FOUR LE MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME
MS DODTIS Mm U RBUGION.
M ktmc iémm» undè ni t Christus aattm, eèm vttun't, muno stii umdè sH. MMSiiTOM d'où eeluM Tient s mais pour le ChrM, lonqa'U pwollra, pcnooM ne mm d'où il îieDt. (Joan., vn,i7.)
ToHà le grand prétexte que rincrédiilité des Juifs opposoit à la doetrineet av ministère de Jésus-Christ : des doates sar la yérité de m misBlon. Noos sayons qui vous êtes, et d'où vous venez, lui di* ioienMb : nuHS le Christ que nous attendons, quand fl paroltra , ■oas ne saurons d'oA il vient. Il n'est donc pas dahr que vous sofei le Messie promis à nos pères; peut-être est-ce un esprit impoilenr, qui opère par vous dies prestiges à nos yeux, et qui impose à la crédulité du vulgaire : tant de séducteurs ont déjà paru dans la Judée, lesquels en se disant le grand Prophète qui dk>it venir, ont trompé les peuples, et se sont enfin attiré la punition due à kmr imposture. Ne tenez plus nos esprits en suspens : Quousque anùnam nosiram tollis (JoAif ., x, 24 ) ? et si vous voulez que nous vous croyions le Christ , montrez-nous que vous Fêtes , d'une manière qui ne laisse plus de lieu au doute et à la méprise.
Jen'oseroisledireid, mes Frères, si le langage des doutes sur la foi n'étoit devenu À commun parmi nous, que nous n'avons plus besoin de précaution pour entreprendre de le combattre i voilà le prétexte presque le plus universel dont on se sert tous les Jours dans le monde, pour s'autoriser dans une vie toute criminelle. Tout est |ridn aujourd'hui de ces pécheurs, qui nous disent fMdemeat qu'ils se convertirment , s'ils étoient bien sArs que tout ce que noua leur dtaons de la reUgion fttt véritable ; que peut-être il n'y a rien après cette vie; qu'ils ont des doutes et des difficultés sur nos mys» léres , anx^pielles ils ne trouvent pcrfnt de réponse qui les satisfasse ; qu'an fond , tout paroit assez incertoin ; et qu'avant de s'embaïqoer à suivre toutes les maximes sévères de l'Évangile, U fan* droit être bien assuré que nos peines ne seront pas perdues.
Or , je ne veux pas aujourd'hui confondre l'incrédulité par les grandes preuves qui établissent la vérité de la foi chrétienne t outre que nous les avons déjà établies ailleurs, c'est un sujet trop vaste pour un discours ; et qui n'est pas même souvent à la portée de La plupart de ceux ipii nous écoutent : c'est faire souvent trop aux objections frivoles de presque tous ceux qui se don-
Dent pour esprits forts dans le monde , que d'employé le sérieu de notre ministère à les réfuter et à les combattre.
Il faut donc aojonrd*hui tenter une voie plus abrégée et plus facile. Mon dessein n'est pas d'entrer dans le food des preayes qpri rendent témoignage à la vérité de la foi , je yeai seulement voua découvrir le faux de l'incrédulité ; je veux vous prouver que la plupart de ceux qui se disent incrédules, ne le sont pas ; que presque tous les pécheurs , qui nous vantent, qui nous allèguent sans cesse leurs doutes , comme le seul obstacle à leur conversion , ne doutent point; et que de tous les prétextes dont on se sert pour ne pas chaofer de vie , celui des doutes sur la religion, qui est devenu le plus commun , est le moins vrai et le moins sincère.
Il parolt d'abord étonnant que j'entreprenne de prouver à ceux qui cnnent avoir des doutes sur la religion , et qui nous les eppo« sent sans cesse, qu'ils ne doutent point en effet t cependaat pour peu que Ton oonnoisse les hommes , et qu'on fasse attention surtout au caractère de ceux qui se vantent de douter, rien n'est pln^ aisé que de s'en convaincre. Je dis à leur caractère, où entre toujomt le dérèglement , rignoraaoe, et la vanité ; et voilà les troja souroaa les plus ordinaires de leurs doutes : ils en font honneur k l'incrèto^ lité qui n'y a presque point de part.
C'est, premièrement, le dérèglement qui les propose, sans oser les croire. Première réflexion.
C'est, en second lieu , l'ignorance qui les adopte , sans les oomprendre. Seoonde réflexion.
C'est enfin la vanité qui s'en fait honneur , sans pouvoir parvenir à s'en faire une ressource. Dernière réflcxicm.
C'est-à-dire que la (rfupart de ceux qui se disent incrédules dans le monde, sont assez déréglés pour desir^ de l'être, trop ignorants pour l'être en eflet, et assez vains cependant pour vouloir le paroltre. Développons ces trois réflexions devenues parmi nous d'os si grand usage ; et confondons le libertinage plutôt que rincrédulité, en le .découvrant à lui-même. At^e , Maria.
PREMIÈBB PARTIE.
Il faut d'abord cwvenir, mes Frères , et il est triste pour nou^ que nous devions cet aveu à la vérité ; il faut, dis«je, convenir qut notre siècle et ceux de nos pères ont vu de véritables inerédpltf ^ D^tfis la dépravation des mœurs où nous vivons, et au milieu d«Ë scandales qui depuis si long-temps affligent l'Eglise, il n'est pa4 sur* prenant qu'il se soit trouvé quelquefois des hommes qui n'aient flm voulu connoltre de Dieu; et que la foi si afioiblie dans tous, ae mât euûn en quelques-uns tout-à-fait éteinte. Comme dans tons les siècles paroisscat certaines âmes choisies et extraordinaires, que le Seigneur remplit de ses graoea, de ses lumières, de ses daisA les plus éclatants, et en qui il prend plaisir de verser à pleinea i
kmteslfisridieflsesdesaiiiiséricorde : on en voit aussi en qui l'iniquité est, pour ainsi dire, ooosonnéc, et que le Seigneur semble avoir marquées, pour fanre éclater en elles les jugements les plus terribles de sa justice, et les effets les plus ftmestes de son abandon et de sa oolâre.
L'Bglise , où tous les scanJales doivent croître jusqu'il la 6n , no peut donc se glorifier d'être tout-à-fait purgée du scandale de Tincrédulité : elle a de temps en temps ses astres qui f éclairent, et ses monstres qui la défigurent ; et à côté de ces grands bonunes, cé« lèbres par leurs lumières et par leur sainteté , qui lui ont servi de soutien et d'ornement dans chaque siècle , elle a vu s'élever aussi une tradition d'hommes impies , dont les noms sont encore aujour« d'hui l'horreur de l'univers, lesquels par des écrits pleins de blas«> pbème et d'impiété , ont osé attaquer les mystères de Dieu, nier le salut et les promesses faites à nos pères, renverser le fondement do la foi, et prêcher le libertinage parmi les fidèles.
Je ne prétends donc pas , mes Frères, que parmi tant de libertins qui parlent au milieu de nous le langage derincréduliié, il ne s'en trouve quelqu'un d'assez corrompu dans l'esprit et dans le cour, d'assez abandonné de Dieu , pour être en effet et réellement incrédule : je veux seulement établir que ces hommes impies, et fermes dans l'impiété , sont rares \ et que parmi tous ceux qui nous vantent tous les jours leurs doutes et leur incrédulité, et qui en font une déplorable ostentation, il n'en est pas peut-être un seul sur le oœor duquel la foi ne conserve encore ses droits, et qui ne craigne encore en secret le Dieu qu'il fait semblant de ne vouloir pas con-* nollre.Pour confondre nos prétendus incrédules, il n'est pas toujours nécessaire de les combattre ; souvent on ne combat que des fantômes ; il faut seulement les montrer tels qu'ils sont ; l'affreifse décoration dincrcdulité dont ils se parent, tombe bientôt; et il ne leur reste plus que leurs passions et leurs débauches.
Et voilà la première raison sur quoi j'ai établi la proposition gé-' nérale: que la plupart de ceux qui se vantent d'avoir des doutes , ne doutent point en effet ; c'est que leurs doutes sont des doutes de dér^lement, et non pas d'incrédulité. Pourquoi, mes Frères ?parceque c'est le dérèglement qui a formé leurs doutes, et non p^t* leurs doutes le dérèglement ; parceqo'actuellement , c'est à leuis passions et non pas à leurs doutes qu'ils tiennent; parcequ'enfin \h n'attaquent d'ordinaire de la religion , que les vérités incommodes aux passions. Voici des réflexions qui me paroissent dignes de votre att«9ûtion; je vais vous les exposer sans ornement , et dans le mémo ordre qu'eUes se sont offertes à mon esprit.
Je dis, en premier lieu, parceque c'est le dérèglement qui a formé leurs doutes , et non pas leurs doutes le dérèglement. Oui, mes Frères, on n'a point encore vu de ces hommes, qui affectent de se dire incrédules, et qui aient commencé par des doutes sur les vérités
G80 MAkU)! DE LA QUATRlfilie SEMAIIf E.
de la loi, et qui de» doQtes soieDt tombés dans te déteoehe : an eommeDoe par les paMona; lea doutes yie&nent enaoîte s on se laiaflo d'abord emporter aux ^remonta de Tàge et aux excès de la débauche \ et quand on y a bit on certain chemin, et qo*il ne parott plus possible de retourner sur ses pas , on se dit à soi-mAme poar se calmer, qu'il n'y a rien après cette ne, on du moins on est ravi de trouver des gens qui nous le disent. Ce n'est donc pas le peu de certitude qu'on trouve dans la religion qui fait conclure <pftt Ant s'abandonner au plaisir, et qu'il est inutile de se tkire violence, puisque tout meurt avec nous: c'estrabandonnement au plaisir <pii jette dans rincertitudesur la religion; et qui nous rendait la vio- .lence comme impossible, nous fait conclure qu'aussi Men cUe eet inutile. La fbi ne devient donc suspecte que lorsqu'elle c(Hnmenoe à devenir incommode ; et jusqu'ici l'incrédulité n'a point fait de voluptueux, mais la volupté a presque fait tous les incrédules.
Et une preuve de ce que je dis, vous que ce discours regarde , c'est que tandis que vous avez vécu avec pudeur et avec innocence, vous n'avez pas douté. Bappelez ces temps heureux où les passions n'avoient pas encore gâté votre cœur, la foi de vos pères ne vous offroit rien que d'auguste et de respectable | la raison plioit sans peine sous le joug de Tautorité ; vous ne vous avisiez pas de vous former à vous-mAme des difDcultés et des doutes ; dès que les . moBursont diangé, les vues sur la religion n'ont plus été les mêmes, ^c n'est donc pas la foi qui a trouvé dans votre raison de nouvelles difficultés \ c'est la pratique de vos devoirs qui a rencontré dans votre cœur de nouveaux obstacles. Et si vous nous dites que vos preoûères impressions si fevorables à la foi ne venoient que des préjugés de l'éducation et de l'enfance , nous vous népondronsque les secondes si flivorables à l'impiété , ne vous sont venues que des préjugés des passions et de la débauche ; et que préjugés pour préjugés, il nous semble qu'il vaut encore mieux s'en tenir à ceux qui sont formés dans l'innocence, et qui nous portent à la vertu , qu'i ceux qui sont nésdans l'infamie des passions, et qui ne prêchent que le libertinage et le crime.
Aussi, rien n'est plus humiliant pour l'incrédulité que de la rap^ peler à son origine ; elle porte un faux nom de science et de lumière ; et c'est un enfant de crime et de ténèbres. Ce n'est donc pas la force de la raison qui a amené là nos prétendus incrédules : c'est la Caiblesse d'un cœur corrompu qui n'a pu surmonter ses penchants les plus honteux -, c'est même une lÀcheté de courage, qui ne pouvant soutenir et regarder d'un œil ferme les terreurs et les menaces de la religion , tâche de s'étourdir, en redisant sans cesse que ce sont des frayeurs puériles : c'est un homme qui a peur la nuit, et qui chante, en marchant tout seul dans les ténèbres, pour se rassurer lui- même : la débauche nous rend toujours lAcbes ei eraintiik ] et ce n'est qu'un excès de peur des peines étemelles, qui
Ml qu'un libertin nous prédie et nom chante sans cesse gabelles sont dontenses i il tremUe, et il vent se XBasaret contre lui-même : il ne pent pas soolenlr en même temps la vue de ses crimes et ceUe dn siqipliceqni les attend : cette foi si vén^ble, et ^t il parle avec tant de mépris, l'elfraie pourtant, le trouble encore plus que ka autres pécheurs, qui sans douter de ses châtiments , ne laissent pas souvent d'être infidèles à ses préceptes s c'est un lâche qui cache sa peur sous une fausse ostentation de bravoure. Non, mes Frères, nos prétendus esprits forts se donnent pour des hommes fermes et courageux : suivez-les de près; ce sont les plus foibles et les plus lâches de tous les hommes.
D'ailleurs, il n'est pas étonnant que le dérèglement nous mène à des doutes sur la religion : il faut appeler rincrédulité au secours des passions ; car elles sont trop foibles et trop injustes pour se soutenir toutes seules. Nos lumières, nos sentiments, notre conscience, tout les combat au dedans de nous x il faut donc lenr chercher un appui , et les défendre contre nous-mêmes ( car on est bien aise de se justifier à soi-même tout ce qui plall). On ne Teut pas que des passions qui nous sont chères , soient crimioelles , ni avoir à soutenir sans cesse les intérêts de ses plaisirs contre ceux de sa conscience : on veut jouir tranquillement de ses crimes, et se dé* livrer de ce censeur importun , qui prend sans cesse au dedans de nous le parti de la vertu contre nous-mêmes. Ce n'est jouir qo*à demi de ses passions, tandis que les remords nous en disputent le plaisir : c'est acheter trop chèrement le crime, que de Tacheter au prix même du repos qu'on y diercbe : il faut , ou finir ses débauches, ou tâcher de s'y calmer ; et comme il en coûteroit trop de les finir, et qu'on ne sauroit s'y calmer qu'en doutant des vérités qui nous troublent, on se les donne à soi-même comme douteuses; et pour parvenir à être tranquille , on s'efforce de se persuader qu'on est incrédule.
C'est-à-dire que le grand effort du dérèglement est de nous con< duire au désir de rincrédulité : on voudroit pouvoir arriver à l'affrense sécurité de l'incrédule ; on regarde cet état d'endurcissemcn^ entier comme un état heureux ; on se sait mauvais gré d'être nc^ aTcc une conscience plus foible et plus craintive ; on envie la des i tinée de ceux qu'on croit fermes et inébranlables dans l'impiété J lesquels peut-être à leur tour, livrés en secret aux remords les plus tristes , et se faisant honneur d'une fermeté qu'ils n'ont point, regardent notre sort avec envie, parceqne ne jugeant de nous que par les discours de libertinage que nous tenons, ils nous prennent pour ce qu'ils paroisseot eux-mêmes être à nos yeux , c'est-à-dire , pour ce que nous nesommcs pas, et pour ce que et eux et nous voudrions être. Et c'est ainsi, 6 mon Dieu I que ces faux héros de l'im piété vivent dans une illusion perpétuelle , se donnent sans cesse le change à eux-mêmes, et ne paroissent ce qu'ils ne sont pas, que
68à MARDI DE lA QUATfUÈMB SBMAOfR.
parceqa'flfl souliaiteiit de Fétre : Ib Yondioiont^bien qUe k rdigte fût un flooge; ib diaent dans leur cœur qu'il n'y a pôfnl de him i Dixie insipUns ineorde suotNon estDeui(Ps, 13, 1) ^c'est-à-dire, ce langage impieesl le desir de leur cttor t ib derirerolCTt qQ'il n'y eAt point de Dieu; qoe cet Btre si grand et si nécessaire fttt nne diimtee ; qa'ib fassent eux seols les maîtres de kor destinée ; qn'lb n'enssent à répondre qu'à eax-mémes des borreors de leur rie et de rindignité delenrs passions ; qne font finit avec enx, et qn'D n'y eftt point an delà da tombeau de juge suprême et étemel, rengenr da yice, et rémunérateur delà vertu : ib le désirent, ib Fanéantissent autant qu'ils peuvent par les souhaib impies de leur cœur ; mab ib ne peuvent el&cer du fond de leur être, l'idée de sa puissance et la crainte de sa justice : Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus,
En effet , il seroit trop triste et trop vulgaire pour un homme vain , abîmé dans la débaucbe , de se dire en secret à lui-même : Je suis encore trop foible et trop abandonné au pbisir, pour en sortir et mener une vie plus régulière et plus chrétienne. Ce prétexte lui laisseroit encore tous ses remords : c'est bien plutôt fait de se dire à soi-même : 11 est inutile de mieux vivre , parcequ'il n'y a rien après la Tie. Ce prétexte est bien plus commode , parcequ'il finit tout : c*est le plus favorable à la paresse , parcequ'il nous éloigne des sacremenb et de tous les autres assujettbsements de la religion. Il est bien plus court de se dire à soi-même qu'il n'y a rien , et de vivre comme si en effet on en étoit persuadé : c'est se délivrer tout d'un coup de tout joug et de toute contrainte t c'est finir toutes les mesures gênantes que les pécheurs d'un autre caractère gardent encore avec la religion et avec la conscience.Ge prétexte d'incrédulité , en nous persuadant que nous doutons en effet , nous laisse dans un certain état d'indolence sur tout ce qui regarde le salut, qui DOOB empêche de nous approfondir nous-mêmes, et de faûre des réflexions trop tristes sur nos passions : nous nous laissons molle* ment entraîner au cours fatal qui nous emporte, sur le préjogé général que nous ne croyons rien ; nous avons peu de remords, parceque nous nous supposons incrédules, et que cette supposition nous laisse presque la même sécurité que l'impiété véritable : du moins c'est une diversion qui émousse et qui suspend la sensibilité de la conscience ; et en faisant , que nous nous prenons toujcHirs pour ce que nous ne sommes pas , elle fait que nous vivons comme si nous étions en effet ce que nous desirons d'être.
