‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 89 sur 96 · DEUXIÈME PARTIS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIS

La force de la Tertu de Dieu , dit TApôtre , ne parptt pas moins dans la couTcrsion des pécheurs , que dans la résurrection des morts; et la même Tertu suréminente, qni opéra sur Jésos-Ghrist pour le déliTrer du tombeau , doit opérer sur Famé depuis longtemps morte dans le péché, pour la rappeler à la TÎe de la grâce. J'y trouTe seulement cette différence, que la Toix toute-puissante de DîcQ n'éprouTc aucune résistance dans le cadaTre qu'il ranime et qu'il rappelle i la Tie ; au lieu que Famé morte et corrompue , pour ainsi dire, par la Tieillesse du crime, ne semble amserTer encore un reste de force et de mouTement, que pour s*opp06er à cette TOix de Tertu qui se fait entendre dans l'abîme où elle est enscTelie, et qui Teut lui rendre la Tie et la lumière. Cependant, quelque difficile que soit la cooTcrsion d'une ame de ce caractère, et quelque rares qu'en soient les exemples , l'Esprit de Dieu , pour nous apprendre à ne jamais désespérer de la miséricorde diTine, lorsque nous Toulons sincèrement sortir du crime , nous en propose aujourd'hui les moyens dans la résurrection de Lazare.

Le premier, c'est la confiance en Jésus-Christ. Si vous atiez iié ici^ dit une des soeurs de Lazare au SauTeur , monfnre ne seroU pas mortf mais Je sais que tout ce que ifous demanderez à Dieu, DieuîHïus raccordera. Je suis moi-même la résurrection et la vie ^ lui répond Jésus-Christ; le croyez-tfous ? Oui^ Seigneur , dit-elle, j'ai toujours cru quci^us étiez le Christ^ Fils du Dieu vitrant. C'est

UOBIÉUE SUR LAZARE. 745

\ leminda de k résinmctioii de Laiare, pn une confiance entiAreqiie Jésos-ChristeBt anei poissant pour leiMivrer de la inort et de la corraption.

Car, mes Frères, ruiosion dont le démon se sert toas les jours, ponr rendre inntUes nos désirs de oonyarsion , et en arrêter tes démardies, c'est de nons jeter dans la défiance et dans le déooongement i il retrace viTeuent à notre imagination les horreors d'one ▼ie entière de crime : il nous dit en secret ce qne les sesors de Lalare disent à JésQS-Christ j mais dans nn sens bien différent s qu'il auroit falla s'y prendre plus t6t, qu'on ne rerient pas de si loin , qu'il n'est plus temps d'essayer d*un changement ; et que la vieillesse et l'infection de nos plaies ne parott plus laisser de ressource : Jam/etetj quatriduanus at enim. Et là-dessus, on s'abandonne à la paresse et à Tindolence ; et après avoir irrité la justice de Bien par nos égarements , nous outrageons sa miséricorde par l'excès de notre défiance.

J'avoue , mes Frères, qu'il en coûte à une ame depuis long-temps morte dans le péché , pour revenir à Dieu ; qu'il est difficile, après tant d'années de désordre , de se faire un cœur nouveau et de nouvelles inclinations ; et qu'il est même à propos que les obstacles , les peines, les difficultés , qui accompagnent toujours la conversion des âmes de ce caraclère , fassent sentir aux grands pécheurs combien il est terrible d'avoir été presque une vie entière éloigné de ]>ieu«

Mais je dis que dès qu'une ame touchée de ses crimes veut sincèrement revenhr à lui , ses plaies, quelles qu'en puissent être l'infection et hi vieillesse, ne doivent plus alarmer sa confiance : je dis que ses misères doivent augmenter sa componction, mais non pas sondéoouragement : je disque la première démarche de sa péniience Mi être d'adorer Jésus» Chrisi comme ta résurrection et la uie^ une confiance secrète , que nos misères sont toujours moindres que ses miséricordes ; une persuasion intime , que le sang de Jésus- Christ est plus puissant pour laver nos souillure^ que notre corruption ne sauroit l'être pour en contracter i je dis que moins l'ame criminelle trouve en elle de ressources pour la vertu , plus elle doit en attendre de celui qui se plaît à édifier l'ouvrage de la grâce sur le néant de la nature ; et que plus elle forme d'opposition au bien , plus elle oBre en un sens de disposition à la puissance et à la miséricorde divine, qui veut que tout bien paroisse venir d'en-haut, et que l'homme ne s'attribue rien à lui-même.

Et en effet , mon cher Auditeur, quelle que puisse être l'horreur de vos crimes passés, le Seigneur n'est pas bien éloigné de vous bire grâce, dès qu'il vous inspire le désir et la résolution de la demander. Il est écrit dans l'histoire des Juges , que le père de Samson , effrayé de l'apparition de l'ange du Seigneur , qui après lui avoir annoncé la naissance d'un fils, et ordonné d'offrir un sa-

erifice, âToii, oonniie un fea décorant, eoiiBaiDé rkostie eift Mchèr , et di$|Mra ensuite à set yeux i qa'efflrajé , dis-je, de te speclade , il crut qu*il alloitétre lui-même frappédemoft avec sa femme , pnrcequlls ayoienl tu le Seigneur « MoHemoriemur, quia i^idimus Domintun (Jodic.» xiii, âS). Mais son épouse, sainie etédâîrée, eondamaa sa défiance. Si le Seigneur , lui répondit^^cUe, Vouloif nous perdre , il n'aumil pas Tait descendre le feu du èielsur notre sacrifice; il ne Veut pas reçu de nos mains , il ne nous eût pias découvert ses secrets et ses merveilles , ^ ce que nous avions ignoré lusqd'ici : Si DomiHusnos vetlet occidere^ de mardbus nostris kolocaustum et libamsnta non suseepisset ; née ostendissei nobis hoBC omnia , neque ea quœ sunt t^entura dixisset ( Ibid., v. 23).

£t voilà ce que je vous réponds aujourd'hui. Vous eroyex votre mort et votre perte inévitable; Fétat de votre conscience vous décourage ; en vain des étincelles de grâce et de lumière tombent dans votre cœur, vous touchent, vous sollicitent, et sont toutes prêtes à consamer le sacrifice de vos passions : vous vous persuadez que c*est fait de vous sans ressource. Mais si le Seigneur vouloit vous abandonner et vous perdre, il ne Teroit pas descendre le feu du del sur votre cœur ; il n'allumeroit pas en vous /de saints désirs et des sentiments de pénitence : Si Dominiis nos pellei occidercy de ma* nibus nostfis kolocaustum et Ubamcnta non suseepisset; S*il vouloit VOUS laisser mourir dans l'aveuglement de vos passions, il ne vous montrcroit pas les vérités du salut ; il ne vous les mettroit pas dans un jour qui vous éclaire et qui vous trouble ; il n'ouvriroit pas vos yeux sur les malheurs à venir que vous vous préparez : nec osten^ disset nobis hœc omnia^ neque ea qucè sunt peut ura dixisset. D'ailleurs, que sayez-vous si Jésus-Christ n'a pas permis que vous tombassiez dans cet état déplorable, pour faire du prodige de votre conrcrsion, un attrait pour la conversion de vos frères? que savezvous si sa miséricorde n'a pas ménagé à vos passions Téclat qui les a rendues publiques, afin que mille pécheurs, témoins de vos égarements, ne désespèrent pas de leur retour, et soient animés par le spectacle de votre pénitence? que savez- vous si vos crimes et vos scandales mémos ne sont pas entres dans les desseins de la bonté du Seigneur sur vos frères ; et si votre état qui paroi t désespéré, comme celui de Lazare, est bien moins un préjugé de mort pour vous , qu'une occasion de manifester la gloire de Dieu : Irifirmitas hue non est admoriem, sedpro gloriâ Dei? Lorsque sa grâce ramène un pécheur ordinaire, le fruit de sa conversion se borne à lui seul; mais quand il va choLsir un pécheur d'éclat, un Lazare depuis longtemps mort et corrompu j al\! les vues de sa miséricorde sont alors plus étendues ; elle prépare en un seul changement, mille changc- /nents à venir : clic se forme mille élus en un seul; et les crimes â'un pécheur deviennent la semence de mille Justes : Infimiitas hœc non est ad mortem . sedpro glond Dei, Vous perdez courage

