‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 75 sur 96 · POUR LE LUNDI DE LA TROISIËMK SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

POUR LE LUNDI DE LA TROISIËMK SEMAINE DE CARÊME

aoB LK pmr nomms dbs iujs.

MaUi lifroêi «nstf im iwatl smb éUimêù yropluia; êi mmo gonim mamdaims ut, iWW

Il y aToit beaucoup de lépreux en laraël an tempe do propbéCa Elbéi^ et aneai d*eiii ne Ital guéri que le leul Naaman le Syrien. ( Luc, iv, xr. )

Vous nous demaodez (ous les jours, mesFrôres, s'il est yrai que le chemin da cid soit si diiBcile ; et si le nombre decenx qui se snavent est aussi petit que nous le disons. A une question si souvent pro* posée, et encore plus souvent éclairde, Jésus-Christ tous répond aujourd'hui qu'il y aroit beaucoup de reuves en Israël afBigées de la famine ; et que la seule yeuve de Sarepta mérita d'être secourue par le prophète Élie : que le nombre des lépreux étoit grand en Israël du temps du prophète Elisée ; et que cependant Naaman tout seul fut guéri par Thomme de Dieu.

Pour moi , mes Frères, si je venois ici tous alarmer plutôt que vous instruire , il me suflBroit de tous exposer simplement ce qu'on lit de plus terrible dans les livres saints sur cette grande vérité ; et parcourant de siècle en siècle Thistoire des Justes, vous montrer que dans tous les temps, les élus ont été fort rares. La famille de Noé, seule sur la terre sauvée de l'inondation générale; Abraham , seul discerné de tout le reste des hommes , et devenu le dépositaire de lalliance; Josué et Galeb, seuls de six cent mille Hébreux, introduits dans la terre de promesse ; un Job, seul juste dans la terre de Hus ; Loth, dans Sodome ; les trois enfants juifs , dans Babylone.

A des figures si effirajantes auroient succédé les expressions des prophètes : vous auriei vu dans Isaîe les élus aussi rares que ces grappes de raisin qu'on trouve encore après la vendange , et qui ont échappé k la diligence du vendangeur ; aussi rares que ces épis qui restent par hasard après la moisson , et que la faux du moissonneur a épargnés.

L'Evangae auroit encore ijonté de nouveaux traits à la terreur de ces images : je vous aurois parlé de deux voies , dont Tune est étroite, rude, et la voie d'un très petit nombre; l'autre, large, spacieuse , semée de fleurs , et qui est comme la voie publique de tous les hommes; enfin, en vous faisant remarquer que partout dans les livres saints , la multitude est toujours le parti des réproiivés; et <^ }m élus, comparés au reste des hommes^ m

SUR LES thVS !123

forment qQ*an petit troopoaa qui échappe presque à la me; je TOUS aurois laissé, sur votre salut, dans des alarmes toujours cruelles à quiconque n'a pas encore renoncé h la foi , et à l'espérance de sa Tocation.

Mais que ferois-je en bornant tout le fruit de cette instruction , à vous prouver seulement que très peu de personnes se sauvent ? bêlas l je décou vrirols le danger , sans apprendre à l'éviter ; je vous roontrerois avec le prophète, le glaive de la colère de Dieu levé sur vos tètes , et je ne vous aidcrois pas h vous dérober au coup qui vous menace ; je trouûerois les consciences , et je n'instruirois pas les pécheurs.

Mon dessein donc aujourd'hui est de chercher dans nos mœurs les raisons de ce pelit nombre. Gomme diacun se flatte qu'il n'en sera pas exdu , il importe d'examiner si sa confiance est bien fondée. Je veux , en tous marquant les causes qui rendent le salut si rare , non pas vous faire conclure en général que peu seront sauvés ; mais vous réduire avons demander à vons-m^e, si, vivant comme vous vivez , tous pouvez espérer de Tétre : qui suis-je ? que fais-je pour le ciel? et quelles peuvent être mes espérances étemelles ?

Je ne me propose point d'autre ordre dans une matière aussi importante. Quelles sont les causes qui raident le salut si rare ? je vais en marquer trois principales , et voilà le seul plan de ce discours t l'art et les recherches seroient ici mal placés. Appliquei-vous, qui que vous soyez : le sujet ne sauroit être plus digne de votre atten* lion , puisqu'il s'agit d'apprendre quelles peuvent être lesespérances de votre destinée éterndile. Implorons , etc. At^e^ Maria.

PRBMIBRE PARTIE.

Peu de gens se sauvent , parcequ'on ne peut comprendre dans ce nombre que deux sortes de personnes , ou celles qui ont été assez heureuses pour conserver leur innocence pure ci entière ; ou celles qui, après l'avoir perdue , l'ont retrouvée dans les travaux de la pénitence. Première cause. Il n'y a que ces deux voies de salut ; et le ciel n'est ouvert , ou qu'aux innocents, ou qu'aux pénitents. Or, de quel côté êtes-vous? êtes-vous innocent? êtes-vous pénitent ? Rien de souillé n'entrera dans leroyaume de Dieu : il faut donc y porter, on une innocence conservée, ou une innocence recouvrée. Or mourir innocent est un privil^e, où peu d'ames peuvent aspirer : vivre pénitent est une grâce que les adoucissements delà discipline, et le relâchement de nos morars , rendent presque encore plus rare.

En effet , qui peut prétendre aujourd'hui au salut par un titre d'innocence ? Oùsont œsames pures en qui le péché n'ait jamais habité, et qui aient conservé jusqu'à la fin le trésor sacré de la première grâce que TEglise leur avoit confiée dans le baptême , et que Jésus- Christ leur redemandera au jour terrible des vengeances?

Dans ces temp^ heureux aà toute l'Efliae o'éloit epcore^jq'unç qs.*

sem}>lée de saints, il étoil rare de (rou?^ des fidèles qui ayiAi avoir teça les jdoos de Ffisprli saiol , et coqtessè J^as*G|irist dans le sacremeiit qui nous régénère , retond)assent dans le dérégjkwent de leurs premières moeurs. Ananîe et Saphirc furent lies seub -prévaricateurs derEgliae de Jérusalem t celle de Gorinflie ae* vitqu'un incestueux : la pâiitence canonique étoil alors çin remède rare{ et à peine, parmi ces vrais Israéliles, se troavoii-il w seul lépreux qu'on fût obligé d'éloigner def aiûel saint , et de séparer de la ooni* munion de sesirères.

Mais depuis, la foi s'affaiblissant en commençant k s'étendre, le nombre des Justes diminuant à mesure que celui des fidèles aug* mentoit , le progrès de FEvangile a , ce semble » arrêté delui de la piété; et le monde entier devenu chrétien, a porté enfib avec lui dans TEglise, sa corruption et ses maximes. Hâas I nous nous égarons presque tous dès le sein de nos mères : le premier usage que nous faisons de notre coeur , est un mme t nos prismiers penchants sont des passions ; et notre raison ne se développe et ne croît, que sur les débris de notre innocence. La terre , dit on prophète, est infectée par la corruption de ceux qui rhabiteni; tous ont violé les lois;, changé lesordonnanoes , rompu TalUance qui devoit durer éternellement { tous opèrent l'iniquité, et à peine s'en trouve4-il un seul qni fasse le bien : l'injustice , lacakninie, le menonge, la perfidie, Tadultère, lescrimies les plus noirs ont inondé la terre : Mendaeium^ eifartum^ et adiéU^rium inundavenmt (OsSa, iv, 2). Le frère drem des embûches au frère, le père est séparé de ses aifants , répoox de son épouse, il n'est point de Uen qu'un, vil inlérét ne divise , la bonne foi n'est plus que la vertu des simples , les haines sont étemelles^ les réconciliations sont des feintes, et jamais on ne regarde un ennemi comme un frère : on se déchire ^ on se dévore les uns les autres ; les assemblées ne sont plus que dttcetennes publiques; la vertu la plus entière n'est plus à couvert de ia .eentradiction des langues ; les jeux sontdevenus , ou des trafics, ou êftn fraudes, ou des fureurs ; les repas, ces liens innocents de la société, des excès dont on n'oseroit parler; les plaisirs publics, dès écoles de Inb icité : notre siècle voit des horreurs que nos pères ne connoissoient même pas ; la ville est une Ninive pécheresse ; la cour est lo centre de toutes les passions humaines; et la Tertu autorisée par l'exemple du souverain , honorée de sa bienveillance , animée par ses bienfaits , y rend le crime plus cireonspect , mais ne l'y rend pas peut-être plus rare t tous les états , toutes les conditions ont corrompu leurs voies ; les pauvres murmurent contre la main qui les frappe ; les riches oublient l'auteur de leur abondance ; les grands ne semblent être nés que pour eux-mêmes; et la licence paroit le seul privilège de leur élévation : le sel même de la terre s'estafladi ; les lampes de Jacob se sont éteintes $ les pierres du sanotuah« se traînent indignonent dans la hooe dea plaees pnldiqoes«

