SUR LA MÉDISANCE
Or , pour appliquer celte maxime à mon sujet : quelles sont ks règles de TÉvangile qui font aux disciples de Jésus-Christ un crime de la médisance? C'est premièrement le précepte de l'humilité cbrétlenne, qui devant nous établir dans un profond mépris de nousmêmes, et ouvrir nos yeux sur la multitude infinie de nos misères , doit les fermer en même temps à celles de nos frères : c'est en second lieu le ^voir de la charité cette charité, si recommandée dans FJSvangile; le grand précepte de la loi, qui couvre les fautes qu'elle ne peut corriger, qui excuse celles qu'dle ne peut couvrir , qui ne se réjouit point du mal, et qui le croit diflBdlement, pareequ'dle ne le souhaite jamais : enfin, c'est la règle inviolable de la justice, laqudle ne permettant jamais qu'on fasse à autrui ce quon ne voudroit pas souffirir soi-même, condamne tout ce qui sort de ces bornes équitables. Or, les discours de médisance , qui roulent sur les fautes que voos appelez publiques, blessent essentiellemeiit ces trois r^Ies : jugez par-là de leur innocence.
Premièrement, ils blessent la règle de rhumiUté chrétienne. En effet, non cher Auditeur, si vous étiez vivement touché de vos propres misères, dit saint Ghrysostôme; si vous aviez sans cesse votre péché devant vos yeux , comme ce roi pénitent , il ne vous restereit, ni assez de loisir , ni assez d'attention, pour ronarquer les fautes de vos frères. Pluselles saroient publiques, plus vous béniriez en secret le Seigneur d'avoir détoomè de vous cette inGaanie : plus vous sentiriez votre reconnoissance se réveiller, sur ce qu'étant tombé peut-être dans les mêmes égarements , il n'a pas permis quik fussent pnbUés sur les toits comme ceux de votre frère *, sur ee qu'il a laissé dans l'obscurité vos enivres de ténèbres; qu'il les a , pour ainsi dire , couvertes de ses ailes ; et ménagé devant iés bommes un honBeur et une innoœnoe , que vous aviez tant de fois perdus devant lui i vous trembleriez en vous disant à vous-mêmes que peut-être il n'a épargné votre confusion en ce monde ^ que pour la rendre plus amère et plus durable dans l'autre.
Tdks sont les dispositions de l'humilité chrétienne sur les dholes puUiques de nos frâres: nous devons en parler beaucoup à nousmêmes, et presque jamais aux autres. Aussi lorsque les scribes et les i^nrisiens viennent présenter au Sauveur une fenune surprise en adultère , et qu'ils veulent le presser d'en dire son soitiment ; quoique la faute de cette pécheresse fût publique, Jésus-Chrit garde un profond silence i et à leurs malignes et pressantes instances de s'expliquer, il se contente de répondre t Que cehd d^ entre vous qui est sans péché jette contre elle la première pierre {Jjtkn^ viii, 7); comme s'il vonloit \&xr faire entendre par-là , que ce n'étoit pas à des pécheurs, comme eux , à condamner si hautement le crime de cette femme $ et que, pour avoir droit de jeter contre die une saile pierre , il ialloit être soi-même exempt de tout reproche. Et voilà œ que je voudroîs vous dire auiourd'hui mes Frères s la mauvaise
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ocHidoito de •cette fecioiuievieDl4'éclaior : eh Uenl qwcelol tftotre Toos qui eit sans péché, jette oootfe elle la prenuère piene : Qui dtupeccéUo «f£ i^eêtrûm , prinms in illam lapidem wuUais 01 devant Dieu vooi B'a?ez neo de plus crimiael peut«4tve à TOm r^lTOcfaer, parles librement, oondi|n|nez sévèrement la faute, Im* cei contre elle lee traite les |dai piquants delà dérisiw et de k censure; on vous le permet. Ah 1 voua qui en discoures A bnrdînent» vous êtes plus beoreose qu'elle ; maia étea-vons plua innocente? cû vous croit plua de valu, plu» d'amour du devoir; oaiaDieuYqQi voua connott , eo)uge-t-il comme les bonnnea ? omis si les lénébres qui cachent votre honte venoieni à se dissiper, les.pierrea ^e vous jetés ne se touraeroient-eUes pas contre veiasrodnie? niâia^i un évé» nement imprévu trahissoit votre secret , l'andace et la joie maligne avec lesquelles vons