‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 8 sur 96 · U LE JOUR DES MORTS · texte numérisé non relu

U LE JOUR DES MORTS

TOUS Favez prédit, ù mon Diea! et tous êtes féritable dans im paroles.

Ses surprises ! Abandonné de tous les secours de Fart, livré toot seul à ses maux et à ses douleurs, il ne peut se persuader encore qu'il va mourir; il se flatte, il espère encore : la justice de Dieu ne lui laisse, ce semble, encore un reste de raison, qu'aCu qull l'emploie à se séduire. A voir ses terreurs, son étonnement, ses inquiétudes, on voit bien qu^il ne comprend pas encore qu'onmeure : il se tourmente, il s'agite, comme s'il pouvoit se dérobera la mort ; et ses agitations ne sont qu'un regret de perdre la vie, et non pas une douleur de l'avoir mal passée. Il faut que le pécheur aveugle le soU jusqu'à la fin , et que sa mort ressemble à sa vie.

Enfin ses surprises! Ilvoitalorsquelemonderatoujourstrompé, qu'il l'a toujours mené d'illusion en illusion , et d'espérance en e^^é* rance ; que les choses ne sont jamais arrivées comme il se les étoit promises, et qu'il a toujours été la dupe de ses propres erreurs. U ne comprend pas que sa méprise ait pu être si constante, qu'il ait pu s'obstiner, durant tant d'années, à se sacrifier pour un monde, pour des maîtres qui ne l'ont jamais payé que de vaines promesses, et que toute sa vie n'ait été qu'une indifférence du monde pour lui , et une ivresse de lui pour le monde.Mais cequi l'accable, c'estque la méprise n'a plus de ressource , c'est qu'on ne meurt qu'une fois, et ({u'après avoir mal fourni sa carrière , on ne revient plus sur ses pas pour reprendre d'autres routes. Vous êtes juste , 6 mon Dieu, et vous voulez que le pécheur prononce d'avance contre lui-même, afin que vous le jugiez par sa propre bouche !

Les surprises du pécheur mourant sont donc alors accablantes ; mais les séparations qui se font dans ce dernier moment ne le sont pas moins pour lui . Plus il tenoit au monde, à la vie, à toutes les créaturcs, plus il souffre quand il faut s'en séparer : autant de liens qu'il faut rompre, autant de plaies qui le déchirent ; autant de séparations, autant de nouvelles morts pour lui.

Séparation de ses biens qu'il avoit accumulés avec des soins si longs et si pénibles, par des voies peut-être si douteuses pour le salut ; qu'il s'étoit obstiné de conserver, malgré les reproches de sa conscience ; qu'il avoit refusés durement à la nécessité de ses frères! Ils lui êcl^ppent cependant ; ce tas de boue fond à ses yeux. ; il n'en emporte avec lui que l'amour, que le regret de les perdre, que le crime de les avoir acquis.

Séparation de la magnificence qui l'environne, de l'orgueil jdc ses édifices , où il croyait s'être bâti un asile contre la mort ; du luxe et de la vanité de ses ameublements, dont il ne lui restera que le drap lugubre qui va l'envelopper dans le tombeau ; de a^t air d'opulence au milieu duquel il avuit toujours vécu! Tout s'enfuit , tout l'abandonne : il commence à se regarder comme étranger au milieu de tes pabis, où il auroit dû toiyours se regarder de même : œmme an

MOBT BU PBGHBDR » etc. H

iMoam^iM iMMMe ^ rfen , comme » Mb^^ ponSIerdetoalà sesyeuz, et qa'on ne laisse jouir encore qndqie temps delà Tne de ses dépoofUes^^ie pour augmenter set regrets et son snpplice. .

Séparation de ses charges, de ses lionneors, qa'il va laisser pentéCre à un CQncorreDt, où il ^it parvenu k travers tant de périls, de peines , de bassesses , et dont il avoit joui avec tant d*insolence l II est d<ja dans le lit de la mort , dépouillé de tontes les msrqœs de ses dignités, et ne conservant de tons ses titres queceloi de péchemr, qu'il 86 donne alors en vain et trop tard. Hâas ! il se contenteroit en ce dernier moment de la plus vile des conditions ; il accepteroit comme une grâce Tétat le plus obscur et le plus rampant, si l'on vonlpit prolonger ses jours ; il envie la destinée de ses esclaves qu'il laisse sur la terre : il marche à grands pas vers la mort, et il tourne encore les yeux avec regret du c6lé de la -vie.

Séparation de son corps, pour lequel il avoit toujours vécu, avec lequel il avoit contracté des liaisons si vives , si étroites, en favorisant toutes SCS passions i II sent que cette maison de boue s'écroule ; fl se sent mourir peu à peu à chacun de ses sens: il ne tient plus à la vie que par un cadavre qui s'éteint par les douleurs cruelles que ses maux lui font sentir, par Tamour excessif qui ly attache, et^ devient plus vif à mesure qu'il est plus prés de s'en séparer.

Séparation de ses proches, de ses amis, qu'il voit autoui* de sou Ut , et dont les pleurs et la tristesse achèvent de lui serrer V cœ^ir^ et de lui faire sentir plus cruellement la douleur de les perdre i

Séparation du monde , où il occupoil tant de places , où il s'éloit établi , agrandi , étendu , comme si ç'avoit dû être le lieu de sa de* menre éternelle ; du monde sans lequel il n'avoit jamais pu vivre , (lont il av<Ht toujours été un des principaux acteurs ; aux é véneoMuts dnqud ila voit eu tant départ, où il avoit paru avec tant d'agréments (*t tant de talents pour lui plaire l Son corps en va sortir, mais son cœur, mais toutes ses affections y demeurent encore : le monde meurt pour lui , mab li^i-méme , en mourant, ne meurt pasiencore au monde.

EnQn , séparation de toiiteslescréatiures ! Tout est anéanti autour de loi ; a teod les mains i tous les objets qui l'environnent , comme pour s'y prendre encore; et il .ne saisit que des fantûmes « qu'une fumée qui se dissipe, et qui ne jUisse rien de réd dans ses mains : & yîhilini^enennu omnes tdri dwUiarum innuuubusims{P$, lisv,6) .