HOMÉUE SUR LAZAJŒ. HT

rextrémtté de tos mifières ; mais peaUétre c'est cette eitréenité eOe-méme qui tous approche plus da monieBi heureux de TOtre cooveruoir, et qoe la bonté de Dieu yoqs a rétenré pour Mre on moaumeot public de Texcôs de «es miséricordes envers les pins grands péoheors. Oxo^est teulemeni, conune le dit JésQ»€hrisl aux sœors de Lazare, et tH^us verrez la gloire de Dieu : voos verrec f os proches, tos amis, vos sujets, les complices de vos égarements devenir les imitateors de votre pénitenœ \ vons Terrez les âmes les pins déplorées soupirer après le bonheur de votre nouvelle vie ; et lA monde Icd-môme forcé de rendre glohre à Bien , et en rappelant vos excès passés, admirer le prodige de votre destinée présente: Quêidoin si credideris , ridebis gloriam J9ef\ Prenez dans vos misères mêmes de nouveaux motifs de confiance : bénissez par avance la sagesse miséricordiense de celui qui saura tirer de vos passions un nouvel avantage pour sa gloire : tout coopère au satot des siens ; et fl ne permet de grands excès, que pour opérer de grandes miséricordes. Dieu vent toujours le salut de sa créature ; et dèsque nous Toulons retourner à lui, nous ne devons pas craindre que sa justice nous rebute, mais que notre volonté ne soit pas sincère.

Et la preuve la plus décisive de notre sincérité , c'est l'éloigne«* ment des occasions, qui mettent un obstado invincible à notre tésunrection et à notre délivrance : obstacles figurés par la pierre qui fermoitrentréedn tombeau de Lazare, et que Jésus-Ghrist commence par ordonner qu'on 6te , avant d'opérer le mirade de la résuirectioB t ToUke lapidem^ (Abu la pierre. Second moyen marqué dans notre Evangile.

En effet, on voit tous les jours des pécheurs, lassés du désordre, qui vondroient revenir à Dieu ; mais qui ne peuvent se résoudre à sortir du milieu de ces objets , de ces lieux , de ces situations y de ces écueils qui les ont éldgnés de loi t ils se persuadent qu'ils pour* ront éteindre leurs passions, finir le cours d'une vie désordonnée ; en un mot, ressusciter avant que d'6ler la pierre : ils font même quelques efforts ; ils s'adressent à des hommes de Dieu $ ils prennent des mesures de changement ; mais de ces mesures qui , n'éloignant pas les périls, n'avancent point leiv sAreté ; et toute leur Tie se passe tristement à détester leurs chafaies, et à ne pouvoir par- TOiir à les rompre.

D'où vient cela, mes Frères? c'est que les passions ne commencent à s'aflbiMir, que par réloignenacnt des objets qui les ont allomées ; c^est une erreur de croire que le ccsor puisse changer, tandis qne tout ce qui l'environne est encore à notre égard le même. Vous vouict devenir chaste, et vous vivez au milieu des périb, des liai* sons, des familiarités, des plaisirs qui ont mille fois corrompu votre «ne \ TOUS voudriez coomiencer à fafare quelques réfleuons sefi^ises sur votre étemilé , et à mettre queîqne intervalle entre la

Tle et la mori ; el Toas n'en yoalei pomt mettre eotre la mort et les dissfpatioiis qaâ vous empédienl de penser à totre aalat^ el vous aHeodes que le goût d'une vie chrélieime tous TieiHie aa mUien des agitatioiis, des plaMrs, des inutilités, des espéranoes humaines, dont TOUS ne voules rien ralMttre : tous vonlex que votre oonr sa fasse de nouTèlles inclinations an milieu de tout ce qui nourrit et fortifie les anciennes, et que k lampe de la foi et de la grâce se rallume au milieu des Tents et des tempêtes; elle qui, dans le secret même du sanctuaire, s'éteint sourent , faute d'Iraile et de nourriture, et bit aux âmes Uèdes et retirées un danger de la sûreté même de leur retraite

Tous Tenes nous dire après cela , que vous ne manques pas de bonne Tolonté ; mais que le moment n'est pas encore Tenu. Et comment peut-il Tenir au milieu de tout ce qui l'éloigné? Mais quelle est cette bonne Tolonté renfermée au dedans de tous, qui n'a jamais de suite , qui ne conduit jamais à rien de réel , et n'a aucune démarche sérieuse de changement ? c'est-à-dire, tous toq driei changer, sans qu'il tous en coûtât rien ; tous Toudries tous sauTer, comme tous tous êtes perdu ; tous Toudries que les mêmes mœurs qui ont éloigné Toire cœur de Dieu , l'en rapprochassent ; et que ce qui a été jusqu'ici l'occasion de votre perte, deTtnt luimême la Toie et la facilité de Totre salut. Commences par éloigner les occasions , qui ont été tant de fois, et qui sont encore tous lee jours, recueil de Totre innocence ; 6tei la pierre qui ferme l'entrée de la grâce à Totre ame : ToUUe lapident t après cela tous aivei droit de demander à Dieu qu'il achèTe en tous son ouTrage. Alors, séparé de tous les objets qui nourrissoient en tous des passions injustes, TOUS pourrez lui dire : C'est à tous maintenant, 6 mon Dieu I à changer mon cceur : je tous ai sacriâé tous les attachements qui pouToient le retenir encore ; j'ai éloigné de moi tous les écueiis, oà ma foiblesse auroit pu encore faire naufrage; j'ai changé tous les dehors qui dépendoient de moi : c'est à tous. Seigneur, qui seul pouTez changer les cceurs, à faire maintenant le reste, à briser les liens invisibles, à surmonter les obstacles intérieurs, à triompher de ma corruption tout entière : j'ai 6té la pierre fatale, qui m'empêchoit d'entendre Totre Toix; faites-la retentir à présent jusque dans l'abîme on je sois encore enseveli ; ordonnes-moi de sortir de ce tombeau fatal, de ce lieu d'infection et de pourriture : mais ordonnez -le-moi avec cette parole puissante qui se fait entendre aux morts, et qui est pour eux une parole de résurrection et de vie : confiez moi à tos disciples, pour me dâier de ces liens qui tiennent toutes les puissances de mon ame captiTes; et que le ministère de votre Église mette le dernier sceau à ma résurrection et à ma délivrance.

Et Toilà, mes Frères, le dernier moyen proposé dans notre ÊTangîte. Dès que la pierre fut ûtée, le SauTCur dit à haute Toix : La-

%are^ sortez dehors, Laiare 8ort, encore les pieds ei les maiiis Uéei et Jésus-Christ le remet à ses disciples pour le délkr : SoMie^ et sùUie abire.

Remarques ici, mes Frères, que Jésus-Christ n'ordooM aux dis» ciples de délier liizare, qu'après qu*il s'est montré tout entier hors du tombeau. Il faut se manifester à l'Eglise, dit saint Bernard, ayant de recevoir par son ministère le bienfait de notre déliTranoe« Xozarej sortez dehors .* c'est-à-dire, continue ce Père, Jusquesà quand demeurerez-vous caché et easereli au dedans de TOtre consdenoe , jusques à quand céleres-TOUs votre iniquité dans votre sein : Quousquè consdeniiœ tuœ caligo te detinei (S. Bk&n.) ?

Vous n'ignorez pas sans doute , mes Frères» que la rémission de nos crimes ne nous est accordée que par le canal et le ministère de rÉgUse, et qu*il faut venir découvrir et présenter nos liens à la piété d^ ministres, qui seuls ont Tautoritède lier et de délier sur la terre; ce n'est pas sur quoi vous avez besoin d'être instruits. Mais je dis, qu'afin que la conversion soit solide et durable, il faut se montrer tout entier hors du tombeau, comme Lazare. Il ne^'agît pas id d'une confession <Mrdinaire : un pécheur Invétéré doit remonter jusqu*à son enfonce; jusqu'à la première naissance de ses passions ; jusques aux commencements de sa vie, qui ont été ceux de ses crimes. Il ne faut plus laisser de doutes et d'obscurités dans la conscience ; laisser dans les ténèbres les premiéares m<Bttrs, sous prétexte qu'elles ont été déjà révélées au prêtre : il faut une manifestation universelle; ne compter pour rien tout ce qu'on a fait jusqu'ici; les sacrements reçus, et les confessions faites dans la vie mondaine et déréglée, les mettre même au nombre de nos crimes ; regarder la conscience comme un chaos, où jusqu'id on n'a pas porté la lumière, et sur laquelle toutes nos fausses pénitences passées n'ont fait que répandre de nouvelles ténèbres.

