‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 84 sur 96 · SUR L'AUMONE, G · texte numérisé non relu

SUR L'AUMONE, G

différer cd clarté d'une autre étoile ; que même , dès les siècles apostoliques , ou voyoit dans rassemblée des fidèles des hommes revêtus d'une robe de distinction , et portant au doigt un anneau d'or, tandis que les autres, d'une condition plus obscure, se contcntolent de simples vêtements pour couvrir leur nudité ; qu'ainsi la religion ne confond pas les états ; et que si elle défend à ceux qui liabitent les palais des rois , la mollesse des mœurs et le faste in* décent des vêtements , elle ne leur ordonne pas aussi la pauvreté et la simplicité de ceux qui vivent au fond des champs, et de la plus obscure populace; Je le sais.

Mais, mes Frères , c'est une yérité incontestable , que ce qu*il y a de superflu dans vos biens ne vous appartient pas ; que c'est la portion des pauvres ; et que vous ne devez compter à vous de vos revenus, que ce qui est nécessaire pour soutenir l'état où la Providence vous a fait naître. Je vous demande donc , est-ce l'Ërangile ou la cupidité, qui doit régler ce nécessaire? Oseriez-yous prétendre que toutes les vanités dont l'usage vous fait une loi , vous fussent comptées devant Dieu comme des dépenses inséparables de votre condition? prétendre que tout ce qui tous flatte , vous accommode, nourrit votre orgueil, satisfait yos caprices , corrompt votre coeur, vous soit pour cela nécessaire ? prétendre que tout ce que vous sacrifiez à la fortune d'un enfant pour l'élever plus haut que ses ancêtres ; tout ce que vous risquez à un jeu excessif; que ce luxe, ou qui ne convient pas à votre naissance , ou qui en est un abus, soient des droits incontestables qui doivent être pris sur vos biens avant ceux de la charité? prétendre, enfin, que parcequ'un père obscur et échappé de la foule vous aura laissé héritier de ses trésors , et peut-être aussi de ses injustices, il vous sera permis d'oublier yotre peuple et la maison de votre père , vous mettre à côté des plus grands noms, et soutenir le même éclat, parcoquc vous pouvez fournir à la même dépense?

Si cela est ainsi , mes Frères ; si vous ne comptez pour superflu que ce qui peut échapper à vos plaisirs, à vos profusions, à vos caprices, tous n'avez donc qu'à être voluptueux , capricieux, dis* solus , prodigues , pour être dispensés du devoir de l'aumône. Plus vous aurez dépassions à satisfaire, plus l'obligation d'être charitable diminuera ; et vos excès, que le Seigneur vous ordonnoit d'expier par la miséricorde, seront eux-mêmes le privilège qui vous en décharge. Il faut donc qu'il y ait ici une règle à observer, cl des bornes à se prescrire , différentes de colles de la cupidité : et la voici, la règle de la foi. Tout ce qui ne tend qu'à nourrir la vie des sens , qu'à flatter les passions , qu'à autoriser les pompes et les abus du monde ; tout cela est superflu pour un chrétien ; c'est < e qu'il faut retrancher et mettre à part : voilà le fonds et riicrilnge des pauvres; vous n'en êtes que le dépositaire , et ne pouvez y loucher sans usurpation et sans injustice L'Évangile , mes Ftères ^

eiO QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME.

réduit k peu le nécessaire du chrétien, quelque élevé qu'il toit dans le monde; la religion retranche bien des dépenses; et si nous Yiyions tous selon les régies de la foi , nos besoins, qui ne seroieni plus multipliés par nos passions , seroient moindres : nous trouvorions la plus grande partie de nos biens inutile ; et, comme dans le premier âge de la foi , l'Eglise ne verroit point d'indigent parmi les fidèles. Nos dépenses augmentent tous les jours, parceque tous les jours nos passions se multiplient ; Topulence de nos pères n'est plus qu'un état pauvre et malaisé pour nous ; et nos grands bieos ne peuvent plussuflGire, parceque rien ne suffit à qui ne se refuse rien.

El pour donner à cette vérité toute retendue que demande le sujet que nous traitons ; je vous demande en second lieu , mes Frères, l'élévation et l'abondance où vous élcs nés vous dispensent-elles de la simplicité , de la frugalité , de la modestie , do la violence évangéliquc? Pour être nés grands , vous n'en êtes pas moins chrétiens. En vain, comme ces Israélites dans le désert, avez- vous amassé plus de manne que vos frères ; vous n'en pouvez gardex pour votre usage, que la mesure prescrite par la loi : Quimuliàm^ non abun- (lavit (2. Cor., yiii , 15 ). Hors de là , Jésus-Christ n'auroil défendu le faste, les pompes, les plaisirs, qu'aux pauvres et aux malheureux ; eux à qui l'infortune de leur condition rend celte défense fort inutile.

Or, cette vérité capitale supposée : si , sdon la règle de la foi , il ne vous est pas permis de faire servir vos richesses à la félicité de vos sens; si le riche est obligé de porter sa croix , de ne cherdier pas sa consolation en ce monde , et de se renoncer sans cesse soimême comme le pauvre ; quel a pu être le dessein delà Providence, en répandant sur vous les biens de la terre? et quel avantage peut* il vous en revenir à vous-mêmes? Seroit-ce de fournira vos passions desordonnées? mais vous n'êtes plus redevables à la chair, pour vivre selon la chair. Scroit-ce de soutenir l'orgueil du rang et de la naissance ? mais tout ce que vous donnez à la vanité, vous le retranchez de la charité. Seroit-ce de thésauriser pour vos neveux ? mais votre trésor ne doit être que dans le ciel. Seroit-œ de passer la vie plus agréablement? mais si vous ne pleurez, si vous ne souffrez, si vous ne combattez, vous êtes perdus. Seroit-ce de vous attacher plus à la terre? mais le chrétien n'est pas de ce monde, il est citoyen du siècle à venir. Seroit-ce d'agrandir vos possessions et vos héritages? mais vous n'agrandiriez jamais que le lieu de votre exil ; et le gain du monde entier vous scroit inutile , si vous veniez à perdre votre ame. Scroit-ce de charger vos tables de mets plus exquis? mais vous savez que rÉvaugilc n'interdit pas moins la vie sensuelle et voluptueuse au riche qu'à l'indigent. Repassez sur tous les avantages que vous pouvez retirer selon le monde de votre prospérité , ils vous sont presque tous interdiia parlaMdeDiea.