SUft LES ÉtUB. m

et k firétre est^Yenn MmUable au peuple. O Diea! est-ce donc là votre EgUse et l'asseniblée des saints ? est ce là cet héritage s\ diéri, eette vigne bien^aimée, l'objet de vos soins et de vos tendresses? et qn'oifroit de plila coap^sble à vos yeux Jériisalem , lorsque vous la &rap|]Ates d unenialéc&tioa éternelle?

VoSià donc dé)a une voie de salut fennée presque à tous les hommes; tousse sont égarés. Qui que vous sojez qui m'écoutez ici, il a été un temps où le péché régnoil en vous: Tàge a pcut-éire calmé vos passions; mais quelle a été votre jeunesse ? des infirmités taabhudles vous ont peuMtre dégoûté du monde ; mais quel usage fttsiez*vouft avant ceU de la santé ? un coup de la grâce a peut-être diangé votremBior; mais tout le temps qui a précédé ce changement , ne priez-vous pas sans cesse le Seigneur qu*il refface de son souvenir?

Mais à quoi m'amusé-je? Nous sommes tous pécheurs, 6 mon Dieu! et vous nous eonooissez; ce que nous voyons même de nos égarements , n'en est peut-être à vos yeux que l'endroit le plus supportable ; et du côte de Finnocence , chacun de nous convient assez qu*il n'a plus rien à prétendre au salut. 11 ne reste donc plus qu^une ressource ; c'est la pénitence. Après le naufrage, disent les Saints, c'est la pbmche. heureuse, qui seule peut encore nous mener an port; il n'y a plus d autre voie de salut pour nous. Qui que vous soyec qui avez été p<*cheur , prince , sujet , grand , peuple , la pénitence seole peut vous sauver.

Qr , flunffrez , que je vous demande , où sontles pénitents parmi nous? oè aottl«ils? forment-ils dans l'Eglise un peuple nombreux? Ytmeù trouverez plus, disoit autrefois un Père, qui ne soient janais tombés , que vous n'en trouverez qui , après leur chute , se sment relevés par une véritable pénitence : cette parole est terrible. Mais je veux que ce soit là une de ces expressions qu'il ne faut pas trop presser , quoique les paroles des saints soient toujours resppctables. \Ne portons pas les choses si loin ; la vérité est assez terrible, sans y ajouter de nouvelles terreiurs par de vaines déclamations. Examinons setdement si du côté de la pénitence , nous sommes en à^i la plupart de prétendre au salut

Qu'est-ce qu'ua pénitent? Un pénitent , disoit autrefois Tertullien , est un fidèle qui sent tous les moments de la vie, le malheur qu^il a eu de perdre et d'oublier autrefois sou Dicu; qui a sans cesse aoi» péché devant les yeux i qui en retrouve partout le souvenir et les tristes images : im pénitent, c'est un homme chargé d(^ intérêts delà justice de Dieu contre lui-même ; qui s'interdit les plaisirs les ptas innocenls, parcequ*il s'ea est permis de criminels; qui ne sooSkre les plus nécessaires qu'avec peine ; qui ne regarde plus son corps que comme un ennemi qu'il faut affoiblir ; comme un rebelle qu'A faut châtier ; oomme un coupable à qui désormais il faut près* (]ue tout refuser^ comame un ya^e souillé qu'il faut purifier ; comme

626 LUNDI DE LA TAOlSIEAfË SEMAINE.

oo débiteur inQdële ^ doet il faat exiger josqa'au dernier douer : UD pénitent, c'est on criminel, qui s'envisage comme un homme destiné à la mort , parcequ'il ne mérite plus de Tiyre ; ses mœars par conséquent , sa parure, ses plaisirs mêmes, dmyent avoir je ne sais qupi de triste et d'austère , et il ne doit plus vivre que pour souffirir : un pénitent ne voit dans la perte do ses biens et de sa santé , que la privation des faveurs dont il a abusé ; dans les humiliations qui lui arrivent, que la peine de son péché ; dans les dou* leurs qui le déchirent, que le commencement des supplices qu'il a mérités ; dans les calamités publiques qui aflDigent ses frères , que le châtiment peut-être de ses crimes particuliers t voilà ce que c'est qu'un pénitent. Mais je vous demande encore , où sont parmi nous les pénitents de ce caractère ? ou sont-ils?

Ah I les siècles de nos pères en voy oient encore aux portes de nos temples t c'étoient des pécheurs moins coupables que nous sans doute, de tout rang, de tout Age, de tout état ; prosternés devant le vestibule du temple; couverts de cendre et de dlioe; conjurant leurs firmes qui entroient dans la maison du Seigneur, d'obtenir de sa clémence le pardou de leurs fautes ; exclus de la participation à Tautel, et de l'assistance même aux mystères sacrés; passant les années entières dans l'exercice des jeûnes, des macérations, des prières et dans des épreuves si laborieuses , que les pécheurs les plus scandaleux ne voudroient pas les soutenir aujourd'hui un seul jour { privés non-*seulemcnt des plaisirs publics, mais encore des douceurs de la société , de la communication avec leurs frères, de la joie ccnnmune des solennités ; vivant comme des anathèmes, sépa^ rés de l'assemblée sainte ; dépouillés même pour un temps de tontes lea marques de leur grandeur selon le siècle, et n'ayant plus d'autre consolation que celle de leurs larmes et de leur pénitence.

Tels étoient autrefois les pénitents dans l'Eglise t si Fou y voyolt encore des pécheurs, le spectacle de leur pénitence édifioit bien plus rassemblée des fidèles, que leurs chutes ne l'avoient scandalisée; c'étoient de ces fautes heureuses, qui devenoient {dus utiles que l'innocence même. Je sais qu'une sage dispensation a oUigé l'Eglise de se reUcber des épreuves publiques de la pénitence ; et si j'en rappelle ici l'histoire, ce n'est pas pour blâmer la prudence des pasteurs qui en ont aboli l'usage, mais pour déplorer la corruption gé* nérale des fidèles qui les y a forcés. Les changements de mœurs et des sièdes entraînent nécessairement avec eux les variatiODS de la discipline. La police extérieure fondée sur les lois des hgmines» a pu changer ; la loi de la pénitence établie sur l'Évangile et sur la parole de Dieu, est toujours la même : les degrés publics de la pénitence ne subsistent plus , il est vrai , mais les rigueurs et l'esprit de la pénitence sont encore les mêmes, et ne sauroient jamais prescrire. On peut satisfaire à l'Eglise sans subir les peines publiques qu'elle imposoit autrefois > on ne peut satisfaire à Dieu sans lui en

oflBrir de particoUàrts, qui les égaleot et qui ea soient une joste compensation.