Car, hdias ! mes Frères ! une ame qui revient à Dieu après les égarements du monde et des passions , doit présumer qu'ayant vécu jusque-là dans des afléctions et des habitudes criminelles , tous les sacrements regus en cet état ont été pour elle des profanatiims et des crimes.

Premièrement , parceque n'ayant jamais eu de douleur véritable de ses fautes , ni par conséquent de volonté sincère de s'en corriger, les remèdes de l'Eglise, loin de la purifler, ont achevé de la souiller, et de rendre ses maux plus incurables.

Secondement, parcequ'elle ne s'est jamais connue dle-même; et qu'ainsi elle n'a pu se faire connoltre au tribunal. Car , hélas ! mes Frères I le monde au milieu duquel cette ame a toujours vécu , et oà eUe a toujours pensé et jugé de tout comme le mondes le monde, dis^je, ne trouvant de sensé et de raisonnable , que ses maxiines et sesbçonsde penser ; le monde connolt41 assez la sainteté de l'Evan-

gilB, lei oMîgalioM de la foi , Tétendoe de» devoirs, pour entrer dan» ledéCitt des traïugreMioDS qmla loi coodaïUDe?

TroisiômeineQt enfin , parceque, quand même die aaroit oomni toBlet seaaMra, n'en ayant jamais ea de donlenr sincère , die n'a pu les faire connoltre; car il n'y a que la donlenr qui sache s'expliquer comme il faut, et représenter au naturel les maux qu'elle soit et qu'dle rthorre : il faut avoir le coeur touché pour savoir se faire entendre sur les plaies et les misères du cœur même : un pécheur touché d'une passion profane , en parle pins vivement , plus éloqnenunent : rien ne lui échappe des maux insensés et déplorables quil endure t il entre dans tous les rcfriis de son ocnur , ses jalousies, ses craintes , ses espérances. Gomme il n'y a que Tesprit de rhomme, dit l'Apôtre, qui sache ce qui se passe dans Thomme, il n'y a que le coBur aussi qui puisse savoir ce qui se passe dans le ccMir. La douleur donne des yeux pour tout voir , et des paroles pour tout direi elle a un langage que rien ne sauroit imiter : aiiisî une ame mondaine, et encore liée par le cœur à tous ses déaordras, a beau venir s'accuser, elle ne sauroit se faire oonnoitre : sansavohr un dessein formel de dissimuler ses plaies , elle ne les montre jamais dans toute leur horreur, parcequ'elle ne les sent pas, dn'en est pas frappée dle-même : ses paroles se sentent toujours de l'insensibilité de son cœur, et il est impossible qu'dle montre dans toute leur laideur des difformités qu'dle ne oonnolt pas , et qu'ette aime encore ; die doit donc regarder tout le temps de sa vie passée^ comme un temps de ténèbres et d'aveuglement , où die ne s'est ja-> mais vue qu'avec des yeux de chair et de saug; jamais jugée que par des jugements de passion et d'amour-propre; jamais aoonsée qu'avec un langage d'erreur et d'impénitence ; jamais montrée que dans un jour faux et imparCait. Ce n'est donc pas assex d'ûter la pierre du tombeau , il iaut que cette ame crimindle en sorte dle-< même; qu'eUe se montre, pour ainsi dire, au grand jour; qu'elle manifeste toute sa vie ; et que depuis le premier âge jusqu'au jour heureux de sa ddivrance, rien ne puisse échapper aux yeux des ministres prêts à la délier.

Mais cette démarche, dites-vous, a des difficultés qui -peuvent jeter le trouble , l'embarras , le dècouragemoit dans la coasdenoc , et suspendre la résolution d'un changement de vie. Quoi! mes l'rères, vous entrea dans des discussions si pénibles d si infinies, |K>ttr édaircir vos affaires temporelles ; d pour établir l'ordre et la sûreté dans votre consdence, et pour ne laisser plus rien de douteux dans l'afiiaiiie de votre éternité, vous vous plaindrlea dès qu'il doit vous en coûter quelques soins et qudques recherches! Vous dites si souvent vous-même, quand il s'agit d'une démarche décisive pour la ruine ou pour la conservatioB de votre fortune, qu'il ne faut rien risquer, rien négliger; qu'il but tout voir soi-

(ont éd«lreir, Umt approfondir, et n'avoir rien à ao roproeher ; et oeCto maxime si raisonnable aar des inlérèts passagers et firiwies, leseroit moins sor le grand et sur l'unique intérêt AisalQl?

Ah ! mes Frères, que nous aTons peu de foi 1 Et qu'avons-noos de plus important en cette vie , que le soin de mettre eu état ceeomple redoutable, que nous devons rendre au Jugo éternel, eiau Scrutateur de nos cœurs et de nos pensées : c'est-à-dire, le soin de ré«* gler notre eonseience , d'en dissiper les ténèbres , d'en purifier les soufllures , d'en édairdr les int<i^ éternels, d*en assurer les espérances ; nous assurer nous-mêmes , autant que la condition présente le permet , de son état et do ses dispositions; et n'aller pas parottre devant Dieu comme des insensés, inconnus à nous-mêmes, incertains de ce que nous sommes, et de ce que nous devons être pour toujours? Tels sont les moyens de conversion marqués dans le miracle de la résurrection de Lazare : achevons Thistoire de notre Evangile ; et voyons quels sont les motifs qui déterminent Jésus- Christ à l'opérer.

TROISlftMB PARTIE.

Pour entrer d'abord dans notre sujet , et ne pas perdre de vue la suite de l'Évangile ; le premier motif que le Sauveur parolt se proposer dans la résurrection de Lazare, c'est de consolea* les larmes et de récompenser les prières et la piété de ses deux soeurs. Sei* gneur^ lui disent-elles , celui que i^ous aimez est malade i et voilà , mes Flrères, le premier motif qui détermine souvent Jésus-Christ à epètear la conversion d'un grand pécheur ; les larmes et les prières des âmes justes qui fai demandent.

Oui , mes Frères, soif que le Seigneur veuille par-là rendre la vertu |rius respectable aux pécheurs, en ne leur accordant des grâces que par Tentremise des âmes justes; soit qu'il ait dessein de Her plus étroitement ses membres , et de les consommer dans l'uifité et dans la charité, en rendant les ministères des uns, utiles et nécessaires aux autres; il est certain que c'est dans les prières des gens de bien , q^e la conversion des plus grands pécheurs trouve fous les jours sa source. Gomme tout se fait pour tes Justea dans l'Église, dit l'ApMre, on peut dire aussi que tout se fait par eux : et comme les pécheurs n'y sont soufferts que pour exercer leur vertu, ou ranimer leur vigilance, ils n'y sont rappelés aussi de leurs égarements que pour consoler leur foi , et récompenser leurs gémissements et leurs prières.

C'est donc un commencement de justice pour les plus grands péâieurs, que d'aimer les âmes justes ; c'est un préjugé de vertn, que de la respecter dans ceux qui la pratiquent; c'est une espérance de conversion, que de rechercher la société des gens de bien , estimer leur confiance, et les intéresser à notre salut ; et

7&a V£MDM:ûi Di^ LA QUÀTRl£NtË SEMAINE.

qaand même notre cœur gémiroit encore 8ons des lieni iiyairtce, d ipM ramoQT da monde et des plaisirs non» ékNgneroîl enoote de Dieai dès que nous ooomençons à aimer ses servileivrs, omis faisons comme le premier pas dans son service. Il semMe que notre oœar se lasse déga de ses passions, dès que nons no«s plaisons ayec ceux qni les condamnent; et que le goât de k yertu n*€il pas loi n , dès qne nous pouTons goAler ceux que la Ter tu seule read aimables.

