POUR UB MARDI DE LA TROISIÈME SBMAU9E DE CARÊME
SOa LB MtUIIGB DBS BONS BT DBS MAGHANTS.
Sipiecatmtt m tt/ratêr euu , ^dt, tt eorript twn mUr /# et ifsam sobum : si âr mmiiêtity Utcmttu mt/ratrem tmam,
SI ToCra frère toqi a offensé, allex , et reprenei-le en pirtiCDlier : 1*0 tooi écoule , fini anres gagné Tofre frère. (Matth.,xtiii, 19.)
Un des deyoirs les plus essentiels et les plus ignorés de la rie chrétienne , c'est l'usage que nous devons faire des vices on des rertus des hommes au milieu desquels nous sommes obligés de yiTre. Auasi la sagesse de Dieu n'a permis le mélange de l'irraie et du bon grain , des iKms et des méchants dans l'Église , que pour ménager aux uns et aux autres des moyens de conversion , ou des occasions de mérite ; et lorsque les serviteurs du père de famille , touchés des scandales qui déshonorent son royaume, lui demandent qu'il leur permette d'aller arradier l'ivraie que l'homme ennemi a surseméc dans ce diamp divin , il condamne leur zèle, et leur fait entendre que ce mélange , qui parott si injurieux à sa glcnre , a néanmoins ses raisons et ses usages dans l'ordre adorable de sa providence.
Cependant ce mélange établi pour corriger le vice et pour purifler et é|Nrouver la vertu , séduit ou décourage celle-ci , et ne fournit que des censures à l'autre : ce mélange si utile à tous , est devenu pernicieux à tous; et encore aujourd'hui, dit saint Augustin, les Justes souihent avec peine les pédienrs , les pécheurs ne peuvent pas même supporter la présence des Justes, et ils sont à charge lec uns aux autres : Oneri enim sibi sunt. Il importe donc de développer les raisons étemelles et les utilités de cette conduite de Dieu sur son Église ; et cette matière parott d'autant plus importante , que tous les autres devoirs de la vie chrétienne semblent s'y rapporter. En effet , le vice et la vertu se trouvant toujours nécessair^nent mêlés sur la terre, rien n'est plus digne d'être éclaird, que les règles de la foi , qui apprennent aux pécheurs quelle utilité ils doivent retirer de la société des Justes avec lesquels ils vivent : et aux Justes , celle qui doit leur revenir du commerce des pécheurs , inévitable pour eux sur la terre
Or, pour établir ces vérités sur une doctrine solide, il n'y a qui
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remonter josqa'aa premier dessdn de la Providenoe, el exposer quelles ont pa élre les raisons étemeDes de sa sagesse dans le mélange des bons et des méchants sor la (erre. En voici deux principales ; et d'elles nous allons tirer tootes les règles qoe nous devons prescrire.
Les bons, dansles desseins de Dieu^doirent servir, on an saint, on à la condamnation des méchants : c^est la première.
Les méchants sont sonfferta poor l'instmction , on ponr le mérite des Justes : c'est la damière.
De l'exposition de ces deux principes yont naftre tontes les. grandes vérités qœ renferme cette matière , et qui règlent, on la conduite des pécheurs envers les gens de bkni , ou les dispositions des g^is debien à l'égard des péchenrr. Implorons, etc. Ape^ Maria.
PâJUIlfiaK PiETlS.
Ne semble-t-il pas , mes Frères , qn'il eAt été plus glorieux à Jésus-Christ de s'être formé sur la terre une Église uniquement composée d'élus , sans tache dans les moeurs comme dans la foi , et l'image naturelle et anticipée dé la Jérusalem céleste , et de cette Eglise des premier-nés dont les noms sont écrits dans le ciel? un champ arrosé de son sang divin , devroit-il encore produire Tivraie avec le bon grain? un bercail dont il est le pasteur, peut-il renfermer des animaux immondes confondus avec les brebis? un corps dont il est le chef , peut-il encore souffrir des membres qui servent à l'ignominie ? et l'Eglise ne seroit-elle pas plus digne de son époux , si , refusant ici-bas aux pécheurs les signes extérieurs de la paix et de l'unité , elle ne reconnoissoit pour siens sur la terre, que ceux qui lui appartiendront dans le ciel?
Il est vrai , mes Frères , que les Justes en forment id-bas la partie la plus essentielle et la plus inséparable : c'est eux proprement qui la représentent toute devant Jésus-Christ; c'est eux qui sont le principal lien de son union avec elle ; c'est à eux qu'elle doit le mé* rite de ses prières , le fruit de ses sacrements , la vertu de sa parole ; c'est pour eux enfin qu'elle subsiste encore ; et toutes choses seroient consommées, si leur nombre étoit accompli.
Cependant , quoique les pécheurs ne soient que comme les taches de ce corps divin , ik ne lui appartiennent pas moins t l'Église les regarde comme ses enfants; die les souffre comme ses membres^ gâtés à la vérité, mais qui tiennent encore au reste du corps , nonseulement par les symboles extérieurs des sacrements et de l'unité, mais encore par les liens intérieurs de la foi et de la graœ , et qui peuvent même trouver dans leur société avec les Justes , ou mflle ressources heureuses de salut qui leur manqueroient, s'ils vivoient séparés d'eux comme des anathèmes , ou un sujet terrible de condamnation qui justifiera la sévérité des jugements de Dieu à leur égard.
ikh MARDI DE LA TROISIÈMJÇ SEMAINE. -
Je dis premièrement mille ressources heor^ises de salut, puis* qu'ils trouTeut dans leur mélange arec les Justes, les secours des instructions , des exemples et des prières ; c'est-fr-dire les moyens les plus efficaces de leur conversion.
Le secours des instructions est la première utilité que les pedienrs retirent de la société des gens de biçn ; et ces instructions font d'autant plus d'effet sur les âmes les plus mondaines , que la vérité , ^autorité, la charité en sont les caractères ins^^aUes.
La vérité. Les Justes ont l'œil trop simple et les lèvres trop innocentes pour louer le pécheur dans les désirs de son cœur ; ils igncM^ent ce langage étemel de feinte, d'adulation, d'intérêt , dont les hommes se servent pour se séduire les uns les autres ; ils appellent avec une noble simplicité le bien un bien , et le mal un mal : ils savent qu'ils ne sont redevables qu'à la vérité; que le chrétien en est un témoin public ; qu'il seroit honteux de sacriQer à de légères complaisances , ou à un vil intérêt, une vérité à laquelle tant de fidèles ont autrefois sacrifié leur propre vie; qu'ils ont dans le ciel le témcMu invisible de leurs pensées; qu'on peut bien cacher aux hommes les basses dissimulations d'un cœur double, mais qu'on ne peut les cacher au scrutateur des cœurs ; et que la religion toute seule forme des hommes véritables et sincères. Ainsi ils aiment trop leurs frères pour les tromper ; ils sont trop touchés de leurs égarements pour y applaudir ; ils désirent trop vivement leur salut pour devenir, par des conseils flatteurs, les complices de leur perte : ils peuvent bien se taire , car il n'est pas toijyours temps de parler ; mais ils ne sauroient parler que pour rendre gloire à la vérité ; et le vice ne trouve jamais auprès d'eux , ni ces basses adulations qui l'admirent, ni ces adoucissements artificieux qui le justifient.
