POUR LE JEUDI DE LA QUATRIÈME SEMAUIE DE GARÊMR
SDR U MORT.
Cum aj^rppinquartt Jestu porta efritatis, eeet dtftputut ^rthmiur filius mdems muattiiêum,
Jénis étant prés delà porte de la Yille» il «rrivt qa*<m poitoU eo terre aa mort qui éiolt le fils nnhpie de sa mère. (Luc, xv, IS.) ^
Jamais mort fut-elle accompagnée de circonstances {dos touchantes? c'est un fils unique, le seul successeur du ncsn, des titres, de la fortune de ses ancêtres, que la mort enlè?e à une mère veure et désolée : elle le lui ravit dans la fleur de l'âge , et à rentrée presque de la vie ; en un temps où échappé aux accidents de Fenfance , et parvenu à ce premier degré de force et de raison , qui commence lliomme , il paroissoit le moins exposé aux surprises de la mort, et laissoit enfin respirer la tendresse maternelle de tontes les frayeurs qui suivent les progrès incertains de Téducation. Les dloyensen foule accoururent inéler leurs larmes à celles de cette mère désolée t assidus à ses côtés , ils dierchent à diminuer sa douleur, par la consolation de ces discours vagues et communs , qu'une ùristesse profonde ii'écoute guère; ils entourent avec elle le triste cercueil; ils parent les obsèques de leur deuil et de leur présence : Tappareil de cette pompe funèbre est pour eux im spectacle ; mais est-il une instruction? ils en sont frappés, attendris; mais en sontils moins attachés à la vie? et le souvenir de cette mort no va-t-il pas périr dans leur esprit , avec le bruit et la décoration des funérailles?
A de semblables exemples, mes Frères , nous apportons tous les jours les mêmes dispositions. Les sentiments qu'une mort inopinée réveille dans nos coeurs, sont des sentiments d*une journée , comme si la mort elle-même devoit être Talfaire d*un jour. On s'épuise en vaines réflexions sur l'inconstance des choses humaines; mais l'objet qui nous frappoit, une fois disparu, le cœur redevenu tran* quille se trouve le même. Nos projets , nos soins , nos attachements pour la terre , ne sont pas moins vifs que si nous travaillions pour des années éternelles : et au sortir d'un spectacle lugubre , où Ton a vu quelquefois la naissance, la jeunesse, les titres, la réputation fondre tout d'un coup , et se perdre pour toujours dans le tombeau , on rentre dans le monde , plus occupé , plus empressé que jamais de tous ces. vains objets dont on vient de voir de ses propres yeux et toucher presque de ses mains le néant et la poussière.
Cherchoiis donc anjourd'hai lee raisoiiB d'un égarement ai déplorable. D'où irleot que les hommes s'occupent si peu de la mort, et qne cette pensée fait sur eux des impressions si pea durables? Le void : rincertitude de la mort nous amuse, et en âoigne le sonrenir de notre esprit -, la certitude de la mort nous effraie , et nous »blige à détourner les yeux de cette triste image : ce qu'elle a d*inœrtain, nous endort et nous rassure; oequ'eUea deterriUeetde certain , nous en fait craindre la pensée. Qr je yeux aojourdlmi combattre la dangereuse sécurité des premiers , et l'injuste frajenr des autres. La mort est incertaine ; tous êtes donc téméraire de ne pas TOUS en occuper» et de vous y laisser surprendre: la mort est certaine ; tous êtes donc insensé d'en craindre le souvenir , et vous ne deves jamais la perdre de vue. Penseï à la mort, parceque vous ne savei à quelle heure elle arrivcara ; pensez à la mort, parcequ'elle doit arriver s c'est le sujet de ce discours. Implorons , etc.
^^e, Maria.
PRmiÉftB PARTIE.
Le premier pas que l'homme fait dans la vie, est aussi le premier qui l'approdie du tombeau : dés que ses yeux s'ouvrait à la lumière, rarrét de mort lui est prononcé ; et oonune si c'étoit pour lui un crime de vivre, il sufBt qu'il vive , pour mérita de mourir. Ce n'étoit point là notre première destinée : l'Auteur de notre être avolt d'abord animé notre boue d'un souffle d'immortalité: il avoit mis en nous un germe de vie, que la révolution des temps et des années n'auroit ni aflbibli, ni étemt : son ouvrage étoit concerté avec tant d^ordre , qu'il eût pu défier la durée des siècles , et que rien d'étranger n'en eût pu jamais dissoudre, ni altérer même rharmonie. Le péché seul sécha ce germe divin , renversa cet ordre heureux, arma toutes les créatures contrerhomme; et Adam devint mortel dès qu'il devint pécheur : Cest par le péché , dit l'Apôtre « que le péché est entré dans le monde ( Aon. , v, 12 ).
Nous la portons donc tous , en naissant , dans le sein : il semble que nous avons sucé dans les entrailles de nos mères un poison lent , avec lequel nous venons au monde , qui nous fait languir id* bas, les uns plus, les autres moins ; mais qui finit toujours par le trépas : nous mourons tous les jours; chaque instant nous ck^t)be une portion de notre vie , et nous avance d'un pas vers le tombeau : le corps dépérit, la santé s'use, tout ce qui nous environne nous détruit; les aliments nous corrompent, les remèdes nous aSbi- Missent; ce feu spirituel, qui nous anime au dedans, nous consume, et tonte notre vie n'est qu'une longue et pénible agonie. Or, dans cette situation , quelle image devroft être plus familière à Thommc, qne celle de la mort? Un criminel condamné à mourir, quelque part qu^il jette les yeux . oue peut-il voir que ce triste objet? et k
plus oa le moins que nous ayons à vivre , fait-il une diiférenoe asses grande pour nous regarder comme immortels sur la terre?
Il est vrai que la mesure de nos destinées n'est pas égale i les uns voient croître en paix jusqu'à Fàge le plus reculé, le nombre de leurs années, et, héritiers des bénédictions de Tancien temps, ils meurent pleins de jours , au milieu d'une nombreuse postérité $ les «.utres, arrêtés dés le ndlien de leur course, voient comme le roi Eapédiias, les portes du tombeau s'ouvrir en un âge encore Ùomsant , et cherchant en vain^ comme lidj le reste de leurs années ( Is. , xxxviii , 10 ) ; én6n , il en est qui ne font que se montrer à la terre , qui finissent du matin au soir , et qui , semblables à la fleur des champs, ne mettent presque point d'intervalle entre l'instant qui les voit éclore , et celui qui les voit sécher et disparoltre. Le moment fatal marqué à chacun est un secret écrit dans le livre étemel que l'Agneau seul a droit d'ouvrir. Nous vivons donc tous. Incertains de la durée de nos jours; et cette incertitude, si capable toute seule de nous rendre attentifs à cette dernière heure, endort elle-même notre vigilance. Nous ne songeons point à la mort, parceque nous ne savons où la placer dans les différents âges de notre vie. Nous ne regardons pas même la vieillesse comme le terme du moins sûr et inévitable : le doute si l'on y parviendra, qui devroit , ee semble , borner en deçà nos espérances, fait que nous les éten* dons même au delà de cet âge. Notre crainte ne pouvant poser sur rien de certain , n'est plus qu'un sentiment vague et confus , qui ne porte sur rien du tout ; de sorte que l'inceHitude qui ne devroit tomber que sur le plus ou le moins , nous rend tranquilles sur le fonds même.
Or je dis d'abord, mes Frères, que de toutes les dispositions, c'est ici la plus téméraire et la moins sensée ; j'en appelle à vousmêmes. Un malheur qui peut arriver chaque jour» est-il plus à mépriser qu'un autre qui ne vous menaceroit qu'au bout d'un certain nombre d'années ? Quoi ! parcequ'on peut vous redemander votre ame à chaque instant, vous la posséderiez en paix , comme si vous ne deviez jamais la perdre? parceque le péril est toujours présent, l'attention sèroit moins nécessaire? et dans quelle autre affaire que celle du salut, l'incertitude devient-elle une raison de sécurité et de négligence ? La conduite de ce serviteur de l'Évangile, qui sous prétexte que son maître tardoit de venir, et qu'il ignoroit l'heure de son arrivée , usoit de ses biens, comme n'en devant plus rendre compte, vous parolt-elle fort prudente? De quels autres nM)tifs Jésus-Christ s'est-il servi pour nous exhorter à veiller sans cesse? et qu'y a-t-il dans la religion de plus propre à réveiller notre vigilance , que Tincertitude de ce dernier jour?
Ah ! mes Frères, si l'heure étoit marquée à chacun de nous; si le royaume de Dieu venoit avec observation ; si en naissant nous portions écrit sur notre front , le nombre de nos années et le jour IVr I 46
fatal qui les Terra finir , ce point it me fixe et certain , qoolqae éloigné qu'il pût être, nous occapcroit, nous jlrooHeroit , ne nous lalsscroit pas un moment tranquilles t nous trouTerionfl toujours trop court IMntcrvalle que nous verrions encore dérant nous t cette imago , toujours présente malgré nous à notre esprit , nous dégoûteroit de tout , nous rendroit les plaisirs insipides , la fortune indifférente , le inonde entier à charge et ennuyeux : ce moment terrible, que nous ne pourrions plus perdre de vue, réprimerolt nos passions , éteindroit nos haines , désarmcroit nos veogeanoes, calmeroit les réyoltes de la chair, yiendroit se mâer à tous nos projets; et notre yie, ainsi déterminée à un certain nombre de jours précis et connus , ne seroit qu'une préparation à ce dernier moment. Sommes-nous sages, mes Frères? la mort, vue de loin à un point sftr et marqué, nous effraicroit , nous détadieroit du monde et de nous-mêmes, nous rappelleroit à Dieu, nous occuperott sans cesse; et ccttcméme mort incertaine, qui peut arriver chaque jour, chaque instant ; et cette mort , qui doit nous surprendre , qui doit venir quand nous y penserons le moins ; et cette mort qui est peut-être à la porte, nous laisse tranquilles : que di»-je? nous laisse toutes nos passions, tous nos attachements criminels, toute notre vivacité pour le monde, pour les plaisirs, pour la fortune; et parcequ'il n'est pas sur si nous ne mourrons pas aujourd'hui, nous vivons comme si nos années dévoient être éternelles.