censures, n'ajeuto^ient-eUes pnstm nonvcaa ridicule à votre confusion et à votre opprobre ? Ah ! voos ne devez ce fantôme de réputation , dont voos vons (^rlfiesi qa'^ des ar-* tiflces et à des ménagemenis » que la justice de Hicn peut confondre et déconcerter en un instant : voua touches peut-être au moment où il va révâer votre honte; et loin de rougir dan3 le secret et dana le silence, Icrsqu*on publie des fautes qui sont ks v^Mres, voua en parles, vona les racontes avec oompUiaauce, et vous fonrnisaes an piAlic dea traita dont il fera peut-être usage un jour eontee voaa^ même > c'est la menace et la prédiction du Sauveur 1 Toicr teujc quit^anneiUduglaii^pénroiUpixrieglédffeiMATn.^waEn^ fia): voua perces votre firére avec le glaive de la langue, vous aercs percé du même glaive à votre tour; et quand vons. asrieiniicmpt des vioes que voua bUonea ai teméraireuMUt en autrui , le Dieu jmte vous y livrera.
La honte est toujours la punition la plus iMrdinabre deTorguiâ. Pierre, le aoir de la cène, ne ponvoit se lasser d'exagérer le crime du disciple qui devoit trahir son maître s il élolt le plua ardent de tous à s'informer de son nom, et à délester sa pei4<Ke; et au sortbr 4e U, il tombe hn-même dana rinfldélité, qu'il vendit de blâmer avec tant de hauteur et de confiance. Rien ne nous attire tant la «olére et l'abandon de IMeu, que le plaisir malin avec lequel nous relevons les fautes de nos frères; et sa miséricorde sVndlgne que ces exemples affligeants , quil ne permet que pour nous rappder à notre propre fdblesse, et rftveUler notre vigilance, flattent note orgueil , et ne réveiHent que nos dérisions et nos censures.
Vous sortes donc des règles de l'bumiltlé chrétienne, en «ceiifurant les fautes de votre frère , quelque publiques qu'elles pulaaent être: mais vous blesses encore easentidlement cdies de la charité; eartadumU iCagUpa$ en pain ( 1. Goa. , xiu, 4), dit r ApOtre* Or si les vices de votre firére sont eonnus de càat qui vous écoutent, fi est donc faïutBe de venir de nouveau les raconter. En eBèt , que pourries^vous vous pronoaer ?de UÉmer m condaite?
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Mais n'en porte- Ul {m déjà assez la Gonfosion? Toolefr^TOiis accabler un malheureux, et achever de donner le dernier coup à nn homme déjà percé de mille traits mortels ? Il y a déjà tant d'esprits noirs et malins, <iui ont exagéré sa foute, et qui la répandent ayecdes couleurs capables de le noircir à jamais $ n'est-il pasassaz puni ? Il est digne de votre pitié ; il ne Test plus de vos censures *. que vous proposeriei-vous donc? de plaindre son infortune ? Mais quelle manière de plaindre un malheureux, que de rouvrir ses plaies l la compassion est-eUesi barbare? Quoi encore? de venir justifier vos propMtieset vos soupçons précédents sur sa conduite? de venir nous dire, que vous aviei toujours cru que tôt ou tard il en viendroit là? Mais vous venez donc triompher de son malheur? vous venez vous applaudir do sa chute, vous venez vous faire honneur de la malignité de vos jugements? Quelle gloire pour un chrétien d'avoir pu soupçonner son frère ; de ravoir cru coupable avant qu'il le pariît; et d'avoir pu Ihre témérairement ses chutes dans l'aveuir, nous qui ne devons piis même les voir lorsqu'elles sont arrivées ! Ah ] vous prophétisez si juste sur la destinée d'autrui ! soyez prophète dans votre propre patrie, prévoyez les malheurs qui vous menacent : pourquoi ne vous prophétisez-vous pas à vous-même, que , si vous ne sortez de cette occasion et de ce péril , vous y périrez? que si vous ne rompez cette liaison, le public, qui en murmure déjà, éclatera enfin, et qu'il ne sera plus temps de remédier au scandale? que si vous ne revenez de ces excès, où l'emportement de l'âge et une mauvaise éducation vous ont jeté, vos aflaires et votre fortune vont tomber sans ressource? c'est ici où il faudroit exercer votre art des conjectures. Quelle folie d'être soi-même environné de précipices, et de regarder au loin ceux qui menacent nos frères !
