DANGER DBS PROSPÉRITÉS TEMPORELLES
l'impression qa'elles font lar le coBur pour le corrompre , oft per ha facilités qa'elles ménagent aux passions, lorsque le cœur est d^ eorrompu ; voQsconTieiiârezquelesaliit estsidiflfaaledansGeiétat de féliciiè et d'abondance, que Famé juste doit regarder les prospé-» rites temporelles , comme des présents que Siea bit d'ordinaire aux bommes dans sa colère.
Je dis, soit que vous les oonsidériex par les impressions quf elles font sur le oosur pour le corrompre; car, premièremcart , une ame chrétienne doit yivre étrangère sur la terre: son origine, dit Tei^ tuUiett {^polog,)^ sa demeure, son espérance, sa nobksse,aacon* Fcmne , sont d«ns le ciel : son crnur doit être où est son trteor. Si elle cesse de soupirer un moment y ers sa patrie, elle cesse d'ap*purtenir au siècle à venir et à TEglise des premiers nés : û elle se platt dans son exil, eUe n'est plus digne de rhéritage. Son désir fait ici-bas toute sa piété : son inquiétude, tout son mérite : sa consO'^ lation , èHe ne doit la trouver que dans son espérance.
Or cette di^KMition , si essentielle à la foi , s'efface par la pre* miére impression «pie la prospérité fait sur le coeur , qui est une «mpression d'attacbemoit à la terre. Et c^tes, on comprend com* ment une ame aiffigée peui rivre étrangère dans ce monde. Hélas ! qudle raison auroit-elle de s'attacher à des créatures quil'ont abandonnée? Il ne lui en coûte pas beaucoup de retirer ses affections d'un monde qui a retiré d'elle ses faveurs, et de se regarder coinme étrangère dans un lieu où elle ne possède rien. Au contraire » les vues de la fSI sœit alors ses plus douces pensées : rien ne console plus solidonent sca malheurs , que de pouvoir se4ire à eUe-méme, que ce monde n'est pas sa patrie : qu'on ne l'a dépouillée que de ce qu'il ne lai étoit pas permis d'aimer ; que les biens véritables du fidèle sont intérieurs , et ne sauraient lui éùre ravis malgré lui ; que la perte de la grâce est la seule qu'une ame chrétienne puisse faire ; que peu importe de perdre ou de posséder ce qu!on ne peut conserver teiqours ; et que nous étant défendu de fixer notre oosur à la terre y la situation qui nous y attache le moins doit nons paroHre la plus souhailable.
Mais ces sentiments que tout inspire dans l'aiSiction , tout les effaccdans.la prospérité. Car, mes Frères, qu'il est diflBcile de se dé* plaire dans un lieu où tout nous rit \ de regarder comme un exil , une terre de délices \ de n'être pas de ce monde, lorsque le monde ne parott être que pour ncgis ; de ne pas fixer son tabernacle où Ton se trouve si bien ;. de gémir, comme le prophète , sur la durée de ion pèlerinage, quand on n'en ressent , ni les travaux , ni les amertumes i et de marcher sans cesse vers la patrie, tandis qu'on trouve sur le chemin tant d'attraits ^opres à nous arrêter ! L'insensé de TEvangile , se voyant dans Tahondance pour une longue suite d'annéeSi oonvioitsonameàserq)osert ^luiTMi, requiesce (Luc,xn, 19 ). Mon ame , reposez-vous. C'est la première impression qoe la proa*
périlèftt sur son cœur : éUe l'attadia à la terre, el lui fit cberdM on injuste repos dans les créatures.
Or, si TOUS medemandes en quoi consiste le crime de celle &position (car Àlacoor, encore plos qu'ailleurs, oùTonnecoiinott de la reliislon que la surface, ces grandes vérités ne paroissent que des spéculations de nul usage) ; si vous me le demandez, &-je, le Toid: G'est-4Hlire que, dés lors, dit saint Augustin, si tos desirs régldent votre destinée , vous tous immortalisenezsur la tore ; TOUS accepteriez , comme une grâce , le priTilége de pouToir TiTrc étemèUemflnt éloigné de Dieu dans Tussige des biens et des plaisirs sensiUes: c'est-i-dire que, si le monde pouToit être TOtre Dieu, TOire récompense, TOire demeure étemelle , tous ne tous aTiseries jamais d'en demander d'autre : c'est-i-dire que, si l'on tous permettoit d'opter de la terre , ou du dél ; du siédeà Tenir , ondn présent) de Dieu , ou delà créature $ le choix seroit bientôt fiait; et ce qui est Tisible, préféré à ce que la foi seule vous découTre: c'està-dire , en un mot, que tous n'êtes plus chrétien ; car un chrétien est un Canidés promesses, un homme du siédeà Tenir, un citoyen du dd, une portion du Christ, qui attend sans cesse sa réuite aTec ce corps mystique, qui se forme et s'adiére diaque jour, et n'aura sa perfection et sa plénitude que dans l'éternité : et no»seulement tos désirs ne sont que sur la terre ; mais l'attente même des Justes , le règne de Jésus-Christ , toos parott la plua triste et la ph» affreuse de toutes les pensées.
