière le secours du jeûne et de la pénitence? avez-vons tenté de nouvelles voies pour fléchir le Seigneur? a-t-on vu votre ferveur se rallumer, croître votre G* délité, vos oeuvres chrétiennes se multiplier? enfin, avez-vous fait monter des cris plus perçants vers le del, les premiers y étant montés sans succès? et, comme les Israélites, après avoir fait, durantsix jours, le tour des murailles de Jéricho, y avez-vous ajouté au septième, le bruit des trompettes et des hurlements, comme pour triompher de Dieu même par ce nouvel eflfort, et voir tomber à vos pieds la passion dont nms aviez tant de fois souhaité d'être délivré ? Ah ! le Sdgneur ne vous exauce pas, parceque vous -demandez toujours do même : il a beau se refuser à vous, vous ne sentez pas assez son refus ; et votre voix ne monte pas vers lui avec un nouvel efiort. Ah! ce qu'Élie disoit autrefois par pure dérision, aux prophètes de Baal assemblés à Bélhcl pour immoler à ce dieu , je pourrois TOUS le dire ici plus réellement : Criez plus haut ; car votre Dieu dort qudquefois , el il a bescHu qu'on l'éveille. La Ghananée ne se contente pas de dire toujours : Fils de David , ma fille est cruellenent tourmentée; elle s'approche, elle fait de nouveaux efforis; enfin, elleoblige enomre les disdpksà devenir ses intercesseurs auprès de Jésus-Christ. £t voilà , mes Frères, le modèle de notre persévérance : adresscms à Dieu nos vcsux et nos prières : s'il ne nous exauce point, retournons à ce saint exercice avec une nouvelle ferveur : s'il contmue d'être sourd à nos cris, loin de nous rebuter, revenons sans cesse à la charge, et faisons-lui en quelque sorte violence pour lui arracher ses grâces ; intéressons dans notre cause les gens de bien ; ce sont les amis de Dieu ; ils ont du crédit auprès de lui : seulement gardons-nous de compter sur les prières des gens de bien , au point que nous négligions de prier pour nous-mêmes. Les apôtres qui sollicitent pour la Ghananée sont refusés , et la Ghananée obtient ensuite dle-méme ; pour nous apprendre, dit saint Chrysostûme, que lea vmux que nous adressons nous^némes au Seigneur, quelque pécheurs que nous soyons d'ailleurs , le touchent tout autrement que des vceux étrangers, quelque purs qu'ils puissent être devant lui. Cependant, voilà en quoi consiste presque toute la piété des per« somies d un certain rang ; à honorer les serviteurs de Jésus-Christ, et à recommander à leur piété et au mérite de leurs prières les besoins de leur ame. Mais que sert, mes Frères , d'intéresser les Justes à votre salut, si vous ne voulez pas y travailler vous-mêmes? Que seiti que des âmes saintes disent tous les jours : Seigneur, convertissez cette ame que vous avez rachetée de votre sang ; si de votre c6té vous dites : Je ne saurois me donner encore à vous; ne rompez pas des liens qui me plaisent, et que je ne puis haYr encore? Vous ressemblez à cet infortuné Simon, qui ne voulant pas avoir
de pari à la grâce de rEvangUe et à la prédication des afACres, ni sortir de ses Toies égarées , coQJnroii cependant les disciples de prier le Seigneur ponrlni s P/vcontûuPOf promead Dominum (Acr., Yiii, 24). Mo mettei point d'olMtade anx grâces que Pon sollidte pour tous, et alors les prières des Justes seront puisbaates : pries sans cesse Tous-méme le Sagneur, qu'il tous donne m» cosur nouteau; qu'il anéantisse tos injustes cupidités; qu'il exauce les vœux de ses serriteurs, qui ne se lassent point de loi demander votre conversion : priée, dis-je, et ne vous Basses p(rint : si v<Nis êtes pécheur, il ne vous reste que cette voie pour recouvrer la {{race; si vous êtes juste , c'est par-là seulement que vous pouvez la conser'* ver. Eh! n'êtes- vous pas heureux que la miséricorde divine vous ait ouvert une voie de salut si aisée et si consobnte? Le Seigneur est cet homme de l'Evangile, qui après quelques diflBcultés ne prat refuser trois pains à un ami qui les demande avec instance*, c'est le père qui ne sauroit donner un serpent à ses enfants, lorsqu'ils lui demandent de la nourriture : en un mot , c'est le juge vaincu par les solUdtntlons de la veuve, et qui accorde enfin à ses importnnités ce qu'il avoit d'abord refosé à ses premiers cris : et ces paraboies si consolantes, c'est Jésus-Christ lui-môme qui en est auteur, et qui les apiriiqne au juge céleste. Mcm Dieu! vous conviez vous*méoie le pécheur à vous demander des grâces : il semble quo vous êtes intéressé à rendre l'homme heureux, et que vous ne vous suflbez pas à vous-même. Ah 1 mes Frères, d'où vient donc qu'un exercice si avantageux à la foiUesse humaine est si négligé parmi nous? d'où vient que dans le monde on a sans cesse recours à de nonveaux artifices, pour êtcar l'ennui de la vie mondaine, poor remplir des moments que la variété des plaisirs laisse encore vides, et qu'on ne sauroit trouver le temps de prier ? Eh 1 ne fattt*il pas que Dieu , à qui tous les moments do la journée devroient être consacrés , les partage du moins avec le monde? On ne vous re* proche point ici le temps si précieux aux chrétiens, consacré à un jeu excessif, i de vains entretiens , à des inntililés presque éternelles; mais du moins retranchez-en quelques moments pour gémir devant Dieu du mauvais usage que vous faites du reste. On ne vous demande pas comment se passent vos jours et vos années; mais du moins qu'ils ne se passent pas Ions sans pensera rautenr de votre être et au juge de vos actions : consacrez-lui des iieures, que ni les occupations ni les plaisirs ne puissent plus lui disputer : souvenez-vous que Daniel aima mieux s'exposer à perdre la vie , que manquer à l'heure de sa prière : ofirez-lui, à la tête do vos familles, des voeux communs • ne regardez plus l'oraison, cette occupation continuelle d'un chrétton , comme le partage des âmes retirées. Et vous , 6 mon Dieu! formez dans nos coBurs des désirs qui ne peuvent venir que de vous : répandez sur nous cette grâce de la prière, qui est la source de toutes les autres :
ce mitre ioTÎsible, qui seul apprend à prier ; el préparei nous les biens éterods^ en nons inspirant le désir de les demander.
Ainsi soit-il.
SERMON
POUR LE VKNDREDl DE LA PAEMliRB SEMAIRB DE CARÊME.
SOR UOOlinSSKMI.
in hit faethat mmlttiuJQ magna hmgmmiùtm^ emoonim, dùméntm, uriJonm, tjtpeciaatatm aqmm moiam.
Son les galeries de (a piidne étolent eondiés par terre on grand nombre de malades, d*afeaglei. de boitem. de cem^qo! «Yolent les membies secs, qnl Um allendolent qoe Teaa fût remuée. ( JiAN 9 T • a* >
Quelle est cette pisdne, mes Frôres, située près de la porte des Victimes? Quels sont ces malades que je vois à Fentour , et qui la plupart attendent en vain la guérison? D*où yient qu'un paralytique de trente-huit ans tout seul recouyre une santé parfaite; el que, dans cette foule de malades, Jésus-Christ Ta choisir le plus désespéré , tandis qu'il se refuse à des infirmités plus communes et moins inyétérées?
On TOUS Ta dit souTent, mes Frères, cette piscine mystérieuse teinte du sang des Tictimes, c^est le bain sacré de la pénitence tant du sang de l'agneau, qui purifie nos consciences, et qui guérit toutes nos langueurs : ces malades de toutes irâ sortes ^ qui attendent sous les galeries , et parmi lesquels à peine s'en trouTc-" t-il un seul qui mérite d'être guéri, nous représentent cette multitude de fidèles qui tous les jours approchent de ce sacrement ayec si peu de fruit : dans le paralytique guéri, tous Toyes l'image d'un pécheur iuTétéré, lequel, touché du malheur de son état, s'attire des regards de miséricorde de la part de JésusrChrist , et obtient la grâce d'une parfaite déliTrance.
Or, d'où Tient, mes Frères , l'inutilité de ce remède diTm à regard de tant de pécheurs qui en approchent? Les grâces de nos sa^ crements ont-elles perdu quelque diose de leur première Tertu , par la suite des temps et par la durée des siècles? les prémices du sang de Jésus-Christ fratdicment répandu étoient-dles plus puissantes pour la cDUTersion des pécheurs, à la naissance <fe la foi, qu'elles ne le sont en ces derniers temps? et en est-il de la Ter tu de Dieu comme des choses humaines, lesquelles, parfaites dans leur commencement, souffrent toujours quelque chose de la loi fatale des temps, et s^affoiblissent STec les années? D'où Tient qu'on ne Tit jamais tant de pécheurs autour de nos tribunaui, et que jamais
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on u en yit sortir moins de pénitents ? D'où vient qae dans on siède où la décadence des mœurs a rendu ce remède si nécessaire, où Tindôlgence des ministres, et les adoucissements mêmes de la discipline, Tont rendu si facile et si familier, peu s'en faut qu'il ne soit deyenu inutile? D'où vient enfln , que dans ces temps heureux, où sous les portiques de nos temples , les pénitents prosternés attendoient si long-temps la grâce de la réconciliation, nul presque ne desœndoit dans la piscine qu'il n'y retrouvât une seconde innocence; et qu'aujourd'hui, où personne n'attend plus sur lestbords de ce bain sacré, où les anges de l'Eglise ne connoissent presque plus de délai, et accordent aux premiers vœux des pécheurs la vertu de leur ministère, d'où vient que le remède lui-même semble prolonger nos maux , loin de les guérir ?