Or, regardez aatoor de vous : je ne dis pas qae vous jugiez yos fràres, mais examinez quelles sont les mcsars de tous ceux qui tous entironnent; je ne parle pas même ici de ces pécbenrs déclarés qui ont secoué le jong, et qui ne gardent plus de mesures dans le crime ; je ne parle que de ceux qui vous ressemblent, qui sont dans des DKBnrs communes, et dont la yie n'offre rien de scandaleux ni de criant : ils sont péclieurs ; ils en conviendroicnt : vous n*étes pas innocent, et tous en convenez vous-même : or, sont*ils pénitents ? et l'étes-voos? L'âge, les emplois, des soins plus sérieux vous ont fait peut-être revenir des emportements d'une première jeunesse : p«it-étre même les amertumes que la bonté de Dieu a pris plaisir de répandre sur vos passions ; les perfidies , les bruits désagréables, une fortune reculée, la santé ruinée, des affaires en décadence, tout cda a refroidi et retenu les penchants déréglés de votre coeur : le crime vous a dégoûté du crime même : les payions d'elles-mêmes se sont peu à peu éteintes ; le temps et la seule inconstance du cœur ont rompu vos liens : cependant, dégoûté des créatures, vous n'en êtes pas plus vif pour votre Dieu : vous êtes devenu plus prudent, plus régulier, selon le monde , plus homme de probité , plus exact à remplir vos devoirs publics et particuliers; maisx<>!!J|^^ |

pfaitent : vous avez cessé vos désordres ; mais vous neles avez pas | expiés ; mais vous ne vous êtes pas converti ; mais ce grand coup \ qui change le cœur, et qni renouvelle tout l'homme , vous ne l'avez I pas encore senti.

Cependant cet état si dangereux n'a r ica qui vous alarme : des pé- f chés qui n'ont jamais été puriQés par une sincère pénitence , ni pari conséquent remis devant Dieu, sont à vos yeux comme s'ik n'étoient ! plus ; et vous mourrez tranquille dans une impénitence d'autant plus \ dangereuse, que vous mourrez sans le connottre. Ce n'est pas ici t une simple expression, et un mouvement de zèle; rien n'est plus réel et plus exactement vrai ; c'est la situation de presque tous les hommes, et même des plus sages et des plus approuvés dans le monde : les premières mœurs sont toujours licencieuses; Tàge, les <Jégoûts, un établissement ûxent le cœur, retirent du désordre, réconcilient même avec les saints mystères : mais où sont ceux qui se convertissent? où sont ceux qui expient leurs crimes par des larmes et des macérations? où sont ceux qui, après avoir commencé comme dos pécheurs, finissent comme des pénitents? où sont-ils? je. vous le demande.

Montrez-moi seulement dans vos mœurs des traces légères de pénitence. Quoi ? les lois de T Église ! mais elles ne regardent plus les personnes d'un certain rang, et l'usage en a presque fait des devoirs obscurs et populaires. Quoi? les soins de la fortune? les irqnT(^tud^ de la faveur et de la prospérité? les fatigues du ser-

Tiœ? le» dégoùU et les gènes de la cour? les assajettissemeiits 4ts emplois el des tnenséances? mais voudriei-yous mettre tos atees au nombre de vos Tertusj qne Dica tous ttnt compte des travanx que TOUS n'endurei pas poor lui, que votre ambition, votre orgueil, votre cupidité, vous déchai^geasseot d'une obligation qu'elles-mâmes vous imposent? vous êtes pénitent du monde: mais vous ne l'êtes pas de Jésus-Christ. Quoi enûn? les infirmités dont Dieu vous afflige? les ennemis qu'il vous suscite? les disgraiHss et les pertes qu'il vous ménage? mais recevez-vous ces coups avec soumission sralo-

Iment? et loin d'y trouver des occasions de pénitence, n*en Eûtes.vous pas la matière de nouveaux crimes? mais quand vous serïei fidèle sur tous ces points , seriez* vous pénitent ? Ce sont les obligations d'une ame innocente, de recevoir avec soumission les coups, dont Dieu la frappe; de remplir avec courage les devoirs pénible de son état; d'être fidèle aux lois de l'Église; mais vous, qui êtes pécheur, ne devez- vous rien au-delà? El cependant vous prélendez au salut; mais sur quel titre? Dire que vous êtes innocent devant Dieu , votre conscience rendroit témoignage contre vous-même : vouloir nous persuader que vous êtes pénitent, vous n'oseriez, e4 vous vouscondamnericz par votre propre bouche: sur quoi donc pou- . vet-vous compter, 6 homme qui vivez si tranquille t UU eu etg^. *jflonalio tua ( Roh., m , â7 } ?

Et ce qu'il y a ici de terrible , c'est qu'en cela vous ne faites que. suivre le torrent : vos mœurs sont les mœurs de presque tous les hommes. Vous en connoissez peut-être de plus coupables que voua (car je suppose qu'il vous reste encore des sentiments de lîdigion , et quelque soin de votre salut) ; mais de véritables pénitents, en connoissez-vous? il faut les aller chercher dans les dotlres et dans les solitudes : vous comptez à peine parmi les personnes de votre rang et de votre état, un petit nombre drames dont les mœurs plus austères que celles du commun, s'attirent les regards, et peut-être aussi la censure du public i tout le reste marche dans la même voie. Je vois que chacun se rassure sur son voisin ; que les enfants succèdent là- dessus à la fausse sécurité de leurs pères ; que nul ne vit innocent ; que nul ne meurt pénitent : je le vois et je m'écrie : O Dieu I si vous ne nous avez pas trompés ; si tout ce que vous nous avez dit sur la voie qui conduit a la vie, doit s'accomplir jusqu'à un point; si le nombre de ceux qu'il faudroit perdre ne vous fait rien rabattre de la sévérité de vos lois, où va donc se rendre cette multitude infinie de créatures qui disparoissent tous les jours à nos yeux? où sont nos amis, nos proches, nos maîtres, nos sujets qui nous ont précédés? et quelle est leur destinée dans la région étemelle des morts? que serons-nous un jour nous-mêmes?

Lorsqu'autrefois un prophète se plaignolt au Seigneur, que tons a voient abandonné son alliance dans Israôl :il répondit qu'il s'étoil encore réservé sept mille hommes qui n'avoient pas fléchi le genou

derant Baal : c'est tout ce qa'un royaume entier renfermoit alors d'âmes pores et fidèles. Mais ponrricz-vous encore anjonrd'hoi, 6 mon Dieu! consoler les gémissements de tos serviteurs par la même assmimoe? Je sais qœ Votre oeil discerne encore des jnstes an mi- Uea de nous ; que le sacerdoce a encore ses Phinée $ la magistrature ses Samuel; Tépée ses Josué; la cour ses Daniel, ses Estber et ses David, car le monde ne subsiste que pour vos élus, et tout serdt détruit si leur nombre était accompli ; mais ces restes heureux des enfants d'Israël qui se sauveront, que sont-ils comparés aux grains de sable de la mer; je veux dire k cette multitucto infinie qui se damnef

Yenes nous demander après cela, mes Frères, s'il est vrai que peu seront sauvés. Vous l'avez dit, 6 mon Dieul et par-là c'est une vérité qui demeure éternellement. Mais quand Dieu ne l'auroit pas dit, je ne voudrois, en second lien, que voir un instant ce qui se passe parmi led hommes ; les lois sur lesquelles ils se gouvernent, les maximes qui sont devenues les règles de la multitude ; et c'est id la seconde cause de la rareté des élus, qui n'est proprement qu'un dévdoppementde la première: la force des coutumes et des usages.

DBOXlAlll PARTIE.

Peu de gens se sauvent, parceque les maximes les plus univers soDement reçues dans tons les étets , et sur lesquelles roulent les monrs de la multitude, sont des maximes incompatibles avec le salut : sur l'usage des biens, sur l'amour de la gloire, sur la mo* dération chrétienne, sur les devoirs des charges et des conditions, sur le détail des œuvres prescrites , les règles reçues, approuvées, autorisées dans le monde, contredisent celles de l'Evangile ; et dès là elles ne peuvent que conduire à la mort.