Remarquez en effet, mes Frères, que cette incertitude est accompagnée de toutes les circonstances les plus capables d'alarmer, ou du moins d'occuper un homme sage, et qui fait quelque usage de la raison. Premièrement, la surprise de ce dernier jour, que vous avez à craindre , n'est pas un de ces accidents rares, uniques, qui ne tombent que sur quelques malheureux, et qu'il est plus prudent de mépriser que de prévoir. Il ne s'agit pas Ici , pour que la mort vous surprenne, que la foudre tomt>e sur vous , que vous soyez ensevelis sous les ruines de vos palais , qu'un naufrage vous engloutisse sous les eauz ; ni de tant d'autres malheurs , que leur singularité rend plus terribles , et cependant moins appréhendés : c'est un malheur familier ; il n'est pas de jour qui ne vous en fournisse des exemples; presque tous les hommes sont surpris de la mort ; tous l'ont vue approcher, lorsqu'ils la croyoient encore loin ; tous se disoient à eux-mêmes, comme l'insensé de FÉvangile : Afon ame , reposez-vous , vous avez du bien pour plusieurs années (Luc , XII, 19). Ainsi sont morts vos proches, vos amis, tous ceux presque que vous avez vus mourir ; tous vous ont laissés vous-mêmes étonnés de la promptitude de leur mort : vous en avez cherché des raisons dans l'imprudence du malade , dans Tignorance de l'art , dans le choix des remèdes ; mais la meilleure et la seule, c'est que le jour du Seigneur nous surprend tocyours. La terre est comme un vaste champ de bataille où l'on est tous les
SUR LA MORT. Tâ8
jours aax prises avec rcnneini : vous en êtes sorti hearousetaent aujourd'hui i mais vous y avez va périr des gens qui se proroettoieoi d'eu sortir comme vous : il faudra demain rentrer en lice ; qui vous a dit que le sort , si bizarre pour les autres , sera toujours constamment heureux pour vous seul? et puisqu'enfin vous devez y périr, étes-vous raisonnable d*y bâtir une demeure stable et per* nMineute sur le lieu même destiné peut-être à vous servir de sépulture! Mettez-vous dans telle situation qu'il vous plaira , il n'est poiat de moment qui ne puisse être pour vous le dernier, et qui ne Tait été à vos yeux de quelques-uns de vos frères : point d'action d*éclat qui ne puisse être terminée par les ténèbres éternelles du tombeau ; et Hérode est frappé au milieu des applaudissements insensés de son peuple : . point de jour solennel qui ne puisse finir par votre pompe funèbre; et Jézabel fut précipitée le jour même qu'elle avoit choisi pour se montrer avec plus de faste et d'ostentation aux fenêtres de son palais i point de festin délicieux qui ne puisse être pour vous une nourriture de mort \ et Balthazar expire autour d'une table somptueuse : point de sommeil qui ne puisse vous conduire à un sommeil éternel ; et Holopheme , au milieu de son armée, vainqueur des royaumes et des provinces, expire sous le glaive d'une simple femme dlsraël : point de crime qui ne puisse finir vos crimes ; et Zambri trouve une mort infâme dans les tentes mêmes des filles de Madian : point de maladie qui ne puisse être le terme fatal de vos jours ; et vous voyez tous les jours les infirmités les plus légères tromper les conjectures de l'art et l'attente des malades, et tourner tout d'un coup à la mort . en un mot, représentez*vousdans quelque circonstance de votre vie, où vous puissiez jamais vous trouver, à peine pourrez-vous compter ceux qui y ont été surpris ; et rien ne peut vous garantir que vous ne le serez pas vous-même. Vous le dites i vous en convenez; et cet aveu si terrible n'est qu'un discours que vous donnez à l'usage, et ne vous conduit jamais à une seule précaution , qui puisse vous mettre à couvcri du péril.
Secondement, si cette incertitude ne rouloit que sur Thaure, sur le lien , ou sur le genre de votre mort, elle ne paroltroit pas si affreuse : car enfin , qu'importe au chrétien , dit saint Augustin , de mourir au milieu de ses proches, ou dans des contrées étrangères ; dans Ib lit de sa douleur, ou dans le sein des ondes, pourvu qu'il meure dans la piété et dans la justice? Mais ce qu'il y a ici de terrible, c'est qu'il est incertain si vous mourrez dans le Seigneur, ou dans votre péché ; c'est que vous ignorez ce que vous serez dans cette autre terre, où les conditions ne changeront plus; entre les mains de qui tombera votre ame , seule, étrangère , tremblante, au sortir du corps ; si die sera environnée de lumière, et portée au pied du trône sur les ailes des esprits bienheureux, on enveloppée d'un nuage affreux , et précipitée dans les abîmes : vous êtes
entre ces deax éternités \ roos ne savez à laquelle des deux toiu apparliendrei ; la mort seule vons décoovrhra oe secret ; et dans cette incertitnde, vous êtes tranquille? et vous la laisses venir fnd<deniment, comme si elle ne devoU décider de rien pour vous? Ah I mes Frères , si tout devoit unir avec nous , llmpie avroit encore tort de dire : Ne pensons pcrfnt à la fin de notre vie ; man* geons et buvons, nous mourrons demain : plus il trouveroit de do»oeur à vivre, plus il auroit raison de craindre la mort , qui ne aeroit pour Ini cependant qu'une cessation entière de son être. Mais lions , à qui la foi découvre au delà des peines ou des récompenses étemelles ; nous qui devons arriver à la mort incertains sur cette terrible alternative, n'y a4-il pas de la folie, que dis-je ? de la fureur ( en ne tenant pas à la vérité le même discours que rimpie : Mangeons et bavons, nous mourrons demain) de vivre comme si nous pensions comme lui ? Eh ! pouvons-nous être un seul instant sans nous occuper de ce moment décisif , et sans adoucir par les précautions de la foi , ce que cette incertitude peut jeter de troiÂle et de frayeur dans une ame qui n*a pas encore renoncé à ses espérances étemelles?
Troisièmement , dans toutes les autres incertitudes, ou le nombre de ceux qui partagent avec nous le même péril, peut nous rassurer ; ou des ressources dont nous pouvons nous flatter , nous laissent plus tranquilles ; ou enfin , tout au pire , la surprise n'est qu'une instruction , qui nous apprend , à nos dépens , A être nne autre fois plus sur nos gardes. Mais dans rhicertilude terriUc dont il s'agit, mes Frères, le nombre de ceux qui courent le même risque que nous , ne diminue rien au nôtre : toutes les ressources dont nous pouvons nous flatter au lit de la mort , sont d'ordinaire des illusions; et la religion elle-même qui les fournit, n'en espère presque rien : enfin la surprise est sans retour ; noils ne mourons qu'une fois ; et nous ne pouvons plus mettre à profit notre imprudence pour une autre occasion. Notre malheur nous détrompe , fl est vrai ; mais ces nouvelles lumières qui dissipent notre erreur, devenues inutiles par l'immutabilité de notre état, ne sont plus que des lumières crudles qui vont nous déchirer éternellement, et faire la matière la plus douloureuse de notre supplice, plutôt que des réflexions sages qui puissent nous conduire au repentir.
Sur quoi pouvez-vous donc justifier cet oubli profond et incompréhensible, dans lequel vous vivex de votre dernier jour? sur la jeunesse qui semble vous promettre encore une longue suite d'années ? La jeunesse l mais le fils de la veuve de Naïm étoit jeune : la mort respecte-t-die les âges et les rangs? La jeunesse I mais c'est justement oe qui me feroit craindre pour vous ; des moeurs licendenses , des plaisirs extrêmes , des passions outrées , les excès de la table, les mouvements de l'ambition , les dangers de la guerre , les désirs de la gloire .« les saillies de la vengeance ; n'est-ce pas dans ces
beanm jours que la plupart des hommes flnissent leur course ? Adoliai eii rieitti , s'il n'eût été voluptueux ; Absalom , s'il eût été libre d*amMtioo ; le fib du roi de Sichem, s'il n'eût pas aimé Bina ; Jonathaa , si la gloire ne lui eût creusé un tombeau sur les montagnes doGdboé. La jeuoesBe ! mais faut-il renouveler ici la douleur de la natioft , et redouUer des larmes qui coulent enc<»« ? faut-il aigrir la plaie qui saigne encore , et qui saignera long-temps , dans le cœur du grand prince qui nous écoute ? Une jeune princesse , les délices delà cour i un jeune prince; Tespérance de l'état ; Fenfant même, le fruit précieux de leur tendresse et des vœux publics j la cruelle mort ne vmit«elle pas de les moissonner tous ensemble en un din d'œil? et cet auguste palais , rempli 9 il y a peu de jours , de tant de gloire, de majesté, de magniBeence, n'est-il pas devenu, ce semble, pour toujours une maison de deuil et de tristesse? La jeunesse ! que la Franœ seroit heureuse, si Ton eût pu compter sur cette ressource.' hélas! c'est la saison des périls, et l'écueil le plus ordinaire de la vie.