G'est-à-dire qu'il faut regarder le parti de la plupart de ces prétendus esprits forts, et de ces incrédules de débaucbe et de libertinage, comme un parti d'hommes foibles, dissolus, dissipés, lesqueb n'ayant pas la force de vivre chrétiennement, ni la fermeté même d'être impies, demeurent dans cet état d'étoignement de la religion, comme le plus commode à la paresse j et conmiie ib
ne font ri^ pour en sortir, ils croient y tenir en efTet ; c'est une espèce de neutralité entre la foi et l'irréligion, dont Tindolence s'accommode; parcequll faut du mouvement pour prendre un parti, et que pour demeurer neuUre il n'y a qu'à ne point penser et vivre d'babitude : ainsi on ne s'approfondit et on ne se décide jamais soi* même. L'impiété ferme, déclarée^ a je ne sais quoi qui fait horreur : la religion, d'un autre o6té, offre des objets qui alarment eiqui n'accommodent pas les passions.. Que faire entre ces deux extrémités, dont Tunerévolte la raison, et l'autre lessens? on demeure indécis et chancelant ; on jouit^ en attendant, du calme que cet état d'indécision et d'indifiërence nous laisse : on vit sans vouloir savoir ce qu'on est : parcequ'il est plus commode de n'être rien , et de vivre sans penser et sans se connoltre. Non , mes Frères, je le répète ; ce ne sont pas ici des incrédules , ce sont des hommes lâches qui n'ont pas la force de prendre un parti ; qui ne savent que vivre voluptueusement, sans règle, sans morale, souvent sans bienséance, et qui, sans être impies, vivent pcmrtant sans religion, parceqne la religion demande de la suite , de la raison , de l'élévation, de la fermeté, de grands sentiments, et qu'ils en sont incapables. Voilà pourtant les héros dont l'impiété s'honore ; voilà les sufrages dont elle se fait un rempart, et qu'elle oppose à la religion en nous insultant ; voilà les partisans avec lesquels elle se croit invincible : et il iaut bien que ses ressources soient foibles et misérables, puisqu'elle est réduite à les chercher dans des hommes de ce caractère
Première raison qui prouve que ce ne sont pas les doutes qui jettent dans le dérèglement; mais le dérèglement tout seul qui nous jette dans les doutes. La seconde raison n'est qu'une nouvelle preuve de la première : c'est qu'actuellement, si l'on ne change point de vie, ce n'est pas à ses doutes que l'on tient, c'est à ses seules passions.
Car je ne vous demande ici que de la bonne foi , à vous qui nous alléguez sans cesse vos doutes sur nos mystères. Lcursque vous peu* ses quelquefois à sortir de cet abîme de vice et de débauche où vous vivez , et que les passions plus tranquilles vous permettent quelqua retour sur vous-même; vous opposez- vous alors vos incertitudes sur la religion? vous dites-vous à vousrmême : Mais , si je reviens , il faudra croire des choses qui paroissent incroyables? est-oe là la grande difficulté? Ah ! vous vous dites eu secret à vous-même : Mais, si je reviens, il faudra finir ce commerce, m'interdire ces excès , rompre ces sociétés, éviter ces lieux, en venir à des démarches que je ne soutiendrai jamais , et prendre un genre de vie auquel toutes mes inclinations répugnent. Voilà à quoi vous tenez, voilà le mur de séparation qui vous éloigne de Dieu. Vous parlez tant aux autres de vos doutes ; d'où vient que vous ne vous en parlez point à vouMnéme? ce n'est donc pas ici une affedre de raison
tSh MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE.
et decrajinoe , c^est une albire de cœur et de dérègteoMDt, el le dâai de Totre oooyenion ne prend pas sa source dansToeinoeriitudessnrlafoi; mais dans le doate seul où tous laisse la TMeoce et Tempire de tos passions, de pouvoir jamais Toas aflraDcUr de leurserviliide et de leor infamie. YoiUi,niesFrères,lesclialnes véritables qui lient nos prétendus incrédules à leurs propres misères.
El ce qui confirme encore cette vérité , c'est que la plupart de tes hommes , qui se donnent pour incrédules , vi vent'pourtant dans les variations perpétuelles sur le point même de l'incrédulilé. Ea certains moments les vérités de la rdigion les toudient ; ils se scn- Imt agités de vifs remords ; ils cherchent même des hommes haUlcs el renommés , des serviteurs de Dieu , pour s'entretenir avec eux el s'instruire i en d'autres , ils se moquent de ces vérités ; ils Irari* lent les serviteurs de Dieu avec dérision, et la piété elle-même de chimère : il n'est guère de ces pécheurs , de ceux même qui font le plus d'ostentation de leur faicrédulité , que le spectacle d'une mort inopinée , qu'un accident funeste, qu'une perte douloureuse, qu'un renversement de fortune, qu'une disgrâce éclatante, n'ait qudqoe* fois jetés dans des réflexions tristes sur lemr état , et dans des desirs d'une vie plus chrétienne ; il n'en est guère qui , dans ces situations aflBigeantes , ne cherchent de la consolation auprès des gens de bien , ne fassent quelque démarche qui laisse espérer une sorte d'amenfcment. Ce n'est pas à leurs compagnons d'bnpiélô et de liberthiage qu'ils ont recours alors pour se consoler ; œ n'est pas dans ces railleries impies de nos mystères, et dans cette philosophie affreuse, qu'ils cherchent un adoucissement à leurs peines : ce sont là les discours de la joie et de la débauche , et n<m pas de l'aiBiction el de la douleur : c'est la religion de la table, des plaisirs , des excès ; ce n'est pas celle do sérieux ^ des contre-temps et de la tristesse : le goût de l'impiété tombe pour eux avec celui des plaisirs- Or, si leur incrédulité avoit son fondement dans les incertitudes rêdles sur la religion ; tant que ces incertitudes subsisteroient, l'incrédulité seroit toujours la même : mais comme leurs doutes ne Baissent que de leurs passions, et que leurs passions ne sont pas toujours les mêmes , ni également vives et maltresses de leur coBur, leurs doutes changent sans cesse comme leurs passions; ils crois* sent, ib diminuent, ils s'éclipsent, ils reparoissent, ils sont dans la même volubilité et toujours dans le même degré de leurs passions; en un mot ib suivent la destinée des passions, parcequ'ib ne sont que les passions elles-mêmes.
£n effet, mes Frères, pour ne laisser plus rien à dire sur ce sujet, et acheva* de vous faire sentir combien cette profession d'incrédidité dont on s'honore est méprisable ; c'est que, répondez à toutes les difficultés d'un pécheur qui se vante d'être incrédule , réduisez-le à n'avoir plus rien à vous répliquer, il ne se rend pas encore ; vous ne l'avez pas encore pour oda gagné, il se renferme en lui-même.
DOUTES SUR LA RELIGION. 69ii
\ s'il aYOit encore des raisons plus aecablanles qu'U nedai(pM ' IMS mettre en avant : il tient bon , et oppose on air mystérieux et déd4é, à toutes les preuves qu*il ne peut résoudre. Vous avez pitié alors de sa fureur et de son enlétement : vous vous trompez ; u« soyez touché que de sa vie libertine et de sa mauvaise foi : car, qu^une maladie mortelle le frappe au sortir de là , courez autour du lit de sa douleur ; ah ! vous trouvez ce prétendu incrédule oonvaincu ; ses doutes cessent, ses incertitudes finissent , tout cet ap^ pareil déplorable d'incrédulité s*évauouit et se déconcerte ; il n'en est plus même question ; il a recours au Dieu de ses pères ; il redoute ses jugements qu'il faisoit semblant de ne pas croire. Le ministre de Jésus-Christ appelé n'a pas besoin d'entrer en contestation pour le détromper de son impiété : le pécheur mourant prévient là-dessus ses soins et son ministère : il a honte de ses blasphèmes passés ; il s'en repeut ; il en avoue le faux et la mauvaise foi ; il en fait une réparation publique à la majesté et à la vérité de la religion : il ne demande plus des preuves ; il ne demande que des consolations. Cependant celte maladie ne lui a pas donné de nouvelles lumières sur la foi ; le coup, qui frappe sa chair, n'a pas édairci les doutes de son esprit : ah ! c'est qu'il touche son cœur ( c'est qu'il finit ses dérèglements ; c'est , en un mot , que ses doutes étoient dans ses passions ; et que tout ce qui va éteindre ses passions, éteint en même temps ses doutes.
Il peut arriver, je l'avoue, qu'il se trouve quelquefois des pécheurs , qui poussent jusqu'à ce dernier moment leur fureur et leur impiété; et qui meurent en vomissant, avec leur ame impie, des blasphèmes contre le Dieu qui va les juger, et qu'ils ne veident pas connottre. Car, 6 mon Dieu I vous êtes terrible dans vos jugements, et vous permettez quelquefois que l'impie meure dans son impiété. Mais ces exemples sont rares ; et vous savez vous-mêmes, mes FMres, qu'un siècle entier fournit à peine un de ces affreux spectacles : mais voyez dans ce dernier moment tous les autres , qui s'étoient fait honneur de leur incrédulité dans Topinion publique ; voyez a« lit de la mort un pécheur, qui jusque-là avoit paru le plus ferm€ dans rimpiété, et le plus déterminé à ne rien croire ; il devance luimême la proposition qu'on alloit lui faire de recourir aux remèdes d« l'Eglise , il lève les mains au ciel ; il donne des marques éclatantes, sincères d'une religion qui ne s'étoit jamais effacée du fond de son coeur ; il ne rejette plus , comme des terreurs puériles , les menaces et les châtiments de la vie Aiture : que dis-je? ce pécheur autrefois si ferme , si fier dans sa prétendue incrédulité, si fort au-dessus des frayeurs vulgaires, devient alors plus foible, plus timide, plus crédule , que Tame la plus populaire ; ses craintes sont plus excessives, sa religion même plus superstitieuse, ses pratiques de culte plus simples, plus vulgaires , plus outrées que celles du simple peuple i el comme un excès n'est jamais loin de l'excès qui lui est opposé , on
le foit passer en tin moment, de Fimplété , à la superstition ; de 1â fermeté <fa philosophe, à la foiblesse de l'ignorant et da simple
Et c'est id où je Tondrois en appeler, avec TertnlHen, à ce pédiear monrant , et le faire parler ici à ma place contre f tncrédnHté ? c'est ici où , à Thonneur de la religion de nos pères, je ne Youdrois pas d'antre témoin de la foiblesse et de la manvaise foi de l'impie , qne cette ame qni expire et qui ne peut plus parier que le langage de la Térité : c'est ici où je voudrols assembler tous les incrédules autour du lit de sa mort; et pour les confondre par un témoignage qui ne sauroit leur être suspect , lui dire arec TertuUien : O ame l «Tant que tous sortiez de ce corps terrestre , dont vous allez tous détacher, souffrez que je vous appelle ici en témoignage : Consiste in medio^ anima (Tbrtull.) : parlez dans ce dernier mondent où vous ne donnez rien à la vanité , et où vous devez tout à la vérité ; dites-nous si vous regardez le Dieu terrible , entre les mains duquel TOUS allez tomber, comme un être chimérique dont on fait peur aux esprits foibles et crédules ? dites-nous si tout disparoissant à Tos yeux, si toutes les créatures retombant pour vous dans le néant, Dieu seul ne vous parott pas immortel , immuable, l'Etre de tous les siècles et de l'élernité, et qui remplit le ciel et la terre? Nous consentons maintenant, nous que tous avez toujours regardés comme des esprits superstitieux et vulgaires, nous consentons que TOUS soyez le juge entre nous et l'incrédulité , à laquelle tous avez toujours paru si faTorable : Aie testimoniumjlagitant Ckristiani^ ab extraneâ adi^ersiis tuos. Quoique tous ayez été jusqu'ici étrangère par rapport à la foi , et ennemie de la religion , la religion s'en rapporte à vous contre ceux que le lien affreux de l'impiété vous avoit si étroitement unis lAie testimoniumflagitant Christianisât extraneâ adifersîis tuos. Si tout meurt avec vous, pourquoi la mort TOUS parott-elle si fort à craindre? Car in totum tintes morlem , si nihil est tibi timendumpost mortem ? Pourquoi ces mains suppliantes Tcrs le ciel , s'il n'y a point de Dieu qui puisse se laisser toucher À TOS gémissements et écouter tos prières? si tous n'êtes rien tous -même, pourquoi démentez - tous donc le néant de Totreêtrc, et tremblez-TOus sur les suites de Totre destinée? Si nihil esipsa , curmentirîs in /€?D'où TOUS Tiennent, dans ce dernier moment, ces sentiments de crainte, de respect pour l'Etre suprême? n'est-ce pas parceque tous les aricz toujours eus, que TOUS aTiez imposé au public , par une fausse ostentation d'impiété, et que la mort ne fait que déTelopper les dispositions de foi et de religion, que tous aviez toujours conservées pendant TOtre Tie? ^ fe testimonium flagitant Christiania ab extraneâ adt^er* sks tuos.
Oui, mes Frères, si nous pouTions détruire les passions, nous aurions bientôt ramené tous les incrédules ; et une dernière raisoo qui achèTe de le démontrer, c'est que s'ils oaroissent se réToller
MDtM l'incoBiprébeiisibilKé de noi mystères , ee n'est que pour ett venir au point qui les louche, et pour attaquer les vérités qui inté* resseot les passions : c'est-à-dire la vérité d'un avenir, et Téter* nité des peines futures : c'est toujours là le froit et la conclusioD favorite de leurs doutes.
£o effet, si la religion ne proposoit que des mystères qui passent la raison , sans y ajouta des maximes et des vérités qui gênent la paanoDS, nous pouvons assurer hardiment que les inci^ntes seroient rares ; les vérités ou les erreurs ai>straites , qu'il est indtSé^ rent de croire ou de nier, n'intéressent presque personne. Vous tronva[«z peu de ces hommes épris de la seule vérité , qui deviennent partisans et défenseurs zélés de certains points de pure spéculation , et qui n'ont rapport à rien , seulement parcequ'ils les croient vrais. Les vérités abstraites des mathématiques ont trouvé en nos jours quelques sectateurs zélés et estimables, qui se sont dévoués à développer ce qu'il y a de plus impénétrable dans les seprcts infinis et dans les abîmes profonds de cette science ; mais ces sectateurs ont été quelques hommes rares et uniques : la contagion n'étoit pas à craindre ; aussi n'a-t-elle pas gagné : on les admire , mais on seroit bien fâché do les imiter. Si la religion ne proposoit que des vérités aussi abstraites, aussi indifférentes à la félicité des sens, aussi peu iniéressanfes pour les passions et pour Famour-propre, les impies seroient encore plus rares que les mathématiciens. On en veut aux vérités de la religion , parcequ'elles nous menacent : on ne s'élève point contre les autres, parceque leur vérité , ou leur fausseté , ne décide de rien pour nous.