D'ailleurs, plus les chutes de votre frère sont publiques , plus vous devez être louché du scandale qu'elles causent à l'Eglise ; de l'avantage que les impies et les libertins en tireront, pour blasphémer le nom du Seigneur, s'affermir dans le libertinage, se persuader que ce sont là les foiblesses de tous les hommes , et que les plus vertueux sont ceux qui savent mieux les cacher : plus vous devez être afiligé de l'occasion que ces exemples publics de dérèglement donnent aux âmes foibles de tomber dans les mêmes désordres : plus la charité vous oblige de gémir : plus vous devez souhaiter que le souvenir de ces fautes périsse ; que le jour et les lieux où eUes ont éclaté soient effacés de la mémoire des bcMnmes ; plus enfin , par votre silence , vous devez contribuera les assoupir. Mais toutle monde en parle , dites-vous; votre silence n'empêchert pas les discours publics; ainsi vous pouvez bien en parler à votre tour. La conséquence est barbare : parceque vous ne pouvez pas remédier au scandale , il vous sera permis de Taugmenter? parceque vous ne pouvez pas sauver votre frère de l'opprobre , vous achèverez de le ccmvrir de boue et d'infamie ? parceque tous près*
qae fcii jettent la pierre, i! sera raoiiiscniel delà jeterà votre tour, et de TOUS joindre à ceux qni le lapident et qui l'écrasent? Il est si beaa , la religion même à part, de se dédarer pour les malheureux! il y a tant de dignité et de grandeur d'ame, i prendre sous sa protet^ion ceux que tout le monde abandonne ! et quand les règles de la diarité ne noas en feroieut pas un devoir, les sentiments seub de la gloire et de l'Iiumanité devraient id suffire
Aussi en troldèmelieu, non-seulement vous violez les règles saintes de la charité ; mais de plus, vous êtes infracteur de odles delà justice. Car les fautes de votre frère sont publiques, je le veux , mais placex-vous dans la même situation : exigerioz-vous de lui moins d'yards et moins d'humanité, parceque votre chute ne seroit plus un mystère? croiriez -vous que l'exemple public donnât à votre frère contre vous , un droit que vous en prenez contre luimême? recevriez- vous, pour justifler sa malignité , une excuse qui vous la rendroit encore plus odieuse et plus cruelle? D'ailleurs, que savez-vous si le premier auteur de ces discours publics n'est point un imposteur ? 11 court tant de faux bruits dans le monde, et la malice des hommes les rend si crédules sur les défauts d'autrui ; que savez-vous si ce n'est pas un ennemi , un concurrent , un envieux , qui a répandu cette calomnie par des voies secrètes , pour détruire celui qui traversoit , ou ses passions , ou sa fortune ? ces exemples sont-ils fort rares ? si ce n'est pas un imprudent, qui a donné lieu à tous ces discours par l'indiscrétion d'une parole lÀchée sans attention et recueillie avec malice? ces méprises sont-elles impossibles? si ce n'est pas une conjecture débitée d'abord comme tdle, et donnée ensuite comme une Térité ? ces altérations ne s(mtelles pas du caractère des bruits publics ? Qu'y avoit-il de plus vraisemblable parmi les enfants de la captivité, que le dérèglement prétendu de Susanne? les Juges da peuple de Dieu , vénérables par leur âge et par leur dignité , déposoient contre elle; tout le peuple en parloit comme d'une épouse infidèle ; on la regardoit comme l'opprobre d'Israôl : cependant c'étoit sa pudeur même qui lui attiroit ces outrages ; et s'il ne se fût. trouvé de son temps un Daniel , qui osât douter d'un bruit public, le sang de cette innocaite alloit souiller tout le peuple. Et sans sortir de notre Evangile , les discours sacrilèges, qui traitoient Jésus-Christ d'imposteur et de Samaritaiq , n'étoient-ils pas devenus les discours publics de toute la Judée? les prêtres et les pharisiens , gens à qui la dignité de leur caractère et la régularité de leurs mœurs attiroient le respecte! la confiance des peuples, les appuyoient de leur autorité : cependant voudriez-vous excuser ceux d'entre les Juifs, qui sur des bruits si communs , parloient du Sauveur du monde comme d*un séducteur, qui imposoit à la crédulité des peuples? Vous roua exposez donc à la calomnie envers votre firère; quelque répandues que soient les censures qu'on fait de M^ jftfaute , dont vous n'avet
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pas ét6 ténoins, est toujours douteuse pour tous; et c'est une in* justice que vous lui fidtes, d'aller publiant , cooune vrai , ce que vous ne savez que par des bruits publics , souvent faux , et toujours téméraires.