SUR L'AUMOJNK. Ml

Ce D'à dote pat élé son deaseiii de toqi ta mteagor^ en tous biunt naître dans raboDdanoe; ce n'est donc pas pcNV TO^ 6tes uéa grands : ce n'est pas pour tous, oommele diseit autrefois Mardodiéeà la pieoseEsther, qnele Seigneur tous a éleifée à ee point de grandeur et de prospérité qui TOUS environne; c'est poor ion peuple affligé, c'est pour être la proteetrice des infortunés : JS!i quis noifii utriim ad regnum yeneriSy ut in iaii iempore para^ reris (Estbks, iv, 14 )? Si tous ne répondei pas à œ dessein de Dieu sur yous, cpntinuoit ce sage Juif, il se senrira de quelfoe ftutre qui lui sera plus fidèle; il lui transp(«tera cette eoQronneqBi vous étoit destinée : il saurabien pourvoir, par quelqueaiitre viàe, à l'aflUction de son peuple, car il ne permet pas que les siens périssent; mabvousetla maison de votre père périrettjMra/ûuii accasionem libembuniur Judœif ei iu^ et domus patHë (iis, peribitii ( Ibid. ). Tous n'êtes donc, dans les desseins de Dieo, que les ministres de sa providence envers les créatures qui souffrent : vos grands biens ne sont donc que des dépôts sacrés, qne sa bonté a mis entre vos mains , pour y étrô plus à couvert de l'usurpation et de la violence , et conservés plus sûrement k la veuve et à l'cHrphdiu s votre abondance, dans l'ordre de sa sagesse, n'est donc destinée qu'à suppléer à leur nécessité ; votre autorité , qu'à les protéger ; vos digiiités , qu'à venger leurs intérêts ; votre rang , qu'à les consoler par vos cAces : tout ce que vousêtes, vous ne l'êtes que pour eux; votre élévation ne swoit plus l'ouvrage de Dieu, et il vous auroit maudits en répandant sur vous les biens de la terre , s'il vous les avoit donnés pour un autre usage.

Ah ! ne nous alléguez donc plus, pour excuser votre dureté envers vos frères , des besoins que la loi de Dieu condamne ; justifies plutôt sa providence envers les créatures qui souflfrent : faites-leur connoltre , en rentrant dans son ordre , qu'il y a un Dieu pour elles comme pour vous ; et bénir les conseils adorables de sa sagesse dans la dispensation dos cboses d'ici-bas , qui leur a ménagé dans votre abondance des ressources si consolantes.

Mais d'ailleurs, mes Frères , que peuvent retrancher à ces besoins que vous nous allègues tant, le» largesses modiques qu'on vous demande ? Le Seigneur n'exige pas de vous une partie de vos fonds et de vos hMtages , quoiqu'ils lui appartiennent tout entiers , et qu'O ait droit de vous en dépouiller : il vous laisse tranquilles possesseurs de ces terres , de ces palais , qui vous distinguent dans votre peuple, et dont la piété de vos ancêtres enrichissoit autrefois nos temples : il ne vous ordonne pas, comme à ce jeune homme de l'Évangile, de r^ioocer à tout , de distribuer tout votre bien aux pauvres, et de le suivre : il ne vous fait pas une loi, comme au • trefois aux premiers fidèles, de venir porter tous vos trésors aux pieds de vos pasteurs : il ne vous Grappe pas d'anathème, comme il firappe Ânanie et Saphirc, pour avoir osé seulement retenir une MI.'" 41

%h% QUATRIÈME DIMANCHE DE G/LRÊME.

f»r4ioBd'«iiMeB^HbaTOieDtreçadekiirepères,TCfii^ ne devez |ioiil4treqa'a«i nallirattpiibUcSy et à de»gaîn§ odieux ouBaspecfs , i'tflmbMmuDi de vsoire fortnne : U eensent qtie roos lypdi» les •iemi.de'iw iioins, cmme dh le prophète , et que tous transnietlioiàiTQtfiBiMitBlei posseMioiMi qtH tous sont vernies de vos aneèiFCt i û wmi aeiiloiiKXit que tous en reirandiiec une légère portioa pnt las iirfortanés qu'il laisae dans Tindigenee : il rent qae, tandis que fooa porUa mit rindéeence et le faste de yos parures ^ la noorrtMBtt d*iiD peuple enliar denalfaenrcux , vous ayei de quoi coarrir la wmÊM dosai servIleQrt qui n*onl pas où reposer lear tête : il mot qaade cas taMei YOhiptueuscs , oà vos grands biens peayent è pciM soIRm à votre senioalilé , et aux pr^osions d'une délicalasae inawsée ^ vous fadsaiexdo moins tomber quelques miettes pour aeulagar des Laiare pressés do la faim et de la misère : il veut que, tawHs qu'on verra sur les murs de vos palais des peintures d'un prix biaarre et excessif, votre revenu puisse suflhre pour iionorer les 4«iages vivantes de votre Dieu : il veut enfin que , tandis que vont n'épaifuerei rien pour satisfaire la fureur d*un jeu outré, et que tout ira fendre dans ce gouffre , vous ne veniez pas supputer votre dépense , mesurer vos forces , nous alléguer la médiocrité de votre fortune et rembarras de vos aflhires , quand il s'agira de consoler raflKction d*un chrétien. 11 le veut ; et n'a-t-il pas raison de le vottloîr? Quoi ! vous seriez riche pour le mal , et pauvre pour le bicnf vos revenus suffiroient pour vous perdre, et ils nesuffiroicot pas pour vous sauver et pour acheter le dcl? et parceque vous outrez l'amour de vous-même , fl vous seroit permis d'être barbare envers vos fMres?