J'en trouve trob raisons figurées par ces trois sortes de malades, dont l'Evangile fait aujourd'hui mention. Les premiers étoient des aveugles , cœcorumi et ce sont ces pécheurs, qui, en venant se découvrir au tribunal, ne se connoissent pas eux-mêmes. Les seconds étoient des boiteux , elaudorum; et ce sont ces pécheurs qui manquent de droiture et de sincérité dans la confession de leurs fautes. Enfln les derniers étoient ceux qui avoient les membres secs , arîn dorum; et ce sont ces pécheurs insensibles, qui ne portent au (ri-bunal aucun sentiment de douleur véritable.
Et voilà les trois défauts qui rendait la plupart des confessions inutiles, pour ne pas dire criminelles : un défaut de lumière dans l'examen , cœconim .• un défaut de sincérité dans la manifestation, elaudorum t un défaut de douleur dans le repentir, aridorum. Sui« yons ce plan fondé sur notre Evangile, et qui va nous fournir des instructions importantes sur une matière d'un si grand usage pour les fldtfes. Implorons, etc. ^ét^e, Maria.
paamiRs pabtu.
L'aveuglement est de toutes les peines du péché , la plus universelle; il n'est personne qui ne soit aveugle à certains é^ds , et qui ne se séduise soi-même par quelque endroit : l'homme est presque toujours un mystère i lui-même ; entre sa raison et son cceur réside sans cesse l'amour-propre : tout ce que nous voyons de nous-mêmes, nous ne le voyons plus qu'à travers ce nuage trompeur ; l'œil de la foi tout seul pent le dissiper, et luire dans ce lieu obscur, comme parle un apôtre : mais comme rien n'est moins commun que l'usage do la foi , rien n'est plus rare que de se connoltre.
Or ce défaut de connoissance de soi-même, qui met un obstacle si essentiel à l'utilité de nos confessions , et qui est figuré par cette multitude d'aveugles couchée sur les bords de la piscine, muU titudo magna cœcorumy vient de trois sources: la première, c'est qu'on ne s'examine pas avec assoz de loisir cl de maturité ; la seconde c'est qu'on ne s'examine que dans ses propres préju/{és ,
I la dernière, c'est qu'on ne n'examine jamais sor tous ees de-
▼oûn.
On ne s'examine pas avec assez de loisir. Ooi , mes Frères, tonte la Yie da durétien doit élre nn examen, et nne censure eontinnelle et secrète de ses actions , de ses désirs et de ses prisées. Gomme Finconstence est te vrai caractère de notre cosur, et que chaque instant et chaque objet voient presque naître en nous de nouvelles impressions ; si nous nous perdons un moment de vue, nous ne nous connoisscms |rilus. Il se forme au-dedans de nous une succession si cimtinuéUe et si rapide de désirs, de jalousies, de craintes, d*espèranoes, de joies, de chagrins, de haines et d'amours, que si nous ne suivons sans cesse ces routes diverses et secrètes de nos passioBS , nous n'en voyons plus ni les principes , ni les suites : elles se confondent , pour ainsi dire , dans leur multiplicité , et notre cœur devient un ahime que nous ne pouvcms plus approfondir, et dcmt nous ne voyons jamais que la surfoce.
C'est donc un abus de croire que pour porter au tribunal uneconnoissance exacte, il suffise , après une vie toute dissipée et toute mondaine, de donner, avant de venir se présenter au prêtre, quelques moments seulement à la révision de la conscience. La vigilance continuelle sur toutes nos actions, seule , peut nous disposer à la confession de nos fautes; parceque seule, elle peut nous découvrir à nous-mêmes. Il faut s'accoutumer à se rendre compte sans cesse à soi-même, de soi-même i entrer presque sur chaque action en jugement avec son propre cœur ; et du moins dans le silence de la nuit, comme le prophète, et après que les inutilités, les bienséances ou les devoirs de notre étet ont terminé chaque journée , mettre notre ame sur nos mains devant le Seigneur } peser sous ses yeux l'usage que nous avons fait du jour écoulé; et par ces jugements journaliers de notre conscience, nous familiariser, pour ainsi dire, avec nons- mêmes; et nous disposer à porter aux pieds du inrêtre un cœur éprouvé, et des inclinations mille fois approfondies.
Tel est Texamen qui doit nous préparer à la confession de nos fautes ; une attention de tous les jours sur nous-mêmes. Or, souflrezque je vous demande, mes Frères : avez- vous jusqu'ici porté au tribunal une conscience ainsi éprouvée ? Toute votre vie est une absence continuelle de vous-mêmes; une vie toute de soins , de plaisirs, d'agitetions: toute votre attention même se borne à n'être jamais un seul moment avec vous, à chercher des diversions qui vous empêchent de retomber sur vous-mêmes; le seul instant qui vous y laisse est cet instant d'ennuimortel qui vous accable , et dont vous ne pouvez soutenir la tristesse. Gomment voulez-vous donc qu'un léger intervalle, que vous donnez avant la confession à l'examen de votre vie ; un intervalle qui suffità peine pour calmer votre imagination, pour en bannir les images tumultueuses que le monde et les plaisirs y
ottt lahsées^ suffise pMrsonder votre eour, rédairdr) le eonnoHre, et Tenir le découvrir au prêtre ? Comment voidez-voos que tanCile désirs injustes qae vous avez formés presque à votre ima; tant de oomffcisaiiees criminelles, sur lesquelles vous n'avei pas même bit attention ; tant d'intentions suspectes que vous n'avex jamais connues; tant de soins sur votre corps, dent le principe éloit corrompu, et que vous n'avez jamais examinés ; tant de pnstons naissantes, qui, n'ayant souillé que votre cosur et auxquelles les oocasions ayant manqué plutôt que les désirs, se sont eOicées même de votresouvenir : comment voules-vous que cet abîme, oè vous n'avez jamais porté la lumière , s'édairdsse en un instant} et qu'une conscience avec laquelle vous n'avez jamais réou, pour ainsi dire, vans soit d'abord connue et familière?
Ainsi, que voyons-nous tous les joorsautribunal,que des aveugles qui ne se connoissent pas eux-mêmes ? Mukitudo magna eœcomm. Qu'y entendons-nous, que des peintures vagues et superficielles ; que l'histoire publique et extérieure des pédieurs ; qne les dehors de leurs désordres et certaines chutes palpables , qui sont toujours la suite de mille chutes invisibles, pour lesquelles ils n'ont point d'yeux? Ils nous disent, comme il est dit aujourd'hui du paralytique , le nombre des années pendant lesquelles ils ont croupi dans leur infirmité : Triginta et octo annos habens in in^rmttaee sud (JoAH., V, 5) ; ils nous racontent rhistofa*e de leur vie, mais Us ignorent celle de leur cosur. Premier défaut de nos examens : on ne s'examine que le moment qui précède la confession ; et chaque jour doit être un examen qui nous y dispose.
Le second défaut de nos examens , c'est que nous ne nous examinons jamais que dans nos propres préjugés. Car qu'est-ce que s'examiner? C'est mettre d'un cêté les maximes de Jésus -Christ; de l'autre , cette partie de notre vie que nous voulons connottre : voir sur chaque action ce que l'Evangile ordonne, permet on défend ; placer ces règles saintes vis-à-vis de nos démarches ; et par ce parallèle, sur lequel nous serons jugés un jour, nous juger d'avance nous-mêmes.
Or, à ces règles saintes, chacun, dans la discussion de sa conscience , substitue les préjugés de son amour-propre ; car à tout ce qui nous impose des devoirs, l'amour-propre trouve le secret d'opposer des préjuge , ou qui les combattent, ou qui les adoucissent : des préjugés sur la naissance, sur les dignités , sur l'ambition , sur l'usage des biens, sur les périls, sur les coutumes; des préjugés sur toutes les règles.
Sur la naissance : la règle , c'est qu'en Jésus-Christ , il n'y a ni noble, ni roturier ; et que l'Evangile n'ayant que les mêmes devoirs à proposer aux grands et au peuple, l'élévation de la naissance, loin d'être un privilège, devient plutôt un obstacle, et par conséquent un malheur par rapport au salut ; parcequ'ellc nous rend
SUB LA GONf^SION. 979
rÉmmipUsteDMDl de cm deroin plus difflcQe : toilà la régie sur fuoi il faut s'examiner. Le préjugé ; c'est qae plus la naissaiioe est éterée, {dos nous h regardons comme nne prérôgatiTe , qui adoadt à noire égard les devoirs pénibles de la loi ; qui nous dispense de la haine da monde, de la fuite des plaisirs» des aoslérités de ee saint temps i qni nous permet la sensibilité dans les injures, la dissimidatlonetla duplicité dans les concurrences, la hauteur dans Tautorité, la mcdOesse dans les moeurs : et c'est là-dessus qu'on se iuge floi-méme.