G'estalorsqueDieuestgrand aux yeuxdnpédiemrmomrant. C'est dans ce moment terrible que, le monde entier fondant, disparolsaant à ses yeux , i] ne voit plus que Pieu seul qui demeure, qui remplit loul, qui seul ne passe et ne change point. 11 se plaigneitautnsfois, d'un ton d'ironie et d'impiété, qu'il étoit bien difficaOe de sentir quelque dmie de vif pour un Dieu qu'on ne voyoit point, et de ne pas aimer des créature^ qu'on voyoit et qui occupoient tous nos sens. Ah !

LE JOim IHES MORIS;

duM oe dmiier motteiU , tt ne Teim pliistf oe Diea âMd . 1^^^ TisiMe pour lui , sa^sensiUjit éteinCg se refmmiàt a tontes les

dioies aensibicft, toai t'ér^naçm «uUwr délai, etDiea preoén la place de tons ces prestiges qui l'a voient abusé pendant sa vie.

Ainsi tout clânge pour œt infortuné ; et ces ehangements font, àyec tes surprîtes et ses sépmtions , la do^oière amertume du speetadedesamori.

Changement dans son crédit et dans son autorité 1 Dés qu'on n*eÉpire |dus rien de sa yie , le monde commence à ne plus compter sur lui : ses amis prétendus se retirent; ses créatures se dierchent déjà àiUeursd'autres protecteurs et d'autres maîtres ; ses esdar esmémes SMt occupés à s'assurer après sa mort une fortune qui leur convienne : à peine en reste-t-il auprès de lui pour recudllir ses demiem soupirs. Tout l'abandonne, tout se retire ; il ne voit plus autour de lui ce nombre empressé d'adulateurs : c'est peut-être un successeur qu'on lui désigne déjà , chez qui tout se rend en foule, tandis que lui, dit Job, seul dans le lit de sa douleur, n'est plus environné que des iiCMTeurs de la mort, entre déjà dans cette solitude aiEreuseqnele tombeau lui prépare , et fait des réflexions améres sur l'inconstance du monde et sur le peu de fond qu'il y a à faire sur les hommes : Affligeiur reUcius in tabemaculo suo ( Jos, xx,â6 ).

Changement dans l'estime publique, dont il avoitété si flatté, si enivré! Uélas! le monde, qui l'avdt tant loué, l'a déjà oublié. Le changementque ta mortva faire sur la scène réveillera encoredorant quelques jours les discours publics ; mais, ce court intervalle passé, il va retomber dans le néant et dans l'oubli ; à peine se souviendrat-on qu*il a vécu; on ne sera peut-éta*e occupé que des merveilles d'un^suecesseur, qu'à l'élever sur des débris de sa réputation et de sa mémoire. Il voit déjà cet oubli : qu'il n'a qu'à mourir, que le vide sera bientôt rempli, qu'il ne restera pas même de vestiges de lui dans le monde, et que l^ gens de bien tout seuls, qui l'avoient vu environné de tant degloire, se diront cux-*mémes : Où est-il maintenant? que soutdeveaus ces applaudissements que lui attiroit sa puissance? Yoilà à quoi conduit le monde, et ce qu'on gagne en le servant : JBt qui eum videront^ dieemi t Ubi est (Job, xx, 7)?

Changement dans son corps! Cette chair qu'il avoit tant flattée, Idolfttrée ; cette vaine beauté qui lui avoit attiré tant de regards et corrompu tant de cœurs, n'est déjà plus qu'un spectacle d'horreur, dontoupeulàpeine soutenir te vue: ce n'est plus qu'un cadavre dont on craint déjà l'approche. Cette infortunée créature qui avoit alluibé tant de passions injusles, héks! ses^amis, ses proches, ses esdavei mdases la ftiient, s'écartent, se rethrent, n'osent approcher qu'avec précaution, ne lui rendent plus que des offices de bienséance et de contrainte; elle-même ne se soodSEre plus qu'avec peine et ne se rqgardequ'avèè horreur. Moi qui attirois autrefois tous les rc«;ards, se dtlHdle avw Job, mes esclaves que j'appelle refusent maintenant

de m'approcher, et mon souffle même est devenu une infection, et un souffle de mort pour mes enfants et pour mes proUies x Setvum meuni uocaid^ et non respo/uUt.,.ffaUlum meum exhorruU uxor mea^ ei orabumfiUos uteri mei (Job, xix, 16, 17). . '

Enfin, changement dans tout ce qui rénvironne! Ses yeiîx clierchenl à se reposer quelque part, et ils ne retrouvent parfont qoé les images lugubres de la mort. Mais ce n'est rien encore pour ce pécheur mourant que le souvenir du passé et le spectacle du présent; Il ne seroit pas si malheureux sll pouvoit borner là toutes ses peines ; c'est la prisée de l'avenir qui le jette dans im saisissement d'horreur et de désespoir : cet avenir, cette région de ténèbres où il va entrer seul, accompagné de sa seule conscience! cet avenir, .cette terre inconnue d'où niil mcMrtel n'est revenu, où il ne sait ni ce qu'il trouvera, ni ce qu'on lui prépare! cet avenir, cet abhne immense où son esprit se perd et se confond, et où il va s'ensevelir incertafai de sa destinée! cet avenir, ce tombeau, ce séjour d'horreur, où il va prendre sa place avec les cendres et les cadavres de ses ancêtres j cet avenir, cette éternité étonnante, dont il ne peut soutenir le premier coup d'oeil! cet avenir enOn, cejugement redoutable où il va paroltre devant la colère de Dieu , et rendre compte d'une vie dont tous les moments presque ont été des crimes! Ah ! tandis qu*il ne voyoit cet avenir terrible que de loin, il se fai$oit une gloire affreuse de ne pas le craindre; il demandoit sans cesse, d'un ton de blasphème et de dérision : Qui en est revenu? Il se moquoit des frayeurs vulgaires, et se piquoit là-dessus de fermeté et de bravoure. Mais dès qu'il est frappé de la main de Dieu, dès que la mort se fait voir de près, que les portes de rétemité s'ouvrent à lui, et qu'il touche enfin à cet avenir terrible contre lequel il avoit paru si rassuré : ah! il devient alors, ou foible, tremblant , éploré, levant au ciel des mains supidiantes -, on sombre, taciturne , agité , roulant au-dedans de lui des penséesafirenses, et n'attendant pas plus de ressourceda cùtédeDieu, de la foiblessc de ses lamentations et de ses larmes, que de ses fureurs et de son désespoir.