D'ailleurs les Justes instruits par nous - mêmes de nos foi- Messes, les ont sans cesse présentes deyant le Seigneur : ils gémissent deyant lui sur les chaînes qui mus lient enon-e au monde d A ses amusements : ils lui offrent quelques foiUes désirs de yertu, que nous leur confions quelquefois, pour obliger sa bonté à nous no accorder de plus yifs et de plus eiBcaoes : ils portent jusqu'au pied de son trtee quelques commencements de bien qu'ils ont aperçus en nous, pour noua en obtenir de sa mi8éric(N*de la perfection el la plénitude. Plus touchés de nos malheurs que de kurs besoins, ils s'oublient saintement eux-mêmes pour sauver leurs frtees qqi périssent à leurs yeux s eux seuls nousaiment pour nous-mêmes, pai> cequ'eux seub n'aiment en nous que notre salut s le monde peut nous donner des créatures , des adulateurs, des compagnons de plaisir, de société, de débauche; mais la vertu toute seule nous donne des amis.

Et c'est ici où vous qui m'éooutez , qui autrefois, comme pouU être Marie , élies esclaves du mondé et des passions, et qui depuis , touchés de la grâce , ne bougez plus eonune die des pieds du Sauveur ; c'est ici où vous devez vous souvenir que déswmais un dea plus importants devoirs de voire nouvelle vie, est de jdemander continuellmient à Jésus-Christ, comme la sœur de Lazare, la résurri'Ction de vos frères , la conversion de ces âmes infortunées, qui ont été les comidices de vos passions criminelles , et qui encore, sous la puissance de la mort el du péché, traînent tristement leurs chaînes dans les voies du monde et de régarement. Yous devez dire sans cesse à Jésus-Christ, dans Tamertume de votre ccsnr , comme la samr de Lazare : Seigneur^ celui que ifousaimez est maiode : ces âmes pour qui j'ai été un écueil, et qui vous ont moins offensé que moi, sont cependant encore dans les ténèbres de la mort, et dans la corruption du péché ; et je jouis d'une délivrance dont j'étois plus indigne qu'elles! Ah! Seigneur 1 le plaisir que j*ai d'être à vous ne sera jamais parfait , tandis que je verrai mes frères périr tristement à mes yeux : je ne jouirai qu'à demi du fruit de vos miséricordes , tandis que vous les refuserez à des âmes pour qui j*ai été moi même une occasion funeste de chute i et je ne croirai jamais que vous m'ayez pardonné mes crimes, tandis que je les verrai encwe subsister dans les pécheurs que mesexeuq^les et mes passions ont éloignés de vous : Domine^ ecce quemamus ù^irmaiur^

HOMÉUË SUR LAZARE. 78t

Ce n'est pas, mes Frères , que vous deviez si fort compter sur les prières des gens de bien, que tous attradiez d'elles seules le changement de votre cœur et le don delà pénitence. Car c'est là une illusion assez ordinaire parmi les personnes, surtout ki ploB élevées dans le monde : on croit qu'en respectant la vertu ; qu'ai favorisant les gens de bien , qu'en les intéressant à solliciter anprès de Dieu notre conversion , nos chaînes tomberont d'elles-mêmes, sans qu'il nous en coûte aucun effort pour nous en dégager : on se rassure sur ce reste de foi et de religion , qui nous rend la vertu dans les autres encore chère et respectable : on se sait bon gré de n'en être pas encore venu à ce point de libertinage et d'impiété, si commun dans le monde , qui fait de la vertu des censures et des dérisions publiques. Mais , hélas! mes Frères , il ne servit de rien au roi Jehu d'avoir rendu des honneurs publics au saint homme Jonadab ; ses vices subsistoient toujours avec le respect qu'il eut pour la vertu de l'homme de Dieu. Il fut inutile à Hérode d'hoocMrer la piété de Jean-Baptiste, et d'aimer même hi sainte liberté de ses discours : la déférence qu'il eut pour le précurseur, lui laissa toujours tout l'emportement de sa passion criminelle. Les honneurs que nous rendons à la vertu attirant des secours à notre foiblessc ; mais ils ne justifient pas nos égarements t les prières des gens de bien rendent le Seigneur plus attentif à nos besoins , mais non pas plus indulgent pour nos crimes ; elles nous obtiennent la victoire des passions que nous commençons à détester, mais non pas de celles que nous aimons , et dans lesquelles nous voulons continuer de vivre t en un mot , eDes aident nos bons désirs ; mais elles n'autorisent pas notre impénitence.

Le miracle de la résurrection de Lazare apprend donc aux âmes justes i solliciter la conversion de leurs frères $ mais la conversion et la délivrance de leurs frères sert encore à ranimer leur tiédeur et leur lAcheté. Second motif que se propose Jésus-Christ : il vent réveiller par la nouveauté de ce prodige la foi de ses disciples encore folble et languissante : Gaudeo propter t^s , ut credaiis

Et tel est le fruit que Jésus-Christ se propose tous les jours des miracles de sa grâce; il opère à vos yeux des conversions soudaines et surprenantes, vous qui marchez depuis long-temps dans ses voies, pour confondre par la ferveur et par le zèle de ces âmes depuis peu rcssuscitées, votre tiédeur et votre indolence. Oui» mes Frères, rien n'est plus propre à nous couvrir de confusion et à nous faire trembler sur les infidélités que nous mêlons à une piété tiède et languissante, que de voir une amé ensevelie, il n'y a qu'un moment , dans la corruption de la mort et du péché , et dont les égarements avoient peut-être servi de matière à la vanité de notre zèle et i la malignité de nos censures; delà voir, di»-je, un instant après j vivifiée par la grâce , libre de ses chaînes, marcher à pas de géant dans la voie de Dieu , plus avide de mortifications qu'elle ne M 1. W

nk VENDREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE.

rafoU été de plaisirs , plus séparée encore du monde ei de ses amu- •ements qu'elle n'y ayoU para attachée, se disputer les délassemenls les plus innocents, ne mettre presque point de bornes à la vifacilé et aux transports de sa pénitence, et Taire tous les jours de noavœux progrès dans la piété ; tandis que nous, après bien des annèca de Yertu , hélas ! nous languissons encore dans les conmiencemeuls de cette sainte carrière ; tandis que nous, après tant de grâces reçues y après tant de rérités connues , après tant de sacrements fré* quentés, hélas! nous tenons encore au monde et à nous-mêmes par mille liens injustes; nous en sommes encore aux premiers élémeiHs de la foi et de la vie chrétienne , et plus éloignés encore que nous ne Tétions au commencement de ce zèle et de cette feryeur, qui fait tout le prix et toute la sûreté d'une piété Odèle.

Mes Frères, la prédiction terrible de Jésus-Christ s'accomplit tous les jours à nos yeux. Des publicains et des pécheurs , des personnes d'une conduite scandaleuse, mémo selon le monde, et aussi éloignées du royaume de Dieu que TOrient Test de l'Occident , se convertissent, font pénitence, surprennent le monde par le spectacle d'une Tie retirée , mortifiée, et reposeront dans le sein d'Âtoaham et de Jacob : et peut-être que nous , qu'on regarde comme les enfants du royaume ; peut-être que nous , dont les mœurs n'offireat rien aux yeux du monde que de régulier et de louable ^ peut-éirc que nous , qu'on propose comme des modèles de conduite et de vertu; peut-être que nous, que le monde canonise, et qui nous ^rifions du nom et des apparences de la piété , hélas ! peut-être ae* rons-nous rejetés et confondus avec les infidèles pour avoir toujours opéré notre salut avec négligence, et conservé un eœur enc(H:« tout mondain au milieu des œuvres de la piété même : Filiiauiem regni ejicUntur in tenebras exleriores (Matth., yiii, 12),

Ainsi , mes Frères, vous que ce discours regarde, ne juges pas de vous-mêmes , en vous comparant en secret à ces âmes désordonnées que le monde et les passions entraînent. On peut être plus juste que le monde, et ne l'être pas encore assez pour Jésus^Ghrist : car le monde est si corrompu, l'Evangile y est si ignoré, la foi si éteiole, les règles et les vérités si alToiblies, que ce qui est vertu par rap^ port à lui , peut être encore une grande iniquité devant Dieu.