Sur les dignités : la régie , e^est qu'elles ne sont établies que potir la défense et l'utilité des peuples , et non pour soutenir l'orgueil et fournir aux plaisirs de ceux qui en sont revêtus ; et qu'on n'est prince , ministre , magistrat , homme public , que pour les autres , et non pas pour soi-même : voilà la règle. Le préjugé; c'est qu'on mesure le devoir de ses charges sur l'usage , et non sur leur insti* tnti<m ; on s'en tient à ce qu'ont fait ceux qui nous ont précédés ; on n'examine pas ce qu'ils ont dû faire j on croit que successeurs légitimes de leur autorité , on l'est aussi de l'abus qu'ils en ont toujours fait; et que des désordres manifestes, qui nous sont venus par tradition , sont des droits incontestables attachés à nos diarges : et c'est là-dessus qu'on examine ses devoirs publics.
Sur l'ambition : la régie, c'est qu'étant obligés de vivre comme étrangers sur la terre, et de n'aimer ni le monde , ni les choses qui sont dans le monde, nous devons craindre tout ce qui peut nous rendre notre exil trop aimable : voilà la régie. Le préjugé; c'est qu'on regarde les soins , les intrigues , les empressements pour s'élever, le chagrin vif et profond de se voir devancé; la disposition secrète de sacriQer nos concurrents à notre fortune , si l'on ne pou- Toit s'établir que sur leurs ruines ; l'aversion cachée pour tous ceux qu'on nous préfère ; en un mot , ce fonds dominant d'ambition qui bit iM-oprement toute la vie de la cour, et qui est l'ame aussi de toute notre conduite, on la regarde comme une noble émulation que la naissance donne, comme des inclinations sages et sérieuses, plus dignes de la raison , que les plaisirs frivoles et les excès où s'abandonnent ceux qui ne pensent à rien de solide, et qui sacrifient leur fortune à leurs plaisirs ; et c'est sur ces fausses idées , qu'on sonde son cœur devant Dieu.
Sur l'usage des biens : la règle, c'est que vous n'en êtes pas le maître absolu ; que votre abondance est le patrimoine des malheureux ; et que l'Ëvangile seul , et non pas le monde , doit régler les Menséances de votre état : voilà la règle. Le préjugé ; c'est que toutes les profusions que le revenu peut soutenir, on ne les croit jamais excessives *. toutes celles mêmes qui nous dérangent, mais que l'usage semble exiger, on se persuade qu'elles peuvent bien altérer nos affiiires , mais qu'elles ne touchent point à la conscience : et c'cft sur ce fonds de sécurité , qu'on examine l'usage de ses biens.
Enfin MIT les ooiiliimes : la règle y c'est qae nûiu serons jugés s^ les {Mréceptes de Jésns^ChrisI^ et non pas sur les moMirs de notre siècle ; qoe les exemples, qadqoe universels qu'ils puissent être y n'autorisent pas les abus que la loi condamne $ et qu'au contraire , se conformer à la multitude , est suiyre la voie qui conduit toiyoors à la mort : voilà la règle. Le préjugé ; c'est que tout ce que l'exemple public autorise |te sauroit être un crime. Toutes les personnes de notre rang et de notre Age usent de cette parure , ont recours à cet artifloe pour relever une vaine beauté , et ajouter à l'ouvrage du Créateur une grâce qu'il n'a pas voulu y mettre lui-même ; on n'en fait plus de scrupule. Tous ceux de notre état briguent , sollicitent les bomicurs du sanctuaire ; on croit que c'est l'unique voie pour y parvenir. Presque tout le monde se permet cette manière de faire valoir son argent ; on la croit permise. On se repose sur l'exemple commun de l'innocence de ses propres démarches : l'usage est notre seul Evangile : et Tillusiou va si loin, qu'on ne daigne pas mêm^ porter au tribunal ces sortes de fautes; qu'on se fait une manière de force et de raison de les mépriser, et qu'on les regarde comme les scrupules des âmes foibles et timides.
YoOà une des grandes sources de l'inutilité des confessions. Personne ne s'examine dans les lumières de la foi et dans les règles de l'Évangile ; chacun porte au tribunal ses préjugés, loin d'y porter ses crimes : nos erreurs sont les seules lumières consultées sur nousmêmes i et sonder sa conscience , pour la plupart des fidèles , c'est y répandre de nouvelles ténèbres. Aussi nous entendons tous les jours au tribunal des pécheurs qui mêlent à l'accusation de leurs fautes, les maximes du siècle et le langage des passions i qui parlent comme le monde , dans un lieu destiné à le condamner ; et qui , par la manière dont ils s'avouent coupables , nous font connoltre qu'ils ignorent encore leurs plus grands crimes.
Enfin le dernier défaut de nos examens , c'est qu'on ne s'examine jamais sur tous ses devoirs ; de père de famille, de personne publique, de membre du corps des fidèles : on ne connott de soi que ses défauts personnels.
Gomme père de famille , avez-vous faitde votre maison une église domestique ? vous a-t-on vu à la tête de vos enfants et de vos esdaves , offrir à Dieu , comme les patriarches , le sacrifice du soir et du matin, et les VŒUX communs et innocents d'une sainte famille ? Aveivous cultivé dans vos enfants la grâce de leur baptême confiée à vos soins , en les élevant dans la foi et dans la piété ? Vos exemples ontils soutenu vos instructions? Avez-vous, dans la destination de leur sort, eu plus d'égard à leur salut, qu'à vos intérêts temporels? et vos arrangements n'ont-ils pas plus décidé de leur vocation , que l'ordre du ciel? Vous êtes- vous regardé comme le père et le pasteur de vos domestiques? et n'avez-vous pas oublié, que négliger le soin de leur ame , c'est être pire qu'un infidèle ? Où sont ceux qui , dais
SUK LA CONFESSION. 381
le jagement de leur conscience , entrent dans ce détail de foi et de rdigîon?
Comme membre du corps des fidèles, yous devez à yob frères Fédification, et le spectacle d'une yie sage et irrépréhensible : pins même tous êtes élevé , plus votre obligation lÀ-dessus devient rigoureuse , parceque plus vos exemples deviennent utiles ou dangereux. Or que d'imitateurs votre rang n'a-t-il pas donnés à vos désordres! Que d'ames ont péri pour avoir servi à vos plaisirs et à vos passions I Combien d'autres avez-vous séduites par vos persuasions, entraînées par votre autorité, ébranlées par voa dérisions et par vos censures ! Combien d'autres , femmes du monde , dont la liberté de vos discours, Findéeence de vos manières, la facilité de vos mœurs ont corrompu le c«ur : ces hommes foibles qui ont tant de fois péri sous vos yeux, et dont la foiblesse flattoit tant votre vanité ! ces domestiques infortunés devant lesquels vous paroissiez sans précaution, ou que vous em^doyiez à des soins sur votre corps, d'où leur innocence ne sortoit jamais entière ! Que de crimes étrangers sur lesqueb on ne s^avise pas môme d'entrer en scrupule !
Enfin, si vous êtes homme public , que de malheurs votre inap* plication , votre foiUesse , votre complaisance, votre dureté, vos intérêts peut-être particuliers , ont attirés sur les peuples ! que de méchants protégés ! que de gens de bien négligés I que dinnocents opprimés! que de violences et d'injustices auxquelles votre nom a s«rvi de prétexte , par votre confiance excessive en des subalternes iniques et corrompus ! que de crimes qai se multiplient à Finfini , qui naissent tous les jours les uns des antres, et que le Dieu juste vous impute ! Sondez cet abtme, si vous le pouvez ; et cependant , y regardez- vous seulonent?
Tels sont les aveugles couchés sur les bords de la piscine , que le Sauveur ne guérit point. Muliitudo magna cœcorum. Aussi nous sommes tous les jours surpris, que des personnes qui vivent dans le train ordinaire de cette sorte de monde que Jésus-Christ a réprouvé ; dans Foisiveté des conversations et les dangers des commerces ; dans les plaisirs des jeux et des spectacles ; dans la vanité et l'indécence des parures; dans les mouvements deFambition et les vivacités des concurrences ; dans la sensualité , et Fexcès souvent des tables et des repas : nous sommes surpris, que ces personnes n'aient presque rien à nous dire, lorsqu'elles viennent au tribunal nous découvrir les plaies de leur conscience ; qu'elles ne soient en peine que de trouver des sujets d'accusation , et do quoi fournir à uneconfession ; et qu'elles renferment le récit d'une année entière de vie mondaine en un intervalle si court , qu'à peine auroit-il pu suffire à exposer toutes les fautes d'une seule de leurs journées : nous en sommes , dis-je , surpris, tandis qu'une ame juste repasse à nos pieds dans l'amertume de son cœur quelques imperfections légèrcSf
gœ M piété lui grosot j déooaTre jnsqae dans ses Tertus une matière d'aocasation et de pénitence ; ne pent tarir sur le rédt de ses foiidesses ; piend les sentiments iQTOlontaires de la native pour les actes libres de la volonté; croit voir, dans des moQTements naissants , tontela bonle d'un consentement, et ne yirit pas, dans le sacrifice loodain qu'elle en bit, tont le mérite d'une fidèle résistance; se défie même des lumières d'mi g^de sacré qui la rassure; et, comme Pierre dans l'excès deaa prière à Joppé, croit voir des objets im* mondes et défendus par la 1<m, lors même qu'un envoyé du dei condamne ses frayeurs , et lui en permet Tusage.