Et ne nous dites pas que ce n*est pas par intérêt propre , mais par ^ amour tout seul de la vérité, que l'incrédule no se rend point à des mystères que la religion rejette. Je sais bien que le prétendu incré* dule s'en vante, et voudroit nous le faire accroire : mais qu'importe la vérité à des hommes qui ne la cherchent pas , qui ne l'aiment pas, qui ne la connoissent pas, qui ne veulent pas même la connoltre, cl qui ne désirent que de se la cacher à eux-mêmes? que leur importe une vérité qui les passe , à laquelle ils n'ont jamais donné un seul moment sérieux ; et qui n'ayant rien qui flatte les passions, ne sauroit intéresser ces hommes de chair et de sang , et plongés dins une vie voluptueuse ? il leur importe de vivre au gré de leurs désirs déréglés , et cependant de n'avoir rien à craindre après cette vie ; voilà la seule vérité qui les intéresse : passez-leur ce point; l'obscurité de tous les autres mystères ne les occupera pas seulement t ils conviendront de tout , pourvu qu'on les laisse jouir tranquilleikient de leurs crimes.
Aussi la plupart des impies qui nous ont laissé par écrit les tristes fruits de leur impiété , se sont attachés à prouver qu'il n'y avoft rien aU'^essus de nous ; que tout mouroit avec le corps ; et que les peines ou les récompenses futoros . étoient des fables. ïl fsfiloit com*
«gS MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE.
Bfloeer pir mettre les pusioiis dms leors intérêts pour se faire des sectateurs. S'ib ont attaqué les autres peînts de la foi , ce n'a été qne pour en Tenir U ; pour conclore , qu'il n'y avoit rien après cette vie ; que les vices , ou les yertus, étoient des noms que k politique avoit inventés pour contenir les peuples ; et que les pnssioiis n'étoient que des penchants naturels et innocents, que chacun pou- Toit suivre , parceque chacun les trouvoit en soi.
yoiU pourquoi les impies, dans la Sagesse, et les saddootens eux-mêmes , dans TEvangile , qu'on peut regarder comme les pères et les prédécesseurs de nos incrédules, ne s'amusoient point à réfuter la vérité des miracles rapportés dans les livres de Moïse, et que Dieu opéra autrefois eu faveur de son peuple $ ni la promesse du Médiateur faite à leurs pères : ils n'attaqnoient que la résurrection des morts et l'immortalité des âmes ; ce point déddoit de tout pour eux. L'homme meurt comme la béie , disoient-ils dans la Sagesse : nous ignorons si leur nature est diS&renle ; mais toujours leur fin et leur destinée est égale t ne nous inquiétons donc point de l'avenir qui n'est point ; jouissons de la vie; ne nous refusons aucun plaisir : le temps est court ; hâtons-nous de vivre , paroeque nous mourrons demain , et que tout mourra avec nous. Non , mes Frères , les passions ont toujours été le seul berceau de Tincréduliiô : on ne secoue le joug de la foi , que pour secouer le joug des devoirs ; et la religion n'auroit jamais eu d'ennemis , si die n'stvoit été l'ennemie du dérèglement et du vice.
Mais si les doutes de nos incrédules ne sont pas réds , parœqoe ^c'est le dérèglement seul qui les forme ; ils sont encore faux, parceque c'est l'ignorance qui les adopte sans les comprendre, et la vanité qui s'en fait honneur, sans pouvoir s'en faire une ressource : c'est ce qui nous reste à dèyelopper.
SSCOdDB PAATia.
On pourroit faire à la plupart de ceux qui nous vantent sans cesse leurs doutes sur la religion , et qui trouvent que tout est plein de contradictions dans ce que la foi nous oblige de croire ; on pourroit , dis-je , leur faire la même réponse que TertuUien faisoit autrefois aux païens sur tous les reproches qu'ils formoicnt contre les mystères et la doctrine de Jésus-Christ. Ils condamnent , disoit ce Péfte , ce qu'ils n'entendent pas ; ils blâment ce qu'ils n'ont jamus examiné, et quils ne connoissent que par ouï dire $ ils blas|riiè&ient ce qu'ils ignorent ; et ils l'ignorent, parceqn'ils le haïssait trop, pour vouloir se donner la peine de l'approfondir et de le connoltre : Malimt nescire y qidajam oderunl (T^rtull.). Or rien n'est |dns indécent et plus insensé , continue ce Père , que detiécider fièrement sur ce que l'on ignore ; et tout ce que la religion demanderoit de ces hommes frivoles et dissolus qui s'élèvent si fort contre elle^
c^eit qa*ila ne la condamnassent pas avant de l'aYOir bien connue % Unum gestit interdUm ne ignorata damnetur.
YoUà I mes Frères , où en sont presque tous ceux qui se donnent dans le monde pour incrédules : ils n'ont jamais approfondi , ni les difficultés, ni les preuves respectables de la religion ; ils n'en savent pas même assez pour en douter. Ils la haïssent ; car comment aimer ce qui nous condamne ? et cette haine est la seule science qui forme leurs doutes , et qui leur apprend à la combattre : Malunt nescire , quia jam oderuni.
En eflét, quand je vois d'un coup d'œil tout ce que les siècles chrétiens ont eu de plus grands honmies , de génies plus élevés , de savants plus profonds et plus éclairés , lesquels, après one vie entière d'étude, et une application infatigable, se sont soumis avec une humble docilité aux mystères de la foi, ont trouvé les preuves de la religion si édatautes , qu'il leur a paru que la raison la plus fière et la plus indocile, ne pouvoit refuser de se rendre; l'ont défendue contre les blasphèmes des païens ; ont rendu muette la vaine (Ailosophie des sages du siècle ; et fait triompher la folie de la croix, de toute la sagesse et de toute Férudition de Rome oo d'Athènes ; il me semble que pour revenir À combattre des mystères depuis si long-temps et si universellement établis; que pour être, ii j'ose m'exprimer ainsi, regu appelant de la soumission de tant de siècles, des écrits de tant de grands honmies, de tant de victoires que la foi a remportées , du consentement de l'univers ; en un mot, d'une prescription si longue et si bien affermie; il faudroit,. ou de nouvelles preuves qu'on n'eût pas encore confondues , on de nonvelles diflBcultés dont personne ne se fût encore avisé, ou de nouveaux moyens qui découvrissent dans la reUgion un foible qu'on n'avoit pas encore découvert. Il me semble que pour s'élever tout seul contre tant de témoignages, tant de {«rodiges , tant de sièdes, tant de monuments divins, tant de personnages fameux, tant d'ouvrages que les temps ont consacra, que toutes les attaques de l'incrédulité .ont rendus d'âge en âge plus triomphants et plus immortels; en un mot tant d'événements étonnants, et jusque-là inouïs, qui établissent la foi des chrétiens; il faudroit des raisons bien décisives et bien évidentes, des lumières bien rares et bien nouvelles, pour entreprendre ou d'en douter, ou de la combattre, llors de là on aura droit de nous regarder comme un insensé, quiviendroit tout seul défier de loin une armée entière, seule ment pour foire ostentation de son vain défi, et se parer d'une fausse bravoure.
Cependant lorsque vous approfondisseï la plupart de ces hommes qui se disent incrédules , qui se récrient sans cesse contre les préjugés populaires, qui nous vantent leurs doutes, et nous défient d'y satisiEedre et d'y répondre, vous trouvez qu'ils n'ont pour toute sdence, que quelques doutes usés et vulgaires, qu'on a débités dans M. I. 44
é90 MARt>I DE LA QUATRIEME SEMAINE.'
Uku les temps, el qa'oo débite encore tons les jours dans le monde . qa*ils ne savent qu'un certain jargon de libertinage qui passe de main en main, qu'on reçoit sans l'examiner, et qu'on répète sans l'entendre : tous trouvei que toute leur capacité et leur étude sur la religion, se réduit à certains discours de liberlinage, qui courent les rues, s'il est permis de parler ainsi ; à certaines maximes rebattues, et qui à force d'être redites , commencent à tenir de la bassesse du proverbe. Vous n'y trouves nul fonds, nul principe, nulle suite de doctrine, nulle connoissance de la religion qu'ils attaquent : ce sont des hommes disripés par les plaisirs, et qui serolent bien faciles d'avoir un moment de reste, pour examiner ennuyeusement des vérités qu'ib ne se soucient pas de connoltre; des hommes d'un caractère léger et superficiel , incapables d'attention et d'examen , et qui ne sauroient soutenir un senl instant de sérieux et de méditation, tranquille et rassise; disotis-lo encore, dos hommes noyés dans la volupté, et en qui la débauche a peut-être même abruti et Atdnt ce que la nature pouvoit leur avoir donné de pénétration et de lumières.
Yoflk les ennemis redoutables que l'impiété oppose à la sdence de Dieu ; voilà les hommes frivoles, dissipés » ignorants, qui osent taxer do crédulité et dignorancc , tout ce que les siédes chrétieiis ont eu et ont encore de docteurs plus consommés et de personnages plus habiles et plus célèbres : ils ne savent que le langage des doutes ; mais ce sont des doutes qu'ils ont appris ; ib ne les ont pas formés $ ils répètent ce qu'ils ont oui ; c'est une tradition d'ignorance et d'impiété qu'ils ont reçue : aussi ils ne doutent pas; tb ne font que conserver k ceux qui les suivront , le langage de l'irréligion et des doutes : ils ne sont pas incrédules, ils ne sont que les échos de Pinrrcdulité; en un mot, ib savent ce qu'il faut dire pour douter, mais ib n*en savent pas assez pour douter eux-mêmes.
Et une preuve de ce que j'avance , c'est que dans tous les autres doutes on ne doute que pour s'éclaf rcir ; on cherche tout ce qui peut conduire à la vérité qu'on ne voit encore qu'à demi. Mais ici on ne doute que pour douter : preuve que le doute ne nous intéresse paa plus que la vérité qu'il nous cactie : on scroit bien fkdié qu'il fiiUùt se donner la peine d'éclaircir le vrai ou le faux des incertitudes qu'on prétend avoir sur nos mystères. Oui, mes Frères, si la peine de ceux qui doutent étoit une obligation indispensable de cherchor la vérité, nul ne douteroit; nul ne voudroit acheter à ce prix le plaisir de se dire incrédule; nul peut-être même n'en seroit capable : preuve décisive qu'on ne doute point; qu'on n'est pas plus attachée ses doutes qu'à la religion (car on n'est guère plus instruit sur l'un que sur l'autre), mais seulement qu'on a perdu ces premiers sentiments de retenue et de foi , qui nous laissoient encore nu reste de respect pour la rdigion de nos pères. Ainsi on fait bien de l^onneur à des hommes si dignes en même temps , et de pitié et de
«épris, de croire qa'ils ont pris un parti , qu'Os ont embrassé ud qrstème : on leur fait bien de Thonnenr de les ranger parmi les im< 1^ sectateurs d'an Sodn, de les qualifier des titres affireux de déistes ou d'atbées : bêlas ! ils ne sont rien; ils ne tiennent à rien; du moins ils ne sayent eux-mêmes ce qu'ils sont ; ils ne sanroient nous le dire; et ce qu'il y a ici de déplorable, c'est qn'ils ont trouyé le secret de se former un état plus méprisable , plus bas, plus indigne de la raifiODi que celui de l'impiété; et que c'est les honorer, de leur donner le titre odieux d'incrédule , qui ayoit été jusqu'ici la bonté de l'humanité, et le plus grand opprobre de l'homme.
Et pour findr cet article par une réflexion qui confirme la même yérité, et qui est bien humiliante pour nos prétendus incrédules, c'est qu'eux qui nous traitent si fort d'esprits foibles et crédules; eux qui yanient tant la raison, qui nous accusent sans cesse de nous faire une religion des préjugés populaires , et de ne croire que parceque ceux qui nous ont précédés ont cru; eux, dis-je, ils ne sont inôédules et ne doutent, que sur l'autorité déplorable d'un libertin à qui ib ont oui dire souyent , que tout ce qu'on leur |n*éche d'an ay enir n'est qu'un épouyantail pour alarmer les enbnts et le peuple : Yoilà toute leur science et tout l'usage qu'ils ont fait de la raison. Ib sont impies , sans examen et par crédulité , comme ib nous accusent d'être fidâes ; mais par une crédulité qui ne peut trouyer d'excuse que dans la fureur et dans Textrayagance t c'est l'autorité d'un seul discours impie, prononcé d'un ton ferme et décbif , qui a snbjogoé leur raison, et qui les a rangés du côté de l'impiété» Ib nous troayent trop crédules de nous rendre à l'autorité des pro^ phétes, des apôtres, des hommes inspirés de Dieu, des prodiges éclatants opérés pour établir la yérité de nos myst^es, et à cette tradition yénérable de saints pasteurs qui nous ont transmis d'âge en Age le dépôt delà doctrine et de la yérité, c'est-à-dire, à la plus grande autorité qui ait jamais paru sur la terre; et ib se croient moins crédules, et il leur semble plus digne de raison, de déférer à l'autorité d'un impie, qui dans un moment de débauche, prononce d'un ton ferme qu'il n'y a point de Dieu et ne le croit pas peut-être lui-même. Ah! mes Frères, que l'homme s'ayilit et se rend méprisable, quand il se fait une fausse gloire de n'être plus soumis à Dieul
Aussi , mes Frères , pourquoi croyez-yous que les prétendus in« crédules, dont nous parlons, souhaitent si fort de yoir des impies yéritables, fermes et intrépides dans l'impiété ; qu'ib en cherchent, qu*ib en attirent même des pays étrangers, comme uù Spinosa : si le lait est yrai, qu'on l'appela en France pour le consulter et pour l'entendre? c'est que nos incrédules ne sont poiut fermes dans l'incré- (iulîtéy ne trouyent personne qui le soit, et youdroient pour se rassurer, rencontrer quelqu'un qui leur parût yéritablementafiTermi dans ce parti affreux : ib cherchent dans l'autorité des ressources et
69â MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE.
des défenses contre lenr propre consdenoe ; et n'osant devenir loat seols impies, ils attendent d'nn exemple ce que lear raison et leur coBur même leur refuse ; et par-là ib retombent dans une crédidilé bien plus puérile et plus insensée , que celle qu'ils reprochent aux fidèles. Un Spinosa, ce monstre, qui après avoir embrassé dilteenle» religions, finit par n'en avoir aucune, n'étoit pas empressé de dierdier quelque impie déclaré qui l'affermît dans leparU de l'irréligion et de l'athéisme : il s'éloit formé à lui-même ce diaos impénétrable d'impiété , cet ouvrage de confusion et de ténèbres, où le seul désir de ne pas croire en Dieu peut soutenir l'ennui et le dégoût de ceux qui le lisent; où hors l'impiété tout est inintdligiUe ; et qui à la honte de l'humanité, seroit tombé en naissant dans un oubli éternd, et n'auroit jamais trouvé de lecteur, s'il n'eût attaqué l'Etre suprême : cet impie, dis-je, vivoit caché, retiré, tranquille; il faisoit son unique occupation de ses productions ténébreuses, et n'avoit besoin pour se rassurer que de lui-même. Mais ceux qui le cherdioient avec tant d'empressement, qui vouloient le voir, l'entendre, le consulter, ces hommes frivoles et dissolus, c'étolept des insensés qui souhaitoient de devenir impies ; et qui ne trouvant pas dans le témoignage de tous les siècles, de toutes les nations, et de touis les grands hommes que la religion a eus , assez d'autorité pour demeurer fidèles, cherchoient dans le témoignage seul d'un homme obscur, d'un transfuge de toutes les religions , d'un monstre <Migé de se cacher aux yeux de tous les hommes, une autorité déplorable et monstrueuse qui les affermit dans l'impiété, et qui les défendit contre leur propre conscience. Grand Dieu ! que les impies se cachent ici de honte et de confusion ; qu'ils cessent de faire ostentation d'une incrédulité qui est le fruit de leur dérèglement et de leur ignorance, et qu'ils ne parlent plus qu'en rougissant contre la soumission du fidèle! c'est un langage de mauvaise foi ; ils donnent à la vanité, ce que nous donnons à la vérité : Erubescant impii,.. quœ loquuntur advenus justum iniquitatem in superbid et in ab* usione (Ps. xxx, 18, 19).