Maris , mes Frères , d'où vient que c'est ici la seule cirooastance où vous diminuez vous-mêmes Ibpinion qu'on a de vos richesses? Partout ailleurs vous voulez qu'on vous croie puissants ; vous vous donnez pour tels ; vous cachez même quelquefois , sous des dehors encore brillants, des affaires déjà ruinées, pour soutenir celle vaine réputation d'opulence. Celte vanité ne vous abandonne donc que lorsqu'on vous fait souvenir du devoir de la miséricorde: alors, peu contents d'avouer la médiocrité de votre fortune, vous l'exagérez ; et hi dureté l'emporte dans votre coeur, non-seulement sur la vérité , mais encore sur la vanité. Ah I le Seigneur reprochoit autrefois à un évêquo, dans l'Apocalypse : Fous dites .* Je suis riche^ \e suis comblé de biens f et uous ne saçez pas que vous êtes pauure^ nu et misérable à mes yeux ( Apog. , m , 17)! mais il devroit aujourd'hui changer ce reproche à votre égard, et vous dire *. Ohl vous vous plaignez que vous êtes pauvre , et dépourvu de tout i cl vous ne voiriez pas voir que vous êtes riche, comblé de biens, et que, dans un temps où presque tous ceux qui vous environnent aodflRrent, vous seul ne manquez de rien à mes yeux!

Et c'est Id le seouQdnréiâzlAau'onaBPoseau devoir de l'au-

SUft L AUMONE. M|

inteo; lamiiAregéDérak. Ahmi les iisdples rèpondeot oiieeoiid lien aa Sauveur, pour s'ezcuaer de secourir cette muHttode albiQée, que le liea est désert et stérile, que rheare est déjà passée, ei qu'il faut renvoyer le peuple, afln qu'il ailk dans les bourgs et dans les maisons voisines » acheter de quoi se nourrir : JDsBieif M est lo^ia hie, eijam horaprœienU { Mâsg. , vi , S9}. Nouveau préleste dmt on se sert pour se dispenser de la miséricorde t le maliieurdestenipa,Ia stérflité et le dérangement des saisons.

Mais, premièrement, Jésus^brist n'auroit-H pas pu r^Nmdre aux disciples, dit saint OnryaostôoM i Cest paroeque le Heu est dés^rt et stérile, et queee peu|de ne sanroit j trouver de quoi soulager m fUm, qu'Une but pas le renvoyer à jeun, de penr qneles f jrces ne lui manquent en chemin? Et voilà, mes Frères, ce que je pourroisanssi d*abord vous réjpondre ; les temps sont mauvais, les saisons soçt fâcheuses : ah I c'est pour eda même que vous devei entrer dans des inquiétudes plus vives et plus tendres sur les besoins de vos frères. Si le lieu est désert et stérile pour vous, que doit-il être pour tant de malheureux? si vous vous ressente du malheur des temps, ceux qui n'oirt pas les mêmes ressourem que vous, que n'en doivent-ils pas sqnffiir? si les plates de l'Égjnpte entrent jusque dans les pal«s des grands et de Pharaon même, quelle sera la désolation de la cabane du pauvre et dulabourenr? si les princes dlsratt, dans Samarie afligêe, ne trouvent plus de ressource dans leur aire, ni dans leur pressoir , selon Teipression du prophète, quelle sera rextréorilé d^ne populace obscure, réduite peut-être, comme celte mère infortunée, non à se nourrir du sang de son enfant, mateà faire de son innocence et de son ame,le prix funeste de sa nécessité?

Mais, d'ailleurs, ces fléaux dont nous sommes affligés, et d^t vous vous plaignez, sont la peine de votre dureté envers les pauvres ; Dieu venge sur vos biens l'injuste usage que vous en faites ; ce sont les cris et les gémissements des nudhenreux que vous abandonner, qoi attirent l'indignation du del sur vos terres et sur vos cam^ pagnes. C'est donc dans ces calamités publiques, quil hxA vous h&ter d'apaiser la colère de Dieu par l'abondanoe de vos largesses % c'est alors qu'il faut plus que jamais intéresser les pauvres dans vos malheurs. Ah 1 vous vous avisez de vous adresser au ciel, d'invoquer, par des supplications générales, les saints protectenrs de cette monaKhie, pour obtenir des saisons plus heureuses, la cessation des fléaux publics, le retour de la sérénilé et de f abondance : mais ce n'est pas là seidement qu'il Ihut porter vos vcraxet vos prières; rona ne trouverez jamais les Saints sensibles à vos peines, Candis que VMS ne le serez pas vous-mêmes à celles de vos Mrest vous avea snr la terre les mattrcs des veniset des salsoos; adressez-vous aux panviea, ce sont eux qui ont, pour ainsi Are, les deb du Ucl t oasoul Imn vœux ou* «^en( les temps et les misons, qui

ékk QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME.

«ont ramènent des jonrs sereins m (tanestes, qui tospendent M qu attfrent les faveors da del ; car rdtondanoe n'est donnée à la terre qoe pour leor sonlagenaenA ; et ce n'est qoe par rapiHNrt à èoXy que le eiel tous punit, on qne le del yoos favorise.

