PREMIERS PARTIS
G^est une Térité du sahil, dit saint Augustin, que l'innocence Même des plus justes a besoin du secours continuel do la grâce. . L'homme livré au péché par le dérèglement de la nature , ne InMYe presque plus en lui que des principes d'erreur et des sources ée cemiption : la justice et la vérité, nées d'idiord avec nous, . nous sont devenues comme étrangères : tous nos penchants, révoltés contre la loi de Dieu , nous entraînent comme malgré bous vers les objets illicites ( de sorte que pour rentrer dans l'ordre , et soumettre notre cosur à la loi, il faut que nous résistions sans cesse aux impressions des sens, que nous rompions nos inclinations les plus vives , el que nous nous roidissions sans relâche contre nousmêmes. U n'est fim de devoir qui ne nous coûte, plus de précepte marqué dans la loi , qui ne cmnbatte quelqu'un de nos penchants ; plus de démarche dans la voie de Dieu, à laquelle tout notre coeur ne se refuse.
Ace poids de corruption, qui nousrend le devoir si difficile, et l'injustice si natureile, ajoutes les pièges qui nous environnent, les exemples qui nous entraînent , les objets qui nous amollissent , les occasions qui nous surprennent, les complaisances qui nous affoiblissent, les afflictions qui nous découragent, les prospérités qui noua corrompent, les situations qui nous aveuglent , les bienséance! qui nous gênent,, les conIradicUons qui nous éprouvent , tout a q|Uî est autour de nous , qui n'est pour nous qu'une tentation continneUe.
Je ne parie pas même des misères qui nous sont propres , et dci oppesitiops particulières que nos mœurs passées et nos premières passions ont laissées dans notro cœur à l'ordre et à la justice s &! goAt pour le monde et pour ses idiaisirs ; ce dégoût pour la vertu el pour ses maximes $ cet empire des sens fortifiô par une vie volup tueuse; cette paresse invincible à qui tout coule, et à qui tout co qui coûte devient presque impossible; cette Qerté qui ne sait ni plier ni se nvqNre; cette inconstance du cœur qui se lasse bientèl de lui-même, incaipable de suite et d*uniformité ; qui ne peut s*asaujettirilarègle, parcequela règle est toujours la méme^ qui veut et qui ne veut plus ; qui passe en un dm d'œil d'un abattement ex
ce8sifàaiiêjoleyâiiieet|Niérlle,etqai ne met qa*aa initial entes la résolation la plus sincère , et rinfidéKlèqai la Tiole.
Or, dans une sitnetioa si misérable, eh ! qoe peni rhanme le plos jQSIe, 6 mon Diea ! liTTé à sa propre foiNease , à tons les piégea qui l'environnent, portant dans son oonrla sevroedetonalea^gBrements, et dans son esprit le principe de tonteiUnsioaP La { de Jésns^hrist tonte seule peut donc le déUTrer de tant de i l'éclairer an milieu de tant de ténèbres, le soutenbr contre tant de difficultés , le retenir sur des penchants si rapides, rafleraveonlTO tant d'attaques : si on le laisse un moment à lui-même , il tombe oa il s'égare i si une main toute-puissante cesse un instant de le retenir, le courant l'emporte : notre consislanoe dans la yertu est done nn miracle continuel de la grâce : toutes nos démarches dans k tnie de Dieu sont donc de nouveaux roouyements de l'Esprit saint; c'est-à-dire de ce guide invisible qui nons pousse et qui naos ntee: toutes nos actions de piété sont donc des dons de la miséricorde divine, puisque tout bon usage de notre liberté vient de loi , etiqnll couronne ses dons en récompensant nos mérites i tous les moments de notre vie chrétienne sont donc comme une nouvelle création dans la foi et dans la piété ; c'est-À-dire (car cette création spîri- IneQe ne suppose pas dans le Juste un néant , mate un principe de grâce et une liberté qui coopère avec eUe), c'est-à-dire donc «pie oomme , dansTordrede la nature, nous retomberions dans le némit, si le Créateur cessoit un instant de conserver Tèlre ipi'û nous a donné ; dans la vie de la grâce, nous retomberions dans le péeiié et dans la mort, si le réparateur cessoit un seul moment de nous continuer, par de nouveaux secours , le don de la justice et de la sainteté dont il a embelli notre ame : telle est la foiUesse de l'homme, et sa dépendance continuelle de la grâce de Jésus-Christ. La fidttité de l'ame juste est donc le fruit des secours eontinuete de la grâce ; mais elle en est aussi le principe : c'est la grâce toute sente qui peut opérer la Gdélilédu Juste; et c'est la OdéUté duJuste toute senlequi mérite la conservation et l'aocroissemént delà grâce dans son cssar.
Car, mes Frères, comme les voies de Dieu sur nous sont pleines d'équité et de sagesse , Il faut qu'il y ait un ordre dans la distribution de ses grâces et de ses dons : il faut que le Seigneur se communique plus abondamment à Tame qui lui prépare plus fidéiemont les voles dans son cceur ; qu'il donne des marques plus continnelles de sa protection et de ses miséricordes au Juste, qui lui en donne de continuelles de son amow et de sa fidélité; et que le serviteur, qui fait valoir son talent , soit récompensé à proportion de l'usage qu'il en a su faire : il est juste, au contraire, qu'une ame tiède et infidèle, qui sert son Dieu avec négligence et arec dégoftt, le trouve dégoûté et refroidi envers elle : et comme die n'eA^ plus rien à ses yeux que de propre à le rebuter, il n'est pas surprenant quil la rejette de sa bouche , selon l'expression de l'Esprit saint , avec le
S^ LA TIÉDEUR. tÇd
i Hfoéi et la ménie sonUreBieiil fQ'oa lejette ime boteoa
tièd0iBl4éso<ktante. Lapetne iBflé|iaiabledelatiédeiircsl doDcla jvhfHllMingneasdeprotaclioii. Si tous tous refrotidi88ez,Diea stnboHftlt s«loiirsnToiisTaasboni«ià«még«rdà ces de- T«in cMottMt'qim Tong ne poqTexloi refuser sans crime, il se boneà toiff égard àdes seooart géaéraiu avec lesqads ToasnMret fÊB loin I & se retire de tous à proportioQ que yoqs tous retirei de loi; et votre fidélité à le servir est la mesure de celle qall apporte ItMdémeà tous protéger.
Rien de plus juste qpe cette conduite t car vous entrez en jugement avec votre Dieu* Vous n^ligez toutes les occasions où vous powrkfli lui donner des marques de votre fidélité ; il laisse passer toutes cdksoA il pounoit vous en donner de sa bienveillance: tous lui dispotettoot œ que tous ne.crojei pas lui devoir : vous êtes ev garde pour ne rien bire pour lui de surcroît : tous lui dites,,ce semUe, comme il disoit lui-même à ce serriteur injuste : Prenîei cequi tous appartient, et n'en demandez pas davantage ; n'étes-yoos pas cooTenu du prix avec moi? ToUe quod tuum est t nonne ^x demario cofwenûU meeum ( Mattb. , xx, 13, 14 ) fTous comptei avec votre Dieu, pour ainsi dire : toute votre attention est de prescrire dfsslioni^ an droit quil a sur Totre coeur; et toute son attentioB aussi est d'en mettre à son tour à ses miséricordes sur Totre ame, et de tous refuser, s'il est permis de parler ainsi, tontceqû'il peut se dispenser de tous accorder^ il paie votre indUférence de la sienne. L'amonr est le prix de l'amour tout seul; et si tous ne sentez pas assez t09te la terreur et rétendue de cette Térité, sonffiei que je TOUS en dévdoppe les conséquences.
La première, c'est que cet état de tiédeur et d'infidélité, éloignant de l'ame tiède tes grâces de protection, ne lui laissant plus que les secours généraux, la laisse, pour ainsi dire, vide de Dieu, et comme entre les mains de sa propre foiblesse : elle peut eno(»re, sans doute, aTec ces secours conmiunsqui lui restent, conserver In fidélité qu'elle doit à Dieu : elle en a toujours assez pour pouv<^ se sonlenir dans le bien, mais sa tiédeur ne lui permet pas d'en bina Qsagui c'est-JHlire, elle est encore aidée de ces secours avec lesquels on peut ponséTérer ; mais elle ne l'est plus de ceux aVec iesquds on persévère infailliblement : ainsi il n'est plus de péril qui ne fasse sur cette ame quelque impression dangereuse, et qui ne l'approdie d'une chute. Je toux qu'Un naturel heureux , qu^un reste de pudeur et de crainte de Dieu, qu'une consdence encore effrayée du crime, qu'une réputation de vertu à conserver, la débnde quelque temps contre elle-même s néanmoins comme ces rèssonroa^ prises la plupart dans la nature, ne sauroient aller loin ; que les objets des sens au milieu desquels elle Tit font tous les jonn de nouvelles plaies i son cœur, et que la grace moins abondante n^ répare plus ces pertes journalières : ah 1 les forôea
de jour 60 jour rdfoiUlMeiit,1«rolfle reUdie, les iMiét r^tecardMent; plus elle avance, plus elle empire : M aenl bieé aoi« même qu'on ne ifort plos du monde et dm périb aéstf iiMooQil qu'on en wiiiAi autrelbb ; qu'on pousse plnsfoki b féiUesieiist la oompiaisànée , qu'on passe certaines bornes qu'on avoit jusque-là respectées ; que les discours libres nous trouyent plus indu^unfs , les médisances plos favorables , les occasions plnslMles, les plaisirs moins retenus, te monde plus empressé; qu'mentupporteun ccNir à demi gagné, et qui ne tient plos qrfft du fnJMiin MfmàmnAn , qu\>n sent ses pertes, et qu'on ne sent plus rien qui ha répare; enfin, quelMeu s'est presque retiré, et qu'il n'y a plus entre noua cl le crime d'autre barrière que notre foiMesse. VoiU où voua en Aies : jugez où toqs en serei en peu de temps. Je sais que cet état de relâdiement et dinOdéHM vous tiôoMe et y vous inquiète ; que vous dites tous les jours que rien n*est plus ken- ' reuxquede ne tenir plusàrien, et que vous eo^fea la dertinéede '^ ces âmes qpi se donnent à Dieu sans réserve, et qui ne gardent |Ausde ^' mesure avec le monde. Mais vous vous trcnopez : ce n'est pas la foi et la ferveur de ces âmes fidèles que vous envies ; vous n'eoviei di^ leur destinée que la joie et le repos dont elles jouissent dans le service de Dieu , et dont vous ne sauriez jouir vous-même : vous ' n'enviez que Tinsensibilité et l'heureuse indUMreuee o& elles sont parvenues pour le monde, et pour tout ce qne le monde estimci dont l'amour fait tous tos troubles, vos remords, rospeiiies secrètes; mais vous n'enviei pas les sacrifices qu*H leur a CiHu ^ faire pour en venir là : vous n'enviez pas les violences qu'elles ont eues à dévorer pour s'établir dans cet état heureux de pais et de tranquillité : vous n'enviez pascequil lenrena douté, pour mériter ' le don d'une foi vive et fervente ; vous enviez le boàSeur de leur ' état , mais vous ne voudriez pas qu'il vous en cottftt l'Qlusion et la . mollesse du votre.
\ Aussi la seconde conséquence que je tire des grâces de proleotion
refusées à Tame tiède, c*eA que le joug de Jésus^Christ devient
' pour elle un joug dur, accablant, insupportable. €ar, mel Frères,
par le dérèglement de notre nature, ayant pâ^ lé gnOt delà jus»
tice et de la yérlté y qui faisait les plus chéàres dâioes de l'honime
innocent , nous n'avons plus de vivacité et de sentiment que pour
les objets des sens et des passions. Les devoirs de la loi, qui nous
rappellent sans cesse des seùs à l'esprit , et qui nom font aacriler
les impressions présentes des plaisirs à respémnifie des proOKases
futures i ces devoirs , dis-je, lassent bieotOt notre foiMesse, parce-
que ce sont des efforts continuels que nous faisons oonCre noms-
^ mêmes : il faut donè que l'onction de la graoe adoucisse ce joug ;
' i|U elle répande dé secrètes consolations sur son ame^h]me,'et qif elle
d)^nge la tristesse des devoirs en une joie sainte et sehsiM^«
Or Tame tiède , privée de celte onction , n^ plu» pour oNe «f uc
SUR LA TiÉDJHUR. - ^ 601
k peMuiteur da joug, sans les oonsolalioiu qui radonasscnt; la calice de Jéras-Ghiist ne lui fait plos sentir qne son amertome : ainsi tons les devoirs de la piété tous deriennent insipides; lespratiqaes'da a&lot ,* ennuyeuses i votre conscience , inquiète et enibir- Tassée par vos relâcliements et vos infidélités , dont vons ne poavei vous jnstifor llnnocenee, ne vons laisse plus goftter de paix et de Joie dans le service de Dieu i vons sientes tout le poids des devoirs auxquels un reste de foi et d'amour du repos vons empédie d'être infidèle ; et vous ne sentez pas le témoignage secret de la conscience qui l'adoucit et qui soutient Tame fervente : vous évites certaines sociétés de plaisirs , où l'innocence Mt toujours naufrage ; et vous ne trouvez dans la retraite qui vous en éloigne qu'un ennui mortel , et un goût encore plus vif et plus piquant des mêmes plaisirs que vous vous efforcez de vous interdire : vous priez , et la prière n'est plus pour vous qu*un égarement ou une fatigae : vous vous employez à des oeuvres de miséricorde ; et, à moins que l'orgueil ou le tempérament ne vous y soutienne , tout ce qui s'y trouve de mortifiant vous devient insupportable : vous fréquentez des personnes de vertu, et leur société vous parolt d'un ennui à vous dégoûter dé la vertu même i la plus légère violence que vous vous faites pour le dd vous coûte de si grands efforts^ quil faut que les plaisirs et les amusements du monde viennent vous délasser d'^Jiwrd de cette fatigue passagère s la plus petite mortification abat votre corps , jette l'inquiétude et le cbagrin dans votre humeur , et ne vous console que par la prompte résolution d'en interrompre à Tinstant la pratique t vous vivez malheureux et sans consolation, parceque vous vous privez d'un certain monde que vous aimez, et que vous substituez à sa place des devoirs que vous n'aimez pas : toute votre vie n'est plus qu'un trbte ennui et un dégoût perpétuel de vousmême : vous ressemblez aux Israélites dans le désert; dégoûtés^ d'un côté , de la manne dont le Seigneur les obllgeoit de se nourrir ; et de l'autre, n'osant plus revenir aux viandes de l'Egypte qu'ils aimoient encore, et que la crainte d'être frappés de Dieu le& portoit à s'interdire.
Qr, cet état de violence ne sauroit durer, on se lasse, bieniût d'un reste de vertu qui ne calme point le cœur, qui ne soulage pas la raison, qui ne contente pas même l'amour-propre ; on a bientôt secoué un reste de joug qui accable , et qu'on ne porte plus que par bienséance , et non par amour. Il est si triste de n'être rien , pour ainsi dire ; ni juste , ni mondain ; ni au monde, ni à Jésus-Christ ; ni dans les plaisirs des sens , ni dans ceux de la grâce , qu'il est im- . possible que cette situation ennuyeuse d'indiflérence et de neutralité soit durable. Il faut au cœur, et à des cœurs surtout d'un certain caracté^, un objet déclaré qui les occupe et qui les intéresse ; si ce o'csC pas Dieu, ce sera bientôt lé monde :.un ccsur. vif, emporté, extrême , tel que Tont la plupart des hommes^ ne sauroil être fixé
60a JEUDI DE UL TAOjESIÈME SEMAINE.
qiie|MurdeftMnltaMat»;etMre oonslammeol dégoûté de la Terto, c'est offrir d^ im OBor sensiUe aia attndto da Tioe.