Oui, mes Frères^ cet infortuné qui s'étoil toujours endormi dans tes désordres, toujours flatté qu'il ne falloit qu'un bon moment, qu'un sentiment de componction à hi mort pour apaiser la colère de Dieu, désespère alors de sa clémence. En vain on lui parle de ses miiéricordes éternelles ; il comprend à quel point il en est indigne ; en vain le ministre de l'Eglise tâche de rassurer ses frayeurs, en lui ouvrant le sein de la clémence divine; ces promesses le touchent peu, parceqn'il sent bien que la charité de l'Eglise» qui ne désespère jamabdn salut de ses enfants, ne change pourtant rien aux arrêts formidables de la justice de Dieu; en vain on lui promet le pardon de ses crimes : one vdx secrète et terrible lui dit au fond du cœur qu'il n'y a point de saint poor l'imj^, et qu'il ne faut pas compter sur des esp^nces qu'on donne àses malheun plutôt qu'à la vérité; en vain on

tS UB JOUR DBS MORTS.

reihorte de reoaarir aux derniers remèdes que la reUgkmolhB i mouraots : il les regarde oomme ces remèdes désespérés qa*oo hasarde lorsqu'il n'y a plas d'espérance, et qu'on donne plus pour la consolation des yiyantsqne pour l'utilitéde celui qui meurt . On appelle des serviteurs de Jésus-Christ pour le soutenir dans cette dernière heure; et toutcequ'il peut faire, c'est d'envier en secretleur destinée et détester le malheur de la sienne. On lui met dans la boudie les pa* rdes des livres saints, et les sentiments d'un roi pénitent ; et il sent bien que son cœur désavoue ces expressions divines, et que des paroles qu'une charité ardente et une componction parfaite a formées ne conviennent pasà un pécheur surpris commelui dans ses désordres. On assemble autour de son lit ses amis, et ses proches pour recueillir ses dernierssoupirs; et il en détourne les yeux, parce qu'il retrouve encore au milieu d'eux le souvenir de ses crimes. Le ministre de TEglise lui présente un Dieu mourant, et cet objet si consolant et si capable d'exciter sa confiance lui reproche tout bas ses ingratitudes et l'abus perpétuel de ses grâces. Cependant la mort approche, le prêtre tâche de soutenir, par les prières des mourants, ce reste de vie qui l'anime encore. Partez, ame chrétienne, lui dit-il : Prqficiscere, anima christiana. Il ne lui dit pas : Prince, grand du monde, partez. Durant sa vie, les monuments publics pouvoient à peine suffire au nombre et à l'orgueil de ses titres : dans ce dernier moment on ne lui donne que le titre tout seul qu'il avoit reçu dans le baptême , le seul dont il ne faisoit aucun cas, et le seul qui lui doit demeurer éternellement. Prqficiscere, anima ckristiana : Partez, ame chrétienne. Hélas! elle avoit vécu comme si le corps efit été tout son être; elle avoit même tAché de se persuader que son ame n'étoit rien ; que l'homme n'étoit qu'un ouvrage de diair et de sang, et que tout mouroit avec nous : et on vient lui déclarer que c'est son corps qui n'étoit rien qu'un peu de boue, et qui va se dissoudre; et que tout son être immortel, c'est cette ame, cette image de la Divinité, cette întelligence seule capable de l'aimer et de la connottre, qui va se détacher de sa maison terrestre, et parottre devant le tribunal redoutable. Partez, ame chrétienne f vous aviez regardé la terre comme votre patrie, et ce n'étoit qu'un lieu de pèlerinage dont il faut partir; l'Eglise croyoit vous annoncer une nouvelle de joie, la fin de votre exil, le terme de vos misères , en vous annonçant la dissolution du corps terrestre : hélas! et elle ne vous annonce qu'une nouvelle lugubre et effroyable, et le commencement de vos malheurs et de vos peines. Partez donc, ame chrétienne s Proficiscere, anima christiana, ame marqnée du sceau du salut, que vous avez effacé ; rachetée du sang de Jésus-Christ, que vous avez foulé aux pieds, lavée par la grâce de la régénération, que vous avez mille fois souillée ; éclairée des lumières de la foi, que vous avez toujours rejclées ; comblée de toutes les itiiséricordes du ciel, que vous avez toujours indignement profanées: Pariez, ame chrétienne i allez porter devant Jésus-Ghrist eetltveafi-

MQRt DU PÉCHEUR, ttc ift

t étrele signe magnâfique de Yotreadat, et qui ti derenir leplù grand de vos crimes : Profidseere, anima chnsdana.