Vous apprenez de leur bpuche, vous surtout que votre rang et votre naissance élève au-dessus des autres hommes ; vous apprenez ce que cette foule d'adulateurs, qui vous environne, vous laisse ignorer : eux seuls vous parlent dans la sincérité de Dieu, parcequ'eux seuls ne cherchent pas à vous plaire , mais à vous gagner à Jésus^Ghrist : eux seuls osent vous contredire, et prendre le parti de la vérité contre vous-même; parcequ'eux seuls ne craignait pas de se rendre moins agréables , pourvu qu'ils se rendent plus utiles : eux seuls n'étudient pas vos penchants pour y accommoder lâchement leurs suffrages, mais ils étudient vos devoirs pour y ramener vos penchants, parcequ'eux seuls aiment plus votre personne que votre élévation , et sont plus touchés de votre salut que de vos bienfaits. Tout le reste des hommes, ou vous séduit, ou se tait, ou vous flatte ; plus même vous êtes élevé , plus vos passions vous sont cachées sous l'artifice des louanges ; moins la vérité vous approche ; plus on se déguise à vos yeux pour vous déguiser vous-même aux vôtres; plus vous êtes à plaindre, parceque tout ce qui vous environne, n'est attentif qu'à vous surprendre, qu'à vous inspirer ae»
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pa9siofis,oaqa'às*acooniinoderaux vôtres ; e'est le malheur de aooun et la triste destinée des grands. L'innocent plaisir de la sincérité, sans lequel il n'est plus rien de doux dans le oommeroe des hommes, Yoos est refusé : vous n'ayez plus d'ami, paroequ'il est irùp utile de Tétre : vous viyez au milieu des hommes que vous ne comioisaei pas-, qui mettent tous le masque en vous approdiant, et dont looê ne Toyez jamais que l'art et la surface : les Justes seuk se montrent à vous tels qu'ils sont; et en eux seuls vous retrouves la vérité qui vous fuit, et que votre puissance, qui vous donne tout, vousôte elle-même et vous cache. Voyez comme tandis que tons les ofBchm de l'armée d'Holopheme lui promettent la conquête de BéthnUe, et que tout flatte son org:ueil et son ambition , Aehior tout seul oser parler sans artifice, prendre les intérêts du Dieu de Juda, et faiiu souvenir ce chef orgueilleux que toutes ses forces viendront édiouor contre cette ville, comme les flots de la mer contre un grain de sable, si le Seigneur lui-même daigne la garder et la défendre. Aussi un saint roi de Juda oomptoît autrefois comme un des plus grands avantages de son régne, de voir assis auprès de lui des hommes justes et fiddes t parmi toutes les faveurs qu'il avoit regues du Dieu de ses pères, ce n'étoient pas ses victoires et ses prospérités dont fl étoit le plus touché , c'étoit la vertu et la justice des snjets qui présidoient à ses conseils , et qui en vironnoient son trtoe ; et la piété des Nathan et des Ghusal, lui parut une marque fkw scBDriUe de la protection du Seigneur sur lui que la conquêteile Jérusalem et las dépoirilles des naticms ennemies de sa gloire : Mùençonliam «r ituUcium cantabo iibij Domine... Oculi mei adfideUê ierrœ^ mi sedeant mecumf ambulans. in tnd immacutaid^ hic miki mùd' strabat ( Ps. c, i, vi). Un homme juste est un présent du del; al les grands surtout ne sauroient trop honorer la vertu, pareequela puissance ne peut leur donner que des siqets, et que la vertu toute seule leur donne des amis fidèles et sincères.
Mais non-seulement les Justes seuls conswvent encore la vérité parmi les hommes; leurs paroles tirent même d'une certaine autorité que la vertu seule donne, un poids et une force qui ne se trouve pas dans les discours des hommes ordinaires. En effet, le pécheur, quelque élevé qu'il soit, perd, par ses égarements, le droit de r^ prendre ceux qui s'égarent > ses vices affoibliasent ses instmctioos t les foiUesses de sa oimduite décrient l'utilité de ses conseils, et sea mceurs ne laissent plus de crédit à ses paroles. Mais le Juste peut avec confiance condamner dans les autres ce qu'il a commencé par s'interdire à lui-même : ses instructions ne rougissent pas desaeoiiduile : son innocence rend ses censures respectables, et tout cequll dit trouve dans ses mœurs une nouvelle autorité dont on ne peut se défendre. Aussi nous donnons, comme sans y penser, aux véritables Justes, une espèce d'empire sur nons-mêmes t quelqiie élevée que nous soynm d'ailleurs, la vertu se forme comme un tribunal à M. I. 35
pari, auquel noos floaineCtoiis ayoc plaisir notre élévation et noùrc puiasaiioe; et il semble que les Justes, qui jageroot an jour les anges , ont droit é^éire , dès à présent , les juges des hommes.
Un Jean-Baptiste, accompagné de sa seule yertu , devient le oen- «eur d'une eour voluptueuse ; et Hérode ne peut s'empêcher do oraindre ses censures et de respecter sa vertu. Un Michée s'oppose aenl aux vains |Mt>jcts de deux rois et de deux armées; et tout est élMiudé à la seule voix de l'homme de Dieu. Un prophète inconnu vient de la part de Dieu repiocher an roi d'Israël, assemblé à Bé ihd avec tout son peuple pour sacrifler à Baal , l'impiété de ses sacrifices $ et les mystères profanes sont suspendus. Elle tout seul vient au milieu de Samaiie menacer Achab de la vengeance divine ; et le prince tremblant s'humiUc, et conjure le prophète d'obtenir sa grâce auprès du Seigneur. Enfin un Samuel , armé de la seule dignité de son âge et de son mimstère , vient reprocher à SatU , vainqueur d'Amalec, et encore environné de ses troupes victorieuses, son ingraiitude et sa désobéissance ; et ce prince, si intrépide devant ses ennemis , sent toute sa fierté tomber devant le prophète , et met tout en usage pour l'apaiser. O sainte autorité do la vertu 1 qu elle porte avec éclat les caractères augustes de sa câeste origine !
