‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 77 sur 96 · SERMON POUR LE MERCREDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE MERCREDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME

DU ViRITABLB CULTB.

Ayfaf Us Mit* me honorât; eor autem eontm longe est à nu.

Ge people m*honore des lèvres ; et gon cœur eit loin de mol. ( Matth. , xv , i. )

Void , mes Frères, la nouvelle alliance , c'est-à-dire, la religkm dQ coBur établie) le culte spirituel élevé sur les ruines de la superstition et de l'hypoeririe; Tobéissance et la miséricorde préférées aw

ofl^ndes et aux yietimes ; l'esprit qni "rivifle, oppoiè ila lettreqni toe; la chair qui ne sert de rien , rejetée ; la piété qui est olile à tout y annoncée ; en un mot, les traditions humaines, les doctrines nouvelles , les erreurs populaires, la religion des sens, ou condamnée dans ses abus, on réglée dans ses usages.

Je sais que Thérésie trouva , le siècle passé , dans ces pandes de mon texte des occasions d'erreur , et des prétextes de calomnie; elle accusa l'Eglise d'avoir succédé en ce point aux erreurs de la synagogue. L'institution sainte de nos sacrements, les honneurs rendus aux saints et & Marie ; les abstinences et les veilles ; la dé» ooration des temples et des auteb; l'appareil extérieur et respectable du culte ; les pratiques les plus universelles et les plus anciennes ; celles dont l'origine , cadiée dans des temps reculés, fait de rtgnoranoe même où Ton est de leur établissemcxit, la preuve la plus dédsivede leur sainteté : toutcda ne fut plus dans la bouche du schisme que des traditions humaines contraires à la loi de Dieu ; et les abus où Tigncniince et la superstition avoient conduit les sfanples aux siècles précédents , nous furent imputés comme la croyance commune et la foi de toutes les Eglises.

Vous avei depuis, 6 mon Dieu! réparé les ruines de votre maison : vous avei rassemblé les dispersions d'Israôl. La terre heureuse que nous habitons n^a plus que le même langage ; le mur funeste de séparation est détruit , et votre sanctuaire voit dans son enceinte , Samarie et Jérusalem ne former plus conune autrefois qu'un même peuple au pied de vos autels ! C'est à vous maintenant, Seigneur» k changer le dedans, à ramener les cœurs, à éclairer des esprits qui peut-être n'ont plié que sous le bras de l'homme; afin que non-seulement il n'y ait plus qu'un bercail et qu'un pasteur , mais même qu'un cœur et qu'une ame dans votre Eglise.

Mais k nos prières , mes Frères, il faut joindre vos exemples! vos moBurs doivent achever de désabuser nos frères revenus k nous, encore plus que nos instructions : et comment voulez-vous que nous leur inspirions du respect pour les saintes pratiques du culte , tandis que vous les autoriserez h les mépriser, en les méprisant vousmêmes , ou à les regarder comme des superstitions par l'abus que vous en ferez ?

Dans le dessein donc que je me suis proposé de vous entretenir sur une matière si utile, c'est-à-dire, de vous expliquer les règles de la piété chrétienne, et l'esprit du véritaUe culte; je veux ooni* battre deux erreurs opposées , et qui me paroissent ici également dangereuses. Il est des fidèles parmi nous , qui se font honneur de mépriser toutes les pratiques extérieures de piété , qui les traitent de dévotions populaires , et nous disent sans cesse que Dieu ne regarde que le cœur, et que tout le reste est Inutile; première erreur qu'il importe de combattre. lien est d'autres, qui , négligeant l'essentiel de la loi , mettent en ces vains dehors toute knr reUgion

BtJ yÉUTABLE GtXLTE. ft61

0t toute leur oonfiance; seconde erreur sar teqaeUe je ttcherai de TOUS iostmire. Ne rejetei pas les |iratiqiies eiôârieiires da culte el de la piété ; ceseroit ud orgueil ei une siognlarité blâmable , el TOUS n'adormez pas le Seigneur en Térité t ne comptei pas sur cet extérieur , jusqu'à croire que , sans tous appliquer à purifier votre oceur , et à régler vos mœurs, cet extérieur tout seul suffira pour TOUS rendre agréables à Dieu ; ce seroit Terreur des pharisiens , et vous n'adoreriex pas le Seigneur en esj^t. Ne méprisez pas Tex* teneur du culte el de la piété ; n'en abusez pas t voilà tout le dessein de ce discours. Implorons les lumières, elc. At^^ Maria.