Sur quoi vous rassorez-vous donc encore? sur la force du tempérament? Mais qu'est-ce que la santé la mieux établie? une étineelie4ia'un soufiie éteint : il ne faut qu'un jour d'inCrmité pour détruire le corps le plus nAuste du monde. Je n'examine pas après cela si vous ne tous flatter point même là-dessus ; si un corps ruiné par les désœrdres de vos prâniers ans , ne vous annonce pas au de* dans de vous une réponse de mort ; si des infirmités habituelles ne vous ouvrent pas de loin les portes du tombeau ; si des indices fâcheux ne vous menacent pas d'un accident soudain : je veux que vous prdongies vos jours au delà même de vos espérances. Hélas ! mes Frères, ce qui doit finir, peut-il vous paroltre long? regardez derrière vous ; où sont vos premières années? que laissent-elles de réel dans votre souvenir? pas plus qu'un songe de la nuit : vous rêvez que vous avez vécu ; voilà tout ce qui vous en reste s tout cet intervatte qui s'est écoulé depuis votre naissance jusqu'aujourd'hui, €0 n'est qu'un trait rapide qu'à peine vous avez vu passer : quand vous auriez commencé à vivre avec le monde, le passé ne vous parottroit pas plus long ni plus réel : tous les siédes qui ont coulé jusqu^à nous, vous Im regarderiez oomme des instants fugitifs ; tous les peuples qui ont paru et disparu dans l'univers , toutes les révolutions d'empires et de royaumes, tous ces grands événements qui embdiissent nos histoires, ne seroient pour vous que les différentes scènes d'un spectadeque vous auriez vu finir en un jour. Rappelez seulement les victoires, les prises de places, les traités glorieux, les magnificences, les événements pompeux des premières années de ce règne ; vous 7 touchez encore s vous en avez été la plupart , nonseulement spectateurs; mais vous en avez partagé les périls et la gloire : ils passeront dans nos annales jusqu'à nos derniers neveux ; mais pour vous, ce n'est déjà plus qu'un songe, qu'un éclair qui a
dispara , et qae chacioe joar eOM» môoie de TOtie 10^ ce donc que le pea de chemin qui tous reste à bJre? croy»n»-iioiw que les joon à Tenir aient plus de réalité que les paasés ? les années paroissent longues qoand elles sont encore loin de noos; arrivées , elles disparoissent, elles noos échappent en on instant; et noioa n'aurons pas tourné la tète, que noosnoiis troQTerons, coBinw psn* un eocbantanent, au terme falal qni nous paroit encore si loin, et ne deyoit jamais arriver. Regardes le monde tel que vons l*aT«i vu dans tos premières années, et tel qne vous le fogrez aujonnl'lRii : une Douyelle cour a succédé à celle qne tos premiers ans ont tuo; de nouveaux personnages sont montés sur la scène ; les gnnds rôles sont remplis par de nouveaux acteurs; ce sont île nooreanx éTéoemeots , de nouvelles intrigues, de nouvelles passions, de non* veaux héros dans la vertu , comme dans le Tîce, qui font le aojet des louanges, des dérisions , des censures publiques : un nouToau monde s'est éleTé insensiblement , et sans que Tons tous en noyei aperçu , sur les débris du premier i tout passe sTec tous et comme vous : une rapidité que rien n'arrête, entraine tout dans les abimes de réiernité : nos ancêtres nous en frayèrent hier le chemin; et nous allons le frayer demain à ceux qui viendront apits nous. Les âges se renouvellent ; la Bgure du monde passe sans cesse $ les morts pt les vivants se remplacent et se succèdent oontiaueBement : rien ne demeure ; tout change , tout s'use , tout s'éteint ; Bien seul demeure toujours le même; le t<Hrrent des siédes, qui entraîne tous les hommes , coule devant ses yeux; et il voit, avec indignation, de foibles mortels , emportés par ce cours rapide , Tinsiriiter en |mssant ; vouloir faire de ce seul instant tout lenr bonheur ; et lonAer, au sortir de là, ^tre les mains de sa colère et de sa vengeance. On sont maintenant parmi nous les sages , dit l'Apôtre ? et un iKNnme, fût-il capable de gouverner l'univers, peut-il mériter ce nom , dès qu'il peut oublier ce qu'il est et ce qu'il doit être?
Cependant, mes Frères, quelle impression fait sur nous nnstain* lité de tout ce qui passe? la mort de nos proches, de nos amis, de nos concurrents, de nos maîtres? Nous ne pensons pas que nous les allons suivre de près ; nous ne pensons qa^k nous revêtir de leurs dépouilles : nous ne pensons pas au peu de temps qu'ils en ont joui ; nous ne pensons qu'au plaisir qu'ils ont en de les posséder; nous nous hâtons de profiter du iéinis les uns des autres : nous ressemblons à ces soldats insensés, qui au fort de la mêlée, et dans le temps que leurs compagnons tombent de toutes parts à leurs côtés sous le fer et le feu des ennemis , se chargent avidement de leurs habits ; et à peine en sont-ils revêtus, qu'un coup mortd leur 61e avec la vie cette folle décoration dont ils venoiént de se parer. Ains le (ils se revêt des dépouilles du père, lui fmne les yeux , succède à son rang, à sa fortune, à ses dignités, conduit l'appareil de ses Ai- Dérailles, et se retire plus occupé , plus touché des nouveaux titm
dont il est reréto , qo'iastrnU des derniers aTto d'na père moarait ; qu'affligé de sa perte, oa du moins désabusé des choses d'ici-bas par un spectacle qui lui en met sous les yeux le néant , et qui lui an* nonce incessamment la même destinée. La mort de ceux qui nous euTiitmnebt n'est pas pour nous une instructif plus utile : un tel laisse' un poste vacant, et on s'empresse de le demander ; un antre TOUS avance d'un degré dans le service; celui-^ci finit avec lui des INrétentionsqui vousauroient incommodé; celui-là vous laisse ToreiUe et la faveur du maître, et e'étoit le seul qui pouvoit vous la disputer ; un autre enfin vous approche d'une dignité, et vous ouvre les voies h une élévation où vous n'auriez pu prétendre qu'après lui ; et là-dessus, on se ranime , on prend de nouvelles mesures, on fait de nouveaux projets ; et loin de se détromper par l'exemple de ceux que Ton voit disparoitre, il sort de leurs cendres mémos des étincelles btales qui viennent rallumer tous nos désirs , tous nos attachements pour le monde; et la mort, cette image si triste de notre misère, la mort ranime plus de passions parmi les hommes, que toutes les illusions mêmes de la vie. Qu'y a-tnl donc qui puisse nous détacher de ce monde misérable, puisque la mort même ne sert qu'à resserrer les liens, et nous affwmir dans l'erreur qui nous j attache?
Id , mes Frères, je ne vous demande que de la raison. Quelles sont les aHiséquances naturelles que le bon sens tout seul doit tirer de l'incertitude de la mort?
Premièrement, Theure de la mort est incertaine ; chaque année, chaque jour, chaque moment peut être le dernier de notre vie: donc c'est une folie de s'attacher à tout ce qui doit passer en un instant, et de perdre par-là le seul bien qui ne passera pas : donc tout ce que vous faites uniquement pour la terre doit vous parottre perdu, puisque vous n'y tenez à rien, que vous n'y pouvez compter sur rien , et que vous n'en emporterez rien que ce que vous aurez fait pour le del ; donc les royaumes du monde et toute leur gloire , ne doivent pas balancer un moment les intérêts de votre éternité , puisque les grandes fortunes ne vous assurent pas plus de jours que les médiocres ; ni que l'unique avantage qui peut vous en revenir , c'est un chagrin plus amer, quand il faudra, au lit de la mort, s'en séparer pour toujours : donc tous vos soins , tous vos mouvements, tous vos désirs doivent se réunir à vous ménager une fortune durable, un bonheur étemel que personne no puisse plus vous ravir.
Secondement , l'heure de votre mort est incertaine : donc vous devez mourir chaque jour; ne vous permettre aucune action dans laquelle vous ne voulussiez point être surpris; regarder toutes vos démarches , comme les démarches d'un mourant qui attend à tous moments qu'on vienne lui redemander son ame ; faire toutes vos oeuvres couune si vous deviez à l'instant en aller rendre compte ; et puisque vous ne pouvez pas rénondro du temps qui suit, régler tel-
leaomit le présenl, qm yous n'ayez pas bMOhi do raveair pour le réparer.
Eofin, rhenre de votre mort est incertaiDe : donc ne différez pas YOlre pénitence ; ne tardez pas de tous conTertir au Sdg^enr , le temps iHresse } tous ne pouvez pas même vous répondre d'un joar , et TOUS renT<9ez à nn avenir éloigné et inoniaîn. Si vous ariez imprudemment avalé un poison mortel, renverriez-vous à un temps éloigné le remède qui presse, et qui seul peut vous conserTer la vie? la mort qoe vous |K>rteriez dans le sein , vous permettroil-ellc des délais et des remises ? YoiU votre état. Si vous êtes sage, prenez à l'instant vos précautions : vous portez la mort dans votre ame, puisque vous y portez le péché : liàtez-vons d'y remédier ; tons les instants sont précieux à qui ne peut se répondre d'aucun : le breuvage empoisonné qui infecte votre amc, ne sauroit vous mener loin : la bonté de Dien vous offre encore le remède; hâtez-vous encore une fois d'en user, tandis qu'il vous en laisse le temps. Faudroit-il des exhortations pour vous y résoudre? ne devroit-il pas soflBre qu'on vous montrât le bienfait de la guérison? faut-il exhorter un infortuné que les flots entratnent , à faire des efforts pour se garantir du naufrage? devriez- vous avoir besoin là-dessus de notre ministère? Vous touchez à votre dernière heure ; vous allez parottre en un din d'œil devant le tribunal de Dieu : vous pouvez employer utilement le moment qui vous reste. Presque tous ceux qui menrenf tous les jours à vos yeux le laissent échapper , et meurent sans en avoir fait aucun usage : vous imitez leur négligence ; la même surprise vous attend ; vous mourrez comme eux avant que d*av(rir commencé à mieux vivre. On le leur avoit annoncé , et nous vous l'annonçons ; leur malheur vous laisse insensibles , et le sort infortuné qui vous attend ne touchera pas davantage ceux à qui nous l'annoncerons un jour : c'est une succession d'aveuglement qui passe des pères aux enfants , et qui se perpétue sur la terre : nous voulons\ous mieux vivre, et nous mourons tous avant d*avoir bien vécu.
Yoilà, mes Frères, les réflexions sages et naturelles, où doit nous conduire l'incertitude de notre dernière heure. Mais si de ce qu'dlc est incertaine, vous êtes imprudent de ne pas vous en occuper davantage , que si elle ne devoit jamais arriver ; ce que sa certitude a de terrible et d'effrayant, vous excuse encore moins de folie , d'éloigner cette triste image, comme capable d'empoisonner tout le repos et toute la douceur de votre vie. C'est ce qui me reste à vous exposer.