D'oà rient cette difiérenoe? C'est que l'un veille sans cesse à la garde de son propre cœur , et que l'autre ne s'examine que lorsqu'il butvenir s'accuser au prëlre; cfestquel'nnsejuge sur les lumières de la foi , et l'autre sur les préjugés de son amour-propre ; enfin , c'est que l'un approfondit tous ses devdrs qu'il oonnolt, et que l'autre ne s'examine que sur quelques obligations {Ans palpables et plus connues, et dont il ignore même l'étendue et les suites. C'est ainsi , 6 mon Dieu I que vous répandei vos lumières sur le juste; et que vous punissez les égarements de l'ame mondaine, en per* mettant qn'die les ignore. Mais non-senkment on manque de lumière dans l'examen, on manque encore de sincérité dans la manifestation.
OBUXIÈMB PARTIS.
Rien ne coàie plus à l'bomme que de s'avouer coupable. Gomme l'orgueil est le premier de nos penchants, et que d'ailleurs le sentiment secret de nos défauts ne nous permet pas d'ignorer que, si nous nous montrions tek que nous sommes, nous serions dignes du dernier mépris; nous naissons tous avec un fonds de dissimulation sur ce qui se passe au-dedans de nous-mêmes: toute notre vie n'est presque qu'un déguisement continuel; nous jouons dans toutes nos actions le personnage d'un autre; et ce qui paroit de nous-mêmes n'est jamais nous. Telle est la condition de l'homme: né orguéOleux et misérable, il ne peut paroitre grand qu'en ne se montrant pas tel qu'il est ; et le déguisement est la seule ressource de sa vanité.
Mais ce qu'il y a de plus déplorable , c'est que notre orgueil entre dans nos humiliations mêmes ; que l'aveu de nos crimes n'est souvent qu'un artifice coupable qui les déguise , et que nous portons la dissimulation jusqu'au pied même du tribunal terrible, où nous allons manifesta les secrets de nos consciences et nous juger devant Jésus- Christ : c'est ici cette seconde sorte de pédieurs figurés par les boiteux de notre Evangile -. MukUudo magna elaudorum; c'est^Kdire de ces pédieurs qui ne marchent pas droit dans la voie de Dfeu , et qui ne viennent pas se présenter au bain sacré de la pénitence , avec cette droiture et cette simplicité de coeur qui guérit la pMe en la découvrant.
SUR LA COMFESSION. 393
J'avoue qu'il est rare de trouver de ces âmes noires et maudites de Bim , qui, de propos délibéré , viennent mentir au Saint-Esprit, eadier au prêtre les horreurs d'une conscience corrompue , insulter la religion jusque dans le lieu même du repentir et de la mbéri* corde , et fairedu Sacrement qui nous absout, le plus grand de tous leors crimes. Il faudroit des foudres et non des instructions pour des âmes de ce caractère , ou ne leur parler que comme Pierre parla autrefois à Ananie et à Sapbire, l'affireux modèle de ceux qui viennent aux pieds des ministres mentir à FEsprit saint. Cette sorte de dissimulation suppose une extinction de toute foi et de toute crainte de Dieu , dont peu d'ames sont capables.
Maisil est des déguisements d'une autre nature , sur lesquels on se fait une sorte de conscience ; qui mêlent à l'aveu du crime les artifices et les palliatîons de Torgueil $ qui ne montrent qu'à demi la conscience, et qui comptent l'avoir suffisamment montrée ; qui découvrent le péché, et qui cachent , pour ainsi dire, le pécheur. Or ce défaut de droiture et de sincérité , si ordinaire dans le tribunal , se trouve ou dans les expressions qu'on adoucit et qu'on embarrasse, ou dans les motib et les principes des actions qu'on supprime, ou dans les points douteux qui ont plusieurs faces , et qu'on montre toujours du côté qui nous est favorable.
Je dis dans les expressions qu'on adoucit et qu'on embarrasse. Oui, mes Frères, le premier soin de la plupart des pécheurs, lorsqu'ils se préparent à la pénitence, n'est pas deconnottre leurs fautes; cfest de méditer en quds termes ils pourront les faire connottre au nûoistre sacré qui doit les entendre. L'arrangement étudié des expressions qui adoucissent l'horreur de leurs crimes est presque le seul examen et la seule préparation qui en précède la confession; et être prêt pour le sacrement, c'est précisément pour eux avoir trouvé, après bien des recherches secrètes , de toutes les manières de s'avcMier ceiqNibles, celle qui laisse moins connottre leurs fsiutes.
Premièrement : on passe rapidement sur les plaies les plus honteuses, de peur d'y trop arrêter l'attention du mmistre ; on renferme en an seul mot les chutes les plus humiliantes ; on les place dans des intervalles si heureux, qu'elles échappent presque avant que le {N'être ait pu s'en apercevoir ; et on est content de soi , quand on a pu, en lui avouant ses crimes, faire en sorte pourtant qu'il les ignore encore.
Secondement : on tait des cfaroonstances et des incidents plus houleux que le crime même, et qui seuls auroieut pu faire sentir tout Femportement de notre cœur et toute l'indignité de notre caractère. Je ne parle pas ici de ces circonstances qui diangent la nature du péché; je parle de celles qui l'aggravent, qui découvrent toute la bassesse de nos penchants et toute la honte de nos foiblesses ; des mesures honteuses qu'on a prises pour inspirer une passion ; des avances mille fois rejetées, aniaat de fois renouvdées • des choix
hMiigne8,etqae l'emportement tout seul pouvoit justifier ; des désirs dont on roDgissoit, et qu'on se cachoit à soi-même. Que sais-je? tout ce détail, qui nous manifeste trop, nous le supprimons, et noua substituons habilement à ces termes précis que la simple Térité emprunte , et qui nous auroient fait connoitre , des expressioiii Tagues et générales qui déoouTrent nos actions, mais qui ne montrent pas notre cœur.
Troisièmement : on s'accuse avec complaisance de certains défauts qui nous sont glorieux selon le monde ; on fait entrer dans la confession de ses crimes la générosité de son cœur, les talents da corps et de l'esprit , les titres de la naissance , les avantages de la faveur ou de la fortune ; on mêle habilement ce qui nous élève aux yeux des hommes , avec ce qui nous humilie devant Dieu ; et oo sent presque plus de vanité de ces frivoles distinctions qui ne sont pat à nous, que dé confusion et de douleur des crimes qui nous sont propres.
Enfin , pour ne pas découvrir toute la honte d'une longue et ancienne habitude , à diaque confession on dierche un nouveau guide, un nouveau témoin de ses foiblesses; on les raconte comme des chutes nouvelles et arrivées dqmis la dernière pénitence ; on ne montre que les extrémités et les progrès les plus nouveaux de la plaie ; on n'a garde d'en creuser toute la profondeur, et d'en ré vâer Tandenne corruption ; on ensevdtt le passé dans un silence de dissimulation ; on craint d'être trop connu du médecin sacré ; on ne tire qu'à demi et comme en tremblant le voile qui couvre des mystères honteux ; on cache sous des feuilles, comme le prunier pécheur, sa honte et son ignominie; et en venant se montrer, on rénssii à se faire méconnottre.
Or, mes Frères, outre que le langage de la douleur est un langage humble, simple, naturel , sincère ; qu'une ame véritaUement touchée ne sait, ni dissimuler ses fautes, ni les excuser ; et qu'ainsi les confesser avec ces adoudssements et ces réticences, c'est confesser seulement qu'on ne s'en repent pas ; outre cela , si c'étoit à l'homme, qui ne voit pas le fond des cœurs, que vous veniei manifester votre conscience au tribunal, le fruit de votre dissimulation et de vos artifices seroit du moins de vous être caché à votre juge : mais vous venez parler à Jésus-Christ, qm vous connoit , qui a été le témoin invisible de toute l'histoire secrète de votre vie, qui lit dans votre cœur, comme dans un livre ouvert, tout ce que vous y cachez de plus honteux ; et qui dans le temps même que vous 14chez par tous vos déguisements de vous dérober à ses yeux, insulte aux ridicules efforts de votre honte, et vous dit, comme autrefois na prophète à cette reine d'Israël , qui déguisée sous des habits empruntés, avoit cru pouvoir être méconnue de Thomme de Dieu, et tromper la lumière du ministère prophétique : Quare aliam te eue «muloi (Rkg., XIV, 4) ? 0 ame, si indigne de mes regards , paroisaei
IcUa que TOUS êtes, el telleque je yods Goiiiioi8$ ces dehors apôdeux qui TOUS dégrisent , ne sont pas Yous-méme : démasques œ cœur dont je TOis toute la misère ; montrez ces œuvres de ténèbres tettâ quemoncQUinyisibleles a éclairées en secret $ déconcertez tout œt appardl étudié, qui trompeks hommes, mais qui no sauroit tromper cdui qui sonde les cœurs : Quare aUam te esêe simulât? Insensée, de croire que des toiles légères déroberont votre honfe aux yeux dé cduiqni parcede ses regards les plus profonds abîmes ! plus insensée encore de cacher la vieillesse el toute la corruption de vos maux à celui de qui seul vous pouvez en obtenir la délivrance \ Quare aliam te esse simulas ? Premier défaut de sincérité dans les expressions qu'on adoucit et qu'on embarrasse.