Je dis la vérité ; et c'est la grande et la donière raison qui fait sentir encore mieux tout le faux et tout le foible de l'incrédulilé. Oui , mes Frères, tous nos prétendus incrédules sont de faux braves, qui se donnent pour ce qu'ils ne sont pas : ils regardent l'incrédiilité comme un bon air ; ifs se vantent sans cesse de ne rien croire ; et à force de s'en vanter, ils se le persuadent à eux-mêmes : semblables à certains hommes nouveaux que nous voyons parmi nous, lesqueb touchent presque encore à l'obscurité et à la roture de leurs ancêtres , et veulent pourtant qu'on les croie d'une naissance illustre et descendus des plus grands noms ; à force de le dire , de l'assurer, de le publier, ils parviennent presque à se le persuader à eux-mêmes. Il en est ainsi de nos prétendus incrédules : ik touchent encore, pour ainsi dire, à la fol qu'ils ont reçue en naissant ; qui
DOUTES SUn LA RELIGION. 693
mile «nooreatec leur sang, et qaî D'est pas effacée de leur oorar : iiMda e'eat pour tax une maniëro de nXure et de bassesse dont ils ityogissent; à force de dire qa'ils ne croient rien, de Tassorer , de s'en Tanter, ils croient ne rien croire, et en ont bien meilleure opinion d'eux-mêmes.
Premièrement, parcoqne cette profession déplorable d'incrédidiCé suppose des lumières non communes, de la force et de la supèrio^ rilé d'esprit, et une singularité qui plaît et qui flatte : au lieu que les passions ne supposent que du dérèglement et de la débauche, et que tous les hommes sont capables de dérèglement,' mus ne le sont pas de cette supériorité merveilleuse que la vaine impiété s'attribue.
Secondement, parceque la foi est si éteinte dans le siècle ou noitt vivons, qu'on ne sauroit presque trouver dans le monde des hommes qui se piqiKnt d*es|Mrit,'et d'un peu plus de lecture et de connoissance que les autres , lesquels ne se permettent sur nos mystères et sur ce que la religion a de plus auguste et de plus sacré, des objec* Uona et des doutes. On auroit donc honte de parottre religieux et fidèles avec eux : ce sont des hommes que l'estime pcMique élève, et auxquels il parott beau de res8end>ler : on croit qu'en adoptant leur langage, on adopté leurs talents et leur réputation $ et il semble que ceseroit faire un aveu public de foiblesse et de médiocrité, de n'oser, ou les imiter, ou du moins les contrefaire : vanité misérable et puérile. D'ailleurs , parceque l'on a ouï dire que cexiains grands homnîes, fameux et, fort estimés dans leur siècle, ne croyoient pas, et que le souvenir de leurs talents et de leurs grandes aetions , n'est venu jusqu'à nous, qu'avec celui de leur irréligion $ on se fait honneur de CCS grands exemples , il parott glorieux de ne rien croire d'après de si illustres modèles; on a sans cesse leurs noms dans la bouche : c'est un faux relief qu'on se donne, où il entre mofais d'incrédulité que de vanité risible et de petitesse d'esprit ; puisque rien n'est si petit et si misérable, que de se donner pour ce qu'on n'est pas, et se faire honneur llu personnage d'un autre.
Troisièmement, enfin, parceque c'est d'ordinaire une société de libertinage, qui nous fait (terler le langage de l'impiété; qa'on veut paroitre td que ceux à qui les plaisirs el la débauche nous lient , et qu'il seroit honteux d'être dissolu, et de parottre croire encore, devant les témoins et les complices de nos désordres. Le parti d'un débauché qui croit encore, est un parti foible et vulgaire ; afin que la débauche soit de bon air, il faut y ajouter l'impiété et le libertinage; autrement ce seroit être débauché en novice, il faut l'être en impie et en scélérat : on laisse à ceux qui ne sont point exercés dans le crime, à craindre encore un enfer et ses peines : ce reste de religion parolt se sentir encore un peu trop de l'enfance et du collège. Ibkis quand on a fait un certain chemin dans la débaudie, ah! il faut se mettre au-dessus de ces foiblesses vulgaires : on a bien meilleure opinion de soi, quand on a ou oersuader aux autres qu'un
6M MAADl DE LA. QUATRIÈME SEMAINE.
n'en est plus là : on se moque même de orax qui pa^oisseiili craindre s on lenr dit d'an ton d'ironie et d'impiélé , comme antre* fois la femme de Job à cet homme juste : Adhuc tupermanm in êism pUciiaie iud (Job., ii, 9)? £h quoil tous en êtes encore là? Yoaa êtes assez simple pour croire tous ces contes dont on tous a fait peor quand Yousétiei encore au berceau? vous ne Ti^ez pM que ce aofll là des Tîsions d'esprils foiUes; et que les plus habiles qui nous prfr (hent tant pour nous le prouver, n'en cnieni rien eux-mêmes : jâtt» Mue tu permanes in gimpUcitate tud ?
O mon Dieu I que l'impie, qui semble vous mépriser arec tani de hauteur, est petit et méprisable lui-même 1 c'est un lâche qa Yons insulte tout haut, et qui yous craint encore en secret ; c'est un glorieux, qui se Yante de ne rien craindre, et qui ne nous dit pas tout ee qui se passe dans son ccrar ; c'est un imposteur, qui voudroit nous imposer, et qui ne peut réussir à se tromper lui-même ; c'est un insensé qui prend sur lui toutes les horreurs de l'impiélé, et qui ne peut parvenir à s'^ faire une triste ressource; c'est on furieux, qui ne pouvant arriver à l'irréligion , ni étdndre les terreurs de sa conscience, éteinte lui toute pudeur et toute décence, et lâche au moins de s'en faire un honneur impie devant les honmes; que dhrai-je enfin? c'est un homme ivre et emporté , et qui sacrifie sa religion qu'il conserve encore, son Dieu qu'il craint, sa conscience qu'A sent, son salut étemd qu'il espère , à la dèploraMe vanité de parottre incrédule. Quel abandon de Dieu ! et quel abhne de fureur et d'extravagaucel
Ce que je souhaiterois, mes Frères, vous qui conservez encore du respect pour la religion de nos pères, et c'est ici le fruit de tout ce discours; ce que je souhaiterois, c'est que vous sentissiez corn- Uen tous ces hommes, qui se donnent pour esprits forts, et que vous estimez tant quelquefois, sont méprisables; c'est que vouscomprissiei enfin, que la profession d'incrédulité , qui est presque devenue un bon air parmi nous, est de tous les caractères le plus frivole , le plus lâche , le plus digne de risée ; c'est que vous pussiez connoîlre ce que cette ostentation d'impiété, que la corruption de nos mœurs a rendue si commune aujourd'hui même aux deux sexes, cache de tout ce qu'il y a de plus bas et de plus honteux, selon le monde même.
Premièrement, de dérèglement. On n'en vient là que lorsque le cœur est profondément corrompu ; qu'on vit actueUement en secret dans la plus honteuse débauche; et que si l'on étoit connu pour ce qu'on est , on seroit à jamais déshonoré , même devant les tommes.
Secondement, la bassesse. On fait le philosophe et l'esprit fort, et on est en secret le pécheur le plus rampant, le plus dissolu, le plus foible, le idus abandonné, le plus esclave de toutes les passion/indignes de la pudeur et de la raisra même.
DOUTES SUR LA REUGiOM. 605
TnMteemeat) de maoTaise foi et d'imposlare. On joae an peraomiage empmnlé) on se donne pour ce qu'on n'est point; et tan-dis qu'on dédame si fort contre les gens de bien et qu'on les traite d'hypocrites et d'imposteurs, on est soi-même le fourbe qu'on décrie, et rhypocrite de l'impiété et du libertinage. , Quatrièmement , d'ostentation et de mauyaise vanité. On fait'k* brave, et on tremble en secret ; et au premier signal de la mort, on se trouveplusttcheet plus timide que le simple peuple ; on fait semblant d'insulter tout haut un Dieu que l'on craint encore en secret , et qu'on espère de se rendre un jour favorable: caractère puéril et fanforon, et que le monde lui-mémo a toujours regardé comme k dernier, le plus vil et le plus risible de tous les caractères.
Cinquièmement, de témérité. On ose, sans science, sans doctrine, Cure l'habile sur ce qu'on n'entend pas; condamner tout ce qui a paru de plus grands hommes dans chaque siècle ; et décider sur des points importants auxquels on n'a jamais donné, et on n'est pas même capable de donner un seul moment d'attention sérieuse : caractère indécent , et qui ne convient qu'à des hommes qui du o6té de l'honneur n'ont plus rien à perdre.
Sixièmement, d'extravagance. On se fait une gloire de parottre sans religion , c'est-à-dire, sans caractère, sans moeurs, sans probité, sans crainte de Dieu et des hommes ; capable de tout, excepté de vertuet d'innocence.
Sqptièmement, de superstition. Nous avons vu ces prétendus esprits forts, qui refusent de consulta les oracles des saints propbètes^^ consulter des devins, accorder aux hommes la science de l'aveninb qu'ils refusent à Dieu; donner dans des crédulités puériles, tandis qu'ils se révoltent contre la majesté de la foi; attendre leur élévation et leur fortune d'un oracle imposteur, et ne vouloir pas espérer leur salut des oracles de nos livres saints; et en un mot, croire ridiculement auxdànons, tandis qu'ils se font un honneur de ne pas croire en Dieu.
Enfin , ce qu'il 7 a ici de plus déplorable , c'est que tons ces caractères forment un état où û n'y a presque plus de ressource de salut. Car un impie de bonne foi , s'il en est quelqu'un de ce caractère, peut être tout d'un coup frappé de Dieu , et être conune accablé sous le poids de la gloire et de la majesté qu'il blasphémdt sans la connottre : le Seigneur, dans sa miséricorde, peut encore ouvrir les yeux à cet infortuné ; faire luire la lumière dans ses ténèbres, et lui découvrir la vérité qrfU ne combat, que parcequ'fl l'ignore : il y a encore en lui des ressources , de la droiture , de la suite, des principes, d'erreur et d'illusion, je l'avoue ; mais du moins des principes: il sera de bonne foi à Dieu dès qu'il le coor notira , comme il a été son ennemi avant de le connottre. Mais les hicrédules dont nous parlons, n'ont presque plus de voie pour revenir à Dieu t Us insultent le Seigneur qu'ils connoiment ; ils Mas-
phèment la religion qu'ils conservent encore dans le cœur ; îb résistent à la conscience qui prend en secret le parti de la foi ooiitre eax-mémes : la lumière de Dieu a beau luire dans leur coeur; elle ne sert qu'à rendre la mauvaise foi de leur impiété plus inexGunHe. S'ik étoient absolument aveugles, ils seroient digiies de pitié , et leur péché seroit moindre , dit Jésus-Christ : maïs maintenant ils voioit ; et c'est ce qui fait que le crime de leur irréligion n'est plus qu'un blasphème contre r£sprit saint, qui demeure à jamais sur leur tête.
Réparons donc , mes Frères , par notre respect pour la religion de nos pères ; par une reconnoissance continuelle envers le Sdgneur qui nous a fait nattre dans la voie du salut, dans laquelle tant de peuples et de nations n'ont pas encore été jugés dignes d'entrer : réparons, dis-je , le scandale de l'incrédulité si commun dans ce siècle, si autorisé parmi nous, et qui devenu plus hardi par le grand nombre et la qualité de ses partisans , ne se renferme plus dans ces ténèbres obscures où la crainte le retenoit , et ose se montrer presqu'à visage découvert , bravant en quelque sorte la religion du prince et le zèle des pasteurs. Ayons horreur deces honunes impies et méprisables , qui mettent leur gloire À tourner en risée la majesté de la religion qu'ils professent ; fuyons-les comme des monstres indignes de vivre , non-seulement parmi des fidèles , mais encore parmi des hommes que llionneur, la probité et la raison lient ensemble : loin d'applaudir à leurs discours impies , couvrons- ^es de confusion par le mépris dont ils sont dignes. H est si bas et si lâche , selon le monde même , de déshonorer la religion dans laquelle on vit : il est si beau , et il y a tant de dignité à se faire un honneur de la respecter et delà défendre même avec un air d'autorité et d'indignation , contre les discours insensés qui Taltaquent ! Otons à l'incrédulité, en la méprisant, la gloffe déplorable qu'elle cherche : les incrédules seront rares parmi nous dès qu'ils seront méprisés ; et la même vanité qui forme leurs doutes , les aura bientôt anéantis ou cachés , dès que ce sera parmi nous un opprobre de parotlre impie et une gloire d'être fidèle. C'est ainsi que noos verrons finir ce scandale, et que nous glorifierons tons ensemble le Seigneur dans la même foi, et dans l'attente des promesses étw^ nelles. Ainsi soit^^l
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SERMON POUR LE MERCREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARIjIS.
SUR L*IflJUanCB du MONI» KfrVERS LBS GENS DB BIEN. Oa glormm Dto ; nos seimut fuia hie homo ptceaior ttt.
ReodM gloira à Dien ; Doos nTODf (pie cet homme cft im péelwar ( JoAN^
Qae peat se promettre la yertn la plus pare et la plus inrépréhentible de rinjustiee do monde, pnisqa'il a pa troayer antrefois dans la sainteté même de Jésas-Gbrist, des sujets de scandale et de œnsare? S'il opère aux jeax des Joifs des prodiges éclatants, s'il rend anjourd'bui la rne à on ayeogle-né , ib l'accaBent d'être yloiatenr da sabbat ; d'opérer ces miracles au nom de Beliebatb , plntM qa*aa nom dn Seigneor, et de ne vouloir par ces prestiges qu'anéantir et détruire la loi de M6lse : Non est hic homo à Deo , qui sabbaium non eustodU ( Joan., ix, 16) ; c'est-à-dire, qu'ils attaquent ses intentions , pour rendre ses CBuvres suspectes et criminelles.
S'il bpnore de sa présence la table des pharisiens , pour [U'endre de là occasion de les rappeler et de les instruire , ils le regardent comme un pécheur et comme un bomme de bonne chère t Eecé homo 9orax^ eipotator idni ( Maith., xi , 19) ; c'est-^à-dire, qu'ib lui font un crime de ses csuvres, lorsqu'il leur importe de ne pas examiner la droiture de ses intentions.
Enfin, s'il parott dans le temple armé de zèle et de sérérité, pour Tenger les profanations qui déshonorent ce lien saint , le zèle de la gloire de son Père qui le dévore , n*est plus dans leur bouche qu'une usurpation injuste d'une autorité qui no lai appartient pas, c'est-à-dire, qu'ils se jettent sur des reproches vagues et sans fondement, quand ils n'ont rien à dire contre ses intentions et contre ses ceuvres.
Je le dis en gémissant, mes Frères, la piété des gens debienne Irottve pas aujourd'hui plus d'indulgence parmi nous , que la sainteté de JésuMïhrist en trouva autrefois dans la Judée. Les Justes sont devenus l'objet des dérisions et de la censure publique ; et dans un siècle on les désordres sont si communs y où les excès et les scandales fournissent tant de matièreà la malignité des discours et des censures, on fait grâce à tout , excepté à la vcartuet à rinnocenoe.
Oui, mes Frères, si ce qui parolt de la conduite des gens de Mes est farréprochable, et ne donne point de prise à la censure) vous vous retranchezsnr leurs intentions , qui ne paroissent point; vous les accusez d'aller à leurs fins, et d'avoûr leurs desseins et leurs vues : Non est hie homo à Deo.
OM MERCREDI D£ UL QUATRIÈME SEMAmE.
Si leoTTerta semble se rapprocher de nous quelquefois, et mbattre de sa sévârité pour nous attirer à Dieu, en se oonTomiaiit à nos moMirs et à nos manières ; sans tous mettre en peine de leurs»tentkmf , tous leur faites un crime des complaisances les plus in* nocentes , et des relâchements les plus dignes d'indulgence t £ccê homo vorax^ eipoiaior vint.