Comparez-vous plutôt à ces saints pénitents, qui édifièrent autrefois l'Eglise par le prodige de leurs austérités, et dont la vi« nous parott encore aujourd'hui si incroyable; à ces martyrs généreux, qui livroient leurs corps pour la vérité, et qui, au milieu d( s plus cruels tourments, étoieut transportés de joie à la vue dt-s promesses étemelles ; i ces fidèles des premiers temps, qui mourolent tous les jours pour Jésus-Christ, et qui, dans les persécutions et dans la perte de leurs biens , de leurs enCuits, de leur patrie, croyoient tout posséder, parcequ'ils n'avoieot pas perdu la fui et respérancc d'une vie meilleure : voilà les modèles sur les^ieli

▼0itt def ez mosorar Toire verio pour la trouver encore défectaeiue et toate mondaine. Si tobs ne leur ressemblei pas, en yain ne res- MBMes-TOiB pas au monde , tous périrez comme lui : Q ne suffit pas de ne point imiter les crimes des mondains, il fan! encore avoir les vertus des Justes.

Enfin I non-seulement la bonté de Jésus-Christ dans ce miracle veut prépiiror à ses disciples et aux Juifs fidèles un nouveau motif de croire ea loi s mais sa justice y ménage encore aux Juifs incrélules une nouvelle occasion d'endurcissement et d'incréAiIité : dernière drconstance de notre Évangile. Ils prennent des mesures pour le perdre : ils veulent faire mourir Lazare lui-même, pour n'avoir plus au milieu d'eux un témoin si éclatant de la puissance de Jésus- Christ. Ils avoient accordé des larmes à sa mort i Et Judœos qui imnerant cum edplorantes t à peine esl-il ressuscité, qu'il ne leur parott plus digne que de leur fàreur et de leur vengeanœ. £t voilà, mes Frères , le seul fruit que la plupart d'entre vous retiret d'or-^ dlnaire des miracles de la grâce t c'est-à-dire de la conversion et de la résurrection spirituelle des grands pécheurs. Avant que la miséricorde de Jésus-Christ eût jeté sur une ame criminelle des regards de grâce et de salut ; et tandis que, livrée à tout l'emportement des passions, elle étoit non-seulement morte dans son pédié, mais répandolt partout l'iofection et la mauvaise odeur de ses dérèglements et de ses scandales , vous parolssiez touché de ses égarements et de son ignominie; vous déploriez le malheur de sa dei^ tinée; vous mêliez vos larmes et vos regrets aux regrets et aux larmes de ses amis et de ses proches : JEi Judœcs qui t^eneram eum edplorantes,' et le dérèglement public de sa conduite trouvoit en vous une douleur et une compassion d'humanité t mais à peine la graee de Jésus-Christ Ta rappelée à la vie ; à peine sortie du tombeau et de rabtme de corruption où elle étoit ensevelie rend-elle gloire à son libérateur parles saintes ardeurs d'une piété même tendre et sincère, que vous devenez les censeurs de sa piété même t vous aviez para touchés derexcès de ses vices, et vous faites des dérisions publiqucf de l'excès prétendu de sa vertu : vous aviez blâmé son ardeur pour les plaisirs, et vous condamnez son amour pour Dieu. Accordez-voufe donc avec vous-mêmes , et faites grâce ou au Juste ou au pécheur.

Oui , mes Frères, si le bonheur d'une ame qui à vos yeux n^ vient de ses égarements , ne vous fait point d'envie ; si le retour sincère d'un pécheur , qui peut-être autrefois étoit de vos pbisirs et de vos excès , vous laisse toute votre indiffiôrence pour le salut, ahl du moins n'insultez pas au bonheur de sa destinée; du mofais ne méprisez pas en lui le don de Dieu ; ne trouvez pas dans les miracles mêmes do la grâce, si capables de vous ouvrir les yeux , un nouveau motif d'aveuglement et d'incrédulité; et ne changez pat les bienfaits de Dieu sur vos frères en un jngemenl terrible de jus* tice contre vous.

Vous élcft surpris quelquefois, me» Frères, en iisaoïrUsIoireile notre Évaugile, que la dureté et Tayeuglemeiit des Juib pùl néstster aux prodiges les plusédatanls de Jésus* Christ s tous ne oon prenez pas oomment la résorreclion des laorts, la goérison des aveugles-nés, et tant d'autres menreilles opérées à leurs yeux, ne les forçoient pas à reoonnoltre la vérité de son ministère , et la Minteté de sa doctrine : vous dites qu'il n'en faudroit pas tant pour vous convaincre , qa'un seul de ses miracles suffiroit; et que vous voua rendriez à l'instant

Mais, mes Frères, vous vous condamnez par votre propra bouche. Car, sans réfuter ici ce vain discours par ces preuves hautes et sublimes que la religion fournit contre l'impiété, et que nous avons employées ailleurs ; de bonne foi , n'est-ce pas un mirade plus étonnant et plus difficile qu'une ame livrée au crime et aux passions les plus honteuses; née avec des penchants de volupté, de flerté, de vengeance , d'ambitkm ; et plus éloignée que personne , par le caractère de son cœur, du royaume de Dieu, et de toutes les maximes de la piété chrétienne; que cette ame renonce tout d'un coup à ses plaisirs, rompe les attadiements les plus vifs , réprime les passions les plus violentes , éteigne , change les inclinations les plus enracinées , oublie les injures, les soins du corps, de la fortune ; ne trouve plus de goût qu'à la prière, à la retraite, à la pratique des devoirs les plus tristes et les plus dégoûtants, et offre aux yeux du ipiblîc un changement, une résurrection si palpable, le spedade d'une vie si différente de la première, que le monde , que le libtftioage lui-même soit forcé de rendre gloire à la vérité do son dhangement, et qu'on ne la recomioisse plus elle-même i n'est-ce pas , di»je, un miracle plus étonnani et plus difficile?

Or la miséricorde de Jésus-Christ n*opère-t-eIle pas tous les jours de ces prodiges à vos yeux ? sa parole sainte, quoique dans des bouches foiUes et languissantes, ne ressusdte-t -elle pas encwe tous les jours des Lazare? Vous les voyez ; vous les oonncMssez; vous en paroisses surpris ; et cependant en étes-vous touchés ? Ces merveilles que le doigt de Dieu fait éclater avec tant de majesté, vous rappellent-elles à la vérité et à la lumière? ces changements, mille fois plus surprenants que la résurrection des morts, vous convainquent--ils? vous attirent-ils à Jésus-Christ? vous rendentils la foi que vous avez perdue?

Hélas ! semblables aux Juifs, tout votre soin est d'en combattre ou d'en affoiblir la vérité. Vous disputez à la grâce la gloire de ces prodiges ; vous en cherchez les motifs dans des causes tout hu« maines ; vous les regardez comme des prestiges et des impostures ; vousattribuez aux artifices de l'homme les |dus éclatantes opérations de l'Esprit saint; vous voulez qu'une nouvelle vie ne soil qu'un nouveau piège qu'on tend à la crédulité publique, et une voie nouvelle pour mieux arriver à ses fins. Ainsi les œuvres de la

HOMELIE SUR LAZARE. 757

toafe-pai80aiiee de Jésus-Christ vràs eûdorcisseni ; ainsi les prodiges niéïkies de sa grâce coDSominent Toire ayeoglenient; ainsi vous faites toot servir à rotre perte ; Jésus-Christ est pour tous une pierre de chute et de scandale, où il auroit dft être une source de Tie et de salut. Les exemples des pécheurs vous souillent et vous corrompent $ leur pénitence toos réyotte et tous endurcit.