Alors le pôcbeiir mourant , d6 trouvant plus dans le souvenir du passé que des regrels qui l'accablent ; dans tout ce qui se passe à ses yeux , qoe des images qui ^affligent ; dan^/ la pensée deravenir, que des horreurs qui Vépouvaûtent ; ne Sai habtplus h qui avoir recours ; ui aux créatures , qui lui échappent ; ci au monde qui s^évanôuit ; ni aux hommes, qui ne sauroient le (^Ativrer de la mort; ni an Dieu juste, qu'il regarde comme un ennemi déclaré , dont il ne deît plus attendre d'indulgence : il se roule dans ses propres horreurs , il se tourmente, il s*agite, pour fuir la mcwt qui le saisit ^ ou du moins pour se Aiir luinnéme; ilsortdesesyeuxmouranUjenesaisquoidesomhreetde farouche , qui exprime les foreurs de son ame ; il pousse du fond de sa tristesse des parolesentreooupées de sanglots, qu'onn'entend qu*à demi , et qu*on ne sait si c'est IMésespoir ou le repentir qui les a for^ mées ; il jette sur un Dieu crucifié des regards affireux , et qui laissent douter si c'est la crainte ou Fespéranœ , la haine ou l'amour qu'ib expriment; il entre dans des saisissements , où Ton ignore si c'est le corps qui se dissout , ou Tame qui sent l'approche de son juge ; il soupire profondément, et l'on ne sait si c'est le souvenir de ses crimes qui lui arrache ces soupirs, ou le désespoir de quitter la vie. fiifin, au miliou de œs tristes eflbrts , ses yeux se fixent , ses traits changent, son visage se défigure, sa bouche Rvide s'entr'ouvre d'elle même, tout son corps frémit ; et par ce dernier efibrt, son ame infortunée s'arrache comme à regret de oe corps de houe, tombe entre les audas de IKeu, et se trouve seule aux pieds du tribunal redoutable.

Mes Frères , ainsi meurent ceux qui ont oublié Dieu pendant leur Tie; ahsi moorrex-vous vous-mêmes , si vos crimes vous accompagnent jusqu'à cedemier moment. Tout changera à vos yeux , et vous ae changerez pas vous-mêmes.' Vous mourret , et vous mourres pé* cheors, comme vous avez vécu; et votre mort sera semblable à votre vie. Prévenez ce malheur : vivezde la vie des Justes , et votremort, aemhbblc à la leur, ne sera accompagnée que de joie, de douceur et de consolation : c'est ce que nous allons vdr dans la suite de ee

SECONDE PARTIE

Jesaiaquela mort a toujoursquelqneahosede terrible pourlesames même les plus justes. Les jugements de Dieu, dont elles craignent toujours les secrets impénétrables ; les ténèbres de lenr propre coudence, oà elles se figurent toujours de» souittareS' oachésb et connoesde Dieu seul; la vivacité de iear foi:et de leur.amour; qui graasit toujours à leurs yeux les fautes les plus légèresi enfin bdiswlolion toute seule &x oarpa terrestne, ei rharrmr naturelle t: tout céh laisse tosjeiraw^là mort je nesaisquild'at*

freiixpoiir la i»tm,qQi fut qoelet ptai jofltei foèm»^ tfmmmAi saint Paul, Toodrôient» à la rérité, être reYétiu de rimniorUlité qui leur est promise, mais sans être dépauîUéa de la morlalicé qui les eoviioiiDe.

Il n'en est pas moiDS^raioepeudaDt que la grâce sonaNiie en eux œtte horreor de la mort qui leur Tient delà nature ; et que, daos ce moment, soit qu'ils rappellent le passé, dit saint Bernard , soit qu1Is tonsidèrent ce qui se passe k leurs yeux, soit qu'ils se tournent du Mé de l'avenir, ils troutent dans le souvenir du passé la fin de leurs peines, Requie$de laborei dans tout ce qui se passe à leurs yeux, ane nouveauté qui les remplit d'une joie sainte, Gaudium de noM»tate$ dans la peûée de l'avenir, Tassurancederéteniité qui les transporte, Securitoi de œiemiimie s de sorte que leamémes situationsqui fonnentledésespQHr.du pécbrar mourant deviennentalors une source abondante de consolations pour Tame fidèle.

Je dis, soit qu'ils rappellent le passé. Et îd, mes fMres, repré* sentei-voos au lit de la mort un ame fidèle , qui depuis long-temps se préparoitAcedemier moment, amassoit par la pratique des OEiuvres du^tiennes un trésor de justice, pour ne pas aller parotire vide devant son juge, et vivoit de la foi , pour mourir dans la paix et dans la consolation de l'espérance i représenlez-vous cette ame arrivée enfin à cette deniiére heure qu'elle n'avoit jamais perdue de vue , et h laqnelleelleavoit (oojoon rapporté toutes les peines , toutes les privations, toutes les vidences, tous les événementsde sa viemortelle. Je dis que rien n'est plus consolant pour die que le souvenir du passé, de ses souffrances, de ses macérations, de ses nnonoements, de toutes les situations qu'elle a éprouvées : hequies de labore.

Oui, mes Frères, il vous paroU affreux mainlenanidesonilrir pour Dieu. Les plus légères violeneesqoe la religion exige vous paroissent accablantes; un jeûne seul vous abat et vous rebute; lasenle ap* proche des joun de pénitence vous jettedans Tennui et dans la tristesse; vous regarda comme malheureux eeux qui portent le joug de Jésu»-Ghrist, etqui renoncent au monde et à tous ses plaisin pour lui plaire. Mab, an lit de la mort, la pensée la plus consolante pour une ame fidèle, c'eit le souvenir des violences qu'elle s'estfaites pour son Dieu. Elle comprend alors toutle mérite delà pénitence, et combieD Icsbommessont insensés de disputer à Dieu un instant decontrainto, qui doit être payé d'une félidté sans tin et sans mesure. Car ce qui k eoosole, c'est qn^dle n'a sacrifié que des plaisirs d'un instant, et * dont a ne lui resteroit alors que la confusbn et la honle; c'est que tout œ qa'clleaufoit souflert pour le monde seroit perdu pour ello dtam œ denier moment: au lieu que tout ce qu'elle a soufllert pour IHen, une larme, une vioknoe, un goAt moiîiflé, une vivadté réprimée, une vaine satisbdîon sacrifiée, tout cela ne sera jamais oublié, et durera autant que Dieu même. Ce qui la «Sonsole, c'est que

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^poor ton» les deux : musqué Tiin portera èteroeUemeiit le ^dee^y éiro li?iés el Taotre, la i^re d'arinr sa les vaincre.