Mais poor adieyer de voos confondre, YODS, mes Frères, qni nooa aUégMx si fort le malheur des temps; larignearprétendoedeoea temps retrandw-treUe qndqoe eiiose à vos pMsnrs? qne sottlbtat vos passions des misères pnbUqoes? SI le malhenr des temps vous oblige avons retrancher snrToa dépenses, rcJtrandiec d'abord toat cequelarellgioa condamne dam Tosage de vos biens r régies vos taUes, vos punrea, vos jenx, vos trains, vos édiftces snr le pied de FEvangile ; que les retranchements de la diarité ne viennent du moins qu'après tous les antres ; retranchez vos crimes, avant que de retrancher vos devoirs. C'est le dessdn de Dieu, quand il frappe de stérilité les proviaeea et les royaumes, d'Mer aux grands et aux puissants les occasions des dissolutions et des eicès : entrez donc dans l'ordre de sa justice et de sa sagesse ; regardez-vous comme des crimiBds publics que le Seigneur châtie par des punitions publia ques ; dites*lui comme David, lorsqu'il vit la main de Dieu appesantie sur son peuple : C'est sur moi, Seigneur, qui suis le seul coupable, qui ai attiré votre indignation sur œ royaume en abusant de ma prospérité, et en me livrant à des passions honteuses ; c'est sur moi seul que doit tomber la fureur de votre bras : Fèrtatur, obsecro, manui tua contra me (2. Rsg., xxiv, 17) ; maiscette poptiiace obscure et affligée', mais ces infortunés, qui , dans une condition pénible, ne mangedcnt leur pain qu'à la sueur de leur front ; eh^u'ont-ils fait, Sdgneor, pour être exposés au glaive de votre vengeance ? JS^o sum qui peecaid, ego inique egi: isti qui ope» $uni, ^uidfecenaU ( IWd.) ?

Yoilà votre modèle *. faites cesser, en finissant vos désordres, la cause des malheurs publies; oArez à Dieu, en la personne des pauvres, le retranctanentde vos plaisirs et de vos profusions, comme le seul sacrifice de justice, capable de désarmer sa colère ; et puisque ces fléaux ne tombent snr la terre que pour punir l'abus que vous avez fait de l'abondance, portez*en aussi tout seolâ, eo retranchant ces abus, la pdne et l'amertume. Mais qu'on ne s'aperçoive des malheurs publies, ni dans l'orgudl des équipages, ni dans la sensualité des repas, ni dans la megnifioenoe des édifices, ni dans la fureur du jeu et l'entêtement des plaisirs , mais seulement, dans votre inhumanité envers les pauvres ; mais que tout audebors, les spedades, les assemblées profanes, les réjouissances pabliques, 4|ue tant aille même tram, tandis que la diarité seule se rafroiAm ; mais que 1(6 luxe croisse même de jour en jour, etquela miséricorde seule diminue ; mds que le monde et le démon ne perdent rien au malheur des temps, tandis qne Jésus-Christ tout seul en soufte dans mss membres affligés ; mafo que le ridie, à couvert de son opulence,

SUR L AUMONE. eh^

ne voie que de loin les effets de la colère du ciel, tandis que ic pauvre et rinuoce&t en deriendront la triste victinie : graod Dieu I TOUS ne voudriez donc frapper que les malheureux en rëpaudaot des Oémkx sur la terre? votre unique dessein seroit donc d'achever d'écraser ces infortunés sur qui votre main s'étoil déjà fort appesantie, en les faisant naître dans Tindigenoe et dans la misère? les puissants de l'Egypto seroienl donc épargnés par l'ange exterminateur, tand h que toute votre fàrenr viendroit fondre sur Tlsraélito affligé, sur son toit pauvre eidépourvu, et marqué même du sang de l'Agneau ? Oui, mes Frères, les calamités publiques ne sont destinées qun punir les riches et les puissants ; et ce sont les riches et les poissa nis> tout seuls qui n'en soikBrent rien : au contraire, en multipliant loy malheur^ix, elles leur fournissent un nouveau prétexte de se dispenser du devoir de la miséricorde.

]>emière excuse des disciples, fondée sur le grand nombre de personnes qui ont suivi le Sauveur au désert : Ce peuple est en si grand nombre, disent-ils , que quand nous achèterions pour deux cents deniers de pain, ceb ne suffiroit pas. Dernier prétexte^qu'on oppose au devoir de Faumùne : la multitude des pauvres. Oui , mes Frères, ce qui devroit ranimer la charité, l'éteint ; la multitude des ■Mlhenreux vous endurcit à leurs misères : plus le devoir augmente, pins voua voua en eroyez dégagés; et vous devenez cruels, pour avoir trop d'occasions d'être charit^les.

Mais, en premier lien , d'où vient, je vous prie , cette nuiltitude de pauvres dont vous vous plaignez? Je sais que le malheur des temps peut en augmenter le nombre; mais les guerres , les maladies populaires, les dérèglements des saisons que nous é|Hrouvons, ont été de tous les siècles : les calamités que nous voyons ne sont pas nouvelles; nos pères les ont vues, et ils en ont vu même de plus tristes i des dissensions civiles , le père armé ccmtrc l'enfant, le fMre contre le frère ; les campagnes ravagées par leurs propres habitants; le royaume en proie à des nations ennemies, personne en sAreté sous son propre toit : nous ne Toyons pas ces malheurs; mais ont>ite vu ce que nous voyons? tant de misères publiques el cachées? tant deCamiUes déchues? tant de citoyens autrefois distin gués, aujourd'hui sur la poussière, et confondus avec le plus vil peuple? les arts devenus presque inutiles? l'image de la faim et do la mort répandue sur les villes et sur les campagnes ? que dirai-je ? tant de désordres secrets qui édatait tous les jours , qui sortent de leurs ténèbres, et où précipitent le désespoir et l'aflireuse nécessité ? D'où vient cela , mes Frères, n'est-ce pas d'un luxe qui engloutit tout, et qui étoit inconnu à nos pères? de vos dépenses qui ne eonnoisaent plus de bornes, et qui entraînent nécessairement avec elles le refroidissement de la charité?