JUe second se trouve dans les motifs et les principes des actiMs , auxquds on ne remonte presque jamais. En effet , comme c'est la disposition du cœur qui décide de nos cnuvres, c'est là qu'il font remonter pour en cœinoltre le mérite ou le défaut : c'est du trés<Mr de notre cœur, dit Jésus-Christ, que se tire la réalité de nos vertus comme denos vices ; c'est là que nos actions sont tout ce qu'elles sont aux yeux de Dieu. Il importe donc de ramener tout ce que nous faisons au motif qui Ta produit, etde tazer toutes nos actions dans notre cœur même. Ëitber est innocenteen se revêtant aux jours solenneb de tous les ornements les plus éclatants de la royauté ; parceque oette vaine pompe lui est à charge, et que son cosur est simple et sincère. Jézabel est criminelle en se montrant environnée de faste aux fenêtres de son palais de Samarie; parceque dans les mêmes soins , elle cache des désirs fort dissembbbles. Salomon ne se rend pas indigne des faveurs du del, en exposant toute la gloire et tonte la magnificence qui l'environne aux yeux d'une reine étrangère; parcequ'il ne voit dans l'éclat et Tabondance de son règne, que la protection et les bienfaits du Dieu de ses pères. Ezéchias attire rindignation du Seigneur sur toute sa postérité, en étalant avec complaisance aux envoyés de Babylone les trésors du temple et les richesses de son palais ; parceque son cœur s'élève de cette prospérité, y met une vaine confiance, et fonde là-dessus, plus que sur le secours du ciel , la sûreté de Jérusalem et l'espérance de ses viotoires. C'est donc le cceur qui décide de tout l'homme. Or c'est le cœur, qu'on ne manifeste presque jamais au tribunal : on expose les actions; on n'entre jamais dans les motifs : on raconte ses péchés, on ne découvre pas sa conscience.
Ainsi vous venez vous accuser de quelques traits mordants contre la réputation de votre frère : mais vous ne dites pas que ses talents, son c^it ou sa fortune, font tout son crime dans votre esprit; que vous êtes né envieux; que tout ce qui vous eGhce blesse votra<H^:ueil; et que de là vous vient cetair censeur et chagrin, et ee talent de saisir d'abord le ridicule de ceux qui sont trop au-dessus de vous poor vous Kdaire
aM VENDREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE.
Aiori TOUS yenec nousnoonler yos emportements et Totre ami pafUeenyen la perscHiiieqa'iui lien sacré tous a unie : mais toos ne dites pas qnedes goûts friyolesetélrang^rs vous inspirent cette man- ▼aise hmaenr ; que Fentétement des plaisirs tous rend le sériaK et la tranquillité domestiqae insupporteble ; et que TOtre OQmr, trop Ihrré an monde et à l'amnsement, ne saoroit pins retenir an doToir.
Ainsi Tons Tenet toos avoner coupable de qadqoes désirs de plaire s mais toos ne dites pas que toutes tos attentions, tous tos soins, toutes tos démardies n'ont point d'autre tant que d'inspinr la passion oiminelle k un objet dont Totre cobuf est déjà touché en secret; que ce poison se répandsurtout leeprps de TOtre conduite , et que tout ce que tous faites est souillé par cette intention.
Enfin , TOUS Tenei nous découTrir ces combats secrets que la foi** Hesse de TOtre chair liTre à Totre coeur, et ces mouTemcnts dou^ tenx de la loi des membres , où tous ayez tant de prineà discerner Tous-méme de quel côté a été la Tictoire : mais dites-Tous que tous aimeK tout ce qui nourrit et allume cette passion foneste ; que tous TiTec au miUeu des occasions qui la réyeillent ; que c'a été là comme la ptenière plaie de Totre corar et le premier écueil de Totreinnocence; que toutes les infidélités de TOtre Tie ont pris leur source dans ee penchant malheureux; et que c'est là comme TOtre fonds et le caractère dominmt de tos mcsurs?
Aussi la confession de tos fautes acbcTée, le confesseur toos connolt-il comme tous tous connoissez Tous-méme? Ne se trompetai pas dans l'idée qu'il a de tous? Yoit-il tos passions dans leur source ; tos sensibilités, dans leurs motifs; tos tentations, dans lews occasions et dans Totre témérité ; tos foiblesses, dans tos rediutes ; TOS infidélités , dans tos résolutions mille fois Tidées ; en un mot, Tous-màme dans Toos^méme?
Hâasl il isut presque toujours que le ministre de la confession deTine Tétet de TOtre ame; qu'il profite de certaines expressioDS qui TOUS échappent , conune malgré tous , pour connottre TOtre cœur et en édairdr les mysteres que tous lui aTiez cadiés. Il faut qu|en tous Toyant, et sans qu'il l'apprenne de Toos-méme, comme aujourd'hui Jésus-Christ en Toyant le paralytique, les seules lumières de son ministère lui fassent connottre que tos maux ont jeté de profondes racmes, et que tous croupissez depuis long-temps dans les passions honteuses : HunceUm piéUssei Jésus jacèntem^ et cognoinsset quiajam mulium tempus haberei ( Joaw., v, 6). Ce n'est pas TOUS qui tous découTres; ce sont les saints artiGces de sa charité et la pieuse expérience de son zèle, qui tous découTrent t et il faut qu'un confesseur soit en garde contre la surprise, dans un Heu où il ne doToit être occupé qu'à consoler TOtre douleur et essuyer TOS larmes.
Enfin, le dernier défaut de sincérité se trouTe datts k» attions
suit LÀ CONFESSK)M. 887
I, ^ft'M CK|NM iQRyoars à son atutaRe. En eAt, oomt^ d*u& c6té en ne vent pas it»ipre aTM 1«B pasflioiis, el ipiede l'aatM tMiyeut se fiiire une sorte de oonsdeiieelnnqnille dans eelétatd'în- Uélitô, on learcberehedesmtorilàs eidcasoftrages; elonlascK- IlOiedansiBijowsibToraktefqiieleinInisIredeJésnipGliiM n'Oserolt phm les condamner.
Ainsi on ne yent point s'éloigner d'nne oeeasion de pédié, ni rompre nne liaison qoi seandalise: on exagère TimposriMHIé de cette raplnre^ les incenyéoienls qnTon en Tefroit naftre, ka Ueoa dn sang , les inlérâls de la fertane, les raisons de defdr el de kienséance qoi j mettent nn obstacle inyinoHrie s on remontra, qn^au fond le péril n'est paa grand, qne la paaiion est refroidie, qneles engagements ne sont pins tes mêmes; et Ui*dessns le confessenr trompé consent $ il n'insiste plos sor le précepte d'arracher I'obB qni est nn sujet de scandale. La yérité, obscorde sons ces faits adoods, loi parolt sonffiir ici une excqition à la rè^; et c'est snr nn consentement ainsi obtenu, qn'on se croit en sâreté, et qu'on sort des pieds do prêtre, content de l'aToir trempé et des'étre trompé soi-même.
Ainsi on ne veut point flnir le scandale d'un divorce poblie, al rejoindre des liens sacrés que la grâce d'un sacrement bonoraUe aToit unis; il n'est sorte de raison spédeuse dont on ne colore sa résistanee ; on a des prétextes d'bonnenr, de devoir, de consdenoe, d'incompatibilité , d'intérêts d<miMliques : on a tout tenté pour pré- Tenir le mcd ton n'en est Tenu à cette extrémité, que pour en ê?iter de pins grandes ; et là«>dessus le confesseur, mal iniiruit, souiire nn scandate auquel on ne lui laisse voir aucun remède ; et rame abusée croit sa consdenoe plos en sûreté, depuis qu'elle a ajouté au crime de son état , celui d'avoir surpris les suflhiges de son juge.
Ainsi on ne vent point interrompre des pn^Us manifestement usurafares: on expose, comme présents, dim dangers chimériques f on s'appuie tm la tolérance des lois et sur l'autorité des exemples ; on représente tontes les autres voies d'amurer son revenu comme imposdUes; on répand sur le cas particulier des ténèbres qui le font perdre de vue; et, plus prudent dans les affaires du siède, qne le ministre de la pénitence ^ qui souvent ne les connolt pas , on s'ap^ plaodit de son consentement, tandis qu'on n'a fiut que surprendre sa diarité.