Mais je vais plus loin : quand même la chute de votre frère se« roit certaine, et que la malignité des discours n'y aurolt rien i^uié ; d'où pouvez-vous savoir si la honte même de voir sa faute publique ne Ta pas fait revenir à lui , et si un repentir sincère et des larmes abondantes ne Font pas déjà cflacée et expiée devant Dieu ? Il ne faut pas toujours des années à la grâce pour triompher d'un ccBur rebelle : il est des victoires qu'elle ne veut pas devdr aa temps ; et une chute publique est souvent le moment de miséricorde qui décide de la conversion du pécheur. Or, si votre fMre s'est repenti , n'étes-vous pas injuste et cruel , de faire revivre des fautes que sa pénitence vient d'effacer, et que le Seigneur a oubliées? Souvenei-vous de la pécheresse de l'Evangile t ses désordres étoient publics, puisqu'elle avoitétéla pécheresse delà dté; cependant lorsque le pharisien les lui reproche , ses larmes et son amour les avoient effacés aux pieds du Sauveur : la bonté de Dieu lui avolt remis sa faute » et la malignité des hommes ne pou voit encore Vea absoudre.
Enfin, la diute de votre frère éioit publique t c'est-i-dire , on savoit confusément que sa conduite n'étoit pas exemple de re« proche; et vous venez en détailler les circonstances, en écbdrcir ka faits, en développer les motifs , en expliquer tout le mystère ; con- Armer ce qu'on ne savoit qu'à demi ; apprendre ce qu'on ne savoit point du tout: et vous applaudir même d'avoir paru plus instruit que ceux qui vous écoutent , sur le malheur de votre frère t il lui rcstoit encore du moins une réputation chancebntc; il oonservoit encore dumoins un reste d'honneur , une étincelle de vie, et vous achevez de l'éteindre. Je n'ajoute pas que peut-être on tenoft ces bruits pubUcs de certaines personnes sans aveu ; gens qui n'étoient ni d'un poids, ni d'un caractère à persuader ; on n'osoit encore y ajouter foi sur des rapports si peu solides : mais vous, qui par votre rang, votre naissance , vos dignités, vous êtes acquis del'autorilè sur les esprits, vous ne laissez plus de lieu au doute et à Ilnoer titude; votre nom seul va servir de preuve contre l'innocence de votre frère; et l'on va vous citer désormais pour justifier la vérité des discours publics. Or , quoi de plus injuste et de plus dur,.et par le tort que vous lui faites, et par le bien que vous manquez de loi faire ? votre silence seul sur sa faute , eût peut-être arrêté la difhmation publique ; et l'on vous eût cité pour purifier son innocence, romme on vous cite pour le noircir s et quel usage plus respee* /able auriez- vous pu faire de votre rang et de votre autorité ? Plus vous êtes élevé, plus vous devez être religieux et circonspect sur la réputation de vos frères i pins une noble décence doit vous M. I. M
tfa LlîWni DE LA QUATRIÈME SEMAINE.
rendre léwrvé surfeurs fautes i on oublie les discours dû Vulgaire ; Us meurent en naissant : les paroles des grands ne tombent Jamais m Tiin , et le public est toujours l'écbo fidfle, ou des lotuioges qv'ils donnent ^ ou des censures qui leur échappent. Mon Dieu ! ▼009 nous apprenei , en dissimulant Tons-mème les pMiès des luMunes , à les dissimuler à notre tour : tous attendes avec une patience miséricordieuse ^ pour révéler nos tantes , le Jour où les seerels des cœurs seront maolfeités , et nons prévenons, par une téméraire malignité , le temps de vos vengeances , nous qui sommes ti intéressés que vous ne découvriez pas encore les abtmes de nos ^Qsnrs et les mystères des consciences.