Je n'entrerai pas id dans un détail trop vaste pour un discours, et trop peu sérieux même pour la chaire chrétienne. Je ne vous dis pas que c'est un usage établi dans le monde, qu'on peut mesurer sa dépense sur son bien et sur son rang ; et que pourvu que ce soit du patrimoine de ses pères , on peut s'en faire honneur, ne mettre point des bornes à son luxe, et ne consulter dans ses profusions, que son orgueil et ses caprices. Mais la modération chrétienne a ses règles ; mais vous n'êtes pas le maître absolu de vos biens; et tandis surtout que mille malheureux souffrent, tout ce que vous employei au delà des besoins et des bienséances de votre étet est une inhumflh nité et un vol que vous faites aux pauvres. Ce sont là, dit-on, des rat finementsde dévotion; et en matière de dépense et de profusion, rien n*est blâmable et excessif, selon le monde, que ce qui peut abouh tir à déranger la fortune et altérer les affaires.

Je ne vous dis pas que c'est un usage reçu , que l'ordre de la naissance ob les intérêts de la fortune décident toujours de nos destinées» et règlent le choix du sièdc ou de l'Église ; de la retraite, ou du mft- M. 1. U

riag«. Mats la vocation da ciel , 6 mon Dieu *. prend-elle sa soaroe dans les lois humaines d*ane naissance charnelle? On ne peat pas toat établir dans le monde, et il seroit triste de voir prendre ë des enfants des partis pea dignes de leur rang et de leur naissance.

Je ne Tons dis pas qae I* nsage vent qne les jeunes personnes da sexe, qu'on ëlèye pour le monde, soient instruites de bonne heure de tons les arts propres à réussir et h plaire , et exercées avec soin dans une sdence funeste, sur laquelle nos coBurs ne naissent que trop Instruits. Mais l'éducation chrétienne est une éducation de retraite, de pudeur, de modestie, de haine du monde. On a beau dii«, il faut Tivre comme on vit : et des mères, d'ailleurs chrétiennes et timorées , ne s'arisent pas même d'entrer en scrupule sur cet article.

Ainsi vous êtes jeune encore, c'est la saison des plaisirs : il ne seroit pas juste de vous interdire à cet âge ce que tous les autres se sont permis : des années plus mûres amèneront des mcsurs plus sérieuses.

Tous êtes né avec un nom ; il faut parvenir à force d'intrigues, de bassesses^ de dépense ; faire votre idole de votre fortune : l'ambition, si condamnée par les règles de la foi, n'est plus qu'un sentiment digne de votre nom et de votre naissance*

Yous êtes d'un sexe et d'un rang qui vous mettent dans les bienséances du monde ; tous ne pouvez pas vous faire des mœurs à part : il faut vous trouver aux réjouissances publiques, aux lieux où celles de votre rang et de votre âge s'assemblent , être des mêmes plaisirs, passer les jours dans les mêmes inutilités, vous exposer aux mêmes périls-: ce sont des manières reçues, et vous n'êtes pas pour les réformer. Voilà la doctrine du monde.

Or, souJffirez que je vous demande ici -. qui vous rassure dans ces voies ? quelle est la règle qui les justifie dans votre esprit? qui vous autorise, vous, k ce faste, qui ne convient ni au titre que vous avez reçu dans votre baptême, ni peut-être à ceux que vous tenez de vos ancêtres? vous, à ces plaisirs publics, que vous ne croyei innocents, que parceque votre ame, trop familiarisée avec le crime, n'en sent plus les dangereuses impressions ? vous, à ce jeu étemel , qui est devenu la plus importante occupation de votre vie? vous , à vous dispenser de toutes les lois de l'Église ; à mener une vie molle, sensuelle, sans verlu, sans souffrance, sans aucun exercice pénible de religion ? vous , à solliciter le poids formidable des honneurs du sanctuaire, qu'il sulBt d'avoir désiré pour en être indigne devant ' IMeu? vous, à vivre comme étranger au milieu de votre propre maison; à ne pas daigner vous informer des moeurs de ce peuple de j domestiques qui dépend de vous; à ignorer par grandeur s'ils /croient au Dieu que vous adorez , et s'ils remplissent les devoirs do ;lft rd^kmque vous professez? qui vous autorise à des maximes si

peu dbrétieDneB?est-€e rÉrangile de Jésos^hrist? est-ce la doebiiM des saints? sont-ce les lois de FÉglise? car il faot une règle podr être en sûreté ? quelle est la Tôtre? Fnsage ; Toilà tont ce qoe toos arei k noos opposer ; on ne yidt personne antonr de soi ^ ne se conduise sur les mêmes règles; entrant dans le monde, on y a tronré ces mcears établies ; nos pères aboient ainsi Tècn, et c'est d'enx que noos les tenons ; les pins sensés du siècle s*j conforment; on n'est pas pins sage tont senl que tons les hommes ensonUe ; 0 faut s'en tenir à ce qui s'est toujours pratiqué, et ne Tonloir pas être tout seul de son côlé.

Toilà ce qui tous rassure contre toutes les terreurs de la religion ; personne ne remonte jusqu'à la loi ; l'exemple public est le seul garant de nos mœurs; on ne fait pas attention que les lois des peuples sont yaines , comme dit l'Esprit saint : Quia leges populorum uanœ sunt (Jbrem., x, 3); que Jésus-Christ nous a laissé des règles auxquelles ni les temps, ni les siècles, ni les moeurs ne sauroient jamais rien changer; que le ciel et la terre passeront ; que les mœurs et les usages changeront ; mais que ces règles divines seront toujours les mêq^es.

On se contente de regarder autour de soi : on ne pense pas que ce qu'on appelle aujourd'hui usage, étoient des singularités monstrueuses avant que les mœurs des chrétiens eussent dégénéré; et que si la corruption a depuis gagné, les dérèglements, pour avoir f perdu leur singularité, n'ont pas pour cela perdu leur malice : on \ ne voit pas que nous serons jugés sur l'Évangile, et non sur l'n- ; sage; sur les exemples des Saints, et non sur les opinions des * hommes ; que les coutumes qui ne se sont établies parmi les fidèles qu'avec raffoiblissement de la foi , sont des abus dont il faut gémir, et non des modèles à suivre ; qu'en changeant les mœurs, elles n'ont pas changé les devoirs ; que Texemple commun qui les autorise prouve seulement que la vertu est rare, mais non pas que le désordre est permis; en un mot, que la piété et la vie chrétienne sont tropi amères à la nature, pour être jamais le parti du plus grand' nombre.

Venez nous dire maintenant que vous ne faites que ce que font 1 tous les autres; c'est justement pour cela que vous vous damnez. Quoi! le plus terrible préjugé de votre condamnation deviendroit lo seul motif de votre confiance? Quelle est dans l'Ecriture la voie qui conduit à la mort? n'est-ce pas celle où marche le grand nombre? Quel est le parti des réprouvés? n'est-ce pas la multitude? Vous ne faites que ce que font les autres? mais ainsi périrent du femps de Noé tous ceux qui furent ensevelis sous les eaux du déluge; du temps de Nahuchodonosor, tous ceux qui se prosternèrent devant la statue du sacrilège ; du temps d'ÉIie , tous ceux qui flécUrent le genou devant Baal ; du temps d'Éléazar, tous ceux qui abandonnèrent la loi de leurs pères. Vous ne faites que ce que font

les autres? mais c'est ce que l'Écriture vous défend : Ne vmu co9^ formez point à ce eièeU corrompu (KOM., Xil, 2), nous dit-elle : oFi le siècle corrompu n'est pas le petit nombre de Justes que vous n'imitez points c'est la multitude que vous suivez.Yous ne faites que ce que font les autres ? vous aurez donc le môme sort qu'eux. Or, malheur à toi , s'écrioit autrefois saint Augustin, torrent fatal des coutumes humaines ! ne suspendras-tu jamais ton cours? entrâtneras-tu jusqu'à la fin les enfants d'Adam dans l'abîme immense et terrible? Va iibiy flumen morU humaml quoiuque volves Evm

flios in mare magnum et formidolotum ( S. AUG. f in Conf. , l,n«6)?

