‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 63 sur 96 · DANGER DES PROSPÉRITÉS TEMPORELLES · texte numérisé non relu

DANGER DES PROSPÉRITÉS TEMPORELLES

rHé^ dit le Pr(q>bète , les affitinciiit des travaux et des misères comnmnes an reste des hommes; et Toilà ponrqaoi on orgueil secrel s'est emparé de leur cœur : In labore hominum non sunt.,,. ideo tenuit eos superbia ( Ps. lxxii ,5,6). Aussi le premier avis que TApôtre recommande à Timothée de donner aux grands du monde, est de ne point s'âever : Non sublimé sapere (Tih., vi , 17).

D'ailleurs , au dehors tout fortifie dans les grands celte dangereuse impression : les vices sont applaudis , la médiocrité des talents cachée sons l'artifice des louanges , leur orgueil justifié par les noms pompeux de grandeur d'ame et d'élévation de sentiments : tout s'étudie, tout s'empresse à leur persuader qu'ils sont pétrit d'une autre boue que les autres hommes. Nous-mêmes, nous , ministres de la vérité, et dont les lèvres en sont les dépositaires sacrés , nous donnons aux plus légères vertus des grands des éloges que ta religion désavoue ; et sous prétexte d'animer de foibles commencements de piété, nous les corrompons dans leur source. Tel est le malheur des grands; tout est attentif, ou à leur déguiser lemrs vices , ou à leur faire perdre le mérite de leurs vertus.

Or, quand même on pourroit se défendre de ce que les louanges ont de plus injuste et de plus grossier, il se forme néanmoins, de tous ces discours empoisonnés, je ne sais quel sentiment de propre estime qui ne s'efface plus , et qui corrompt le cceur pour toujours. Rérode , au milieu des acclamations d'un peuple insensé , ne se croit pas sans doute un dieu descendu sur la terre pour parler aux honimes ; la louange étoit trop grossière pour être persuadée : il écoute cependant avec complaisance des applaudissements qui semblent lui déférer des honneurs divins, qui le traitent de dieu et d'immortel ; son cœur en est touché , si sa raison n'en est paa gâtée : il ne rejette pas, comme des blasphèmes, des titres et des éloges qui ne sont dus qu'au seul Roi immortel des siècles; et les vers qui le dévorent sur Theure nous laissent comprendre quel fut rexoèf de son impie vanité, puisqu'elle mérita d'être punie d'un si affreux supplice.

Voilà les premiers dangers de la prospérité , tirés des impressions qu'elle fait sur le cœur pour le corrompre ; mais les facilités qu'elle fournit aux passions, lorsque le coeur est déjà oHTompu, me paroissent bien plus à craindre. Renouveléi, je vous prie, votre attention.

Car, en premier lieu, de l'attachement aux choses d'ici-bas, coBimed'une source funeste, naissent ces désirs infinis et insatiables, dont parle saint Paul, qui tuent l'ame : c'est-à-dire que vous regardez la terre comme votre patrie ; vous ne cherchez plus qu*à vous y agrandir, qu'à y occuper une plus grande place; vous voudriez seul pouvoir l'occuper tout entière. Vous ajoutez , dit un prophète , rbérîtage de vos voisins à celui de vos pères; vous passez les bornes que la modération de vos ancêtres avoit si sagement mises

hti DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME.

à fiwbiei» età votre fortune;, tous appdez les terres de vos noms » U semble que Tuiivers entier ne pourra plus suffire à l'étendue de vos projets. Vous foroei souvent un Mabotb de vous céder son champ et la succession innocente de ses pères; tout ce qui vous accommode vous appartient déjà ; vous faites des droits les plus douteux dos droits incontestables, et furcei l'équité de plier sous la puissance. Les dignités que votre opulence vous permet d'acquérir vous conviennent toujours : vous ne faites pas attention , si la médiocrité de vos talents vous ai rend incapable, si le public en souffrira , mais seulement si vous assurei à vos enfants une fortune plus durable; ce n'est plus la vocation du ciel, qui dédde de leur destinée , ce sont vos intérêts temporels : TÉglise est obligée de recevoir, des mains de votre cupidité, des sacrifices qu'elle déteste ; vous tranqportei dans le champ du Seigneur tout ce qui occupe inutilement la terre dans le vôtre ; pour ne pas partager vos biens, et pour soutenir le vain honneur de votre nom , vous déchirei et vous déshonorez l'héritage de Jésus-Christ ; vous placer dans le sanctuanre des vases de rebut et d'ignominie; vous arhetet quelquefois même le don de Dieu ; et comme cette mère de Michas, dont il est parlé Ains TEk^riture , vous employez vos grands biens à ériger à un enfant, dans votre maison même, un nouveau sacerdoce et un nouveau temple Une fortune plus médiocre, en vous laissant plus de modération , vous eût laissé plus d'innocence. Et ne croyez pas que je parle ici de cette opulence cimentée du sang des peuples, de ces hommes nouveaux à qui nous voyons étaler sans pudeur, dans la magnificence de leurs palais, les dépouilles des villes et des provinces : ce n'est pas à nos discours à réformer ces abus ; c'est à la sévérité des lob, et à la juste indignation de l'autorité publique. Vous-mêmes qui m'écoutez , mes Frères , vous en faites le sujet le plus ordinaire de vos dérisions et de vos censures : vous soufiîv impatiemment que des hommes sortis, pour ainsi dire, delà terre, osent disputer avec vous de faste et de magnificence ; parer leur roture et leur obscurité, de vos grands noms, et insulter même, par des profusions insensées , à la misère publique dont ils ont été les artisans barbares : vous sentez toute Thorreur d*une prospérité née de Tinjustice , et vous ne connoissez pas les dangers de celle qw la naissance donne. Toute la diflërence que j'y trouve, c'est que Pune commence et l'autre finit toujours par le crime ; c^est que les uns jouissent d'un bien injustement acquis, et que les autres abusent d'une fortune légitime.