Ah l l'Eglise naissante n'étoit-die pas persécutée , désolée , affligé((? les malheurs de nos «ècles approdient-ils de ceux-là? on y

6»d QUATAIËME DIMANCHE DE CARÊME.

souffimi la proscription des biens, rexil^laprisoo;le9cliaifBik» ploft onéreases de l'Etat tomboient sur ceux qoCoa soiqiçooiioU d'être chrétiens; en an mot, on ne rit jainais (aat decalamSlés t et cependaDt il n'y avoil point de pauTres parmi eux, dilsaiiBA Luc s iVec quUquam egens erai irUer iUos ( kat,^ n^^ 34). Ab ! c'est ^psn des richesses de siœplidié sortoient du fond de leor panfretéméma^ selon réimpression de l'ApOtre; c'est qu'ils donaoient selon lenm forces, et au delà; c'est que des proTinces les plus éloignées, par les soins des hommes apost<diques, couloîenl des teuyes de charité^ qui venoient eonsder les frères assemblés à Jérusalem, et |dns ex posés que les antres à la fureur de la qmagogue.

Mais plus encore que tout cela % c'est que ks plus puissants d'entre les premiers AMles étoient ornés de modestie; et que non grands biens peuvent à peine suffire au faste monstrueux dont l'usage nous fait une loi : c'est que leurs festins étoient des repas du sobriété et de charité , et que la sainte abstinence même fue nonaaè- Icbrons ne peut modérer parmi nous les profusions et les excès des tables et des repas : c'est que , n'ayant pdnt ici- bas de cité perma* tiente, Us ne s'épuîsoient pas pour y Eafare des établissements bril«lants, pour illustrer leur nom, pour élever leur postérité, et ennoblir leor (discuritè et leur roture; ils ne pensoient qu'à s'assurer une meilleure condition dans bi patrie céleste ; et qn'aujonrd*hni nul n'est content de son état ; diacun veut m<mter pins haut que sesa»cétres ; et qne lemr patrimoine n'est employé qpi'à acheter des titres et dea dignités qui puissent faire oublier leur nom et la baisome de leur origine: en un mot, c'est que la dimimilioB de cea premran fidèles, comme parle l'Apôtre, faisoit tonte la richesse de leurs frères aflUgés, et que nos profusions font aujourd'hui toute leur misère et leur indigence. Ce sont nos excès, mes Frères, et notre dureté qui multiplient le nombre des malhemreux i n'escusex donc plus là-dessus le défout de vos aumônes; ce seroit faire dcTotm péché même ToCre excuse. Ah ! tous vous i^aignez queles peavra vous accablent; mais c'est de quoi ils auroient lieu de se plaindre un jour eux-4nêmes • ne leur faites donc pas un crime de votre in* sensibilité, et ne leur reprochez pas ce qu'Ile vous reprocheront sans doute un jour devant le tribunal de Jésus-^Christ.

Si chacun de vous, sélonravis de l'Apôtre, metloit à port unecer- (aine portion de ses biens pour la subsistance des malheureux; ai dans la supputation de vos dépenses et de vos revenus, cet arMe étoit toujours le plus sacré et le plus invicdable; eh 1 nous verrions bientôt diminuer parmi nous le nombre des affligés ; nous verrions bientôt renaître dans l'Eglise la paix, l'allégresse, l'heuranse éga-lité des premiers dirétiens; nous n'y verrions plus avec doulenr cette monstrueuse disproportion , qui élève les uns, et les place sur le fatte de la prospérité et de Fopul^ce, tandis que les autres rampent sur la terre, et gémissent dans l'aMme de l'inAgenoe et da Vêê-

SUR L AUMO^K. CU

f!i«lion : il n'y aarait parmi moms de mdhéHreax qm k» amples, point de misères secrètes que eeiles qm le péelié opère da» les ames; point de larmes que des larmes de pénitence; point de son* p}rs que pour le dd ; point de pauTrea que ces henrenx disciples de rEvangHe, qni renoncent à tont ponr satyre lenr maître ; nos villes seroient le séjour de Tinnocence et de la miséricorde; la religion, nn commerce de ebarité ; la terre, Fimagedn ciel, où, danc diSérentes mesures de gloire, chacun est également henrenx ; d les ennemis de la foi seroient encore forcés , comme autrefois de rendre gloire à Dieu, et de convenir qu'il y a quelque chose do divin dans une religion qui peut unir les hommes d'une manière si nouvelle.

Mais ce qui fait ici la méprise , c'est que dans la pratique personne ne regarde Faumône comme une des plus essentielles (àdlgations du cfaristianisme; ainsi on n'a rien de réglé sur ce point : si Ton fait quelque largesse, c*est toujours d'une façon arbitraire ; et quelque légère qu'elle puisse être , on est content de soi-même , comme si on venolt de faire une œuvre de surcroît.

Car d'aiHeurs, mes Frères, quand vous prétendei excuser la modicité de vos aumônes, en disant que le nombre des pauvres est infini; que croyez-vous dire par-là? vous dites que vos obligations à leur ^ard sont devenues plus indispensables; que votre miséricorde doit croître à mesure que les misères croissent ; et que vous contractez de nouvelles dettes, en même temps qu*il s'élève de nouveaux malheureux sur la terre. C'est alors, mes Frères, c'est dans ces calamités publiques que vous devez vous retrancher même sur vos dépenses, qui hors de là vous seroient permises et peut-être nécessaires : c'est alors que vous ne devez plus vous regarder que comme le premier pauvre ; et prendre comme une aumône, tout ce que vous prenez pour vous-même : c'est alors que vous n'êtes plus ni grand, ni homme en place, ni citoyen distingué» ni femme do naissance ; vous êtes simplement fidèle, membre de Jésus-Christ, frère d'un chrétien afiligé.