Grand IKeu! souffrez donc que pour finir enfin les égarements d*Qne vie toute criminelle J'élève aujourd'hui ikia voix vers vous, du fond de l'ahime où je languis depuis tant d'années : les chaînes impures dont je suis lié m'attachent par tant de nœuds à la profondeur du gouflfre où je traîne mes tristes jours, que , malgré toas mes bons désirs, je demeure toujours immobile, et ne saurois presque plus foire d'efforts pour me dégager , et retourner à vous , ô mon IHen! que j'ai abandonné. Mais, Seigneur, du fond de ce gouffre où vous me voyez lié et ensevdi , comme un autre Lazare j'ai encore du moins la voix du cœur libre pour porter jusqu'au pied de votre trône mes regprets, mes soupirs et mes larmes : De profundis clamaid ad te, Domine (Ps., cxxix, i , et seq.) !

La voix d'un pécheur qui revient à vous. Seigneur, est toujours pour vous une voix agréable t c'est cette voix de Jacob qui réveille toute vo^e tendresse , lors même qu'elle ne vous présente que des mains d'Ésaâ, et toutes pleines encore de sang et de crimes : Domine^ exaudi îfocem meatn !

Ah! vous avez assez jusqu'ici, Seigneur, détourné vos oreilles saintes de mes discours de licence el de blasphème : rendez-les aujourd'hui attentives aux plus tristes expressions de ma douleur ; et que la nouveauté du langage que je vous tiens, 0 mon Dieu ! attire à ma prière une attention plus favorable : Fîantaures tuœ iniendentés in ifocem deprecationis meœ!

Je ne viens pas ici , grand Dieu ! excuser devant vous mes désordres, en vous alléguant les occasions qui m'ont séduit, les exemples qui m'ont entraîné, le malheur de mes engagements , et le caractère de mon cœur et de ma foiblesse ; cachez- vous , Seigneur, les horreun de ma vie passée : le seul mojen de les excuser, c'est de ne vouloir pas les regarder et les connottre i hélas I si je n'en puissoutenir moi-même le seul spectacle ; si mescrimes fuient et craignent mes propres yeux , et s'il faut que j'en détourne la vue pour ménager mes terreurs et ma foiblesse ; comment pourroient-ils. Seigneur, soutenir la sainteté de vos regards, si vous les examinez avec cet œfi de sévérité, qui trouve des taches dans la vie la plus pure et la plus louable i Si iniquitates obsefvavens , Domine ; Domine^ quis ittêtinebii f

Mais vous n'êtes pas. Seigneur, mi Dieu semblable à l'homme , :i qui il en coûte toujours de pardonner et d'oublier les outrages <run ennemi : la bonté et la misàicorde sont nées dans votre sein éternel ; la clémence est le premier caractère de votre être su-

préme ; et vous o'aves point dTenneoiis , qoe ccax qui ae ▼cuknt pis mettre leur confiaoce dans les rtcbeases abondantes de yos nisèrioordes : Quia apud Donunum misericordia , et copiùia apud eum redempiio,

Oni , Seigneur, à qndqne benre qu'âne ame criminene reyienno à yonsjdès le matin de la vie, oosar ledédinde Tâge; après ks ^[arements des premières mœars , on après une fie entière de dissolution et de licence , vons voulei , 6 mon Dieul qn'on e^ère encore en tous; etyoos nous assures qœ le plus iiaut point de nos crimes, n'est encore ipie le premier degré de vos miséricordes : A custodid matutind usque ad noctem, sperel Israël in Domina,

Mais aussi , grand Dieu! si yous exauces mes désirs , si toos me rendez une fois la vie et la lumière que j'ai perdue ; si tous brises ces chaînes de la mort qui me lient encore; si vous me tendez la main pour me retirer de Vabime où je suis plongé , ah 1 je ne cessoai , Seigneur, de publier vos miséricordes étemelles : j'ouMierai le monde entier, pour ne plus m'occuper que des merveilles de votre grâce sur mon ame : je rendrai gloire, tous les moments de ma rie, au Dieu qui m'aura délivré : ma bouche fermée pour jamais à la vanité, ne pourra plus suffire aux transports de mon amour et de ma reconnmssance; et votre créature , qui génut encore aous l'em-* pire du monde et du péché, rendue à son Seignemr véritable, bénira son Libérateur dans les siècles des siéeks.^î/MÎ soit-il.

SECOND SERMON

POUR LE VENDREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME l.

SUR LBS PA0TBS LSGtofS.

infirmita* hmc non tst né nmrtem.

Celle maladie ne ra point k la mort ( Jban xi, i).

Ge que le Sauveur dit aujourd'hui de la maladie de Lazare , nous lo disons souvent des maux de notre ame, mes chers Auditeurs : cependant, sous prétexte que laplupert de nos foibiesses ne sont pas du nombre de celles qui conduisent à la mort, et qu'elles ne (oudienl pas au fond de la graco et de la justice qui est en nous; nous les

^ On s'apercena sans doute, en lisant le Sermoo loliraot, que lei rérRéa qnH liïSï* ^°* ^ ^ ^^^^ d«>» lc« deux Discoon que Ton troaTS le jeodl et la jwnlére semaine de Carême , inUtulés , Pun : De tùteertUtuU tU tajastht ému /< néétart et Tantre : De la cêH'aadt d'une chute dans la llééeur. Comme la malièrc wi extrêmement importante, M mérite d'être traitée avec tolit, elle s'étendit si fou entre les mains de MasalUon, lonou il voulut la renaanier, if^û lui Slt imiMNsftle

regardoofl comme légières ^ et presque de iiulle oonfléqueiioe dam la vie ebrétieDiie. Cette erreur si dangereose est pourtant commune an Juste , et au pécbeur $ au mondain , et au solitaire ; an prêtre fqn>liquôà Tbôtel saint, et à l'homme engagé dans le tnmultcdu siècle; à la vi^e consacrée au Seigneur, et à la femme chré<tienne, partagée entre-Jésns-Ghrist et les soins du mariage. Jugez do l'importance de cette matière par son étendue : tout le monde presque regarde des mêmes yeux ces infidélités journalières et habituelles , que le poids de la corruption semble rendre inéyilablos i la piété la plus attentive { on se les permet sans 8(a*upule ; on sien reoonnott coupable sans componction i on s'en accuse sans ameur dément -, on vit sans nulle précaution pour les éviter ; et de là cette indolence et cette mollesse dans les voies du salut, qui damnent tant de personnes , nées d'ailleurs avec des principes de rertu et des sentiments heureux pour le ciel.

Cependant, mes Frères, la fidélité à nos moindres obligations est la pratique la plus essentielle à la piété détienne : elle seule fait les Justes s à die seule lea promesses de la persévérance sont faites ; à elle seule les Saintaqui nous ont précédés doivent la courmne d'immortalité dont ils jouissent. Il n'est point de piété véritaMe sans cette exactiludej et l'état où Ton se borne à observer l'essentiel de la loi , en se permettant toutes les transgressions qui ne sont pas renfermées dans le préœpte , est un état chimérique dans les principes de la rdigion ; un état où personne n'a pu encore attefaidre, et dont aucun Saint ne nous a laissé le modèle.

En cfiTct , ce qui nous abuse ici, c'est que nous n'envisageons les infidélités dont je parle, que par rapport i la loi, dont elles ne violent pas les points principaux; et de ce c6té-là elles nous paroissent légères : mais cette règle de nos jugements est très défectueuse, puisque la malice de nos œuvres ne se prend pas seulement du oôlè & la loi qu'elles blessent , mais encore du côté du coeur qui les produit , et des suites ou elles nous conduisait. Or voilà les deux endroits par où je prétends vous faire considérer aujourd'hui les infidélités légères, et cet état de tiédeur et de mollesse dont je parle ; et vous conviendrez que l'idée de légèreté qu'on leur at« tache, est une idée fort injuste. Prenûèrement, nous exammerons la corruption du principe d'où elles partent d'ordinaire ; et du moins elles vous paroltront fort souillées t première réflexion. Se^

de tout renfermer dans un seul Discours : U prit donc le parti d'en Mre deui, et de traiter séparément les deux yérités qu*il avoit d'abord réunies.