En effet , en second lieu , de l'attachement à son propre corps, seconde im|»*«8slon de la prospérité , naissent toutes ces passions d'ignominie, qui déshonorent le tomplo de Dieu eu nous. Or qui ne sait que la prospérité fraie mille voies à ce vice honteux? Car j« ne vous dis pas que la seule mollesse, inséparable de labondancc , en on acheminement presque infaillible à la licence des mcBurs , cl

DANGER DES PROSPÉRITÉS TBMPORELUSS. k06

qa'ane rie toat oiaeuse, telle ipi'oD la mèDc dans TopoleBoe, toache de près à la dbsolation. Eh I oA naisMot les moittfras et Im passions exécrables , qoe dans les palais des grands? Les Tioes oommnns ne plaisent plus ; et pour réveiller ces âmes volaptaeoses , il tant qoe des excès bizarres et nne aflrense distinction d'énormiié donnent à l'iniquité de nouveau charmes. Lisez les divines Ecri* tures : de Ur vient la chute de David , les égarements Insensés de Satanon , les voluptés démesurées de Balthaiar, le scandale de la cuor d^Hérode.

le ne vous dis pas encore que souvent Tame est redevable de soo iimocence h la dilBculté de la transgrcssioo , qu'on n'aime pas les plaisirs qui coûtent trop, que les obstacles qu'une fortune médiocre met à nos désirs font souvent prendre un parti généreux au fidèle, et rattachent au dévofa* par des liens plus saints et plus durables; mais que , pour les grands , leurs desbrs deviennent la seule règle de leurs passions , la volonté n'a plus d'autre frein qu'elleHnéflM, ka pMMrsneeoAtentplusquela seule peine d'étredesirés. A peheDatM eut souhaité de boire de l'eau de la citerne de Bethléem , quOi malgré tontes les difflcultés qui sembloient rendre son désir inutile, troia jeunes Hébreux percent l'armée ennemie, et, à travers mille dadgers, viennent mettre à ses pieds une eau qui étoit le prix de leur sang et le péril de leur ame : tout est facile aux passions dsi grands. Hélas! le crime platt avec toutes ses oontradietioiis et sea peinas : quels attraits n'aunhtnl donc pas, lorsque tout en aplanit k» voies, et qu'il n'en coûte plus au oosur que pour s^en défendrel

Ente , je n'ajoute pas qu'une verta commune , et quelquefois même l'ittdoieaoe, suffisent pour nous éloigner de chercher )esoeeashmsëu désordre, mais que la vertu même des saints ne saffit pas pour se défendre des occasions qui nous cherdwnt : or elles wlneQt, ces occasions , sous les pas des grands et des heureux du aMmde; leurs regards trouvent partout des écueils, tout veut plaire, tout s'étudie à corrompre le cœur, tout tait gloire de l'avoir corrompu : le crime s'offre à eux , accompagné de Ions les attraits Isa plus propres à le rendre aimable, de tous les artifices que la corruption a pu inventer, ou pour prévenir les dégoûts , ou pour amuacr rincenstance, ou pour justifier la passion. Des conseUleii 4'ini^lè , des ministres de b volupté , dont la prospérité est toujours environnée, cherchent à plaire en Battant la passion du maître, eo deviennent les apologistes impies , en adoucissent l'horreur, m fflusirent la honte et la bassesse, en réveQlent le désir. A petai Sara eut paru dans les royaumes de Pharaon et d' Abimélech , que Jeaeourtisans, connoissant la honteuse fragilité de leurs mattrea, Tiennent leur vanter sa beauté, enflamment leur passion , et leor «inspirent des désirs injustes. Dans une situation si périUense, à BEion IMeu! le Juste luinnéme tomberoit; et comment penl-U arrf-r v«r qu'une aoM déjà amoUie par la prospérité se sootainef