Enfin, si leur vertu , embrasée d'un feu divin , ne garde plus «k mesures avec le monde, et ne laisse rien à dire, ni contre leurs intentions, ni contre leurs œuvres \ vous vous répandez en discours vagues, eureprocbessansfondement, contre leur zèle et leur piété même. .
Or , souSrez , mes Frères , que je m*élève une fois ici contre un abus si honteux à la religion , si injurieux à l'Esprit qui forme les aaints , si scandaleux parmi des chirétiens, si capable d'attirer sur nous ces malédictions étemelles, qui changèrent autrefois l'héri* tage du Seigneur en une terre déserte et aband<Hmée, et si digne du zèle de notre ministère.
Vous attaquez les intentions des gens de bien , quand vous n'avex rien à dire contre leurs enivres; et c'est une témérité. Vous eza* gérez leurs foiblesses , et vous leur faites des crimes des imperfeetions les plus légères ; et c'est une inhumanité. Vous tournez mèoie en ridicule leur ferveur et leur zèle ; et c'est une impiété. Et voHà, mes Frères, les trois caractères de l'injustice du monde eqvers les gens de bien. Une injustice de témérité qui soupçcmne toujours leurs intentions. Une injustice d'inhumanité qui ne fait point de grâce à leurs plus légères imperfections. Une injustice d'imi^élé , qui fait de leur zèle et de leur sainteté un sujet de mépris et de dérision. Poissent ces vérités, ù mon Dieu! rendre à la vertu rhonneur et la glœre qui lui sont dus, et forcer le monde luimême à respecter des Justes qu'il n'est pas digne de posséder 1
Ave^ Maria.
PE£lflèftB PARTIE.
Rien n'est plus grand , et plus digne de respect sur la terre, que la véritable vertu ; le monde lui-même est forcé d'en convenir. L'élévation des sentiments, la noblesse des motifs, l'empire sur les passions, la patience dans les adversités, la douceur dans les injures , le mépris de soi-même dans les louanges, le courage dans les difficultés , l'austérité dans les plaisirs, la fidélité dans les devoirs , Vé^ galité dans tous les événements de la vie ; en un mot, tout ce que la philosophie a fait entrer dans l'idée de son sage, ne trouve sa réalité que dans le disciple de l'Evangile. Plus même nos mceurs sont corrompues, plus nos siècles sont dissolus, plus une ame juste qui sait conserver au milieu de la corruption générale sa justice et son innocence, mérite l'admiration publique; et si les païens euxnémes respectoient si fort les chrétiens dans un temps ou tous les chréucns étoient saints, à plus fortp raison ceux des chrétiens, qui
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KoDt encore justes parmi nous , sont dignes de notre Ténératlon et de nos hommages, aajoord'hai où la sainteté est derenoe si rare parmi les fidèles.
Il est donc bien triste ponr notre ministère , que la cormption de nos mcBors nons oblige à faire ici ce que les premiers dérensears de la foi faisoient autrefois avec tant de dignité derant les tribunattx païens; c'est-à-dire, Tapolc^ie des serviteurs de Jésus-Christ i et qu'il faille apprendre à des chrétiens à honorer ceux qui font profession de l'être : cependant rien n'est plus nécessaire; et ce qui parott le plus dominer aujourd'hui dans le langage du monde , ce sont les censures et les dérisions de la piété. J'avoue que le monde semble respecter la vertu en idée ; mais il méprise toujours ceux qui en font profession : il convient que rien n'est plus estimable qu'une piété solide et sincère ; mais il se plaint qu'on ne la trouve nulle part : et en séparant toujours la vertu de ceux qui la pratiquent, il ne fait semblant de respecter le fanttaie de la sainteté et de la justice , que pour avoir plus de droit de mépriser et de censurer le Juste.
Or, le premier objet sur lequel tombent d'ordinaire les discours du monde contre la vertu, c'est sur la droiture des intentions des gens de bien. Gomme ce qui parott de leurs actions donne d'ordinaire peu de prise à la malignité et à la censure , on se retranche sur leurs intentions : on prétend aujourd'hui surtout, où sous un prince aussi grand que religieux, la vertu autrefois étrangère et moquée à la cour, y est devenue la voie la plus sûre des grâces et des récompenses ; on prétend que c'est là où visent ceux qui en font une profession publique; qu'ils ne veulent qu'aller à leurs fins, et que ceux qui paroissent les plus saints et les plus désintéressés , n'ont par-dessus les autres , que plus d'art et plus d'adresse : si on leur fait grâce sur la bassesse de ce motif, on leur en prête d'autres aussi dignes de l'élévation, de la vertu et de la sincérité chrétienne! Ainsi, qu'une ame touchée de ses égarements revienne à Dieu ; ce n'est pas Dieu qu'elle cherche, c est le monde par une voie plus fine et plus détournée : ce n'est pas la grâce qui a changé son corar, c'est l'âge qui commence à effacer ses traits, et qui ne la retire des plaisirs, que parceque les plaisirs commencent à la fuir eux-mêmes. Si le lèle embrasse des œuvres de miséricorde, ce n'est pas qu'on soit charitable; c'est qu'on veut devenir important : si l'on se renferme dans la prière et dans la retraite , ce n'est pas la piété qui craint les périls du monde ; c'est une singularité et une ostentation qui vent s'en attirer les suffrages : enfin , le mérite des plus saintes actions est toujours déprisé dans la bouche des mondains par les soupçons dont ils noircissent les intentions.
Qr, je trouve dans cette témérité trois caractères odieux qui en font sentûr tout le ridicule et toute l'injustice : c'est une témérité d'indiscrétion, puisque vous jugei , tous déddei sur ce que vous ne
700 MERCREDI DE iA QUATRIÈME SEMAINE.
praTeioonoottret c'est imetéoiérité de ocNTi^ puisque d'or-* diaaiie od ne luppose dans les autres que ce qu*0Q sent en soimême I enfin, une témérité de contradiction , puisque tous trouTet iqjustei ei insensés à votre égard» les mêmes soupçons qui tous ptroissentsi bien fondés contre votre frère. Ne perdez pas, je vous prie, la suite de ces vérités.
Je dis d'abord une témérité d'indiscrétion. Car, mes Frères, A Dieu seul est réservé le jugement des intentions et des pensées : lui seul , qui voit le secret des ccsurs, peut en juger : ils ne seront manife^ que dans ce jour redoutable où sa lumière luira dans les ténèbres. Un voile impénétrable est répandu ici-bas sur les profondeurs du cœur bumain t il faut donc attendre que le voile soit déchiré; que les passions honteuses qui se cachent, comme parle l'Apôtre, soient manifestées; et que le mystère d'iniquité, qui opère en secret, soit révélé: jusque-là, ce qui se passe dans le cœur des bonmies, caché à notre connoissance , est interdit à la témérité de DOS jugements i lors même que ce que nous voyons de la conduite de nos frères ne leur est pas favorable , la charité nous oblige de supposer que ce que nous ne voyons pas le rectifie et le répare ; et d'excuser les défauts des actions qui nous blessent, par l'innocence des intentions qui nous sont cachées. Or, si la religion doit nous rendre indulgents et favorables , même à leurs vices , souffiriroit-^e que nous fussions cruebet inexorables, même à leurs vertus?
En effet, mes Frères, ce qui rend ici votre témérité plus injuste, plus noire, plus cruelle, c'est la nature de vos soupçons. Car si vous ne soupQonnies les gens de bien que de quelqu'une de ces foiblesses inséparables de la condition humaine ; de trop de sen* sibiliié dans les injures, de trop d attention à leurs intérêts, de trop d'inflexibilité dans leurs sentiments ; nous aurions droit de vous répondre , comme nous dirons dans la suite , que vous exigez des gens de bien une exemption de tout défaut, et un degré de perfection qui n'est pas de cette vie. Mais vous n'en demeurez pas là : vous attaquez leur probité et la droiture de leur ccsur; vous les soupçonnez de noirceur, de dissimulation, d'hypocrisie; de faire servir à leurs vues et à leurs passions, les choses les plus saintes; d'être des imposteurs publics, et de se jouer de Dieu et des hommes, et cela sur les seules apparences de la vertu. Quoi , mes Frères, vous n'oseriez, après le crime le plus éclatant , porter d'un criminel convaincu un jugement si cruel et si odieux; vous regarderiez plutôt sa faute comme un de ces malheurs qui peuvent arriver à tons les hommes, et dont un méchant moment peut nous rendre capables; et vous le portez d'un homme de bien? et vous soupçonnez du Juste, sur une vie sainte et louable, ce que des mœurs scandaleuses et criminelles n'oseroient vous faire soupçonner d'un pécheur? et vous regardez comme un bon mot contre les serviteurs
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de Dieu , ce qui tous paroUroit unebarbarie contre un homme flétri de mille crimes ? Faut-il donc que la vertu soit le seul crime qui ne mérite point d'indulgence ^ qu'il suflfise de servir Jésus-Christ pour être indigne de tout ménagement; et que les, saintes pratiques de la piété, qui auroient dû attirer du respect à votre frérè, deviennent les seuls titres qui le confondent dans votre esprit avec les scélérats et les impies ?
Je conviens que l'hypocrite est digne de l'exécration de Dieu et des homnaes j que l'abus qu'il fait de la religipn est le plus grand de tous les crimes ; que les dérisions et les satires sont trop douces pour décriar un vice qui mérite rhonreur du genre humain; et qu'un théâtre profane a eu tort de ne donner que du ridicule à un caractère abominable , si honteux et si a£Digeant pour l'Eglise ; et qui doit plutôt exdler les larmes et l'indignation , ^e la risée des fidèles.
. Mais je dis que ce déchaînement éternel contre la vertu ; que ces soupfions téméraires qui confondent toujours l'homme de bien avec l'hypocrite ; que cette malignité, qui , en faisant des éloges pompeux de la justice, ne trouve presque aucun Juste qui les mérite : je dis que ce langage , dont on fait si peu de scrupule dans le monde , anéantit la religion , et tend i rendre toute vertu suspecte : je dis que par-là vous foumisseï des armes aux impies, dans un siècle où tant d'autres scandales n'autorisent que trop l'impiété. Vous leur aidet à croire qu'il n'y a plus de Justes sur la terre; que les Saints mêmes qui ont autrefois édifié l'Eglise, et dont nous honorons la mémoire , n'ont dçnné aux hommes que le spectacle d'une fausse vertu, d(Mit ils n'a voient que le fantôme et les apparences; et que l'Evangile n'a jamais formé que des pharisiens et des hypocrites. Cpmprcipez-voujB, mes Frères, tout le crime de ces dérisions insensées? vous croyez rire de la fausse vertu, et vous blasphémez c<mtre la religion. Je le répète, en vous défiant de la sincérité des Justes que vous voyez, l'impie conclut que ceux qui les ont précédés, et que nous ne voyons pas, leur étoient semblables ; que les martyrs eux-mêmes, qui couroient à la mort avec tant de fermeté, et qui rendoient à la vérité le témoignage le plus éclatant et le mcHus suspect que L'homme puisse lui rendre , n'étoient que des furieux qui cherchoient une gloire humaine par une vaine ostentation de courage et d'héroïsme; et qu'enfin, la tradition vénérable de tant de Saints, qui de siècle en siècle ont. honoré et édifié l'Egliae, n'est qu'une tradition de fourberie et d'artifice. Et plùtà Dieu que ce ne fAt ici qu'un emportement de zèle et d'exagération 1 ces blasphèmes, qui font horreur, et qui auroient dû être ensevelis avec le pi^anisme, nous avons encore la douleur de les entendre V^rnA nous 1 Et vous-mêmes , qui en frémissez , vous les mettez pourtant, sans le vouloir dans la bouche de l'impie; ce sont vos
ttosores éCernelles de la piété, qui ont renda eu nos joon riiii|iiéi6 si oommiuie et si impunie.
Je n'ajonte pas que par-là tout deTient douteux et ineertaiu dans la société. Il n'ya donc plus, ni bonne foi , ni droiture, ni fidélité parmi les hommes. Car s'il ne faut plus compter sur la sincérité et sur la Tcrtn des Justes ; si leur piété n'est que le masque de leurs passons, nous ne compterons pas sans doute plus sur la prcriMté des pécheurs et des mondains : tous les honmies ne seront donc plus que des fourbes et des scélérats dont il faudra se défier, et ne wme avec eux que comme avec des ennemis d'autant plus à craindre, qu'ils cachent sous les dehors de l'amitié et de l'humanité, le dessein , ou de nous tromper, ou de nous perdre. Il n'y a qu'un oour profondément mauTais et corrompu , qui puisse supposer tant de noirceur et de corruption dans les autres.
Et voilà le second caractère de cette témérité dont nous parlons. Oui , mes Frères, ce fonds de malignité , qui voit le crimeà traTers même les apparences de la vertu, et qui attrB>ue à des eouTres saintes des intentions criminelles, ne peut partir que d'une ame noire et corrompue. Comme les passions tous ont gâté le cœur, à vous que ce discours regarde ; que vous êtes capable de toute dupUcHé et de toute bassesse ; que vous n'avesrien de droit , rien de noble, rien de sincère : vous soupçonnes aisément vos frères d'être ce que vous êtes : vous ne sauries vous persuader quil j ait encore des coeurs simples, sincères et générrax sur la terre : vous croyez voir partout ce que vous sentez en vous-même : vous ne pouvez comprendre que l'honneur, la fidélité , la sincérité, et tant d'autel vertus toujours fausses dans votre cosur, aient quelque chose de plus vrai et de plus réel, danslecœurdes personnes même les plus respectables par leur élévati<mou par leur caractère: vousressemblez aux courtisans do roi des Ammonites; comme ib n'avoient point d'autre occupation que d'être sans cesse attentifs à se supplanter les uns les autres, et à se dresser mutuellement des pièges, ils n'eurent pas de peine à croire que David n'alloit pas de meilleure foi avec leur mattre. Vous croyez, disoiait-ils à oe prince, que David pense à honorer la mémoire de votre père , en vous envoyant des députés qui viennent vous consoler sur sa mort: Putas quodpropter honorent pairis tui misent Dapid ad te consaiatom 1 3. /{^., X , 3) : ce ne sont pas des consolateurs qu'il vous envole, sesont des espions ; c'est un fourbe, qui sous les dehors pompeux d'une ambassade honorable et pleine d'amitié, vient fiûre examiner les endroits foibles de votre royaume, et prendre des mesures pour vous surprendre: et non ideh ta inpestigaret et explorant ciin^ totem ( Ibid.)? C'est le malheur des cours surtout : comme OQ.y est né et qu'on y vit dans le faux, on croit le voir dans la vertn aussi bien que dans le vice : comme c'est une scène où chacun joue
INJUSTICE DU MONDE, m. 70t
un penoDOAgeempranté, oncroil que rhomoie de Meo nefiUqa'y jouer le p0noiiiiagedelaY«rtutkgiiio6riténieoQioiilile,y {miroll toqoQrs impossible.
Un boD eœur, on cœur droit, simple etsinc&re, ne pent presque comprendre qu'il 7 ait des imposteurs sur la terre: il InmTe dans son propre fonds Fapcdogie de tons les antres hommes, et mesure , par oe qu'il lui en eoûtendt à Ini-aiéme pour n'être pas de bonne foi, ce qu'il en doit ooAter aux antres. Aussi, mes Frères, Airamjy^ ceux qui forment ces soupçons affreux et téméraires contre les gens de bien ; vous trouverei que ce sont d'ordinaire des hommes £réglés et eorronq>us, qui cherchent méqae à se calmer dans lenrsdissolutions, en supposant que leurs foiblesses sont des foildesses de tous les hommes; que ceux qui paroissent les plus vertueux , n*ont pardessus eux que plus d'habileté pour les cacher ; et qu'au fond » si on les voyoit de près, on tromveroit ^'ils sont Csits comme les autres hommes : ils font de cette pensée injuste une ressource affreuse à leurs débauches. Ils s'affermissent dans le désordre, en y associant tous ceux que la 'crédulité des peuples appelle gens de bieut ils se font une idée affreuse du gaire humain, pour être moins effrayés de celle qu'ils sont obligés d'avoir d'eux-mêmes ; et tâchent de se persuader qu'il n'y a plus de vertu, afin que le vice plus commun leur paroisse plus excusable; comme si, 6 mon Dieu! la flMiltilude des criminels ponvoit 6ter à votre justice le droit de punir le crime.