PBXiniai PARTiB.

Je suppose d'abord , mes Frères , que le yérilable culte , si noua le considérons en lui-même, et sans aucim rapport à l'état présent de l'homme , est purement intérieur, et se consomme tout entier dans le ccsur. .Adorer 1 Eire souverain , contt*mpler ses divima perfections , s'unir à lai par les saints mouvements d'un amour pur et parfait , la louange , la bénédietion, l'action de grâces, c'est toute la religion des esprits bienheureux; c'est celle des Justes qui nous ont précédée avec le signe de la foi : C'eût été la religion de l'homme innocent , dit saint Augustin, si , déchu de cet état de justice où ilavoit été d'abord créé, on ne l'eût pas condamné à ramper sur la terre , et à ne pouvoir plus s'élever à son Créateur p que par te ministère des mômes créatures qui l'en avoient éloigné.

Successeurs de son infidélitô, nous le sommes de sa peine t eabnts d'un père charnel, nous naissons charnels comme lui, notre ame, enveloppée dans les sens, ne peut presque plus se passer de leur ministère ; il faut à notre culte des objets sensibles qui aident notre foi, qui réveillent notre amour, qui nourrissent notre espérance» qui facilitent notre attention , qui sanctifient l'usage de nos sens, qui nous unissent même à nos frères : telle est la religion de la terre; ce sont des symboles, des ombres, des énigmes qui noua fixent, qui nous purifient , qui nous réunissent. Abel offrit des sacrifices ; EHos invoqua le nom du Seigneur avec l'appareil des cérémonies sensibles : les patriarches dressèrent des autels; te loi vit multiplier à l'infini ses pratiques et ses observances s Tl^lise plus spirituelle en eut moins , maiselle en eut : un Dieu même manifeste en chair y derint visible, pour s'insinuer à te faveur de nos sens jusque dans nos cGBurs; et cemystere,ooBtiniiésQrQosanlelssous des signes mystiques, doit servir, jusqu'à la consommation des siècles , et d'exercices et de coqsatetion à notre foi.

Les hommes ne peuvent donc se passer d'un culte extérienr, qui les réunisse , qui tes discerne des ii2fidéles et des errants , qui édifie même leurs frères, qui soit une confession publique de leur foi t voilà pourquoi Jésua<:hrist a rassemblé ses diflciptes sous un ehef et sous des pasteurs visibles ; les a unis entre eux j^ar te participaiteu M. 1. ' 36

S63 MERCREDI DE LA tROlSlÈME SEMAINE.

eYiérteore des mêmes sacrements, les a assujettis aax mémessigoet sensibles , et a d6nné à son Eglise an caractère éclatant de tbiWli!é auqnel on ne peut se méprendre, et qui lui a toujours servi de rempart contre tontes les sectes tet les esprits d'erreur, qui 4Êm tous les temps ont voulu s'étever contre elle«

Cependant, ce n*est pas rhérésid seule qui a prétendu norner toctt le culte à rintérieur, et regarder toutes les pratiques sensibles eomme des superstitions populaires , ou des dévotions inutiles. On peut dire que cette orgueilleuse erreur a régné de tout temps dans le monde. Nous entendons dire tous les jours que la yèritable piété est dans le cœur ; qu'on peut être homme de bien , juste , sincère , humain , généreux , sans lever Fétcndard , sans courir à traies les dévotions, sans se fahro un monstre d*un vain discernement de viandes dont la santé peut souflHr , parceque ce n'est pas ce qui entre par la bouche qui souille l'homme , mais ce qui sort da conr i fltts une exactitude puérile sur certaines pratiques que les doîtres, plutôt que les apôtres, ont introduites dans la religion : et que les devoirs du christianisme sont plus spirituels, plus sublimes, plus dignes de la raison , que tout ce détail de dévotion auquel on assujetdl les simples ; c'est-ànlire, que ki sagesse du monde oppose tnris prétextes pour autoriser une si dangereuse illusion t rinutilité de rexièrieur, la foible simplicité de l'extérieur, l'abus dePextérieur. Combattons ces prétextes, et établissons l'utilité, la sagesse et le véritable usage du culte extérieur.