SnfiD^ darorgudly dernière impreasioii de U lumpérilé, naiasenâ les désira ainbitieiix^lesoonciirreiiceSylesperfidieSylesbaines^ks Teogeauces , toutes pissions que la proqpôrité fovorise : VorgujdJl de ceux qui iH>us hàisseni^ 6 mon Dieu! dit le Prophète, monte ioiy'oun (Ps. uuuii, 23). LesbienSylerang, la naissance fonicûmme une loi de l'ambition: il seroit honteux d'être ne qneUpie chose, et de ne point penser à s'èleyer ; sâToir se borner, se trouTer henrenz dans son état, est nne philosophie qoi déshonore, et qne le monde traite de pusillanimité on de singnlarité biiarre. Or, dés que yous supposez l'ambition maltresse d'un oosur jusqu'à un certain point, il n'est plus ri«i d'injuste et de lAche même, qu'on n'en doive ai> tendre : il but détruire vos concurrents, s'élever sur les débris de la religion et de la consdenee, être double, dissimulé, perfide, tout, hormis chrétien : il faut seréjooir des infortunesd'autrailoraqu'elke nous élèvent ; s'affliger de leur élévation qui nous recule ; htfr tout œqui s'oppose à nos prétentions, entrer dans les passions deceuxà qui nous avons intérêt de plaire; décrier la vertu même et le mérite ^ nous devient un obstacle ; sacrifier Tintérêt public i nos intérêts personnels; et faire de notre fortune, notre reUgkm et notre dieu. Voilà les premiers dangers de la proqpérité : eHe inspire ks passions en corroDqpant le cosur; elle les llav<Mriae lorsqu'elle l'a déjà corrompu.

Mais quel fhdt retirer de ces grandes vérités? Faut-il dooero» noncer aux biens et aux titres que nous tenons de nos ancêtres, et sortfar d'un état où ht Providence nous a fait naître? Non, mes Frères; mais c'est de nous dire, premièrement, à nous-^mêmes que pour posséder tout ce qui peut 8«*vir à la félidté des sens, flas ncattest pas plus permis pour cehi de les satisCedre; que ce n'est pas ledegré de notre fortune, mais cdui de notre innocence, qui doit décider de nos droits sur les plaisirs les plus permis; que le pé^ cbeur, quelque élevé qu'il puisse être , n'a plus de partage que les larmes et la violenoe; que ses crimes lui ont rendu inutiles presque tons les avantages de son abondance; et que son élévation, loin d'adoudr sa pénitence, en fait une nouvelle difficulté.

Cest, en second lieu, de comprendre que tout ce qui ne nousélève qu'aux yeux des hommes , n'ajoute rien à ce que nous sommes en efiM devant INeu; que nos va*tus serontà ses yeux nos seuls titresi et que tout ce faste, ettoutes ces dignités qui nous envirament, ensevelis avec nous dans le tombeau, nous serons eiirayés de ne i^ trouva* que nous-mêmes devant son tribunal redoutable.

C'est, enfin , de regarder les royaumes du monde et toute leur gloire , comme un apectacleque le tentateur ne montre jamais qne de loin i Ottenàû et omnia régna mundi, et glorUun eomm (MAm., IV, 8) ; c'est U le pofait de vue séduisant ; c'est de cet éMgnement sentanent, que tout ce vain amas de gloire et de grasH deur vent imposer aux sens et à la raison : à peine 7 toQchen-vouii

DANGER DES PAOSPÉRITÉS TEMPOBIBLLES. MT

que le charme cesse ; l'objet change de bee, ei tous u'y tromret plus rien de ce que l'erreur de TimaghiatioD tous aroit promb. De tontes lea iortnaet et lesgnndeorsqa'oo se propose ici-bas, il n'est qne le deshr et Tespénince qui flatte et qni enivre, n est dou d'espérer t voilà le seol plaisirqne Ilionune poisse id-basse promettre. Dès que tons vos deshrs sont aooooipUi, et qne vons n'ayez pins rien à prétendre, on tous êtes malheureux, onde nonvcanx desfars et des espérances nonvèDes viennent encore vons amoscr et vous sédnire ; il fiint qnel'emnr de l'avenir nous soutienne ; le présent, quel qu'il puisse Mre, n'est jamais rien pour nous. Aussi le tentateur nous laisse lonjoiirs quelque diose i espéror : HéBC outnia iiU dabo (Màrni., T, 9)| c'est là son artilioe$ il nous montre toujours de loin des objets qui irritent nos passions s il sait bien qne le sml secret de tromper les hommes n'est pas de contenter leursdesfars, mais deknr en inspirer i voilà pourquoi vous devriesMre encore plus désabttsés du monde, vous, mes FMres, qne ceux qui naissent dans une fortune méiUocre. Moins tous êtes kenrenxcbns votre élévation, plus vous devex sentir le vide de tout ce ipd fhit l'agitation et l'empressement des autres hommes. Comme TOUS jouisses de tout ce que les autres désirent, 0 reste au tentai teur moins de pièges pour vous surprendre. Ce devroil être là un des privilèges de la grandeur et de la prospérité, de vous bire comprendre que le monde entier n'est rien pour l'hooune; qne tonte la ^Moire de la terre peut enivrer In oœurpour un moment, mais ne muroH le remplir; que nous sommes nés pour le ciei;qiw ce n'est pas l'âévation, nuJs l'innocence du coeur , qui fait les véritables plaisirs de l'homme sur la terre; que si nous plaignons tout bas l'erreur de ceux qui, nés au-dessous de nous, nous regardentoomma heoreux,nous devons |daindre notre propre aveuglement, de croira trouver une félidté plus sdlide dans des distinctions devées an-dessus de la nôtre; qne tous leshommes s'abusent ainsi, faute de ooft* noltrerèlatoùilsnesetrouvent point, et qu'A n'y aurolt qu'à lei rapprocher les uns des autres pour les détromper.