Je Mis, imiiuèrenieiii^qo'U est dee allle»p•re8eell8esetilMi[>- IeBte• foi ivuroîfseat se mabilenir dans cet «tat d'éqiiaibfeel d*iii^ BensibOUéiqiDiii'oflk'eQtrieodeTif ni aaQKXidemàkyertas ^ semUent également éloignées par knr Garactère, et des ardeora d'une piété fidèle, et des ezoàs d'nn égarement profane; qiA oon* serrent, anmiUea des plaisirs du monde, on fonds de retenue et de régularité i|Qi annonce encore la yertnf et au milieu desdevoira de la religion, un fonds de mollesse et de rdàdiementqni reqnre encore l'air et les maximes du monde: ce sont desconirs tranqniUea et paresseux , qoi ne sont yifs sur rien, à qui l'indolence tient pieMpie UeU de vertu ; et qui, pour n'être pas à ce point de piété oui bdt les âmes fidèles, n'en Yicnnent pas ponr cda à ce degré œabandonnement qui lait les âmes égarées et criminelles.
Je le sais, mes Frères s mais je sais aussi que cette paresse de cœur ne nous défend que des crimes qui co&tent , ne nous éloigne que decertains plaisirs qu'il laudroit acheter au prix de notre tranquillité, et que l'amour du repos tout seul peut nous interdire. Elle ne nous laisse vertueux qu'aux yeux des hommes, lesquds confondent Tindolence qui craint l'embarras, arec la piété qui fuit le yice: mais elle ne nous défend pas contre nous-mêmes, contre mille désirs illégitimes, mille complaisances criminelles, mille passions plus secrètes et moins pénibles, parcequ'elles se renferment dans la coeur ; des jalousies qui nous dévorent ; des animosités qui nous aigrissenti une ambition qui nous domine; unorgueQ qui nous corrompt; un désir de plaire qui nous possède; un amour excessif de nous-mêmes qui est le principe de toute notre conduite, et qui infecte toutes nos actions; c'est-à-dire, que cette indolence nous livre à toutes nos foiblesses secrètes, en même temps qu'elle nous sert de fMn contre des passions plus éclatantes et plus tumultueuses, et que ce qui ne parott qu'indolence aux jeux des hommes est toujours une corruption et une ignominie secrète devant Dieu.
Je sais, en second lieu, que le goût de la piété, et cette onction qui adoudt la pratique d<y devoirs, est un don souvent refusé aux âmes même les plus saintes et les plus fidèles. Mais II y a trois différences essentielles entre l'ame fidèle à qui le Seigneur refuse les consolations sensibles de la piété, et l'ame tiède et mondaine que la pesanteur du joug accable , et qui ne sauroit go&ter les choses de Dieu.
La première, cfest que l'ame fidèle , malgré sa répiq;nance et sea dégoûts, conservant toujours une foi ferme et solide, trouve son état , et l'exemption da crime ob eHe vit depuis que Dieu l'a touchée, mille fois plus heureux encore que celui où elle vivolt » lorsqu'elle étoit livrée aux égarements des passions ; et, pénétrée d#
SÛR LA TIËMIUR. 60t
MMirreiir (te tes exèès panés, elle ne Toodroit pas, pour Ion» ka pliMrs de la terre, changer sa destinée , el se rengage dans ses pmahfBTkesi an Heo <pie l'ame tiède el infidèle, d^oùtéede h iwrta , regarte arec enrie les pbUIrs et la raine râidté du monde; et comme sesdégoAts ne sont qne lasoile et la peine de la foiblesse et de In Hédeor de sa foi , le crime commence k lui parottre la senla ressource des aurais et de la tristesse de la piété.
La seconde dlffireoce, c'est qne Tame fidèle , au mQien de sea dégoAts et te ses aridités, porte du moins une conscience qui ne luireprodie point de crime; die est du mdns soutenue par le té» moignage de son propre cœur, et par une certaine paix de l'innoeeneequi, quoiqu'dle ne soit pas rive et sensible, ne laisse pas d'établir au detens de nous un calme que nous n'arions jaunis éprouvé dans les rôles de l'égarement : au lieu que Tame tiède et Infidèle , se pennettant , contre le témoignage de son propre co^, mille transgressions journalières dont die ignore la malice, porte flMqonrs une consdence inquiète et douteuse ; et n'étant plus sou« tenue, ni par le goAt des deroirs, ni par la paix et le témoigna^ te la conscience, cet état d'agitation et d'ennui finit bientôt par la pals funeste du crime.
Enfin, la dernière diflHrence , c'est que les dégoAls de Famé fidèle ■Télant que des épreures dont Dieu se sert pour la purifier, il supplée au consolations sensibles te la rertu, qu'il lui refuse, par mille endroits qui les remplacent, par une protection plus puis- MBte, par une attention miséricordieuse à éloigner tous les périls qui poorroient la séduire, par des secours plus abondants de la grâce: car fl ne reul pas la perdreet la décourager; il ne veut qpe l'épronrer, et lui faire expier par les amertumes et les aridités te la rertu , les plaisirs injustes du crime. Mais les dégoûts de Faqie infidèle ne sont pas des épreures; ce sont des punitions : ce n'est pas un Dieumiséricordieux qui suspend les consolations de la grâce , sans suspendre la grâce ell<yméme; c'est un Dieu sérère qui se renge et qui se retire t ce n'est pas un père tendrequi suppléîe par la soUdMétesa tendresse , et par des secoorseOectifs, auxrigurâra apparentes dont il est obligé d'user ; c'est un juge sérère qui ne eoBMnence à prirer le criminel te mille ateucissements , que parcequ'U lui prépare un arrêt te mort. Les aridités delà vertu tronreol mille ressources dans la rertu même ; celles de la tiédeur n'en san^ roient trourer ailleurs que dans les douceurs trompeuses du rice.
Voilà, mes Frères , la destinée inéritable de la tiédeur, le mal« heur te la chute. Tenes nous dire après cda que rous roulei rout &Jre WÊb sorte te rertu qui dure ; que ces grands zèles ne se sou* tienaent pas $ qu'A raut mieux ne pas le pnndre si haut, etaller jnaqtfau bout, et qu'on ne ra pas loin quand on se met hors d'haleine dèa les premiers pas t
Je sais qne tout excès, même tens la piété, ne rient pas te l'Ea-
M4 JEUDI DB IfiL TROISIÈME SEMAINE.
prit deDiea, qui est an «^rildediscrétiQaetde «CMai^piele
^ ' feèle qoi raivene l'ordre de notre état et de nos deroin Q'epl 99^ la piété qui Tient d'en-haat^ maia aneiHqdon^qai nitt de noos-ailBies ;
* 'que rindiscrétion est une source de tiuuaes vertqs , et ^'oa divine sonrcnt à la vanité ce qu'on croit donner à la vérîté. Maiik je tous dis de la part de bien» qoe» pour persévérer daqs^esToisSy il M( se donnet^ à lui sans réserve : je vops dis que,;P9ar sesoulenir dans la fidélité aus devoirs essentiels, il laul sans cesse affuiblir
' les passions qui nous en éloignent sans cesse; et que les ménager, sons prétexte de n'aller pas trop loiki, c'est se creuser à soi-même son prédplee. Je vous dis qu*il n'y a que les âmes fidèles et ferventes, qui, non contentes d'éviter le crime, évitent tout ce ^ak peut j eondnire { qu'il n'y a , dis-je, que ces âmes qui persévèrent , qui se soutiennent , qui honorent la piété par une conduite soutenue, égale, uniforme; et au contraire qu'il n'y a que les ailes tiédes ^ moUes, les âmes qui ont commencé leur pénitence par mettre des bornes à la piété, et à raccommoder avecles plaisirs elles maximes du monde ; qu'il n'y a que ces âmes qui recptont , qui se démentent, qui reviennent à leur vomissement, et qui déshoooranl la piété par des inconstances et des inégalités d'édat, et par une vie mêlée, tantôt de retraite et de vertu, tantôt de monde et de foiUesse. Et feu appelle ici à vous mêmes, mes Frères siinand vous voyez dans le monde une ame se relâcher de sa première fer« venr, se rapprocher un peu plus des sociétés et des plaisirs •qu'elle s'étoit d'abord si sévèrement interdits , rabattre insensiblement de sa retraite, de sa modestie, de sa circonspection , de ses prières , de l'exactitude à ses devoirs; ne dites-vous pas vous-mêmes qu'dle n'est pas loin de redevenir tout ce qu*elle étoit autrefois? ne regardez-vous pas tous ces relâchements, comme les préli]|dhes de la chute? et ne comptez- vous pas que la vertu est presque éteinle, dés que vous la voyez affotblie? En faut-il tant même pour réveiller vos censures, et vos présages sinistres et malins contre la piété? Injustes que vous êtes , vous condamnez une vertu tiède et infidâe, et vous nous condamnez nous-mêmes, quand nous exigeons une
' vertu fidèle et fervente ! vous prétendez qu'il ne faut pas le prendre si hput pour se soutenir, et vous prophétisez qu'on va tomber-, dès
^ qu'on s'y prend avec plus de tiédeur et de négligence4
Cest donc dans le relâchement tout seul, qu'il faut craindre les retours et les chutes : ce n'est donc pas en se donnant à Dieu sans réserve, qu'on se dégoûte de lui , et qu'il nous abandonne; c'est en le servant avec lâcheté : le moyen de sortir glorieux du combat n'est donc pas de ménager Vennemi ; c'est de le vaincre « le secret pour n'être pas surpris, n'est donc pas de s'cqdormir dans la pa- ' rosse et dans l'Indolence ; c'est d'être attentif sur .ioutes ses voies : fl ne faut donc pas craindre d'en trop faire, de peur de qe.poavotr se soutenir ; au contraire, pour mériter la grâce de se^t^optenir, il
SUR LA TîÉDEVlil. . . 60»
faut d'abord ne laisser rien à faire. Quelle illusion , mes Frères : on craint le zèle comme dangereux à la persévérance , et c'est le zèle seul qui Tobticnt ; on se retranche dans une vie tiède et commode , comme la seule qui peut durer, et c'est la seîile qui se dément ; on évité la fldélité comme recueil dé la piété, et la piété sàhs fldéHté^ n'est jamais loin du naufrage 1
G*est ainsi que la tiédeur éloigne de l'ame infidliSé les grâces dcf * protection, et que ces grâces ignées ôtant à notreM toute sa force, an joug de Jésus-Christ toutes ses consolations, nous lais-' sent dans un état de dtfafflanoc et de dépérissement , oà il ne faut! à l'innocence pour succomber que le malheur d'être attaquée. Mais * si la perte de la justice est inévitable datis la tiédeur, du côté dea^ grâces qui s'éloignent , elle Test encore du o6té dés passitas qui se ■ fortifient.
SECONDE PARTIE,
Ce qui rend la vigilance si nécessaire à la piété chrétienne , c'est que toutes les passions qui s'opposent en nous à la loi de JMeu ne meurent, pour ainsi dire, qu'avec nous. Nons pouvons bien les af*' fdbltrpar le secours delà grâce, et d'une foi vive et ferveme; maisl les penchants et les racines en demeurent toujours datas lé cmnr : * nous portons toujours «l' dedans de nous les principes des mêmes égaremenCs, que uos larmes ont eflEacés : le crhne peut être mort danî nos cœurs ; mais le péché, comme parle TApôtre, e'est-à-Kiire, les Indtnations corrompues qui ont formé tous nos crimes, 7 ha^bitent et jf vivent encore ; et ce fonds de corruption qui nous avoit^ éloignés de Dieu , nous est encore laissé dans notre pénitence, pour servir d'exercice continuel à la vertu ; pour nous rendre plusdtgnes de la couronne par les occasions étemelles de combat qu'à nous sus*' dte; pour humilier notre orgueil ; pour nous faire souvenir quc^ le temps de la vie présente est un temps de guerre et de péril ; et' que , par une destinée inévitable k ta condition de notre nature , il n'y • presque jamais qu'un pas à faire entre le relâchement et le crime*
n est vrai que la grâce de Jésus-Christ nous est donnée pour réprimer ces penchants corrompus qui survivent à notre conversion :' mais, comme nous Tenons de le dire, dans la tiédeur, la grâce ne nous offrant presque plus que des secours généraux ; et tontes les* grâces de protection, dont nous nous sommi*s rendus indignes, étant ou plus rares ou suspendues, il est clair que de cela même, les passions doivent prendre de nouvelles forces. Mais je dis que nonseulement les passions se fortifient dans la vie tiède et infidèle, pai^ ceque les grâces dé protection qui lesaffoiblissent y sont plus rares, mais encore par l'état tout seul du rdàchenient et de la tiédeur eO^ même : car la vie tiède et infidèle n'étant qu'une indulgence conti-
Mê nRnxt DE Lk tHOtSlÈMË SEIilÂIll£.
notUe pior tOQtfii agft pMÉkMisi mienMdle facilité à leur accorder sans cease, jnaqu'à on certain poiiit, tout ce qui les flatte -, une atCeu- IlOQ néme d'aiDoor-ptoiNne à éloigner tout œ qoi poi^ on les «ipriHwr, on tea contraindre; unnaagepopétueldeioutceqaieat le ploa capable de les enflammer I il est dair qu'elles doivent tons kijovay prendre de noavdles forces.
Eneifcl, mes Frères, il ne faut pas se figurer qn*cn ne poussant ■otTB ÎDdoigence pour nos passions que jusqu'à certaines bornes pannises^nous les apaisions, pour ainsi dire, nous leur en accordions aaaei pour les satisfaire «el pas asseï pour souiller notee ame, et mettre le tinnUe et le remords dévorant dans la conscience ; nous ilgoier que nons poissions jamais arriver à un certain état d'éqoilAie entre le crime et la vertu, où d'un côté nos passions soient coBlentes par les adoucissements que nous leur permettons, et où de Taulre notre consdenœ soit tranquille par la fuite du crime que nonsévitons. Car voilà le plan que se forme l'ame tiède, iavorable à son Indolence et àsa paresse, parcequ'il bannit ^[élément tout ca qn*îly • de péniUe dans le crime et dans la vertu, qu'il refuseaux passionstouicequitroubleroit la conscience, et à la vertu toutes qui géneroit et mortifieroit trop Tamour-propre ; mais cet état d'é* quilibre et d'égalité est une cbimère. Les passions ne connoissfnt pas même de bomea dans le crime I comment pourroient-elles s'en tenir à edies de la tiédeur ? les excès ne peuvent les satiatSaire et lea ftMTv comment de simples adoadssements lesfixeroient-ils? plus wus Uwr accord^, plus vous vous mettes bors d'état de pouvoir rien leur reftaser. Le véritable secret pour les apaiser n'est pas de kallivoriser jusqu'à un certain point ; c'est deles combattre en tout : tonte indulgence tes rend plus flères et plus indomptables; c^est un peu d'eau jetée dans l'inoeqdie, qui, loin de l'apaiser, l'augmente ; c'est un peu de pâture présentée à un lion dévorant, qui, loin de calmer sa faim , la rend plus vive et plus violente : tout ce qui flatte les passions les aigrit et les révolte.
Chr, td est l'état d'une ame tiède et infidèle : toutes les animosiiés qui ne vont pas jusqu'à lnveq^eancedéclarée, elle se les permet t tous les plaisirs où l'on ne voit pas de crime palpable, die se la justifie s toutes ks parues et tous les artifices où rindéoenoe n'est pas scandaleuse, et où il n'entre ni passion , ni vue marquée, die les recberdia : toutes les vivacités sur l'avancement et sur la ibrUma qui ne nuisent à penonne , die s'y livre sans réserve : toutes les omissions qui paraissent rouler sur des devdrs arbitraires , ou qui n'intéressent que légèrement des devoirs essentiels, eDe n'en fait pas de scmpide s tout Tamonr du cnpa et de la personne , qui ne mène pas directement au crime, die ne le compte pour rien : toute la délicatesse sur le rang et sur la gloire, qui peut compatir avec une modération que le monde lui-même denmnde, on s'en
Stm LA 'ilÉDÊtlt. «07
fak un mérite. Or, qa'arriTe-t-fl de là? YOiiks>YOQft le 8«T<rirr le void f et je toi» j^eiTéoooter ces réfleshms.