Tdies sont les illusions de l'amonr-propre dans le tribunal meré : on manque de sincérité dans les expressions qu'on adoudt, dans les motifs q^'on supprime , dans les doutes qu'on expose ea sa tivenr ; ^esMdire, que nous ne nous montrons jamais que dans un fiiux Jour: ce qne nous cachons de nous-mêmes, est ce que nods sommes réclleraent; ce que nous en découvrons» est ce que nous vouMons être : nous étalons une consdence qui n'est que la fausse effigie de la a»èlre; et comme Mldiol, loin d'exposer aux yeux le véritable De-
▼id, je yeia dire noDMDéaM» et notre ptnion doi^^ ittUions im faiifôme et im ûmolacre k sa {daœ : iEk m muiacrum sotum ( Rie.» xxx, 16 )•
Ansi, mes Frères, aa sortir do tribonal, senlex-TOtis cette ptis et cette sérénité de conscience, qni est le fruit d'one confession sincère et parfaite? sentez-Toos ce repos et ce soolagenent, que k coBor dédiargé de ses crimes fsit sentir à l-ame loachée? Ne toos reste4-fl pas an fbnd dn corar je ne sus faciles iniioiétQdes secrètes ipM Tons tftdiei de Tons dissimuler à TonsHnéme, je ne sais fnel embarns qni tionlde tonte la douceur de Tote péniienee? Ne Tons promettn-Tona pas k Tons-méme, pour tous cafaner, qn'on jour enfin, rompant lout-MUt ayec le monde, tous Tona oonfeseerei pour TOUS conrertir tout de bon ; c'estrà-dire, tous édairdrei ces doutes qui tous fatiguent; tous exposerei k déoouTert ces emlNurraa, sur lesquels tant d'abscdutions reçuea n'ont pu encore tous raidre tranquille? ATe»-Toas pu jusqu'ici réussir k tous persuader que ce sont Ik de Tains scropidea? et, malgré toute rindulgmcede votre amour-propre , qui ne cesse de tous amuser de cette illusion, la Toix de TOtre conscience ne prend-elle pas le dessus? et ne tous reprocbe-t-eUe pas sans cesse en secret Totre dissimulation et tos réHoences? Laissez répondre TOtre ccrar, et soyez ici TOus-méme TOtre juge. Insensé, de nourrir dans Totre t«in des serpents qui TOUS déchirent, de n'oser produire au jour des monstres qui s'éTanonissent dès qu'ils ont tu la lumière , de décou yrir une partie du mal, et de cacher celle où il aivoit fallu appliquer le remède! In^ sensé, de sooflrir toute la honte d'un aTcu, et de tous priver des consolations tf un aTCU sincère; de Tenir tous déclarer pécheur, et de faire d'une déclaration si désagréable k la nature le plus grand de tous TOS crimes!
Mais que craignez-Tous en nous racontant ingénument l'histoire de TOS malheurs et de tos chutes ? De détruire dians notre esprit la Taine réputation de probité et de Tertn, que tous conserrez parmi les hommes ? Mais pourquoi nous comptez-Tous pour quelque chose au tribunal redoutaUe? nous ne sommes Ik qu'k la place de Jésus- Christ; nous n'y portons, ni les oreilles, ni les sentiments, ni les pensées de l'homme; tous n'en direz jamais assez pMr nous surprendre :ah! nous ne saTons que tn^ de quoi toute la corruption du cœur humain est capable ; nous portons en nous la source et les penchants des mêmes foiUesses dont vous rougissez. Plus nous tous trouTerons coupables» plus tous exciterez notre pitié , plus tous intéresserez notre charité» plus tous deTiendrez un objet digne de nos soins, de notre tendresse et de nos larmes; plus nous offrirons pour Tousdes gémissements de zèle et des prières de contpassion au Seigneur, afin qu'il daigne jeter sur tous des regards de miséricoide, et répandre abondamment sa grâce, où le pédbé aTOit abondéi ToOk notre ministère Nous n'insulterons pas k TOtre foO^lessOf
SUR LA œNFESSlOIf . S89
pidwiiie Jéia»€liri8t, à la place duquel nous voua éoDOtons, reoe> toit avec tant de doooear les publicains et les pédieresses : nous ne saurons pas aggrarw TOtre coofnsfon; nous ne saurons que yoos aider, toqs rassurer, toos consoler et vons plaindre. Mais ce n'est pas asses de déclarer sincèrement ses crimes, il faut les délester souverainement, et ajouter à la sincérité dans la manifestation la douleur dans le repentir.
TioisiÉHa rAini*
Toutes les antres dispositions dont nous Tenons de parlernesont que les préparations extérieures de la pénitence i la douleur en eM rame et la vérité. La vertu du sacrement peut suppléer à la confession extérieure de nos fautes , lorsque des obstadôs involontaires nous en Ment le pouvoir; mais elle ne peut suppléer au w*M!*Ffnt intérieur qui les déteste, parceque c'est lui qui forme le pénitent : tout le reste peut être remplacé par la douleur ; la douleur ne peut être remplaote que par elle-même.
Cependant rien de plus rare parmi les pécheurs, qui viennent s'avouer coupables au tribunal , que cette douleur de pénitence, à laquelle seule la rànission des pédiés est promise $ et c'est ici cette troisième sorte de malades, dont parle aujourd'hui l'Evangéliste, qui ne reçurent pas de Jésus-Ghrist le bienfait inestimable de la gaéri' mmiondorumj ceux qui avoient les membres secs; c'est-à-dire ceux qui portent au tribunal un cœur sec, uneameinsensible; et qui,après avoir senti les impressions les plus vives et les plus extrêmes des passions, ne trouvent en eux aucun sentiment pour la pénitcnoe.
Or, ccNoame l'illnsion est ici dangereuse, et que chacun se flatte de porter au tribunal cette douleur qui suffit pour la justification du pécheur, il importe d'établir en quoi elle consiste.
Premièrement, cette douleur est un mouvement de la graœ et non delà nature : il faut que le trouble qui naît deThorreur de nos crimes soit une opératimi invisible de l'Esprit de Dieu, dit le dernier concile, qui nous porte à détester tout oe qui a pu lui déplaire; qu'il soit une vue de foi qui nous découvre dans le péché, et l'outrage qu'il fait à Dieu, et les malheurs ok il précipite l'homme; qu'il soit enfin un commencement de nouvel amour, qui ne nous rende le crime odieux, que parcequ'il commence à nous faire aimer le Seigneur, source de toute justice : première condition marquée dans notre Evangile. H falloit queTange du Seigneur descendit, et troublât l'eau , afin que les malades fussent guéris : Angélus aiuem Domini deseendebat,,. ei moçebaiur aqua ( Joia., v, 4). Il faut que l'Esprit de Dieu descende dans nos cœurs pour y opérer des agitations salutaires : tout autre trouble seroit un trouble humafai et inutile aux malades.
Or le trouble que la plupart des pécheurs portent au trflNmal est un trouble d'amour-propre, et auquel l'Esprit de Dieu n'a point
390 VENDREDI DE LA PiUSMlÈUS SEMAINE.
de pari. Les ans preoneot- pour la deoknr de b pénitmoB, cm alarmes secrètes que TargoeÛ oppose toujours à la dédaralkm de nos crimes $ ce poids d'iniquités qui fatigue le cflrar, auquel il en coûte tant de s'avouer coupable } ces dérhirements cmèb, que les œuvres de ténèbres, sur le point de se manifester et d'édore^ font sentir à la conscience pécheresse , semblables à des serpenta, qui ne sauroient sortir sans déchirer le sein qui les a enfantés i ea un mott ces inquiétudes d'une mauvaise honte, qui ne trouve d'odieux dans le crime, que la peine de Favoiier. Us oonfondent leur orgueil avec leur repentir ; l'opposition qu'ils ont à l'humiliation de la péniteBce, avec le repentir sincère qui j dispose; la haine de la confession y> avec la douleur de leurs crimes : ils ne sont qu'orgueilleux et oonAu, et ils croient être touchés et pénitents.
Ce n'est pas que la même grâce qui opère le repentir, n'opère aussi une crâftision salutaure, et qu'il n'y ait une honte qui coiuluit ao salut, comme dit l'Esprit saint. Détournes de moi vos regards, 6 mon Dieu, disoit un roi pénitent; je ne puis plus soutenir devant vous toute la confusion dont mes crimes me couvrent : JSt confusio faciei meœ coopérait me (Ps. xliii, 16). Mais cette honte formée par la douleur ne trouve son motif que dans la douleur même. Ce n'est pas le jugement du ministre de la confessimi, qui la produit dans notre ame ; c'est l'œil de Dieu qui la voit, et qui connolt toute l'ignominie de son état : elle ne compteroit même le mépris de tous les hommes pour rien, si elleavoit le Seigneur tout seul pour témoin de son innocence : au contraire, quand die seroit seule sur la terre, ou cachée dans les plus profonds abtmes, les regards de Dieu seul sur ses souillures la couvriroient delà même confusion; et partout où elle por teroit devant lui ses plaies , elle y porteroit ses troubles et sa lionte. Les inquiétudes secrètes et honteuses de l'or* gueil ne sont donc pas les troubles salutaires de la pénitence
n en est d'autres qui prennent la douleur qui forme le repentir, pour ce troùMe qui nait de la crainte toute seule des peines éternelles ! ce trouble, qui, ouvrant l'enfer et tousses tourments au pécheur, ne lui découvre rien de plus odieux dans l'iniquité, que la punHion dont elle est suivie : ce trouble, qui n'est lui-même qu'un désir que le crime pût être impuni; qui arrête l'action, dit saint Augustin, sans dianger la volonté; qui nous rend timides, sans nous rendre pénitents; qui nous fait craindre le chAtiment, sans nous faire haïr l'oSense ; et qui ne compteroit pour rien d*outrager son Dieu, si la perte de son amour devoit borner toute son infortune.