Au lieu de se dire à soi-même : Quelles sont mes espérances ? Il y a dans l'Église deux voies -, Tune large , où passe presque tout le monde , et qui aboutit à la mort; l'autre étroite, où très peu de gens entrent , et qui conduit à la vie : de quel côté suis-je ? mes mœurs , sont-ce les mœurs ordinaires de ceux de mon rang, de mon Âge , de mon état? suis-je avec le grand nombre ? Je ne suis donc pas dans la bonne voie -, je me perds ; le grand nombre dans chaque état n'est pas le parti de ceux qui se sauvent. Loin de raisonner delà sorte , on se dit à soi-même : Je ne suis pas de pire condition que les autres; ceux de mon rang et de mon Âge vivent ainsi; pourquoi nevivrois-je pas comme eux? Pourquoi, mon cher Auditeur? pour cela même : la vie commune ne saurait être une vie chrétienne ; les Saints ont été dans tous les siècles des hommes singuliers; ils ont eu leurs mœurs à part; et ils n'ont été Saints, que parce qu'ils nont pas ressemblé au reste des hommes.

L'usage avoit prévalu au siècle d'Esdras, qu'on s'aliiÂt , malgré la défense , avec des femmes étrangères: l'abus étoit universel; les prêtres et le peuple n'en faisoient plus de scrupule. Mais que fit ce saint restaurateur de la loi ? suivit-il l'exemple de ses frères ? crutil quHine transgression commune fût devenue plus jégitime? Il en appelaTê l'abifS* à la règle': il prit le livre de la loi entre les mains ; il l'expliqua au peuple consterné, et corrigea l'usage par la vérité.

Suivez de siècle en siècle l'histoire des Justes, et voyez si Loth se conformoit aux voies de Sodome, et si rien ne le distinguoit de ses citoyens ; si Abraham vivoit comme Ceux de son siècle ; si Job étoit semblable aux autres princes de sa nation; si Esther, dans la cour d'Assuénis, se conduisoit comme les autres femmes de ce prince; s'il y avoit beaucoup de veuves à Béthulie et dans Israël , qui ressemblassent à Judith i si parmi les enfants de la captivité , il n'est pas dit de Tobie seul qu'il n'imitoit pas la conduite de ses frères , et qu'il fuyoi t môme le danger de leur société et de leur commerce : voyez si dans ces siècles heureux, où les chrétiens étoient encore saints, ils ne brilloient pas comme des astres au milieu des nations corrompues, et s'ils ne servoient pas de spectacle aux anges et aux hommes, par la singularité de leurs mœurs ; si les païens ne leur

reprochoient pas leur retraite, leur éloignement des théâtres, des drqaes, et des autres plaisirs publics ; s'ils ne se plaignoieut pas que les chrétiens affectoient de se distinguer sur toutes choses de leai» citoyens ; de former comme un peuple à part au milieu de leur peuple; d'avoir leurs lois et leurs usages particuliers ; et si dés là qu*un homme avoit passé du côté des chrétiens, ils ne le comptoient pas comme un homme perdu pour leurs plaisirs , pour leurs assemblées et pour leurs costumes : enfin , voyez si dans tons les siédes , les Saints dont la yie et les actions sont venues jusqu'à nous, ont ressemblé au reste des hommes.

Yons nous direz peut-être que ce sont là des singularités et des exceptions, plutôt que des règles que tout le monde soit obligé de suivre : ce sont des exceptions , il est vrai ; mais c'est que la règle générale est de se perdre: c'est qu'une ame fidèle au milieu du monde est toujours une singularité qui tient du prodige. Tout le monde, dites-vous, n'est pas obligé de suivre ces exemples : mais est-ce que la sainteté n'est pas la vocation générale de tous les fidèles? est-ce que pour être sauvé , il ne faut pas être saint ? est-ce que le cl^doit beaucoup coûteFSrqtreîques-uns; et rien du tout aux autres? est-ce que vous avez un autre Evangile à suivre, d'autres devoirs à remplir, et d'autres promesses à espérer que les Saints? Ah! puisqu'il y avoit une voie plus commode pour arriver au salut, pieux fidèles qui jouissez dans le ciel d'un royaume que vous n'avez emporté que par la violence , et qui a été le prix de votre sang et de vos travaux , pourquoi nous laissiez- vous des exemples si dangereux et si inutiles? pourquoi nous avez-vous frayé un chemin âpre , désagréable, et tout propre à rebuter notre foiblesse, puisqu'il y en avoit un autre plus doux et plus battu, que vous auriez pu nous montrer pour nous encourager et nous attirer, en nous facilitant notre carrière? Grand Dieu! que les hommes consultent peu la raison dans TalTaire de leur salut étemel !

Rassurez- vous après cela sur la multitude, comme si le grand nombre pouvoit rendre le crime impuni, et que Dieu n'osAt perdre tous les hommes qui vivent conune vous. Mais que sont tous les honmies ensemble devant Dieu? La multitude des coupables l'empécha-t-elle d'exterminer toute chair au temps du déluge ; de faire descendre le feu du ciel sur cinq villes infâmes ; d'engloutir Pharaon et toute son armée sous les eaux; do frapper de mort tous les mur* murateurs dans le désert? Âhl les rois de la terre peuvent avoir égard au grand nombre de coupables, parceque la punition devient impossible, ou du moins dangereuse, dès que la faute est trop générale. Mais Dieu qui secoue les tmjpics de dessus la terre, dit Job, comme on secoue la poussière qui s'est attachée au vêtement ; Dieu, devant qui les peuples et les nations sont comme si elles n'étoient pas, il ne compte pas les coupables, il ne regarde que les crimes ; et tout ce que peut présumer la foible créature des oompUoes de

•a transgreiBloii , c'est de les avoir pour compagnons de sod infortune.

Mais si pea de gens se sauvent, parceque les maximes les plus universellement reçues sont des maximes de pècbé ; peu de gens se sauvent, parceque les maximes et les obligations les ^us nn^ verseUement ignorées ou rejetées sont les plus indispensables au salut. Dernière réflexion, qui n'est encwe que la preuve et Fédair^ dssement des précédentes.

TROtsiim PAvra.

Quels sont les engagements de la vocation sainte à laquelle nous avons été tous appelés ? les promesses solennelles du baptême. Qu'avons-nous promis au baptême ? de renoncer au monde , à la cfaatr, à Satan et à ses oeuvres ; voili nos vœux, voilà l'état du chrétien , voilà les conditions essentielles du traité saint conclu entre Dieu et nous, par lequel la vie éternelle nous a été promise. Ces vérités paroissent familières, et destinées au simple prâple; mais c'est un abus ; il n'en est pas de plus sublimes , et il n'en est pas aussi de plus ignorées : c'est à la cour des rois, c'est aux grands de la terre, qu'il faut sans cesse les annoncer : Regibus et principibui terne. Hélas 1 ils sont des enfants • de luniière pour les aflhires du siède j et les premiers principes de la morale chrétienne leur sont qudquefois plus inconnus qu'aux âmes simples et vulgaires : ils auroient besoin de lait , et ils exigent de nous une nourriture solide , et que nous parlions le langage de la sagesse , comme si nous parlions parmi les parfaits.