VoOà ce qa'oftele piosé à rame fidèle aalit de la mort : des Tio* kaecsi detatUdionsqui ontpeadmfé et gai yoiiI être éternèUemept eonsolées; le temps des dangers et des tentations passé; les attaques qoe le monde Ufvoit à sa foi , enfin terminées ; les pérOs oi son innoœnoe avoit cooni tant de risques^ enfin disparns ; les oocasions on sa Tertnavoitélé si près du naufrage, enfin pour toqonrs âoignées; les oombato étemels qu'elle aTott en ksontenir diicMé de ses pasrions, pais enfin les obstacles, que la chair et le sa«g avoient tonjoars ohs à sa piété, enfin anéantis t Reqmes de Utba^ Qaandonestarriyéaaporl,qa'ilestdoazderappelra*lesoaTenirdes onges et de la tempête ! qouind on est sorti Yainqnenr de la course , qu'on aimekretoumer en esprit sur ses pas, et k revoir les endroits de k carrière les plus marqués par les travaux, les obstacles , les diflicuUés , qui les ont rendus célttres! Bequies de labore. U me semble que le Juste est alors comme un autre Mblse mourant sur la montagne sainte , on le Seigneur Ini a voit marqué son tombeau : jiscendein montemei morere{Deut,^ xxxti, 49); lequd, avant d'ex^ pirer, toomantlatétedu haut de ce lieu sacré, et jetant les yeux^ celte étendue de terres, de peuples, de royaumes qu'il vient de par«courir et qu'il kissederrière lui, y retrouve des périls innombrables aaxqods il est échappé; les combats de tant de nations vain» coes, les fatigues du désert, les embûches de Madian, les murmures et les calomnies de ses frères, les rochers brisés^ les diflkuliés des chemiuB surmontées, les dangers de l'Egypte évités, les eaux de h mer Ronge franchies, la faim, k soif, la lassitude combattues ; et, toochsntenfinau terme heureux de tant de travaux, et saluant enfin de Mn cette patrie promise à ses pères, il chante un cantique d'actions degraoes;meurt transporté, et par le souvenir de tant de dangen évités, et par k vue du lieu du repos que le Seigneur lui montre de loin; etregarde k montagne sainte où il va expirer comme k ré» compense doses travaux et le termeheureux de sa course: Reqmeê deiabare.

Ce n'est pas que le souvenir du passé, en rappelant au Juste moo> rant les combats et les périls de sa vk passée, ne lui rappelle aussi ses infidélités et ses chutes ; mais ce sont des chutes expiées par les gémissements de k pénilrace; des chutes heureuses par le renouvellement de ferveur et de fidélité dont ellesont été toujoun suivies; des chutes qui loi rappellent les miséricordes de Dieu surson ame, lequel a fait servir ses crimes à sa pénitence , ses passions k sa conversion et ses chutes à son salut. Ah ! la douleur de ses fautes dans ee dernier moment n'est plus pour elle qu'une douleur de consolalion et de tendresse; les larmes que ce souvenir lui arrache enoora

8â LE JOUfi Om MOR'F^; *

nôtoiitplaé <|iief^tolâniM^ éé^jolmi «eTiteôiàiOlinaifeè. Lflc M-^ ciennes ansèrkarêes de DicA sarellè k rêm^lte^eiit de ôoalBiioe, et loi en font espérer de noci^elles ; fMrte là eondoltè fiassée de Dieu à wà égard la rassure, et semMe loi ré(K>Ddre de raraair. Elle ne se le représente j>Kis alors^ comme dans les joofS de son dmiil et de sa pénitenee, sons l^dée d'tu jnge terrible, qa'eUe aveit onfragé el qei^a tailoit apislser ; niais eomme on père de miséricordes et oir Bien de tonte oonselatioll, qoi va la recevoir dans son se|a et Vy délasser de tentes ses peines.

Levez-vons , ame-fidèle, loi dit alors en secret son Seignear et SÔùBieu : Etepafe^eonstnTge^ Jenêsolem (Is., m, 17). Vous'qoiavoz Mf itoéfe IHimértoilie démon caliee, oubliet enfin voa lamM^ et vos pëtnes^psÎMs : Qua bilnsticaUcemusque€ul/itnditm(U.^ Lf^ i7)« Lé temps des pleofra et des sonSirances est enfin passé peor voos r I7ôn adficîes ta Ubas illum uUrà (Is., li, 22). &époUltez»Toaa donc, fille de Jémsalem, deee vêtement de denil et de tristesse don* YOos avez été Jusqu'ici environnée; laissez là les tristes dépouilles de votre mortalité, revétez-vous de vos habits de gloire et de niagnifi^ cence, entrez dans la joie de votre Seigneur, dté sainte, dan&laquelle j'ai pour toujours choisi ma demeure : Induere pestimentis gloriœ tua», ftrusaiem^ tivitas Sancti ( Is. , lu, 1). Brisez enfin les liens de votre captiyité,8onezdumiliéiideBabylone, où vous gémissez depuis si long-temps des rigueurs et'de la durée Ae voti« exil : Sokfe p£n* euiàcaili iui^ captiva fiUa Sion (Is., lit. 2). Lestnenrconçis n'habi-» teront plus au milieu de tous, les^ scandales des pécheurs n'afDig»* ront plus votre foî ; il est temps enfin que je ireprennecequl m'appartient, que je rentre dans mon héritage; qne je votas retire du milieu d'un mondé auquel vous n'apparteniez pas, et qoi n'étoilpàs digne de vous ; et que je vous réunisse à l'Eglise du ciel, demi vous étiez une portion pure et Immortelle: Non ti^iciet ultra ut per^ transeat per te incirewntisus et immundus (Is., lu,' 1).

Première ccnsolallonde l'ame juste au lit de la mort, le souvenir du passé : Requies de laùore. Mais toUt ce qui se passe à sris yeux , le monde qui s'enfuit; toutes les créatures, qui disparoisseni; tout cefanttaiede vanité, qui s'évanouît; ce changement , cette non* veaulé est encore pour elle une source de mille nouvelles consola* tiens : Gaudium de no^itate.

En eSet , lions venons de voir que ce qui fait le désespoir dupé* ebeur mourant, lorsqu'il considère tout ce qoi se passe à ses yeux, sont ses surprises, ses séparations, ses changements; et voilà pré*^ dsément toute là consolation de Famé fidèle dans ce dernier nu>ment. Rien ne la surprend, elle ne se sépare derien^ rien ne change frsesyeux.