Il est vrai , mes Frères, qu'à cette autorité inséparable de la vertu, les Justes ajoutent les saints artifices et les sages circonspections d'une Aarité tendre et prudente. Ito ont appris qu'il faut reprendre à temps et à contre-temps, il est vrai ; mais ils savent aussi que si tout leur est permis , tout n'est pas expédient ; que les |riaies qui sont dans le cœur demandent de grandes précautions , et qu'il faut lui faire aimer les remèdes si l'on veut qu'ils soient utiles : ils^uivent que la vérité ne doit d'ordinaire ses victoires qu'aux ménagements de la prudence et de la charité qui les lui préparent,- qu'il y a un temps de gémir en secret , et un temps de parler ; que la même charité qui hait le péché , tolère le pécheur pour le corriger ; et que la vertu n'a d'autorité qu'autant qu'elle a de discrétion et de prudence.
Ainsi h vertu est aimable lors même qu'elle reprend : ce n'est pnsla oonnoltre de se la représenter sous l'idée d'un zèle amer et imprudent, qui condamne sans indulgence, et qui corrige sans discernement : la charité n'est ni témérahre, ni inhumaine ; elle sait dioisfar ses moments et ménager ses conseils ; die sait se rendre utile sans se rendre odieuse ; et quand on aime sincèrement, la douceur «t les précautions sont naturelles : si ces caractères manquent, ce n'est pins la charité qui reprend et qui édifie, c'est Thumeur qui censure et qui scandalise : la charité est douce et prudente , et l'bumeor est toujours piquante et téméraire. Nathan ne vient pas reprocher aigrement à David le scandale de sa conduite : il s'insinue avant que de reprendre; il fait aimer la vérité avant de la dire; il bit hair le crime avant de blâmer le coupable : et par les ménagetnents fnnooents d'une parabole ingénieuse, il trouve le secret de
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oonriger le yice saus offenser le pécheur, et de faire prononcer David contre loi-même.
Un ami saint et vertueux, et qui joint à la vertu cette doooeur tendre, et cette discrétion que la diarité inspiré, ne trouve presque point de cœur, quelque livré qu'il soit aux passions, insensible à ses sages remontrances. Car ce n'est pas ici un anachorète anstdro, qui par les suites de sa profession, ne pouvant vous tenir que des discours saints, vous trouve moins disposé à l'écouter : c'est tm Juste de votre état, de votre âge, de votre rang, le complice peutôtre autrefois de vos plaisirs et de vos débauches , qui vous fieJt sentir le vide des amusements dont il a été lui-même Tadorateor insensé; qui .vous inspire l'horreur d'un monde dont il a été lui* même autrefois foUement enchanté; qui vous exhorte à un genre de vie sage et chrétien, qu'il a lui-même autrefois décrié ; qui voua promet, dans la pratique de la vertu, des douceurs, et une paix de cœur, qu'il a lui-même crue puérile et chimérique : tout ce qu'il dit, tire une nouvelle force de cette ressemblance; il vous ébranle; il vous enlève presque malgré vous à vous-même ; et la simplicité de ses discours est mille fois plus puissante pour persuader, que toute Féloquence des chaires chrétiennes.
J'en appelle ici à vous-même : combien de fois, dans le temps que vous suiviez avec plus de fureur les égarements du monde et des passions, un ami chrétien a rappelé Tivresde de votre cœur aux lumières d'une raison plus tranquille, vous a fait convenir de Unjustice de vos voies, des amertumes secrètes de votre état , de l'abus du monde et de la vanité de ses espérances , et a laissé au fond de votre ame un trait de lumière et de vérité qui depuis ne s'est jamais effiicé, et vous a toujours appelé en secret à la vertu et à l'innocence ! Augustin sentit ses irrésolutions s'affermir dans les entretiens d' Ambroise ; Alipe , sa foiblesse se ranimer dans la sainte familiaritéd' Augustin. Non, la vérité semble avoir un nouveau droit sur nos cœurs , quand elle est aidée des persuasions douces et sin* cères d'une tendresse chrétienne.
Et ici je ne puis m'empêcher de le dire à vous , mes Frères, que la grâce a retirés des égarements du monde. Souvent, contenta, ce semble, d'avoir échappé vous-mêmes au naufrage, vous voyez périr vos frères sans douleur ; vous auriez honte de leur tendre la main : vos nouvelles mœurs n'ontpas éloigné de vous les amis que le monde et les plaisirs vous avoient donnés ; vous conservez en* oore avec eux ces liaisons de soins , de tendresse , de confiance, que la piété ne condamne pas , mais qu'elle rend seulement plus sincères et plus chrétiennes ; cependant vous les laissez perdre sans les avertir : sous prétexte d'éviter l'indiscrétion, et ce zèle impor* tun qui rend la piété odieuse, vous manquez aux règles de la diarité et aux devoirs d'une amitié sainte : il n'est jamais qoestkm de salut entre vos amis cl vous ; vous affectez même , par une f
dèlicaleste , d'éritor cm sorles d'eatretiena : vous sonBrei qn'Ut vous parient de leon pUisin , de la fdie de lenra amoiemento, et de la faiiUé de leurs eapèraoces ; et vous yoiu otraer? ei pour ne pas leur parier du bonheur et des avantages d'one rie diréticnne, et des richesses de la misérioorde de Dien sar les pécheors qui Teolent revenir à lai. Mais qu'estn» qu'une liaison dont le Seigneur n'est pas le principe , dont la charité n'est pas le ncsud , dont le salut n*est pas le fruit?
Déjà c'est une erreur de croire qu'il n'y ait pas ici une obligation de conscience : TÉvangile vous prescrit aujourd'hui d'aller même chercher votre frtee, et de lui donner en particulier des avis tendres et charitables : d'ailleurs il vous est ordonné, à vous qui êtes oonvoiis, comme autrefois à Pierre, de rappeler et de soutenir vos frères. Mais, quand la religion ne vous en feroit pss un devoir, pouvei-vous voir des hommes que l'espérance d'une même vocation vous unit , et que les liens de l'amitié dcrivent vous rendre encore plus chers t pouvez- vous les voir ennemis de Jésus- Christ, esdaves du démon, destinés, par le dérèglement de leur vie, à des malheurs éternels, sans oser leur dire quelquefois que TOUS les plaignei ; sans profiter de quélquesHUis de ces moments heureux où ils riennent vous confier leurs chagrins et Irars dégoûts , pour leur apprendre à chercher en Dieu seul une paix que le monde ne peut donner; pour placera propos une seule parole de salut ; pour leur dire avec ces tâooignages touchants de tendresse , dont le ccBur a tant de peine à se défen(&e, ce qu'autrefois Augustin, déga converti, disoit à un de ses amis qu'il yooloit retirer de l'égarement: Est-oeque nous aurons des destinées si différentes dans l'avenir, tandis que nous n'avons id-bas qu'un même ooMir? les nmuds de notre amitié sont donc fragiles et périssables^ puisque la charité , qui seule demeure éternellement , n'en est pas le li^ commun : la mm^t va donc nous séparer à jamais ; car c'est dans le Seigneur tout seul que l'union peut être immortelle : vous n êtes donc qu'un ami temporel, et une haine étemelle succédera à cette amitié rapide et passagère qui nous unit sur la terre? Mais que sont les liaisons les plus tendres que la piété n'a pas formées? et peutron aimer un seul moment ce qu'on ne doit pas aimer toujours?