Vous nous opposeï, en premier lieu, que l'essentiel de la dévotioQ est dans le cœur, et que tous ces dehors sont inutiles. Mais' je poorrois vous demander d'abord ? En bannissant cet extérieur que vous croyez si inutile , étea-vous du moins fidèle à cet essentiel auquel vous vous retranchez? En méprisant tout ce que vous croyez de surcroit dans la religion , accomplissez-vous du moins tout oe dont la loi de Dieu vous Tait un dev<rfr indispensable? En croyant qu'il suffit de donner le coeur à Dieu , le lui donnez*vous , du moins, tandis que tous les dehors sont encore au monde ? J'en appelle ici à votre conscience. (Horifiez-vous Dieu dans votre corps, et ne le fakea-vous pas servir à des passions injustes? Remplissez-vous tous vos devoirs de père, d'époux, de maître, d'homme public, de chrétien ? N'avez- vous rien à vous reprocher sur l'usage de vos biens , sur les fonctions de vos charges , sur la nature de vos affaires , sur lo bon ordre de vos familles? Portez-vous un cœur libre de toifte haine, de loule jalousie, de toute animosité envers vos frères? leur innocence, leur réputatira, leur fortune ne pcrd-élle jamais rien par vos intrigues, ou par vos discours? Préférez-vous Dieu à tout, à vos intérêts, à votre fortune , à vos plaisirs , à vos penchants ; et la perte de tout ne vous parott-elle rien à l'égal de lui déplaire? Vous renenoez-voqs sans cesse vous même ? Vivez-vous de la foi ? Ne.eomptea-vous pour rien trat ce qui passe? Regardez-vous le

DU VÉRITABLE CULTE. m

monda oomme rennemi de Dieu ? Gémiflfiez-Yoos sur les égaremeDls de vos mœurs passées? Portez-vous un oœur pénitent, humilié, brisé , sous un extérieur encore mondain ? Avea-Tous horreur de la seule apparence du mal? en fujez-Yous les occasions? en cherchez^ vous les remèdes? Voilà cet essentiel que vous nous vantez tant ; y ôtes-vous fidèle ? Mon , mes Frères , il n'est que les âmes livrées au monde et à ses amusements, qui nous redisent sans cesse qu*il suffit de donner le cœur à Dieu, et que c'est là l'essentiel. Cest que comme il est visible qu'elles ne lui donnent pas les ddiors , il faut . pour se calmer, qu'elles tâchent de se persuader que les dehors né sont pas nécessaires , et qu'elles se retranchent sur le cœur , qui ne nous est jamais connu à nous-mêmes, et sur lequel il est bien plus aisé à chacun de se méprendre.

Mais, mes Frères, quand le cœur est enfin réglé , et qu'on a donné sincèrement à Dieu son amour et ses affections : ah! on ne s'avise guère de lui disputer les dehors et la profession extérieure des sentiments de salut qu'il nous inspire. C'est le sacrifice du cœur et des passions qui coûte , et qui fait la grande difficulté de la vertu. Ainsi quand unefois on en estvenn là, tout le reste ne coûte plus rien, tout S''aplanit, tout devient facile ; tous les attachements extérieurs n'ayant plus de racine dans le cœur tombent d'eux-mêmes, et ne tiennent plus à rien. Aussi on voit bien tous les jours des personnes dans le monde, lesquelles avec un cœur mondain et déréglé font des œuvres extérieures de piété, remplissent des devoirs publics de miséricorde , soutiennent des œuvres saintes. Les âmes même les plus mondaines , et les plus engagées dans les passions , mêlent d'ordinaire à leurs plaisirs, et à leurs foiblesses honteuses, quelques œuvres extérieures de religion et de miséricorde, pour se calmer dans une vie toute criminelle , ou pour s'en diminuer à élles-mémei rhorreur et l'infamie : ibais on n'en voit point qui, après avoiir donné sincèrement leur cœur à Dieu , rompu tous les attachements des passions, et éloigné toutes les occasions du crime, ne donmait aucune marque extérieure de leur changement, persévèrent dans fes mêmes liaisons, les mêmes plaisirs, les mêmes inutiUtés, 1» même ékrfgnement des choses saintes et des devoirs extérieurs de la piété , ne changent rien au dehors, et bornent toute leur conversion à un changement chimérique qui ne parolt point , tandis que tout ce qui parott est encore le même. Ah! il en coûteroit trop pour ne pas donner des témoignages extérieurs de respect au Dieu qu'on aime et qu'on adore ; on se reprocherolt de n'avoir pas assez d'empressement pour tout ce qui tend à rhon(>rer ; à peine la religion fournit-elle assez de moyens et de pratiques , pour satisfaire à l'amour .d'^n cœur fidèle. "Ea un mot, on peut bien avec un cœur enMre mondain remplir quelques devoirs extMeurs de piété; maisqmnd le cœur est une fois chi^n , on ne sauroit plus se les interdire