Je sais que cette injuste disposition est cachée an fond de Famé , et qu'on ne s'en aperçoit pas soi-même. Cependant c'est elle qui forme tons tos désirs, qui règle toutes tos démardies, qui dédde de tous TOS penchants ; c'est le ressort prindpal qui donne le mouTemoit à tout le corps de tos ceuTres extérieures : die établit an milieu de TOtre cœur un état de péché, et de œs pédiés qui, n'étant marqués par aucun acte sensible et partlcnlier, et ne consistant que dans un dér^lement habitud de TOire amonr, ne sont jamais connus, jamais expiés; par conséquent, jamais remis : de ces péchés qui , n'étant, pour ainsi dire , que le fond de TOlre Tidonté, sont la source de Ions les antres, et ne paroissent jamais eux-mêmes; de ces péchés, enfin, compatibles aTec la probité, la régularité des mceurs, la pratique de certains dcToirs de religion , aTec une tendresse même de consdence; en un mot, stcc tout ce qui peut nous faire absoudre par le monde, dans le tonps que nous sommes condamnés aux yeux de Dieu.
Et ne nous dites pas que ce sont là des raffinements, et que l'amour du bien-être étant né aTec nous, s'il y a du crime , c'est d'en abuser, d non pas de l'aimer. Mais est-ce un raffinement , que de Tenir tous annoncer que tous êtes nés pour le del , que la Inrre est pour TOUS une demeure étrangère, un lieu de malédiction, d'où les enfants de Dieu doiTent sans cesse souhaiter de sortir, cl
DANGER DES PROSPltRlTES TEMPOllELLES. Mi
qoeqoiooiiqae ne sent pas la tristene de virre éloigné 4e sa iMUrie, perd le droit et le privilège de citoyen des saints? £st*€c un raffinement de vons dire , qne faire de ee monde une cHô permanente, c'est vivre comme les païens qui n'ont point d'espérance ; que do n'être occupé qnc d'une fortune périssaUe , c'est avoir renoncé à la fof ; et que faire du salut et de rétemilé Taflàire la moins sérieuse de toutes ceUes qui vous occupent, c'est éuro déjà jugé? Si ce sont là des raffinements , l'Évangile, cette pbSosophie si sa^e , si simple^ si admirée même des païens, n'est donc pins qu'un vain système d'un esprit oiseux ; et c'est au monde réprouvé à nous fournir un langage plus sensé et dès instructions plus solides, pour annoncer les votes du salut.
Première impression que la prospérité fait sur le cœur, une loipression d'attachement à la terre. La seconde, c'est l'amour ok* cessif de nous-mêmes. La foi nous apprend que nous sommes hÉbsables I car il n'est rien d'aimable que l'ordre , et nous en sommet sortiâ ; il n'est rien d'aimable que la vérité et la justice, et nous en sommes déchus ; il n'est rien d'aimable que l'ouvrage de Dieu , et nous sommes l'ouvage du péché. Nous devons donc nous hafr nouaméuiea : autrement nous serons injustes , nous contredirons même les plus vifs sentiments de notre conscience. Car au fond , noua avons beau nous éblouir par les hommages qu'on nous rend , noua sentons bien que nous ne sommes point dignes d'être aiinés. Hélaa T il est tant de moments où nous sommes à charge k nous-mêmes , ou tout nous déplatt en nous, où tout ce que nous pouvons fiiire est de notis souffrir, où nous avons besoin de diversions et d'amusements , qui nous détournent de la vue intérieure et humiliante de nos propres défauts , et nous empêchent de retomber sur non»* mêmes ! Le monde appelle cet état enuui; mais cet ennui, c'est l'homme montré à lui-même , et qui ne peut soutenir un instant la vue de sa propre misère : marque inrailible que nous sommes haïssables, et que c'est un désordre de s'aimer; j'entends de s'aimer pécheur, et dans la corruption de la nature.