Mais ce qui donne en second, lieu une nouvelle force aux instructions des Justes , c'est qu'elles sont soutenues de leurs exemples : second moyen de salut que leur société fournit aux pécheurs. Et certes» mon cher Auditeur, si vous viviez au milieu d'un monde où Dieu ne fût pas connu : si tous les hommes vous ressembloient , et que vos yeux ne rencontrassent de toutes parts que des exemples de dissolution, la vertu inconnue ne vous paroitroit ja- Biaisdesîrable; le crime senrit toujours tranquille, paroeque son opposition avec la piété n'en troubleroit jamais les fausses douceurs^
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ne sentiriei jamais s'élever an dedans de vons ces (roubles aeeretsqiii tous reprochent votre propre foiblesse; et tous croiriex la rie chrétienne impossible , parceqne tous la yerriez sans e9cem|dê. Mais, dans qnelqne situation qne la Providence vons ait fait naître , vons tronverez des Jnstes de votre âge et de votre état^ liai observent la loi du Seigneur, et qui marchent devant lui dans la sainteté et dans l'innocence ; leur exemple seul est une voix poissante qoi vous parle sans cesse au fond du cœur, et qui vous rappelle malgré vous à la vérité et à la justice. Nous vous annonçons la piété du haul de ces chaires chrétiennes ; mais leur exemple vous la persuade ; nous vous montrons la voie de loin ; mais ils y marchent à vos yeux pour vous frayer le chemin , et vous animer à les suivre : nous vous prescrivons les régies ; ils vous fournissent le modèle. Aussi combien de fois, mon cher Auditeur, touché des exemples d'un Juste de votre rang et de votre état , vous étes-vous reproché à vous-même les penchants infortunés qui ne vous permettoient pas de lui ressemider ! combien de fois le souvenir de son innocence vous a couvert de confusion , arraché des soupirs à votre fôîblesse , et fait balancer quelque temps entre le devoir et la passion I comlHen de fois sa préMuce seule a réveillé en vous des désirs de salut, et vons a fait promettre en secret à vous-même qu'un jour vous marcheriez sur ses traces! Non, mes Frères, nous ne voyons point de conversion dans le monde qui n'ait trouvé sa source et son motif dans les exemples des gens de bien : je ne parle pas même ici du mérite de leurs oeuvres; l'union de la foi , et la société d'un même esprit, établit entre eux et vous une espèce de oommerce saint , qui vous rend propres les fruits immortels de leurs vertus : le trésor qu'ils amassent , la mesure surabondante qu'ils comblent par des violences qui vont au delà de leurs dettes, sont des biens qui vous appartiennent, et que vous pouvez offrir au Seigneur comme vos propres justices. Ce n'est pas que des satisfactions étrangères puissent suffire pour effacer les offenses qui vous sont propres ; il faut que les mêmes membres qui ont servi à l'iniquité servent à la justice, el que le péché se répare où il a été commis ; mais les œuvres des Justes offrent sans cesse au Seigneur, ou le prix de votre conversion, ou l'heureux supplément de votre pénitence. Cependant le monde, toujours ingé<nieux à s'ôter à lui-même les ressources de salut que la bonté de Dieu lui ménage , ne semble attentif qu'à obscurcir l'éclat, ou diminuer le mérite des œuvres des gens de bien t il attaque la sainteté des motifs, quand les dehors sont à couvert de la malignité de ses coisures. Les courtisans du roi Sédécias accusoient les larmes et les tristes prédictions de Jérémie sur la ruine ivochaine de Jérusalem , d'un secret désir de plaire au roi de Babylone, qui assiégeoit cette ville inturtunée. Il semble, 6 mon Dieol que vous m 80faK pas assez aimable pour être servi dans la seule vue de vov»
550 MARDI DE Là TROISIÈME SEMAINE.
s ; et c[ae TOB prometteg tODlei MdeB ne floteat pas capa^ dédommager yos aenriteura des peines qa'ils endurent : U finit ^m le monde cherche toqjoors dans les plos saintes démarches de laor piété , d'antres desseins qae celai de Tons honorer, et on antre in* térét que celai de Tons plaire. Mais cpie faites*yons, mes Frères , en diminuant par des soupçons téméraires le mérite des œuvres des Justes? vous diminuez les ressources heureuses de votre salut . TOUS TOUS ùtei i Yous-mémes les motib les plus constants de votre espérance ; ce sont vos propres vertus que vous déshonorez, et vos censures insensées retombent sur yous-mémes.
Enfin les Justes servent encore à votre salut par leors gémissements et par leurs prières ; et c'est dans ce dernier avantage , que vous allez connottre combien la v^u est respectable dans ceux qui la pratiquent
La prière continuelle du Juste , dit un apôtre, est if un grand poids auprès du Seigneur {Jkc, v, 16). Oui, mes Frères, si DieU jette encore des regards de miséricorde sur la terre, s'fl répand encore ses faveurs sur les empires et sur les royaumes , ce sont les prières et les gémissements secrets des gens de bien, qui nous les attirent ; ce sont ceux qui composent cette partie pure de YÉf^^ qui n'a point d'autre voix pour demander que ceUe du Christ , dcmt les clameurs ont toujours accès auprès du Père; c'est là cette colombe qui gémit sans cesse, et qui ne gémit jamais en vain ; c'est par eux que toutes les grâces se répandent dansTÉgllse; c'est à eux que les siècles doivent les princes religieux, les pastemrs fidèles, la paix des églises , les victoires de la foi, ces hommes célèbres par leurs lumières que Dieu suscite dans les besoins de son Église, pour s'opposer aux entreprises de l'erreur, au rdàdiement des moeurs , aux afioiblissements de la discipline : que diral-je en* core? c'est à eux que le monde doit les ressources inespérées dans les calamités publiques, la tranquillité des peuples , le bonheur des siècles ; tout vient de là : car tout se fait pour les élus. Nous en faisons honneur, nous , qui ne jugeons que par les sens, à la sagesse des souverains , à la puissance ou à l'habileté de ceux qui gouvernent i mais si nous voyions les événements dans leurs causes, nous les trouverions dans les gémissements secrets des gens de bien, dans les prières quelquefois d'une ame simple et obscure, qui, cachée aux yeux des hommes , décide bien plus auprès de Dieu des événements publics , que les césars et leurs ministres, qui paroissent à la tète des affaires , et qui semblent tenir entre leurs mains la destinée des peuples et des empires.
Comparez, disoit autrefois Tertullien aux païens, les malheurs passés de l'empire à la tranquilh'té dont il jouit aujourd'hui ; d'oà vient ce changement ? n'est-ce pas depuis que Dieu a donné des dirétiens au monde: £x quo christianos àDeo orbis accepit? C^est depuis que l'Evangile a montré à la terre des honunes justes.
