‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 83 sur 96 · SUR L'AUMONE · texte numérisé non relu

SUR L'AUMONE

multiplie les biens de la terre entre vos mains , qu'afin que de là ib se répandent sor cette multitude dinrorlunés qui tous environne.

Il pourroit , sans doute , les nourrir lui-môme , comme il nourrit antrdbis les Paul et les Elie dans le désert : il pourroit , sans votre entremise , soulager des créatures qui portent son image ; lui dont la main invisible prépare la nourriture aux petits corbeaux mêmes , qui l'invoquent dans leur délaissement : mais il veut vous associer au mérite de sa libéralité ; il veut que vous soyez placés entre lui et les pauvres, comme des nuées fécondes, toujours prêtes à répandre sur eux les rosées bienfaisantes que vous n'avez reçues que pour eux.

Tel est l'ordre de sa providence : il falloit ménager à tous les hommes des moyens de salut : les richesses corromproicnt le cœur, si la charité n'en expioit les abus ; Findigence lasseroit la vertu , si les secours de la miséricorde n'en adoucissoient l'amertume • les pauvres facilitent aux riches le pardon de leurs plaisirs ; les riches animent les pauvres à ne pas perdre le mérite de leurs souffrances.

Appliquez-vous donc , qui que vous soyez , à toute la suite de cet Évangile. Si vous gémissez sous le joug de l'indigence , la tendresse et l'attention de Jésus-Christ sur les besoins d'un peuple errant et dépourvu vous consoleront : si vous êtes né dans l'opulence , l'exemple des disciples va vous instruire. Vous y verrez, en premier lieu , les prétextes qu'on oppose au devoir de l'aumône , confondus : vous y apprendrez , en second lieu , quelles doivent en être les régies. C'est-à-dire , que , dans la première partie de ce discours , nous établirons ce devoir contre toutes les vaines excuses de la cupidité ; dans la seconde , nous vous instruirons sur la manière de l'accomplir contre les défauts mêmes de la charité : c'est Tinstruction la plus naturelle que nous présente l'histoire de notre Evangile. Implorons le secours de TEsprit saint par Tcntremise de Marie. Ai^e^ Maria.

pamiftaB partis.

On ne met guère en question , dans le monde, si la loi de Dieu nous fait un précepte de l'aumône : l'Evangile est si précis sur ce devoir ; l'esprit et le fond de la religion y conduisent si naturellement ; la seule idée que nous avons de la Providence , dans la dispcnsation des choses temporelles , laisse si peu de lieu sur ce point à l'opinion et au doute, que, quoique plusieurs ignorent toute l'étendue de cette obligation , il n'est personne néanmoins qui ne convienne du fond et de la règle.

Qui l'ignore en effet , que le Seigneur, dont la providence a réglé toutes choses avec un ordre si admirable , et préparé leur nourriture même aux animaux , n'auroit pas voulu laisser des hommes créés à son image , en proie à la faim et à l'indigODce , tandis qu'il répandroit à pleines maiiis., sur un petit nombre d*honroux, la

rosée da ciel cl la graisse de la terre ; 3'il n'avoit prétendu que Faboodance des uns suppléât à la nécessité des autres ?

Qui rignore ^ que tous les biens appartenoient originair^nent à fous les honunes en commun ; que la simple nature ne connoissoil , ni de propriété , ni de partage ; et qu'elle laissoit d'abord chacun de nous en possession de tout Tunivers : mais que pour meltre des bornes à la cupidilé, et éviter les dissensions elles troubles, le commun consentement des peuples établit que les plus sages , les plus miséricordieux , les plus int^res , seroient aussi les plus opulents ; qu'outre la portion du bien que la nature leur destinoit , ils se diargeroient encore de celle des plus foibles , pour en être les dépositaires, et les défendre contre les usurpations et les violences : de sorte qulls furent établis par la nature même , comme les tuteurs des malheureux ; et que ce qu'ils eurent de trop ne fut plus que l'héritage de leurs frères, confié à leurs soins et à leur équité?

Qui l'ignore enfin , que les liens de la religion ont encore resserré ces premiers nœuds que la nature avoit formés parmi les hommes ; que la grâce de Jésus-Christ , qui enfanta les premiers fidèles, nonseulement n'en fit qu'un cœur et qu'une ame, mais encore qu*une famille, d'où toute propriété fut bannie; et que l'Evangile, nous faisant une loi d'aimer nos frères comme nous-mêmes , ne noas permet plus, ou dlgoorer leurs besoins, ou d'être insensibles à leurs peines?

Mais il en est du devoir de l'aumône , comme de tous les autres devoirs de la loi : en général , en idée on n'ose en contredire l'obligation; la circonstance de l'accomplir est -elle arrivée? on ne manque jamais de prétexte , ou pour s'en dispenser tout-à-fait , ou pour ne s'en acqailter qu'à demi. Or il semble que l'Esprit de Dieu a voulu nous marquer tous ces prétextes dans les réponses que fout les disciples à Jésus-Christ pour s'excuser de secourir cette multitude affamée qui Tavoit suivi an désert.

En premier lieu , ils le font souvenir qu'à peine ont-ils de quoi fournir à leurs propres besoins , et qu'il ne leur reste que cinq pains d'orge et deux poissons : £si puer unus kïc , qui habei quui^ que panes hordeaceos et duos pisces ( Joan., vi, 9). Et voilà le premier prétexte que la cupidité oppose au devoir de la miséricorde. A peine a-t-on le nécessaire : on a un nom et un rang à soutenir dans le monde, des enfants à établir, des créanciers à satisfaire , des fonds à dégager, des charges publiques à supporter, mille frais de pure bienséance auxquels il faut fournir : or, qu'est-ce qu'un revenu qui n'est pas infini , pour des dépenses de tant de sortes : sed hœc quid inter tantos (Ibid)? Ainsi parle tous les jours le inonde y et le monde le plus brillant et le plus somptueux.

Or, mes Frères , je sais que les bornes du nécessaire ne sont pas les mêmes pour tous les états ; qu'elles augmentent à proportion du rang et de la naissance ; qu'une étoile , comme parle l'Apôtre» doit

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