SECONDE PARTIE
L'homme n'aime pas à s'occuper de son néant et de sa bassease : tout ce qui le rappelle â son origine, le rappelle en même temps à sa mort blesse son orgueil » intéresse l'amour de son être , attaque par
1» HwwiMiwnt tontet ses passions , et le jette dans des pensées noirci et funestes. Moorir, disparollre à tont ce qni nons enyfronne; entrer dans les sMmes de rètemité ; détenir cadavre, la pfttnre des ▼ers, rborrenr des hommes, le dépôt hideux d'un tombeau ; ce apectaele tout seul sonlève tous les sens , trouble la raison, noircit rimaginatîon, empoisomie tonte la douceur de la vie : on n'ose fixer ses regards sur une image si affreuse : nova Moignons cette pensée comme la plus triste et la plus amère de toutes $ tout ce qui nous en rappelle le souvenir, nous le eraignons, nous le fuyons, comme s'il devoit bâter pour nous cette dernière heure. Sous prétexte de tendresse , nous n'aimons pas même qu'on nous parle des pnraonnes dières que la mort nous a ravies ; on prend soin de dérober à nos regards les lieux qu'elles habitoient, les peintures oA leurs traits sont ^oore vivants, tout ce qui pourroit réveiller en nous avec leur idée, celle de la mort qui vient de nous les enlever. Que dhraije? nous craignons les rédts lugubres; nous poussons là-dessus nos frayeurs jusqu'aux plus puériles superstitions; nous croyons voir partout des présages smistres de notre mort , dans les rêveries é\m songe , dans le chant nocturne d'un oiseau , dans un nombre îorUAi de convives» dans desévénements encore plusridicules : nous croyons la voir partont, et c'est pour cdam^equenous tâchons de la perdre de vue.
Or, mes Frères , ces frayeurs exœssives étolent pardonnables à des païens, pour qui la mort étoit le plus grand des malheurs, puisqu'ils n'attendoient rien an delà du tombeau, et que vivant sans espérance, ils mouroient sans consolation. Mais on doit être surpris que la mort soit si terrible à des chrétiens , et que la terreur de cette image leur serve même de prétexte pour l'éloigner de leur
Car en premier lien, je veux que vous ayez raison de craindre cette dernière heure ; mais comme elle est certaine, je ne comprends pas, que parcequ'elle vous parott terrible, vous ne deviez pas vous en occuper et la prévenir : il me semble au contraire, que jâus le malheur dont vous êtes menacé est affreux , plqs vous devez ne pas le perdre de vue, et prendre sans cesse des mesures pour n'en être pas surpris. Quoi ! plus le péril vous frappe et vous épouvante, plus il vous rendroit indolent et inappliqué? les terreurs outrées de votre imagination vousguériroient de cette craints sage même qui opère le salut? et parceque vous craignez trop, vous ne penseriez à rien ? Mais quel est Hiomme que l'idée trop vive du danger calme et rassure? quoi ! s'il falloit marcher par un sentier étroit et escarpé, entouré de toutes parts de précipices , ordonneriez- vous qu'on vous bandât les yeux pour ne pas voir le danger, et de peur que la profondeur de l'abtme ne vous fit tourner la tête? Ah! mon cher Auditeur, vous voyez votre tombeau ouvart à vos pieds, cet objet affreux vous alarme ; el au lieu de prendre dans la sagesse de la religion , toutes les pré
cauUoMiia'dle tous offire poor ne f$ê Umèvt iaophiÉmpnt iIém ce goufire, vous voosbiodez voua-oiéaielesyMx pour nelepâstoir ; vous TOUS faites des diversioas réjooîsswitcs pour cb sflirâr Hdéb lie votre esprit; et semblable à cei yictimes infortanées du paga«uîsnie, vous ooarei au bûcber les yeu bandés, couronaé do fleors, onvironné de daoflies et de oris de joie, pour ne pas penser au lerane Talal où cet appareil vous conduit, et de peur de voir Tanlel, c*Mtà-dire, le lit de la naort , où vous allez à Tinstant être immolé.
De plus, si en éloignant cette pensée, vous pouviez ausal éiaiipicr la mort, vos frayeurs auroient du moins une excnse. Mais penses-y , ou n*y pensez pas, la mort avance toujours ; chaque effort que vous faitespouren àoigncrksoufenir, vousrapproched'elle; etàrheore marquée elle arrivera. Qu'avancez*vous donc en détournant votre csprîl de cette pensée ? Diminuez-vous le danger? vous l'augmentez ; TOUS vous rendez la surprise inévitable. Adoucissez- vous rhorreur de ce spectacle en vous le dérobant ? ab ! vous lui laissez tout ce qu'il a de plus terrible ! Si vous vous rendiez la pensée de la mort plus familière, votre esprit foiblo et timide s'y acooutnmereit insensiblement ; vous pourriez peu à peu y fixer vos regards et l'envisager sans trouble, ou du moins avec résignation an lit de la mort ; elle ne se-* roit plus pour vous un spectacle nouveau. Un danger prévu de loin n'a rien qui étonne : la mort n'est formidable que la première fois qu'on en rappelle le souvent ; et elle n'est à craindre que kursqu'elle est imprévue.
Mais d'ailleurs, quand cette pensée vous troubleroit, feroii sur tous des impressions de frayeur et de tristesse, où seroit Tinconvénient? N'étes-vous sur la terre que pour y vivre dans un calme in* dolent, et ne vous y occuper que dlmages douces et riantes? On en perdroit la raison, dites- vous, si Ton y pensoit tout de bon. On en perdroit la raison? mais tant d'ames fidèles, qui mêlent cette pensée à toutes leurs actions , et qui font do souvenir de cette dernière heure le frein de leurs passions, et le plus puissant motif de leur fidélité; mais tant d'yiustres pénitents , qui s'enfermoient tout vivants dans des tombeaux , pour ne pas périra de vue l'image de )a mort; mais les saints qui mouroient tons les jours, comme F Apùtre, pour ne pas mourir éternellement, en ont-ils perdu la raison? Vous en perdriez la raison? c'est-à-dire, vous regarderiez le monde comme un ezil ; les friaisirs , comme une ivresse f le péché, comme le plus grand des malheurs; les places, les honneurs, la faveur, la fortune, comme des songes ; le salut, comme la gmnde et unique affaire : est-ce là perdre la raison? Heureuse foliel et que listes- vous des aujourd'hui du nombre de ces sages insensés I Yt>u8 eu perdriez la raison? oui, cette raison busse, mondaine, orgueil* kuise, charnelle, insensée, qui vous séduit; oui, cette raison corrompue, qui obscurcit la foi, qui autorise les passions, qui nous fait préférer le temps à l'éternité^ prendre l'ombre pour la vérité, et
SUR LA MORT. n\
qai égare Uhb les hoamies ; Mi, dette raison déplorable, cette yaine l^ttoflophie qui regarde comme une foiblesse de craindre un avenir, el qai, parceqn'elle te craint trop , fait semblant , ou s'efforce de ne pu le croire. Mais cette raison sage, éclairée, modérée, chrétienne, mais eelte prudence du serpent , si recommandée dans l'Evangile , c*eat dana ce souvenir que vous la trouveriez ; mais celte sagesse prétéraUe, dît l'Esprit saint , à tons les trésors et à tous les honneurs de la terre; cette sagesse si honorable à l'homme, et qui l*éIéTesi haut aa*dessus de lui-même ; cette sagesse qui a formé tant de héros chrétiens, c^est l'image toujours présente de votre dernière heure , qui en embdUra votre ame. Mais cette pensée, ajoutez-vous, si l'on s'étoît mis en tête de l'approfondir et de s*en occuper sans cesse, seroit capable de faire tout quitter, et de jeter dai» ^s résolutions vio^ lentes et e&trémes : c'est-à-dire de vous détacher da monde , de vos vices, de vos passions, de Tinfamie de vos désordres, pour vous faire mener une vie chaste, réglée, chrétienne, seule digne de la raison ; voilà ce que le monde a)>peDe des résolutions violentes et extrêmes. Mais de plus , sous prétexte d'éviter de prétendus ex« ces, vous ne prendriez pes même les résolutiiMis les plus né* œssaûrea? commencez toujours -.les premiers transports se ralen* tisaeui bientôt ; et il est bien plus aisé de modéra les excès dé piété, que de ranimer sa langueur et sa paresise. Mais d'ailleurs, ne craignez rien de la ferveur excessive et des emportements de votre zëlo ; vous nirez jamais trop loin de ce côté-là. Un cœur Indolent, sensuel comme le vôtre^ nourri dans les plaisirs et dans la paresse, sans goût pour tout ce qui regarde le service de Dieu, ne nous promet pas de grandes indiscrétions dans les démarches d'une vie chrétienne : vous ne vous connoissez pas vous-même ; vous n'avez pas éprouvé quels obstacles toutes vos inclinations vont mettre aux pratiques les pliis communes de la piété. Prenez seulement des mesures contre la tiOdeur et le découragement : voilà le seul écueil que vous avez, h craindre, \ ous vous rappelez l'histoire de Pierre, qui se fit ordonner de remettre le glaive, eonm^; si son zèle eût dû le mener trop loin i et qui au sortir de là vint échouer contre la voix d'une simple femme, ettrouva danssa lâcheté, la tentationqu'ilnesembloitcraindre que de sa ferveur et de son courage. Quelle illusion ! de peur d'en faire trop pour Dieu , on ne foit rien du tout : la crainte de donner trop d'attention à son salut nous empêche d'y travailler, et l'on se perd de peur de se sauver trop sûrement i on craint les excès chimériques de la piété, et on ne craint point l'éloignemcnt et le mépris réel de la p^été elle-même. La crainte d'en trop faire pour votre fortune et peur votre élévation, et de la pousser trop loin, vous arrêtet-eUe? refroidit-elle la vivacité de vos démarches et de votre ambi* lion? n'est-ce pas cette espérance elle-même qui les soutient et qui les anime? Rien n'est de trop pour le monde; et tout est excès pour Dieu : on craint, et on se reproche de n'en faire pas assez peur une
789 JEUDI DE Lk QUATRIEME SEMAINE.
fortaQedebood^eCmt'arréfe, de peur d'en faive trop fonr la iot^ I
tune de son éternité.
