DU YÉKITABLB CULTE. MT
fiBUorum de donariU idolorum , à quibui Ux prohibebai Jtulœoê.
Uelas! mes Frères, an enoeini des chrétiens leur leprocfaoil «n- Irefois ,. qae les préceptes de TEvangile étaient i la Térité Mlmi» râbles ; qoe rien n'approchoit de la perfectioD et de la soblimUé des maximes de JésoMlbrist ; mais qu'elles éloient si peu à la portée de la foiblesse hamaine, qu'il ne crojroU pas que personne pèt les accomplir : Fesira in EvangeUo prcectpta^ ita mirabiUa mmgnofue sdoj ut eU parère puiem passe nendnem. MaiStmes Frères , qu'aurpient les maximes de Jésus-Christ de si impraticahin à la foihlêsse humaine , selon Texpressiou outrée de ce pden, û elles ne ré^loient que les dehors ? qu'eo co6te-t-il , en eSél , d'éiVi fidèle à certaines pratiques pour honorer Marie, de répandre des lavyessesi, de protéger la piété ^ d'orner des temples el des auteb» de^se maître sous la protection d'un saint , et d'avoir une dérolieii particulière pour les lieux qui lui sont dédiés ? Ce qui coûte , c'est de mortifier un dmr, c'est de rompre une passion, c'est de déra» dner une habitude, c'est de refondre un naturel trop Tif pour le idaisir. Ce qui coàtc, c'est de s'arracher à une occasion ou le ossur nous entraîna; c'est d^ haïr un monde qui nous rit, et qui nous recherche; c*est d'aimor ceux qui nous baissent, c'est de cacher les défauts et de dire du bien de ceux qui nous calomnient; c'est d'être détaché de tout, lors même qu'on possède tout. Voilà proprement la ¥ie chrétienne , et yrâlà ce qui coûte : voilà ce qui faisoit tant admirer aux païens la sainteté, l'éléyation , la sagesse da la BMNrale de Jésus-Christ t voilà ce qui leur en faisoit si fort redouter, dit saint Léon, la sainte sévérité. Mais les osuvres extérieures soldent sont des fruits de l'amour-propre, loin de l'affolblir et de le combattre; voilà pourquoi non-seulement on borne là toute la piélè, mais on les préfère même aux devoirs les plus essentiels.
Dernier abus des pratiques extérieures s elles sont justes, mois* iUuum quidem jusium$ et on blesse la justioe en leur donnant la préférence sur h'S obligations les plus indispensables* Abnsassec ordinaire dana la vertu , où Ton voit tant de personnes aélées pour les omvres de surcroît^ et tranquilles sur l'oubli continuel de leurs oMigationa lea plua essantiellea.
Ainsi aonventon eat de lontea lea bennea cpuvrea, et l'en man* que à cellea que Dieu demande de nous ; aux Canetions d'une charge, aux obligationa principales de son état, à ces devoiracba-cura et domestiques, où rien ne dédoramase l'amonr-propre, et oùronn'eatanfanèàrempUr ledevoir, <pie par l'amour du devoir mèSM. Anisi on se prescrit desaumteeaqui flattent hi vanité, et oosecaioMsur des restitutions infinies que la loi de Dieu noua prescrit i on fût des libénalités à des maisons saintes, et Ton ne peut se résoudre à payer ses dettes : on prie lorsque ledevoirobli* geanltd'aghr, on agit lorsque nos besoins devroient neut engager M. I. 37
598 MERCREDI DE LA TROISIÈME SEMAlNfi^
kfiriiRr: on règle les affiA^ de la veore eC 4e ForpheHn, et ma prôpre9aaiire8dèpértoeiit,el tovs pléparez à des enbnta mtl^ baorenx , oo k des criaiiders frustrés , les fruits amers de Totre injoste charité : on prend une inspection snr des maisons saintes , et ïwk ne Teille point snr Tédncstion de ses enflinls , et sor la eon*^ duîte de ses domestiques : on réconcilie les oosars aigris et dieaés , on rétablit la paii et la bonne intelligence dans les ftfnilles , etfon entretient la division dans la sienne propre par son homeor ; et, poor ne rien rabattre de ses aigreurs et de ses caprices, on aliène le ^omr et l'esprit d'an éponx , et on le précipite dans des amours étrangères : on s^abaisse jnsqn'aax ministères les pins Tfls entera tes membt«s alBîgés de Jésas-Christ, et Ton ne ▼ondrott pas lUre «ne aTsnoe légère de réconciliation enTcrs on ennend ponr ménager sa foiblesse et le gagner au Seignenrt on s'impose nnemut* titnde dé prières saintes, et de la même booche dont on Tient de bénir le Seigneur, dît saint Gyprien » on dédiire ses IMres, et noos faisons sentir par-là , selon l'expression d'un apôtre, que néire re^ liffton est idoine , et que nous nous siduitûns nwu'^némei ( Jac. ,
Que dirai-je, enfin? on est peut-être de toutes leaassemMées de défdiion, et Ton ne Tient pas entendre la voix du pasteur quertiglise ordonne de suivre et d'éeoutiHr. Oui , mes Frères, la Toix du pastear a une graoe et une veriu particollère pour ses breUs t il parle avec rautorfté et avec la tendresse d'un père : les vérités les plua simples dans sa bouche, tirent delà graci» de son ministère une bénédietlon que nous ne saurions donner aux nôtres : nous sommes des étrangers, et il est le pasteur : noos entrons dans ses travaux , mais c'est h lui que la vigne appartient : Passistance à votre paroisse est un devoir eonOrmé par la pratique de tous les slèdos, parles lois de l'Eglise, par la doctrine des salais , par l'exemple des gens de bien, par l'unité du minisière : c'est là proprement rafioeasMée des fidèles, c'est le corps autour duquel les aiglea doivent se réunir, c'est là où est la source des sacrements, l'autorUède la doctrine, la règle du culte, le lien comrnim delà fol; Cest la maison de prière oA vous devei venir confesser la foi que vousy avez reçue sur les fonts wcrés, et soupirer après l'inmiortalité que Toscendresy attendront; c'est une manière de adMsmc, de désobéissance , de séparation du corps des fidèles , de s'en absenter ; et cependant on aura du goAt pour aller se recoefilir dans une maison sainte, où la singularité et la distinetion flatte et soutient, et on n'en aura point poor ce devoir essttitièl, parceque le Ésélange du commun des fidèles, qui devroitle rendre plus solcnnei et plus consolant , ra.rendu ou incommode ou méprisable.
Yoici donc la règle, mesFrères : Tout ce qni^combat une obligation essentielle , ne peut être uneflBuwedelafoiet de la piété. Jésus4}brist n'est pas divisé contre luî-méme i la charité ne détruit
totJ VERITABLE CULTE. »7&
pBS ce que la justice édifie : commencez par le devoir ; tout ce que TOUS ne bâtirez pas sur ce fondement , ne sera qu'un amas de ruines, d*Qeuyres mortes, de pailles destinées au feu : Dieu ne compte point des oeuvres qu'il ne bous demande point : la piété sincère et véritable n'est que la fidélité aux obligations de son état : quand ces devoirs seront remplis, faites-vous-en, à la bonne heure, de surcroît ; mais ne préférez pas Taccessoire au principal , vos caprices à la loi de Dieu, et la perfection chimérique de la piété à la piété elle-même. On a beau dire : tel est le goûtbizarre de l'homme; le joug du devoir n'a rien qui flatte TorgueU : c'est un joug forcé et étranger qu'on ne s'est pas imposé soi-même , qui n'offre que le devoir tout seul, toujours triste et dégoûtant, et sous lequel l'amour-propre a de la peine à plier : mais les oeuvres de notre cboix, nous nous j prêtons avec complaisance; c'est un joug de notre façon , qui ne nous blesse jamais j et ce qu'il pourrcnt avoir de pénible est toujours adouci, ou par le goût qui nousy porte , ou par le filaisir secret que Ton sent de l'avoir soi-même ch^si.