Or toute votre vie , vous que ce discours regarde , est une rc • dierche éternelle de vous-même; et de là tout ce qui plaît, tout ce qui flatte, tout ce qui nourrit la vie des sens , devient un besoin dont vous ne pouvez plus vous passer : de là, les plus saintes lois de l'Église ne sont plus comptées pour rien , dès qu'il faudroit prendre tant soi peu sur soi pour les observer ; de là vous vous établissez comme le centre des créatures qui vous environnent : on diroit que tout est fait pour vous , que tout vit pour vous , que tout subsiste pour vous ; que tout le reste n'est rien que par rapport à vous, que le monde entier doit se bouleverser, ou pour vous^ ménager un plaish*, ou pour vous sauver la plus légère peine : de là tout ce qui vous approche n'est attentif qu'à s'accommoder à vos désirs ^ suivre vos caprices , entrer dans le plan de votre amour-propre t MI -- ^
4M t>lSUXlÈME DIMANCHE DE GARÉMÉ.
QoMiAe TOt goAtSi on deriiie Tospendianli , on oeB'intiiMiedaBt rtàn UenTeillanoe qa'à k fareor de yoè MfalesMB i rieo mtous géM, rien ne vous contredit ; tos indinatkNudéddenl toiqoQrB de tont œqui voos regarde, (Hi préfientménieTOSfloaiiaUs. Jenesato fi voosnous aoauerei encore id de rafliner i mais je sais que s'ily a encore une dirinlté poor Tons, oe ne pent dire qœ Toos-méme. Car, je vous demande , qa'onl fait de |Aaa les grands saints pour Dieu , que ce que vous faites poor TonsHnéme? Il a été leseol objet et le sent point de vue de tontes leurs actions; ne l'étes-Tons pas ▼oas^raémedes vétres? Ils n'ont Técnqne pour Ini; ponr qni tîtcsi- TOUS que pour Toua-méme ? Us n'ont compté pour rien tout ce qni nese rapportoitpasà Ini; oomptef-TOOS pour beaucoup ce qni ne vous ngardepas? Pousseï le paralltie,et yous verresquoTOus éles plus encore TOtre idole et votre divinité, qne le Seigneur n'est le Dieu de ceux qui Taiment et qui Finvoquent. Mes Frères, on a horreur des grands crimes, et on ne compte pour rien de vivre sanscnlte, sans amour ponr Dieu; de ne le mettre pour rien dans le détail die sa vie ; c'est-à-dire de vivre comme si nous n'étions anr la terre qne pour nous, et que nous dussions iKimernosaffec lions, nos craintes, nos désirs, nosespéranoes, à nous-mêmes.
La troisième impression que but la prospérité est relèvement du cœur i je ne parle pas de cet orgueil grossier et déclaré, qui faisoit dire k un prince de Babylone : Je monterai, j'élèverai mon trône an-^dessus des nuées, et je deviendrai semblable an Très- Haut. Je parle d'un sentiment plus à portée du cmur de l'homme , et presque inséparable de la grandeur. Je sais qn'il est des pcrsonnes , qui , on cultivées par l'éducation , on redevables i la nature d'un caractère doux et facile , on enfin , qui voulant parottrc , par un ralBncment d'orgueil, au-dessus même de leur élévation, savent en dépouiller tout le Caiste, se rendre accessibles, et aplanir par leur humanité toutes les voies à cenx qni les approchent. Mais ce n'est pas dans la fierté que je mets le danger dû la prospérité , le ridicule de ce vice suffit presque tont seul ponr en corriger.
C'est dans un certain sentiment avantageux de soi-même , qui accoutume rame à se regarder, comme élevée par ses propres dons, au-dessus de tous ceux qne son rang et sa prospérité laissent audessous d'elle. C'est dans nne secrète erreur de vanité , qui fait que noua confondons notre fortune avec nous-mêmes , que nous faisons entrer la naissance, la grandeur, les titres, les dignités , les biens, dans ridée de ce que nous sommes ; et qne de tous ces avantages , qni sont an dehors de nous , et qni par conséquent ne nous appartiennent pas, nous nous formons nne grandeur imaginaire, que nous prenons pour nous-mêmes ; enfin nne erreur qui nous persuade que nous sommes aux yeux de Dieu , et dans l'ordre de sa providence , des créatures privilégiées, et aussi distinguées que devant las hommes et dans l'ordre extérieur de la société. Leur proapé