Rien ne la surprend. Ah! le jour du Sdgneor ne ta surprend p(rint : elle Tattendoit, elle le desiroit. La pensée de cette dernière heure entroitdans foutes ses actions étoitde loos ses projets, régloil

MOftt DO PÉCHSUft, Étt.

I, aninoM loole la eondidto de nvie. Chaque I Ht lui WiAi paru oeloi où le juste Juge alloit lai de- 'oecomptetemble oùles jostices eUea-méDMSflerimt jiigéea Cett aiiui qu'elle avoli vécu, préparant sans cesse soo ame a celle ësiultie brare : c^est ainsi qu'eUe meoit tranquille, consolôe, sans iorpriaey sans frayeur, dans la paix de son Seigneur, no voyant pas alors la mort de plus près qu'elle Ta voit toujours vue ; ne mouranl pas plus alors à elle-même qu'elley mouroitcliaque jour; eine trou* vant rien de différent entre le jour de sa mort et les jours ordinaires de sa vie mortelle.

D'ailleurs ce qui fait la surprise et le désespoir du péchear au lil de la mort, c'est de voir que le monde, en qui il avoit mis toute sa confiance, n'est rien, n'est qu'un songe qui s'évanouit et qui lui échappe. Mais l'âme fidèle, eu ce dernier moment, ahl elle voit le monde des mêmes yeux qu'elle l'avoit toujours vu ; a»une une figura qui passe, comme une fumée qui ne trompe que de loin, et qui de près n'a rien de réc) ni de solide. Elle sent alors une joie sainte d'avoir toujoursjugédu monde comme il en falloit juger s den'avoirpas pris le change, de ne s'être pas attachée à cequi devoit lui échapper en un instant, et de n'avoir mis sa confiance qu'en Dieu seul, qui demeure toujours pour récompenser éternellement ceux qui oipéreal en lui. Qu'il est doux alors pour une ame fidèle de pouvoir se dire à elle-même : J'ai choisi le meilleur parti; j'avois hién raison de ne m'attacher qu'à Dieu seul, puisqu'il ne devoilme rester que lui seul I On r^gardoit mon choix comme une folie, le monde s'en moquoit, et on tiouvoit bizarre et singulier de ne pas se conformer à lui; mab enfin ce dernier moment répond à tout. C'est la mort qui décide de quel o6té sont te sages ou les insensés, et lequel des deux avolt raison, ou le mondain ou le fidèle.

Ainsi voit ie monde et toute sa gloire une ame juste au lit de la mort. Aussi, lorsque les ministresde l*Eglise viennentrentretenirdes dlsocMirs de Dieu et du néant de toutes les choses humaines, ces vérités saintes, si nouvelles pour le pécheur en ce dernier moment , sont pour elle des objets familiers, des lumières accoutumées qu'elle n avoit jamais perdues de vue. Ces vérités consolantes sont alors sa plus douce occupation t elle les médite, elle les goAte, elle les tire du fond de son cœur, où elles avoient toujours été, pour se les re* mettre devant les yeux. Ce n'est pas un langage nouveau et étranger que le ministre de Jésus-Christ lui parle t c'est le langage de son cœur, ce sont les sentiments de toute sa vie. Rien ne la console alors comme d'entendre parler du Dieu qu'elle a toujours aimé, des biens étemels qu*ellea toujours désirés, du bonheur d'une autre vie après laquelleellea toujours soupiré, dunéantdu monde qu'éllea toujours méprisé. Tout antre langage lui devient uisupportable. Elle ne peut plus entendre raconter que les miséricordes du Dieu de ses pères, et refrrette les moments qu'il faut alors donner ^ régler une mâi- M. 1. 3

U LE iOVk 0ES MQRtS, .

son (erresire, et à disposer de lasoçeessioq^ejesiSiiottreSbGraBd Dîeal que de tamière 1 que de paix I que de transports heureoi. ! que de saints monvemeiits d'amour, de joie, de conOance, d'actions de grâce, Se passent alors dans cette ame fidèle! Sa foi se renouyrile, son amoinr s'enflamme, sa fervear s'exdte, sa componction se I éreille. Plos la dissolution de Thomme terrestre approche, plos rhomme nouveau s'achère et s'acoomplit. Plus sa maison de boue s'écnnde, plus son ame s'élève et se purifie. Plus le corps se détruit, plus Tesprit se dégage et se renouvelle t semblable à une flamme pure qui s*élève et parolt plus édatanie & mesure qu'éDe se dégage d*un reste de matière qui la retenoit, et que le corps où elle étott attachée se consume et se dissipe.

Ahl les discours de Dieu fatiguent alors le pécheur au lit de la mort : ils aigrissent ses maux, sa tête en souffre , son repos en est altéré» Il faut ménager sa foiblesse en ne coulant queqnelquesmots À prqHM, prendre des précautions de peur que la longueur n'importune, choisir ses moments pour lui parler du Dieu qui va le juger et qu'il n'a jamais connu. Il faut de saints artifices de charité, et le tromper presque» pour le faire souvenir de son salut. Ijcs ministres mêmes del'Église n'approchent que rarement, parce qu'on sent bien qa'ilssont À charge : on les écarte conune des prophètes tristes et désagréables; on détourne les discours du salut, comme des nouvelles de mort et des discours lugubres qui fatiguent ; on ne cherche qu'à égayer ses maux par le récit des affaires et des vanités du siècle, qui l'a voient occupé durant sa vie. Grand Dieu! et vous permettei que cet infortuné porte jusqu'à la mort le dégoût de la vérité, que les images do monde l'occupent encore dans ce demiar moment, et qu'on craigne de lui parler du Dieu qu'il a toujours craint de servir et de connottre 1