Évitez donc Clément , mes Frères, les deux écueils marqués dans ce discours : en voilà le fruit. La vertu prudente et solide tient toujours un milieu juste et équitable : c'est l'humeur toute seule , qui aime les extrémités. N'ajoutons rien du n^tre à la religion s elle est pleine d'une raison sublime, pourvu que nous la laissions telle qu'elle est ; mais dès que nous voulons y mêler nos goûts et nos idées, ce n'est plus, ou qu'une philosophie sèche et orgueil* leas% « qui donne tout à la raison, et qui ne fournit rien de tendre pour le cœur, ou qu'un zèle superstitieux et bizarre , que la saine raison méprise et que la foi désavoue et condamne. Rendons par une vie soutenue, et par l'équité de toute notre conduite, la vertu respectable à ceux mêmes qui ne l'aiment pas : montrons au monde, en mettant chaque chose à sa place dans nos actions , que la piété n'est pas une humeur ou une foiblesse, mais la règle de tous les devoirs, l'ordre de la société, le bon sens de la raison, et la seule sagesse oo l'homme doive aspirer sur la terre. Entrons dans l'élération des maximes de la religion, et dans toute la dignité de ses préceptes : et forçons les ennemis de la vertu de convenir que la piété toute seule sait emMd>lir le coeur, élever les sentiments, former des âmes grandes et généreuses ; et qoo rien n'est si petit et si puéril qu'une ame que les passions guident et dominent. Mettons hi vertu en honneur, en lui hiissant tout ce qu'elle a de divin et d'aimable, sa douceur, son équité, sa noblesse, sa sagesse, son égalité, scm désintéressement, son élévation ; le monde, tout injuste qu'il est , serott bienKM réoondlié avec la piété , si nous en avions une fois séparé nos fbiblesses. C'est ainsi que nous ferons bénir le nom du Seigneur par ceux qui ne le connoissent pas , et que nous pourrons espérer de les voir un jour réunis avec nous dans la bienheureuse immortalité. Ainsi soit-iU
8é0 JEUDI D£ LÀ TROISIÈME SEMAmE.
SERMON
SOR L'INCUTITODB M Lk JOSTICS DANS Là TUkOEUR.
Sufgms Juus de sjmagogd, UUromt m domum Simoms : soenu aatem Simomis tent* hmtmr magnitjthrihus,
JéMis étant lorti de la fjrnagogue, entra dans la maison de Shnon , dont la bdlenén atoll nne gro«e flèvre. Luc , IV, 88.
Rien nereprésenlc plus aanatnrel l'état d*atie ame tiède ellaiigiiiasante, que l'état d'inflrmité on rÉvangîle nous dépoint anjourd'lrai la belle mère de saint Pierre. On peut dire que la tiédeur et l'indolence dans les voies de Dieu , accompagnée d une tie d'ailleurs exempte de grands crimes, est une sorte de fiéTrc secrète et dangereuse, qui mine peu à peu les forces deVame, qui altère toutes ses bonnes dispositions, qui affoiblit toutes ses facultés, qui corrompt In* sensiblement tout l'intérieur, qui change ses goAts et ses penchanla , qui répand une amertume universelle sur tous les devoirs, qui la dégoûte de tout bien et de toute nourriture sainte et utile, qui consume de jour en jour sa vie et sa substance, et Unit eofin par une extinction entière et une mort inévitable.
Cette langueur de l'ame dans les voies du salut est d'autant plus dangereuse qu'elle est moins aperçue. L'exemption du désordre dans cet état d'infidélité nous rassure : la régularité extérieure de la conduite, qui nous attire de la part des hommes tous les éloges dos à la vertu , nous flatte : le parallèle secret que nous faisons de nos mœurs avec les dérèglements de ces pécheurs déclarés que le monde et les passions entraînent, achève de nous aveugler^ et nous regardons notre état, comme un état moins parfait, à la vérité, mats toujours sûr pour le salut, puisque la conseienoe ne nous j reproche qu'un fonds de paresse, de négligence dans nos devoirs, d'immortification , d'amour de nous-mêmes « et des infidèles légères qui ne donnent pas la mort à l'ame.
Cependant, puisque les livres saints nous représenlMit comme iégalement rejetées de Dieu, et l'ame adtillère et l'ame tiède, et qu'ib prononcent le même anathème, et contre celui qui méprise l'œuvre de Dieu, et contre celui qui la fait avec négligence; il faut que Tétat de tiédeur dans les voies de Dieu soit un état A>rt douteux pour le salut, et par les dispositions présentes qu'il met dans l'ame* et par celles où, tôt ou lard, il nemaiM|ttepas tfela conduire.
Je dis , premièrement, par les dispositions présentes i|n11 met
àÊOB^ rame i savoir, lui fonds d'indoieoce, d'amour de soi-même , de dégoAt de la verta , diofidélité à b graoe, de mépris délibéré de font ce qa'oQ ne croil pas essentiel dans les devoirs : dispositions qui rormtnl un élat fort douk'ux pour le salut.
SeroDdiviPnt^ par celles où la tiédeur nous conduit tôt ou tard , qui sont Toubli de Dieu , et une chute grossière et déclarée.
G*est4-din» que je me propose d'établir deux vérités rapitali^s en eetle matière, qui fcmt sentir IimiI le danger d*une vie tiède et inGdèle , et qui , pur leur impertanoe, nous fourniront le sujet de deux discoora difléîpents. La première, c^est qu'il est fort douteux que l'ame tiède conserve dans cet état habituel de tiédeur la grâce sanctiSanteet la justice qu'eUe croit conserver, et sur laquelle elle se rassbre. La seconde , c'est que quand même il seroit moins douteux si eUe conserve encore devant Dieu la grâce sanctifiante , ou si elle Ta perdue, il est certain du moina qu'elle ne sauroit la conserver
L'incertitude de la justice dans la tiédeur : cette première vérité fera le sqet de ce discoure.
La certitude de la chute dans la tiédeur, seconde vérité sur laquelle je vous instruirai dans le discours suivant. Imploroni, etc.
Si nouê dùons que nous sommes sans péché , dit un apètre, nous nùus séduisons nous^iémes, et la vérùé liest point en nous (i. Joâif , I, 8 ). La vertu la plus pure n'est donc jamais id-bas exempte de taches : l'homme , plein de ténèbres et de passions depuis le péché , ne sauroit élre toujours , ni si attentif à l'ordre, qu'il ne se méprenne quelquefois et ne s'en écarte *, ni si touché des biens véritableaot invisibles, qu'il ne se laissequelquebis surprendre par les biens apparents , paroequ'ils font sur nos sens des impresstons vives et promptes , et qu'ib trouvent dans nos cœurs des penchants toujours favorables à leurs dangereuses séductions.
La MéHté que la kè de Dieu exige dfS âmes justes n'exclut donc pas mflle imperfertiona inséparables de la condition de notre nature, et dont la piété b plus attentive ne peut se défendre; mais il en est de deux sortes : les unes qui échappeiit-à i.i fragilité , qui sont bien moins des infidélilés que des surprises , où le poids de la corruption a plus de part que le choix de la volonté^ et que le Seigneur, dit saint Augustin, laisse aux âmes les plus fidèles, pour nourrir leur humilité, pour exdter leurs gémissements, pour rallumer leurs désirs, le dégoût de leur exil , et l'altentcde leur délivrance les autres sont celles qui nous plaisent, que nous nous justifions a nous-mêmes, auxquelles il ne nous parotl pas possible de renoncer, que nous regardoos comme des adoudssemenb nécessaires à la vertu, où nous ne vojons rien de crimind, parccque nou3 a>
voyons point de crime; qoi entrent dans te plan déUbévé de mot mœurs et de notre oondaiie, et qui forment cet éCaA dlndehnoe «I dctiédear dans les Toies de Diea, qai dannne tant de pemonnes^ «t dans le monde et dans les cloîtres , nées d'ailleurs avec des ftin^ cipes de rertu , nne horreor da crime, un fonds de rdigian et de crainte de Dien , et des dispositions heiireuses pov le salut.