Mais on a va tant d'hypocrites, dites-vous, qui ont dNisé si kng^temps le monde , qu'on regardoit comme des Saints et des amis de Dieu , et qui cependant n^étcrient que des hommes pervers et corrompus I
Je l'avoue avec douleur , mes Frères : mais que voulefr^vous oon* clure de là? que tous les gens de bien leur ressemblent? la consé^ quence est al^use : et où en seroit le genre humain , si vous ni^ sonnicK ainsi sur tout le reste des hommes? On a vu tant d'épouses infidèles t n'y a-t-il donc plus de pudeur et de fidAité dans le lien sacré du mariage? tant de magistrats ont vendu leur honneur et leur ministère t la justice et l'intégrité sont-elles donc bannies de tous les tribunaux ? les histoires nous ont conservé le souvenir de tant de princes perfides, dissimulés, sans foi , sans honneur , éga* lement infidèles à leurs ennemis , à leurs alliés, à leurs sujets t la droiture, la vérité, la rdigion, n'environnent-elles donc plus le trône? Levei les yeux , et regardez le prince grand et respectable , qui rhonoreet qui le remplit : les siècles passés ont vn tant de sujets distingués par leurs noms , par leurs charges, par les bienfaits de leur souverain, trahir le prince et la patirie, et entretenir avec l'ennemi des intelligences criminelles t trouveriei*vous le maître qae vous serves avec tant de lèle et de valeur, équitable, si làdessus la fidélité d'nn chacun de vous lui devenoit suspesie? Pour*
10k MERCREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE.
i|iioidoiiciiiifloapçDn qui fait liiii 1 1 m i m n 1 1 ii hniii li ii mili iiii Ikmmu m^ ne 8erB-t*il sappertablçqae contre ksgens de biens? ponrqioi une oonséqaence ridicule partout ailleurs , ne seroit-dle sensée qpaa contre la Terto? la perfidie d'an seul Judas tous failrelle oondnre que ton» les autres disdples fussent des traîtres et des infidâka! l'hypocrisie 4e Simon le magicien prouve-t«eUe que la conversion devons les autres disciples qui embrassoient la M , ne fût qa*iiQ artifice pour arriver à leurs fins ; et qu'ils ne marchassent pas droity comme lui, dans la voie de Dieu? Quoi de plus injuste et de ptais insensé, que de faire k tous un crime de la faute d'un seul? fl est diÂcile , je l'aroue, que le vice ne se pwe qoelquelûs des apparences de la vertu ; que l'ange de ténèbres ne se transfigure ipîd* quefois en ange de lumière; et que les passions, qui mettent tont en cBUvre pour réussir , ne s'avisent pas quelquefoto d'appder à leur secours les apparences mêmes de la piété , sous un règne aui^ tout où la piété honorée , est presque le chemin de la fortune et des grâces. Mais c'est une extravagance de faire retomber sur toute cette vortu l'usage impie que quelques-uns peuvent faire de la vertu même; et de croire que quelques abus découverts dans une profession sainte et vénérable, Mshonorent généralement tous ceux qui l'ont embrassée. C'est, mes Frères, que nous haïssons tous les hommes qui ne nous ressemblent pas ; et que nous sommes ravis de pouvoir condamner la vertu, paroeqne la vertu elle-même nous condamne.
Maison j a été si souvent tronqfiél dites^vons. Jelevenx : mais je vous réponds: Quand même vous voi» tromperieg , en ne voulant pas soupçonner vos frères, et en rendante une fausse vertu l'estime et l'honneur qui ne sont dus qu'à la vertu véritaMe, qu'eu seroit-il ? que vous arriveroit-il de si triste, de si honteux, de votre crédulité? vous auriez jugé selon les règles de la charité , qui ne croit pas facilement le mal , et qui se réjouit même des apparences du bien selon les règles de la justice; qui n'est pas capable envers les autres d'une malignité dont elle ne voudroit pas qu'on usAtà son égard; selon les règles de la prudence, qui ne jugeqne sur ce qu'elle voit , et laisse au Sdgneur le jugement des intentioB et des pensées ; enfin, selon les règles de la bonté et de l'humanité , qui i»ésume toujours en faveur de ses frères. Et qu'y auroit-il dans cette méprise qui dût tant vous alarmer? il est si beau de se tromper par un motif d'humanité et d'indulgence! ces erremrs font tant d'honneur à un bon coBur I il n'y a «pie des hommes vrais el vertueux qui en soient capables ; mais comme vous ne l'êtes pas, vous aimez encore mieux vous tromper , en dégradftttt l'homme de bien de Thonneur qui lui est dû, qu'en courant risque de ne pas couvrir l'hypocrite de la confusion qu'il mérite.
Mais d'ailleurs , d'où vous vient ce zèle et ce déchatoement contre l'dHis que l'hypocrite fait de la vertu véritable? prenex-
INJUSTICE DIJ MONDE , etc. 70&
vous ri fort à cœur les intérêts de la gloire de Dieu , qoe vous Touliez le venger de ces imposteurs qui le déshonorent ? que vous importe que le Seigneur soit servi avec un cœur double ou sincère, vous qui ne le servez et qui ne le oonnoissez même pas? qu*y a*t-il qui vous intéresse si fort dans la droiture ou dans 1 hypocrisie de ses adorateurs , vous qui ne savez pas môme comment on Tadore? Âh ! s'il étoit le Dieu de voire cœur, si vous Taimiez comme votre Seigneur et votre Père, si sa gloire vous éloit chère , on pardonneroit du moins à un excès de zèle, Taudace avec laquelle vous vous élevez contre l'ontrage que fait à Dieu et à son culte, la vertu simulée de l'hypocrite. Les Justes qui l'aiment et qui le servent, auroient, ce semble, plus de droit d'éclater contre un abus si injurieux à la piété sincère. Mais vous qui vivez comme les paï^is qui n'ont point d'espérance, abîmé dans le désordre, et dont toute la vie n'est qu'un crime continuel ; ah! ce n'est pas à vous à prendre les intérêts de la gloire de Dieu contre les fausses vertus qui font tant de tort et tant de peine à l'Église : qu'il soit servi de bonne foi , ou par pure grimace, ce n'est pas une affaire qui vous regarde. D'où vient donc un zèle si déplacé? Youlez-vous le savoir? Ce n'est pas le Seigneur que vous voulez venger, ce n'est pas sa gloire qui vous intéresse , c'est celle des gens de bien que vous cherchez à flétrir : ce n'est pas l'hypocrisie qui vous blesse , c'est la piété qui vous déplaît : vous n'êtes pas le censeur du vice ; vous n'êtes que l'ennemi de la vertu : en un mot, vous ne haïssez dans l'hypocrite que la ressemblance de l'homme de bien.
En effet, si vos censures partoient d'un fonds de religion et de zèle véritable, ah! vous ne rappelleriez qu'avec douleur l'histoire de ces imposteurs qui ont pu quelquefois réussir à tromper le monde : que dis-je? loin de nous alléguer ces exemples avec un air triomphant , vous gémiriez du scandale dont ils ont affligé l'Eglise; loin de vous applaudir lorsque vous nous en rappelez le souvenir, vous souhaiteriez que ces tristes événements fussent effacés de la mémoire des hommes. La loi maudissoit celui qui découvroit la honte et la turpitude de ceux qui lui avoient donné la vie ; mais c'est la honte et le déshonneur de l'Eglise votre mère, que vous exposez avec plaisir à la dérision publique. Prenez-vous soin de rappeler certaines circonstances humiliantes f our votre maison , et qui ont déshonoré autrefois le nom et la vie de quelqu'un de vos ancêtres? ne voudriez-vous pas effacer ces traits odieux des histoires qui les ont conservés à la postérité? ne regardez-vous pas comme les ennemis de votre nom , ceux qui vont fouiller dans les siècles passés, pour y déterrer ces endroits odieux , et les faire revivre dans la mémoire des hommes? n'opposez- vous pas à leur malignité cett9 maxime d'équité, que les fautes sont personnelles; et qu'il est in* juste de faire retomber sur tous ceux qui ont porté votre nom^ le. mauvaise conduite d'un seul qui l'a déshonoré ?
706 Mercredi de la quatrième semaikë.
Appliqaez-yous la règle à Toitt-inéiiie : FEglise est Totrc maiaoD ; tes Justei seuls sont vos proches , vos frères , ros prédécesseurs, vos ancélres \ eux seals composent celle famille des premiers nés, à laqueUe vons devei être éternellement réuni. Les impies seront un jour comme s'ils n'avoient jamais été; les liens du sang, de la nature, de la société qui vous unissent à eux, périront ; un chaos immense et étemel les séparera des enfants de Dieu ; ib ne seront plus, ni vos frères, ni vos aïeux, ni vos proches ; ils seront rejetés, oubliés, effacés de la terre des vivants, inutiles aux desseins de Dieu, retranchés pour toujours de son royaume, et ne tenant plus paraucunlien à la société des Justes, qui seront alorssails vos frères, vos ancêtres, votre peuple, votre tribu. Que faites-vous donc en dé couvrant avec complaisance Tignominie de quelques faux Justes qui déshonorent leur histoire? c*est volremaison, votre nom, vosproches, vos ancêtres que vous déshonorez : vous venez flétrir Fédat de tant d'actions glorieuses qui ont rendu leur mémoire immortelle dans tous les siècles, par l'inOdélité d'un seul , qui portoit le même nom qu'eux , l'avilit par des mœurs et une conduite fort dissemblable : c'est donc sur vous-même que retombe cet opprobre; à moins que vous n'ayez déjà renoncé à la société des Saints, et que vous n'aimiez mieux choisir votre partage éternel avec les impies et les infidèles.
Mais ce qu'il y a ici de plus bizarre dans cette témérité qui veut toujours juger et noircir les intentions secrètes des gens de bien, c'est qu'en cela vous tombez en contradiction avec vous-mtoes t dernier caract^« de cette témérité.
Oui, mes Frères, vous les accusez d'aller à leurs fins, d'avoir leurs vues dans les actions les plus saintes, et de ne jouer que le parsonnage de la vertu. Mais vous sied-il , à vous qui vivez à la cour, de leur faire ce reproche ? toute votre vie est une feinte étemelle ; vous jouez partout un rôle qui n'est pas le vùtre ; vous flattez ceux que vous n'aimez pas ; vous rampez devant d*aulres que vons méprisez ; vous faites l'empressé auprès de ceux de qui vous attendez desgraces, quoiqu'au fond vous regardiez leur faveur avec envie , et que vous les croyiez indignes de leur élévation ; en un mot, toute votre vie est un personnage continuel. Partout votre cœur dément votre conduite; partout votre visage est la contradiction do vos sentiments i vous êtes les hypocrites du monde, de l'ambition, de la faveur, de la fortune ; et il vous appartient bien après cela de venir accuser les Justes des mêmes feintes, et de faire sonner si haut leur dissimulation et leur prétendue hypocrisie t quand vous n'aurez rien à vous rqirocher làdessus, on écoutera la témérité de vos censures ; ou plutôt vous avez raison d'être jaloux de la gloire des artifices et des bassesses , et de trouver mauvais que les Justes veuillent se mêler d'un art qui vous appartient et qui vous est profve.
D'ailleurs, vous vous récriez si fort lorsque le monde, tropat-
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leotif à Tos démarches, interprète malignement certaines visites marquées, certaines assiduités suspectes, certains regards affectés : vous dites si liaut alors , que si cela est ainsi, personne ne sera plus imiooent ; qu'il n'y aura plus de femme régulière dans le monde ; que rien n'est si aisé que de donner un air de crime aux dioses les plus innocentes ; qnll faut donc se bannir de la société, et s'interdire tout omunerce ayec le genre humain i tous déclamez alors si tîtoment contre la malignité des hommes, qui sur des démarches indifférentes, TOUS prêtent des intentions criminelles I Mais les Justes donnent-ib plus de lieu à la témérité des soupçons que tous formez contre eux? et s'il vous est permis d'aller diercher en eux le crime sous les apparences mêmes de la vertu, pourquoi trouvez-vous si inauvais que le monde ose le supposer en vous , et vous croire criminel sur les apparences du crime même?
Enfin, lorsque nous vous reprochons , femmes du monde, votre assiduité aux spectacles, et aux lieux ob l'innocence court tant de risques; l'indécence et llmmodestie de vos parures; vous nous répondez que vous n'avez point de mauvaises intentions» que vous n'en voidez à personne : vous voulez qu'on vous passe des mœurs indécentes et criminelles, sur la prétendue innocence de vos intentions que tout dément au dehors; et vous ne sauriez passer aux gens de bien des mœurs saintes et louables sur la droiture de leur cœur, dont tout parolt au dehors vous répondre : vous exigez qu'on juge vos intentions pures , lorsque vos œuvres ne le sont pas; et vous crojez avoir droit de vous persuader que les intentions des gens de bien ne sont pas innocentes , lorsque toutes leurs actions le paroisscnt. Cessez donc, ou de nous faire l'apologie de vos vices , ou la censure de leur vertu.
C'est ainsi , mes Frères, que tout s'empoisonne entre nos mains, et que tout nous éloigne de Dieu : le spectacle même de la vertu , devient pour nous un prétexte de vice; et les exemples eux-mêmes de la piété, sont des écneils de notre innocence. 11 semble, ô mon Dieu I que le monde ne nous fournit pas assez d'occasions de nous perdre; que les exemples des pécheurs ne suffisent pas pour auto^ riser nos égarements : nous allons leur chercher un appui jusque dans ks vertus mêmes des Justes.
Mais vous nous direz que le monde n'a pas si grand tori de censurer ceux qui se donnent pour gens de bien ; qu'on en voit tons les jours qui sont plus vifs que les autres hommes sur la fortune , plus empressés pour le plaisir, plus délicats sur les injures, plus fiers dans l'élévation , plus attachés à leurs intérêts. C'est ici la seconde injustice du monde envers les gens de bien : non-seulement on inti*rprète malignement leurs intentions, ce qui est une témérité; mais encore on examine lears plus légères imperfections , et s'est uaefahnmanité.
8BC01IDB PARTIS.
On peut dire qae le monde est eoyers les Justes on oeoseur plas sévère que rÉvangile même; qu'il exige d'eox plus de perfectioo ^ et qae leurs foiblesses trouvent devant le tribunal des honuues moins dlndulgence , qu'elles n'en trouveront un jour devant le tribunal de Dieu même.
Or je dis que cette attention à exagérer les défauts ks plus légers des gens de bien , seconde injustice où le monde tombe k leur égard , est une inbumanité, par rapport à la foiblesse de rbomme , à la difficulté de la vertu, et enfln aux maximes du monde même. Ne vous lassez pas, mes Frères , de m'écouter.
Une inhumanité par rapport à la foiblesse de l'homme. Oui, mes Frères, c'est une illusion de oroire qu'il j ait parmi les hommes des vertus parfaites : ce n'est pas la condition de cette vie mortelle : chacun presque porte dans la piété ses défauts , ses humeurs et ses propres foiblesses : la grâce corrige la nature , mais ne la détruit pas : l'Esprit de Dieu, qui crée en nous un homme nouveau, y laisse encore bien des traits de l'aucien : la conversion finit aoa vices, mais n'éteint pas nos passions t en un mot, elle forme en nous le chrétien ,.mais elle nous laisse encore l'homme. Les plus justes conservent donc encore bien des restes du pécheur : David, ce modèle de pénitence , méloit encore à ses vertus trop d'indutgence pour ses enfants, et des regards de complaisance sur la multitude de son peuple et sur la prospérité de son règne s la mère des enfants de Zébédée , malgré la foi qui l'attacboit à Jésus-Christ, n'a voit rien perdu de sa vivacité pour l'élévation de ses enfants , et pour leur assurer les premières places dans un royaume terrestre t les apôtres eux-mêmes disputoient encore entre eux des rangs et des préséances : nous ne serons parfaitement dtiUvréa de toutes ces misères , que lorsque nous serons délivrés de ce corps de mort qui en est la source. La vertu la plus éclatante a donc toujours ici-bas ses taches et ses difformités» qu'il ne faut pas regarder de trop près ; et il y a toujours dans les plus justes des endroits par où ils ressemblent au reste des hommes. Tout ce qu'on peut donc exiger de la foiblesse humaine , c'est que les vertus l'emportent sur les vices, le bon sur le mauvais; c'est que l'essentiel soit réglé , et qu'on travaille sans cesse à régler le reste.