Ainsi, mes Frères, vous surtout que le rang et la naissance élève an-dessus des antres, ne vous contentes pas de mettre un frein à votre langue; obes encore aux discours do la médisance nn visage triste et sévère, selon l'avis de PEsprit saint, un silence de désaveu et d'indignation i car le crime est id égal , et dans la malignité de celui qui parle, et dans la complaisance de ceoi qui écoutent. Entourons nos oreilles d'épines pour ne pas les lateer iitfecter par des discours onpoisonnés , c'est-A-dire , ne les fermons passonlcment i ces paroles de sang et d'amertume, mais r^tons-lcs sur leur auteur d'une manière dgre et piquante. Si la médisance troovoit moins d'approbateurs, le royaume cfe Jésus-Christ scroit Uentét purgé de ce scandale : on plaît en médisant; et nn vice qui platt, devient bientôt un talent aimable t aiMis animons la médisance par nos applaudissements $ et comme \ il n'est personne qui ne Tenille être applaudi , il n'est presque ' aucun aussi qui ne se fasse nn art et un mérite de médire.
Mais, ce qu'il y a ici do surprenant, c'est que la piété elle-même MrtsouTcnt de prétextées yiœ que k piété sincère déteste, et qui sape les premiers fondements de la piété. Ce devoit être la dernière partie de ce discours; mais je n*en dirai qu'un mot. Oui , mes l'Yères , la médisance trouve souvent dans la piété même , des couleurs qui la justiflent : elle se revêt tous les jours des apparences ifiu télé : la haine du vice sembleautoriser la censure des pécheurs; ceux qui font profession de vertu croient souvent honorer Dieu et lui rendre gloire , en déshonorant et décriant ceux qui l'offensent : comme si le privilège de la piété, dont Tame est la charité, étoit do nous dispenser de la charité même. Ce n'est pas que je veuille ici justifier les discours du monde, et lui fournir de nouveaux traits contre le ièle des gens de bien ; mais je ne dois pas aussi dissimuler que la liberté qu'on se donne de censurer la conduite de ses frères , est un des abus les plus ordinaires de la piété.
Or, mon cher Auditeur, vous que ce discours regarde^ écoutes les répies que l'Evangile prescrit sur le zèle véritable, et ne les oublios jamais. Souvenes-vons, premièrement, que le sèle quj nous bh géairdes scandales qui déshonorent rËglise, se contente d'en
SUA LA MÉDISANCte. «TB
0émlf detânt Dîôu j dé le prier qu'il se souyieime de 808 mMil* cerdteàaileienBes; qu'il jette des regards propices sur son peuple | qu'il élAHiâso son règne dans tous les cœurs , et qu'il ramène let pfebeura de leurs voies égarées. Yoilà une manière sainte de gémir •nr ta diufes de vos fWres i parlez-en souvent à Dieu, et bubliexleadeffftnt les hommes
Souyenec-vôus secondement, que la piété ne vous donne pas un droit d Vmpire et d'autorité sur vos Trères i que A vous n'êtes pas établi sur eux, et responsable de leur conduite; s'ils tombent ou ails demeurent fermes, c'est Tafibire du Seigneur et non pas la rùtre : qu'ainsi vos plaintes publiques et éternelles sur leurs désordres, partent d'un fonds d'orgueil, de malignité, de légèreté, d'inquiétude 5 que FEglIse a ses pasteurs pour veiller sur le troupeau ; que Farche a ses ministres qui la soutiennent, sans qu'un secours étranger et téméraire s'en mêle ; et qu'enfin, loin decorriger par-là vo» frères , vous déshonorez la piété ; vous justifiez les discours des' Impics contre rbomme de bien; et vous les autcnriset à dire, comme autrefois dans la Sagesse : Pourquoi celui-ci croit-fl avoir droit de remplir les rues ètlfes places publiques de plaintes et de dameurs contre notre conduite? et se fait-il un point de verta de nous difl'amer dans l'esprit de nos frères ? Improperat nobispec^ caia legis , et diffamât in nos peccata discipUnœ nostrœ.