Or je dis qae cet état de relâchement et d'inidélité , cette négligence sontenne et tranquille smr font œ qoi ne nous parûM pas essentiel dans nos devoirs , cette moDeindldgeDee pour toua nos peu» diants, dés qu'ils ne noos ollirent point de arime ; en un mot, eetle vie tonte naturelle, tonte dlimnear, de tempérament, d'amourpropre, si commune parmi ceux qui font pnrfessiDQ pubBqoe de piété, si sûre en apparence, sigkrieaseniémedevastlealiomnKt, et à laquelle l'erreur générale attache le nom de vcrto et de tégatlarité : je dis que cet état est un [étal fort douteux pour le salm ; qu'il prend sa source dans un cœur déréglé, où rEqpril saint ne domine pIns; et que toutes les régies de la foi nous eonduiaent à penser qu'une ame de ce caractère est déjà déchue, sana le savoir, de la grâce et de la justice qu'elle croit conserver eacore. Prcmièremeift, paroeque le désir de laperfedimi , essentiel à la piélé chrétienne , est éteint dans son cœur. Secondement , parceque les règles (te la foi, qui distinguent le crime de la simple offense, toiqoors presque fort incertaines à l'égard des autres pécheurs, le sont infiniment plus envers l'ame tiède et infidèle. Troisièmement, enfin, paroeque de toutes les marques d'une duorité vivante et âMMtnsile, il n'en est plus aucune qui paroisse en eHe. Suivons ces Térités, elles sont dignes de votre attention.
Toute ame dirétienne est obligée de tendre à la perféetioa de aoa état. Je dis obligée : car quoique le degré de perfection ae soit pas renfermé dans le précepte, tendre à la perfection , travailler à la perfection, est néanmoins un commandement et un devoir essentiel pour toute ame fidèle. Sojes parfaits, dit Jésus-Christ, paiceqne le Père câeste que vous serves est parMt. Je ne vois qu'un seul point essenliel, disoit saint Paul, c'est d'ouhiier tout ce que j'ai fait jusqu'ici (et qu'oublioit-il , mes Frères? ses travaux inflids, ses souffrances continuelles , ses courses apostcrfiques, tant de peuples convertis à la foi , tant d'églises illustres fondées, taot de révélalions et de prodiges ), et d'avancer sans cesse vers ce qui sm reste de chemin à faire. Le désir de la perfection , les efforts continuels pour y parvenir, les saintes inquiétudes sur les ^dislacles innombrabios qui noos arrêtent sur notre route, non-seulement ne renferment donc pas un simple conseil, et une pratique réstfvée aux dottres et aux déserts ; mais ils forment l'état essentid du chrétiea , et la vie de la foi sur la terre.
Car la vie de la foi dont le Juste vit n'est qu'un désir non interrompu que le règne de Diaa s'accomplisse dans notre cœur, un
SUR LA TIEIffiUA. M8
saint enqireiBeiiiait de fonner en noms la reneaÉbtanoe furfAile ëe Jésns-Glirtot, et de crottre jusqa'à la pUaitiide de Ifiewineiidli- Teaa ; im géminement cootinnèl exelté par lé flentlmeiit isttrMIr de nos propres misères, ^ par ce poids de cmniption qoi apjpibsantit notre ame, et lof Tait encore porter tant de traits de niomiAe terrestre; nn combat jonmalier entre la loi de Fesprit, qni vdt« droit sans cesse nons élever aonlessos de nos affections sénsoeDéi, et la loi de ladiair, qui sans cesse nons rentrafne vers noos-ménieb! voilà l'état de là foi et de la jostice chrétienne. Qni que voos soyei, grand, peuple, prince, sujet, solitaire, coortisan, voilà la poffSotionoù vons êtes appelé; voilà le fonds et l'esprit de voire vocation. On ne demande pas de vous l'anstérilé des anachorètes, le silence et la solitude des déserts, la pauvreté des clottres; mais on demande que vous travaiDiez chaque jour à réprimer les désirs qui É'opposent en vons à la loi de Dieu, à mortifier ces penchams rebelles qui eut tant de peine à pHer sous ledevoir et sous la régie; en nii mot, à àvaiioer votre parfWteconlbrmilé avec Jésns-Ckrist : voBà la mesure de perfeetioD où la grâce ehrétiemie vous appelle, et le devoir le plus essCTtiel à l'ame juste.
Or dés là que vous vous préfet à tous vos penchants, pourvu qu'Es n'aillent pas jusqu'à linfraction visible et grossière du précepte; dés que vous vous bornez à Tessentiel de la loi, que vous vous Mies comme nn plm et un état de la tiédeur et de la négligenoe, que de propos délibéré vous ne voulez pas pousser plus loin voti» fldéiilè; que vous dites vous-même, que vous ne sauriez sou* tenir une vie |Âns recueillieet plus exactet dés là, vous renoncez an désir de votre perfection ; vous ne vous proposez pins d'avancer sans cesse pour atteindre à ce point de justice et de sainteté oà Dita vons appelle, et oà sa grâce ne cesse de vous pousser en secret : vous ne gémirez pins sur ces misères et ces foi blesses qni vous retardent sur votre roule; vous ne souhaitez plus que le régne de Dieu s'accomplisse dans votre «Mur. Donc dés là vous abandonnez le grand ouvrage de la sainteté, auquel fl vous est ordonné de Iravailler ; vous négligez le soin de votre ame, vous n'entrez pas dans lies dessieins de la grâce, vous en arrêtez les saintes impressions, vous n'êtes plus^ chrétien > c'est-à-dire que cette disposition toute seule, ce dessein formel de se borner à l'essentiel, et de regarder tout le reste comme des excès louables et des œuvres de surcroît, est un état de mort et de péché, puisque c'est un mépris déclaré de ce grand commandement qui nous oblige d'être parfaits, c'est-à-dire, de tr<v vaitier à le devenir.
Cependant, quand nous venons vous instruire sur la perfection chrétienne, vous la regardez comme le partage des clottres et des soUtodes, et à peitie écoutez-vous là-dessus nos instructions. Youm vous trompez , mes Frères ; les âmes retirées embrassent , à la vêrilé , cerlilns moyens de pur conseil) des jeûnes, des austérités, des
iMh JEUDI D£ LA TROISIÈME SEMAINE.
▼«îUm, fionr parvenir à la mortification des pafiçioiiSt à laquelle IMNia toipuBes UNia appelés : elles sVngagent à uae perfaGUon da ■K^pif qfu n'est pas de notre état, je raTone« maip la perfedion 4a la fin oà ces moyens conduisent, qui est le règlement des affactions, le mépris du monde, le dêtacbement de nous-mêmes, la amunkiiiirn des feoa et de la chair à Tesprit, le renonvellenent dn MOT el la perfeotioo de tons les états, rengagementdetoaa leschré- Hans, le vora de notre baptême : donc, renoncer à celle perfection , en se.bomant par choix et par état à une rie douce, tranquille^ senaneUe, mondaine, esenqHe seulement de chute grossière, c'esl renoncer à la vocation chrétienne, et changer la grâce de la loi, qui nous a faits membres de Jésns^Christ, en une indigne paresse, Pre* mière raison.