Et certes, dites-moi : tandis que les villes et les campagnes sont frappées de calamités; que des hommes créés à l'image de Dieu, et rachetés de tout son sang,broutcnt l'herbe comme des animaux, et, dans leur nécessité extrême, vont chercher à travers les champ/ une nourriture que la terre n'a pas faife pour l'homme, et qui devient pour eux une nourriture de mort; auriez- vous la force d'y être le seul heureux ^ ? Tandis que la face de tout un royaume est changée, et que tout retentit de cris et de gémissements autour de votre d^neure superbe ; pourriez- vous conserva au dedans le même abr de joie , de pompe , de sérénité, d'opulence ? et où serait l'humanité, la raison, la rdigion? Dans une république païenne,

1 LHscoari piononoé en 1700.

m TOUS regaideroit ocNBOie m maiiTais cUoyeii; dans noa aocMè de tagatet de mondains, comme nne ame vile, sordidei mm mh bkHe, sansgèDèrasité» sans élévations el dans rSgUieéiJésns. Clirisl,sarqaelpied Tooles-Toos qu'on toqs regarde? eb! comme on monstre indigne da nom de chrétien cpie tous poHei , de la toi dontYOos ¥008 glorifies, des sacrements dont Yonsapprodies, de rentréeméme de nos temples où vous venei, puisque oe sont là les qrn^les sacrés de l'union qui doit être parmi lesfidàles.

Cependant la main du Seigneur est étendue sur nos peuples dans les villes et dans les campsgnes; vous le saves , et vous vous en plaignes i le del est d*airain pour ce royaume aflligé ; la niisére, la pauvreté , la désolation, la mort , marchent partout devant vous. Qr vous éidiappe-t-il de ces excès de charité, devenus maintenant une M de discrétion et de justice? prenez-vous sur vous-même une partie des calamités de vos frères ? vous voit-on seulement toucher à vos profusions et à vos voluptés , criminelles en toute sorte de temps , mais barbares et punissables même par les lois des hommes en celui-ci ? Que dirai-je? ne mettez-vous pas peut-être à proOt les misères publiques? ne faites-vous pas peut-être de l'indigence comme une occasion barbare de gain? n'achevez -vous pas peut-être de dépouiller les malheureux , en affectant de leur tendre une main >econrable? et ne savez-vous pas l'art inhumain d'apinréder les larmes et les nécessités de vos firères? Entrailles cruelles! dit l'Es- |rit de Dieu, quand vous serez rassasié, vous vous senUrez déchiré : voire félicité fera elle-même votre supplice ; et le Seigneur frra pleuvoir sur vous sa fureur et sa guerre.

Mes Frères, que la présence des pauvres devant le tribunal de Jésus-Christ sera terrible pour la plupart des riches du monde! que ces accusateurs seront puissants , et qu'il vous restera peu de chose à répcmdre, quand ils vous reprocheront qu'il falloit si peu de secours pour soulager leur indigence ; qu'un seul jour retranché de vos profusions auroit suffi pour remédier aux besoins d'une de leurs années ; que c'est leur propre bien que vous leur refusiez , puisque ce que vous aviez de trop leur appartenoit; qu'ainsi vous avez été non-seulement cruels, mais encore injustes en le leur re* fusant ; mais enfln que votre dureté n'a servi qu'à exercer leur patience, et les rendre plus dignes de Timmort^ité, tandis que vous alors , dépouillés pour toujours de ces mêmes biens que vous n'avez pas voulu mettre en sûreté dans le sein des pauvres, n'aurez plus pour partage que la malédiction préparée k ceux qui auront vu Jésus-Christ souffrant la faim , la soif, la nudité dans ses membres, et qui ne rauront pas soulagé : Nudus eram , et non coopenustis me (Matth., xxv, 43 )! Telle est Tillusion des prétextes dont on -se sert pour se dispenser du devoir de l'aiimône ; établissons maintenant les règles qu'il faut observer en l'accomplissant : et après avoir défendu cette obligation contre toutes les vaines excuses de

SUR UAUMONE. 6W

h c^idUé, «ècboiii de la smTer aiwri to débiils mêmes de U chari(é.

SBCOHDB PARTIB.

Ne point sonner de la trompette poor s'atturar ks regards pu* bUcs dans les offices de miséricorde que nons rendons i noe frèrm obsenrer Tordre de la justice même dans la charilé , et ne pas prtférer des besoins étrangers i ceux dont nom sommes diai^jparottre touchés de l'infortune, et savoir couder les paurres par notre allabilité autant que par nos dons; ^fin éclairer même, par notre YÎgOanoe, le secret de leur honte : yoilà les r^Ies que nous prescrit aujourd'hui l'exemple du Sauyeur dans la pratique de la miséricorde.

Premièrement, il s'en alla dans un lieu désert et éearié , dit TE» ▼angile, il monta sur une UHmtagne, où il s'assit avec ses disciples. Son dessein, selon les saints interprètes , étoit de dérober aux yeux des villes voisines le prodige de la multiplication des pains ; et de n'avoir pour témoins de sa miséricorde, que ceux qui dévoient en ressentir les effets. Première instruction , et première règle t le se^ cret de la charité.