Mais je Tais plus loin, et je dis que c'est à tous ww ingratitnde crimiBeUeeDYera Dîeo , d'éloigner la pensée de la mort , wnlemenl parœqn'dle Tons trouMe et tous aknne t car cette imprearion 4e crainte et de terrenr, est nne grâce sîngnlière dont Dieo tous favorise. Hélas ! combien est*il d'impies qui la méprisent , qni se font nn mérite affreux de b voir approcher aTec fermeté , etqni la regardent comme ranéantisseroent entier de leor être! combien de sages et de philosophes dans le christianisme, qui^ sans renoncer à la foi 9 bornent tontes lenrs réflexions , tonte la supériorité de leurs lumières, à la Toir arriver tranquillement ; et ne raisonnent toute leur vie , que pour se préparer, en ce dernier moment , à une constance et à une sérénité d'esprit , aussi puérile que les frayeurs les plus vulgaires, et qui est l'usage le plus insensé qu'on paisse faire de la raisoh même ! combien de ces hommes follement amoureux de la valeur et de la gloire , qui , au milieu des cbndmts, vont au danger comme k un spectacle, sans remords, sans inquiélude, sans réflexion sur les suites de leur destinée ( cette témérité , la va* leur de la nation la rend encore plus familière parmi nous, que partout ailleurs; et je parie devant nue cour oA ceux qui laomnpeaent, sont en possession d'en donner l'exemple aux autres) ! combien de pécheurs dans la tranquillité des vttles et dans Koisivelé d'une vie privée , livrés à l'endurcissement et à un sens réprouvé, ne sont plus touchés de cette image ! combien d'autres «fin , qui , par les suites d un caractère trop vif, trop frivole, trop léger, et peu propre aux réflexions tristes et sérieuses, passent toute leur vie sans avoir pensé une fois seulement qu'ils dévoient mourir? C'est donc une graco signalée que Dieu vous fait , de donner à cette pensée tant de force et d'ascendant sur votre ame; c'est donc vraisembhblement la voie par laquelle il vent vous ramener à lui : si vous sortez jamais de vos égarements, vous n'en sortirez qat par-là: votre salut parolt attsdié à ce remède. Que faites-vous donc en éloignant cette pensée , parcequ'elle vous jette dans des frayeurs sdntaires? vous vous privez du seul seooivs qui peut vous faciliter voire retour à Dieu : vous rendez inutile une grâce qui vous est propre t vous savez, pour ainsi dire, mauvais grék Dieu de tous en avoir favorisé; et vous vous reprochez k vous-même d'y être trop sensible. Tremblez , mon cher Auditeur, que votre coeur nese rassure contre ces frayeurs salutaires ; que vous ne voyiez d'un mil tranquille les spectacles les plus lugubres; que Dieu ne retire de vous ce moyen de salut , et qu'il ne vous endurcisse contre toutes ces terreurs de religion. Un bienfait non-seulement méprisé, mais regardé mémo comme une peine , est bientôt suivi de l'indignation , ou du moins de rindifférence du bienfaiteur. Alors l'image de la mort vous laissera toute votre tranquilli (p : vous courrez à un plaisir ;
au «ortir d*iiiie pirnipe lugubre : yoos verrea éos mêmes jmu , 4Hi on cadavre hideux , ou l'objet crimiBel de yelre paaaioii i alera vous ea vjendrez même josqa'à tous saroir bon gré de rqfa$4Ête mis au-demis de ces craintea yulgaires; jaaqu'à ikmw apptaiidlr d*ai|ebaogemeBl ai terrible poor votre aalut Mettes domtî profit , poiur le règlanent de vos morars, celte seMibilitè, tandis «pie Dieu vous la laiaae enouDe : ittpprodics de vons tolis les objets propres à retraoer en tous cette imîage, CaiMys qu'elle peut ctteore iroiAlir la fausse paix de vos passions : venes ^oelqoefiois sur los4ombeaux de vos ancêtres, méditer en présence de leurs cendres su» la vaAHé des choses d'ici-bas: venez les int(»TOger quelquefois sur ee qui leur reste, dans le séjour ténébreux de la mort , de leurs plaisirs, de leur dignité et de leur gloire : venez ? ousHBéme ouvrir ces tristes demeures, et de tout ce qu^ife ont été autrefois ans yeux des iKNPomea, Tairez ce qu'ils sont maintenant : des spectres (tont vous ne pouvez soutenir la présence , des amas de vers^ de pourriture ; voUà ce qu'Us sont aux yeux des hommes : mais que sont^ib devant Dieu ? Descendez vous-même en esprit daus ces lieux d'horreur et d'infecti<m , et dioisissez-y d'avance votre place : représentez-vous TOU»-même dans cette dernière heure , étendu sur le Ut de Totre douleur, aux prises avec la mort , vos membres engourdis, et d^a saisis d'un froid mortel) votre langue déjà liée des dialnes delà mort ; vos yeux fixes, immobiles, couverts d^un nuage confus, devant qui tout commence à disparottre ; vos proches et vos amis autour de vous, fiiisant des vœux inutiles pour votre santé, redoublant votre frayeur et vos regrets, par la tendresse de leurs soupirs et l'abondance de leurs larmes; le ministre du Seigneur k vos cùtés^ le signe du salut (alors votre seule ressource) entre ses mains, des paroles de foi, de miséricorde et deconfianceft la bouche. Rapprochezce spectacle si instructif, si intéressant : v<!nis«méme alors dans^ les tristes agitations de ce dernier combat, ne donnant plus de marques de vie quedans les convulsions qui annoncent votre mort; tout le monde anéanti pour vous; dépouillé pour toujours de vos dignités et de vos titres; accompagné de vos seules osuvres, H près de parottre devant Dieu. Gc n'est pas ici une prédiction; c'est l'histohre de tous ceux qui meurent chaque jonr à vos yeux, et c*cst d^avance la vôtre. Rappelez ce motnent terrible : vous y viendrez, et le jour peut-être n'est pas loin, et peut-être y louchez-vous déjà Mais enfin, vous y viendrez ; et quelque loin qu*il puisse être, ee sera demain , et vous y arriverez en un instant ; cl la seule consolation que vous aurez alors, sera d'avoir fait de toute votre vie Tétude, la ressource et la préparation de votre mort.
Enfin , et c'est ma dernière raison , remontez à la source de ces frayeurs excessives qui vous rendent l'image et la pensée de la mort si terrible , vous la trouverez sans doute dans les embarras d'une corïscit'nce criminelle : ce n'est pas la mort que vous craignez , c'est
nk JEUDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE.
Ja JMÉteedttfiieaqiii Tout aUcnd an delà , pour ponir les ittMéiilAB elleadéioNreB 4e votre vie : c'est que yoos n'êtes pas en état de voua présenter devant M, tout couvert des plaies les pins hontopses, qoi déigurait en voos son image; et cpie monrir pour vwa dana la situation aà vontéles, ce seroit périr ponr toute la dpréa des sièdes. Pnritec dono votre eonsdenee 9 finisses et expiez vos passons criminelles; rappelas Dien dans traire cosnr , n'cAes plna jrien àsea yenx digne de sa oalère et de ses diàtiiaents ; mettezvous en état d'eqiérer qnelqne clM)se de ses miséricordes infinies après la mort , dors vous verres approdher ce dernier moment a vrc moins de crainte et de saisissement; et le sacrifice que voua aares déjà fait à Dieu da monde et de ?os passions, non-senlement voos facilitera , mais vous rendra même doux et consolant, le sacrifice que vous Ini tares alors de votre vie.
Car, ditesHTOi, mes Frères, qn'ala mort de si eflkvfUit pomrone ame fidèle? de quoi la s6para4-dle ? don monde^i périra f et qni est k patrie des réprouvés; de ses richessesqnirendMrraaBent, dont Tusage estenvironné de périls, et qn*il lui étoit défiendn deftiireservb' à la félidté de ses sens; de ses prodies^de ses amis, qu'elle ne Mt que devancer, et qui vont bienlûl la suivre ; et son corps , qui avoit été jusque-là , ou recueil de son innocence , on l'obstacle perpétnd ile ses saints désirs; de ses maîtres et de ses sujets , dont les premiers exigeoientsouventd'eUe des complaisances criminelles , et les autres la rendoient responsaUe de leurs infidélitéset deleurs crimes f de ses idacesetde ses dignités, qui, en multiptiaut ses devoirs, aogmentûientses périls i enfin de la vie , qoi n'étoit pour elle qu'on eiU, et un désir d'en élre délinée. Que lui rend la mort pour œ qu'elle lui été? elleltti rend des biens immuables , et que personne ne pounra plus lui ravir ; des plaisirs éternels , et qu'elle ^tera sans crainte et sans amertume ; la possession de Dieu même, assurée et paiaiUe, et dont elle ne pourra plus déchoir ; la délivranee de lonies ses pa^ fions , qui avoient été pomr elle une source continndle tfinqvdétudes et de peines ; une paix inaltérable, qu'elle n'a voit janmis pu trouver dans le monde ; la diasolntion de tous les liens qui rattachoieul à la terre , et qui l'y reienoient comme captive ; enfin la société des Justes et des bienheureux, pour celle des hommes pécheurs dont elle se sépare. Et qu'y a-t-il donc de si doux dans cette vie , ù mon Dieu ! pour une ame fidèle, qui puisse Ty attadiM'? c'est pour dis une vallée de larmes , où les périls sont infinis, les combats jou^ naliers, les victoires rares, les chutes inévitables ^ où les violenoes doivent être continuelles ; où il faut tout refuser à ses sens ; où tout nous tente , et tout nous est interdit ; où tout ce qui fdaH le plus, est ce qu'il faut le. plus fuir et craindre; en un mot, où si voos ne souffres, si vous ne pleures , si vous ne résistes jusqu'au sang , si vous ne comballez sans cesse , si vous ne vous lialssez vous*méme, vous êtes perdu. Que Urouvez-vous là de si aimable, de si attirant ,
de M capable d^attecbar une ame cfaiétieiroe? el mbiirir) n'ast-œ pis m trioBiphe 6t qd gain pour elle?