C'est ainsi, ô mon Dieu! que, par une providence miséricordieuse, vous aveivonlu que les dangersde chaque état pussent devenir des moyens et des ressources de salulfàl'amelhUe qni s'y trouve engagée ^ et que , pour rendre tous les hommes inexcuHdiles, vons avez pmnis qne vos serviteurs se soient sanctifiés an mmen des mêmes ècneOs qui volent périr tant d'amea mondataies. ToOk les sentiments de la foi sur les prospérités temporelles. Tous de vota* qu'elles sont des occasions de péché, il faut vons qu'elles sont encore des obstacles de pénitenoe.

k^ Pl^yx^ÈME ptmajhghë de garêmb. .

' ftKCONDB RAftTIB.

ÙaéUt oft les grâces spécbks^soiitphis mes, où k cupidité i^ 4fti» le cfloor des obstades infinis aax sainles inspirations » ôîi.les dUQcttltés de salai mtee extérieures sont d'une nature à n^étre d'i^dioaire surmontées que perdes coups singuliers delà grâce; un élal tel que je viens de le dépeindre , est sans doute un grand oIh stade à la pénitence. Or toîÙ les trois raisons qui établissent ma seconde prcirasition sur le dwger dc^ prospérités temporelles. Encore un moment d'attention, s'il tous platt.

Je dis, premièrement, que les prospérités temporelles sont de grands obstades de conyersion, pareeque les grâces spéciales j sont plus rares. En eflet, ouvrez les livres saints; que voit-on de pins souvent répété dans les divines Ecritures que cette terrible vérité? Pariopt le Seigneur n'aime h s'entretenir qu'avec les simples et les petits , et il regarde de loin ceux que leur naissance et leur orgueil élève au4e8sus des autres -. partout Tare des puissants est brirt, et les foibles sont revêtus de force : partout il laisse sécher Therbe qui croit aurdessus des toits ; et pour être plus élevée , elle n'en est pas plos favorisée des rosées de la graœ, tandis qu'il revêt de beauté le lis qui crqli dans les plus profondes vallées, au milieu même des épines : partontil brise les cèdres du Liban qui paroissoient en sûreté i et i'arbre planté sur le bord des eaux porte du fruit en son temps : paf.tout en Jésus<Uu*ist , c'est-à-dire parmi ses disciples, on ne compte pas beaucoup de nobles et de puissants : les figures et les inaximes des li vries saints , tuut y établit bi vérité dont je parle. Ce n'est pas qu'en Bicu il y ait acception de personnes : je l'ai drja dît , la grâce chrétienne embrasse tous les états; le Seigneur ne manque jamais à sa créature; et sans compter les exemples augustes que nous avons, devant les yeux , les David, les Ezêcbias, les Esther, lies Juditii, les saint Louis, prouvent que, dans réiévation, on Mut être eiux>re plus riche d^ dons.de la grâce, que des biens de la fortune.

. Mais, en premier lieu , l'ordre de la Providence semble demander qu'il y ail une espèce de compensation dans cette inégalité de (o;*tunes et do conditions répandue parmi les hommes; et que dans la conftisioin où to^t parolt ici-bas , ou le pécheur est presque lonjpinrs é)«îvè en honneur , tandis que le Juste gémit dans l'obscorité ^ dans riadjigence, la foi y puisse découvrir un ordre secret, et une manîèce d'égalité qui justifie dans l'esprit du fidèle la providesioe de Dira et jaasgesse de ses conseils dans la dispensation des choses ha maines. Or le secret terrible de cette divine compensation eaomibt en ce que les richesses de la grâce sont comme l'héritage et U portion du pauvre et de Tainigé; tandis que Thomme heureux jouit des faveurs de la terre, comme de sa récompense et de son partage : c'est-à-dire que rinnocence , la pudeur, la drdtun, la fim*

DANGBR DES PROSPÉRITÉS TEMPORELLES. kW

pUdlé, la craiDteda Seigneur, sont réserrées aux âmes obscures , tandis que les titres , les dignités , les grandeurs humaines , sont atendonnte aux puissants et aux beureux du monde. C'est ainsi que tout est disposé dans l'univers avec une économie digne de fÂuteur de la nature et de la grâce : c'est ainsi que l'abondance des uns est étaUiepour suppléer à la nécessité des antres ; que le riche doit bire pari 4e ses Mens à l'indigent, et le pauvre secourir le puissant de ses bédéiyctions spirituelles , et offrir pour lui le sacrifice de ses prières et de ses soufrances.

AnBBi,me8 Frères, on trouve tous les jours desames simples, nées dans l'état le plus vil et le plusobscur, favorisées des dons les plus esirftndinairea, d!une innocence que rien n'égale, d'une foi que rien ne.poit Araider, d'une dèUcatease de conscience que la seule apiiarenoe du mal bksse, d'une élévation de prière qui surprend

, eaux à qui elles oonfient avec simplicité les opérations de la grâce sur leurame ; tandis que souvent les premières vérités de la religion sont à peine connues de ceux qui habitent les pahiis des rois i tandis qq^'on voit tous les jours des personnes d'un certain rang vieillir sans aiteun sentiment de foi et de piété; avoir, dans la défaillanœ de Tàge , le même goAt pour le monde, la même ivresse pMur b cour, pour la faveur, pour les plaisirs , la même sensibilité pour le plus léger refroidissement du maître, que dansFAge le plUs vif etle plus florissant; fairequelquefoisdes efforts pour commencer

. une vie chrétienne, et trouver en elles un fonds de répugnance et de dégoût, qui leur rend insipide et insoutenaMe tout ce qui a rapport au salut.