Tous avec donc premièrement renoncé au monde dans votre baptême : c'est une promesse que vous avez faite à Dieu à la face des autels saints j l'Eglise en a été le garant et la dépositaire; et vous n'avez été admis au nombre dés fidèles, et marqué du sceau ineBaçable du salut, que sur la foi que vous avez jurée au Seigneur de n'aimer ni le monde, ni tout ce que le monde aime. Si vous eussiez répondu àlan sur les fonts sacrés ce que vous dites tous les jours, que vous ne trouvez pas le nkonde si noir et si pemideux que nous le disons ; qu'au fond on peut l'aimer innocemment ; .qu'on ne le décrie tant dans la chaire, que parcequ'on ne le conn(^t pas ; et que puisque vous avez à vivre dans le.monde, vous voulez livre comme le monde : si vous eussiez ainsi répondu, ah! l'Eglise eàt refusé de vous recevoir dans son sein ; de vous assoderà l'espérance des chrétiens, et à la communion de ceux qui ont vaincu le monde: elle vous eût conseillé d'aller vivre parmi ces infidèlesqui ne counoissent pas Jésus-Christ ; etoù le prince du numdese Eeiisantadcmr, il est permis d'aimer ce qui lui appartient. Et voilà pourquoi dans les premiiors tonps, ceux des catédiumènes qui ne pouvoient encore se résoudre de renoncer au monde et à ses plaisirs, difiéroientlenr baptême jusqu'à la mort, et n'osoient venir contracter au pied des

mtek, dans le sacremeot qui nous régénère, des engagements dont Os oonnoissoient Tétendne et la sainteté, et auxquels ils ne se sentoient pas encwe en état de satisfaire. Yoas êtes donc obligé , par le plus saint de tons les serments, de haïr le monde, c'est-à-dire, de ne pas vous conformer à loi : si vous Taimei, si vous suivez ses plaisirs et ses usages, non-seul«ient vous êtes ennemi de Dieu, comme dit saint Jean, mais de plus vous renoncez à la foi donnée dans le baptême ; vous abjurez TEvangile de Jésus-Christ ; vous êtes un apostat dans la religion , et foulez aux pieds les vceux les plus saints et.lea plus irrévocables que Thomme puisse faire.

Or, quel est ce monde que vous devez haïr? je n'aurois qu'à vous répondre que c'est cdui que vous aimez, vous ne vous tromperez jamais à cette marque : ce monde, c'est une société de péchenrs, dont les désirs, les craintes, les espérances, les soins, les projets, les joies, les chagrins ne roulent plus que sur les biens on sur les maux de cette vie : ce monde, c'est un assemblage de gens qui r^ardent la terre comme leur patrie ; le siècle à venir comme un exil ; les pro» messes de la foi, comme un songe,* la mort, comme le plus grand de tous les malheurs : ce monde , c'est un royaume temporel, où Ton ne connoit pas Jésus-Christ ; où ceux qui le connoissent, ne le glorifient pas comme leur Seigneur, le haïssent dans ses maximes , le méprisent dans ses serviteurs, le persécutent dans ses œuvres , le négligent ou l'outragent dans ses sacrements et dansson culte : enfin le monde, pour laisser à ce mot une idée plus marquée , c'est le grand nombre. Yoilà ce monde que vous devez éviter, haïr, com* battre par vos exemples; être ravi qu'il vous haïsse à son tour; qu'il contredise vos mœurs par les siennes : c'est ce monde qui doit être pour vous un cmdfié, c'est-à-dire un anathèmeet un objet d'horreur, et à qui vous devez vous-même paroltre tel.

Or, est-ce là votre situation par rapport au monde? ses plaisirs vous sont-Hs à charge? ses scandales affligentrils votre foi ? y gémissez-vous sur la duréede votre pèlerinage? n'avez- vous plus rien de commun avec le monde? n'en étes-vous pas vous-même un des principaux acteurs? ses lois ne sont-elles pas les vôtres ; ses maximes, vos maximes? ce qu'il condamne, ne le condamnez-vous pas? n'approuvez-vons pas ce qu'il approuve? et quand vous resteriez seul sur la terre, ne peut-on pas dire que ce monde corrompu revivroit en vous, et que vous en laisseriez un modèle à vos descendants ? Et quand je dis vous, je m'adresse presque à tous les hommes. Où sont ceux qui renoncent de bonne foi aux plaisirs, aux usages, aux maximes, aux espérances du monde? tous ronLpromis, qntJ^ tieptiOn voit bien des gens qui se plaignent~du monde, qui l'accusent d'injustice, d'ingratitude, de caprice ; qui se déchaînent contre lui ; qui parlent vivement de ses abus et de ses erreurs ; mais en le décriant, ils l'idment , ils le suivent , ils ne peuvent se passer de lui : en se plaignant de ses injustices, ils sont piqués, ils ne sont pas

désabusés; ils sentent ses maayais traitements j ils ne connolMent pas ses dang^ers ; ils le censurent : mais où sont ceux qui le hateent ? Et de là jugez « bien des gens peuvent prétendre au salut.

En second lieu , tous avez rencmcé à la chair dans votre baptême ^ c'est-à-dire, vous vous êtes engagé à ne pas vivre selon les sens, à regarder Vindolence même et la mollesse comme un crime ; à ne pas flatter les désirs corrompus de votre chair, à la châtier, à la dompter, à la crucifier : ce n'est pas ici une perfection, c'est un vœu, c'est le premier de tous vos devoirs, c'est le caractère le plus insépartd)le de la foi : or où sont les chrétiens qui là-dessus soient plus fidèles que vous ?

Enfin, vous avez dit anathème à Satan et à ses œuvres : et quelles sont ces œuvres ? celles qui composent presque le fil , et comme toute la suite de votre vie ; les pompes, les jeux, les plaisirs, les spectacles, le mensonge dont il est le père ; l'orgueil dont il est le modèle ; les jalousies et les contentions dont il est l'artisan. Mais je vous demande , où sont ceux qui n'ont pas levé l'anathème qu'ils avoient prononcé là-dessus contre Satan ?

Et de là, pour le dire ici en passant, voilà bien desquestions résolues. Vous nous demandez sans cesse si les spectacles et les autres plaisirs publics sont innocents pour des chrétiens? Je n'ai , à mon tour, qu'une demande à vous faire. Sont-ce des œuvres de Satan, ou des œuvres de Jésus-Christ? car dans la religion il n'y a point de milieu : ce n'est pas qu'il n'y ait des délassements et des plaisirs qu'on peut appeler indifférents; mais les plaisirs les plus indifférents que la religion permet, et que la foiblesse de la nature rend même nécessaires, appartiennent, en un sens, à Jésus-Christ, parla facililé qui doit nous en revenir dé nous appliquer à des devoirs plus saints et plus sérieux : tout ce que nous faisons, que nous pleurions, que nous nous réjouissions, il doit être d'une telle nature, que nous puissions du moins le rapportera Jésus-Christ, et le faire pour sa gloire.

Or, sur ce principe le plus incontestable, le plus universellement reçu de la morale chrétienne, vous n'avez qu'à décider. Pouvezvous rapporter à la gloire de Jésus-Christ les plaisirs des théâtres? Jésus-Christ peut-il entrer pour quelque cliose dans ces sortes de délassements? Et avant que d'y entrer, pourriez- vous lui dire que vous ne vous proposez dans cette action que sa gloire et le désir de lui plaire ? Quoi ! les spectacles, tels que nous les voyons aujourd'hui, plus criminels encore par la débauche publique des créatures infortunées qui montent sur le théâtre, que par les scènes impures ou passionnées qu'elles débitent, les spectacles seroient des œuvres de Jésus- Christ? Jésus-Christ animeroit une bouche d'où sortent des airs profanes et lascifs? Jésus-Christ formeroit lui-même les sons d'une voix qui corrompt les cœurs? Jésus-Christ paroitroitsurles théâtres, en la personne d'un acteur, d'une actrice effrontée, gens infâmes, même selon lea lois des hommes? Mais ces blasphèmes me font horreur j

lésns-Christ présideroif à des assemblées de péché, où tout ce qu'on entend anéantit sa doctrine, où le poison entre par tous les sens dans rame, où tout Tart se réduit à inspirer, à réveiller, à justifier les passions qu'il condamne? Or, si ce ne sont pas des œuvres de Jésus-Christ, dans le sens déjà expliqué, c'est-à-dire des œuvres qui puissent du moins être rapportées à Jésus-Christ, ce sont donc des œuvres de Satan? dit Tertuliien : Nihilenimnon diaboliest^ quid^ quidnon Deiest,,.i hoc er^o crit pompa diaboli. Donc tout chrétien doit s'en abstenir ; donc il viole les vœux de son baptême lorsqu'il y participe; donc de quelque innocence dont il puisse se flatter, en reportantde oeslieux son cœur exemptd'impression, il en sort souillé^ puisque par sa seule présence il a participé aux œuvres de Satan, auxquelles il avoit renoncé dans son baptême, et violé les promesses les plus sacrées qu'il avoit faites à Jésus-Christ et à son Eglise.