Au0Bi , mes Frtoes , la mort est le seal point de me et la seule ooniilation qqî flontlent la fidélité des Josles. Géaaissent-ils dans raflBic* tioii , ils saTeal «pie leor fin est prodbe ; que les tribidalioiis ooartes el passagèra de cette vie , seront snivies d'on poids de gloiro éter<ndle;eldaDSC0tte pensée, ils tronyont une soivoe inépstsaMe de palienee, de fenDclé^ d'allégresse. Senlent-ils la ki des menlim «'4l«rer oontro la M deresprit, etueiler en enx ees-moa^ements dangerna , qui perlent rttauittnce Jusqae sor fe lK)cd da prédpm 4l8 or'ignoreQt pas qu'après la dissolution dn oorps terrestre, ou le leur rendra otteste et spirituel; et ^*alors dfliyrés de tontes ees misères , ils seriMit semblables aux anges du det^ et ce sourenir les soutient et les fortifie. Sont-ils accablés sous la pesanteur du joug de Jésus-Ghrisi, et leur foi plus foiUe , est-elle sur le point de se ralentir, ou de succomber sons le poids des devoirs austères de rEyangile t ah I le jour du Seigneur n'est pas loin $ ils tauctent à la bienheureuse réoompoise; et la fin de leur course, qu'ils wient déjà , les anime , et leur fait reprendre de nouTelles forces* Ecoutée comme l'Apôtre consoloit autrefois les premiers fidèles : Mes frères , leur disott*il , le temps est court; le jour appioche , le 8eigneurestàlaporte,etil ne tardera pas t réjouissec^TOus donc; je Yôus le dis encore , réjouisses^yous. Cètoit là loute la consolation de ces hommes persécutés , outragés , proscrits , foulés aux ^eds , regardés comme les balayures du monde, l'oppriAre des Juifs, et la risée des gentils. Ils savoient que la mort aUoit essuyer leurs larmes; qu'alors il n'y auroit plus pour eux , ni deuil , ni douleur, ni soirfhrance ; que (oui y seroit nonreau ; et cette pensée adoudssoit toutes leurs peines. Ahl qui eût dii à ces généreux confesseurs de la foi que le Seigneur ne leur feroit pas goûter la mort , et ^*il les taîsseroit vitre éternellement sur la terre, eAt ébranlé leur foi , tenté leur constance ; et en leur ôtant cette espérance , on leur efil été toute leur consolation.
Tous n'en êtes pas sans doute surpris, mes Frères ; pareeque pour dos hommes affligés et malheureux, comme ils étoienf, la mort devoit paroltre une ressource. Vous vous (rompez ; ah ! ce n'étoient pas leurs persécutions et leurs souffrances qui faisoient leur malheur et leur tristesse; c'étoit là leur joie, leur consolalion, leur gloire: Nous nous glorifions dans les tribulations, disoient-^its : Gloriamur in tribulatiombus (RcM., v, 8) : c'éloit Téloigne ment où ils vivoient encore de Jésus-Ohrist ; c'étoit là la source de leurs larmes , et tout ce qui leur rendoit la mort si désirable. Tandis que nous sommes dans le corps, dkoit l'Apôtre, nous sommes éloignés du Seigneur ; et cet éloignemant étoit un état triste et violent pour ces hommes fidèles ? toute la piété consiste à son hîitter notre réunion avec lésus^rist notre chef, à soupirer après
rheBreuxiBMMHitqiiiiHNitnieoifor^ aveo kmsleséliftdanftoe eorps mystique qui se forme, depuis la UMsanœ dn mOBée, 4e liNrtelaiigiie) deftowte triba, de tonleiiatîoa ; qol est b fin deloos les dcsaciiis de Dieu, et qui doH legloriier avee Jé«»>GbrisldiMi tout les siôdes. Nous sommes ioi-has comme des de lemer «sp ; Mmme des rvisseau éloigiiés de Un des HMggf s erimits loio deieor patrie; chriteés daw mm prisoQ, «psi attaMeal lenr déUnmuBf eoTaBls banito poor ^loelipie temps de l'héritage et de la 1 fenMHe; en «n mot, oomoM des mimhrpe séparés de leur oorpa. Depuis que Jésus-Glirisl notre cM est monté au ciel^ ee n'estpkis ici le lieu de notre demeure; nous attendons la Ueulieureusa ôpèranoe et l'avènement du Seigneur; ce désir fut toute noire piété et notre consolation : et ne pas désirer cet heureux moment pour un chrétien, et le craindre, et le regarder même conune le |du8 grand des malhenrs, c'est dire anatbèmeà Jésus^Jhrist', c*est ne vouloir avoir aucune part avec lui ; c'est renoncer aux promesses de la foi, et au titre glorieux de i^toyen du eiel; c'est chercher notre bon* heur sur la terre, douter d'un avenir, regarder la religion comme un songe, et croire que tout doit finir avec nous.
Non, mes Frères, la mort n'a rien que de doux et de desiraUe posir une ama juste : arrivée à cet heureux moment, elle voit sana rsgret périr un monde, qui ne luiavoit jamais paru qu'un amas de fumée , et qu'elle n'avoit jaôMis aimé : ses yeux se ferment avee plaisir à tous ces vains speetadea qu^oSre la tare ; qu'elle avoic Imyours ragardésoonune une déoEwation d'un moment, et dont elle n'af^par Utasé de craindre les dangereuses iUusions : elle sent sans inquiétude, que di»je? avec plaisir, ce corps mortdqui avoit été la matière de toutes ses tentations , et la source fatale de tontes ses fûiUesses, se revêtir de l'immortalité : elle ne regrette rien sur la terre f où elle ne laisse rien , et d'où soo-cœur s'envole commie son ame t elle ne se plaint pas même d'être enlevée au milieu de sa course, et de finir ses^ours en un âge encore florissant ; au contraire, elle remarde son Ubératsiu' d'avoir abrégé ses peines avec ses années, de n'avoir exigé d'elle que la moitié de sa dette pour le prix de son éternité, et d*a voir consommé dans peu so^ s^^ifice, de peur qu'un plus long séjour dMis un monde corrompu ne pervertit son cQsar. Ses violences, ses austérités, quiavoientiautçoûtéàlafoiblesse de sa chair, font alors la plus douce de ses pensées s elle voîl que tout s'évanouit , hors ce qu'elle a fait pour Dieu ; que tout ra«> baudonne , ses biens, ses proches, ses amis, ses dignités, hormis sea œuvres; et elle est transportée de joie de n'avoir pas mis sa confiance dans la faveur des princes , dans les enfanta^des hommes « dans les vaines espérances de la fortune, dans tout ce qui va périr ; mais dans le Seigneur tout seul, qui demeure éternellement, ci dans e aefi) duqnd elle va trou rer la paix et la félicité que les crcaturea
HOMÉLIE bUR LAZARE. 787
oedooMDl poiiiC. Ainsi tranquille èw le passé , méprisant le présent^ transportée de toucher enfin à cet avenir, le seul objet de ses désirs ; yojrant déjà le sein d'Abraham oùy^t poor la reoeTOir, et le Fils de l'Hemme assis à la droite du Père, tenant en ses mains la ofraronae d'immortalité, elle s'endort dans le Selgneor; eHeest portée par les esprits bienhenreox dans la demeure des Saints, et s'eu retoumedanslc^lieu d'oà elleétoitsortie. Pnissiez-vous, mes Frères, voir ainsi terminer votre course , c'est ce que je vous souhaite.
Ainsi mt^ii.
SERMON
HOMÉUB SUR L'iVANCILE DB LAZARE.
Venei et Toyei ( JoàN. » xi , 81 )•
11 n'est point de péchemr invétéré q«i eût la force de se souifirir » rhorreor de son état, s'il poavoit se Toir an naturel et se oonnottre Une ame qui a vieilli dans le crime n'est supportable à ellemême, que paroeque la même passion qui fait tous ses malheurs , les lai cache :.et que son désordre est en même temps et le glaive cruel qui faille plaie, et le bandeau fatal qui la dérobe aux jeux du malade.
Voilà pourquoi l'Eglise, pour découvrir le pécheur à lui-même durant ce temps de pénitence , nous représente presque tous les jours, sous de nouvdles images, Fétat déplorable d'une ame qui croupit depuis long-temps dans son péché : tanlM sous la figure d*uB paralytique de trente-huit ans ; et c'est pour nous marquer l'insensibilité et la paix funeste qui suit toujours l'habitude du crime : tantôt sous le symbole d*un prodigue réduit à vivre avec les plus vils animaux ; et sous ces traits , elle veut nous faire sentir son sriHssement et sa honte : tantôt sous l'image d'un aveugle-né; et c*est pour nous peindre l'horreur et la profondeur de ses ténèbres : lantôt enfin sous la parabole d'un esprit sourd et muet; et c'est pour nous figurer plus vivement Tasservissement ou l'habitude criminelle retient toutes les puissances d'une ame infortunée.
Aujourd'hui , comme pour rassembler tous ces traits différents sous une seule image encore plus terrible et plus touchante, l'Eglise nous propose Lazare dans le lombeau ; mort depuis quatre jours , eibalant déjà l'iofection et la puanteur, les pieds et les mains liés , le visage rouvert d'un voile lugubre^ et n'excitant plus que Vhor- M. 1. 47
reordeeeaxméineiqaola tondroM eilesanglûamieiitleplM élr(»(eiDoiit unis pendant sa vie.