Tdlea été dans tous les temps laconduitc delà m^m-. 1o<i irr^nâ^ dons ont toujours été réservés aux personnes les plus v uca dciuu la chair : les puissants da monde sont moins propres aux desseins de Dieu; et si sa sagesse s'en sert quelquefois, elle se sert de leon passions , ou pour cbAtier l'orgueil des pécheurs, ou pour exercer la foi des Justes.

Eu second lieu , les grâces sont moins abondantes dans la pros-

^ périlé i parceqoe les faveurs temporelles sont des récompenses vaines, dit saint Augustin , que la justice de Dieu accorde d'ordi^ naire à quelques vertus naturelles des pécheurs, pour avoir plus de droit de les exclure à jamais des promesses de la grâce. Vous êtes peut-être, par les suites d'un naturel heureux, sincère, affable, religieux dans vos paroles, équitable dans vos jugements, ami fidèle, maître généreux, ennemi de la violence et de l'injustice: ces vertus destituées de toute charité ,* l'ouvrage seul de la nature, et inutiles pour le moqde à venir, sont utiles pour le monde présent. Par-là se maintient la paix des états, le repos des familles, la boane

. foi des commerces^ l'ordre de la société. Dieu prend doiic dans le monde même de quoi récompenser d^ vertus toutes mondaines : il miteage des faveurs temporelles à des Justes temporels, pour idnsi

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dire i car, floos ce juge équitable , nalle Terta n'e oommenul crime sans diiBitiiiienC. Mais ces réoompenBee soBtterrliiifli aux yeax de la Ah : oe sont amnne des esduBioiis de la grâce q^ fidt les saints» et des présents que Dieii dispense danssa orfét^

Je sais que cette régie n'est pas nniTersdle , et qw le Juste teii ^pielqnef<»s l^paix dans sa 9enu , et VabQndd3UÊC9dam sêtmai^ sons (PS. cua, 7) ; mais ces exœptians, toiqoars rares, ne doirenl rassQier personne t et vons surtout, si toos ne bites point d'aotee nsage de la prospérité que de la faire seryir à la bcilité de Tos sens, et à Tirre dans la mollesse et roolili de Dien, TOQS avei grand snjet de tremUer et de rons dire sans cesse à vons-^mèmei PenMtreje reçois ma récompense dans ee monde s je ne sens rien de Tif pour le saint; nnUe impression de grâce qui me conduise à nne démarche solide de pénitence : l'affaire de Téternité est detontes les afbirea celle qui m'intéresse et me toocbe le moins: je trouve en moi delà vivacité pour mes amis, ponr la faveur, pour la fortune, pour l'établissement et l'élévation de ma maison, ponr le service du prince et la gloire de la nation, et nul sentiment pour mon salut éternel : et le CQBur ne me dit rien ponr les devoirs de la rdigion et pour le service du mettre des rois de la terre. Grand Dieu! m'auries-vous abandonné au-dedans, tandis qu'au-dehors vous me oombki de vos faveurs? Eh I frappez moi plutôt id*bas; et réservei-moi vos dons pour une vie plus durable. Si la situation où la naissance m'a placé est un dMtacle.à mon salut, dégradez-m'^, 6 mcm Dieu ! et lais* sei-moi retomber dans la poussière d'o& je suis sorti i la plaéequi m'approchera le plus prés de vous sera toujours la plus sonhaitahle pour moi; et le hunier même où Job étoit assis me paroitroit préférable au trône, s'il falloity descendre ponr vous plaire. Yoilà les dispositions où vons devez entrer.

£nin, les grâces sont moins abondantes dans la prospérité, parceque souvent cet état n'est pas celui queDieu nonsavoit préparé dans sa miséricorde, et qu'il n'a permis que nous y (tassions placés, que pour s'accommoder à la dépravation de nos désirs. Au lieu de lui demander sa grâce, Taffolblissement de nos passions et les dons du siècle à venir, notre cmur n'a jamais bit monter vers lui des vœux et des souhaits que pour la terre, pour les biens et la gMrequele mondeestime* LeSeigneur, attentif à ce qui sepasse dans nos cœurs, et indigné de n'y trouver rien pour lui, s'est accommodé à nos souhaits : il nous a punis en les favorisant, dit saint Augustin : il est devenu un Dieu cruel en devenant propice : il nous a ouvert les voies les plus heureuses ponr réussir : il aécarté tous les obstacles qui pouvoient s'opposer à nos desseins ambitieux < il a rassemblé les circonstances les plus inespérées pour nous conduire an terme de nos désirs > il nous a, pour ainsi dire, portés lui-même ior ses ailes au haut delà roue, si rapidement nous y sommes montés. Cependant ses premiers desseins sur vous vous préiwoMBt k voie