Mais quand cet état de tiédeur neseroit pas si douteux, ponr le salut, par rapport au désir de Ja perfection, essentiel à la vie chré* tienne, et qui est éteint dans Tame tiède et iafidèle, il le seroit par riropuissance où il nous laisse, et oà il la met elle-même, de discerner dans sa conduite les infidélités qui peuvent aller an crioM, de celles qui demeurent de simples ofleoses*
Car quoiqu'il siàt vrai que tous les péchés ne sont pas des péchéa à la niurt, comme dit saint Jean, et que la moraie dirétit^nne reconnaisse des fautes qui ne font que conlrister en nous l'£aprii saint et d'autres qui réleignent tout-à-fait dans, l'ame i néanmoins lea règles qu'elle nous fournit pour les discerner ne sauroient être toujours ni sûres ni oniverselies, du nioment qu'on les applique j il s'y trouve d*ordipaire par rapport à nous des drconstanoes qui leur font changer de nature. Je ni^ parle pas ici des Ir^msgresaiuns formelles et manifestes des préceptes marqués dans la loi , et qui ne laissent aucun doute sur l'énormité de Tolfense : je. parle de mille transgreaaions douteuses et journalières de haine^ de jalousie, de médisaiice, de sensualité de recherche de soi-même, de vanité, de vivacité, de paresse, de duplicité, de négligence dans la pratique des devoirs, de désirs de parvenir on de plaire , où il est malaisé de définir josques à quel point le précepte est violé : or je dis, qoe c'est par la disposition du cœur toute seule, qu'on peut décider de la mesure et de la malice de ces sortes de fautes; que les règles y spot toujours inceftainea, et que souvent ce qui n'est que fragilité on surprise dans le Juste est crime et corruption, non-seulement dans le pécheur, mais aussi dans l'ame tiède et infidèle- En vonlei-vous des exemples tirés des livres saints?
Saiil, malgré les ordres du Seigneur, épargne le roi d'Amalec, et lotit ce qu'il y a de plus précieux dans la dépouille de œ prince infidèle : la faute ne parolt pas considérable; mais comme elle. part d'un fonds d'orgueil , de relâchement dais les voies de Dieu , et de vaine complaisance en sa victoire , cette démarche conmience sa réprol^tion , et TEsprit de Dieu se retire de lui. Joaué au contraire ,
SUR lA TIÉDEUR. 585
Irw orMide^ éfMugiie les Gtbioiiitof^ que leSéigMBr Ini^y^iC ortauiè d'exterouer ; il ne va {M h coomilter devAiil l'arche avant défaire alliaiiee avec ces imposleors; mais comou cette infidélité est plnM naiD précipitation etnnesorpirise , qn-one désobéissttice, et qa'cUe part d'un osar encore soamis, religieiBx» fidUe, die est légère ans yenx de Dieu, et le pardon^soit de prés la fimte^Or, si ce iwteeipe est inconlestaUe, snr quoi vous fonde2-voQS, lorsi|ne vous r^^ardesTOS infiMlités journalières et baUtncUes comme légères? €onnoit8es-Tons tonte la corruption de votre oGBnr, d'oàelles.parteot ? Dien la connott, qai en estk scratatfnr et le joge; èises jreax sont bien diO&rents de cenx de rhomme. Mais, s'il est permis de jafer avant le temps, diteaiions si ce fonds d'indolence et d'infidélité qid est en vons, de persévérance volontaire dans an état qni^^déplatt à Dien , de mépris délibéré de tons les devoirs que vous ne eroyeipas essentiels, d'attention à ne rien bire ponr Dieu que lorsqu'il ouvre renier sons vos pieds; dites-noussi tout cela, peut fsnner à ses yens an état fort digne d'un oœnr chrétien, et si des butes qui partent d*an principe si corrompu peuvent être légères et dignes d'indulgence?
Aussi, mes Frères, Paul, cet taouMne miraculen, et à qui les secnts du del avoient été révdés ; Paul, qui ne vivoit plus lui-même, mais en qui Jésus-Chvist tout seul vivoit ; Paul , qui souhaîtolt tous les jours la dissotutioD du corps terrestre , pour être revéta de liui- -mortMUé; cet apôtre toujours prêt à donnersa vie pour son maître, «l^d^êlre immolé sur le sacrifice de sa foi ; ce vase d'élection à qui la eeâadence ne reprochoit rien, ne savoît pourtant s'il étoit digne d'amour ou de haine ; s'il portoit encore au fond de son cœur le trésor Invisible de la charité , ou s'il Tavoit perdu ; et dans ces tristes perplexités, le ttaioignage de sa conscienœ ne pouvoit calmer ses fngreurs et ses incertitudes. David, ce roi ^ pénticnt , qui ftiisoit ses Mices de la méditation continuelle de la loi du Seigneur, et quel'Esprit saint appelle un roi selon le cœur de Dieu ; David tremble cependant que la malice de ses fautes ne lui soit pas assez connue ; que .hr corruption de son cceur ne lui en cache toute l'énormité ; il se figure des abîmes inconnus dans sa conscience, qui lui fcmt répandre un torrent de larmes devant la sainteté de son Dieu^ et demander qu'il l'aide à se purifier de ses infidélités cachées en les lui faisant eonneltre : J^ ah occuUis meis munda me (Ps. xviv, 13 }. Et vous qui ne veillée point sur votre cœur, vous qui , dans des mœurs llèdes et sensuelles, vous permettez tous l<'s jours de propos délibéré mille InfidéHtés, sur la malice desquelles vous ignun z le jugement que Dieu porte ; vous qui éprouvez tous les jours ces mouvements douteux des passions, on, malgré toute votre indulgence pout^ vous-même, vous avez tant de peine à démêler si le consentement n'a pas suivi le plaisir, et si vous vous en êtes tenu à ce degré périlleux qui s^re lé crime de fat simple offense ; vous dont
kMes to «diins^sont pNMiM 4oylMM deiuiideràtws-iiièmealToasn'ÉTeiiMisété lnq^Iûia;4Qi]iûrlei des embarras el de» regret» Bor te eoaicieiiee , qM T^ seijaiiuliaàfoiidiTOluqiiilotlei étemeHemént entfe le erhÉeet les poiei faute, elfBitonlaD {due ptNtfei dire que Tem n'dte jamais aèpaié que d'vD felit degré de iawaatîtVmotitniùmgHidUj ego manque JMdimnr ( t. Rao., xx, 3) t viSQB mdgré tant de juste sojels de craiofe, Tou eroirisK qoe réCal de ¥0^ Yow est parCdteaent ooima ; qve tedéobiottde f oteaoïoariifi^ smrTOsinUélilés, sont te dédsioiis de IHeamâme, et.queleSei- ^Dsar, qne tons serves avec taat de Uédeor eC de négiigeDoe, ne vous livre pas à vos propres errears, el M pmût |Ms Ires égarent « v«iiiste lktenliBèoûimidlre?voQScromescoiiaer?ereBC9ore la joslte et la graœ iaiiclilante ? et vottft toos critterte soir vos mtdéUte visBrieset teMtnrIte, par line prétendue hairftmielgvisIMe de jostte^ dont vous nev^qr^ m dehors •»*«•"»">»•? OhoBui
I hoBune! que toos coottotees pea te iUinte» da < miiB,eltejageaMiits ternUes deBte sorte aoies^iaivoas resf emUent 1 Yoas dite : Je son ridie, je sois ooBdilé de bteis (e'eslm que le Seigneur reprodml mirsfois àjaneametièdeetiiiMéle); et TOOS ne yogres pas, i^toiV-il (earleeasaclire delatlédenr, c'est r%Yeiiglemeiit et la présomption} , tous ns voyea pas qne vins éte paovre, misérdde, «veogle, et dénué de tonti bms yenx t i3r iiesm quia tu et mutr^ et miserabUU , et pomper, er cœeuê, et nudue (Aroc, m, 17) 1 C'est donc la destinée d'one ame tiède et infidèle de vivre dans l'illnsion, de se croire jnsleol agréableà Diea,et d'être déchœ devant lid, sans le savoir^ deln graœ et de la justice.