Yoilà les vœux de notre baptême , mes Frères ,* ce ne sont point ici des conseils et des pratiques pieuses, je vous Tai déjà dit , ce sont nos obligations les plus essentielles : il ne s'agit pas d'être plus ou moins parfait en les négligeant ou en les observant , il s'agit d'être chrétien ou de ne l'être pas. Cependant qui les observe? qui les connolt seulement? qui s'avise de venir accuser au tribunal d'jr avoir été inûdèle ?0n est souvent en peine pour trouver de quoi fournir à une confession ; et après une vie toute mondaine, on n'a presque rien à dire au prêtre. Uclas ! mes Frères , si vous saviez à quoi vous engage le titre de chrétien que vous portez : si vous compreniez la sainteté de votre état ; le détachement de toutes les créatures qu'il vous impose ; la haine du monde, de vous-même, et de tout ce qui n'est pas Dieu, qu'il vdus ordonne ; la vie de la foi , la vigilance continuelle, la garde des sens ; en un mot , la conformité avec Jésus-Christ crucifié , qu'il exige de vous; si vous le compreniez, si vous faisiez attention que devant aimer Dieu de tout votre coBur et de toutes vos forces, un seul désir qui ne peut se rapporter à lui vous souille; si vous le compreniez, vous vous trouveriez un monstre devant ses yeux. Quoi ! diriez-vous , des obligations si saintes, et des mœurs si profanes? une vigilance si continuelle, et une vie si peu attentive et si dissipée? un amour de Dieu si pur, si plein, si universel, et un cœur toujours en proie à mille afiections , ou étrangères , ou criminelles ? Si cela est ainsi , 6 mon Dieu! qui pourra donc se sauver? Quis poterii sahus esse (Matth., XIX , 35} ? Peu de gens , mon cher Auditeur : ce ne sera pas vous , du moins si vous ne changez ; ce ne seront pas ceux qui vous ressemblent; cène sera pas la multitude.

Qui pourra se sauver? Voulez-vous le savoir? ce seront ceux qui opèarent leur salut avec tremblement ; qui vivent au milieu du monde , mais qui no vivent pas comme le monde. Qui pourra se sauver? cette femme chrétienne, qui renfermée dans l'enceinte de ses devoirs domestiques , élève ses enfants dans la foi et dans la

piété i bisse ao Seigneur It décision de leur destinée ; ne partage son ctiBor qu'entre Jésus-Christ et son époux ; est ornée de pudeur et de modestie ; ne s'assied pas dans les assemblées de vanité ; ne se fait point une loi des usages insensés du monde; mais corrige les usages par la loi de Dieu, et donne du crédit à la vertu par son rang et par ses exemples.

Qui pourra se sauver? ce fidèle, qui, dans le rel&cbement de ees derniers temps, imite les premières mœurs des chrétiens ; qui a les mains innocentes et le cœur pur t vigilant, qui iCapas reçu «on ame en t^ain (Ps. xxiu , 4), mais qui, au milieu même des périls du grand monde, s'applique sans cesse à la purifier t juste , qui ne jure pas frauduleusement à son prochain ( Ibid.) , et ne doit pas à des voies douteuses Finnocent accroissement de sa fortune : généreux , qui comble de bienfaits Tennemi qui a voulu le perdre , et ne nuit à ses concurrents que par son mérite : sincère, qui ne sacrifie pas la vérité à un vil intérêt, et ne sait point plaire en trahiesant sa conscience t charitable, qui fait de sa maison et de son crédit l'asile de ses frères i de sa personne , la consolation des aflEh'gés ; de son bien, le bien des pauvres; soumis dans les a£Dictions, chrétien dans les injures, pénitent même dans la prospérité.

Qui pourra se sauver ? vous , mon cher Auditeur , si tous Toulex suivre ces exemples ; voilà les gens qui se sauveront, (hr, ces genalà ne forment pas assurément le plus grand nombre; donc, tandis que vous vivres comme la multitude, il est de foi que tous ne deves pas prétendre au salut: car si en vivant ainsi voua po«<* viei vous sauva:, tous les hommes presque se sauveroient; puisqu'à un petit nombre d'impies près qui se livrent à des excès monstrueux , tous les autres hommes ne font que ce que vous faites : or, que tous les hommes presque se sauvent, la foi nous défend de le croire : il est donc de foi que tous ne devez rien prétendre an salut, tandis que vous ne pourrez vous sauver ai le grand nombre ne se sauve.

Yoilà des vérités qui font trembler: et ce ne sont pas ici de ces vérités vagues qui se disent à tous les honmies , et que nul ne prend pour soi , et ne se dit à soi-même. Il n'est peut-être persoime id qui ne puisse dire de soi : Je vis comme le grand nombre, comme ceux de mon rang, démon âge, de mon état; je suis perdu, si je meurs dans celte voie. Or quoi de plus propre à effrayer une ame à qui il reste encore quelque soin do son sidut? Cependant c'est la multitude qui ne tremble point ; il n'est qu'un petit nombre de Justes, qui opèrent à l'écart leur salut avec crainte; tout le reste est calme : on sait en général que le grand nombre se damne ; mais on se flatte qu'après avoir vécu avec la multitude , on en sera discerné à la mort ; chacun se met dans le cas d'une exception chimérique ; chacun augure favorablement pour soi.

Bt o'est pour cela que je m'arrête à vous, mes Frères, qui êtes

id «MeoiUte « je ne parle plus du reste des liommeBj je vous re*porde ccMunie n yoob étiei seuls sur la terre : et Toici la pensée qui m'oeoDpe et qui m'épooTante. Je suppose que c'est ici votre dernière heure et la fin de l'unirers; que les deux yont s'ouvrir sur vos tètes, Jésus-Christ parottre dans sa gloire au milieu de ce temple, et que vous n'y êtes assemblés que pour l'attendre, et conune des criminels tremblants , à qui Ton va prononcer on une sentence de grace^ ou un arrêt de mort étemelle : car vous avez beau vous flatter, vous mourrez tels que vous êtes aujourd'hui ; Ions ces désirs de changement qui vous amusent, vous amuseront jusqu'au lit de la mort ; c'est l'expérience de tous les siècles ; tout ce que vous trouverez alors en vous de nouveau sera peut-être un compte un peu plus grand que celui que vous auriez aujourd'hui à rendre ; et sur ce que vous seriez, si l'on venoit vous juger dans le moment , vous pouvez presque décider de ce qui vous arrivera au sortir de la vie.

