‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 71 sur 96 · LE MAUVAIS RICHE. M · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS RICHE. M

^Qn'eAt-il été besoin en effets mes Frères, que Jésos-Glurisl vtBl DOUi oavrir Tablme, pour nous faire voir dans les ibnmients un Impudique, un sacril^e, un pécheur dédaré? On sait assez qae les fomicateurs, les impies, les ravisseurs du bien d'autml, n-auroal point de pari dans son royaume : tonte TEcriture est une p^diction continuelle du maltieur qui leur est préparé. S'il nous ouvre donc aujourd'hui le sein dereufer, c*est pour nous y montrer un réprouvé que nous n'y attendions point, et dont le plus grand vfoe a été de n'avoir point de vertu : c'est pour nous apprendre que la vie mondaine toute seule, quand vous en demeureriez U, et que vous ne tombiez dans aucun excès, est une vie criminelle à ses yeux, digne de l'enfer et de ses flammes.

Voilà l'esprit et la 6n de l'histoire que Jésus-Cfarist nous raconte aujourd'hui $ et c'est à cette vérité, la plus importante peut-être qu'on puisse traiter dans la morale chrétienne, que je vais rameaer, par des réflexions édîGantes, toute la suite de notre Evangile. Dans le portrait que nous fait Jésus-Christ du mauvais riche, vous verrez la peinture d'une vie moUe et mondaine, qui n'est aocom* pagnée ni de vice , ni de vertu : dans le récit de son supplice, voué en verrez la condanmation et la déplorable destinée. G'est-4-dbé l'innoemice du monde, exposée et condamnée ; c'est le sujet de cette homélie. Imptot>ns» etc., Ave^ Maria.

PRKM1£RS PARTIB.

Il fanporte peu à notre instruction, mes Frères, d'éclairdr si Jésos-Christ a voulu nous raconter ici une histoire véritable arrivée dans Jérusalem, ou seulement envelopper, selon sa coutumei sous des traits paraboliques, les vérités de sa doctrine. Qu'il se représente , comme un pasteur tendre et empressé , courant à travers les montagnes après une brebis égarée , et, tout joyeux de l'avoir retrouvée, la mettant avec bonté sur ses épaules, ou qu'eflectivement il aille jusque dans Samarie chercher une pécheresse pour la retirer de ses égarements ; la parabole ne réveille pas moins la consdenoe du pécheur que Thistoire : ainsi , que la condamnation de notre riche infortuné soit un fait ou une Ggure, la vérité qu'on prétend y établir n'en est pas moins réelle, ni les motifs de notre terreur moins légitimes.

11 y avoit donc dans Jérusalem , dit Jésus-Christ, un homme riche: Homo quidam erai divei ( Luc. , xvi , 19). Il semble que ce soit ici son premier crime : il étoit né heureux , erat dives. JésuMSu'ist n*ajoute rien d'odieux à cette circonstance. On ne nous dit pas, que, né daiis la poussière, descendu d'une tribu obscure , et sorti d'une des moindres villes de Juda , il fût d'abord venu à Jérusalem pauvre et dépourvu de tout; et que, par les empkris les plus bas, par les Irafia les plus vils, par des voies inconnues et toujours suspectes, n se fût élevée ce point d'abondance et de praqpérité, oùU «voit

depuis para dans le monde, et qu'il eût joui arec insolenee dHm bien qail avoil acquis arec bassesse. Ce n'étoit pas ici un antre Zadiée, cpii, sur la misère publique, eût élevé une fortune monstrueuse; qui eût exigé pour lui-même les tributs dus à César ^ et qui ensuite, à prix d'argent, eût acheté un nom, et exhaussé sa bas* sesse par Téclat des dignités et la distinction des litres. On ne nous laisse pas soupçonner que, descendu d'un père avare et ravisseur, il n'eût recueilli qu'une succession d'iniquité; le silence de Jésus- Christ le justifie sur tous ces reproches : il étoit riche , erat dipes; tl jouissoit paisiblement du patrimoine de ses pères ; libre d'ambition, exempt de souci , environné de plaisirs tranquilles et domestiques, et ne goûtant que les douceurs d'un bien qui étoit à lui. Est-S quelqu'un parmi vous , mes Frères , qui possède des richesses dans des droonstances plus innocentes ? Cependant Yoilà le premier degré de sa r^robation : il étoit riche, erat dives.

En second lieu, il étoit Têtu de pourpre et de lin : Induebaiur pMrpurd et bysso. La pourpre, & la Térité, étoit une étoffe précieuse t mais nous dit-on qu'en cela il passât les bornes que l'usage prescri- Toit à son rang et à sa naissance ; que ses biens ne pouvant suffire à ses profusions, l'ouvrier et le marchand souffirissent de ses vanités et de sa magnificence ; et qu'enfin , comme dit le prophète , son orgueO et son ostentation surpassassent ses forces .- Superbia ejus ec arroganda ejus..,. plta quàmforîitudo ejus ( Is., xvi, 6) ? Son siècle ne connoissoit pas encore des désordres si communs dans le nôtre, où le luxe confond tous les états ; où un peu de prospérité fait disputer de faste le publicain avec les princes du peuple; où les misères publiques , en augmentant les murmures , semblent augmenter les profusions ; où l'on ne connott plus ni les honunes à lenr nom , ni les femmes à leur visage ; et on l'on est modeste quand on n'outre pas le luxe établi , et qu*on ne fait que se conEormer à la folie et à l'excès de l'usage. On ne reproche point à notre infortuné Tiche que dans les soins de sa parure il entrftt des desseins de passion et de crime , ni cette prétendue simplicité d'intention, toujours alléguée et toujours fausse, sur laqneHc, femmes du monde, tous excusez tant d'indécence et l'artifice de vos ajustements. En un mot, ee riche étoit vêtu superbement; il aimoit la splendeur et la magnificence : et dans la synagogue, où le culte étoit encore sensible et grossier, où l'on crojoit que la magnificence du tanple toute seule et l'appareH des sacrifices honoroient le Seigneur, où l'éclat extérieur des cérémonies en faisoit toirte la majesté, où Dieu même ne s'étoit montré que sous des symboles de grandeur et de gloire, il semble que cet excès étoit plus pardonnable que sous l'Evangile où Jésus-Christ, pauvre et humilié, est devenu une leçon , et un devoir en même temps , de modestie et de simplicité à tous les fidètes.

En troisième lieu, il se traitoit tous les jours magnifiquemeiil : M^ulabatur quotidi^tplendidkt mais la loi de Moïse ne défeadoit

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