Et une réflexion que je VOQS prie de Cure id , c'est qne la^son* liancedes âmes dont je parle est d'autant plus mal feiidée , qu'ail n'est personne qui soit mote en état de juger de son cttur, qne rame tiède et infidèle. Carie pédienr déclaré ne peut sedissimnler àlui-méme sescrimoB^et Usent bien qu'H est mort aux yeux de DieU|* le Juste, qomqu'il ignora s'il est digne d'amour on de haino, [orle du moins uneconsdenoeqoi ne lui reproche rien; .mais l'ame Uède et infidèle est toujours un mjslôna inexplicaUe à eUoniéme:car là tiédeur aflbiblissant en nous les lumières de la loi, et fortifiant nos passions, augmente nos ténèbres ; chaque infidélité est comme un nouvesu nuage répandu sur l'esprit et sur le oœur^ qui obscurcit à nos jeux te vérite du salut. Atei, votre cœur peu à peu s'enveloppe, votre amsdence s'embarrasse, vos lumières s'affoiblissent: vous n'éte plus cet homme spirituel qui jugede tout: iusensiblement vous vous faite en secret des maximes qui dimi* iiuentà vos yeux vos profures faute; laveuglement augmente à l^roporlion de la tiédeur : plus vous vous rèlAcbex, plus vous voyen d'un mil difléreut te devÀs et te règles ; ce qui. paroissoit autm-
ftiii eccnliel ae parott pins qa'im rain scrupule :lesofQittioi»siir lesquelles oa anroit senti , dans le temps de la Gerveor, de vib remoréSy on ne les regarde plus même comme des iautesi les principes, lesjngemenls, les lumières, toutesl diangé.
Qr, dans cette situation, qui tous a dit que vous ne vous trompei paa dans le jugement que vous portez sur la nature de vos infidélités et de vos chutes journalières? qui vous a dit que ce qui vous parolt si léger, Test en effet , eC que les bornes reculées que vous marquez au crime, et en deçà df^uelles tout ce qui en approche vous semble vènid, sont en effet les bornes de la loi? Hélasl les guides les plus éclairés eux-mêmes ne sauroient voir dair dans une conscience tiède et infidèle: ce sont là de ces maux de lan0aenr,pour ainsi dire , où l'on ne connott rien, où les maîtres de Tart ne sauroient parler sûrement, et dont la cause secrète est toujours une énigme : vous-même, dans cet état de relâchement, vous sentez bien que vous portez sur le cœur je ne sais quek embarras qui nes'édairdssent jamais assez à votre gré ; qu'il vous reste toujours au fond de la oonsdenoe je ne ^ quoi d'inexplicable et de secret, que vous ne manifestez jamais qu'à demi ; ce ne sont point des faits;, c^est l'état et le foud de votre ame que vous ne laites point connoUro i vous sentez bien que la confession extérieure de vos fautes ne ressemble jamais bien à vos dispositions les plus intimes-, et ne peint pas votre intérieur tel qu'il est en effet} et qu'enfin, il y a toujours dans votre cœur quelque chose de plus coupable que les infidélités dont vous venez vous accuser.
Et en effet, qui peut vous assurer que dans ces recherdies secrètes et éternelles de vous-même i dans cette mollesse de mœurs qui fait comme le fonds de votre vie; dans cette attention à vous ménager tout ce qui flatte les sens, à éloigner tout ce qui vous gêne, à sacrifier toujours ce qui ne parott pas essentiel dans vos obligations à la paresse et à l'indolence; Tamonr de vous-même n*y est pas monté jusqu'à ce point fatal, qui suffit pour le faire dominer dans un cœur, et en bannûr la charité? Qui pourroit vous répondre, si dans ces infidélités volontaires et si fréquentes, où, rassuré par leur Iprétendue légèreté , vous résistez à la grâce qui vous en délouma en secret , vous étouffez la voix de la conscience qui vous les reproche, vous agissez toujours contre vos propres lumières; si ce mépris intérieur delà voix de Dieu, si cet id>us formel et journalier des lumières et des grâces, n'est pas un outrage fait à la bonté ih viue, un mépris criminel de ses dons, une malice dans régarement, qui n'y laisse plus d'excuse ; une préférence donnée de propos délibcré à vos penchants et à vous-même sur Jésus-Christ , qui ne peut partir que d'un cœur qù tout amour de Tordre et de la justice est éteint? Qui pourroit vous dire, si dans ces pensées , où votre esprit oiseux a rappelé mille fois des objets ou des événements périlleux à la pudeur, votre lenl^ur à les combattre n'a pas été criminelle |
et si les eSorts que toos avez faits ensaite n'ont pas été on artifice de l'amoar-propre, qui a voulu après coup yous déguiser k tousmême votre crime, et vous calmer sur la complaisanceqne vous leur aviex déjà accordée? Qui oseroit décider , enfin, si dans ces antipathies et ces animosités secrètes, sur lesquelles vous ne vous génei jamais que foiblement \ et toujours par bienséance plus que par piété, vous vous en êtes toujours tenu à ce pas glissant, au-delà duquel se trouvent la haine et la mort de Tame ? si dans cette seasibilîté outrée qui accompagne d'ordinaire vos affections, vos infirmités, vos perles, vos disgrâces, ce que vous appelés sentiments inévitables à la nature , ne sont pas un dér^ement de votre cœur et une révolte contre les ordres de la Providence? si (hns tontes ces attentions et ces empressements dont on vous voit si occupé pour ménager, ou les intérêts de votre fortune, ou les soins d'une vaine beauté, il n'y entre pas autant de vivacité qu'il en faut pour former le crime île l'ambition , ou autant de complaisance en vous-même et de désir de plaire , pour souiller votre cœur du crime de la volupté? Grand Dieu! qui a bien discerné, comme disoit autrefois votre serviteur Job , ces bornes fatales , qui séparent dans un cmur la vie de la mort , et la lumière des ténéères? Ce sont làdesablmes sur lesquels l'homme peu instruit ne peut que trembler, et dont vous réservez la manif^tion au jour terrible de vos vengoanoes : seconde raison tirée de l'incertitude des règles, qui laissent l'état d'une ame tiède fort douteux, et qui la mettent elle-même dans l'impuissance de se connottre.
Mais une dernière raison qui me parott encore plus décisive et plus terrible pour l'ame tiède, c'est qu'on ne voit plus rien en elle qui puisse même faire présumer qu'elle conserve encore la graœ sanctifiante , et que tout conduit à penser qu'elle Fa perdue; c'està-dire que de tous les caractères d'une charité habituelle et vivante , il n'en est plus aucun qui paroisse en elle. * Car, infes Frères, le premier caractère de la charité, c'est de nous remplir de cet esprit de l'adoption des enfants, qui nous fait aimer Dieu comme notre père, aimer sa loi et la justice de ses commandements, et craindre plus la perte de son amotir, que tous les maux dont il nous menace.