Venes donc, ei voyeif vonSi mon cher AudUev, qui maidg^^h tant d'années sw$ le jmw hpnleiix du désordre, U fû n'«te ponut louché do malheur de voire état ; f^eni et çUk. AMMires à «e tombeau que la voix de Jésus-Christ va ouvrir aojwrd'liQià vos yeui i et venei voir dans ce spectacle d'inCeciioa et de pnurritare, Timagc naturelle de votre ame i Feniei ride. Tous coures à des spectacles profanes, pour y voir vos passions représentées sons des couleurs agréables et trompeuses ; venci les voir ici exprimées au naturel $ venes voir dans ce cadavre infect et puant, ceque vous êtes aux yeux de Dieu, et combien votre état est digne de tos larmes : Feni ei vide*
Mak de peur qu'en exposant ici seulement toute rborreur de rélat d'une ame qui vit dans le désordre, je la trouUe et la décourage, sans lui tendre la main, et lui aider à sortir de cet abtme \ pour ne rien omettre de rhisloÎTO de notre Évangile , je la partagerai en trois réflexions : vous verrez dans la première, combien est affreux et déplorable Tétat d'une ame qui vit dans Thabitiide du désordre : je vous montrerai dans la seconde, par quels moyens elle en peut sortir t et dans la troisième, quels sont les motifs qui déterminent- Jéfus<Ghrist à opérer le miracle de sa résurrection et de sa délivrance. O mon Dieu! Alites entendre aujourd'hui votre roix puissaute à oesaaes infortunées qui reposent dans les ténèbres el dans les oBsbres delà mort : ordannes enooiv une fois àces ossemeois arides de se ranimer, et de recouvrer la kunière et la vie 4e la grâce qu'ils ont perdue. Ape. Maria.
psKUiftaa PÀRTus.
Je remarque d'abord trois drconstanoes principales dans le spectade déplorable qu'offre à nos yeux Lazare mort et ensevdi. Preniièremeut, devenu déjà un amas de vers et de pourriture, il répand l'infection et la puanteur i Jam feset i et voilà la profonde corruption d'une ame dans le péché d'habitude. Secondement, un voile lugubre couvre ses yeux et son visage : Et faciès efus sudario trat Ugata$ et voilà l'aveuglement flaneste d'une ame dans le péché d'habitude. Enfin, il parott dans le tombeau les mains et les pieds liés : Ligatm pedet et manus insiitis; et voilà la triste servitude d'une ame dans le péché d'habitude. Or c'est cette corruption prcv fonde, ceAineste aveuglement, cette triste servitude figurés parle spectacle deLazare, mort et enseveli, qui forment précisément toute rborreur et toute la misère d'une ame morte depuis long-lcmpi aux yeux de Dieu.
Kn premier lieu , il n'est pas d'image plus naturelle d'une ame qiû croupit dans le désordre, que celle d'un cadavre déjà en proie aux verset à hi pourriture. Aussi les livres safaits nous représentent
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partout l'état du péché sous Tidée d'une mort affreuse ; et il semNe que l'Esprit de Dieu n'a trouvé rien de plus propre que cette triste imafe, pour nous faire entrevoir du moins toute la difformité d'une ame en qui le péché haUte.
Or, la mort produit deux effets sur le corps où elle s'attache : eHe le prive de la vie , die altère ensuite tous ses traits, et corrompt tousses memires. £Ue le prive do la vie, et c'est par-là que le péché commence à défigurer la beauté de l'ame. Car, mes Frères, l>iett est 1» viede nos âmes, lalumière de nos esprits, le mouvement, pour ainsi dire, de nos ccsurs. Notne justice, notre sagesse, notre vérité , ne sont que l'unioD d'un Dieu justo , sage , véritable avec notre ame : toutes nos vertus ne sont que les différentes infiuenccs do son Esprit qui habite en nous : c'est lui qui excite nos bons désirs, qui forme nos saintes pensées, qui produit nos lumières pures , qui opère nos volontés justes ; de sorte que toute la vie sphituelle et surnaturelle de notre ame, n'est que la vie de Dieu en nous, coomie parle l'Apôtre.
Or, par un seul péché cette vie cesse, cette lumière s'éteint, cet Esprit se retire, tous ces mouvements sont suspendus. Ainsi Tame sans Dieu est une ame sans vie, sans mouvement, sans lumière, sans vérité , sans justice j sans charité : ce n'est plus qu'un chaos, un cadavre : sa vie n'est plus qu'une vie imaginaire cl fantastique ; ci semUable à ces cadavres, qu'un esprit étranger anime, elle parott vivre et agir, mais elle daneure dans la mort : Fi^ens^ mortua efi(l. Tm., v, 6).
Voilà le premier degré de la mort, que tout péché qui sépare une ame de Dieu introduit en elle : mais Thabitude du péché , qui est eomme une mort invétérée, va plus loin. Aussi Latarc non-seulement n'a plus de vie dans le tombeau; mais, comme il y est depuis quatre jours, la corruption de son cadavre commence à répandre rinfection : Jam/eiet , quatriduanus est enim. Car, quoique le premier péché, qui nous fait perdre la grâce, nous laisse aux yeux de Dieu, sans vie ci sans mouvement ; on peut dire néanmoins qu'il iious. reste encore certaines semences de vie spirituelle, certaines impressions de l'Esprit saint, certaines facilités à recouvrer la grâce {)erdue. La foi n'est pas encore éteinte; les sentiments de vertu , ()as encore effacés ; la sensibilité aux vérités du salut, pas encore endurcie : c'est uu cadavre, à la vàrité, mais qui depuis peu expiré, (ouserve encore je ne sais quelles impressions de chaleur qui sem-* oient partir d'un reste de vie. Mais à mesure que i'amc demeure dans la mort, et persévère dans le crime, la grâce se retire; tout s'éteint en elle, tout s'altère, tout se corrompt, et sa corruption devient universelle; Jamfetet^ quatriduanus est e/iim.
Je dis universelle : oui, mes Frères, tout change, toutsecor-^ rompt dans une ame par la continuité du désordre : les dons de la nature, la douceur, la drnilur<\ l'humaniu^ la pudeur, les talents
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même de Fespril; les bknraits de la grâce, lestentioienUde la religion, les remords de la oonsdenee, les terreurs de la foi, laCuî dle-méme; la corraption eotre dans toat, altère tont, et change en poarriture et en spectade d'horreur, et les dons dn del, et les faiett* rails delà terre s rien ne demeure dans sa preositee situation s lea traits les pins beanx sont ceux qui deviennent les pins hidewL et les phis méoonnoisaBbles s les agréments de l'esprit devîenonnt l'assaisonnement des passions et de la déhanche; les sentiments de rdigionsediangent en libertinagoi la supériorité des Inmiéies, energueil d en nneaflkmse philosophie I la noblesse des sentiments n'ert plus qu'une ambition sans borne et mns mesure; la bonté et la teoK dresse dn coeur, qu'un abandoonement i des amours impnm el profanes ; les principes de gloire et d'honneur, qui aToient passé en nous avecle sang de nosanoétres, qu'une ostentation de Tauité, et la soorœde nos haines et de nos ?engeanoes; notrtf rang, notre éiéfu* taon, l'occasion de nos envies, de nos basses jalousies; enfin nos biens et notre prospérité , l'instrument funeste de tous nos crimes s Jam ftut » quairiduanus e$i enim.
Mais la corruption ne se home pas au pédienr tout seul : un cadavre ne sauroit être long-temps caché sans qu'nne odeur de mort se répande à Tenlonr ; on ne peut croupir long-temps dans le déa* ordre, sans que l'odeur d'une mauraise vie se fasse sentir. On a beau cacher sous des mesures pénibles l'ignominie d'une conduite désordonnée ; on a beau blanchir le sép«ilcre plein de pourrilure et d'infection, la puanteur se répand ; le crime se trahit tôt ou tard lui-même : une fumée nohre et empestée sort toujours de ce feu profane qu'on cachoit ayec tant de sofai : une vie déréglée se manifeste par mille endroits : le public désabusé ouvre enfin les yeux ; et plus on est découvert, et plus on se découvre : on s'accoutume à son ignominiei on se lasse de la géneet de la centrante: le crime qui coûte encore des attentions et des mesures, parolt tNnp acheté s on se démasque; on secoue ce reste de joug et de pndem*, qui nous faisoit encore craindre les yeux des hommes ; on vent jouir du désordre, sans précaution et sans embarras : et alors des domestiques, des amis, des proches; la cour, la ville, b province, tout se sent de l'infection de nos dMglements et de nos exemples t notre rang, notre élévation ne servent plus qu'à rendre plus éclatent el plus immortel , le scandale de nos dérèglements : en mille lieux nos excès servent de modtte : le spedade de nos nuBurs ras* sure peut-être en secret des consdences que le crime trouMoit en» oore : peut-être même on nous dte; on se sert de notre excnqple pour séduire rinnoccnee, et vaincre une pudeur encore craintive i et jusqu'après notre mort, le bruit de nos dissolutions souaiera encore la mémoire des hommes, embellira peut-être des bistoirea lasd ves ; et long-temps api^ nous, et dans les Ages qui nous suivront, le souvenir de nos crimes fora encore des coupables.
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Eoûn (mais je n'oâerois le dire ici). . . la eorraption que Tbabitode du criBie me! dans tout Tioténear du pécbeur est tà uniyerselle, qu'elle ioCoclc son corps même : la débandie laitte sur sa chair des traces honteuses de ses désordres : l'infectiondesoname se répand souvent jusque sur un corps qu'il a fait servir à Tignominie. li dit par ayanoe à la pourriture, comme Job : P^ous êtes mon phref et aux vers : Cesi pous qui m*a$fe% formé (Job, xvii, 14) ; et la corruption de son corps est une image affreuse de cale de son ame : Jam/etett quairiduanus est enÙ9è,
Grand Dieu I puis-je donc me flatter que tous Toudrez encore jeter sur moiquélques regards de miséricorde ? ne frémirez-Yous pas encore à la vue de cet amas de crimes et de pourriture , que mon ameoflhreà vos yeux, comme vous frémissez aujourd'hui sur le tombeau de Lazare? Ah! détournez, Seigneur, vos yeux saints et terribles de ma profonde misère; mais faites que je ne les en détomne plus moi même, et que je ne me regar(to plus qu'avec tonte rhorreur que mon état mérite : ôtez le bandeau qui me cache moimême à moi-même; mes maux seront à demi guéris, dès que je pourrai les voir et lesconnoltie.