Mais ne perdons pas de vue Famé fidèle : non-seulement elle ne voit rien au lit de la mort qui la surprenne , mais elle ne se sépare de rien qui lui coûte et qu'dle regrette. Car, mes Frères, de quoi la mort ponrroit-elle la séparer» qui lui coûtât encore des regrets et des lamâes? Du monde? Hélas! d'un monde où elle avoit toujours véen comme étrangère, où elle n'avoit jamais trouvé que des scandales qui affligeoient sa foi , des écueils qui faisoient trembler son in oooeqce, des bienséances qui la génoient , des assujettissements qui la partageoient enooremalgré elle-même entre le ciel et la terre : on ne regrette guère ce qu'on n'a jamaisaimé. De ses biens et de sesrîehesses ? Uâas! son trésor étoit dans le ciel , ses biens avoient été les biens despauvrâ : elle ne les perd pas ; elle va seulement les retrouver immortels dans le scinde Dieu même. De ses titres et de ses dignités? Hélas 1 c'est un joug qu'eUe secoue ; le seul titre qui Im' fût cher étoit celui qu'elle avoit reçii sur les fonts sacrés , qu'elle doit porter devant Dieu , etqui lui donne droit aux promesses étemelles. Qe set proches et de ses amis? Hclas! Me saitqn'eDe neles deiranee

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^d^imiixiMnl,q;Be1aiiiortiie8(parepaso6ox que la charité avoii nuis sur la tam; et que» réunis bientôt dans le sein de Dieu, Ha fiormeront avecellekméme Église etleméme peaple, et jouiront des douceurs d'une société immortelle. De ses enfants ? elle leur laisse le Seigneur pour pérc , ses exemples et ses instructions pour bérilage, ses vœux et ses bénédictions pour dernière consolation ; et, KMnme David , elle meurt en demandant pour son Gis Salomon, non pas des prospérités temporelles, mais un cœur parfait , Tamour delà loi, et la crainte du Dfeu de ses pères : Salomoni quoquefiUo meo da corperfectum{I Paral.^ xxoc, 19). De son corps? HélasI de wa corps qu'elle avoit toujours châtié, cmdfié ; qu'elle regardoi t ooomie son ennemi, qui la faisoit encore dépendre des sens et de la chair, qui l'accaUoit sous le poids de tant de nécessités humiliantes : de cette maison de boue qui la retenoit captive, qui prolongeoit les jours de son exil et de sa servitude, et l'empéchoit de s'aller réunir k Jésus- Christ : ah ! elle souhaite, comme Paul , sa dissolution. C'est un vêtement étranger dont on la débarrasse, c'est un mur de séparation d'avec son Dieu , qu'on détruit , qui la laisse libre et en état de prendre son essor, et de voler vers les montagnes étemelles. Ainsi la mort ne la sépare de rien, parce que la foi l'avoit déjà séparée de tout.

Je n'ajoute pas que les changements qui se font au lit de la mort, si désespérants pour le pécheur, ne changent rien dans l'ame fidèle. Sa raison s'éteint, il est vrai ; mais depuis long-temps elle l'avoit captivée sousle joug de la foi , et éteint ses vaines lumières devant la lumière de Dieu etla profondeur de ses mystères. Ses yeux mourants s'obscurcissentet se ferment à toutes les choses visibles; maisdepuis l<Mig-temps elle ne voyoit plus que les invisibles. Sa langue immobile se lie et s'épaissit ; mais depuis long-temps elle yavoitmis une garde de circonspection, et méditoit dans le silence les miséricordes du Dieu de ses pères. Tous ses sens s'émoussent et po^nt leur usage naturel; mabdqmis long-temps elle serétoitinterditàelle-méme;et,dansuD sens bien différent des vaines idoles, die avoit des yeux et ne voyoit pas, des oreilles et n'entendoit pas , un odorat et ne s'en s^voit pas, ungoAtetnegoùtoitplusqueles choses du ciel. Enfin les traits d'une vaine beauté s'efiacent ; mais depuis long-temps toute sa beauté étoit ao-dedans, et elle n'étoit occupée qu'à embellir sou ame des dons de la grâce et de la justice.

Rien ne change donc pour cette ame au lit de la mort. Son corps se détruit, toutes les créatures s'évanouissent, la lumière se retire, tonte h nature retombe dans le néant, et au miliei) de tous ces changements die seule ne change pas, elle seule est toujours la même. Que la foi , mes Frères , rend le fidèle grand au lit de la mort! Que le spectade de Famé juste en ce dernier moment est digne de Dieu, des anges et des hommes 1 c'est alors que le fidèle parolt maître du Bonde et de tontes les créatures : c'est alors que cette ame, partidpant déjà à la grandeur M h Vîminutabilité du Dieoauqnd cUe va se

m LE JOUR DES MORTS.

lèunir, esl élevée au-dessus de tout : dans le moode, sans y prendre l»art ; dans un catps mortel ^ sans y être attachée ; au milieu de ses proches et de ses amis, sans les yoir et sans les connoltre; parmi les ; larmes et les gémissements des siens, sans les entendre; au milieu des embarrasetdes mouvements que samort fait naître à ses yeux, sans' rien perdre de sa tranquillité : Elle est libre parmi les morts ^Ps, ^ txxxYii , 6), elle est déjà inunobile dans le sein de Dieu , au milieu de la destruction de toutes choses. Qu*U esl grand , encoreune fois, d'avoir vécu dans l'observance de h loi du Seigneur, et de mourir dans sa crainte ! Que l'élévation de la foi se fait bien sentir en ce dcr<nier moment dans Tame Odéle ! C'est le moment de sa gloire et de scj triomphes, c'est le point auquel seréunit tout l'éclat de sa vie et de ses vertus. Qu'il est beau de voir alors le Juste marcher d un pas tranquille et majestueux vers l'éternité! et que ce prophète infidèle avoit bien raison autrefois, en voyant Israël entrer dans la terre de promesse, le triomphe de sa marche et la confiance de ses cantiques, de s'écrier : Que mon ame meure de la mon des Justes, et que ma fin leur soit semblable {Num, xxiii, 10] !