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qui offirent an Seigneur des prières feryentes pour les princes el pour les rois, que les césars sont plus heureux , Tcmpire plus flo* rissant, les peuples plus tranquilles : c'est nous seuls, qui , levant des mains pures au del , le flécfaisscMB par nos clameurs } et ce* pendant, lorsque nous en ayons obtenu des grâces pour la terre, Jupiter en a tout l'honneur dans votre esprit : Ée eiua misericor^ diam extorserimus y Jupiter honoraluri QfxA don, mes Frères, la miséricorde de Dieu Tait à la terre, lorsqu'elle s'y forme un élu! quel trésor pour un peuple, pour un empire , pour le monde en^ lier! quelle ressource pour les hommes d'avoir encore au milieu d'eux des serviteurs de Jèsus^Ghrist !
Vous regarde! quelquefois , mes Frères , la vertu comme unefmblesse ; et la piété des Justes ne trouve sonveni auprès de vous que des dérisions et des censures. Mais quand les gens de bien ne seroient pas si utiles à la terre \ quand ce ne seroit pas eux qui maintiennent encore parmi nous les restes de la sûreté publique, la bonne foi dans le conunercc, le secret dans les conseils , la fidélité dans les affiaiires, la religion dans les promesses, l'intégrité dans les soins publics, l'amour des peuples dans l'autorité; qu'y a-t-il de plus grand et de plus respectable dans le monde que la vertu ?
Mais elle est rare, dites-vous 1 je le veux, et c'est en cela même qu'elle est plus digne de vos hommages. Mais enfin , laissons là les discours puérils du libertinage; $ il est enowe sur k terre des âmes pures et fidèles ; vous en connoisseï dans votre rang et dans votre état, auxquelles vous nepouvei refuser le titre respectable de la vertu : or c'est par-Ui, en dernier lieu, que les bons servent à la oon" damnation des méchants; ils Aient à l'iniquité toutes ses excuses Car que pourrez*vous répondre devant le tribunal de Jésus«-Christ, que leur exemple , ou n'affoiblisse , ou ne confonde ? Sirex- vous que vous n'avez fait que suivre des usages établis, et qu'il eût fallu se retirer dans les déserts pour s'en dispenser? mais les Justes qui sont parmi vous s'y conforment-ils? Vous excuserex-vous sur les suites inséparables d'une naissance illustre? vous en eonnoissez qui , avec un nom encore plus distingué que le vAtre, en sanctifient l'édat, et trouvent le secret de le faure servir au salut. Quoi , la vivacité de l'âge? la délicatesse du sexe? on vous en montre tous les jours, qui dans une jeunesse florissante, et avec tous les talents propres au monde , regardât tous ces vains avantages comme de la boue, el n*ont de pensée que pour le dd. Quoi 9 la dissipation di» emplois f vous en voyez chargés des mêmes soins que vous, et qui cependant font du salut la principale aCQûre. Votre goût pour le plaisir ? l'amour du plaisir est le premier penchant de tous les hommes ( «t il ost des Justes en qui il est encore plus violent , et qui sont nés avee des dispositions moins fiivorablesàla vertuquevous. YosalDictionsr îl y a des gens de bien malheureux. Votre prospérité ? il s'en trouve qui se sanctifient dans rabondance. Votre santé? on vous en 1
S6t MARDI DE LA TROISIÈME SEMAINE.
tnrafoi, daftsim corps iabmei portent mie ame remplie tfime forée df riiie.
Toame^TOU de tous les côtés; autant de Justes, autant de iétmoins qui déposent contre tous : placei-Yons en telle situation qiill voos fdaira, encore anjonrd'lmi les femmes mondaines ont des£s> ther pour modèles; les filles chrétiennes, des Rebecca; les hommes de gnerre, des Josaé : les courtisans , des Néhémias ; ceux qui sont assis sur letrône^desJosiasetdesDaYid; les affligés, des Job; les infirmes , des Timothée ; ceux qui sentent Tuguillon de la chair, des Paul t diaque situation a ses Saints; chaque âge a ses exemples; chaque état fournit ses modèles. Cest ainsi , 6 mon Dieu ! que s'accomplissent sorleshraimesyos deaseinsdejusticeet de miséricorde ; et que si vous TOUS lerTeidesJustes pour corriger ou pour confondre les pécheurs, vous tous serrei aussi des pécheurs pour affermir la foi, on pour éprouforla rertu des Justes.
SaCORDI PABTII.
Le corps des Justes, dit saint Augustin, répandu par tout le moiMle, trouve son accroissement et son utilité dans les chutes et dans les errerai mêmes de ceux qui ^égarent t Omnibus erramibus utUur ad pro/eetus suasf et les fifres saints ne semblent attribuer au Seigneur tous les maux et tous les désordres de la dté, quo parceque sa proyidence les permet pour les faire sertir au salut de ceux qui lui appartiennent
Car remarquez, je tous prie, mes Frères, que la négligence, le dégoût, Tonbli des grâces , sont les écueils les plus ordinaires de la Tertu des Justes ; et que le mélange des méchants sert en premier lieu à leur instruction, en les préservant de cesécueils, et leur fournissant desIeQons continuelles de vigilance , de fldâité et de recon*
De vigilance. En eSdt , les commencements de la conversion et de la piété des Justes sont toujours timides et défiants : le ccBur , instruit alors par le souvenir encore tout nouveau de ses diutes passées, veille sur sa propre foiblesse , frémit à la seule présence des objets qui lui en retracent les ftinestes images ; tout l'alarme, tout Tavcrtit, tout le rappelle à lui-même : à peine à demi essuyé du naufrage, il ne mardie sur les eaux qu'en tremblant, comme Pierre, et le moindre mouvement lui montre le sein de Fabime prêt à l'engloutir.
Mais ces pieuses frayeurs, si nécessaires à la vertu, ne se cahnent que trop dans les suites : à mesure que le souvenir de nos chutes s'éloigne, le sentiment de notre fragilité s'affcffblit : lei jours déjà passés dans la piété semblent nous répondre de ceux qui suivent ; les frayeurs cessent, les précautions se négligent; et, comme le rut Eiédiias , depuis qu'on a triomphé de Sennachérib, et délivré Je* rusalem des ennraiis qui a voient juré sa perte, on en introdoM
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d'aatrw diOB la cité sainte , et on ne o^int plus même d'exposer avec complaisance à leurs yeax des trésors qui ne sont en sûreté que lorsqu'ils sont inconnus.