Je sais que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse; qu'il est utile de percer souvent, des yeux de la foi, ces abtoies de feu et ces ténèbres étemelles où il y aura des pleurs et des grincements de dents, et de descendre tout vivants dans l'enfer, pour faire de ce souvenir salutaire un frein i nos passions iodomp-
Ito. Jesidsqae oetle craifite est un don de rEsprit sunt, et mon ésntàa s'eBl pas d'ôter aux pécheur» un moyen de salut, et un notif de componction que Jésas^Ghrist leur propose, qne FËglise leur recominaBde, que les saints ont eu sans cesse devant les yeux, et dont nous nous serrons tous ks jours dans ces chûres efarétiennes, pour troubler la firusse paix desames eriminelles. En effet, 6 mon Dieq ! si aYee tous tos foudres et vos flammes yengeresses, Tiniquilè ne laisse pas de prévaloir sur la terre ; si malgré Fenfer et ses ardeurs étemelles que votre |U8tice a préparées aux pécheurs , tonte chair ne lusse pas de corrompre sa voie, resterolt-il encore quelque fiai pttmi les hommes, si nous veidons imprudemment leur ftdrê un point de vertu de fomer les yeux à ces spedades terribles $ ou si nous leur faisions un vice, du motif le plus commun et le plu^ ordinaire de la piété? Il est peu de ces âmes nobles et sublknes, que l'amour et la reconnoissance toute seule attachent à votre service ; c'est la sagesse des parfaits ; mais les foiMes ont besoin d'indulgence, et vous voulez que notre intérêt même entre toujours pour beaucoup dans notre fidélité.
Ce n'est donc pas la crainte des tourments destinés à l'impie que 'e veux exdure de la véritable pénitence : elle en est la préparation, quoiqu'elle n'en soit pas l'ame et le fonds ; car l'amour tout seul , qui a fait les pécheurs, peut Canner des pénitents : l'amour tout seul, qui a ravi notre ccbut à Dieu, peut te lui rendre : l'amour tout seul , qui faisoit tout le dérèglement de notre vcdonté, peut y rétablir l'ordre et faire notre justice , et vous ne sauriez vous réconcilier avec Dieu , si vous ne commencez du moins à l'aimer plus que les vaines créatures qui vous avoient éloigné de lui, et si la vertu du sacrement , jointe à cet amour encore foible , ne le perfectionne et n'opôre en vous la véritable justification : ce n'est pas, dis-je, la crainte des peines que je veux id exclure de la pénitence ; c'est cette disposition criminelle on se trouvent la plupart des pécheurs qui approchent du tribunal, lesquels , sans un enfer et ses tourments , vivroient comme des athées , sans foi , sans consdence , sans sacrements; lesquds ne connoisscnt de la religion que ses menaces , et qui , dans le secret de leur cœur, sont fâchés que Dieu soit juste, et qu'il ait attaché aux plaisirs les plus honteux de^ flammes éterndles.
Et ne croyez pas que ce soit id une disposition rare ou chimé* rique ; rien n'est plus réel et plus commun. La crainte fait presque • toute notre religion ; c'est la pensée seule des peines à venir qui peuple les tribunaux de la pénitence : nous y faisons divorce pour un moment avec nos passions ; et nous nous en séparons , comme on quitte des objets encore chers mais funestes. Semblables à la femme de Loth, nous ne haïssons pas Sodome; nous n'en craignons que les flammes : nous nous en séparons à regret ; et notre corar y tient encore, tandis que la crainte toute seule du danger nous en éloigne»
L'esprit de la véritable piété est plus rare qa*oii ne pensa; tons les jekors da coite ne roulent presque qiie sur de fausses vertus: nous ne comptons pour oflenses de Dieu que celles qui sont suiriesd'nne punition étemelle; cdles qui se bornent k lui déplaire, nous ne les oxnptons pour rien; et si nous Youkms sonder nous-mêmes notre coeur, nous sentirons que nul principe d'amour et de grâce ne nous fait agir, et que Tenfer est la seule divinité que nous craignons.
Mais comme la méprise est ici aisée, si vous me demandes à quéQes marques on peut discerner ce trouble heureux qui forme les vrais pénitents, de cette bonté d'orgueil, ou de cette crainte toute mercenaire qui ne forme que des esdaves , je dis, en second lien, que luT douleur de la pénitôice renferme une résolution réelle et sincère de finir nos désordres , et de commencer une vie sainteet chrétienne; c'est ce qui nous est figuré dans la guérison de notre paralytique. Soubaitez-vons d'être guéri? lui demande Jésus^Christ : Fis samu fieri ( Joan., v, 6 ) ? Il paroissoit sans doute fort inutile de le demander à un malheureux qui gémissoit sous le poids de ses maux ; et Ton ne pouvoit douter que trente-huit annéâ d'infirmité ne lui fissent souhaiter vivement sa délivrance. Mais Jésus-Christ vouloit nous apprendre par-là, que le pécheur, comme ce paralytique, sincèrement touché de ses maux , doit en venant se présenta* au tribunal pouvoir se rendre ce témoignage à lui-même, que, réellement et de bonne foi , il veut être guéri ; c'est-à-dire renoncer à ses passions invétérées , et prendre le parti de la piété.
Or, je vous demande, mon cher Auditeur, lorsque vous venez aux pieds du prêtre, êtes-vous de bonne foi dans cette résolution? FU sanu» fieri? Pouvei-vous vous rendre ce témoignage à vous-même, que vous voules rompre sincèrement tous les liens qui vous attadient encore au monde et à vos plaisirs criminels , et vous ranger avec ce petit nombre d'ames fidèles de votre rang et de votre état» qui, après avoir quelque temps vécu , comme vous , au gré de leurs passions, sont revenues à Dieu, et opèrent leur sslnt dans la pratique solide et constante des vertus chrétiennes? Commencez-vous à vous faire un plan de nouvelle vie? Ne comptez-vous pas encore sur les mêmes mœurs, sur les mêmes plaisirs , sur les mêmes liaisons après la confession ? Ne vous dites-vous pas à vous-même en secret, pour vous calmer sur cette fausse démarche de pénitence, qu'un jour viendra enfin , que vous vous confesserez pour vous convertir tout de bon , et rompre pour toujours avec le monde? et ne distinguezvous pas «I vous-même cette confession que vous allez faire , de la conversion que Dieu demande de vous? Fis sanus fieri? jerùmlb demande.
Prenez garae qu'on ne vous demande pas, si, en venant vous présenter au tribunal, vous formez de ces propos vagues et indéterminés de conversion qui n'ont jamais de suite, et qu'on ne forme que pour s'étourdir sur la profanation du sacrement, et se dire à
loi-mèmeqpi'on évite le sacrilège; de ces propos, dont on aentiolméme la fausseté, qui ne satisfont pas la ooiHcienoe inquiète, et qui laissent au fond du ocsur, noDHMnloMnt la Tolonté réelle du Tioe, mais le seotiment secret qu'on ne vent pas encore y renoncer. £b ! que Toit-on autour de nos tribunaux, que des pédheurs de ce caractère?
Je TOUS demande si , en Tenant confesser vos fautes, tous Toutar vous convertir d'une TOlonté forte , pleine , sincère ; qui ne forme pas des propos vagues et éloignés de dhangement , mais qui répand déjà des larmes de pénitence ? je vous le demande avec Jésus-Christ : Fis sanusjien? La conscience ne sanroit ici se faire illusion à ellemême f on sent bien si le propos d'une nouvelle vie est sinctee. Les préludes d'une conversion et d'un renouvellement entier de moeurs ont je ne sais quoi de si vif et de si marqué, qu'il se fait d'abord sentir, et ne laisse rien d'équivoque ? des larmes, des combats, des agitaticms , des vues nouvelles, des démarches sérieuses et pénibles ; que sais-je? quelque chose qu'on n'avoit pas encore senti , et que ceux qui nous fréquentent n'avoient pas encore vu ; un appareil qui annonce un peu plus que le fruit d'une confession ordinaire : ce sont là de ces travaux de l'enfantement, qui ne ressemblent qu'à eux-mêmes : Ibi dolores ut partunentis ( Ps. xlvii, 7 ). On ne sauroit y prendre le change, et il n'est que des douleurs d'un certain caractère, qui annoncent la naissance du nouvel homme dans nos cœurs.
Rappdei les conversions des pécheresses, des Paul, des Augustin, voyei ce qui se passoit en eux dans ces moments heureux qui précédèrent leur changement ; quels troubles ! quelles perplexités ! quels combats ! quels efforts héroïques sur eux-mêmes ! quelles démarches nouyelles ! quelles larmes ! quels transports d'amour et de componc» tion ! c'est au milieu de tant d'agitations que se consomme l'ouvrage de la conversion ; une démarche froide et tranquille n'a rien qui l'annonce et qui lui ressemble : c'est au milieu de ces troubles, de ces vents impétueux , pour ainsi dire , que l'Esprit de Dieu descend dans un cosur pénitent, comme il descendit autrefois dans le cénade, et y vient porter k paix et la grâce; et c'est ici où l'on peut dire qu'on entend sa voix lorsqu'il arrive , et qu'on sait où il va et d'où il vient. C'est à vous à nous dire si tous reomnoisseï à ces traits la douleur qui jusqu'ici vous a préparés au sacrement de la pénitence.
Et ne nous dites pas que cette douleur, cachée au fond de Tame , n'est pas toujours sensible au cceur pénitent s un changement de vie porte si fort sur tous nos penchants, prend sa source dans un nouvel amour si vif, qu'il n'est pas possible qu'A soit dans le cceur à l'insu de notre cœur même. Mais, enfin, je le veux pour des cœurs d'un certain caractère, nés froids, tranquilles, insensibles; qui peuvent se briser, mais qui ne sauroient s'attendrir. Mais vous , pourvu d'un
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ooQornitafelieiiimtsî tendre» et ai capable d'être touebé; vous qui avez pooaiéiaaeiiaybiiîtédftittles paasionadéplorables juaqu'à i'emportaaent; tooa qui aona TiateK taut la bouté et la tendresse de votre cœur, voua u'eu manqueriez que pour votre Dieu 7 la douleur du pécbé aeroît la seule qui vous trouveroit froid et insensible? les larmes, les sentiments, les vivacités, qui sont si fort de votre ca« ractèroy ne le seroient pas de celui de votre pénitence? Illusion, mon cber Auditeur I Si vous n'êtes pas vif dans la douleur de votre repentir, comme vous l'avez été dans vos désordres, c'est que vous étiez pédieur de bonne Coi, et que vous n'êtes qu'un faux pénitent.