Souvenez-vous troisièmement, que le zèle qui est selon la sdenoe, cherdie le salut , et non la diffamation de son frère ; qu'il vent édifier, mais qu'il n'aim^pas à nuire; qu'il s'étudie à se rendre aimable , pour se rendre plus utile ; qu'il est plus touché du malheur et de la perte de son frère , qu'aigri et scandalisé de ses fautes; qu'il voudroit pouvoir se les cacher à soi-même , loin de les aller publier devant les autres ; et que le zèle qui les censure , loin de diminuer le mal , ne fait qu'augmenter le scandale.
SouVenez-vous, quatrièmement, que ce zèle censeur que vous faites paroltre contre votre frère lui est inutile, puisqu'il n'en est pas témoin ; qu'il est même nuisible à sa conversion , que vous reculez en l'aigrissant par vos censures, s'il vient à les apprendre ; nuisible à sa réputation que vous blessez, à la piété que vous décriez ; nuisible enfin à ceux qui vous écoutent; qui respectant votre prétendue vertu , ne croient pas qu'on puisse s'égarer en suivant ▼ce traces, et ne mettent plus la médisance au nombro des vices. le Me est humble, et il n'a des yeux que pour ses propres misères^ il est simple, et il lui est plus ordinaire de croira trop facilement le bien que le mal ; il est miséricordieux, et les fautes d'autmt le trouvent toujours aussi indulgent, que ses propres fautes le trouvent •évère; il est délicat et timoré; et il aime souvent mfaiix manquer de blâmer le vice, que s'exposer à censurer le pécheur.
Ainsi , vous , mes Frères, qui, rovenus des égarements du monde, aervci le Seigneur, souffrez que je finisse en vooi adressant to
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mêmes paroles que saint CyprieQ adresfloit aoùref^ de Jésus-Christ, lesquels, par un lèle indiscret, ne faiaoïi^ pas de scrupule de déchirer leurs frères. Une langue qui a conf^aé Jésus-Christ; qui a renoncé aux erreurs et anx pompes du monde; qui bénit tous les jours le Dieu de paix au pied des antobiqoi est souTent consacrée par la participation des mystères paints, ne doîl plus être inquiète , dangereuse , pleine de fiel et d'amertume contre ses frères : c'est une ignominie pour la religion» que d'aliord après avoir offert au Seigneur des prières pores, et un sacrifice de louanges dans l'assemblée des fidèles, tous alliez lancer les traits venimeux du serpent , contre ceux que l'union de la foi, de la charité, des sacrements ; que leurs propres égarements mêmes devroîent vous rendre plus dbers et plus respectables : Lingua ChrisUan confessa non sit maledica , non turbulenta; non comnliis perstrepens audiatur; non contra fratres et Dei sacerdotes ^ post perba taudis^ serpentis çenenajaculetur (S. Cype.)-
Otons , par la sagesse et la modération de nos discours, aux ennemis de la vertu toute occasion de blasphémer contre elle : corrigeons nos frères, plus par la sainteté de nos exemples, que par l'aigreur de nos censures : reprenons-les en vivant mieux qa'enx, et non pas en parlant contre eux : rendons la vertu respectable par sa douceur» encore plus que par sa sévérité : attirons à nous les pécheurs, en compatissant à leurs fautes, et non en les censurant : qu'ils ne s'aperçoivent de notre vertu, que par notre charité et notre indulgence ; et que notre attention charitable à couvrir et excuser leurs vices, les porte à les condamner, et à s'en accuser plus sévèrement eux-mêmes : par-là nous gagnerons nos frères ; nous honorerons la piété; nous confondrons Timpiété et le liberti* nagCi <^ous ùterons au monde ces discours si communs et si injurieux à la véritable vertu ; et après avoir usé de miséricorde envers nos frères, nous irons avec plus de confiance nous présenter au Père de miséricorde, et au Dieu de toute consolation, et la demanler pcMir nous-mêmes. Ainsi soient.
SERMO