Or, contre un affoiblissement si dangereux , rien n'est plus utile aux Justes que le mâange des méchants : ils lisent sans cesse dans les dhutes de leurs frères les raisons de leur vigilance : ils voient dans une source commune les mêmes foiblesses à craindre , et que l'usage tout seul d'une foi toujours attentive fait ici le discerne* ment : ils apprennent dans l'histoire des malheurs d'autmi , quels sont les degrés qui conduisent insensiblement au crime ; que les com mencements en sont toujours légers ; que pour peu qu'on accorde à l'ennoni, les avantages qu'il en tire sont funestes à l'ame ; et qu'il est plus à craindre lorsqu'il inspire des adoucissements, que lors même qu'il propose des crimes : ils voient que parmi ceux qui tombent à leurs yeux , il en est plusieurs qui ont été autrefois plus fervents qu'eux dans les voies de Dieu , et qui s'attendoient encore moins qu'eux à dédioir, par des chutes honteuses , de cet état de ferveur et de justice. Ainsi , ils apprennent tous les jours dans les égarements de leurs frères, qu'il n'y a de sûreté pour la vertu qao dans la vigilance ; et qu'il n'y a jamais loin entre l'affoiblissement et la chute.
Le mélange des pédienrs soutient donc la vigilance des Justes contre la tentation du relâchement ; mais il affermit encore leur fldâité contre celle du dégoût. Et certes, si, cachés au siècle, ils vivront tous séparés des pécheurs , peut-être que dans ces moments où le cœur aride retombe sous son proj^ poids , où Ton se lasse de soi-même, où nul goût sensible ne soutient plus la vertu ; peut-être qu'alors ib ponrroient se promettre dans le monde des plaisirs pins doux que ceux de la piété , et une destinée plus heureuse. Mais la seule présence des pédieurs dissipe cette iDusion : le Juste n'a pas besoin de sa foi pour se détromper sur leur fausse félicité ; il n*a qu'à ouvrir les yeux : il cherche des heureux dans le monde, et il n'en trouve point $ il voit partout des agitations qu'on appelle plaisirs , et il ne voit nulle part de bonheur ; il omsulte les mondains euxmêmes , et ils déposent tous contre le monde et sa prétendue félicité ; il trouve parmi les pécheurs mille fois plus d'ennui, plus de dégoût pour la vie mondaine, qu'il n'en a jamais éprouvé pour la vertu; il voit que leurs passions font tous leurs malheurs et tous leurs chagrins» et que le cœur de l'homme de bien qui en est exempt ne sauroit jamais avoir d'autre peine , que de ne pas sentir assez vivement son bonheur. Ainsi le mélange des pécheurs affermit la fldélité des Justes contrôla tentation du dégoût : mais de plus, il réveille leur reconnoissance , et les défend contre la tentation del'ouUi des grâces.
Troisième manière dont le mélange des méchants contribue à finstmctiondes Justes. Ils voient que le Seigneur laisse périr dans
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le monde une infinité de pécheonmoins ooQpables qu'eu ; nés avec un fonds de droiture, d'équité, de bouté, de pudeur même; inca pablesde rien de noir, d'inique, d'inhumain j qui aimentla Yoriu, qui révèrent les Justes, et qui ne trouvent que dans les molles foi* blesses d'un cœur fragile, plus digne de la miséricorde que de la colère divine, recueil de leur innocence; tandis qu'eux-mâmea, après des excès monstrueux, et qui ne pouvoient partir que d'un cœur profondément mauvais et corrompu, ont été choisis, arrachés au crime , et appelés à la connoissance de la vérité : ces objets tou* jours présents font sentir à chaque instant au Juste le prix inesti* mable du bienfait qui a changé son cœur. Ce n'est pas assez ; il connott même des pécheurs qui gémissent sous le poids de leurs chahies, qui désirent leur délivrance, qui flottent toute leur vie entre les désirs de la vertu et la tyrannie des passions , et qui cependant n'arrivent jamais au salut, soit parcequ'ils le désirent trop foiblement , soit parceque le Seigneur est maître de ses dons, et qu'il a pitié de qui bon lui semble : il les connott , et il se souvient que le Sagneur vint au devant de lui pour le retirer du désordre, lorsque, loin de l'att^dre et de l'appeler, il fuyoit encore sa présence ; et il se souvient que lOTsqu'il avoit encore les armes à la main contre sa gloire , et sans avoir apporté à la pénitence d'autre préparation que ses crimes , une lumière céleste le frappa soudain , une main invisible rompit tout d'un coup ses chaînes ; le maître des coson M en donna un nouveau.
Mais le fruit de sa reconnoissance est un fonds de doueeur, de tolérance , de charité pour ses frères qui s'égarent ; car souvent les gens de bien n'ont pour les pécheurs qu'un œil de mépris et de dureté s loin d'être touchés de leur malheur, et de demander à Dieu qu'il les convertisse, ik font souvent consister toute leur vertu, on à les fuir, comme des objets contagieux ; ou à les plaindre, comme si leur malheur étoit sans ressource ; ou à les censurer, ocmime si la charité, toujours inexorable envers le vice, n'étoit jamais indul* gente pour le pécheur.
Mais qui êtes- vous pour prescrire ainsi des bornes à la miséricorde divine, et désespérer du salut do votre frère? Si la grâce a pu triompher de toute la corruption de votre cœur, il n'est plus rien que vous ne deviez attendre d'elle pour les autres : le prôdige de votre conversion doit vous préparer à voir sans surprise les chan* gements les moins attendus. Que savez-vous si ceux qui vous paroissent aujourd'hui les ennemis de la vertu ; qui s'opposent au zèle et aux bonnes intentions des gens de bien ; qui font de leur autorité un asile aux désordres publics, ne seront pas un jour à la tête de toutes les œuvres saintes , les protecteurs de la piété , les ressources de la miséricorde, les appuis du zclc et de la vérité? Qui seseroit jamais défié que Manassès , qui avoit introduit l'abomination dans le lieu saint , et effacé jusqu'aux traces du culte du Seigneur dans
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Jénualem, dût deyenir un jour le restaurateur da temple et deg Mcrifices, et le protecteur du ministàre des enfants d'Aaron? Je yais plus loin ; que savez-TOus si ce pécheur que tous regardez arec tant d'lK»Teur ne sera pas appelé, et si vous ne sarez pas rejeté? s'il ne se relè?era pas, et si vous qui êtes debout ne tomberez pas pour ne plus vous releyer? On n*eùt pas cru, sans doute, que la pécheresse de la cité dût devenir Tamante la plus illustre de Jésus- Christ ; et que Judas, qui étoit son disciple et le vicaire de son amour, dût mourir traître et désespéré. Le Seigneur ne tient-il pas entre ses mains les cœurs de tous les hommes? Adorez ses conseili éternels sur leurs destinées ; et respectez toujours dans les pécheurs, ou les droits que la grâce se réserye sur leur volonté pour les sanetifl^, ou l'usage qu'elle en peut faire, non-seulement pour rinstruction, mais encore pour Tépreuve et pour le mérite des Justes.