DAKGER DES PROSPERITES TEMPORELLËâ. 4il

des dégoûts et des disgrâces comme la {dos sûre pour rotre salaC, et la {dus coorenable à ta fragilité de yotre ccnir et aa caractère de Tos pendunts ; tous l'avez forcé, si je l'ose dire, de cbanger cet ordre : il a été obligé d'entrer dans tos projets, an lieu que voos auriez dû suivre les siens. Mais la peine de ce renversement est que votre prospérité n'étant pas son ouvrage , il ne s'y intéresse point : il vous livre à tous les périls d'un état où il ne vous a placé que pour punir ta cupidité qui vous l'a fait souhaiter : il vous laisse entre les mains de vos passions, dans des voies que vos passions toutes seules se sont frayées : vous êtes k son égard comme cet enfimt prodigue, qui l'avez contraint de vous départir des biens que sa sagesse ne vous avoit pas destinés , et qu'il taisse enfin errer loin de lui au gré de ses désirs déréglés , sans entrer pour vous dans les attentions et ta tendresse d'un père. Si votre élévation étoit son ouvrage, les écueik qui ea sont inséparables se changeroient pour vous en moyens de salut : mais dés qu'elle est l'ouvrage de vos passions , les moyens mêmes de salut qu'on peut y trouver vont devenir pour vous des écudls.

n est donc certain que ta prospérité est un obstacle k ta pénitence, parceque les grâces qui forment le repentir y sont plus rares. Mais de plus je dis, en second lieu, que ta prospérité est un obstacle à ta pénitence, parcequ*elle met dans le cœur des oppositions infinies aux grâces de conversion que Dieu pourroit accorder aux grands et aux heureux du monde; seconde raison : et voici les moUfs sur lesqueta elle est fondée.

Àemiërementjepourrois vous faire remarquerqu'un desmoyens les plus efficaces dont Dieu se sert pour ramener un pécheur à lui. est l'instruction et le zélé des ministres de ta pénitence qui lui parlent au tribunal dans toute ta sincérité de Dieu. Or, soit que par une opposition naturelle à la vérité, les personnes élevées n'aiment pas k l'entendre, soit que , par une fi^blesse indigne de ta sainteté et de Tautorité du sacerdoce, on craigne de ta leur dire, il est certain que les grands et les puissants trouvent rarement de ces hommes fidèles k leur ministère , et en qui ta parole du Seigneur ne soit point liée, lorsqu'il sfagit d'entrer en jugement avec leur conscience. Les Nathan et les Jean-Baptiste ne sont pas de tous les siècles. La présence seule des grands delà terre aflbiblit la véritédansnos bouches, on craint ceux qu'on devroit instruire; on respecte leurs passions comme leur rang et leurs titres : le juge tremble devant le coupable : celui qui va prononcer l'arrêt semble l'attendre lui-même du criminel qu'il doit condamner; et pourvu qu'on n'apptaudisse pas k leurs crimes , on s'apptaudit presque d'avoir eu le courage de les tolérer. Les ministres même les mieux intentionnés se persuadent qu'il faut ici de ta complaisance : on a recours k des ménagements qui blessent le devoir ; on acoHnmode ta règle aux personnes, loin de juger les personnes par ta règle ; on place des excepU<His ou il aurott

bUa ne mettre qae la Id. A insi la Térité n'est jataais montrée^aux grands, que sons le roile des ado .cissements et des mesures; et il est rare qalls fassent péniU^noe, parcequH est rare qu'ils soient ith strnits. C*est la plaiuU* que faisoil autrefois Jérémic : Prophetœtui pidemnt tibifalsa et stulta^ nec ape.riebant iniquUatem luam , ui te ad pœnitentiam provocarent (Thren., ii, 14).

Mais je veux qu'ils trouvent des ministres fidèles, et qui ne oon» noissent personne selon lachair;car il est enci»re des prophètes dans Israël : la grâce de la pénitence est uoe grâce de docilité et de soumission ; il faut se livrer sans réserve à la main qui nous guide , assujettir son humeur à des conseils utiles, et savoir mard»r par des routes qu'on n'auroit pas soi-même choisies. Or, vous qui étesaccputuméà voir tousceuxqui vous environnent déférer à vos sentiments, respecter vos erreurs, et applaudir même à vos caprices, vous ne pourrez plus vous résoudre à ne vous conduire que par les impres* sions d'un guide éclairé; vous voudrez le ramener à vous, au lieu d'aller à lui, et par lui à la vérité: vousexigerez des égards on vous n'auriez dû attendre quedes censures : vous entrepnmdrez d'imposer des lois , où vous auriez dû vous soumetu*e à cdles qu'on vous impose. Naaman, élevé aux premières places d'une cour superbe, n'é- G0Utequ*avec dérision les sages conseib du prophète Elisée» et prent poiu* une simplicile le remède que l'homme de Dieu lui prescrit, et Il sainte autorité de son ministère. On veut être grand où il ne fiiudfoit être que pénilenL

Nouvelle raison. On porte au tribunal un goût de raflinement et de fausse élévation d'esprit, toujours opposé à la grâce de la pénitence, qui est une grâce de simplicité d*enfanoe chrétienne. Si le ministre saint ne parle pas le langage du monde ; s'il n'entre pat dans les préjugés attachés au rang et à la naissance; s*il vous annonce les mêmes vérités qu'au commun des fidèles ; s'il vous prescrit les mêmes devoirs ; s'il vous prédit les mêmes malheurs et les mêmes peines ; s'il trouve dans vos passions la même énormité; s'O vous conseille les mêmes remèdes : vous traitez son zèle de simplicité ; ses lumières ne sont plus pour vous qu'une ignorance dn monde et de ses usages : vous le croyez moins propre à conduire au salut les personnes d'un certain rang : il semble qn il y a un autre Eyangile pour vous que pour le peuple; qu'en Jésus-Christ il y a distinction de Grec et de Barbare, de noble et de roturier ; et que , pour vous guider dans les voies du salut, il faut une autre science que la science de» saints.