Et certes , mes Frères , pleins de passions comme nous sommes , dans la condition misérable de cette vie ; chargés d'un corps de péché qui appesantit notre ame ; esclaves de nos sens et de la chair -, portant au dedans de nous une contradiction éternelle à la M de Dieu , en proie à mille désirs qui combattent contre notre ame , ks jouets éternels de notre inconstance et de rinstahîlilé de notre ccrar ; no trouvant rien en nous qui favorise nos devoirs; vifs pour
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toat ce qai nous éloigne de Dieu , dégoûtés de tout ce qui nous en approche ; n'aimant que ce qui nous perd , ne haïssant que ce qui nous sauve ; foihlcs pour le bien , toujours prêts pour le mal ; et en un mot, trouvant dans la vertu recueil de la vertu même; doit-il vous parottre étrange, que des hommes environnés, pétris de tant de misères, en laissent encore parottre quelques-unes, que des hommes si corrompus ne soient pas toujours égalemeots saints? et si vous aviez de Féquité , ne les trouveriez- vous pas plus dignes d'admiration d'avoir encore quelques vertus, que dignes de censure pour conserver encore quelques vices ?
D'ailleurs Dieu a ses raisons en laissant encore aux plus gens de bien certaines foiblesses sensibles, qui vous frappent et qui vous révoltent. Premièrement, il veut parla les humilier, et mettre leur vertu plus en sûreté en la leur cachant à eui-mêmes. Secondement, il veut ranimer leur vigilance; car il ne laisse des Amorrhéens dans la terre de Ghanaan , c'est-à-dire , des passions dans le cœur de ses serviteurs, que de peur que, délivrés de tous ennemis, ils ne s'endorment dans Toisivcté, et dans une dangereuse confiance. Troisièmement, il veut exciter en eux un désir continuel de la patrie éternelle , et leur rendre l'exil de cette vie plus amer, par le sentiment des misères dont ils ne sauroicnt obtenir ici-bas une entière délivrance. Quatrièmement, peut-être aussi pour ne pas décourager les pécheurs par le spectacle d'une vertu trop parfaite, et à laquelle ils croiroient ne pouvoir jamais atteindre. Cinquièmement, c*est pour ménager aux Justes une matière continuelle de prière et de pénitence, en leur laissant une source continuelle de péché. Sixièmement , pour prévenir les honneurs excessifs que le monde pourroit rendre à leur vertu , si elle étoit si pure et si éclatante, et de peur qu'elle ne trouvAt sa récompense ou scm écueil, dans les vaincs louanges des hommes. Que dirai-je enfin? c'est peutêtre encore pour achever d'endurcir et d'aveugler les ennemis de la piété ; vous confirmer, vous qui m'écoutez , par les foiblesses des gens de bien, dans l'opinion insensée qu'il n'y a point de véritable vertu sur la terre ; vous autoriser dans vos désordres , en leur en supposant de semblables ; et vous rendre inutile tout exemple de la piété des Justes. Vous triomphez des foiblesses des gens de biens et leurs foiblesses sont peut-être des punitions de Dieu sur vous , et des moyens dont sa justice se sert pour nourrir vos préventions injustes contre la vertu , et achever de vous endurcir dans le crime. Dieu est terrible dans ses jugements; et la consommation \ de l'iniquité est d'ordinaire la suite de l'iniquité même.
Mais en second lieu , quand la foibiesse de l'homme ne rendroil |MS barbares et inhumaines vos censures sur les défauts qui peuvent rester encore aux gens de bien , elles le seroient par rapport à la dilBcnlIë toute seule de la vertu.
Car, de bonne foi, mes Frères, vous paroit-il si aisé de vivra
seloQ Dieu, et de mardier dans les yoies étroites da salut, que vous deTÎei être si impitoyables eoyers les Justes, dès qu'ils ^en écartent un seul moment? Est*il si naturel de se renoncer sans cesse soi-même , d'être toujours en garde contre son propre cœur , d'en vaincre les antipathies, d'en réprimer les penchants, d'en abattre la fierté, d'en fixer l'inconstance? Est-il si facile de retenir les saillies de l'esprit, d'en modérer les jugements, d'en désavouer les soupçons, d'en adoucir l'aigreur, d'en étouffer la malignité? £st-€e une affaire si aisée d'être l'ennemi étemel de son pnqpre corps, d'en vaincre la paresse, d'en mortifier les goûts, d'en crud* fier les désirs? Est-il si naturel de pardonner les injures , de souffrir les mépris, d'aimer et de combler de biens ceux qui nous font du mal , de sacrifier sa fortune pour ne pas manquer à sa conscience , de s'interdire des plaisirs où tous nos penduints nous entraînent, de résister aux exemples, de soutenir tout seul le parti de la vertu contre la multitude qui le condamne? Tout cela vous parott-il si aisé , que ceux qui s'en écartent d'un seul point, ne vous semblent dignes d'aucune indulgence? Que nous dites-vous vousmêmes tous les jours sur les difficultés d'une vie chrétienne , lorsque nous vous proposons ces règles saintes? Est>il si étonnaDt qu'un homme qui marche depuis long-temps par des chemins rades et escarpés, chancelle on tombe même quelquefois de lassitude ou de foiblesse?
Barbares que nous sommes I et cependant la plus légère imperfection dans les gens de bien , anéantit dans notre esprit toutes leurs qualités les plus estimables; et cependant, loin de faire grâce h leurs foiblesses en favear de leur vertu , c'est leur vertu elle-même qui nous rend plus cruels et plus inexorables envers leurs foiblesses : il sufBt , ce semble, d'être Juste pour ne mériter plus d'indulgence : nous avons des yeux pour leurs vices ; nous n'en avons plus pour leurs vertus : un moment de foiblesse effiice de notre souvenir une vie entière de fidélité et d'innocence.
Mais en quoi , mes Frères , votre injustice envers les gens debien est plus cruelle , c'est que ce sont vos exemples , vos démnrdres , vos censures elles-mêmes qui les ébranlent, qui les affoiblissent, qui les forcent quelquefois de vous imiter ; c'est la corruption de vos mœurs, qui devient tous les jours le piège le plus dangereux de leur innocence; ce sont les dérisions insensées que vous faites sans cesse de la vertu, qui les obligent souvent pour les éviter de se couvrir des apparences du vice. El comment voulez-vous que la piété des plus Jfustes se conserve toujours pure au milieu des mesura d'aujourd'hui; dans un monde pervers, où les usages sont des abus , où les bienséances sont des crimes , où les passions sont les 9euls liens de la société, et où les plus sages et les plus vertueux sont ceux qui ne retranchent du crime que le scandale ? Comment vouleiHvous que parmi ces dérisions éternelles, qui jettent un ridi*
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cule sur les gens de Meo , qui leur font honte de la rertu , qui les forcent souvent de contrefaire le vice ; comment voulez-vous qu'au milieu de tant de désordres, autorisés par les mœurs publiques, par des applaudissements insensés, par des exemples que le rang et les dignités rendent respectables , par le ridicule dont on couvre ceux qui osent en faire scrupule , et enfln, par la foiblesse même de leur ccBur ; comment voulez-vous que les Justes résistent toujours à ce torrent fatal , et qu'obligés de se roldir sans cesse contre ce cours rapide et impétueux, qui entraîne tout le reste des faonunes, la force ou Tattention leur manquant un instant , ils ne s'y laissent pas quelquefois aller eux-mêmes? Vous êtes leurs séducteurs : et vous trouvez mauvais qu'ils se laissent séduire? Ne leur reprochez donc plus vos scandales qui aflToiblissent leur foi, et qu'ils vous reprocheront devant le tribunal de Jésus-Christ ; et ne triomphez plus de leurs foiblesses qui sont votre ouvrage, cl dont ils demande* ront un jour vengeance contre vous-mêmes.
Aussi j'ai dit en dernier lieu, que par rapport à vos maximes mêmes, votre injustice envers les g^ do bien ne sauroit être excusée de dureté ou d'extravagance ; jugez-en vous-mêmes. Vous dites tous les jours qu'un (el avec sa dévotion ne laisse pas d'aller à ses fins ; qu'un autre est fort exact à faire sa cour ; qu'un autre encore a une vertu si sensible et si délicate , qu'une piqûre le blesse et le révolte ; que celui-ci ne pardonne point ; que celle-là n'est pas fichée encore de plaire ; qu'une autre a une vertu fort commode , et mène une vie douce et agréable ; qu'une autre enfin est toute pétrie d'humeur et de caprice, et que dans l'enceinte de sa maison , personne ne peut compatir avec elle : que sais-je? car les discours et les satires ne finissent pas sur cet article ; et là-dessus vous décidez fièrement qu'une dévotion mêlée de tant de défauts ne sauroit jamais en faire des Saints , et les conduire au saints voilà vos maximes. Et cependant lorsque nous venons nous-mêmes vous annoncer ici que la vie mondaine, oiseuse, sensuelle, dissipée, et, presque toute profane, que vous menez, ne sauroit être une voie de salut, vous nous soutenez que vous n'y voyez point de mal : vous nous accusez de dureté, et d'outrer les règles et les devoirs do voire état; vous ne croyez pas qu'il en faille davantage pour se sauver. Mais, mes Frères, de quel côté est ici la dureté et l'injustice? vous damnez les gens de bien, parcequ'ils ajoutent à leur piété quelques endroits qui vous ressemblent ; parcequ'ils mêlent quelques-uns de vos défauts à une infinité de vertus et de bonnes œuvres, qui les réparent; et vous vous croyez dans la voie du salut, vous qui n'avez que ces défauts, sans la piété elle-même qui les purifie? O homme! qui êtes-vous donc pour sauver ceux que le Seigneur condamne, et pour condamner ceux qu'il justifie?
Ce n'est pas assez, et vous allez voir encore combien peu , sur ce point , vous vous accordez avec vous-même. En eflcl , lorsque
71â MERCREDI DE LÀ QUATRIÈME SEMAINE.
les gens de bien Tivent dans une retraite oitière ; qu'ils ne gardent plus de mesures a^ec le monde; qu'ils se cachent pour toujours aux yeux du public; quils quittent môme certaines places de fstveur et de distinction ; qu'ils se dépouillent de leurs charges et de leurs dignités, pour yaquer uniquement à leur salut ; qu'ils md* nent une vie de larmes, de prière, de mortification , de silenoe w(et ces exemples, notre siède a été assez heureux pour vous en fournir ) : qu'avez*TOus dit alors? qu'ils poussoient les choses trop loin ; qu'on leur donnoit des conseils violents ; que leur zèle n'étoit pas selon la science; que si tout le monde les imitoit, les devoirs publics seroient négligés ; que personne ne rendroit |dus à la patrie tt à l'Etat, les services dont il ne peut se passer ; qu'il ne Tant (N>int tant de singularité ; et que la véritable dévotion , c'est de vivre animent , et de remplir les devoirs de l'état où Dieu nous a idaoés : voilà vos maximes. Mais d'un autre c6té, lorsque les gens de bten accordent avec la piété les devoirs de leur état, et les intérêts inno cents de la fortune ; qu'ils gardent encore certaines mesures de bienséance et de société avec le monde; qu'ils paroissent aux lieux d'où leur rang ne leur permet pas de se bannir; qu'ils participent encore à certains plaisirs publics que la situation où ils se trouvent leur rend inévitables ; en un mot , qu'ils sont prudents dans le bien, et simples dans la mal : ah I vous dites alors qu'ils sont faits comme les autres hommes ; qu'à ce prix-là, il vous parott tati aisé de servir Dieu ; qu'il n'y a rien dans leur dévotion qui vous fasse peur; et que vous seriez bientôt un grand Saint , s'il n'en falloit pas davantage. La vertu a beau parottre sous différentes faces, il suffit qu'elle soit vertu, pour vous déplaire et mMter vos censures. Accordez-vous donc avec vous-même : vous voulez que les gens de bien soient faits comme vous; et vous les condamnez dès qu'ils vous ressemblent.
Vous renouvelez l'injustice et la dureté des Juifs de notre Évangile. Lorsque Jean-Baptiste parut dans le désert, revêtu de poil de chameau , ne mangeant ni ne buvant, et donnant à la Judée le spectacle d'une vertu plus austère que celle de tous les Justes et de tous les prophètes qui l'avoient précédé ; ils regardoient , dit Jésus-Christ, l'austérité de ses mœurs comme l'illusion d'un esprit imposteur, qui le séduisoit, et ne le poussoit à ces excès, que pour lui faire trouver dans la vanité le dédommagement de sa pteitence. Le Fils de l'Homme, au contraire , vint ensuite , continue le Sauveur, mangeant et buvant; leur proposant dans sa conduite le modèle d'une vie plus à portée de la foiblesse humaine; et pour servir d'exemple à tous, menant une vie simple et commune que tous pussent imiter : est-il plus à couvert de leurs censures? ah! ib le font passer pour un homme de plaisir et de bonne ch«\re ; et la condescendance de sa vertu n'est plus dans leur esprit , qu'un rdàchôment qui la flétrit et la déshonore. Les vertus les plus dîssenH
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bkUetiieiéiiMiMeatqa'à s'attirer les mêmes reprodm. Abîmes Frères, que les gens de bien seroient à plaindre, s'ib ayoient à élre jugés deyani le tribanal des hommes l mais ils sayent que le monde qui les juge est déjà lui-même jugé.
Et ce qu'il y a ici de plus déplorable, mes Frères, dans la séyérite ayec laquelle yous condamnez les plus légères imperfections des gens de bien , c'est que si un pécbeur célèbre et scandaleux , après une yie entière de crime et d*excès, donne seulement au lit de la mort quelques foibles marques de repentir ; s1l prononce seulement le nom d'un Dieu qu'il n'a jamais connu , et qu'il a toujours Uaspbéméi s'il consent enfin, après bien des délais et des répu< gnanoes , à receyoir les grâces et les derniers remèdes de VlÉglise ^ qu'on n'osoit même lui proposer; ah! yous le rangez parmi les Saints : yous dites qu'il a fait une mort chrétienne, qu'il s'est reconnu, qu'il a demandé pardon à Dieu ; et là-dessus yous espérez tout de son salut, et yous ne doutez plus que le Seigneur ne lui ait fait miséricorde? Quelques marques forcées de religion qu'on lui a arrachées, sufiBsent, selon yous, pour lui assurer le royaume de Dieu , où rien de souillé n'entrera ; suffisent , dis-je , malgré les désordres et les abominations de toute sa yie ; et une yie entière de yertu ne suffit pas dans yotre esprit pour l'assurer à une ame fidèle, dès qu'elle y mêle les plus petites infidélités : yous sauyez Timpie sur les signes les plus frivoles et les plus équivoques de la piété ; et yous damnez le Juste sur les marques les plus légères et les plus excusables de l'humanité et de la foiblesse.