Or cette attention toute seule qu'apporte une ame tiède à exa^ miner si une offense est vénielle ou si elle va plus loin , à disputa à Dieu tout ce qu'elle peut lui refuser sans crime, à n'étudier la loi que pour connottre jusqu'à quel point il est permis de la violer, à prendre sans cesse les intérêts de la cupidité contre ceux de la grâce, et justifier éternellement tout ce qui flatte les passions, contre la sévérité des règles qui l'interdisent; cette attention, dis^, toute seule no peut partir que d'un fonds vide de foi et de charité, d'un fonds où TEsprit de Dieu, cet Esprit d'amour et de dilection, ne paroit pas régner t car il n'est que les enfants prodigues qui chl«
SUR LA TIÉÛEDH. &8»
catieni ainsi avec le père de famille , qai veoillènt oser de leurs droits à la rigaear, et prendre tout ce qui leor appartient.
Et pour donner à cette réflexion toute son étendue : cette disposition qui fait qu'on se permet délibérément toutes les infldélités qu'on ne croit pas dignes d'une peine éternelle, est la disposition d'un esclave et d'un mercenaire; c'est-à-dire, que si Ton pouvoit se promettre une pareille impunité , et une même indulgence du càîé de Uieu, pour la transgression des points essentiels de la loi , on les violeroit arec la même facilité qu'on viole les moindres ; c'est-à* dire , que si une yengeanoe déclarée, une calomnie noire, un atta^ chement criminel, ne doivent pas avoir d'autres suites pour Tavenir qu'un léger ressentiment, qu'un discours de malignité et de médisance, que des désirs de plaire, et trop do soin et d'attention su^ soi-même, on n'auroit pas plus d'iKirreur pour l'un que pour l'autre ; c'est-à-dire , que lorsqu'loD est fidèle aux commandements, ce n^est pas la justice que 1 on aime , c'est la peine que l'on craint; ce n'est pas à l'ordre et à la loi qu'on s'assujettit , c'est à ses diàti* ments ; ce n'est pas leSeigneur qu'on se propose, c'est soi-même : car tandis que sa gloire toute seule y est intéressée , et qu*tl ne doit nous revenir aucun dommage de nos infidélités par leur légèreté, nous ne craignons pas de lui déplaire ; nous nous justifions même enr secret ces sortes de transgressions, en nous disant que quoiqu'elles oRënsent le Seigneur, et lui soient désagréables, elles ne donnent pas cependant la mort à Famé, et ne damnent personne i ce qui le regarde ne nous touche pas ; sa gloire n'entre pour rien dans te discernement que nous faisons des œuvres permises ou défendues : c'est notre intérêt tout seul qui règle là-dessus notre fidélité, et rien ne réveille notre tiédeur que tes flammes éternelles s nous sommes même ravis de l'inipunf té de ces ftiules légères , de pouvoir satisfaire nos tndfiiationB sans qiîll nous en arrive d'antre malbeor que d'avoir déplu à Dieu : nous aimons cette malheureuse liberté , qui semMe nous laisser le droit d'être impunis et infidèles : nous en sommes les apologistes : nous la poussons même^ilus loin qu'elle ne va en efiet : nous voulons qUe tout sotl véniel, les jeux, les plaisirs, les parures, lès sensuaBtés , les vivacités , les animosllés, les inutilités , les spectacles ; que dimi-je? nous voudrions que cette liberté fût univierselle ; queneodeeequi |ililtnefiàtpuai;qae le Seignedr né flikt. ni juste, ni vengeur deriniquilè , et que nous pusàions noua prêter à tous nos penchants, et violer la sainteté de sa loi, sans craindre la sévérité de sa justice. Pour peu qu'une ame tiède rentre en elle-même, die sentira que c'est là te fond de soncttur, et sa véritaUe disposition.
Or, je vous demande , est-ce là k situation d'une «me qui conserve encore la grâce et la charité sanctifiante $ c'est-à-dire , iTune ame qui aime eoesff6 mm INen plus que le monde, pins que toutes les créatures. p1«H«|ue Ions les ipMrirs, plus que taules lf«forfniK>s,
590 JEUDI DE LA TKOtSIÊME SEMAmE.
plnsqa'èllo-inéQie: d'oe ameipi do trouve de joieqo'à le posséder, qui ne craint que^de le perdre, qui ne coanott de nudheor que celai de loi avoir dépin? La cbarilé qae voua croyez conaenrer encore, cherche-t-dleainai aea prqiresiBléréta? necompte-t-eUepoor rien de d^daire à ce qa*eUe aime, poonm que aea infidélités soient impdnies ? s'avise-t-elle de sopputer, comme ^oiis laites tons les jours , jusqu'à quel poiut on peut l'offenser impuoément , pour prendre là* dessus ses mesures et se permettre toutes les transgressions auxquelles l'espérance de l'impunité est attachée? ne voit-èile rien d'aimable dans son Dieu, et de propre à lui gagner les coeurs, que ses diàtiments ? quand il ne seroit pas un Dieu terrible et vengeur, en senrit-elle moins toucbée de SCS misénoordes infinies , de ses beautés étemelles, de sa vérité, de sa sainteté, de sa sagesse?
Ah 1 vous ne l'aimez |dus, ame tiède et infidèle! vous ne vivez plus pour lui ; vous n'aimez |duB , vous ne vivez plus qnepour vousméine i ee reste de fidélité qui vous éloigne encore du crime n'est qu'un fonds de paresse, de fimiditÀ, d'amour-propre; vous voulez vivre en paix avec vousHnéroe ; voua craignez les embarras d'une passion et les remords d'une conscience souiUée; le crime est pour vous une fatigue» ete'est tout ce qui vousd^dait t vousaimez votre repos ; voilà tonte votre religion : l'inddence est la seule barrière qui vous arrête^ et toute votre vertu se borne à vous-même. Et cartes, vous voudriez saroir si cette infidélité est une oSense véqielle, ou si elle va plus loin t vwis savez qu'elle déplaît à Dieu, car ce point n'est pas douteux; et cela ne sullt pas pour vous l'interdire 1 et vous voudriez savoir encore si elle lui déplatt jusqu'à mériter une peine étemelle? et tout votresoinest de vous informer ^i c'est un crime digpiede l'enfer? Ah ! vous vpjrez bien que cette recherdie n'aboutit plus qu'à vous-mène^ que votre disposition va à ne compter pour rien le péché, en tant qu'il est oflErose de Disn, et qu'il lui défdalt , motif essentiel cependant, qui doit vous lerendre haïssable; que vous ne servez pas le Seigneur dans la vérité, et dans la charité; que votre prétendue vertu n?est piusqu'unnatnrd timide, qui n'ose s'exposer aux menaces terribles delà loi ; que vous n'êtes qu'un vil esclave à qui il faut montrer des verges pour le contenir ; que. vous ressemblez à ce serviteur infidèle qui avoit caché son talent, paroeqn*Haafnit que son maître étoît sévère, mais qui, hors delà, i'eftt dissipé en folles déptnses: et que dans la prépantion du cmnr, à laqucUe seide Dieu regarde, vous haïssez sa loi sainte; vous aimez tout ce qu*elle défend; vous n'étiesphis dans la charité; vous êtes n enlint de mort et de perdition.
Le second caract^*e de la charité , dit saint Bernard , c'est d'élro timorée, et dégrossir nos butes à nos propres jeux t eUe augmente, elle eug^ tupi, dit ce Vémtedaggnuuu^ sed eafogêrai nni^ f'efM. Ce n'est pas que la charité nous trompe 9 el nous cache la vérité; msis c'est que, dégageant notre ame des sens, elle épure b
SUR LA TIÈDEUK. Ml
VQc de la foi, et la rend Ttusdairroyantesor les choses spiritaéHes; elque d'allleors loat ce qai déplatt à Fobjet nnfiqQe de notre amour parolt sérieiUL et cousidérable àr Famé qui aime. Ainsi la diarité est tOQjoiirs humble , timide , défiante, sans cesse agitée par ces pieuses pei^exités qtii la laissent dans le doute sur son état ; toujours alarmée par ces délicatesses de la grâce , qui la font trembler sur chaque action , qui lui font , de l'incertilude on elles la laissent , une espèce de martyre d'amour qui hi purifie. Ce ne sont pas ici ces scrupules vains et puérils que nous blâmons dans les âmes fotbles ; ce sont ces pieuses ftayenrs de la grâce et de la diarité , Inséparables de tonte ame fidèle. Elle opère son salut atec craiiite et tremblement , et regarde qndquefois comme des crimes , des actions qui devant Dieu souvent sont des vertus , et presque toujours de pures foi- Messes : ce sont là ces saintes perplexités de la charité qui prennent leur source dans les lumières mêmes de la foi : cette voie a été la voie des Justes de tous les sièdes.