PremièremcDl, c'est qae toos les pendiuits qoS s'^ipposeot en nous à la règle et an deToir , s'élMit sans cesse fortifiés , la réi^ et le devoir trooreot ensuite en noos des diflenltés losnrmontdiles ; de sorte qoe les aocomplir dans nne occasion essentielle, où la loi de Dien nonsyobUge, est une eau rapide qnm but remontsr nnlgré le courant qui nous entraîne, un cheval indompté et taieuz qu'il but arrêter tout court sur le bord du piédpice. Ainsi Totro 8ensQ>ilité sur les injures, toujours trop écoutée, a poussé tott« orgueil à un tel point, que dans une occasion décisive, où vous croirez votre honneur essentiellanent intéressé , et où il s^agira de pardonner, vous ne serez plus maître de votre ressentiment, et vous abandonnerez votre cceur à toute la vivndttdela haine et de la vengeance t ainsi ces soins et ces empressements à cnWver Festime des hommes ont A bien fortifié dans votre cosur le désir de mériter leurs louanges et de vous conserver leurs suflrages, que dans une droonstance essentielle où il faudra sacrifier la vanité de leurs jugements an devoir, et s'exposer à leur censure et à leur dérision, pour ne pas manquer à votre ame, les intérêts de b va« m'té l'emporteront sur ceux de b vérité, et k respect humain sera plus fort que b crainte de Dieu : ainsi ces vivacités snr b fortune et sur l'avancement, nourries de longue main, ont rendu Tambition si fort maîtresse de votre conur, que dans une cou joncture délicate , où Q bndra détruire un concurrent pomr vous élever, vous sacrifierez votre conscience k votre fortune , et serei injuste envers votre frère, de peur de vous manquer à vousmême s aind, enfin , pour éviter trop de débil, ces attadiemenls suspects, ces enb^tkns trop ia>res, ces comphdsances trop pous* sèes, ces désirs de pbire trop écoutés, ontmisen vous des dispositions si voisines du crime et de b volupté, que vous ne serez plus en ébt de résister dans un péril où U s'agira d'aller plus loin; b corruption préparée par tonte b suite de vos démanches passées s'allumeraàPinstant; votre foiblesse l'emportera sur vos réflexionst voire corar se refosera à votre fierté , à votre gloire, à votre devoir , à vous-même. On n'est pas long-temps fidèle, quand on trouve en soi bnt de dispositions à ne l'être pas.
Ainsi, vous serez surpris vous-même de votre fingilitét vous vous redemanderez que sont devenues ces dispositions de pudeur et de vertu, qui vous inspiroient autrefois tant d'horreur pour le crime : vous ne vous oonnoitrez plus vous-même : vous sentirez en vous une pente malheureuse et violente, que vous portiezà votre insu dans votre ame : peu k peu cet ébt vous parolUra moins affreux, l^ cGBur se justifie bientôt tout ce qui b captive : ce qui i plaît ne nous alarme pas long-temps; et vous qontersiatt i de la chute, le malheur du calme et deb sécurité.
6M lEUDI DE LA TAOISIEME SEBIÂINE.
TeUe«aU tetioéeioMtablodek Tie tièda etiofidèle vto rions qa'OD a trop méuagtesi dei Uonoeaiu, dit qq profAëtê, qu'oa nrarrit mM iNréômlkNi^ erohacat enfin, et déroradt la main indis^crèleqQi les a eUe-mtae aidés à se fortifier, et à derenir redoalaMas s les pMsions rennes ànn certain point se rendent les maîtresses. Vous ates beau alors vous raviser, il n'est plus temps : vous avei.coavé le feuprofane dans votre cœur $ il faut enfin qull éclates voos ares nourri œ venin au dedans de vous $ il faut qu'il gagne, et il. n'fst plus temps de recourir au remède. 11 falloit vous y prendre de bonne bepre; les commencements du mal n'étoient pas encore sans ressource : vous Taves laissé fortifier, vous Vayes aigri par tout cequi pouvoît le rendre plus incurable; il but qu'il prenne le dessus, et que vous vous trouviei la victime de votre indiscrétion etde votre iiidulgepce-
Aussi ne nous dites-vous pas vous-mêmes , tous les jours, mes Frères,quevou0ave9l^meiUeures intentions do rnoodCi que vous voudriex mieux faire que vous ne fiaîtcs, et qu'il vous semble que vous desires sincèrement de vous sauver; mais qu'il arrive mille coigonctores dans la vie, où l'on oublie toutes ses bonnes résolutions, et où il budroit être un saint pour ne pas se laisser entraîner? £( voilà justement ce que nous vous disons, que malgré toutes yos bonnes inteptions prétendues, ri vous ne fuyez, si vous ne oom- ^t^g^ si vous ne veilles, ri vous ne priez, si vous ne prenez sans oesqe sur vous-même , Use trouvera mille occasions on vous ne serez plijiis le maître de votre foiblesse : voilà ce que nous vous disons, qnll n'est qu'une vie mortifiée et vigilante qui puisse nous mettre à couvert des tentations et des périls ; que c'est un abus de croire qu'on sera fidèle dans ces moments où l'on est violemment attaqué, lorsqu'on y porte un cœur affoibli , cbancelant, et déjà tout prêt à tontber ; qu'il n'y a que la maison bâtie sur le roc , qui résiste aux vents ei à l'orage; qu'il n'est que la vigne entourée d'un vaste fossé, et fortifiée d'une tomr inaccessible, qui ne soit pas exposée aux insultes des passants; et qu'en un mot, il faut être saint, et solidement établi dans la vertu, pour vivre exempt de crime.
Et quand je dis qu'il faut être saint : hélas ! mes Frères, les âmes les plus ferventes et les plus fidèles elles-mêmes, avec des penchants mortifiés, une chair exténuée par les rigueurs de la pénitence, une imagination purifiée par la prière , un esprit nourri de la vérité et de la. méditation de la loi de Dieu, une foi fortifiée par les sacremei|ts et par la retraite, se trouvent quelquefois dans des sUtiations ri terribles, que leur cœur se révolte, leur imagination se trouble et s'égare; qu'elles se voient dans ces traites agitations où elles flottent long-temps entre la mort et la victoire, et où, sonblables à un navire qui se défend contre les flots au mUieo d'une mer irritée, elles n'attendent de sûreté que de celui qui commande aux vents et à l'orage : et vous voudriez qu'avec un conir déjà à demi
SUR LA TIEDEUR dOf
lédaif j avec dés penchants si Toisins in crime, tôtre Itoti^feise fût 1 r^prenredes oooMioDB, et quelesteslatkw ksites t idenlc» ynm froaTasflenl toujours tranquille et inaccessilde? tous Toudriei fue dans des mceors tièdes, sensuelles, moodakies, fotre ame eftrll aux ocoHsions cette foi, cette force que la piété la plus tendre et k phis attentive quelquefois ne donne pas dle^ mémo? vous vowbîes que des passions flattées, nourries, ménagées, fortifiées, denw* ressent dociles, immobiles, froides, en piésenec des objets les plus capables de les aUumer ; èUes qui après de longues, macératioas , et une vie entière de prière et de vigilanoe , se réf eilknt quelqMfoia tout d'un eoiq>, loin même des périls, et font sentir aus plus justes, par des eaemples. funestes, qu'il ne faut jaisab s'endormir, et que le plus haut point de la vertu nVst quelquefoto que l'instant qui précède k ohute? Telk est notre destinée, mes Frère», de u'éM dairv^ijaiits que sur les périb qui regardent notre fo^lune ou noira vie^ et de ne pas connottre même ceux qui menaœut notre, salut* MaïadésabuBBons-nous : pour éviter le crime, il faut quelque phoio de plus que k tiédeur et Findolenoe de k vertu ; et k vigiknea eel lesaol mojeo que Jésus-Christ nous ait kissé pour conserver rhl* nooQBce* Première réflexion.
Uneseoonde réflexion qu'on peut fake sur cette vérité, e'cet que les passions se fortifiant de jour en jour dans k vk tiède et iiifi* dèle, non-seulement le devoir trouve en nous des répugnances kt* surmoutables, mais encore k crime s'apknit, pour anisi dire^ et ou n'y, sent pas plus de répugnance que pour une simpk iMite. Eu. eBet» k oonr , par ces iofid^tés joumaliéves, inséparahks do k tîAdMir, arrive enfin comme par autant de démarcha insensibles jm^o^à, ces bome9 périlleuses , qui^ ne séparent plus que d'un peint k yi^ <kk mort, k crime de rionooence, fkunchit ce dernier pas. vm ipvasques'eu apercevoir : comme il loi restoit peu de chemin 4 fiOi^, et qu'il .9'a pas eu besem d'ua nouvel eBsrt pour passer out]^, il qroil n'avoir pas été plus loin que ks autres fekt il «voit B»is eu lui des dispuaîtioos si yoiriues du crime, qu'il a enhnté l'i* Qjqojlésaips douleur, sans répugnance, sans aucun monveumut m^cqpé, sans s'en apercevoir luinméme; jemMabte à tm mounuit qpe Ifs langueiira d'une lon^oe^et péniUe.agonk ont si fort appto» cfaé^de aa fin, que k dernier soupir ressembk à cens qui VfmX précédé, fe lui coMepaaplus d'efforts que ks aulves, et laisse méum les spci^lfMeurs iiiqer tains si sou dender momeut est arrivé , ou i« reifir^.^iicoiu.: et c'est ce «ai rend lékt d'une amo tiède encan plpft dijîjîfrewt que d'ordinairoottymeuHàkgsuoe sansc'eB npeimiiqit iw^nième; on fievient ennemi de Dieu, qu'on vit eneofu avee4i|^ «auMoeavec un aari) on eat danii k oonuneioa de»choaea spdnt^., f^.on apevdtt la gmoe qui nons donooit étroit <ren up»
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Coogk
•10 mOOt DE UL TROIStÈME SEMAINE.
■llf ■ MiBifi •iiroeqiiepeal--èlMdlfls«eaocitjiBqii'iddéféiM^ d'vne chute grotrièreilinr étal D'en esl sans doute que {iltis dangemoL devint Dieu : la pdae la plus formidable de leur tiédeur, c'est peut-être que« déjà mortel à les yeux, ellea vivait sans a«cooe chute raan|ttèe : c^esl qu'ellfiSs'eodonDeut tranquiHemeat dans la mort, sur une apparence de vie qui les fassures «s'est qu'eues ijoutent au danger de leur èUt^ une busse paix qui lee confirme dans celle voie d'illusion et de ténèbrss t c'est enfin que le Seigneur, par dM jugenisnis terribles et secrets, les Arappe d'aveuglement, et pmrfl la corruption de leur eoBur 9 en permettant ^'elles lignorent Une chute grossière seroit, si Je l'ose dhre , un trait de bonté et de nrintaffeonle de Dieu sur elles i elles ouvrirolent du mofanlesTeux ahirit le crime dévoilé et aperçu porteroil du moins le toouUe et Itoqiriélude dans letu* oonsdenoe : le mal enfin découvert les faroit péai-dtre recourir au remède : au lieu que cette vie réglée en apparence les endort et les calme, leur rend inutile Texempls des amei ferventes, leur penuade que cette grande ferveur n'est pas néces» saive, qu'il y entre plus de tempérament que de grâce, que c'est un aèle plutôt qu'un devoir; et leur fait écouter comme de vnhiesexagémâens tout ce que nous disons dans ces chaires chrètieenes, sur les chutes inévitables dans uno vie tiède et infidèle. Seconde rè-
Bofin, «ne dernière réfiexion à faire sur cette vérité, c'est que lelleestia aatiore de notre coeur, do demeurer toujours fort audesasus de os qu'il se propose. Nous avons fait mille fois des résolutions Mintes; nous avons projeté de pousser jusqu'à un cerlahi MÉBt ledétall des devoirs et dé la conduite^ mais l'exéeutfon a Ionjeors beaucoiq» diminué de l'ardeur de nos projets, et est^emenrée tari au«des800s du degré où nous voulions nous élever t attri une aB« tiède, ne se proposant pourteplus haut point de sa verCu que d'éviter le crime ; visant précisément an prée^, c'est-lHlire, àce pokil rigoureux et préds de la loi, au-desseus duquel se trouve tannédteteuient la moM et la prévarication; elle demeure teftOi*' Msment auHlessoos, et ne Ta jama» jusqu'à ce point essentiel qu'dte a'élqit' propesé i c'est donc une maxime inoonlestaMe, qu'U fiiul beaucoup entreprendre pour exécuter peu, et Tiser bien haut pour nttefndre du moins au milieu. Or ceUe matime ri sftre à regard SÉèM des ptais justes, l'est infiniment plus à régwdd^uneame tiède et inidèlet car la tiédeur aggravant tons seé liens , et augmenlsnt le poids de en corruption ek de ses misères, cfestélle principale^ amnt qui doit prendre un grandessorpnurattehidredninMnsan pluabaa degré, et se proposer la perfectfoudeseeâseBs^ si éHe veut en deoMmer à tfohservmne du précepte^ c'est à eHe surtout qui est Trai de dire, qu'en ne visant précisément qu'à éviter le^tftaie, seileestdu poids de sa tiédeur et A» ses faifldeiilés, I tongours finrt loin du lieu où elle avoir cm arriverf
St)k LA TIÉDEUÀ. èli
et comme au-dessous do cette vertu commode et âensnelle il n'y « immédiatement que le crime, les mêmes efforts qu'elte croyoit faire pour réyiter, ne serviront qu'à Ty condm're. Voiià des raisons toutes prises dans la foiblesse que les passions fortifiées laissent à rame tiède et infidèle, et qui la conduisent inévitablement * la chute.
Cependant , l'unique raison que vous nous allégiez pour persévérer dans cet état dangereux, c'est que vous êtes foible, et que vous ne sauriez soutenir un genre de vie plus retiré , plus recueilli , plus mortifié , plus parfait. Mais c'est parceqne vous êtes foiUe, c'est-à-dire , plein de dégoût pour la vertu, de go&t pour le monde, d'assujettissement à vos sens ; c'est pour cela même , qu'une vie retirée, mortifiée, vous devient indispensable: c'est parceque vont êtes foible que vous devez éviter avec plus de soin les occasions et les périls, prendre plus sur vous-même, prier, veiller, vous refuser les plaisirs les plus innocents , et en venir à de saints excès de zèle et de ferveur pour mettre une barrière à votre foiblesse; Tous êtes foible? Et parceque vous êtes foible, vous croyez qu'il vous est permis de vous exposer plus qu'un autre, de craindre moins les périls , de négliger plus tranquillement les remèdes , d'accorder plus à vos sens, de conserver plus d'attachements pour le monde, et pour tout ce qui peut corrompre votre cœur? Quelle illusion ! Tous faites donc de votre foiblesse le titre de votre sécurité ? vous trouvez donc , dans le besoin que vous avez de veiller et de prier, le privilège qui vous en di^nse? Et depuis quand les malades sont-ils autorisés & se permettre plus d'excès , et user de moins de précautions, que ceux qui jouissent d'une santé parfaite? La voie des privations a toujours été ceUe des foibles et des infirmes; et alléguer votre foiblesse, pour vous dispenser d'une vie plus fervente et plus chrétienne, c'est alléguer vos maux pour nous persuader que vous n'avez pas besoin de remède. Seconde raison tirée des passions qui se fortifient dans la tiédeur, et qui prouve que cet état finit toujours par la chute et par la perte de la justiee.