Peut-être ne sera-t-ii pas inutile poar tes personnes qui se destinent à la chaire . qu'ellcfl Tolent coDuneot ce grand booune savott présenter les mêmes sujets sous différenis points de vue, et donner un nouTeau Jour et une nouTClle force à des vérités sur lesquelles on auroit cru qu'il n'y avoit plus rien à dire. Nous ne faisons point l'analyse de ce Sermon : celles qui ont été feites des deui Semions tmr la OédMf, peuvent servir pour eehil-cl.

oondemeni, nous en raivrom les efléts; et TOOft ne pourrfi tous* cmpédier de eonyeDir que da moins eUes toos seront (M on fard ranestes : dernière réflexion. Ainsi, soitqae tous les considériez dans leur principe, on dans leurs suites, vous ne les regarderez plus comme légères, et vous tremblerez sur un état si peu ste pour te salut. Dèreloppons ces deux importantes vérités.

Ave^ Maria,

PRBViftRR PARTIS.

Si les hommes atoient seulement de la majesté de Dieu , l'idée que la foi devroit teur en donner, il seroit inutile de venir id joatifler sa loi, et prouver que tout ce qui Ti^nse, ne peut être léger. La sainteté et Texcellence de sa nature , opposée à la profondeur de notre néant , donne aux outrages que nous lui faisons , qudque légers qu'ils nous paroissent , une énormité qui nous est inoonoue , mais toujours qui croit à proportion de notrelHisseSBe, etdelagrandeur de l'Etre que nous offensons. Aussi, mes Frères , lorsqu'un royaume Arappé de plaies , des murmurateurs eng^tis , des téméraires dévorés par te feu du ctel, et mille punitions soudaines et éclatantes, servoient comme d'appareil auprès d'un peuple charnel à la majesté du Dieu d'Abraham \ sa loi paroissoit terriUe et vénérable dans ses plus légères droonstanees. Un peu de bois secrète* ment amassé pour secourir sa propre indigence , étoit un violement du sabbat , et une prévarication digne de mort : une jalousie naissante, un seul murmure étoit puni de lèpre dans la sœur même du condudeur d'Israfil, et vous rendoit anathème au reste du peufde : une simple défiance dans les plus cruelles perptexilés, tous fermoil l'entrée de la terre de Ghanaan , et ne hissoit à Moifee même que la triste consolation de mourir après l'avoir saluée de loin : en&i, un léger butin réservé des dépouilles de Jéricho, livroit l'armée du Seigneur en prote aux nattons, et vous rendoit coupidde dun crime qui ne pouToit plus être expié que dans votre sang.

Et certes, mes Frères, si nous ne considMons que te grandeur de l'Etre suprême \ ce qui lui déptett , ce qui Toilense , pourrott-il jamais paroltre léger? Si Dieu n'écoutoit que le soin de sa gloire, et ce qu'exige ma inflnte majesté , outragée par la créature ; toutes les fois que méprisant ses commandements , nous lui désobàssoBs , même dans les choses les moins considérables , que n'aurionsHMms pas à craindre? Ce n'est pas que je veuille ici confondre les fautes vénielles avec les fautes mortelles; la différence est bien grande : les premières ne nous privent pas de Famour de Dieu , quoiqu'elles raffioiblissent ; les autres bannissent la charité de notre ccMir : les premières ne font que oontristor l'Esprit saint dans nos âmes; lœ autres l'y éteignent tout- à* fait : mais, néanmoins , toute inflcKlité , quelque légère qu'elle puisse être, est, en un sens très vériteble, une préférence injuste que nous faisons de la vile créature au Créateui .

FAUTES LÉGÈRES. ï«|

En violailt la loi doDien daqs les points les moiiiseMeBtiels, il est \r«i d9 dise en mi sens » que nous ivéféroos le plaisir injuste^ qn nous revient de cette légère transgression , à la loi de Dieu, ibien loi^méme qui noos la défend < or la préférence de la créaiore à Diea, dans qoelque circonstance que ce soit , qndqne petite qu'elle soit y n'est-eUe pas un outrage que nous lui taisons? et un outrage hit i un Etre si grand , si saint, si digne de nos hommages, pour* ra*t-U jamais être regardé comme une bagatelle, surtout si nous faisons attention que nous scnnmes dans Timpossibilité de trouver dans notre propre fonds, de ^oi expier une seule de ces fautes, et qu'elles ne peuvent être lavées que dans le sang du Fils de IMen ?

Mais ce n'est pas à ces considérations que je prétends m'arréter aujourd'hui ; je ne veux point prendre hors de vous-même le danger de cet état qui vous parôtt si sûr ; et pour ne laisser id aucune évasion à Terreur que je combats, je veux les considérer, ces fautes, dans la disposition même de votre cœur, d'où elles partent i et void toutes les réflexions qui m'ont paru décisives sur cette vérité si importante : je vais vous les proposer simplement et sans art ; êcoutes-les attentivement, je vous prie.

Premièrement , dès là que vous ne vous disputei plus ces infidélités légères, et que vous vous faites comme un état de la simple exemption du mme, c'est-à-dire de la tiédeur et de la négligence; dès kMTS vous renoncez au désir de votre perfection ; vous n'êtes pbia centriste des foiblesses et des chutes qui vous retardent sur votre route; v^us ne vous proposez plus d'avancer pour atldndre àœpointon Dieu vous demande, et vers lequel sa grâce ne cesse de vous pousser en secret. Cepoidant il vous est ordonné d'être parfait , pareeque le Père céleste , que vous servez, est parfiiit. Je dis ordonné ; car qwrique le degré de perfectionne soit pas renfermé dans le précepte, tendre à la perfection, travaillera la perfection est néanmoins un commandement et un devoir indispensable à tout chrétien. Donc dès-là que vous vous bornez à ce que vous jugez l'essentiel de la loi ; que vous vous permettez toutes les transgressions légères qui ne donnent pas la m(»rt à Tame , vous ne songez plus à devenir parfait : vous laissez là cet ouvrage auqud Jésus^hrist vous a ordonné de travailler. Or, je vous le demande , cette disposition toute seule, qui n'est autre chose qu'un mépris formel, une transgressioD certaine de ce grand commandement qui vous oblige d'être parlait, c*est-à-dire, de travailler à le devenir; est-elle une preuve que yotre ame soit vivante aux yeux de Dieu? et ne doitelle pas au moins vous inspirer des doutes sur votre état ?

Seîîondement , cette attention toute seule que vous appcMlez à examiner si une offense est vénielle , ou si elle va plus loin ; à disputer au Seigneur tout ce que vous pouvez lui refuser sans cnme ; * n'étudier la loi que pour connoltre jusqu'à quel point il vous est permis de la violer : cette seule attention, dis-je, ne peut partir

7«a VENDREDI DE LÀ QUATRIEME SEMAINE.

f06 d'ab fonèi d'aiiMMir-|iro|Mre ; d'an fonds 6ù la foi et H diarilé M»i ao moins bien hngiiissanles ; d*nn fonds ennemi de la^vefai de Jésui-Clirist ; d'an fonds où Tospril de Diea ne fiaroit pas ré* f ner : car il n'est qœ les enfants prodigoes qui ehicanent ainsi afmc le Père céleste, qni venillent oser de lenrs droits à la rigneor, et {vendre toat ce qui lenr appartient; il n'est qne les Tierges folles qoi attendent ainsi rextrémité pour obéir à Tépou.