Enfin , non-seulement la douleur de la pénitence est une résolution réelle et sincère de changer de vie, mais encore une attention actuelle , qui prend d'abord des mesures solides de changement. Or la principale est le choix d'un ministre fidèle qui coopère avec Jésua-Christ à la guérison de votre ame : choix difficile, mais le plus important que vous ferez jamais, puisqu'il s'agit du salut, et que ce qui décide toujours de notre salut, c'est le choix de celui à qui nous allons confier les secrets de notre conscience s c'est la suite de notre Évangile qui nous fournit cette dernière réflexion. Seigneur, dit le paralytique à Jésus-Christ, je n'ai point d'homme qui me jette dans la piscine lorsque Teau est troublée : Dwmm^ homiiMm non habeo (Je an., V, 7].
Or, avant que de venir vous présenter à la pénitence, vous adressez-vous à Jésus^hrist, afin qu'il vous aide dans un choix si essentiel, et qu'il vous suscite un guide fidèle, qui vous conduise sûrement dans la voie du salut? Cherchez-vous vous-même un homme rempli de l'Esprit de Dieu , qui sache vous jeter à propos dans la piscine , et cultiver les premiers sentiments de grâce que voua portez au tribunal?
Un homme éclairé , qui puisse juger de la lèpre , connoltre les plaies de votre cœur , et ne pas se tromper dans l'application des remèdes?
Un homme expérimenté, qui sache discerner les voies de la grâce dans votre ame, conduire les opérations de Dieu en elle, ne pas trop presser les âmes que l'Esprit saint ne pousse que lentement; ne pas arrêter celles qui sont portées, pour ainsi dire, sur les ailes de la grâce, et suivre l'Esprit de Dieu sans le prévenir?
Un homme accoutumé à parler à Dieu dans la prière, à étudier au pied de la croix la science du salut, et dont les paroles, pleines de cet esprit et de ce feu qu'il a puisé devant le Seigneur, portent ensuite l'onction de la grâce jusqu'au fond de votre ame tout ouverte dans ces moments, et sur laquelle les vérités les plus simpfta font alors tant d'impression?
Un homme désintéressé, qui n'examine pas si vous êtes grand selon le monde, mais si vous êtes pécheur devant Dieu; que vos vices touchent plus que vos titres; et qui ne proportionne pas l'in-
SnR LA CONFESSION. SM
) oa kMTértté de^aB aenlaiflM à r^léf atiM« àrolM^ des pédieors , niais m caractère de leon crime»?
Un bonune xélé , qœ rien ne puisse faire départir des intér4U ^ la Térité el des règles saintes de son nûnistère ; et qni , sam feôren^ taitati<m de sévérité, ne cherche pas à se faire hopanenr des excès et des singularités outrées de ses pénitei^is, mais à taire honneur à la grâce et à la religion, en leur inspirant cette aotee sagcBse qoi remplit avec dignité les devoirs de son état, et q[ui, en condamnant le monde, s'attire l'estime et le respect da monde mâme?
Enfin, un homme dbaritable, qui sache mêler Tfanile de la douceur avec le vin de la force; qui n'aigrisse pas les |daies par d'ei>cessives rigueurs, mais qui ramène les malades par des condescendances nécessaires; qui ne soit pas toujours juge, mais qui se souvienne quelquefois qu'il est père ; qui sache changer sa voix , comme l'Apôtre, se faire tout à tous, et prendre toutes les formes pour former Jésus-Christ dans un coeur?
Est-ce un guide de ce caractère que vous cherches? Les plus in-« connus sont toujours pour vousles plus iMn^res ; les plus indulgents, les plus habiles : les gremiersque le hasard vous offre, vous lemrouvrez indiscrètement les plaies de votre coBior* Vous prenes, comme ce Michas dont il est parlé au livre des Juges, le {wemier lévite qui se présente; vous lui dites : Tenet^moi lieu de fhre et de prêtre ( JuDiG.y XVII , 10 )• Tous mettes peut-être à prix ses srâis et son mi- * nistére , et le rendez le ministre et le fauteur, comme cet Israélite, des dieux et des idoles que vous avez élevés dans votre maison, et auxquéb vous avez prostitué votre cosur. Et si tous usez en ceci de quelque drccMispection et de quelque recherdie, c'est pour éviter ceux qu'une réputation d'exactitude et d'intégrité rend redoutables à vos passions, et auxquels on ne s'adresse que lorsqu'on V0Ut sincèrement se convertir et servir Dieu. Ainsi le choix tout seul que vous faites du juge de votre conscience est une preuve dédrive que vous ne voulez pas changer de vie; que vous allés profaner le sacrement, et vous souillor où vous auriei dû vous purifier ée vos souiUuses.
Yoilà, mes Frères, les sources les plusordlnaîres de l'inatlIHé du sacrement de la pénitence : on manque de lumière dans l'examen ; de sincérité dans la manifestation; de douleur dans le repentir s et voili pourqud les conversions sont aujourd'hui si rares an tribunal; voilà pourquoi, parmi cette multitude infinie d'avengles, de boiteux et de ceux qui avoient les membres secs, à peine Jésus-Christ en trouve-t-ilun seul, dit saint Augustin, qui mérite d'être guéri : Toi /iM?e&aii/^e/uiui«5aiki/tt«e»f.Ijaidnqportiquesdela piscine, sdon ce Père, figuroient les cinq livres de Mdse, qui déconvroient les maux, mais qui ne lesguérissoientpas: iSei2i7Â' œgrosprodebam^ langiudosnonsanabatu. Mais, hélas! nous pourrions le direaujourdlbui avec plus de raison de la piscine ék chrétiens, d des por-
tte VENDREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE.
dfiNS mystérieux qui enTircmneiit le bain de la pAntteiioe : ils ne aeryent plus qa'à noos déocmYrir les maux ; les g^nérisons n'y sobI plus en usafS : Sed UU œgrosprodebant, languidosnonsanabani: BOUS y Toyonsabordernoeiiiiiltitiide de péctears, nous n'eD toyons presque pas sortir de pénitents : on nous y expose des plaies; et le bain sacré n'en Toit presque jamais de fermées : il nous fait oon- BOitre les malades, mais Q n'en est pins le remède : SedUU œgra prvitebani, languLdos non sanabant. Et si j'osob Tajonter id; comme la loi de Mobe, en déooQTrant les péchés, les multiplia, et ne servit qn'à faire des prévaricateurs; hélas I ce remède divin, loin de guérir les maux de l'Eglise, les a augmentés, pour ainsi dire, a donné lien à des profanations, loin de rétablir la piété, et a fait des sacrilèges , où il auroit dû ftiire des pénitents : Sed OU œgrosprodebant^ langtUdos non sanabant.
Rentrons id en nous-mêmes, mes Frères, et en ce jour surtout, consacré à la conversion des grands pécheurs par la guérison d'un malade désespéré ; en ce jour, où les prières mêmes de l'Egliie sol- Bcitent auprès du Seigneur ses miséricordes pour les âmes les plus déplorées ; rappelez id devant Dieu toute la suite de vos années, et Yhistoire seo-ète de votre conscience. Repasses sur ce nombre infini le confessions, toujours réitérées, et toujours inutiles, et qui sans doute, devant le tribunal de Jésus-Gbrist, feront le plus terrible sujet de votre condamnation. Dites-vous à vous-mêmes : Quelles ont été jusqu'id mes voies, et la monstrueuse conduite de ma vie l mes passi(M)s d'aujourd'hui sont des plaies de l'enfance, et qui ont vieilli avec moi : ce que je suis encore , voluptueux , emporté , dissolu, je Vétois déjà dès la première saison de ma vie : ma destinée m'a fidt éprouver des siluations diBSrentes au dehors ; mais ma passion honteuse m'a suivi partout, et partout elle a été la mémo: ma vie n'est qu'un seul crime diversifié, sous des circonstances et des situations dissemblaUes : Un jour a instruii f autre Jour^ et une nuit a montré ta science funeste à foutre nuit ( Ps. xviii, 5) : du {dus lom qu'il m'est permis de rappder l'bistcmre de mes années, j'y trouve déjà les ébauches et les naissances de mes passions; et les commen cemostsde ma vie ne s'oOïrent à moiqu'avecles prémices des crimes dont je sub encore coupable.
Cependant, 6 mon Dieul votre colère n'a pas encore édaté sur moi; et du haut de votre justice, vous me voyes errer depnb si long-temps dansdes voies criminelles, sans m'avoir frappédemort, et bit périr, comme tant d'autres, au milieu de ma course! Ah! ce n'est pas sans qudque dessdn de miséricorde sur moi que vous avei pndongé mes jours , et diffiré jusqu'id votre vengeance ; vous ne m'auriez pas délivréde tant de périls qui ont mille fois menacé ma rie, si vous n'avies voulu faire parottre en moi quelque jour les richesses de votre grâce.
Grand Dieul je commence à ne plus aimer mes maux -, achever