A toutes ces raisons , je devois en ajouter une troisième tirée des secours extérieurs de la religion, nécessaires pour soutenir la piété , et qui deviennent inutiles à l'ame tiède et infidèle.
Les sacrements non-seulement ne lui sont plus d'aucune utilité, mais ils lui deviennent même dangereux , ou par la tiédeur avec laquelle elle en approche, ou par la vaine confiance qu'ib lui inspirent : oa ne sont plus pour elle des ressources s ce sont des remèdes accoutumés, usés, si j'ose parler ainsi; qui amusent sa langueur , mais qui ne la guérissent pas : c'est la viande des forts , qui achève de ruiner un estomac foible, loin de le rétablir r c'est un souffle de l'Esprit saint, qui, ne pouvant rallumer le tison encore Aimant, adiève de l'éteindre i c'est-à-dire que la fnM
M3 JEUDI ÛË LA tHOlSiÈMË SEMAINE.
des McremeoU reçue dans un cœur tiède el infidèle, n'y opérant fdns on aocroissemeni de vieel de force, y opère t6t ou tard la mort el la oondamnation , toujours attachées à Tabus de ces divins lemèdes*
La prière, le canal des grâces, cette nourriture d*nn cœur fidèle , cet adoucissement de la piété , cet asile contre toutes les attaques de l'enoemi , ce cri d*une ame touchée qui rend le Sdgaenr si attentif à ses besoins ; la prière , sans laquelle Dieu ue se tàM plus sentir 4 nous, sans laquelle nous ne connoissons plus notre père, nous ne rendons plus grâces à notre bienfaiteur , nous n'apaisons plus notre juge, nous n*expo8ons plus nos plaies à notre médecin , nous vivons sans Dieu dans ce monde ; la prière, enfin , si nécessaire à la vertu la plus établie, n'est plus pour Tame tiède qu'une occupation oiseuse d'un esprit égaré , d'un cœur sec , et partagé par mille aflections étrangères. Elle n'y trouve plus ce goût , ce recueillement , ces consolations qui sont le fruit d'une vie fervente et fidèle : elle n'y voit plus comme dans un nouveau jour les vérités saintes , qui confirment une ame dans le mépris du monde, et dans l'amour des biens éternels , et qui , au sortir de là , lui font regarder avec un nouveau dégo&t tout ce que les hommes insensés admirent : elle n'en sort plus remplie de cette foi vive, qui ne compte plus pour rien les d^oùts et les obstacles de la vertu , et qui en dévore avec Ain saint zàe toutes les amertumes i elle ne sent point au sortir de là plus d'amour pour le devoir, plus d'horreur pouf le monde, plus de résolution pour en fuir les périls , plus de lumière pour en con-
. noUre le néant el la misère , plus do force pour se haïr et pour se combattre elle*méme, plus de terreur des jugements de Dieu , plus de componction de ses propres foiblesses : elle ed sort seulement plus fatiguée de la vertu qu'auparavant, plus remplie des fant^tees du monde , qui, dans ce moment où elle a été nûx pieds de son Dieu, ont, ce semble, agité plus vivement son imagination,
. Hétrie de toutes ces images ; plus aise de s'être acquittée d'un devoir inéreax, où elle u'a trouvé rien de plus consolant que le plaisii; le le voir finir; plus empressée d'aller remplacer par des ama« îemcnts et des infidélités, ce moment d'ennui et de gène; en un not, plus éloignée de Dieu, qu'elle vient d'irriter par l'infidélité et l'irrévérence de sa prière 8 voilà tout le fruit qu'elle en a retiré. Enfin, tous les devoirs exÉrieurs de la religion qui souiennent la piété, et qui la réveillent, ne sont plus pour l'ame tiède que des pratiques mortes et inanimées , où son cœur ne se trouve plus, où il entre plus d'habitude que de goût et d'espril de piété , et où , pour toute disposition, on n'y porte que l'ennui de faire toujours la même chose.
Ainsi, mes Frères, la grâce dans cette ame se trouvàbt sans cesse
i attaquée el aibiblic , ou par les usages du monde qu'elle se permet ,
, 00 par ceux de la piété dont die abtise; os par les objets des sens
qai DO^irrlflsent sa oornipliôD, oo par ceux de la religion qai augmentent ses dégoûts ; on fiar les plaisirs qui la dissipent, ou par les devoirs qal la lassent; tout la faisant pencher vers sa ruine, et rien ne la soutenant : hélas! quelle destinée pourroit-elle se pro* mettre? La lampeqni manque d%uile peut-elle éclairer long«temps? farbre qi^ ne tire presque plus de suc de la terre peut-H larder de sécher, et d'être jeté au feu? Or, telle est la situation de l'ame tiède : toute Mirrée à eUe-méme, rien ne la soutient; toute pleine de foiblesse et de langueur, rien ne la défend ; tout enTironnée d'ennuis et dedégoûts, rien ne la ranime; tout ce qui console Pamç juste, ne lait qu'augmenter sa langueur; tout ce qui soutient une ame idèle , la dégoète et l'accaMe ; tout ee qui rend aux autres le joug léger, appesantit le sien ; et les secours de la piété ne sont plus que ses fatigues ou ses crimes. Or, dans cet état, 6 mon Dieu! presque abandonnée de Totre grâce, lassée de votre joug, dégoûtée d'elle-même autant que de la vertu, affoiblie perses maux et par les remèdes, chancelante à chaque pas, un souffle la renverse; elle-même pendbe vers sa chute , sans qu'aucun mouvement étranger la pousse; etpour la voir tomber , il ne faut pas même la voir attaquée.
Yollà les raisons qui prouvent la certitude d'une èhute dans la vie tiède et infidèle. Mais faudroit-il tant de preuves , mon cher Auditeur, où vos prq>res malheurs vous ont si tristement instruit? Souvenez- vous d'où vous êtes tombé , comme le disoit autf«fois l'Esprit de Dieu à une ame tiède : Âfemor esto undh exciderU ( Apoc., II , s ). Remontez à la source des désordres où vous croupissez encore ; vous la trouverez dans la négligence et dans finOdélité dont nous parlons. Une naissance de passion trop foiMemeof rejetée, une occasion de périls trop fréquentée, des pratiques di piété trop souvent omises ou méprisées, des commodités trop sensuellemeDt recherchées, des désirs de plaire trop écoutés , des lee< tures dangereuses pas assez évitées : b source est prescpie Imperceptible; le torrent d'iniquités qui en est sorti a inondé toute la capacité de votre ame : ce n'étoit qu'une étincelle qui a allumé ce grand incendie ; ce (tat un peu de levain qui , dans la suite , a aigri et corrompu toute la masse. Metnor esto undè excidens. Souvenez-vous-en t vous n'auriez jamais em en venir où vous en éles : vous écoutiez tout ce qu'on disoit là-éîssus comme des exagérations de zèle et de spiritualité : vous auriez répondu de vous-même pour certaines démarches , sur lesquelles vous ne sentez presque plus de remords. Memor esto undè excideris. Sonveoez-vous d'où vous êtes tombé i considérez la profondeur de l'abime où vous êtes : c'est le relâchement et des infidélités légères, qui vous y ont conduit comme par degrés. Souvenea-vons-en, enocH^ une fois; et voyez ai l*on peut appeler un état sûr, œ qui a pu vous conduire au prèdpioe?
eii JEUPI DE LA TROISIEME SEMAINE.
Td €8t raitifice onUnaire do déoM» t il ne propose jamais le crime du prenaer coup; œ seroit eSsroocber sa proie, et la mettre hors d'atteinte à ses surprises s il connott trop les routes par où il faut entrer dans le ooeor t il sait qu*il faut rassurer peu à peu la Gonsdence timorée contre l'bonrenr du crime, et pe proposer d'abord que des 6ns honnêtes, et certaines bones dans le plaisir : il n*attaqoe pas d*abord en lion i c'est un .serpent : il ne TOUS mène pas droit au gouffre; il Toosy conduit par des Toiesdé» tournées» Non, mes Frères , les crimes ne sont jamais les coups d'essai du cœur. Da^id iut indiscret et <rfseux , avant d'être adultère ; Salomon se laissa amollir par la magnificence et par les délices de la royauté, avant de parottresur les hauts lieux au miliea des flammes étrangères : Judas aima l'argent, avant de mettre à prix son maître s Pierre présuma , avant de le renoncer. Le vice a ses progrès comme la vertu : comme le jour ini^ruit le jour, dit le prophète, ainsi la nuit donne de tristes leçons à la nuit; et il n'y a pas loin entre un état qui suspend toutes les grâces de protection, <|ui fortifie toutes les passions, qui rend inutiles tous les secours de la piété, et un état où elle est enfin tout-à-faît éteinte.
Qu'y a-t-il donc encore, mon cher Auditeur, qui puisse vous rassurer dans cette vie de négligence et d'Infidélité? Seroit-co l'exemption du crime, où vous vous êtes jusqu'ici conservé? Je vous ai montré , ouqu'dUe est im crime elle-même , ou qu'elle ne tarde pas d'y conduire. So^it-ce Tamonr du repos? Mais vous n'y trouves ni les plaisirs du monde, ni les consolations de la vertu. Seroit-oe l'assurance que Dieu n'en demande pas davantage? Mais comment rame tiède pourroit-elle le contenter et lui plaire , puisqu'il la rejeta de sa bouche? Seroit-ce le dérèglement de presque tous ceux qui vous environnent, et qui vivent dans des excès que vous évites? Mais leur destinée est peut-être moins à plaindre et moins désesp^ rée qnela v6tre : ilsoonnoissentdn moins leurs maux, et vous prenez les vôtres pour une santé parfaite. Seroit-ce la crainte de ne pouvoir soutenir une vieplus vigilante, plus mortifiée, plus chrétienne? Mais puisque vous avez pu soutenir jusqu'ici un reste de verta «t d'innocence sans les douceurs et les consolations de la grâce, et malgré les ennuis et les dégoûts que votre tiédeur répandoit sur tous vos devoirs : que sera-ce , lorsque l'Esprit de Dieu en adoncira le joug , et qu'une vie plus fidèle et plus fervente vous aura rendu toutes les grâces et toutes les consolations dont votre tiédeur vous a privé I La piété n'est triste et insupportable, que lorsqu'elle est tiède et infidèle.
Levez-vous donc , dit un prophète, ame lâche et paresseuse! rompez le diarme fatal qui vous endwt et qui vous enchaîne à votre propre paresse. Le Seigneur que vous croyez servfa*, parceque vous ne l'outragez pas à découvert, n'est pas le Dieu des lâches , mais des forts i fl n'est pas le rémunérateur de IVMveté et
LA SAMARITAENË. •$»
dé rindoieiice, mais des larmes^ des TolUm et des oonimUi il n*ètaUU pAssor sesbienset sarndtéélmidtele aeirilewiim mais lo fierritear kborien et vigilant; et jmni rojanme,^ ditTÀpùtre, n*eat pas la diair et le sang i c^est-à-dire, ame indigM molleflaeetiiiie Tie toote dans les sens; mais b foroeetkTerta de Slea ; e'esCrà-dire , une foi agissante^ une Tigitanoe oonlinodle, un sacrifice généreux de tons nos pendiants^ un mépris constant de tout ce ipii passe, et un désir tendre et enflammé de ces Mens inyisiMes qui ne passeront jamais: c'est œque je vous souhaMa,
jiimi iûlt-M.
SERMON rOUR LE YBRDREOI 0E LA Til01Sli;ME SBMAIHK DB CAAillif.
usAMAarrApia
rnât JenuèÊtêHlmUm Stimuim, ^mm dêatm» Slehar.
JétwTiDt en une Tilte de Samirle , nonmée Sidisr. (IfiUi» nr, S.)
Les Toies de la grâce dans la conversion des pécheurs ne sontpa» toiqours kn mêmes, mes t*réres. Tantôt c'est un rayon vif et psroant, qui, sorti du sein du Père des lumières , éclaire, frappe^ abat, emporte le cceur : tantôt c'est une clarté plus tempérée, qui a ses progrès et ses successions, qui semble disputer quelque temps de la victoire avec les nuages qu'elle veut dissiper, et qui ne prend enfin le dessus qu'après que mille alternatives ont fait douter à qui des deux demeureroit l'honneur du combat. C'est quelquefois un Dieu fort, qui d'un seul coup renverse les cèdres du UbMit quelquefois, tfest un Dieu patient, qui lutte avec un simple fils d'Abraham, et lui laisse faire asseï long-temps un triste essai de ses forces, ou pour mieux dire de sa foiWesse. ^ ^^ . ,
Sous des conduites si différentes, vous éU» pourtant toujours le même, Ô mon Dieu ! Quoique vous nous laissiez toujours entre les mains de notrcconseîl , partout vous agisse» comme le maître dce coeurs : et si les doutes et les délais d'un apôtre rendirent autrefois nlns de gloire à la vérité de votre résurrection, que la prompte soumission des autre» disciples, on peut dire que les réeistaoces et les oppositions d'une femme de Samarie font presque plus écUter aujowdliui la puissance de votre grâce, quelee wi^à^ ^ vewlons des pécheresses et des Saûl. Du moins , m« Fr^^
queleSrtgncur Iriomphed'un cmursans ««*f^" "^ ill ne triomphe que pour lui-même : ce sont des V^^^^^^ veut •eulementquon admire sa puissance . et l'empire qu tta sur
él6 VENDREDI DE LA TROTSIÈME SEIVIAINE.
voé coeon. Mais lorsque b eooyersiaa d'une amé criminelle es4 le ihiit dei eflbrts réitérés de sa grâce , c*êst pour nous alors qn'ft triomphe i ce sont des leçons; cïsbn <fessein est de nous Mresoitir go'H ne Mt rien en nods sans iions ; et que la grâce ne lui râmè* nera jamab notre coeur , si notre cœur ne se donne lui-même. En eBét, pourquoi cdui qui n'eut besoin que d'une parole pour enlever lès ffls dé ZébéAée à lëurs^ filets , I^vi à son bureau, Zàchée à ses injusticeâ , ménageroit-fl si long-temps aujourd*tmi les passiorts et les préjugés d'une femme étrangère, s^il n'a voit voulu nous tracer , dans les débites et les résistances dont elle use avant qu< de se rendre, l'image de celles que nous opposons tous les jouro à sagrace?
Or je remarque trois excuses principales, qui lui servent coinme de rempart contre toutes les instances miséricordieuses de JésDs-Ghrist.
L'excuse de l'état. Elle est femme samaritaine ; et par-là elle se défend d'accorder au Sauveur ce que sa bonté demande d'elle : Quomodb bibere à me poscU^ quœ uun mulier samarUatia (JOAH., iv,9)?
L'excuse do la difficulté. Le puits est ^profond , et on n'a pas de quoi puiser l'eau : Puteus altus est , neque in quo haurias habes ^{Ijbid.,ii).
Enfin l'excuse de la variété des opinions et des doctrines, qui lid persuade qu'étant douteux s'il faut adorer à Jérusalem 6a à Garixim, elle peut se dispenser de croire cet étranger qui lui parle, et demeurer dans l'état déplorable où elle se trouve : Paires nastri in monte hoc adorat^erunt ^ et uos dicitis quia Jerosofy-mis est locus uHadorare oporiet ( Ibid.^ 20 ).
Or, dans les excuses qu'oppose cette femme aux instances de Jésus-Gbrist, reconnoissons, dit saint Augustin, celles que nous opposons tous les jours à sa grâce : Audiamus ergb in iild nos , et in illd agnoscamus nos.
L'excuse de l'état. On trouve, dans l'état où la Providence nous a fait naître , des prétextes pour autoriser une vie toiïte mondaine.
L'excuse de la difficulté. On en trouve dans f idée impraticable qu'on se forme de la vertu.