Et cependant c^est cette prétendue charité que vous croyez conserver encore au milieu d'une vie tiède , et de toutes vos infidélités , qui vous les fait paroltre légères : c'est la charité elle-même , que vous suppose! n'avoir point perdue , qui tous rassure , qui diminue vos fiiutes à vos yeux , qui tous établit dans un état de paix et de sécurité ; «n un mot , qui non-seulement bannit de votre coeur toutes ces alarmes pieuses, toujours inséparables de la piété, mais qui TOUS les fait regarder comme les fbiblesses et les excès de la piété même. Or dtles-moi , je vous prie , si ce n'est pas là une contradiction ; si la charité se dément ainsi elle-même , et si vous pouvez beaucoup compter sur un amour qui ressemble si fort à la haine ?
Enfin le deniier caractère de la charité, c'est d'être vive et agissante. Lisez tout ce que l'Ajpètre lui attribue d'activité et de fécondilé dans un cceur chrétien : elle opère partout où elle est ; elle ne peut ^re oiseuse , disent les Saints ; c'est un feu céleste que rien ne peut empêcher d'agir et de se produire *. fl peut être, à la vérité, quelquefois couvert et comme ralenti par la multitude de nos foi- Messes; mais, tandis qu'il n'est pas encore éteint, fl en sort toujours, pour ainsi dire, quelques étfaicelles, des vœux , des soupirs , des gémissements, des efforts , des œuvres : les sacrements la raniment , les mystères saints l'attendrissent , les prières la réveillent ^ Ips lectures de piété , les instructions de salut , les spectacles de religion , les saintes inspirations , les afflictions mêmes , les disgrâces , les infirmités corporelles , tout la rallume lorsqu'elle n'est pas encore éteinte. Il est écrit au second livre des Madiabées, que le feu sacré que les Juifs «voient caché durant la captivité se trouva , au retour, couvert d'une mousse épaisse, et parât comme éteint aux eabttta des prêtres , qui le retrouvèrentsOus là coilduite de Néhèmiaa : mafc oomoie ce n'étoit que la surface seule qui étoit couverte, et ^'«u dedans oé feu sacré conservott encore tonte sa vertu , à peine
reulHw exposé au rayons du soleil, qu'oa le rit senUamer alla» stant, et oOrir am yaax un édal loot ooaveaa et une activité sur prenante : Accetuuê est ignis magnus, Ua ut omnes mlrarcatur (2. Macs., 1,22).
YoUà rimage de la tiédeur d'une ame TéritaUement juste , et ee i|ui devToit vous arriver, si la multitude de vos infidélités o'avoit bit que couvrir et ralentir, pour ainsi dire , en vous le feu sacré de la cbariié sans l'éteindre : voilà , dis*je , ce qui devroit vous arriver lorsque voua approches des sacrements , et que vous, venez entendre la paitole sainte. Lorsque Jésus-Gbrist, le soleil de ji^of^, lance sur vous quelques traits de sa grâce et de sa lumière, et vous inspire de saints désirs ^ on devioitalors voir votre orar se^rallumer, votre ferveur se renouvder \ vous devriez alors parottre tout de feu dans la pratique de vos obligations , et surprradre les témoins les plus ooufidents de votre vie , par le renouvellement de vos roceurs et de votre zèle : Accensus est ignis nu^nus , ita ut onuus mirarentur.
Kt cependant rien ne vous ranime : les sacrements que vous fréquentez vous laissent toute v^lre tiédeur \ la parole de TEvangile que vous écoutez, tombe sur votre cœur, comme sur une terre aride où elle meurt à Tinstant \ les sentiments de salut que la graœ opère au dedans de vous, n'ont jamais de suite pour le ren^vaU lemeqt de vos moeurs : vous traînes partout la même indolence et la même Jangueur ; vous sortes du pied des autels aussi froid^ aqssi insensible que vous y étiez venu ; on ne voit point en vous de ces renouvellements de zèle et de ferveur, si familiers aux âmes justes, et dont elles trouvent les motifs dans leurs propres chutes i ce que vous étiez hier, vous l'êtes encore aujourd'hui ; mêmes infidélités et mêmes foiblesses; vous n^avances pas d*un seul degré dans la voie du salut i tout le feu du cii*! ne sauroit plus rallumer œtlepré-* tendue charité cachée au fond de votre cœur, et surlaquelle vous vous rassurez. Ah! mon cher Auditeur, que je crains qu'elle, ne soit éteinte, et que vous ne sojez mort auz yeux de Dieu 1. Je ne veux pas id prévenir les jugements secrets du Seigneur sur les Qootsciences ; mais je vous dis que votre état n'est ppint .sûr, je voua dis mûne que si Ton en juge par les régies de la foi, vousêtes dans la. disgrâce et dans la haine de Dieu : je vous dis encore qu'ime tiédeur si longue, si constante, si durable, ne peut subsister avec un principe de vie surnaturelle, qui, de temps en temps dn moins, laisse parottre au dehors des mouvements et dea signes, s'élève, s'a?* nime, prend son essor, comme pour se dégager des liens qui Tappesantissent ; et qu'une charité si muette, si oiseuse, et si cooslaBiment insensible, n'est plus.
Mais le grand danger de cet état , c'est qu'une ame tiède n'a pas même là-dessus de scrupule. Elle sent bien qu'elle pourrait pousser la ferveur et la fidélité plus loin ; mais elle regardece aèle et
Stm LX tIÉDEtm. Mi
coite exactitude comme mue perfeetion et une grâce résenrée i certaines âmes, et non comme mn devoir; ainsi on se fixe dans ced^gré de tiédeur où l'on est tomt)é; on n*a fait anenn progrès dans la ▼ertn, depuis les premières ardeurs d'une conversion d'éclat : il semble que toute la ferveur émoussée contre les passions criminelles qu'on avoit eu d'atwrd à oomtMittre, croit qu*fl n'y a plus qu'à jouir en paix du fruit de sa yidoire : mille débris qui nestent encore du premier naufrage, on ne pense point à les réparer : mille foiblesses , mille inclinations corrompues que nous ont laissées nos premiers désordres, ou les aime, loin de les réprimer : les sacrements ne raniment plus la foi , Us l'amusent : la conversion n'est ph» la fin qu'on se propose, on la croit faite t les confessions ne sont pins que des redites et des peintures qui se ressemblent t se confesser n'est plus se proposer un changement; car que trouveroît-on à changer dans un train de vie où tout paroft à sa place, et où nulle flrata grossière de conduite ne frappe les sens? c'est s'acquitter riropiement d'un devoir de piété, et Tenir amuser le ministre de Jésu»- Christ du récit de quelques fautes légères dont on ne se repent point, tandis qu'on est soi-même un crime que l'on ignore. Aussi la vertu de notre ministère délivre encore quelquefds de grands pécheurs ; et nous voyons encore tous les jrârs avec consolation des âmes touchées, après une vie entière de dissolution et de crime, venir se jeter à nos pieds , et U, le cosur brisé de douleur, le Tisage baîgiié de larmes, nous surprendre par la grandeur de leur foi , nous attendrir par l'abondance de leurs soupirs et la rivadté de leur componction, et sortir de nos pieds justifiées; tandis que ces âmes tièdes et infidèles dont je parle, sans cesse réconciliées et jamais pénitentes , p<»1ent toi^ours au tribunal les mêmes foiblenes dont elles ne reçoivent jamais le pardon, parœqu'elles ne les détestent jamais comme il faut, et prouvent qu'il est plus aisé de passer du crime à la vertu que de la tiédeur à la pénitence.