0'«ilkiin la même loi qui nous oblige de croire de cœur nom ordomie de oonreaser de bouche, et de donner des marques pii« liliques el édalanles de notre foi et de notre piété. PremiéranenC, pour rendre gloire au Seigneur , à qui nous appartenons , et reoonnoltre devant tous les hommes , que lui seul mérite nos adorations et nos hommages. Secondement , poor ne pas cacher par une ingratitude criminelle les faveurs secrètes dont il nous a comblés , et porter Unm les témoins de ses miséricordes sur nous à joindre leurs actions de grâces aux nôtres. Troisièmement, pour ne pas ret(*nir la vérité dans Tinjustice par une timidité indigne de la grandeur du maître que nous servons , et injurieuse à la bonté du Dieu qui noua a éclairés. Quatrièmement, pour édifier nos frères, et les animer à la vertu par nos exemples. Cinquièmement, pour encoo» nget les foibles , et les soutenir par notre fermeté contre les discours insensés du monde, et les dérisions publiques qu'on y Giit de la vertu. Sixièmement, pour réparer nos scandales, et devenir une odeur de vie, comme nous avions été une odeur de mort. Septièmement, pour consoler les Justes, et les porter, par le spectacle de notre changement» à bénir les richesses de la miséricorde diTine t que lUrai-je enfin? pour confondre les impies et les ennemis de la religion, et les forcer de convenhr en secret qu*U j a encore de la vertu sur la terre.

Voilà cet extérieur que von? croyeae si inutile. Cependant c'est ainsi que les Justes de tous les temps ont opéré leur salut , en se discernant du monde par leurs monirs , par leurs maximes, par la décence et la modestie des parures, par la fuite des plaisirs publics , par un saint empressement pour tous les devoirs extérieurs du culte et de la piété. Vous-même , qui paroisseg faire si peu de cas des dehors de la vertu , vous les exigez pourtant des serviteiu^ de Dieu ; et dès qu'ils imitent les mœurs et les manières du .monde , et qu*ils n'ont rien au dt'hors qui les distingue des autres hommes, tous devenez le premier censeur de leur piété : tous dites qu'on les canonise à bon marché ; qu'il eai aisé de servir Dieu dt de gagner le ciel à ce prix- là ; et que vous seriez bientôt un grand saint, s'il n'en falloit pas davantage ; et dès là vous tombez en contradiction avec vous-même, et vous vous confondez par Tolre propre bouche.

Mais voici un nouveau prétexte que la fausse sagesse du monde oppose à l'extérieur du culte et de la piété ; on y trouve de .la simplicité et de la foiblesse. La fréquentation régulière des sacrements, les devoirs de la paroisse , les prières communes et domestiques , la visite des lieux de miséricorde, le zèle pour les entreprises de piété , certaine régularité dans b parure, l'assistance journalière aux mystères saints , la sanctification des jours solennt Is, le respect pour les lois de l'Eglise , l'exactitude à observer certaines pratiques saintes : tout cela , on veut que ce wAi la religion du pràple ; on

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