Oui, mes Frères, que de fruits de la miséricorde, le vent brûlant de l'orgueil et la vaine complaisance , flétrit tous les jours aux yeux de Dieu ! que d*aum6nes perdues pour l'éternilé I que de trésors qu'on croyoit en sûreté dans le sein des pauvres, et qui paroltront un jour corrompus par le ver et par la rouille !

A la vérité, il est peu de ces hypocrisies grossières et déclarées, qui publient sur les toits le mérite de leurs œuvres saintes ; Torgueil est plus habile , et ne se démasque jamais lout-à-fait : mais qu'il est encore moins de véritables zélés de charité, qui cherchent, comme lésus-Christ, les lieux solitaires et écartés, poor y cacher leurs saintes profusions ! On ne voit presque que de ces zèles fastueux , qui n'ont des yeux que pour des misères d'éclat, et qui veukntpieusèment mettre le public dans la confidence de leurs largesses : on prendra bien quelquefois des mesures pour les cacher ; mais on n'es! pas fâché qu'une indiscrétion les trahisse : on ne cherchera pas les r^ards publics; mais on sera ravi que les regards publics nous sur« prennent, et l'on regarde presque comme p^ues les libéralités qui sont ignorées

Hélas! nos temples et nos autek n'étalent-ils pas de toutes parts, avec leurs dons , les noms et les marques de leurs bienfaiteurs , c'est-àdire les monuments publics de la vanité de nos pères et de la n6tre ? Si l'on ne vouloit que I'cbU invisible du Père céleste pour témoin , à quoi bon cette vaine ostentation? Craignez- vous que le Seigneur n'oublie vos offrandes ? Faut-il que , du fond du sanctuaire où nous l'adorons, il ne puisse jeter ses regards sans en retrouver le souvenir? Si vous ne tous proposez que de lui plaire, pourquoi ex-

es» QUATRIÈME DIMAKCHB DE CARÊME.

posar VM Ifgoawp à d'autres yeox qu'an siens? pimrqati aéi ml* nittres eux-mêmes, dans les foDClioDS les plus redoiitiJfles du séP. oerdooe , parottront-ils à Fanid , a& Os ne derroient porter que les pècbés do peuple , chargés et revétos des marques de votre Yanité? poHpqMi eas Itires el ees fatscrlptkBS qui inuDorfaliBeiit sor des mwBsaflrèsfea doua et TOtre orgueil? N'étoit-<» pas asseï qne ces dons fiBMsent èerits delà main do Seignenr dans le livre de vie ? pourqvoi graiver svr le marbre qni périra, le mérite d'une action que la dnrilé avoit pu rendre immortelle ?

▲h ! Saicmon , après aToir élevé le temple le plus pompeux et le ploB magnifique qui fftt jamais , n'y fit graver que 1c nom redoutable du Seignenr, et n*eut garde de mêler les marques de la grandeur de sa race avec celles de la majesté étemelle du Roi des rois. On donne un nom de piété à cet usage ; ou se persuade que ces monnments publics sollicitent les libéralités des fidèles. Mais le Seigneur arl-il chargé votre vanité du soin d'attirer des largesses à ses autels? et vous a-t-il permis d'être moins modestes, afin que vos frères devinssent plus charitables? Hélas! les plus puissants d'entre les premiers fidèles portoienl simplement, comme les plus obscurs, leur patrimoine aux pieds des apôtres : ils voyoient avec une sainte joie leurs noms et leurs biens confondus avec ceux de leurs frères qcâ arolent moins oBert qu'eux : on ne les disUnguoit pas alors dans rassemblée des fidèles à proportion de leurs largesses : les hor.ueurs et les préséances n'y étoient pas encore le prix des dons et a^s offrandes ; et l'on n'avoit garde de changer la récompense cic-ruHIe qu'on attenddit du Seigneur en cette gloire frivole qu'on auroi: pu recevoir des hommes : et aujourd'hui TÉglise n'a pas assez de pri* viléges pour satisfaire la vanilé de ses bienfaiteurs ; leurs plac^ y sont marquées dans le sanctuaire ; leurs tombeaux j paroisaenl jusque sous l'autel , où ne devroient reposer que les cendres des martyrs ; on leur rend même des honneurs qui devroient être ri^ serves à la gloire du sacerdoce; et s'ils ne portent pas la main k Fcncensoir, ils veulent du moins partager avec le Seigneur l'encens qui brûle sur ses auteb. L'usage autorise cet abus, il est vrai ; mais l'usage ne justifie jamais ce qu'il autorise.

La charité, mes Frères, est cette bonne odeur de Jésus^ChrisI qui s'évanouit et s'éteint du moment qu'on la découvre. Ce n'est pas qu'il faille s'abstenir des offices publics de miséricorde ; nous de> vous à nos frères l'édificalion et l'exemple : il est bon qu'ils voient nos (Euvres, mais il ne faut pas que nous les voyions nous-mêmes; et notre gauche doit ignorer les dons que répand notre droite : les actions mêmes que le devoir rend les plus éclatantes doivent toujours être secrètes dans la préparation du cœur : nous devons eii» trer pour elles dans une manière de jalonne contre les n^gards étrangers ; et ne croire leur innocence en sûreté, que lorsqu'eUes sont^us les yeux de Dieu seul. Oui « mes Frères , les aumûues qui

SUR L'AUMOjNE, 651

. ont iNmqoe loujoun coulé en secret , arriveot bien pins pures dans le sein de Dieu même, que celles qui, exposées même malp^ noua aux yeux des hommes, ont été comme grossies et trouUées sur lenr cours par les complaisances InéTitables de l'amour-propre, et par les louanges des spectateurs : semblables à ces fleuves qui ont presque toujours coulé sons la terre , et qui portent dans le sein de la mer des eanx yiyes et pures ; au lieu que ceux qui ont trayersé à découvert les plaines et les campagnes n'y portent d'ordinaire que des eaux bourbeuses, et entraînent toujours après eux les débris» les cadavres, le limon qu'ils ont amassé sur leur route. Voilà donc la première règle de charité que nous prescrit aujourd'hui le Saur veur : éviter le faste et l'ostentation dans les œuvres de miséricorde ; ne vouloir y être remarqué, ni par le raug qu'on y tient, ni par la gloire d'en être la principal auteur, ni par le bruit qu'elles peuvent faire dans le monde; et ne point perdre sur la terre ce que la charité n'avoit amassé que pour le ciel.