Hélas ! peut-être que le guide sacré de votre conscience, k qui vous ne venez redire sans cesse que de légères foiblesses, et qui ne sauroit voir la corruption de ccrar d'où elles partent; peut-être ^ par nn jugement terrible de Dieu sur vous, quHl est tranquille comme vous sur YoVte état : il croit seulement que vous donnef , . que vous vous relâchez : il se contente d'animer votre négligence, de réveiller Totre tiédeur ; il pense de vous ce que les disciples pensoient autrefois de Lazare : Si dormit^ $ahms erii (Joan., xi, 12); qu'au fond ce sommeil , cette indolence dans les voies de Dieu , cette tiédeur, ne tous conduiront pas à la mort. Mais Jêsus^ Christ, qui vous voit tel que vous êtes, et qui ne juge pas comme Tbomme; Jésus-Christ déclare que vous êtes mort déjà depuis long-temps h ses yeux : 7\inc Jésus dixU eis'man^esih t LoMarus* mortuus est (fd., v, 14). II le dit ouvertement, moiis^taè, c^est-lH direqueladiose n'étoit pas noo.veile,et quêLanire,qii'ilscroyoient M. I. ^88
594 mtitol DE LA tiLOiSIÈME SEMAINE.
■eolemcot tongniiiant , éuAi mort depuis tiou jours : c'est-à-dire» . qii6 lorsf a'une cfaute grosûère et déclarée termine enfin la tiédear d'une ame infidèle , la mort ^'elle portoit déjà depois long-temps dans son ocnor ne bit qne se maniiester. Elle n'est nouTelle que popr les hommes » qoi ne Yojoient pas ce qui se passott au dedans ; mais devant Dieu eâe étoit morte, comme Laiare^depuis le jour presque qu'elle fut languissante s TuncJesm dixUeis manifesté .* LazaruM moriuuê est»
On s'abuse snr eeifue la conscience ne i:eproche rien de criminel; et on ne voit pas que c'est cette tranquillité même qui en fait tout ledaogei^^et peutpétre aussi tout le crime. On se croit en sûreté sur son élat , parcequll ofire plus d'innocence et de régularité que celui des aoMS désordonnées: et ou ne veut pas comprendre qu'une vie toute naturelle ne sauroit être la vie de la grâce et de k. foi i et qu*un état constant de paresse et d'immortification est un état de péché et de mort dans la vie chrétienne.
Ainsi, mon dier Auditeur, vous que ce discours regarde^ renôavelezrvous sans cesse dans Tesprit de votre vocation i ressusdtej» tous les jours, selon l'avis de l'Apôtre, par la prière, par la mortification des sens , par la vigilance sur vos passions, par une vie intérieure, par un retour conliouel vers votre cosur, cette |M»mière grâce qui vous retira des égarements du monde, et vous fit entrer dans hk voies de J)ieu. G(«ipiez que la piété n'a de sûr et de consolant que la fidélité f qu'en. vous relAchant vous augmentes vos peines, parceque vous multipliez vos liens ; qu'en retranchant de vos devofav le xéle, la ferveur, l'exactitude, vous en retranches toutes les douceurs ; qu'en ûtant de votre état la fidélité , vous en ûtes la sûreté^ ctqu'en vous bornant à éviter le crime, vous perdes tout le fruit de la vertu.
Et au fond , puisque vous avez déjà sacrifié l'essentiel , pourquoi tiendriez-vous encore à des attachements frivoles ? et faut-il qu'aprés avoir fait les démarches les plus pénibles et les plus bâroîques pour votre salut , vous périssiez pour n'en vouloir pas faire de plus légères? U>rsque Kaaman, peu touché de ce que le prophète ne lui qcdonnoit pour guérir de salure que d'aller se baigner dans leseanx du Jourdain, se retiroit plein de mépris pour l'boaune de Dieu, comme si sa guérison n'eût pu être attachée à un remède si facile^ ceux de sa suite le firent revenir de son erreur, en lui disant; Mais, seigneur, si l'homme de Dieu vous eût ordoiuié des choses difficiles, vous auriez dû lui obéir: vous avez abandonné votre patrie , vos dieux et vos enfants, pour venir consulter le prophète; vous voua êtes exposé au péril d'un long voyage, voua en avez soutenu toutes les incommodités , pour recouvrer la santé quêtons avec perdue; et après tant de démarches pénMts, rebiserlez-vons de tenter. mi expédient aussi aisé que celai que vous propose l'houime de Dieu? JBe si rem grandem
StJ& LA HÉDEUA. 5M
êhjri§9etiiU propheta , ceriefacere debueras .• quatUb magu quia nunc dùcii tibi : Laçare , ei mundaberis (4. Reg., v, 13) !
Et voilà ce que je tous dis eo finissant ce discoars : Vous avei abandonné le monde , et les idoles que vous y adoriei autrefois ; ?Otts êtes revenu de si loin dans la voie de Dieu ; vous avez eu tant de passions à vaincre, tant d'c^lacles à surmonler, tant de choses à sacrifier, tant de démarches difficiles à faire ; vous avez soutenu les peines , les dégoAls, les discours insensés, inséparables d'une conversion d'éclat : il ne vous reste plus qu'un pas à faire ; on ne vous demande plus qu'une vigilance exacte sur vous-même. Si le sacrifice des passions criminelles n'étorit pas encore fait, et qu'on rexigeàt de vous , vous ne balanceriez pas un moment ; vous le feriez, quoi qu'il en dût coûter : Et si rem grandem dijcisseï tibi propheta^ certefacere debueras r et maintenant qu'on ne vous demande que de simples purifications, pour ainsi dire; qu'on ne vous demande presque que les mêmes choses que vous faites, mais pratiquées avec plus de ferveur, plus de fidélité, plus de foi, plus de vigilance } étes-vous excusable de vous en dispenser? quanta magis quia nunc dixit tibi .• Lat^are^ et mundaberis/ Pourquoi rendriez- vous, par le refus d'une chose si aisée , tous vos premiers efforts inutiles? pourquoi auriez- vous renoncé au monde et aux plaisirs criminels , pour trouver dans la piété le même écueii que vous aviez cru éviter en fuyaéit le crime? et ne seriez-vous pas à plaindre, si, après avoir sacrifié à Dieu le principal , vous alliez vous perdre pour votfloir lui disputer encore mille sacrifices moins pénibles au ccdur et & la nature ? quanta magis quia nunc dixit tibi t ïéaçare^et mundaberis!
Achevez donc en nous, 6 mon Dieu! ce que votre grâce y a commencé & triomphez de nos langueurs et de nos foiblesses, puisque vous avez déjà triomphé de nos crimes : donnez-nous un cœur fervent et fidèle , puisque vous nous avez déjà été un ccMir criminel et corrompu : inspirez-nous cette bonne volonté qui fait les Justes, puisque vous avez éteint en nous cette volonté déréglée qui frft les grands pécheurs : ne laissez pas votre ouvrage imparfait ; et puisque vous nous avez fait entrer d^ns la sainte carrière du saint» rendez-nous dignes de la couronne promise à ceux qui anlûnt légltiniement combattu. Aisui sait^il.
m JEUDI D£ LA TKOISIÈME SËMAlNe.
SECOND SERMON