En effet , premièrement, quand les pécheurs ne feroient que donner un nouveau prix à la fidélité du Juste par la séduction de leurs exemples, ceseroît toujours une gloire immortelle pour la vertu de pouvoir y résister. Car, outre qu'on a besoin de force pour se défendre des exemples qu'on a sans cesse devant les yeux , lors surtout qu'ils favorisent les inclinations corrompues delà nature; ce sont des exemples que l'amitié, le sang, l'intérêt, la complais sanoe, le respect, rendent encore plus puissants, et plus propres à sédufare le Juste ; ce sont ses mattres , ses amis, ses prodies, ses protecteurs , dont il a à se défendre : il faut qu'il puisse les abner, les respecter , les cultiver , leur plaire , et qu'il ait le courage de ne pas les imiter : il faut que leurs volontés soient pour lui des lois , et que leurs actions ne soient pas des modèles. Enfin, des exemples autorisés par la multitude : ce sont les mœurs communes, qu'il faut éviter ; les usages établis, qu'il ne faut pas suivre : il faut avoir la force d'être singulier, et de soutenir avec dignité le ridicule que le monde attache à la singularité : il faut oser condamner tout seul par sa conduite ce qu'il y a de plus autorisé parmi les hommes ; passer pour un esprit foible et frappé , et ne compter pour rien leurs jugements comme leurs exemples. C'est ici que la fidélité du Juste honore la grandeur du maître qu'il sert, et qu'il devient au milieu du monde un spectacle digne des anges et de Dieu même.
Mais non-seulement les exemples des pécheurs donnent un nouveau prix à la fidélité du Juste, leur malignité ménage encore à sa vertu mille épreuves glorieuses. Car, mes Frères , si la vertu n'étoit contredite, opprimée, persécutée, les Justes pourroient avoir le mérite de l'innocence, mais ils n'auroient pas celui de la fidélité : si leur piété ne trouvoit ici-bas que des applaudissements et des hommagesr la voie seroit trop agréable pour être sûre 2 si tout applandissoit à la vertu, la vertu se détruiroit bientôt elle-même; oa calme dangereux l'endormiroit; ces faveurs humaines l'amolli*
rofeni; ces suffi^ages imblics, on en oorromproient le principe, on deviendroient bientôt le dédommagement secret de ses peines. Son règne n'est pas de ce monde : les contradictions la soutiennent ; les tempêtes raffermissent; les persécutions réprouvent; les tribulations la purifient.
Or Yoilà l'utilité, dit saint Augustin, que la sagesse de Dieu sait tir^ de la malice des pécheurs. Il les souffre ; que dis-je ? il les fa-vorise même à un point que ses serviteurs sont quelquefois scandalisés ayec le prophète de la prospérité des impies. Aussi la puissance, l'empire, l'autorité, semblent être presque toujours id-bas leur partage ; il semble qu'une main inyisible ne les élère , ne les protège, ne les tait croître, qu'afin qu'ils derieunent plus propres à accomplir les desseins éternels de la Providence sut les Justes t ce sont des instruments de justice destinés à exercer leur foi : inutiles à eux-mêmes , ils servent du moins, par les ménagements ada râbles de celui qui sait tirer le bien du mal , au salut de leurs frères. C'est ainsi que tout, et les impies même, coopèrent au bien des élus : en les opprimant, ils font éclater leur patience; en les chargeant de dérisions et d'opprobres, ils ménagent de nouveaux triomjSies à leur charité ; en les traitant de séducteurs et d'hypocrites, ils épargnent à leur piété la tentation des applaudissements et des louanges ; en, les dèpocdllant de leurs biens, ils purifient leur détachement; em suscitant des obstacles et des contradictions k leur verta, ils couronnent leur persévérance; et la fureur des tyrans a fait autrefois plus de saints, que le zèle même des ap6tres.
Et c'est ici, mes Frères, vous qui servez le Seigneur, et qui marchez dans la voie de ses commandements, c'est ici où vous ne faites pas toujours usage de votre foi. Vous voudriez que la piété fût toujours protégée, favorisée, préférée mémo ici-bas dans la distribution des grâces et des honneurs, au vice : vous ne regardes pas assez les pécheurs qui méprisent ou qui oppriment la verUi, I vous ne les regardez pas assez dans la main de Dieu, et dans Fwdre de sa providence. Yous souhaiteriez que l'orgueil des impies fût humilié, et que le Seigneur soufflât sur ce colosse de grandeur et de puissance qui les élève , et dont ils se servent pour affliger les siens : vous voyez avec douleur les premières places occupées souvent par les protecteurs du vice, et les contempteurs de la vertu : vous désireriez, ce semble, que la piété reçût ici-bas sa récompense; et qu'au lieu des croix et des tribulations qui doivent être son partage, elle jouit des honneurs, de la pnissaiicc, des distinctions, qui ne lui ont pas été promises sur la terre. Mais vous n'apercevez pas que vos désirs injustes ûtent à la sagesse de Dieu le principal moyen de salut qu'elle a préparé dans tous les siècles à ses serviteurs; et que pour ménager un vain triomphe à la vertu , vous lui ûtei l'occasion et le mérite de ses véritables victoires. En effet, outre que la malice des pécheurs éprouve et purifie la
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foi des Jostoe, leurs scandales et leurs dérèglements les affligent, et arrachent à leur piété des gémissements de zële et de compassion, qui leor font un nouveau mérite devant le Seigneur ; dernier avantage que le mélange des méchants ménage aux gens de bien.
Témoins de la corruption générale, et de ce déluge de crimes dont4e monde semble être inondé, ils sèchent de doulenr comme le Prophète : ilà se sentent déchirés par les plus vives impressions de l'Esprit de Dieu, comme Paul à la vue des désordres et des impiétés d'Athènes : Incitabaturspiritus ejus in ipso ( Acr. xvii, 16) : ils veulent se laisser mourir de tristesse comme Élie au pied de la montagne, spectateur des prévarications dlsraél : ils demandent, comme Jérémie, une fontaine de larmes pour pleurer sur les excès et sur les iniquités de leur peuple : ils souhaitent, comme Moïse, d'être efiacés du livre des vivants , pour n'être plus témoins de l'incrédulité de leurs frères: ils désirent, oonmie Daniel, la fin delà captivité, la délivrance du peuple de Dieu, l'avènement du règne éterneL
Voilà le fruit qui revient à la piété des Justes, des dérèglements et des scandales dont ils sont témoins. Et certes, mes Frères, quand on a de la foi, et qu'on est touché de la gloire du Dieu qu'on sert et qu'on aime, peut-on voir ce qui se passe dans le monde d'un œi* sec, tranquille , indifférent: les maximes de Jésus-Christ anéanties, ses myst^es déshonorés, ses serviteurs méprisés, ses i^romesses oubliées ; la Jlerreur même de ses menaces affoiblie par les blasphèmes de l'incrédulité; les haines éternelles, les vengeances honorables, les infidélités dans le mariage devenues le sujet, non pas de l'horreur, mais de la risée publique , et des chansons satiriques et profanes; les vices autorisés , les théâtres impurs devenus les plaisirs publics des chrétiens, et l'art d'inspirer les passions les plus honteuses, placé parmi les arts qui sont utiles aux peuples, glorieux aux royaumes, et qui font dresser des statues à leurs inventeurs?