La grâce de la pénitence trouve donc des obstacles infinis dans le cœur des grands et des heureux du monde ; mais elle en troiiTe encore de plus insurmontables au-dehors et dans les suites, pour ainsi dire, de la prospérité : dernière raison.

Vat je ne vous dis pas , premièrement , qu'un cœur heureux par ^'abondance ne cherche plus rien hors de lui : rien ne réreitte plus

DANGER DES PROSPÉRITÉS TEMPORELLES. ilS

•Oû anmir poiir le IrieD yériUible, parceqae cet amour est oomme eodormi el rasBasié par les biens apparente. II faut à la grâce des pertes, des dégoûts, des afflictions ; eUe ne peut presque rieu sur las âmes heureuses. Le riche de TEvangile, de quoi s'occupe- t-il dans son abondance (Luc , ui , 18, 19 ) ? d'abattre ses greniers, d'en sebàlir de nouveaux; ensuite de se reposer, manger, boire, faire bonne chère i il ne pense point à Dieu. On n'a recours au Seigneur que lorsqu'on ne se suflEIt plus à soi-même ; on ne cherche le repos dans Tauteur de son être , que lorsqu'on ne le trouve plus dans les créatures. Adonias n'embrasse Tautel, que lorsqu'à voit sa mort résolue Manassês n'invoque le Dieu de ses pères, que dans l'horreur de sa prison et sous la pesanteur de ses chaînes. L'enfant prodigue ne pense à revenir dans la maison paternelle, que lorsqu'il cornmenée à sentir les rigueurs delà faim. Vous-même qui m'écoutez, dans les momente où Dieu vous a affligé, vous vous êtes adressé à lui; vous avez ouvert les yeux sur Tabus de ce monde misérable } mais le retour de la faveur et de la prospérité a rappelé dans votre esprit des images plus douces et plus riantes; et vous vous êtes rendu au monde , dés que le monde a voulu revenir à vous : vous vous séries sauvé par la voie des dégoûts et des afflictions ; vous périrez dans la prospérité.

Mais qne seroit-ce si j'examinoîs ici l'abus que vous avez fait de Yos places et de vos dignités, dont vous rendrez un compte rigoa* reux au tribunal de Jésus-Christ , et qui vous engage en des réparations iuGnies, sans lesquelles votre pénitence sera toujours fausse et répi ouvée de Dieu I Quels nouveaux abimes ! si la brièveté d*ua discours permettoit de les approfondir. Si vous avez été un des cheb des armées dlsraêl , que de licence , que de déprédations , que de yiolences, que de malheurs publics et particuliers Dieu mettra un jour sur votre compte 1 Si vos places vous ont mis à h tête des peuples et des affBires publiques, que de personnes indignes favorisées 1 que d'événemente publics et funestes ont peut-être trouvé leur soiure , ou dans vos jalousies secrètes, ou dans vos intérêts personnels l qne de complaisances iiyustesque la faveur, Tamitié, le sang , et peut-être des attadiemenU criminels , ont obtenues de TOQS 1 que d'abus ou tolérés par voire négligence , ou autorisés par Tos exemples ! que de plaintes mal écoutées ! que d'oppressions dissimulées, ou pour éviter rembarras de les approfondir, on pour sootenir vos choix , et ne pas dévoiler l'iniquité des sobaltemes qui mi étoient les auteurs, et qui vous dévoient leur fortmieet leur place ! On sont les grands qui fassent entrer ces détails et cette muliHode innombrable de crimes étrangers, dans les réparations deleur pénitence?

Enfin , je ne dis rien des obstacles extérieurs que.la prospérité jr mat. La retraite vous seroit nécessaire; yotre rang et vos emplois foos engagent dans le tumulte da monde et des aSidres < Icy pia*

4U DEOXIÈME DlMANctîË DE CAllÊ^tfË:

cératioos scroientleseal remède qui poamrit expier tos vdapUi passées ; les délicatesses de votre édacatioD, oa les bieoséanoes de TOtre autorité, tous les interdisent : la ftnte des honneurs serviroit d'expiation aux excès passés de Totre ambition ; et pour soutenir ▼otre nom , il Tant aspirer à de nouvelles grâces : les humiliations guériroient l'enflure de votre cœur; et il faut que vous sooftîex des hommages, et que, comme Satll après son crime, vous exigiei même qu'on vous honore aux yeux des hommes, de peui- que votre dignité nesouflkre des mépris qu'oii auroit pour votre personne : la prière soutiendroit vos foibles désirs de pénitence ; et lesembarras de votre fortune , ou ne vous en laissent pas le loisir, ou vous en ont fait perdre Tusage : la prospérité vous avoit aplani tous les diemins du crime ; elle vous ferme toutes les voies de la pénitence.