Enfin , l'excuse de la variété des opinions et des doctrines sur les règles des mœurs. On trouve dans ces incertitudes et ces contradictions prétendues des motifs de sécurité qui nous calment sur nos transgressions les |4us manifestes. Confondons ces trois excuses, en vous exposant l'histoire de notre Evangile. C est ce que je me propose après avoir imploré , etc. At^e, Maria.
f*a«iftteK fiuiTiR.
, Tout est mystère et instruction , dit saint Angustlù , dans la conduite du Sauveur envers la femme de Samarie , et dans les oppo-
siUiûùs qae cette femme semble mettre à toutes les miééricordes du SaàTeur sur die. En effet, d'un côté Jésus-Christ voulaot, ce ' semble , ménager la foiblesse et les pa&lôns de cette pécheresse , ne ' râttaque pas d*abord à découvert. II s'accommode & ses préjugés jpour lès mieuk combattre : il parle le langage de ses erreurs, pour avoir occasion d'insinuer la vérité : il dissimule quelque temps ses misères , pour la préparer à les mieux connottre ; et, de peur
ri son cœur ne se révdte contre la main qui va la guérir y il use l^récautions , et lui cache , pour ainsi dire , tout Tappareil et ^ tonte la riffueur de^ rémérés : Paulatim intrat in cor.
Mfais, uun autre côté , cette pécheresse en garde, ce semble , contre toutes les avances miséricordieuses de Jésus-Cbrist, n'oppose i la bonté et à la sagesse de ses précautions que des évasions et dés artihcesyet, aussi ingénieuse à échapper à te grâce, que la grâce
Cirott attentive à la. poursuivre, elle n'oublie rien ou pour corer ses refiis , ou pour diifercr le moment de sa délivrance. La première excuse qu^elIc oppose à Jésus-Christ est celle que nous avons appelée rexcuse de l'état. Elle se persuade qu'étant leiàme "samaritaine, il n'a pas droit d'exiger d'elle les offices qu'il en exige : Quomùdb bibere à me poscis , quœ sum mulier sanut" ' ritaria ? et que l'usage a de tout temps interdits II Samarie , et que ' cet inconàii semble vouloir aujourd'hui lui prescrire ; Non enim eoutuhturjudœi Samarîtanis.
; Or veilà la première excuse qu'on nous oppose tous les jours , pour justifier des mœurs profanes et toutes mondaines. Lorsque nous yous proposons le modèle d'une conduite chrétienne ; que nous voulons entreprendre de réduire un jeu outré et étemel à un honnête délassement, de bannir les spectacles , d'occuper la mollesse et l'oisiveté, de ramener à la modestie le faste et l'indécence des usages, d'interdire certains plaisirs, de corriger certains abus ; de conseiller l'usage de la prière , l'amour de la retraite , les lectures saintes, le travail des mains , les œuvres de miséricorde , la fréquentation des sacrements , les soins domestiques , les pri^^^es communes , en un mot tout le détail des mœurs chrétiennes : vous nous répondez que cette grande exactitude ne saurolt convenir à des personnes attachées comme vous à la cour , et engagées dans le monde : Quomodb bibere à me poscis , quœ sum mulier samcrifana? que nous confondons vos obligations avec celles des doltres ef des déserts ; et quil n'est pas possible d'aHier la vie que nous conseillons, avec les mœurs que l'usage prescrit : Non enim co^ niunturJudœiSamaritanis. On se plaint que nous condamnons le inonde sans le connottre ; que Hdée que nous donnons de la vertu, est une singularité ridicule; qu'il faut que chacun se sauve en vivant conformément à son état ; et quil seroit peu raisonnable d'exiger de ceux qui ont à vivre à la cour et au mifieu du toionde , tout ce qu'on pourroit exiger de nous-mêmes.
Mats, mes Frères , prcnûèrenMQt : la religioik nedistiiigiie ipia deox sortes de devoirs. Les uns sniveot l'état, il est Trai, et ne cooTiennent qa*à ceax qui l'ont embrassé. Ainsi les deroirs du prince , do snjet , de rhomme poblic , du père dé famille ^ da mi« nistre appliqué à Fautel saint, sont différents. Lps autres sont inséparables du baptême, et communs à tous ceux qui ont été ré^ nérés en Jésus-Christ sans distinction de Juif et de gentO , de prince et de sujet , de courtisan et dé solitaire. Ce principe supposé, je TOUS demande , mes Frères, pour être du monde où de la cour « en éles-Yous moins chrétiens? y a-t-il une autre espérance, un autre ETangile, un autre baptême pour tous, que pcAir ceux qui habitent les déserts? en étes-rous moin9 membres de Jésus-Glirist , disciples de la croix , étrangers sur la terre? que pept ajouter on retrancher votre état de gens du monde ou de la cour ^ aux obligations essentielles de la f<n ? Jésus-Christ a-t-il donné nn Evangile à partà laconretaumonde?a-t-iI marqué dans le sien desexce|>tions fieiYorables au monde? a-t-il dédaré qu'il ne |n^tendoit pas comprendre le monde dans la rigueur de ses maximes? Il a dit ,, à la vérité, que le monde les combattroit^ ces maxfanes saintes^ et qu'il seroit jugé par elles : m* ce qui nous juge, <^est notre loi f et nous ne serions pas jugés comme transgresseurs de ces maximes , si ces maximes n'étoient pas nos devo&rs. Tous êtes du monde ^ mais la pécheresse de TErangile éloit du monde : se crat-dUe dia» pensée de faire pénitence, et de pleurer le reste de set jours lea égarements du premier Age? David étoit du monde , et assis sur le trône : se persnada-t-il que ce titre dût modérer rabondance de ses larmes , et hi rigueur de ses austérités? lisez-en le détail dans ces cantiques divins , qui en furent les fruits , et qui en seront les monuments immortels. Ltt Judith, les Estber, les Paule, les Marcelle , étoient du monde , et sorties d'un sang iUustre : fnrent-dles roonibines, voluptueiises, environnées de buite, de mollesse , d'indécence , de plairirs? vous le savez ; et il est inutile de vous rapporter id ce qui est venu jusqu'à nous de leurs nuBurs et de leur conduite.
D'ailleurs , mes Frères , d'où est venue dans l'Eglise cette distinction de ceux, qui sont du monde, d'avec ceux qui n'en sont pas? n'est-ce pas de la corruption des mœurs et du relâchement de la foi? Disttnguoit-on entre les premiers fidèles ceux qui étoient dumonde, de ceux qui n'en étoient pas? Ah ! ils avoient tous renoncé au monde. Les ministres de l'autd , les saints ooAfesseurs, les vierges pures, les femmes partagées entre Jésus-Christ et les soins du mariage, les simples fidèles, ceux mêmes qui éloient de la maison de Gémr, ils vivoient tous séparés du monde ; ils n'avoient rien de commun avec le monde ; ils savoient tous que le salut n'étoit pas pour le monde i être chrétien et n'être phis du monde étoit alors la mêmedtiose^et sur ce pohit il n'y avoit entré eux aucune différrace. Tous êtes da
LA SAMARITAINE. et»
monde, mon dier Auditair ? mate c*csl là TOtre crime, et tous en faites Totre excuse ! Un chrétien n'est pins de œ monde ; c'est on dtûjendnciét; c^estnn homme dn siècle à ▼enir; c'est te jngeel rennemi do monde. Il n'y a pins de monde ponr l'ame fldâe : tout ce qni passe est déjà passé ponr cBe; tontes qni doit périr n*est d^ pinsà sesyenx. Tons n'êtes renn, 6 mooDien 1 qnepomr ooie dstmner le monde ; et noos prétendons qne notre conformité avec Ini deviendra le titre de notre isnocance, et noos jostilinra contre Totre loi même.
De pins, qnand tous noos dites qne vons êtes dn monde, qne |lrétendel^-TOos dire? Qne Tons êtes dispensés ds Crirepénitenoe? Mais si le monde est le séjour de finnooence, l'asile de tooies les vertus , le protectenr fidèle de la podenr, delà sainteté, de la tempérance; tons ayei raison. Qne la prière est moins nécessaire? Mais si dans le monde les pérUs sont nK>insfréqacpits qne dans les solitudes, les pièges moins à craindre, les sédnctiote moins ordinaires, les diutes plus rares, et qu'il faille moins de gnœpoai'^ soutenir ; je suis ponr vous. Qne la retraite n'y sauroit être un d»- Tofarf Mais si les entretiens y sont plus saints, les asscmMéca pins innocentes ; m tout cequ'on y voit, qu'on y entend, élève àlMes^ nourrit laioi, réveille la piété, sert de soutien à la graoe ; je le veux. Qu'il en doit moins coûter pour se sauver? Mais si vans.y avex moins de pasrions à combattre, moins d'obstacles à surmonter c si le monde vous facilite tous les devoirs de FEvânglle , l'humilltéf l'oubli des injures, le mépris des grandeurs humaines, la j<rfe dans ks affictions, l'usage dirétien des richesses ; vous dites vrai , et on vous l'accorde. O homme! tel est TOtre aven^onent , de eooqrter vos malheurs parmi vos privilèges; de vous persuader que ce qni miidtiplie vos chahies, augmente votre liberté; et de faire votre sûreté de vos périls mtees.
Mais au fond , direz-TOus , il ikut pourtant faire des Mérenoet; et il sera toujours vrai que ceux qui vivent dans les doltres sont obligés à plus de perfection que ceux qui vivent dans le monde. |SI je TOUS disque vous vous trompes, et qu'il faut être plus ferme dans la foi , plus solidement enradné dans la charité, plus à l'épreuve des dangers, pour se soutenir dans le monde, que dans la solitude ; et je vous dis que si vous ne veilles avec plus de soin sur Ions les mouvements de votre coeur, que le solitaire et ranachorète ; si vous ne pries avec plus de ferveur ; si vous ne résistez avec plus de fidélité; si tous n'attira sur vous plus de secours d'en-hant , vous êtes perdu. Ce sont les dangers d'un état qui décident ds la mesure de la vertu quil demande de nous : les vertus (bibles trouvent du moins un asile et des ressources dans la sûreté des clottres, et dans les secours d'une sainte discipline ; au lien que les vertna les plus solides ne trouvent dans le monde que des èoneils, où etiaa se brisent , on des séductions qui les afciblissen t
•20 VENDREDI DE lA TROISIÈME SEMAINE.
SI pour ooofiiMidré id une bonne fois one erreur si miiyeridle et si iiqorieQte à la piM durétienne, dîteennoi, je tous prie, toos 4iii voidex qu'on mette une si grande diflèrenee entre les deroir» de Totreélat, et ceux des dottrcs et des déserts; qnelles forent les Tues de oe» saints fondateurs ipii assemblèrent les hommes dans des M^tndes , et les assujettirent aux lois d'une discipline sévère ? prétendirent-Us proposer 4 leurs disciples un nouYd Evangile, ou ajouter des rigueurs inut les aux ONCumes que Jésns^Christ propose ao commun des fidèles?
Eoontes*le, mes Frètes. Tandis que les drètiens formoient eneoteau milieu du monde une assensUée de saints, dont le monde lui-même n'étoit pas dignes que les feaunes annonçoieni la piété psr leur pudeur et leur modmtie; qiis les fidèles brilMent oomme des astres purs au nûlieu dn nations conompues ; et que les païens euBHuiéaMa respectoient, dans la pureté de leurs UMBurs , la sainteté éB leur morale; alors il eût été inutile de se retirer dans des soU- 4udes ; et l'assemblée des fidèles étoit enoore Fasile de la vertu; et là aie commune , la voie <pii oondulsoit au mlut. Mais depuis que 4a foi diiunençaà s'aflbiblir, en oammençant à s'étendre^ et que le ,BMMide devenu chrétien porta avec lui dans l'Eglise sa oorruptioo «t ses maximes, alors ceux que L'Esprit de Dieu voulut préserver, voifant les iniquités et les contradictious dm villes ; que la vie oom* mune n*y éloit |rius la vie chrétienne , et que la usages a voient pr^ vdn sur la Idl , cherchèrent un asile dans la retraite^ élevèrent des •lienx de sûreté au milieu des déserts, assemblèrent des hommes pour les j mettre 4 couvert de la corruption générale; mais ils ne se proposèrent que d'y renouvder les anciennes mosurs des chrétiens fort altérées , et fort difliciles k pratiquer dans le monde ; qu'à Auâllter à leurs disdples Tobscrvanoe de TEvangile , règle proposée à tons, et que tous sont obligés d'observer; de sorte que toute» les pffécautians de retraite, de sifenoe, d'austérité, que notas regardons iXNnme si éloignées de noire état , ne furent pourtant quedes moyens que ces mints pénitents crurimt nécesmires pour observer des devoirs <pii leur étoieot cottrouos avec nous. Ils ae prescrivirent des pratiques particulières, dont TEvat^file, je l'avoue, ne vous fait pas Dui précepte; mais ils ne voulurent , par le secours de ces pratiques particulières, qu'arriver plus sûrement à l'observance même des préceptes : ainsi ils renoncèrent au lien sacré du mariage pour se fadliter la pudeur et la chasteté ordonnées à tous les fidSes ; ils se soumirent aux lois d'un silence rigoureux , pour éviter plus sArcment les discours de vanité , d*oisiveté , de malignité, éb dissolution , interdits au reste des chrétiens ; ik renoncèrent rédleaaent aux biens et aux espérances du monde, pour en ven^ pltis aisément à ce renoncement de cmur, à ceméprisdetoutcequipasae, commandé à chacun de nous dans l'évangile; ils se mfiBniienmt dans l'enceinte d'une retraile austère , pour s'éloigner sans retour
des plaisirs et des pompes du monde , auxquelles nous avons tous rcnoocé dans notre baptême; ils s'imposèrant le joug des jeànes, des veilk<«s, des macérations, pour dompter une cbalr que tous êtes tous obligés de crucifler sans cesse, et se faire comme une loi domestique de la pénitence, dont TEvangile tous Tait à tous une loi indispensable.
Or, que conclure de là? qu'avec moins de secours qu'eux, nous avons pourtant lès mêmes obligations à remplir qu eux ; que , sans toutes les facilités que donne la pratique des conseils pour observer le fond de la loi , nous sommes pourtant obligés d'en accomplir tous les préceptes ; que , sans renoncer à fout comme eux , nous devons pourtant être pauvres de cœur comme eux , et user de ce monde comme si nous n'en usions pas ; que vivant au milieu de tous les attraits de la chair, et dans le lien honorable des noces, nous devons pourtant posséder comme eux le vase de notre corps avec sainteté , et faire un pacte avec nos yeux pour ne pas même penser a des objets dangereux ; que, dans fusage des viandes et la liberté des repas , nous deyons user d'une censure rigoureuse envers nos sens, et conserver, comme Tanachorcte le plus pénitent, toute la frugalité évangélique^ que, sans le vœu et la religion du silence, . nous devons mettre une garde de circonspection sur notre langue, * afin qu'il ne nous échappe pas même une pa oie oiseuse , et que tous nos discours soient des discours de Dieu ; que dans unie vie commune il faut pourtant trouver le secret de porter sa croix, se renoncer sans cesse soi-même, être disciple de Jésus-Christ, et le suivre ; sans le secours d'une retraite extérieure, porter au milieu des entretiens et des commerces, une solitude, un calme au fond de votre cœur où le Dieu de paix puisse habiter ; sans sortir du monde ^ y renoncer en effet, le mépriser et le haïr ; sans être revota de poil de chameau , comme le solitaire, porter sous l'or et sous la soie un homme pénitent , et un corps revêtu de la mortification de Jésus-Christ; et en un mot, que, sans vous interdire tout ce qui peut flatter les sens, vous vous interdisiez pourtant toute complaisance sensuelle.