Or, je vous demande, et je vous le oemande frappé de tarreur, 1 ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre, et me mettant dans 1 la même disposition où je souhaite que vous entriez; je vous de-- 1 mande donc : Si Jésus-Christ paroissoit dans ce temple, au milieu \

de cette ass^nUée , la plus auguste de l'univers , pour nous juger, pour faire le terriUe discernement des boucs et des brebis , croyezvous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à la droite? croyez-vous que les drâses du moins fussent égales? croyez-vous qu'il s'y trouvât seulement dix Justes, que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes tout entières ? Je vous le demande : vous l'ignorez, je l'ignore moi-même; tous seul, 6 mon Dieu ! connoissez ceux qui vous appartiennent ; mais si nous ne connoissons pas ceux qui lui appartiennent, nous savcms du moins que les pécheurs ne lui appartiennent pas. Or qui sont les fidèles id ass^nblés? les iUvp^ o< t^c dignités ne doivent être comptés pour rien ; vous en seici. v. ^ .tuués devant Jésus-Christ : qui sont-ils? beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se couver* tir; encore {Aus qui le voudroient, mais qui diiférent leur conversion ; plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que pour retomba ; enfin , un grand nombre qui croient n'avoir pas besoin de conversion : voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte; car ils en seront retranchés au grand jour: paroissez maintenant. Justes; où êtesvous ? restes d'Israël , passez à la droite : froment de Jésus-Christ, démêlez-vous de cette paille destinée au feu : 6 Dieu ! où sont vos élus? et que reste-t-il pour votre partage?

Mes Frères, notre perte est presque assurée, et nous n'y pensons pas. Quand même dans cette terrible séparation qui se fera un jour, il ne devroit y avoir qu'un seul pécheur de cette assemblée du o6té des réprouvés, et qu'une voix du del viendroit nous en

&kO LUNDI DE LA TROISIÈME SEMAINE.

assurer dans ce temple , sans le désigner ; qui de nous ne craindroit d'être le malheureux? qui de nous ne retomberdt d'abord sur sa oonscîenœ , pour examiner si ses ormes n'cmt pas mMté ce châtiment? qui de nous, saisi de frayeur, ne demaiàeroil pas à Jésus-Christ, comme autrefois les apôtres : Seigneur, ne seroît-ce pas moi : Numquid ego sum , Domine (Matth., xxvi, 23) ? et si Ton laissoit quelque délai , qui ne se mettroit en état de détourner de lui cette infortune par les larmes et les gémissements d'une sfaioére pénitence?

Sommes-nous sages , mes cbers Auditeurs? Peut-être que parmi tous ceux qui m'entendent , il ne se trouvera pas dix Justes ; peutêtre s'en trouTcra-t-il encore moins ; que sais^je, ô mon Dieul je n'ose regarder d'un œil fixe les abîmes de vos jugements et de votre justice; peut-être ne s'en trouvera-t-il qu'un seul ; et ce dan* ger ne vous touche point , mon cher Auditeur ? et vous croyez être ce seul heureux dans le grand nombre qui périra : vous^qui avez moins sujet de le croire que tout autre; vous sur qui seul la sentence de mort devroit tomber, quand elle ne tomberoit que sur un seul des pécheurs qui m'écoutent ?

Grand Dieu I que l'on oonnolt peu dans le monde les terreurs de votre loi ! les Justes de tous les siècles ont séché de frayeur en méditant la sévérité et la profondeur de vos jugements sur la destinée des hommes : on a vu de saints solitaires , après une vie entière de pénitence , frappés de la vérité que je prêche , entrer au lit de la mort dans des terreurs qu'on ne pouvoit presque calmer, faire trembler d'efiroi leur couche pauvre ^t austère, demander sans cesse d'une voix mourante à leurs frères : Croyez-vous que le Seigneur me fasse miséricorde ? et être presque sur le point de tomber dans le désespoir, si votre présence , ô mon Dieu ! n'eût à Finstant apaisé l'orage, et commandé encore une fois aux vents et à la mer de se calmer : et aujourd'hui après une vie commune, mondaine, settsuelle , profane , chacun meurt tranquille ; et le ministre de Jésos- Christ appelé, est obligé de nourrir la fausse paix du mourant, de ne lui parler que des trésors infinis des miséricordes divines , et de l'aider, pour ainsi dire , à se séduire lui-même. O Dieu ! que prépare donc aux enfants d'Adam la sévérité de votre justice?

Mais que conclure de ces grandes vérités? qu'il faut désespérer de son salut? à Dieu ne plaise 1 il n'y a que l'impie qui, pour se calmer sur ses désordres; tâche ici de conclure en secret que tous les hommes périront comme lui : ce ne doit pas être là le fruit de ce discours; mais de vous détromper de cette erreur si universelle, qu'on peut faire ce que tous les autres font , et que l'usage est une voie sûre ; mais de vous convaincre que pour se sauver il faut se distinguer des autres, être singulier, vivre à part au milieu du monde , et ne pas ressembler à la foule.

Lorsque les Juifs , emmenés en servitude , furent sur le point de

quitter la Judée , et de partir pour Babylone, le prophète Jérémie, à qui le Seigoeur avoit ordonné de ne pas abandonner Jérusalem , leur parla de la sorte : Enfants d'Israël , lorsque vous serez arrivés à Babylone , vous verrez les habitants de ce pays-là qui porteront sur leurs épaules des dieux d*or et d'argent ; tout le peuple se prosternera devant eux pour les adorer; mais pour vous alors, loin de vous laisser entraîner à l'impiété de ces exemples, dites en secret : C'est vous seul, Seigneur, qu'il faut adorer : Te oportet adorari, Domine (Barucb , vi , 5).

Souffrez que je finisse en vous adressant les mêmes paroles. Au sortir de ce temple et de cette autre sainte Sion , vous allez rentrer dans Babylone ; vous allez revoir ces idoles d'or et d'argent , devant lesquelles tous les hommes se prosternent ; vous allez retrouver les vains objets des passions humaines , les biens , la gloire , les plaisirs qui sont les dieux de ce monde , et que presque tous les hommes adorent ; vous verrez ces abus que tout le monde se permet, ces erreurs que l'usage autorise , ces désordres dont une coutume impie a presque fait des lois. Alors , mon cher Auditeur, si vous voulez être du petit nombre des vrais Israélites , dites dans le secret de votre cœur : C'est vous seul , 6 mon Dieu I qu'il faut adorer : Te oportet adorari, Domine; je ne veux point avoir de pari avec un peuple qui ne vous connoit pas ; je n'aurai jamais d'autre loi que votre loi sainte : les dieux que cette multitude insensée adore, ne sont pas des dieux ; ils sont Touvrage de la main des hommes ; ils périront avec eux : vous seul êtes l'immortel , 6 mon Dieu 1 et vous seul méritez qu'on vous adore : Te oportet adorari , Domine. Les coutumes de Babylone n'ont rien de coomiua avec les saintes lois de Jérusalem ; je vous adorerai avec ce petit nombre d'enfants d'Abraham , qui composent encore votre peuple au milieu d'une nation infidèle ; je tournerai avec eux tous mes désirs vers la sainte Sion : on traitera de foiblesse la singularité de mes mœurs ; mais heureuse foiblesse. Seigneur, qui me donnera la force de rélister au torrent et à la séduction des exemples ! et vous serez mon Dieu au milieu de Babylone , comme vous le serez un jour dans la sainte Jérusalem : Te oportet adorari , Domine. Ah I le temps de la captivité finira enfin ; vous vous souviendrez d'Abraham et de David ; vous délivrerez votre peuple ; vous nous transporterez dans la sainte dté ; et alors vous régnerez seul sur Israël , et sur les nations qui ne vous connoissent pas : alors tout étant détruit , tous les empires, tous les sceptres, tous les monuments de l'orgueil humain étant anéantis, et vous seul demeurant éternellement, on connottra que vous seul devez être adoré : Te oportet adorari , Domine,

Voilà le fruit que vous devez retirer de ce discours : vivez à part ; pensez sans cesse que le grand nombre se damne ; ne comptez pour rien les usages , si la loi de Dieu ne les autorise ^ et souvenez- vous

que he Saints ont été dans tous les sièdes des hommes stngolien. C'est ainsi qu'après tous être distingué des pécheurs sur la terre, TOUS en serez séparé glorieusement dans Tétemité.

Ainsi soii'it,

SERMON

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