Et voilà , mes Frères, ce qui achève en dernier lieu de remplir l'ame fidèle , au lit de la mort , de joie el de consolation : la pensée de Ta venir, Securitas de œternitate. Le pécheur durant la santé voit l'avenir d'un ml tranquille ; mais dans ce dernier moment , le voyant de plus près , sa tranquillité se change en saisissement et on terreur. L'ame juste, au contraire, durant les jours de sa vie mortelle , n'osoit regarder d'un œil fixe la profondeur des jugements de Dieu ; elle opéroit son salut avec crainte et tremblement ; elle frémissoit à la seule pensée de cet avenir terrible , où les Justes mêmes seront à peine sauvés , s'ils sont jugés sans miséricorde : mais au lit de la mort , ah ! le Dieu de paix , qui se montre à elle , calme ses agitations ; ses frayeurs cessent tout d'un coup , et se changent en une douce espérance. Elle perce déjà avec des yeux mourants le nuage de la mortalité qui l'en vi ronne encore , et voit , comme Etienne , le sein de la gloire et le Fils de l'Homme à la droite de son Père , tout prêt à la recevoir ; cette patrie immwtelle, après laquelle elle avoit tant sonpiré, et où elle avoit toujours habité en esprit ; cette sainte Ston , que le Dieu de ses pères remplit de sa gloire et de sa présence, où il enivre ses élus d'un torrent de délices, et leur fait goûter tous les jours les biens incompréhensibles qu'il a préparés à ceux qui l'aiment; cette cité du peuple de Dieu , le séjour des Saints , la demeure des Justes et des prophètes, où elle retrouvera ses frères que la charité lui avoit unis sur la terre , et avec lesquels elle bénira éternellement les miséricordes du Sei^ gneur, et chantera avec eux les le - %^cs de sa grâce.

Ah 1 aussi , quand les ministres d«» l'Église viennent enfin annoncer à cette ame que son heure est venue, et [ue l'élemité approche $ quand ils viennent lui dire, au nom de l'J^liiequiles envoie : Partez^ ame chrétienne 9 ProfSHscere, (wién^eHst-tna: sortez enfin decette

MORT DU PÉCHEUR, ne. ST

terre où vous arez été si long-temps étrangère et capthre ; le temps des épreuves et des tribulations est fini, Toid enfin le juste Juge qQf Tient briser les liens de votre mortalité; retournez dans le sân de IMeo d*où vous étiez sortie, quittez enfin un monde qui u*étoit pas digne de vous : Prqficiscere, anima christiana; le Seigneur S'est enfin laissé toucher à vos larmes , il vient enfin vous ouvrir la vole des Saints et les portes éternelles : Partez, ame fidèle ; allez vous réunir à FÉglise du ciel qui vous attend t souvenez-vous seulement de vos frères que vous laissez sur la terre, encore exposés aux tea* talions et aux orages ; laissez- vous toucher au triste état de l'Église dld-bas, qui vous a engendrée en Jésus-Christ , et qui vous volt partir avec envie ; sollicitez la fin de sa captivité et sa réunion entiare avec son Époux , dont elle est encore séparée : Profidscere. anima ckristiana. Ceux qui dorment dans le Seigneur ne périssent pas sans ressource ; nous ne vous perdons sur la terre que pour vous retrouver dans peu avec Jésus-Christ dans le royaume de ses Saintsi le corps que vous allez laisser en proie aux vers et à la pourriture vous suivra bientôt , immortel et glorieux ; pas un cheveu de votre tête ne périra ; il restera dans vos cendres une semence d'immortalité jusqu'au jour de la révélation , où vos os arides se ranimeront, et oaroltront plus brillants que la lumière. Quel bonheur pour vous d*élre enfin quitte de toutes les misères qui nous alBigent encore , de n'être plus exposée comme vos frères à perdre le Dieu que vous allez posséder ; de fermer enfin les yeux à tous les scandales qui nous contristent , à là vanité qui nous séduit , aux exemples qui nous entraînent, aux attachements qui nous partagent, aux agitations qui nous dissipent I quel bonheur de sortir enfin d*un lieu où tout nous lasse et tout nous souille , où nous sommes à chaîne à nous-mêmes , où nous ne vivons que pour nous rendre malheureux , et d'aller dans un séjour de paix , de joie, de sérénité , où Ton n'a plus d*autre occupation que de jouir du Dieu que Ton aime 1 Proficiscere^ anima chris* tif^na.

Quelle nouvelle de joie et d*immortali(é alors pour cette ame juste 1 Quel ordre heureux I Avec quelle paix , quelle confiance , quelle action de grâces l'accepte-t-elle! Elle lève au ciel, comme le vieillard Siméon , ses yeux mourants ; et regardant son Seigneur qui vient à die : Brisez, 6 mon Dieu , quand il vous plaira , lui dit-elle en secret , ces restes de mortalité , ces foibles liens qui me retiennent encore ! j'attends dans la paix et dans l'espérance Teflet de vos promesses étemelles. Ainsi , purifiée par les expiations d'une vie sainte et chrétienne, fortifiée par les derniers remèdes de TEglise, lavée dans le sang de l'Agneau, soutenue de J'espérance des promesses, consolée par l'onction secrète de l'esprit qui habite en elle, mûre pour l'éternité, elle ferme les yeux avec une sainte joie à toutes les créatures , elle s'endort tranquillement dans le SeigMor, et f'en retourne dans le sein de Dieu , d'où eOe étoit iortie.

38 PHEMIER DIMÂNGHB DE L'AVENT.

Mes Frères, les réflexions sont id inatiles. Telle est la fin de eew qui ont véca dans la crainte du Seigneur : leur mortestprédeosede» ] Tant Dieu comme leur yie. Telle est la fin déplorable de ceux qaï Vont ooblié jusqu'à cette dernière heure : la mort des pédieurs est abominable aux yeux de Dieu comme leur yie. Si tous Tivez dans le péché , vous mourrez dans les horreurs et dans les regrets inutiles du pécheur, et yotre mort sera une mort éternelle. Si vous vivez dans la justice , vous mourrez dans la paix et dans la confiance du Juste, et votre mort ne sera qu'un passage à la bienheureuse im* mortalité, jiinsi soit-^l.

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