Et voilà la seconde drcoitttanee de l'état déploraUe de Lazare; un voile lugubre ooevroit son visage t Et fades gus sudario erat iigaia g o'est Taveuglemeiit profènd qui forme le second caractère de l'habitude crimiiMUe.
J'avoue que tout péché est une erreur qui nous fait prendre les faux biens pour le bien véritable, c'est un faux jugement qui nous faltchercber dans la créature le repos, la grandeur, Findépendânce, que nous ne pouvons trouver qu'en Dieu seul : c'est un nuage qui dérobe à nos yenx l'ordre , la vérité, la justice, et substitue à leur place de vains fantùnes. Cependant une première chute n'éteint pas lout-à-fait nos lumières : cûe n'est pas toujours suivie d'une nuit protoade. À la vérité, l'Esprit de Dieu, source de toute lumière, se relire, et n'habite plus en nous ; mais il reste encore dans Tame des traces de clarté : ainsi lorsque le soleil ne fait que se dérober à notre hémisphère , il demeure encore dans les airs certaines impressions de sa lumière, qui forment encore comme un jour imparfait; ce n'est qu'à mesure qu'il se retire, qu'arrive enfin la nuit profonde. De même à mesure que le péché dégénère en habitude, la lumièrode Dieu se retfare, les ténèbres crirfssent et augmentent, et arrive enfin la nuit profonde et l'aveuglement entier : £t faciès ejus sudario erat Ugata.
Et aloi« tout devient une occasion d'erreur à Tame criminelle ; tout chatige de face à ses yeux; les passions les plus honteuses ne sont plus que des foiblesses; les attachements les plus criminels, (les flyropatUes que nous avons portées en naissant, et dont nous trouvons la destinée dans nos oiBurs; lesexcès de la table, les plaisirs innocents de la société ; les vengeances, un juste ressentiment ;
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kt diiooan de UoeBce el de libertinege, dei nillies agréables et applaudieas les mèdManoea le&ptns aflireosea, wilaiigage mité et dont il D'y a que les esprits folUesqai paiaseDisefaireiinacnipQle; Ici loia de TEgliae, des uaagea raramiés; le denrir da temps pascal , une biettséanoe qo'on dcmoe à la oontimie et non à la religion ; la sAvèrilé des jugements de Dieo, 4es dédamalions entrées, qni font tort à sa bonté et à sa démeneei la mort dus le péché, sntté inévitable d*nne vie criminelle, des prédictions oi il entre pins de sëlc |ue de vérité, et démenties par la eoniance qni nons promet an retour avant ce demi»* moment ; enfin, le cM, la terre, l'enfer, tontes les créalorcs, la religion, le monde, les crimes, les vertns, les biens et les maux, les dioses présentes et les futures, loot change de face aux y eux d'une ame qui vit dans rhaUtade dn crime ; tout se montre à elle sous de fausses apparencesi toute sa vie n'est plus qu'un prestige et une méprise oontinnèlle. Hélas l si vous pouviei déchirer le voile fotal qui couvre vos yeux comme ceux de Lazare, et vous voir comme lui enseveli dans les ténèbres , tout couvert de pourriture , et répandantau loin l'infection et une odeur de mort ! Mais maintenant tout cela est cadié à vos yeux, dit Jésus- Qhrist : Nwie autem hœc abêCondUa mtuaboeuUê iui$ (Lee , xix, M); vonsne voyes de vous-même que les emb^issements et les dehors pompemc du tombeau ftmeste eà vous croupisses; votre rang, votre naissance , vos talents, vos dignités, vos titres ; c'est-àdire les trophées et les ornements que la vanité des honmies y a élevés $ mais Mes la pierre qui couvre ce lieu d'horreur, regardes dedans : ne juges pas de vous par ces deiiors pompeux qui ne font qu'embellir votre cadavre; voyei ce quevousétesaux yeux de Dieu ; et si la corruption et l'aveuglement profond de votre ame ne vous (oocfaepas asBes,que sa sorvitude du moins vous réveille et vo» rappdle à voos^néme.
Dernière circonstance de l'état de Laiare mort et ensevelis il avoit les mains et les pieds liés: LigatUÊ pedes H manut hutdtU f cl voilà l'image de la triste servitude d'une ame , depuis long-temps assujettie an péché.
Oui, mes Frères, le monde a beau décrier la vie chrétienne comme une vie d'assujettissement et de servitude ; le régne de la justice est un régne de liberté; l'ame fidèle et soninise à Dieu devient maltresse de tontes les créatures; le Juste est au-dessus de tout, parcequ'il est détaché de tout; il est maître du monde , parcequ'il méprise le monde ; il ne dépend ni de ses maîtres , paroeqû'il no les sert que pour Dieu; ni de ses amis^ parœquil ne les aime que dans l'ordre de la charité et de la justice; ni de ses InlMeurs, parcequ'il n'en exige aucune complaisance iiqtiste, ni deaa forUiM, parcequ'U la craint ; ni des jugements des hommes y paroeqû'il ne craint que ceux de Dieu ; ni des événements, paroeqû'il les regarde tous dans Tordre de la Providence ; ni de ses |
coquo la chariiè qui est en lui en est la règle et la mesure. Le Juste seul jouit donc proprem^t d'une parfaile Itbcrlé : supérieur au inonde , à lui«inênie , à toutes les créatures , à lous les événements^ il oommeDGc dès cette vie à régner avec Jésus-Christ; tout lui est soumis , et il n'est luinnéme soumis qu'à Dieu seul.
Mais le pécheur , qui paroU Yivre sans joug et sans règle , est pourtant un vil esclave : il dépend de tout, de son corps , de ses penchants , de ses caprices , de ses passions , de ses biens , de sa fortune , de ses aoattres , de ses sujets , de ses amis , de ses ennemis , de ses protecteurs, de ses envieux , de toutes les créatures qui Tenvirooneot; autant de dieux auxquels, ou l'amour, ou la crainte Tassojettit; autant d'idoles qui multiplient sa servitude : tandis qu'il se croit plus libre en secouant l'obéissance qu'il doit à Dieu seul : Quœ est idolorum servilus ( Galat. , v , 20 ) ; il multiplie ses maîtres en refusant de se soumettre à celui seul qui rend libres ceux qui le servent , et qui fait môme do ses serviteurs les maîtres du monde , et de tout ce que le monde enferme.
Je sais que la passion dans les commencements , ménage encore, pour ainsi dire , la liberté du cceur % elle nous laisse croire quelque temps que nous sommes maîtres de nos penchants et de notre destinée : ellenous amused'un vain espoir de rompre , quand il nous plaira, nos chaînes : elle lâche le frein par lequel elle nous tient, de peur que nous nous apercevions trop tôt de notre servitude : mais quand une fois elle se sent maîtresse, et qu'elle ne craint plus nos retours et nos inconstances; ah! c'est alors qu'elle nous fait sentir tout le poids et toute l'amertume de notre sei vitude < Li^ ffotuspedes et manus institis.
Servitude honteuse par l'assujettissentent de Tame déréglée aux sens; sa raison , sa fierté, sa gloire, ses réflexions, tout cède au charme impérieux qui l'entraîne : honteuse par l'indignité des démarches que la force de la passion obtient d'elle ; le rang , le sexe, le devoir, tout est oublié ; on dévore les rebuts les plus outrageants; on fait les avances les plus humiliantes ; on laisse entrevoir les emportements les plus indignes et les plus méprisables : honteuse par les devoirs les plus importants , et les intérêts les plus sérieux de la fortune, sacrifiés à la passion iiyuste i honteuse par l'avilissemait et le mépris public qu'attire toujours une vie déréglée : honteuse enfin par les mœurs désordonnées continuées quelquefois jusque dans une vieillesse avancée ; l'âge augmente la fragiLUé ; la raison , aObiblie par les anciens désordres , n'oQre plus de résistance ; le corps usé par ses déréglemcnls , s*y laisse conune aUer de lui-même , et supplée par les égarements d'une imaginatioa oorrompne, ce qui manque i la vivacité de ses phdsirs : Ligatus ptuiLu et manus instilis,
le ne parle pas des obstacles qui traversent toujours la passiou ; des intérêts et des devoirs, qui la combattent; des mesures et des
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ménagements, qoi la gênent ; des oontre-lempa , qni ki déooavrcnt ; des sitoations et des dcgoûis , qni TempoiflCMinent On tondroM rompre ses chaînes, et on retombe à Finstant sons lenr pioptm poids ; et dans le crime même, insensible an plaisir deremi dégefttant , on ne sent pins que la dure senritode qni l'a rendu Mœt* sairc : Ligaluspedes et manusinstitU.
Yons Tiyus plaignez quelquefois des rigueurs de la rerta , «KNi cher Auditeur ; tous craignes la Yie chrétienne , comme une vie d'assujettissement et de tristesse : mais qu'y trouTeriez-TOOs de ai triste, que ce que yous éprouves dans le désordre? Abl si Toon osiez TOUS plaindre de l'amertume et de la tyrannie de tos passions; si TOUS osiez avouer les troubles , les dégoAts , les fureurs , les agi* tations de Totre ame ; si tous étiez de bonne foi sur ce qoi se passe de triste dans Totre cœur : il n'est point de destinée qni ne Tons parût préférable à la TOtre : mais tous dissimulez les inquiétudes du crime, que tous sentez ; et tous exagérez les rigueurs de la Tertu , qne tous n'aTcz jamais connue. Mais pour tendre la main à Totre foiblcsse, continuons Thistoire de notre ETangile; et Tirons dans la résurrection de Lazare,, quels sont les moyens que la bonté de Dieu tous offre pour sortir de œt état déplorable,