Venex.apus dire après cela , dit saint Chrysost6me t II faut donc se retirer sur les montagnes , et déserter les villes. Est-ce que l'Èvangile n'est plus que pour les sectaires ? est-ee que la chasteté , ta tempérance, la pauvreté du cœur, le mépris du monde, le renouoemeot à soi-même, ne sont plus que les vertus des cloîtres et des déserts? Quelle erreur donc des gens du monde, de renvoyer aux Kditain^ et aux personnes retirées toutes les austérités de la vie obrêtienne l Ah 1 il ea coûte bien plus au fidèle de se sauver au milieu du monde qu'au solitaire au fond de sa retraite : il est bien plus i^iiiBcîfe d'être chaste au milieu des dangers ; humble dans les dislioctiaos du rang et de la naissaiioe ; tempérant dans la liberté des r^a i pauYKe dans Vabondâmcc des bieus de la terre i pêiutent dans
é2S VENDREDI DE LA tAOISIÈMË SEMAiNfi.
des occanioDs éternelles de mollesse et de plaisir ; doox et patient dans les ouncurrences infinies des intérêts et des passions; et cependant si TOUS n'éles tout oda, vonsétes perdu. Mon Bien! les saintes rigneurs d*n|ie discipline sévère seroient bien plutôt inutiles an fond des déserts, où Téloignenient des dangers senàde demander moins de précautions; au lieu qu'elles deviennent indispensaUes dans le monde, où la vertu plus exposée ne peut se soutenir qu'à la faveur des plus sévères attentions.
Cependant, mes Frères, malgré toute la sûreté des dottres et des déserts, et toutes les précautions que le zèle et rexpérienoe de saints fondateurs a pu prendre pour préserver l'innocence, ceux qoi habitent ces pieux asiles ne laissent pas de tout craindre de leur foi* blesse, et d'être sans cesse attentifs, de peur que l'ennemi ne les surprenne : ils ont de la peine à se défendre contre eux-mêmes, et trouvent dans le lieu même de la paix et de la sûreté, des combats et des agitations, où ib se voient mille fois à la veille de perdre en uninstant le fruit d'une vie entière de recueillement et de pénitence ; et vous, au milieu des périls, vous croiriez que voire privilège est de vivre avec plus de sécurité et dlndulgence p6ur vous-même ? vous, environné sans cesse de tout ce qui est le plus capable de corrompre le cœur, vous, dans un état où tout est piège et tentation, vous croyez que l'avantage de cet état est une indolence profonde; une inutilité de vie dangereuse même à la plus austère retraite; une immortification, qui, loin des périls, deviendroit un péril elto->même? et depuis quand, ô mon Dieu I ceux qui sont exposés au milieu des flots sont-ib moins obligés de veiller & leur salut, que ceux qui jouissent du calme et de la sûreté d'un saint asile?
Lorsque David, caché dans les déserts et dans les montagnes de la Judée, pour se dérober à la fureur de SatU, proposa à ceux qui l'accompagnoient de sortir de leurs antres et de leurs bois, pour aller attaquer les Philistins : Quoi! lui r^pondirent-ib, nous ne sommes pas en sûreté retranchés dftns ces forêts et sur ces montagnes ; nous nous voyons à tous moments sur le point de tomber entre les mains de notre ennemi t et que sera-ce si nous en sortons, et que nous descendions dans la plaine pour aller attaquer les Phi - IhiimiJEceenos Me in Judœâ conststentes dmetnusgquaiUo ntitgU si ierimus adt^ersUs agmina PhiUttinorum (1« Rbg., xxiii, 3)1 Et voilà ce que je poorrois vous dire ici : Quoi I nous craignons, nous au fond de nos retraites ; nous nous sommes à nous-mêmes une tentation continuelle dans la sûreté des asiles où la Providence non a conduits depuis le premier ège ; nous y opérons notre salut avec tremblement ; nous prions, nous gémissons, nous sentons qae la re» traite elle-même deviendroit un écneil pour noos^ si nous ne tra* vaillions sans cesse au reeneHlement des sens, et à la mortlêcatioii des passions : Ecce nos h\e in JFudced eonsistentes timemus * et VOUS voudriez nous persuader que noos aurions oKmis à crajiidre;
LA SAMAklTAlNË 623
qae nous aorioiis besoin de moins de vigilance, de moins de précautions, éd moins de prière, si noos Tirions comme vous au milien du monde, environna de cette foole de pièges, de séductions, d^illusions, d'exemples ; en un mot, d'ennemis qui vous environnent ! quanto magis si ierimus advenUs àgtnina PlUUstinoruml La pénilenoe tonte seule fait la sûreté de nos retraites ; et vous croiriez que la mollesse et les plaisirs ne seroient plus un danger au milieu du monde même?
Mais après tout, mes Frères, ne comparez plus, si vous voulez , les dangers infinis que vous trouvez dans le monde, et les préca|utions de violence, de prière , de sacrifice, de vigilance, qu'ils exigent de vous, à la sûreté des doltres et des déserts, qui semblent en demander moins; cmnparez seulement l'histoire de votre vie, les disrsolutions de vos mcsurs passées, avec celles des saints pénitents qui les habitent; les satisfactions que vous devez à Dieu, avec celles qu'ib lui doivent eux-mêmes. Qnoi 1 vous prétendez que des âmes retirées et innocentes, qui pcurtént le joug du Seigneur depuis une tendre jeunesse ; qui, SLevées dans le secret de son tabernacle, n'ont même jamais connu la corruption du monde, loin d'en avoir été infectéies, et dont les fautes les plus criminelles seroiept presque des vertus pour vous t vous prétendez que c'est leur partage de gémir . toute leur vie sous la cendre ou sous le cilice, de refuser tout à leurs sens, ne vivre que pour mourir chaque jour ; tandis que vous, dont les crimes ont, pour ainsi dire, prévenu les années; vous qui n'osez presque ouvrir les yeux sur lies horreurs d'une vie passée, dont les abimes et les embarras vous font tant balancer sur une première dénuirche de changement; vous, dis-je, vous nous soutiendrez q|ie vos obligations sont moins austères ; que les jeux, les plaisirs, les speotades, les profusions, les sensualités, les excès de la tablç» ^Ql^ sont moins interdits ; que le del doit bien moins vous eoAterqu'à cea âmes pures et innocentes; que les larmes, les jeûnes, les veilles, les macérations, sont leur affaire et^npn pfl|$ la v<^tre ; que c'est à elles à souffrir, à prier, à gémir, à se mcNrtifier, et à vous à vivre dans l'indolence, et dans l'usage de, tout œ qui Oatte les sens l Grand Dieu! que les hommes, rapprochés ils la vérité, parotlrenl ui jour injustes, insensés et téméraires.
La femme de Samiurie s'abusQît donc, en opposant à la grâce de Jésus-Christ, sa qualitédeSamaritaine.Sidlaeûtétéfille d'Ateaham et née dans Jérusalem, le secours du temple et des sacrifices, les instructions de la loi et des prophètes , l'avantage d'être sortie d'un peuple saint, et à qui les promesses avoient été lail^, tout cela auroitpula porter àsefairedespnétatuneescuseetunerakonde sécurité. Mais que dit-elle, en disant qj^'elle est Samaritaine, sinon qu'elle habite au milieu d'un peuple réprouvé^ dans une tem où le culte du Seigneur est corrompu, où les nsages sont dei^ abus, les exemples des ècueils, les maximes des erreurs ; en un mol, dans
une condition qni Féloigne da saint, et Tenrdoppe dans la oon* damnation générale prononcée contre tous les adoratenrsdéGarizim? Et voilà quelle est votre illusion. Tous vous défendez sur ce que TOUS êtes du monde? Mais si vous viviez dans le Tond d'une maison sainte et retirée, vous auriez bien plus de raison de vous faire de votre état un prétexte de sécurité, et de croire qu'ainsi éloigné des périls, vous n*avez pas besoin de tant d'austérité et de vigilance : mais d'alléguer que vous êtes du monde, c'est regarder les difficultés de salut atUcbées à votre éUt , comme des adoucissements qui vous l'aplanissent. Tous nous direz peut-être que ce sont ces difficultés mêmes qni vous arrêtent -, et que nous faisons la voie si difficile, quo vous perdez courage : seconde excuse que la femme de Samarie oppose à Jésus-Christ, la difficulté de l'entreprise.
SKCONOB PARTIE.
Il n'est presque point de pécheur, quelque dépbrée que soit sa vie, qui ne compte sur une conversion à venir, comme sur une démarche aisée et facile, et qui là-dessus ne se calme et ne vive tranquille dans ses crimes : il n'en est aucun, qui , lorsqu'il s'agit enfin de se convertir, ne regarde cette entreprise comme un ouvrage impossible, et qui là-dessus ne recule et ne perde courage. Oc voinî le nouveau prétexte que la femme de Samarie oppose aux nouvelles instances de la grâce. Elle se figure des difficultés insurmontables dans les promesses de Jésus-Christ : la profondeur du puits, le défaut de moyens pour y atteindre, tout la conduit à se persuader que le bienfait dont on la flatte est une chimère : Puteus altus est^ nequa in quo haurias habes.
Et voilà, mes Frères, l'excuse qu'on oppose encore tous les jours anx mouvements secrets de la grâce qui nous sollicitent à un changement de vie : le défaut de moyens, rimpossibilité de l'entreprise. En premier Ifea, on a des abîmes sur la conscience ; depub si longtemps on vit dans la dissolution , sans foi, sans culte . sans sacrements s comment se résoudre à êdairctr ce chaos, età creuser dans ces fatales profondeurs? Ptueus altus est. D'ailteurs on est d'an oaraelire si flragitef on a porté en naissant desindinations si vires pour le plaisir; on ne parolt pas né pour la dévotion; comment dianger de tempérament, et se refondre tout entier? Puteus altus Mf. Enfin là vie chrétienne, telle que nous la dépeignons, est one entreprise qui fait peur t le moyen de se condamner à la retraite; passer les jours à la prière , à la lecture, aqx œuvres de miséricorde I mortifier ses sens, se disputer tout ce qui fait plaisâr, rompre avecloatrunnrcrs? Heurenx ceux qui en ont la force ! mais il n*est pas donné à tout le monde de ravoir t Puteus altus est.
Mais revenons sur tous ces prétettes. Premièrement, vous avec des aMmcs sur la èonscience ; vous ne savez par où vous y prendre
pour oumnieiicer. Mais n'est-ce pas cet état déplorable lui-même qui derroit vous porter à tout entreprendre? Quoi! la connoiswnce que vous avez de nos maux, vous éloigne du remède? vous regardei votre délivrance comme une peine? vous ressemblez à un esclave qui refuseroit sa liberté parcequ'il gémiroit sous un anci^ (^dayage, et sous le poids d'une infinité de chaînes. Mais vous estil moins pénible de porter ce Tardeau d'iniquité sur votre cœur? souSrez-vous moins en cachant vos plaies, que si vous les alliez dé^ couvrir au médecin charitable qui les guérit et qui les purifie? Que vous propose-t-on de si difficile : d'éclaircir une conscience dont vous ne pouvez plus calmer les remords ; d'en faire sortir des serpents qui vous déchirent ; de vous ouvrir à im ministre de Jésus- Christ, qui mêlera ses larmes aux vôtres ; qui sera plus touché de vos malheurs, que scandalisé de vos foiblesses ; qui ranimera votre espérance, en vous redisant avec bonté, qu'il y a des pécheurs plus coupables que vous, dont lagraceafaitde grands Saints; qui vousaidera, par ses prières et ses gémissements, à sortir de Tétat déplorable où vous êtes ; qui vous consolera dans votre douleur ; qui vous soutiendra dans votre foiblesse ; qui vous rassurera dans votre confusion ;'el qui sera moins le juge de votre conscience, que l'ami de votre adversité, et le confident charitable de vos peines? Ah! tous n'aurez paa plutôt ouvert ce cœur que vous ne pouvez plus porter, que vous sontirei la joie et la sérénité renaître au dedans de vous > ce glaive, qui vous perce, arraché ; ce poids, qui vous accable, tombé ; ce ver, qui vous ronge, expiré : ces pensées sombres, qui vous noircissent l'esprit, disparoilront ; vous bénirez cent fois le moment heureux qui vous a vu prendre une résolution si nécessaire à votre salut, et au repos même de votre vie. Toute la difficulté que je trouve ici est de vivre dans la situation où vous êtes; de vous défendre, et contre la voix du ciel qui vous appelle, et contre la voix de votre conscience qui vous condamne ; de vous supporter vous-même ennemi de Dieu depuis que vous avez pu le connoltre ; éloigné des sacrements, des consolations de la grâce, vivant seul avec vousmême, c*est-à-dire, avec votre conscience et vos crimes : voilà la peine. La conversion qu'on vous propose n'en est que radoucissemeut, et le plus assuré remède.
Mais, en second lieu, vous ne paroissez point né pour la piété, dites-vous; vous ne vous gagnerez jamais sur certains points, par uù cependant il faudroit commencer ; toutes vos inclinations se trouvent justement l'autre extrémité de ce qu'on appelle vertu et dévotion : Puieus altus est. Mais premièrement, quand il devroit vous en coûter un peu plus qu'à un autre, n'avez- vous pas plus qu'un autre de crimes et de voluptés à réparer? D'ailleurs, rétornité ne mérile-t-elle pas que vous vous fassiez quelque violence? ne vous en êtea-vous jamais fait pour le monde? ces penchants que vous nous donnez pour si invincibles, ne les avez- vous pas mille fois M. 1 40
surmontés par des motifs de fortune, de gloire, de bienséance? a* malheureux tempérament que tous nous alléguez si souvent , ne vous trouvez-vous pas tous les jours dans des situations où il faut le gêner, le contraindre? Et qu'est la vie du monde, et de la cour surtout, qu'une éternelle contrainte; une gène qui ne Gnit point; une suite d'occupations opposées à vos penchants ; une scène ou il faut toujours jouer le personnage d'un autre? Ahl ce n'est pas à vous surtout qui habitez les palais des rois, à venir nous alléguer des inclinations désaccoutumées de tout joug, et qui , par un long usage d'indépendance , ne sauroient plus se contraindre : vous avez appris à prendre sur vous-même, et à sacriGer tous les jours vos penchants à des intérêts plus forts : depuis que vous avez des passions, il a presque toujours fallu , ou les surmonter, ou les contrefaire; flatter ceux que vous méprisez; caresser ceux que vous haïssez ; ramper devant ceux auxquels votre orgueil est inconsolable d'être forcé de céder ; laisser le plaisir pour le devoir x ah ! le monde vous a instruit pour la vertu ; et les contraintes de la cour et des passions vous ont disposé plus que vous ne croyez k celles dç l'Évangile.
Que dirai-je encore? peut-être vous en anroit-il plus coûté de vous vaincre dans une grande jeunesse *. les passions alors plus vives, les réHexions moins sérieuses et moins tristes , les plaisirs plus séduisants par leur nouveauté, laissoient peut-êlre alors à votre foiblesso moins de liberté de s'en défendre : mais à l'heure qu'il est, que, lassé par votre propre expérience, vous en avez conuu le vide cl l'amertume; à l'heure qu'il est, que Fàge, les emplois, les bienséances même du monde, exigent de vous des mœurs plus sérieuses et plua réglées; à l'heure qu'il est, que des dégoûts , des contre-temps, réprouve mille fois faite de la légèreté , de la fausseté, de la perGdie même des créatures, vous ont appris ce qu'il falloit attendre des passions et des engagements profanes ; è l'heure qu'il est, que, moins propre au monde, il commence à se refroidir à votre ^ard , et à vous avertir qu'il est temps de vous faire d*autrcs plaisirs et d'autres occupations que les siennes ; à l'heure qu'il est, que vous ne tralnei plus au milieu de ces amusements, qu'une conscience inquiète, qu'un ennui mortel que rien ne sauroit plus égayer, parcequ*il prend sa source dans la tristesse et la maladie de votre ame, que llieu seul peut soulager : ah ! il vous on coûtera moins que vous ne croyez de vous passer du monde, de l'oublier, de le mépriser; vous IHirtcz déjà au dedans de vous les semences de ces heureuses dispobitions, vous ne l'aimez déjà plus par raison, par dégoût, par l'iuconstance toute seule du coeur : que sera-ce quand la grâce aidera ces préparations de la nature, que vous le haïrez par un principe de foi et de piété , et que la lumière du ciel vous en aura découvert toute la corruption, tous les périls, tout le néant e( loulo h misère!