La seconde drconstance que je remarque dans notre Evangile, c'est que nul de toute cette multitude qui s'offre à Jésu»-Christ n'est rejeté : tous indifféremment sont soulagés; et on ne lit pas que le Sauveur ait usé à leur égard de distinction et de préférence. Seconde règle : la charité est universelle ; elle bannit ces libéralités de gaùl et de caprice, qui ne semblent ouvrir le cœur à certaines misères que pour le fermer k toutes les autres. Vous trouvei des personnes dana le monde qui, sous prétexte qu'elles ont leurs auménes réglées et des lieux destinés pour les recevoir, sont insensibles à tous les antres besoins. En vain vous les avertiriez qu'une famille va tomber ûmte d'un léger secours; qu'une jeune personne est sur k bord du précipice, si l'on ne se hâte de lui tendre une main secoQraUe ; qu'un établissement utile va manquer, si un renouvellement de charité ne le sootieni : ce ne sont pas là des misères de leur goût ; et en plaiçant aiUenrs quelques largesses, dles croient acheter le droit de vwr d'un oril sec, et d'un cœur Indifll&rent , toutes les autres infortunes. t

le sais que la charité a son ordre et sa mesure, qu'elle doit user de discernement, et que la justice veut que certains besoins soient préférés : nuiis je ne voudrois pas cette charité méthodique, s'il est permis de parler ainsi , qui sait précisément à quoi s'en tenir ; quiasesjours, ses lieux, ses personnes, ses bornes, qui^ hors de Ui , est barbare , et qui peut convenir avec elle-même de n'être Ionehéequ'en certain temps, et à l'égard d0 certains besohs. Ah ! eston ainsi maître de son cœur, quand on aime véritablement ses frtees? Peut-on à son gré se marquer à soi-même les moments d'ardeur et d'indlMrence? La charité , ce saint amour, est*il si régulier quand il embrase véritablement le cœur ? N'a-t-îl pas, si je l'ose dire, ses saillies et ses excès? et ne se trouve t-il pas des occasions si louchantes, où quand vous n'auriez qvî'nm étincelle

de charité dans le casar die se fait aentir, et oavre à l'instant yos enCraiDes et vos ridiesses à votre frère?

Je ne Toodrois pas cette charité durement circonspecte , qui n'a jamais assez examiné , et qui se défie toujours de la vérité des besoins qu'on lui expose. Toyec si, dans cette multitude que Jésus- Christ rassasie aujourd'hui , il s'attache à discerner ceux que la paresse et l'espérance toute s^e d'une nourriture corporelle avoient pu attirar au désert , et qui auroient eu encore assez de force pour aller chercher à manger dans les villes voisines : nul n'est excepté de ses divins bienfaits. N'est-ce pas déjà une assez grande misère que d'être réduit k feindre même qu'on est malheureux î Ne vanl-il pas mieux encore donner à de faux besoins que courir risque de refuser à des besoins véritables ? Quand un imposteur séduiroît votre charité y qu'en seroit-il? n'est-ce pas toujours Jésus-€hrist qui la reçoit de votre main? et votre récompense est-elle attachée à l'abus qu'on peut faire de votre aumône , ou à l'intention elle-même qui l'offire?

De cette règle il en naît une troisième, marquée encore dans l'histoire de notre Evangile : c'est que non-seulement la diarité doit être universelle, mais douce, affable , compatissante. Jésus-Chrisi, voyant ce peuple errant et dépourvu au pied de la montagne, est touché de pitié : misertm est eis ( MArre., xiv, 14 ) ; ce spectade Tattendrit ; la misère de cette multitude réveille sa compassion et sa tendresse. Troisième règle : la douceur de la charité.

On accompagne souvent la miséricorde de tant de dureté envers les malheureux ; en leur tendant une main seeourable , on leur montre un visage si dur et si sévère, qu'un simple refos eût èbb moins accablant pour eux qu'une charité si sèche et si farondie : car la pitié, qui parolt touchée de leurs maux , les console presque autant que la libéralité qui les soulage. On leur reproche leur force, leur paresse, leurs mosurs errantes et vagabondes \ on s'en prend à eux de leur indigence et de leur misère; et en les secourant, on achète le droit de les insulter. Mais sll était permis à œ mal* heureux que vous outragez de vous répondre i si l'abjection desoD état n'avoit p9S mis le frein de la honte et du respect sur sa langue : Que me reprochez-vous? vous diroit-iL Une vie oiseuse et des moeurs inutiles et errantes? mais quds sont les soins qai vous oc* cnpent dans votre opulence? les soucis de l'ambition, les inquiétudes de la fortune , les mouvements des passions, les raflSoements de la vdupté t je puis être un serviteur inutile} jnais n'étes-vous pas vousmême un serviteur infidèle? Ah 1 si les plus coupables étoient les plus pauvres et les plus mallieureux ici-bas, votre destinée auroit* elle quelque chose au-dessus de la mienne ? Vous me reprochez des forces dont je ne me sers pas ; mais quel usage faites-vous des vôtres? je ne devrois pas manger, parceque je ne travaille point ; nuiis étes-vous dispensé vous-même de cette loi? n'êtes-vous ridie que pour vivre dans une indigne mollesse? ah ! le Seigneur jugera

Page 1