£h I vous vous persuadez quelquefois, vous, mes Frères, qui vivei dans la piété en ménageant encore le monde, que le commerce du monde et de ses plaisirs, pourvu qu'on s'en tienne à certaines bornes, n'est pas interdit à la- vertu , et que les gens de bien doivent plus se distinguer des mondains par les dispositions du cœur que par les moeurs extérieures , et la fuite trop rigoureuse de leurs assemblées et de leurs plaisirs. Mais si les intérêts de Jésus-Christ vous touchent, pouvez- vous être capables de quelque joie au milieu du monde? Eh! qu'y verrez-vous qui ne doive vous percer le cœur delà [dus vive douleur? Pourrez-vous sourire à une impiété; ou vrir les oreilles aux médisances les plus atroces ; applaudir au langage profane des passions ; louer les projets frivoles et insensés de la vanité ; devenir l'approbateur des préjugés et des usages? pourrez-vous voir crucifier sous vos yeux le Seigneur Jésus, et prendre partàla jœe de ses ennemis^ si vous n'en prenez point à leur crime?
pooires-Toiis enfin yotr tons les amatenrs du monde cooiir en dan- Mfit comme des insensés, on bandeau snr les yeux, au prédpioe; et TOUS faire, d'un spectacle si affligeant, un objet capable d'amuser yotre loisir, ou d'égayer yos ennuis?
Je dis bien plus : pourrez-yous y retenir yos larmes ? Quelle contrainte ! quelle situation pénible que le commerce des mondains, ^K>ur une ame qui aime son Dieu , lors même que Tordre et le devoir Vj engagent ! Vous cherchez le monde pour tous délasser? mais tous devriez l'ériter , pour vous épargner les moments les plus amers d'une sainte tristesse *. c'est au sortir du monde que vous devriez avoir besoin de délassement ; que votre esprit , fatigué de tant d'images affligeantes, devroit aller se consoler aux pieds de Jésus* Christ. Ah I si vous pouvez , je ne dis pas trouver encore quelque plaisir au milieu du monde ; mais le voir encore sans douleur, sans gémir en secret sur les jugements de colère que Dieu y exerce sur les hommes ; peut-être ne halssez-vous pas des abus qui vous laissent si tranquille ; peut-être portez- vous encore dans le coeur les mêmes passions , qui dans les autres n'ont rien qui vous alarme.
Passez au milieu de Jérusalem, disoit autrefois le Seigneur à l'ange exterminateur ; marquez sur le front, et épargnez les hommes qui gémissent et qui sont affligés des iniquités qui se commettent au milieu d'elle: Transi per mediam Jérusalem^ et notabis signum êuper f routes vivonim qui ingemunt et mœrent ob iniquitates quœ fiant in mcdio ej us {Ezecu., ix, 4) : c'est le caractère le plus esaentiel des Justes ; c'est la marque décisive à laquelle on les reoonnott. Tout le reste des habitants de Jérusalem est livré à la fureur du glaiv&et de la vengeance céleste : ce petit nombre tout seul de Justes qui gémissent est épargné, et marqué du sceau de salut : le Seigneur ne reconnott pour siens que ces âmes touchées du zèle de sa gloire , qui répandent sans cesse devant lui Famertume de leur cœur sur les iniquités de son peuple , et qui lui disent tous les jours avec un prophète : Regardez, Seigneur, du haut de la demeure de votre gloire, et voyez : Attende^ Domine^ de cœlo^ et pide de habitaculo sanctoglonœ tuœ (Is., Lxiii, 15, 16, 17, 19). Où est votre zèle? où est la force de votre bras? ou du moins, que sont devenues les entrailles de vos miséricordes anciennes sur votre peuple ? Vbt en zelui tous ? fortitudo tua F multitudo t^iscerum tuorum? Car, malgré nos iniquités , vous êtes encore notre Père ; et Abraham , dont nous faisons gloire d'être les enfants , et tous les saints protecteurs de cet empire, en qui nous pourrions mettre notre confiance^, semblent nous avoir abandonnés , si vous ne jetez sur nous quelque regard propice : Tu enim Pater noster, et Abraham nesciffit nos. Pourquoi , Seigneur, avez -vous souffert que nous nous égarassions de vos voies saintes? Quare errare nos fecisti^ Domine , de vOt tuis f Pourquoi avez-vous laissé endurcir notre cœur , •fin que nous ne vous craignissions plus? quart indunud eor no^
DU VÉBITABLE CULTE. 559
sirum , ne iimerenuis te? Ahl rerenez enfin à nous , Seigneur , à cause deftfierriteors que tous vous réserrez encore parmi les tribus de votre héritage t si nos infidélités allument dans tos mains la fondre prête à nous frapper encore , que la foi et la piété de tant d'amcs saintes, que tous yoyei encore au milieu de nous, vous dés* arment s Conuertere propier tervos iuosj tribus hœreditatis luœ . Oui , Seigneur , toute la gloire de Juda est éteinte : ce royaume autrefois si illustre par la foi de nos pères, par la piété de ses souverains , par le sang de tant de martyrs , et par la sainteté et la science de vos ministres, imite toutes les mœurs des nations cor« rompues et perverses : l'incrédulité s'y élève insensiblement sur les débris de votre culte : nous aurions encore besoin que votre miséricorde nous suscitât de ces bommes apostoliques , qui les premiers vinrent annoncer la foi à nos ancêtres encore assis dans les ténèbres de la mort et de Tidolàtrie s et nous sommes presque redevenus tels que nous étions avant que vous fussiez notre Seigneur , et que votre saint nom fût invoqué parmi nous : Facti sumus quasi in principio^ dun non dominareris nostri, neque invocaretur nomen tuum super nos.
Tels sont les gémiss^nents de la foi , et Fusage que les gens de bien doivent faire du mélange des méchants avec lesquels ils vivent. Et pour vous , mes Frères, qui êtes encore 11 vraie de ce champ divin y regarde! les Justes qui sont parmi vous comme les plus heu* reuses ressources de votre salut : respectez*les , si vous ne pouvez pas les imiter encore t liez-vous avec eux , si vous ne pouvez encore les suivre : desirez de leur ressembler, si vous ne pouvez encore obtenir de votre foiblesse que des désirs : favorisez leurs œuvres saintes , si vous ne pouvez encore rien entreprendre pour vous* mêmes : et par votre respect pour la vertu , tAchez d'en mériter le don prédeux de celui auprès de qui nul sentiment de foi et de piété ne demeure sans récompense. Ainsi soit-il.