Je pourrois ajouter, mes Frères, qu'à ne consulter mêmequt vos propres intérêts , les imperfections des gens de bien devroienl vous trouver plus indulgents et plus favorables. Car, mes Frères , eux seuls vous épargnent, cachent vos vices, adoucissent yos dé« buts, excusent vos fautes, relèvent ce qu'il y a de louable dans yos vertus. Tandis que le monde, que vos égaux, que vos enyieux, que yos concurrents , que vos amis prétendus peut-être diminuent yos talents et vos services, parlent avec méprb de vos bonnes qualités , donnent du ridicule à vos défauts, comptent vos malheurs parmi vos fautes, exagèrent yos fautes mêmes, empoisonnent vos discours et vos démarches les plus innocentes ; les gens de bien tout seuls vous excusent, vous justifient, sont les apologistes de vos vertus , ou les sages dissimulateurs de vos vices ; eux seuls rompent les entretiens, où votre gloire et yotre réputation sont attaquées; eux seuls ne se joignent point au public contre yous; et ils sont les seuls pour qui vous manquez d'humanité , et à qui vous ne pardonnez pas même les yertus qui les rendent estimables. Âh ! mes Frères, rendez-leur du moins ce qu'Us vous prêtent; épargnez vos protecteurs et vos apologistes, et, n'infirmez pas, en les décriant, les seuls témoignages favorables qui vous restent parmi les hommes*
Mais je n'en dto pas aises : non-seolement les gène de bien ne se joignent point à la malignité 4a publie cmire tous, mais eux se«b sont Tos amis yéritables , eux senls sont touchés de tos maux , sensibles à TOS égarements, occupés de votre salut ; ils vous porteDl dans le coBur ; en excusant vos passions et tos désordres devaot les hommes , ils en gémissent tous les jours derant Dieu ; ils léyent les OMins au ciel pour tous, ils sollicitent votre conversion; ils dc^ mandent grâce pour vos crimes; et vous ne saunes rendre justice! à leur vertu et à leur innocence? ab! ils peuvent faireaa Seigneur j contre vous les mêmes plaintes que lui faisdt autrefois le propiidle Jérémie contre les Juifs de son temps , censeurs injustes de sa piété et de sa conduite. Seigneur , disœt cet homme de Dieu, écoutes les discours et les censures que les ennemis de votre nom répandent contre moi : Attende , Domine , ad me^ et audi pocem adêferta-» riorum meorum ( Jerbm., xviii, 19)! fot-ce ainsi, 6 mon Dien! qu'ils me rendent le mal pour le bien ; qu'ils paient d'ingratitiMle et d'inhumanité la sincérité de- ma tendresse pour eux; et que les pièges qu'ils me tendent tous les jours , sont le seul |Hrix de mon zèle pour leur saint : Numquid reddiiur pro donc malum^ quin foderunt/ot^eam animœ meœ ( Ibid. , 20 )? Vous m'êtes témoin , Seigneur , que je ne parois en votre présence que pour vous parler en leur faveur : vous savez que mes larmes ne coulent devant vous que pour eflhcer leurs crimes ; que mes prières ne montent jusqu'à votre trône que pour attirer sur eux vos miséricordes étemeUes : vous vous souvenez , Dieu de nos pères , de tous les soupirs que j'ai répandus à vos pieds pour détourner votre colère prête à éclater sur leurs têtes ; avec quelle douleur je les ai vus courir à leur perte , et combien leurs prévarications m'ont toujours trouvé plus sensible que leur mépris et leurs dérisions injustes : Recordare qùbd steterim in conspectu tuo , ut loquerer pro eis bofmm , et ai^erterem indignationem tuam ab eis (Ibid. ).
Tous sentez sans doute là*dessus, mes Frères, toute Tinjustioe de votre conduite : mais que seroit-ce, si en achevant ce que je m'étois d'abord proposé, je vous montrois que non-seulement vous donnez aux bonnes œuvres des gens de bien, des motifs corrompus; ce qui est une témérité : non-seulement vous exagérez leurs plus légères foiblesses ; ce qui est une inhumanité : mais encore quand vous n'avez rien & dire contre la droiture de leurs intentions, et que leurs défauts ne donnent point de prise à vos censures , vous vous retranchez à donner du ridicule même à la vertu ; ce qui est une impiété !
Oui, mes Frères, une impiété. Vous faites de la religion un jeu , une scène comique ; vous là traduisez encore, comme autrefois les païens, sur un théfttre infâme ; et là, vous exposez à la risée des spectateurs ses mystères saints , et ce que la terre a de plus sacré et de plus respectable. Vous pouvez excuser vos passions sur la foi-
INJUSTICE DU MONDE, btc. 715
) da tÊÊBfénmuA^ et sur la fragilité homainei mais yos dêrtsionsdeteTerUiiiesaiiroifiittroaTer d'excQfleqoe danamméprifl impie de la rerto même : œpendant ce langage d'irréligioDeC de blasphème, si autorisé dans le monde, n'eat plus qu'un enjouement, un jeu d'esprit, un langage dont la yanité elle-même s'honore.
Mais, mes Frères, par-U tous persécntei la vertu, et tous tous la rendez inutile à Tous-mémes ; tous désiionorez la Tertu, et tous la rendes inutile aux autres ; tous tentei la Tertu, etTons la rendei insoutenable à élle^néme*
Vous persécutes la Tertu, et tous tous la rendes inutile à tousmèmes. Oui , mon cher Auditeur, l'exemple des gens de bien étoit un moyen de salut que la bonté de Dieu tous aToit préparé : or sa justice, indignée des dérisions que tous faites de ses miséricordes sur ses serTiteurSjlesretireàjamaisdeTous, et ilTOUspunit du mépris que TOUS faites delà piété, en tous refosant le don de la piété même. Les rois de la terre Tengent aTecédat les injures qu'on Cdt à leurs statues, paroequeoe sont des monuments publics et sacrés qui les représentent, etqui expriment au naturel la majesté de leurs traits et de leur Tisage. Mais les Justes sont ici*bas les statues TiTantes du grand Roi, les images Téritables d'un Dieu saint; c'est en eux qu'il peint la majesté de ses traits les plus pnrsetles plus brillants {et il frappe toujours d'un anathéme éternel les sacrilèges qui osent en faire le sujet de leurs déririons et de leurs outrages.
D'ailleurs, quand même le Seigneur, pour punir tos dérisionsde la piété, ne tous ref useroit pas le don inestimable de la piété même, elles TOUS forment un respect humain inTindble, qui ne tous permettra jamais d'en prendre le parti. Car, je tous prie; si jamais lassé du monde, de tos désordres, de Tous-méme , tous Toulei re* Tenir à Dieu, et sauTer Totre ame que tous perdes, comment oseret-Tons tous déclarer pour la piété, tous qui en aTez fait si sou- Tent des plaisanteries publiqueset profanes? comment poorres-TOus TOUS faire une gloire des dcToIrs de la religion, tous à qui on entend dire tous les jours, qu'on perd l'esprit dès qu'on derient dévot ; qu'un tel et une telle SToient mille bonnes qualités, qui les faisoient souhaiter paHout ; mais que la dévotion les a gâtés à un point qu'ils sont dcTenus insupportables ; qu'ils affectent de donner du ridicule; qu'il semble qu'il faut renoncer au sens commun dés qu'on a levé l'étendard de la piété ; que le Seigneur vous préserve de cette manie; que vous tâchez d'être honnête homme, mais que. Dieu merci, vous n'êtes pas dévot. Quel hmgage! c'est-à-dire, que, Dieu merci, vousêtes marqué d'avance du caractère des réprouvés ; que vous pouvez bien vous répondre que vous ne changerez point, et que vous mourrez tel que vousêtes. Quelle impiété! et c'est panni des chrétiens , qu'on tient tous les jours ces discours avec oilniatlOB et avec complaisance !
116 MERCREDI DE lA QUATRIÈBfB SEMAINE.
Ha, mesFrâresl permettoiidaiierèlexiimà ma Aïoleiir. Uek patrimliet, oeslioiiiiiies ri Ténérables, ri paifsuKs, mteeseloii le monde, ne se Crifloient connoltre aox rois el ans peoj^ desdiflèrents pays oà Tordre da Seigneur les eondoisoit, «pie par œa Immes rdigieox : Je crains le Seigaeor : Timeo Deum. Us ne ne renommoient pas par la grandeur de leur race, dont l'origiae toa* choHeneoreà celle deTuniTers; par la gloirede leurs anoôCres ; par l'éclat da sang d' Abraham, de cet hoasme le yainqnear des rois, le modèle de tons les sages de la terre, et le senl héros dont lo monde pouroit alors se gloriûer Noos craignons le Seignenr ; c'élolt là lenr titre le plus pompeux, leur noblesse la plus auguste , le senl caractère par où ils Youloient être distingoés de U^is lea antres hommes ; c'était le signe magnifique qui paroissoit à la tète de leurs tentes et de leurs troupeaux, qui brUloit dans leurs étendards, et qui portoit parfont avec eux la gloire de leur nom, et oeDe du Bien de leurs pères. Et nous, mes Frères, nous nous défendons de la réputation d'hommes justes et craignant Dien, comme d'an titre de hontr et d'infamie i nous étalons avec orgueil les vaines distinctions du rang et de la naissance; les marques frivoles de nos noms et de nos dignités noos précédent , nous annoncent partout; et nous cachons le signe gl<Nrieux du Dieu de nos pères, et nous nous gloriflons même de n'être pas du nondire de ceux qui le craignent et qui l'adorent. O Dieu! laisses donc à ces hommes insensés une gloire si aflreuse : confondes leur extravagance et lenr impiété, en permettant qu'ils se glorifient jusqu'il la fin de leur conAnion et de leur ignoodide.
Ce n'est pas tout, mes Frères : non-seulement par ces dérisions déplorables vous vous rendes la va*tu inutile à vous-mêmes, vous la rendes encore odieuse et inutile aux autres ; c'estrè-dire, nonseulement vous vous fermes à vous-mêmes toutes les voies de votre retour à Dieu, vous les fermes encore à une infinité d'ames que la grâce presse en secret deaortir de leurs crimes et de vivre chi^ennement ; qui n'osentse dédarer, de peur de s'exposer à vos railleries profanes; qui ne craignent dans une nouvelle vie que le ridicule que vous donnez k la vertu; qui n'opposent en secret que ce seul obstacle à la voix du ciel qui les appelle ; et balancent dans la grande aSaire de l'étouité , entre les jugements de Dieu et vos dérisions insensées.
G'est-àrdire, que par-là vous anéantissez le fruit de l'Evangile que noos annonçons, et rendez notre ministère inutile : vous Atei à la religion sa terreur et sa majesté, et répandez sur tout l'extérieur de la piété , un ridicule qui retombe sur la religion même : vous perpétuez dans le monde les préjugés contre la vertu ^^et maintenez parmi les hommes l'illusion la plus universelle dont le démon se sert pour les séduire , qui est de traiter la piété de travers et de folle : vousautoriseziesbiasphèmes des libertinsetdes impies: vous
INJUSTICE DU MONDE, Etc. 717
ftcooQtamec les pécheurs à se bire du Tîoe et du déréglemeiit, no sujet d'ostentation et de gloire ; et à regarder la d^uohe oomme on bon air, en l'opposant au ridicule de la vertu. Que <firai-je enfin? par vous la piété devient la fable du monde , le jouet des impies, la boute des pécheurs, le scandale des foibles, recueil même des Justes : par vous le vice est en honneur , la vertu est avilie, les vérités s'affoiblissent» la foi s'éteint, la religion s'anéantit , la corruption gagne; et, comme le Prophète Ta voit prédit, la désolation persévère jusqu'à la consommation et la fin.
Ajoutons encore f Par vous la vertu devient insoutenaUe k ellejnéme : vos dérisions deviennent recueil de la piété même des Justes; vous ébranles leur foi, vous découragez leur zèle ; vous suspendezleurs bons désirs ; vous étouffez dans leur cœur les plus vives impressions de la grâce; vous les arrêtez sur mille démarches de ferveur et de vertu , qu'ite n'osent exposer k l'iminété de vos censures; vous les obligez malgré eux de se conformer encore à vos usages et à vos maximes qu'ik détestent, à rabattre de leur retraite, de leurs austérités, de leurs prières ; et à ne consacrer à ces devoirs que des moments dérobés, qui puissent échapper à vos regards et à vos railleries ; et par-là, vous privez l'Eglise de l'édification de leurs ex^nples; les foibles , du secours qu'ils y trouveroient ; les pécheurs , de la confusion qui leur en reviendroit ; les Justes, d'une consolation qui les soutiendroit ; et hi religion , d'un spectacle qui l'honore.
Hélas ! mes Frères, les tyrans ne faisoient autrefois des dérisions publiques des chrétiens, qu'en leur reprochant leurs superstitions prétendues : ib se moquoient des honneurs publics qu'ils leur voyoient rendre à Jésus-Christ, à un crucifié, et de la préférence qu'ils lui donnoieat sur Jupiter et sur les dieux de l'empire , dont la pompe et la magnificence des temples et des auteb, l'ancienneté des lois , et la majesté des césars, rcndoient le culte respectable ; du reste, ils donnoient des éloges publics à leurs mœurs, ils admiroient leur modestie, leur frugalité, leur charité, leur patience, leur vie innocente et mortifiée, leur éloignement des cirques et des plaisirs publics ; ils ne pouvoient s'emp^iier de regarder avec vénération les mœurs sages, retirées, pudiques, douces, bienfaisantes de ces hommes simples etfidèles. Vous au contraire, plus insensés, vous ne trouvez pas mauvais qu'ils adorent Jésus-Christ, et qu1ls mettent dans le mystère de la croix leur confiance et leur salut; mais vous trouvez ridicule qu'ils s'interdisent les plaisirs publics, qu'ils vivent dans la pratique de la retraite, de la mortification , de la prière; mais vous les trouvez dignes de vos dérisions el de vos censures^ parcequ'ils sont humbles, simples, chastes et modestes ; et la vie chrétienne , qui a pu trouver des admirateurs jusque parmi les tyrans, ne trouve auprès de vous que des traits moqueurs et des railleries profanes.
QMlle folie, mes Frâres! de ne troarer dignes de risée dans m monde, qai n'est Ini-méoie toat entier qa'on amas de niaiseries et d'estravaganoes; de n'y trouTer dignes de risée qne ceux qui en oonnoissent le flriyole , et qui ne pensent qu'A se mettre k ooaTert de la oolére à Tenir! quelle foUe de ne mépriser dans les honmies qoe les sentes qoalitésqni les rendent agréables à Dieo, respectables aux anges, utiles à leur frères! quelle fdie de croire qu'on Ixmbenr ou un nMdhenr étemel nous attend, et de trouver ridicules ceux qu'un si grand intérêt oocupe I
Respectons la vertu, mes Frères $ «Ile seule sur la terre mérite mAre admiration et nos hommages. Si nous sommes encore trop foibles pour m remplir les devdrs, soyons asseï équitables pomr en estimer l'édat et Tinnocence; si nous ne pouvons pas vivre comme les Justes , souhaitons de le devenir, envions leur destinée; si nous ne pouvons pas encore imitor leurs exemples, regardons les dérisions de la vertu , non-seulement comme des Maqpbëmes contre riSsprit saint , mais conmie des outrages faits à rhumanité, que la vertu toute seule honore ; refHrochons-^ious les vices qui ne nous permettent pas de ressembler aux gens de bien , loin de leur reiNTOcher les vertus qui nous les rendent dissemblables; et en un mot, par notre respect véritable pour la inété, méritons d*<ri>tenir un jour le don de la piété même.
Et vous, mes Frères, qui servez le Seigneur, souvenez-vous que les intérêts de la vertu sont entre vos mains ; que les foiUesses, que les taches que vous y môlei, deviennent, pour ainsi dire, les taches de la religion même : comprenez tout ce que le monde attend de vous, et quels engagement vous contractez envers le public , lorsque vous vous dédurez pour le parti de la piété , et avec quelle dignité , quelle fidélité, quelle élévation vous devez soutenir le caractère et le personnage de serviteur de Jésus-Christ. Oui , mes Fràres , soutenons avec majesté les intérêls de la vertu , «t les regards de ceux qui la méprisent : achetons le droit d'être insmsibles à leurs censures, en n'y donnant point de lieu : forçons le monde de respecter ce qu'il ne sauroit aimer s ne Cûscmis pas de la profession sainte de la piété, un gain sordide, un vil intérêt, une vie d'humeur et de caprice , un titre de mollesse et d'oisiveté, une singularité qui nous honore, un entêtement qui nous flatte, un ea* prit de division qui nous sépare : faisons-en le prix de Fét^mité, la voie du ciel, la règle de nos devoirs, k réparation de nos crimes , un esprit de modestie qui nous cache , une componction qui nous humilie, une douceur qui nous rapproche de nos frères , une charité qui les souffre, une indulgence qui les attire, un esprit de paix qui nous les lie ; et enfln , une union de cœurs, de désirs , d'affections, de biens et de maux sur la terre , qui sera l'inu^ et l'espérance de cette union éternelle, que la charité doit consonuner dans le ciel. Ainsi soitM»
SERMON