Aussi, mes Frères, la pénitence des grands et des puissants est d'ordinaire si imparfaite : on reçoit tout ce qu'ils veulent donner : les plus foibles efforts sont publiés comme des vertus héroïques : à peine ont-ils fait quelque légère démarche pour sortir de leurs égarements, qu'on leur donne tous les éloges dus h une vertu consommée : on les loue des maux qu'ils ne font pas, plutôt que de ceux qu'ils réparent : on leur compte tout ; un discours, un désir, un sentiment : les signes de la piété passent pour la piété ellemême ; et n'être plus pécheur est pour eux la plus sublime de toutes les vertus!

Mais devant vous, 6 mon Dieu! où les titres et le rang n'ajoutent rien h nos œuvres, vous ne jugez de notre pénitence que par les crimes que nous avons k expier, et non pas par le rang qui lui donne du prix devant les hommes; et tout ce que l'élévation ajoute à nos démarches de pénitence , c'est que , nous laissant plus de plaisirs et plus de crimesà réparer, elle en exige de plus sévères.

11 est vrai encore que la pénitence des personnes élevées consiste plus en des œuvres extérieures et éclatantes, que dans les actes pénibles et secrets de la foi et de la piété. Ils favorisent le culte et la religion ; ils protègent les gens de bien ; ils entrent dans les oenvres de miséricorde; ils soutiennent les asiles publics de la misère on de l'innocence : mais cette vie de foi , de violence , de renoncement , de haine de soi-même, qui fait comme le fond de la pénitence et de la piété chrétienne, ils ne la connoissent pas : ils deviennent plus religieux , mais ils ne deviennent pas pénitents ; ils sont plus utiles à la vertu, mais ils ne sont pas plus rigoureux envers enxmêmes ; ib empMent leur autorité pour soutenir le bien , mais ils se croient dispensés de le faire ; ils servent aux desseins de IMea sur •on E^Hae en soutenant les entreprises qui le glorifient, mais ils ne satisfont pas à sa justice en expiant les crimes qui l'ont outragé; en un mot, ils servent ausalut des autres, et rarement ils se sauvent eux-mêmes. La Slle de Pharaon favorise le peuple de Dieu qu'on opprime, éHe sauve Moïse des eaux* elle emploie ses Mens et son

DANGEK DES PftOSPËRilÉS T£MPO&£LLlSS. &lft

autorité h rédocatloo du oondocteur dlsradl , qui doit on jour défibrer ses ffèreB; éUe l'adopte et le met aa nombre de ses propres enfants: mais sa verta ne Ta pas plus loin ; contente de faToriser le peuple de Dieu, elle n'en imite pas la foi et l'innooenoe; et pour être la protectrice de MoYse, elle n'en est pas moins Tesclare des Tanilés et des contâmes d'Egypte. Tds sont les dangers de la prospérité i elle facilite tontes les passions, elle met des obstacles inflnis à la pénitence. ^

Or Foid le fmitde ce discours. Etes-rous né dans Télévatiw et dans Tabondanoe, penses que les faveurs temporelles ne sont pas promises aux chrétiens ; et que si la Providence les a répanduessur TOUS, ce n'est que pour tous ménager et le mérite de les mépriser, et des occasions d'exercer la miséricorde , en donnant libéralanent ce que tous aTcx reçu gratuitement i penses que l'éléTation ou b hasBBise du chrétien est dans l'innocence ou dans le dérèglement de ses pendiants; et que le pécheur est la plus rile, la.phis méprisable et la dernière des créatures deTant Dieu : pensez que les dangers croissant avec la fortune, tous aTez besoin de plus de Tigilance, de plus de prière, de plus de précaution que ceux qui naissait dans la foule ; et que tous périrez stcc des Terius médiocres, qui TOUS auroient sauTé dans r<Àscurité : pensez que votre éléTation ne TOUS donne aucun priTilége sur les lois de TETangile ; et qu'on exigera de TOUS jusqu'k la dâmière obole , comme du plus Vil de tous les escIaTest penses enfin que tons les objets agréables que la prospérité rassemble autour de vous, ne doivent être pour vous que des occasions continuelles de renoncement; que ce sont poui' vous des pièges et des tentations plutôt que des avantages ; et que si vous ne souffrez pas de toute votre prospérité , vous en jouissez et n'êtes plus dans Tordre de Dieu.

Étea-vous affligé par des pertes et par des disgrâces, souvenezvous que les récompenses temporelles ne sont pas dignes de ceux qpi servent le Roi immortel des siècles t souvenez-vous qu'il est heureux de perdre ce qu'il n'est pas permis d'aimer, et qu'on seroit obligé de mépriser si on le possédoit encore t souvenez-vous enfin que les afflictions ont toujours été le sceau et la récompense des Justes; qu'on ne peut aller h la gloire des Saints que par les croix ; que moins on a en de consolation en cette vie, plus on est en droit d'en attendre dans l'autre ; et qu'au lit de la mort vous ne voudriez pas changer vos afflictions et vos peines passées, contre tous les sceptres et tontes les couronnes de la terre. Méditez ces vérités consolantes ; et dans quelque situation que la Providence vous ait placé, heureux ou affligé, dans la faveur ou dans la iBqra<'c, paê§ên A ieite sorte par les choses temporelles^ que tfousneperdiet poêles kemelles K Ainsi soit*iL

'• (Mm de UMème dimanche sprès U PinteoMe*

klB LUNDI DE LA DEUXIÈME SEMAlNK.

SERMON

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