Euiîn ) no scaiblc-t-il pas que vous ne devez compter qqe sur vous-même? J'avoue que si l'ouvrage delà conversion étoii l'ouvrage de l'homme seul, vous devriez en désespérer : mais ignoreivous que ce qui n est pas possil)Ie à l'homme seul , l'est à l'homme aidé de Dieu -, que rien n'est difficile à la grâce ; que. les coqutb les plus fragiles et les plus corrompus sont ceux quelquefois où elle jpère de plus grandes choses ; et que Textrémité de nos misères est souvent la plus favorable disposition à l'excès de ses miséricordes? Hélas ! la pécheresse de la cité étoit fragile, enivrée du monde, plèbe de passions, et ne paroissoit pas née pour la vertu ; cependant fti^ H jamais d'amour plus vif pour Jésus-Christ , de pénilence plus prompte , plus fervente, plus durable que la sienne? Augustin étoit foible ; hélas! ses désirs, ses rechutes, ses perplexités, ses agitations, ses efforts impuissants pour s'arracher à sa boue , et le poids fatal qui l'y ronlrainoit à l'instant, vit-on jamais tant de foiblesse? et cependant l'Eglise a-t-elle vu de conversion plus glorieuse à la grâce de Jésus-Christ? Et, pour ne pas sortir de notre Évangile, la femme de Samarie étoit foible; la multitude de ses mariages n'avoit pu la ramener à des moeurs plus régulières, et son mauvais caractèré ï'emportoit toujours : cependant le Sauveur ne triomphe-t-il pas aujourd'hui de toute sa foiblesse? Ah! c'est que la grâce change les ind»nations , corrige le tempérament , forme un nouveau cœur , renouvdle tout l'homme : c'est que les vases de boue , entre les mains de l'Ouvrier tout -puissant, deviennent bient6t des vases d'élite, plus solides que l'airain, plus brillants que la lumière, plus purs que le métal le plus précieux : c'est , en un mot , que la grâce est plus forte que la nature.
Mais, en dernier lieu, les rigueurs d'une viechrètienne vous épouvantent : car vous ne vous flattez point, dites-vous; si vous preniei le parti de la vertu, vous ne voudriez pas le prendre à demi, comme tant d'autres : si vous vous déclariez une fois, vous voudriez que ce fût tout de bon, sans ménagement et sans réserve; mais c'est cela même qui fait peur. Aussi on ne sait, ajoutez-vous, comment tes choses iront après cette vie ; mais l'Évangile exactement accompli ne semble pas fait pour des hommes aussi foibles que nous le sommes : Puteus abus est^ neque in quo haurias habes.
A cela, on n'a qu'à vous répondre d'abord : Si vous croyet que l'Évangile est une loi donnée de Dieu , vous devez supposer qu'elle porte les caractères divins de son législateur ; que c'est une loi sage, équitable, modérée, conforme à nos besoins, proportionnée à notre foiblesse, utile à nos misères ; que c'est un remède, et non pas un piège; le secours, et non le désespoir, de notre inflrmifé. Le Seigneur n'est pas un tyran bizarre, qui ne fasse des lois que pour trouver, dans l'impossibilité de les observer, des prétextes de nous perdre : c'est un père miséricordieux, qui ne pense qu'à faciliter à ses enfants les voies de la vie éternelle : c'est un maître généreux.
qai, dans les ordres mêmes qa*il nous prescrit, a bien plus d'èi^ard à nos iotéréU , qu'à sa propre gloire. Quelle idée tous faites- voua doue de sa loi sainte? c'est une loi raisonnable, consolante, seule capable dé remédier à vos peines, et d^établir une paix solide dan§ notre cœur. Et quel autre intérêt, que le nôtre, auroit pu porter le Seigneur à donner une loi aux hommes? A-t-il besoin de nos hommages? lui revient-il quelque chose de nos vertus? sa félicité eit-elle intéressée à notre fidélité? est-ce une gloire à lui de s'assujettir les hommes par des lois capricieuses, où Ton puisse dire qu'il ne cherche que l'honneur de se faire obéir, et de dominer sur les conadenoes par les terreurs et les menaces dont il accompagne ses préceptes? il n'a donc cherché que notre intérêt et notre consolation, en nous prescrivant les ordonnances admirables de sa loi sainte. En ne donnant point de loi aux hommes , et nous laissant vivre au gré de nos passions , il eût nourri parmi les hommes la source de tous les troubles , Torigine de (ous les malheurs : il eût fait de la société une confusion affreuse, sans liens, sans règle, sans équité, sans dépendance; où les seules passions, qui arment les hommes les uns contre les autres, les auroient liés ensemble; où nos seuls désirs auroient décidé de nos droits. En mettant des bornes à nos penchants, il en a donc mis k nos peines : en nous marquant nos devoirs, il nous a donc montré nos remèdes : en ne nous laissant point à nous-mêmes et entre les mains de nos passions, il nous a donc empêchés d'être nos propres tyrans : en nous assujettissant k sa loi , il n'a pas voulu tyranniser notre coeur, mais en fixer les inquiétudes.
Mais tel est l'artifice du démon, dit saint Augustin : k la naissance de la foi il tàchoit de renverser l'œuvre de Dieu, et d'anéantir l'ÉVangile, en rendant Jésus-Christ méprisable. Qui adoreivous? disoit-il aux chrétiens par la bouche des sages du paganisme ; un Juif? un mort? uu crucifié? un homme de néant, et qui n'a pu se délivnnr lui-même de la mort ? Jnteà quid dicebat? quem coU^ iis? Jitdasuin? mortuum? cnicifixum? nullius momenti homine/n, qui nonpoudt à se moHeni depellere? Quand il a vu que ce moyen étoit inutile, continue ce Père; que ces blasphèmes n'éloient plus écoutés qu'avec horreur ; que les peuples en foule couroient adore»* ce crucifié; que, malgré la puissance des césars, la fureur des tyrans, la sagesse des philosophes , l'ancienne prescription de l'idoletrie, soutenue de la majesté des lois de Tenipire, de la crédulité de tous les siècles, et de la magnificence des superstitions, les temples profanes étoienL détruits, les idoles renversées, la folie de la croix triomphante de tout l'univers : et qu'un si grand événement, si fa-> vorable tout seul à la cause des chrétiens, si marqué par des caractères de divinité, si au-dessus de la possibilité de toutes les entreprises humaines; ayant encore pour lui l'accomplissement des prophéties , ne laissoit plus rien à dire contre la vérité d(^ 1 Evan-
gile ; il s'est tourné d'un autre côté; il n'a plus osé traiter la doctrine de Jésos-Christ de Table et d'imposture; il est conyenn de sa sainteté, de sa sublimité, de la perfection de ses maximes. La loi chrétienne, a-t-il dit par la bouche des mondains, est une loi admi< rable, sainte, divine; il faut en conyenir; rien de si beau et de si âevé que les préceptes de Jésus-Christ : mais qui les pratique ? mais comment les observer? mais cette grande perfection est-elle possible en cette vieP mais la foiblesse humaine peut-elle aller jusque-là? mais s'il y a eu autrefois des hommes qui aient suivi k la lettre tout ce que l'Evangile prescrit, sans doute ils étoient faits autrement que nous le sommes? Cœpii àfide alio modo deterrere. Magna lex est ehriitiana f poleiis lex iUa^ dwina^ ineffabilis : sed quis illam int^ plei? Les blasphèmes de l'impiété sont tombés d'eux-mêmes ; ceux de l'impossibilité trouvent encore aujourd'hui des partisans et des apologistes au milieu d'un monde profane , et qui se glorifie du nom chrétien.
D'ailleurs, ce qu'il 7 a d'injuste dans les préjugés que l'on se forme contre la possibilité de la vie chrétienne, c'est que ceux qui s'en plaignent n'en ont jamais fait l'épreuve : ils adoptent là-dessus un langage qu'ib ont trouvé établi dans le monde; et, sans connoilre do la piété que le sentiment do la corruption qui les en éloigne , ils prononcent que les maximes de Jésus-Christ no sont pas possibles, parcequ'ils le souhaitent. Mais nous aurions droit de vous dire : Essayez de la vertu , avant de vous en plaindre. Si vous aviez , selon la parole de l'Evangile , commencé l'édifice , et que vous n'eussiez pu l'achever ; quoique le mauvais succès de l'entreprise dût être attribué à votre imprudence, selon Jésus- Christ , et au défaut de précautions , néanmoins vous pourriez nous dire que l'entreprise passe vos forces Mais vous n'avez jamais fait de démarche sincère de salut; vous avez jusqu'ici mené une vie sensuelle, dissipée, pleine de passions et d'inutilités; pourquoi décidez-vous donc sur ce que vous ne sauriez connoitre? Prononcez, à la bonne heure , sur la vie du monde , sur le vide et l'amertume de ses plaisirs, sur l'inquiétude et les fureurs de ses revers et de ses injustices, sur les agitations et le tourment de ses espérances, sur la perfidie et l'inconstance de ses amitiés et de ses promesses ; vous le pouvez : vous êtes là-dessus , à la cour surtout plus que partout ailleurs, juges légitimes : décriez, exagérez les difficultés, les peines, les d^oùts de la vie du monde et de hi cour ; on vous le permet , et votre propre expérience vous en a assez instruits pour nous l'apprendre 1 mais pour la vie chrétienne, ce n'est pas à vous à parler de ses rigueurs et de ses ennuis ; c'est un point que rexpérience seule peut décider : essayez -en premièrement; rompez avec le monde ; finirez vos passions ; conunencez à vivre dans l'étomité : vous nous direz alors si le joug de Jésus-Christ est aussi accablant qu'on se le figure , si le vice est plus aimable que la
vertu i nous vous écouterons alors : mettez-vous seulement en étal de décider : voilà tout ce que nous demandons : peut-être céderezvous d'abord à la difficulté ; et alors vous nous reprocherez Tos» tentation de nos promesses : peut-être aussi vous en coùterat-il moins que vous ne croyez ; et si , cela est , n'étes-vous pas à plaindre , de refuser à votre salut des efforts aussi légers que ceux qu'on vous demande?
Lorsque les Israélites, sur le point d'entrer dans la terre de Chanaan , parurent rebutés des difficultés de l'entreprise ; et que , refusant d'avancer, ils ne cessoient de dire que ces villes étoient imprenables, ces peuples inviucibles,et que cette terre étoit toute couverte de monstres et de géants, qui dévoroient ses habitants : Nequaquàm ad hune popuium tfalemus ascendere , quiafortior nobis esti terra déflorai habilalores suos (Num., xin , 32, 38) ; Josué et Galeb, qui venoient de visiter cette terre heureuse, et qui en connoifisoient les douceurs , les agréments et Tabondancc , leur parlèrent de la sorte : Enfants d'Israël , venez voir vous-mêmes cette terre délicieuse que le Seigneur vous propose, et qui doit être votre possession éternelle : vous verrez que le lait et le miel y coulent de toutes parts : vous dévorerez ces peuples terribles, qui alarment tant votre foiblesse , comme on dévore le pain qui sert tous les jours de nourriture à l'homme ; vous y trouverez le terme de vos travaux , le délassement de vos fatigues , la consolation de vos peines , le repos que vous cherchez en vain depuis tant d'années, et enûn des douceurs que vous n'avez jamais goûtées, ni dans la servitude de l'Egypte, ni dans les voies arides et pénibles du désert : nous l'avons nous-mêmes parcourue ; et nous ne venons ici au pied du tabernacle saint , et devant toute l'assemblée d'Israël , que pour être les témoins de la vérité, et les garants des promesses que le Seigneur a faites à nos pères : Terra quam circuivimus ualde bona estf et tradet Dominas humum iacle et nielle manantem ( Ibid. , 7, 8 } .
El voilà , mes Frères, ce que nous pourrions vous dire ici, nous qui , par les engagements d'un état saint , et un long usage du joug de Jésus-Christ , devons connoltre quelles en sont les douceurs eC les consolations ; et qui du moins pouvons rendre témoignage à la vérité de Dieu , et à la gloire de sa grâce. Pourquoi vous laissezvous décourager par des difficultés que vous n'avez pas encore éprouvées ? Tenez voir vous-mêmes ce qui se passe dans cette terre heureuse où vous vous Ggurez des difficultés si insurmontables. Loin d'y trouver ces monstres qui vous épouvantent , et que Terreur de voire imagination s'y figure \ d'y trouver ces ennuis, ces dégfôAts, Wsliorreurs que vous craignez tant et qui vous arrêtent; vous verrez que ïe ïait et le miel y coulent en abondance ; vous y trouverez des sources de consolations solides : le repos que vous cherche^ depuis si long-temps , la paix du cœui*, que le monde et les passions ne donnent pas , et que vous n'avez pas encore trouvée;
tontes les ressources de la grâce, dont vous avez été josqald privés. Nous en avons nous-mêmes Tait une henreoso eipérîence, el nous ne paroissons ici devant Tantel saint et dans l'assemblée des fidèles , que pour rendre témoignage aux miséricordes du Seigneur sur les âmes qui reviennent à lui par une sincère pénitence : Terra quant circuivimus vaUVe bona est; et tradet Dominas humurn lacté et nielle nianantem.
Oui, mes Frères, si vous connobsicz le don de Dieu , comme le dit aujourd'hui le Sauveur à la femme de Samarie : Si sciresdonum Deif si vous pouviez comprendre quelle joie la grâce répand sur les devoirs les plus rigoureux de la vie chrétienne, et quelles sont les consolations secrètes qui accompagnent les sacrifices les plus pénibles qu'on fait à Dieu : Si scires .• si l'on pouvoit vous faire sentir d'avance combien les hommes, les plaisirs, les prétentions, les espérances , et tout cet amas de vanité et de fumée , devient peu de chose à une amc touchée de Dieu : Si scires : si vous pouviez comparer les inquiétudes qui vous déchirent ; les diflBcultés qui traversent vos passions , à la tranquillité dont vous jouiriez dans la vertu , et aux facilités que la grâce 7 ménage à notre foiblesse ; en un mot, l'eau du puits de Jacob, figure des plaisirs du monde , à l'eau que le Sauveur promet à la femme de Samarie, image des douceurs de la vertu : Si scires t si vos yeux pouvoient s'ouvrir, et oonnottre quel don Dieu fait à mie ame , lorsqu'il la délivre de ses passions, et qu'il met en leur place, dans son cmur, la paix, la charité , la justice : Si scires donum Dei , ah ! sans doute, loin de diflérer encore, vous n'auriez pas assez de tout votre cœur pour demander ce don céleste ; pas assez de larmes pour pleurer les jours et les années que vous en avez été privé. La source de nos cndntcs est dans notre coeur; et la vertu n'est appr^endée, que parce* qu'elle n'est pas connue.
Mais tout le monde n'en parie pas comme vous , dit-on ; et ce que nous semblons faire si aisé, d'autres le font bien difficile. Dernière excuse que la femme de Samarie oppose aux instances de Jésus-Christ , la variété des opinions et des doctrines s Patres nostri in monte hoc adorat^runt , et vos dicitis quia Jerosolymis est lo^ eus ubi adorare oportet. Ce devoit être ici ma dernière partie ; mais j'abrège.
En effet, Jésus-Christ avoit conduit insensiblement cette pécheresse an point essentiel de sa conversion ; à cette passion honteuse, qui seule s'opposoit à la grâce dans son coeur i il lui avcrit découvert tout le secret criminel de sa dissolution et de sa conduite , elle ne pouvoit plus dissimuler des égarements dont elle voyoit le Sauveur trop instruit : le trouble , la honte , les remords commencent à naître dans son ame ; mais ce n'étoit là que de foibles commencements; le coeur n'étoit point encore rendu. Je vois bien que vous êtes un prophète (Jsan , iv, 19), lui dit-elle ; voilà tout le fruit
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qu'elle semble retirer de la vérité qui la condamne. Semblable à la plupart de ces âmes mondaines , lesquelles au sortir d'an discours où le léle du ministre aura développé toute la honte de leurs Toiblesses les plus secrètes , et tracé la peinture de leur cœur , comme si elles-mêmes Tavoient instruit de tout ce qui s*y passe, se contentent de dire que c'est un prophète ; Pldeo quia propheta es tu ; qu'on se reconnott soi-même à tout ce qu'il dit ; qu'on diroit qu'il voit dans les cœurs et dans les plus secrets penchants de ceux qui l'écoutent t mais voUà tout. On lui donne des louanges qu'il méprise, et dont il gémit devant Dieu ; et on ne se corrige point : ce qui seroit sa gloire , sa consolation et sa couronne.
Nos pères, continue la pécheresse, oni adoré sur cette monr tagne , et cous dites que Jérusalem est le lieu oîi il faut adorer. Nouvel artiGce dont elle s'avise. Pour détourner la question de ses mœurs , qui lui déplaît et qui l'embarrasse , elle se jette habilement sur une question de doctrine : les contestations entre Jérusalem et Garizim , sur la vérité de leur culte et sur la sainteté de leur temple , n'avoient pas fini depuis que le traître et l'ambitieux Manassès avoit élevé l'autel sacrilège sur la montagne de Samarie j et chacun soutenant la gloire de sa maison et la majesté de ses sacrifices, ils s'aocusoient mutuellement, comme il arrive presque toujours , de superstition et d'idol&trie.
Or, voilà ce qui donne lien à la réponse do la femme de Samarie t il semble qu'elle veut, par cette variété d'opinions et de doctrine, justifier ses désordres ; et que l'incertitude où elle prétend qu'on est sur le lieu et sur les règles du véritable culte, suffit pour autoriser sa tranquillité dans l'état déplorable où eljie se trouve. Ainsi c'est comme si ellerépondoit à Jésus-Christ : Mais , Seigneur, à quoi s'en tenir ? Vous Juifs, vous prétendez qu'il faut adorer à Jérusalem, et n'avoir point de commerce arec Samarie : nos pères ont toujours adoré sur cette montagne $ ils nous out permis ce que vous condanmez. Pour qui se déclarer, dans cette diversité de sentiments? Convenez premièrement des devoirs que le Seigneur exige de nous, dii temple et de l'autel qu'il a choisis ; et après cela j'écouterai vos instructions, et je pourrai m'en tenir à la sagesse de vos conseils et de vos maximes.
Bt voilà le prétexte dont on se sert encore tous les jours dans le monde pour s'étourdir sur les vérités les plus terribles du salut, la variété des opinions sur les règles des mœurs. On ne sait à qui en croire, nous dit-on tous les jours; les uns vous damnent, les autres vous sauvent ; ici on vous passe certains points , aill^irs on les condamne ; ici vous observez la loi en l'adoucissant , ailleurs vous ne l'adoucissez qu'en la transgressant ; ici on a des raisons pour défendre, ailleurs on croit en avoir pour permettre ^ en un mot , ici vous êtes un saint , ici vous n'avez pas encore commencé À être chrétien. Et là-dcssus, ô mon Dieu ! le pécheur insensé oon
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clai qail n'a qu'à vivre tranquilto dans ses égaremeols; que l'Evangile ne rcnrenne que des opinions et des problèmes ; que cha« cun le toorne selon les préventions de son propre esprit ; et qu'au fond il n'y a rien de trop assuré dans tout ce que nous leur disons de votre loi sainte.
Mais , sans apporter ici tout ce qui pourroit confondre un prétexte si injurieux à la vérité et à la piété chrétienne , souffrez que je me contente de vous demander : Ne tient-il qu'à Tuniformité des sentiments , que vous sortiez de vos passions honteuses? est-ce à TOUS à venir nous alléguer la variété des opinions et des doctrines sur les régies des mœurs? Des âmes religieuses, timorées, craintives, pourroient nous opposer ces perplexités et ces incertitudes t comme elles ne croient jamais marcher par un chemin assez sûr $ que leurs devoirs paroissent souvent incompatibles avec leur situation , et que la décision n'en est pas toujours facile ; il se peut faire qu'elles trouvent quelquefois dans le sanctuaire , ici une indulgence qui les rassure, ailleurs une sévérité qui les alarme; et qu'elles demeurent incertaines de la route qu'il faudroit tenir. Mais pour vous, avez-vous jamais trouvé une grande variété de sentiments sur le dérèglement de vos mœurs et sur l'indignité de vos passions? nos décisions sont-elles fort diiTérentcs sur la honte de votre état?n'avez-TOus pas ouï partout là- dessus les mêmes oracles, que les fomicateurs, les adultères, les impudiques, les adorateurs dldoles ne posséderont pas le royaume de Dieu? Celte uniformité d'opinions vous raméne-t-elle à la vérité que vous ne sauriez vous dissimuler à vous-même? Cependant c'est vous seul qui vous plaignez qu'on ne sait à quoi s'en tenir ; car c*est le monde le plus déréglé qui lient ce langage, et vous êtes le seul que tout se réunit pour condamner.
Tous imitez la femme de Samarie. Il n'étoit pas question pour elle de savoir s'il falioit adorer à Jérusalem ou à Garizim , puisque le temps étoit venu, couune lui répond Jésus-Christ, que ce ne seroit ni à Garizim, ni à Jérusalem, mais par toute la terre, que son Pèreauroit des adorateurs en esprit et en vérité : ce différend ne la regardoit pas, pour ainsi dire; ce point pouvoit être douteux pour elle, et on ne lui faisoit pas encore un crime de l'ignorer. Mais le dérèglement de sa coji^iaite et de ses commerces criminels étoit clair pour elle ; il n'y avoit là-dessus , ni à Jérusalem , ni à Garizim même, aucune loi qui pût Fautoriser : elle connoissoit sur ce point ses obligations , et on demandoit qu'elle les remplit. Mais , au lieu de commencer par le devoirqui étoit clair, et qui la regardoit toute leule, elle va chercher des prétextes dans une variété de sentiments (ui ne la regardoit plus. Commencez par retrancher de vos mœ:;rs tout ce que vous y connoissez de visiblement contraire à la loi de Dieu ; tout ce que les sentiments et toutes les opinions d'un commun accord y condamnent : après cela vous aurez droit de vou$
plaindre de nos oontenlions prétendues ; après cela, vous nous reprocherez, tant qu'il vous plaira , la différence des décisions et des conduites. De quoi vous avisez-vous de nous reprocher qu'on ne sait, pour ainsi dire , où il Tant adorer, ni à qui s'adresser pour marcher sûrement , et connottrc ce que Dieu demande de nous? Vous n'en êtes pas encore là ; ce doute est trop pieux et itop élevé pour vous I laissez là des dissensions qui vous sont inutiles , et renonce? à des désordres qui non-seulement n'ont pour eux aucun suffrage, mais que vous ne pouvez plus vous justifier à vous-même : en ua mot, soyez adorateur eu esprit et en vérité , comme le dit aujourd'hui Jésus-Christ à laïemme de Samarie^ alors toutes les contentions humaines vous deviendront indifférentes, vous trouverez Itîeu partout , parceque vous ne chercherez que Dieu partout : la variété des décisions vous fera seulement déplorer la triste destinée de la vérité , toujours exposée ici-bas à la contradiction ; c'est-à-dire, ou à la sévérité indiscrète, ou à Tindulgence excessive des hommos : vous en gémirez devant le Seigneur ; vous lui demanderez qu'il manifeste sa vérité à la terre ; qu*il répande un esprit de paix et de sagesse sur ceux à qui la foi, l'instruction et la doctrine sont confiées; qu'il pacifie , qu'il réunisse, qu'il protège son Église : qu'il lui suscite des pasteurs fidèles pour la gouverner ; des docteurs éclairés pour l'instruire ; des prêtres saints et zélés pour l'édifier; des princes religieux pour la défendre: que dis-je? qu'il prolonge les jours du prince glorieux qui en bannit les scandales, qui en calme les dissensions , qui les prévient même par sa prudence , qui en répare les ruines , qui en soutient la gloire et la majesté , qui en fait la gloire lui-môme ; et qu'il donne à nos neveux des rois qui l'imitent, puisqu'ils ne seront pas assez heureux pour en avoir qui lui ressemblent.
Voilà les dispositions que la raison et la religion demanderolenl de vous : mais sur l'affaire du salut , on ne se pique pas de prudence ; on ne sait ce qu'on adore , comme le reproche Jésus-Christ àla femme de Samarie :/^o5a£fomr/i quodnescitis (Joan., it,22): on veut retenir le fond de la religion de ses pères, comme les Sa* maritains $ on veut y mêler comme eux des usages profanes , et favorables aux passions. On sent bien que la conscience ne ratifie pas ce mélange , et qu'on n'est pas d'accord avec soi-même ; mais , pour ne calmer, on suppose que nous-mêmes ne le sommes pas entre nous : on se fait de nos dissensions prétendues, une raison insensée de paix et de sécurité : ou est bien aise que la vérité soit contestée , embrouillée, obscurcie, pour pouvoir se persuader presque qu'elle n'est plus; et nous sommes contents de nous-mêmeis, quand nous avons pu ajouter à nos crimes le malheur d'y être plus tranquiUcs.
Telle étoit la disposition de la femme de Samarie : ne pouvant plus se défendre, ni contre les instances du Sauveur, ni contre les remords de sa propre conscience ; frappée de ses égarements passés,
attirée par les consolations qu'on lui promet dans dès mœtlrs nouvelles , elle voudroit encore renvoyer sa conversion à un temps (Ans JhTorable : Quand le Messie sera pe/iu , répond-elle à Jésus-Christ, */ nous annoncera toiUe chose (Jean, iv , 25). Voilà tout le fruit qu'elle parolt tirer des paroles de Jésus-Christ ; un vain projet d*nn dhangement à venir, un espoir frivole , qu'un temps enfin viendra où elle renoncera tout de bon à ses dérèglements : et c'est là quoso termine d'ordinaire toat le fruit de nos instructions. Nous excitons les consciences , nous ne les changeons pas : nous inspirons des deshrs , nous ne persuadons pas les œuvres : nous entendons beaucoup de projets, nous no voyons presque jamais de démarche. Mais le Sauveur ne permet pas à celte pécheresse de s'abuser sur un point si dangereux : C'est moi-même qui vous parle, lui dit- il, n'attendez point d'autre prophète ; voici celui que le ciel vous envoie pour vous retirer de vos voies égarées; ne renvoyez pas à un autre temps : si je sors des frontières de Samaric ; si vous laissez I)ordre ce moment heureux ; si je m'éloigne de votre cœur, vous périssez sans ressource : Ego sum qui loquor tecum ( Ibîd. , â6 ). Et voilà ce qu'il vous dit ici en secret à vous seul , mon cher Auditeur : Voici enGu le don de Dieu , l'heure de votre salut , le moment de ma miséricorde ; n'en attendez point d'autre; il y a si longtemps que vous différez, que vous vous trompez vous-même par des retardements et des projets inutile^ de conversion : à mesure que vos années avancent, vos desseins de changements reculent et s'éloignent de vous. Vous comptiez que l'âge vous feroit revenir ; et Tâge, en changeant tout le reste, n'a pas changé votre cœur: vous vous promettiez qu'une situation plus tranquille tous laisse* roit plus de loisir de penser à votre salut; le loisir est venu, et la volonté de me servir est à venir encore : vous vous disiez à vousmême, que certains engagements rompus, que certaines bienséances Gnies , vous mettriez tout de bon ordre à votre conscience ; ces engagements ne sont plus, ces bienséances ont fini, et vos passions sont encore les mêmes. Ah ! jusques à quand serez-yous le jouet de vos vaines espérances? Ne rendez pas inutile ma grâce ,^ qui aujourd'hui vous trouble et vous rappelle : n'est-ce pas déjà une faveur bien signalée, que je vienne vous chercher jusque dans une terra infidèle; que je vienne vous inspirer des désirs de conversion jusque dans le palais des rois , dans le centre des plaisirs et des passions humaines? Si vousconnoissiez le don de Dieu ; si tous faisiez attention que, dans le temps même que des ténèbres profondes sont répandues sur tout ce qui vous environne , et que mon nom est à peine connu de ceux avec qui vous vivez , vous seule êtes recherchée, éclairée, touchée; ah! loin de différer encore, vous regarderiez ce moment comme le moment décisif de votre éternité ; c'està-dire, ou le comble de mes miséricordes éternelles sur votre aiiie, ou le terme fatal de ma bonté et de ma patience.
tinnd Dieo! diasipci donc, oomnie la pcNUsière, les vains obstades que j'oppose encore à votre graoe : soateoei mes forces chancelantes , et mes résolutions tant de fois infidèles : ne permeltez plus que ma Ibiblesse triomphe de votre puissance : ne combattez plus avec moi que pour vaincre : et reprenez vous-même un cœur que j'ai bien pu vous ravir tout seul , mais que je ne saurois plus tout seul vous rendre; afin que, redevenu la conquête de votre grâce, je puisse bénir mon libérateur dans tous les siècles. Ainsi soU-il. •
sus L'AUMONB.
Jceepit ergo Jesui pant* ; et càm gmtiat egisset, dtstrihuit éiseum^miUms,
Jéfiis prit les pains , et ayant rendu grâces» il les disUibut au disciples, et les disciples 4 ceux qui étoieat assis. (Jban, vi , 11.)
Ce n'est pas sans mystère, que Jésus ^Christ associe aajourd'bui les disciples au prodige de la multiplication des pains , et qu'il se sert de leur ministère pour distribuer la nourriture miraculeuse à un peuple presse de faim et de misère. Il pouvoit sans doute encore faire pleuvoir la manne dans le désert, et épargner à ses disciples le soin d'une si pénible dislribution.
Mais ne pouvoit-il pas aussi , après avoir ressuscité Lazare , ne point employer leur secours pour le délier ? sa voix toute-puissante, qui venoll de briser les chaînes de la mort, auroit-elle trouvé quelque résistance dans de Tcibles liens que la main de l'homme avoit formés? c'est qu'il vouloil leur tracer par avance , dans cette fonction , l'exercice sacré de leur ministère ; la part qu11s alloient avoir désormais à la résurrection spirituelle des pécheurs ; et que tout ce qu'ils délicToient sur la terre seroit délié dans le ciel.
Il pouvoit encore, lorsqu'il fut question de payer le tribut ii César, se passer des Glets de Pierre , pour chercher une pièce d'argent dans les entrailles d'un poisson ; lui qui des pierres mêmes , pouvoit susciter des enfants d'Abraham, auroit pu, à plus forte raison , les changer en un métal précieux , et y trouver le pnx du Iribut dû à César : mais en la personne du chef de l'Eglise , il vooloit instruire tons ses ministres à respecter ceux qui portent le glaive ; et à donner, en rendant Thonneor et le tribut aux puissances établies de Dieu, un exemple de soumission au reste des fldèles.
Ainsi , en se servant aujourd'hui de l'entremise des apôtres , pour distribuer aux troupes le pain miraculeux , son dessein est d'accoutumer tous ses disciples à la miséricorde et à la libéralité envors les malheureux : il vous établit les ministres de sa providence , et ne