TroisièBienient, en effet, cette disposition qoi fait qn on se permet tout ee qa'on ne croit pas digne d'ane peine étemelle , est la diaposHion d'an esdave et d'an mercenaires c'est^ànlire, qne si l'oo poavoit se promettre une pareille indnlgence poor la transgressioo des points essentiels do la loi , on les violeroit ayec antant de facilité » qu'on yiole les moindres ; c'est-à-dire, que lorsqu'on est fidèle au commandement, ce n'est pas la justice que l'on aime , c*est la peine qae Ton craint ; ce n'est pas le Seigneur qa'on se propose, c'est soi-même t car tandis qoe sa gloire seule y est intéressée, et qa'il ne doit nous rerenir aocun dommage de nos infidéiilés , ab 1 noBS ne craignons pins de lui déplaire : noas excusons méaMs ces fautes en disant qu'elles ne donnent pas la mort à l'ame ; c'eatà-dire, qu'elles ne font que déplaire à Dieu, sans nous mériter onc peine étemelle : ce qui le regarde ne noas tooche pas i son honneur n'entre poor rien dans le disconement qoe nous faisons des actioiiB permises et défendues; c'est notre pur intérêt qui règle là-dessos notre fidélité. Or, je voos demande, est-ce là la sitoation d'une ame qui aime encore ? et comment appeler ane disposition si injnrieoae à Dieu? peut-on ne pas craindre qu'elle ne soit crimindle ? JLacfanrite, que vous croyex pourtantaroir, cberebe-t-elle ainsi ses propres intérêts? Ah I quand on aime véritablement, tout ce qui déplaît à ce qu*on aime, nous touche : on ne s'avise pas de peser joaqnes à quel degré on peut lai déplaire sans mériter ses châtiments , pour prendre là-dessus ses mesures , et l'ofiénser dés lors qu'il n'y aura plus de supplice à craindre t cette soppatation purt d'un cmor qui n'aime point du tout. Vous voudricx savoir si ce jeu, ce spedade , cette liberté, ce discours qui nuit à la réputation de votre frère, ces plaisirs, ce luxe , cette omission , cette inutilité de vie est one otose vénielle ou mortelle. Yons savez qu'elle déplaît au Seigneur; car ce point n'est pas douteux ; et cela ne vous suffit pas pour vous Tiaterdire : et vous voudriei savoir encore si elle lai déplait juaques à mériter une peine éternelle ? et toot votre soin est d'éclaircir si c'est un crime dignede l'enfer? Eh ! voos voyez bien , mon cher Auditeur, qne cette recherche n'aboutit plus qu'à vous-même ; que votre disposition va à ne compter pour rien le péché, en tant qu'il est offense de Dieu , et qu'il lui déplaît ( motif essentiel cependant qoi doit voos le rendre haïssable) ; que vous ne servez pas le Seigneuf dans la sincérité et dans la justice ; que votre piété n'est qu'un naturel timide , qui n'ose s'exposer aux menaces terriblos de la fcn }

que fous ressemUec i ce seryiteor infidèle, qui aroit caché son talent, parceqae le maître étoit austère, mais qui Iiors de là l'eAt dissipé en folles dépenses ; et qoe dans la préparation du ccear à laquelle Mide le Seigneor regarde, yons êtes peat-étre un enfant de mort dt un transgresseor déclaré de la loi.

En quatrième lieu , cet état de relâchement et d'infidélité, sans afoir même égard aux dispositions qui vous y ont conduit , cet état en lui-même est un état fort douteux , dont nul docteur neyoudroit TOUS garanthr la sûreté; et qui du moins est plus voisin du crime , que de la vertu. En eflét , qui peut vous assurer que dans CCS recherches secrètes et éternelles de vous-même ; dans cette mollesse de mœurs qui fait tout le fond de votre vie ; dans cette attention à vous ménager tout ce qui flatte vos sens ; à éloigner tout ce qui vous gène, même aux dépens de vos moindres obligations, Famour propre n'y est pas entré jusqu'à ce point fatal qui suffit pour le faire dominer dans un cœur et en bannir la charité ? Qui pourroit vous dire si dans ces pensées , où votre esprit oiseux a rappelé mille fois des objets ou des événements périlleux à la pudeur, votre lenteur à les corabatUt) n'a pas été criminelle ; et si les efforts que vous avez faits ensuite n'ont pas été un artifice de Tamour-propre, qui a voulu vous déguisa à vous-même votre crime, et vous calmer sur la corn • plaisance que vous lui aviez déjà accordée? Qui oseroit décider, si dans ces aigreurs et dans ces refroidissements secrets sur lesquels vous ne Vous gênez que foiblement , et souvent par bienséance plus que par piété, vous vous en êtes toujours tenu à ce pas glissant, an ddà duquel se trouve la haine et la mort de l'ame? Qui sait si dans la sensibilité qui accompagne d'ordinaire vos afflictions, vos contretemps et vos pertes, ce que vous appelez sentiments inévitables à la nature, ne sont pas un dérèglement de votre cœur, unaffolblissement criminel de la foi, et une révolte contre la Providence? si dans tous ces soins , où Ton vous voit descendre pour ménager les intérêts de votre fortune, pour relever les grâces d'une vaine beauté, il n*y entre pas autant de vivacité qu'il en faut pour formw le crime, ou de l'avarice, onde l'ambition, ou delà volupté? si dans Fusage de vos sens , et dans cette délicatesse qui ne se refuse rien, et qui ne cherche qu'à réveiller le goût par de nouveaux artifices , le plaisir que vous goûtez au delà delà nécessité n'est pas le vice d'intempérance ?

Grand Dieu ! qui a bien compris les progrès et les diminutions insensibles de votre grâce dans les âmes? qui a bien discerné ces bornes fatales qui séparent dans un cœur la vie de la mort , et la lumière des ténèbres? comme disoit le saint homme Jol>. Un peu plus, ou un peu moins de complaisances; un mouvement du cœur plus délibéré ou plus prompt ; un acte de la volonté plus achevé, ou plus imparfait ; une omission où il entre plus ou moins de mépris ; une pensée arrivée seulement jusques au degré qui

pi^Gède le criaie, OQ iNioMée aa pea aa delà ; ah 1 œ sonides a^ nir lesqaeb rhwune peu insiniU ne peut que trembler, el .dont voQsrâerTei la manifestaiioii aa jour terrible de Toa TengeaMes. Cepeadant, moB cher Auditeur, yoos êtes tranquille danaunétat où il n'est pas une seule de vos actions, qui , à votre insu, ne puisse être un crime devant Dieu.

Ah ! c'est pour cela que les plus grands Saints , auxquels la conscience ne rej^tKhe rienf qui châtient leur corps et le réduiseot en sertitude ; ces hommes to^jours attentifs sur eux-mêmes ; toujours en garde contre le péché ; qui s'abstiennent même dos csnvres les plus permises, de peur de scandaliser leurs frères ; qui opèrent leur salut dans uaecrainteet un tremblement continuel, no savent cependant s'ils sont dignes d'amour ou de baioe , s1is portent encore ao fond de leur cceur le trésor invisible de la charité, où s'ils Tonl perdu. Et vous , mon cher Auditeur, dans des mcsurs toutes sensuelles; vous qui vous permettez tous les jours, de propos déli* béré , des infidélités sur la malice desquelles vous ignorez le jugement que Dieu porte ; vous qui ne prenez aucun soin de conserver le trésor de la grâce , et qui vivez content au milieu des périb, où il est presque impossible de ne pas la perdre ; vous qui éprouvez tous les jours ces moments douteux des passions , où , malgré toute votre indulgence pour vous-même , vous avez tant de peine à démêler si le consentement n'a pas suivi le plaisir, et si voua vous en êtes tenu à ce degré périlleux qui sépare l'offense vénidie do la mortelle i vous dont toutes les actions sont presque dou* leuses ; qui êtes toujours à vous demander si vous n'avez pas été trop loin ; qui portez des embarras et des regrets sur la consdenoe que vous n'éclaircissez jamais à fond : vous qui flottez éternellement entre le crime et les pures fautes, et qui tout au plus pouvez dire, comme David, que vous n'êtes jamais séparé que d'un petit degré de la mort t Uno tantum gradu , ego morsque diiddimur (1. Rbg., xx, 3) : vous malgré tant de justes sujets de crainte, vous croiriez conserver encore la charité , et vous vous calmeriez sur vos infidélités visibles et journalières , par une prétendue ha« bitude invisible de justice, dont vous ne voyez au dehors que des marques équivoques? Jugez vous-même si votre confiance est bien fondée: je ne veux ici que vous seul pour arbitre: Fos ipsi judicate quod dico (1.Gor.,xy, 18).

Cinquièmement , quoiqu'il soit vrai que tous les péchés ne sont pas des péchés à la mort, comme dit saint Jean , et que la morale chrétienne reconnoisse des fautes qui ne font que contrister l'Esprit saint, et d'autres qui le bannissent tout-à-fait de l'ame, néanmoins lès règles qu'elle nous fournit pour les distinguer, ne sauroient être ni sûres , ni universelles , du moment qu'on les applique : il s'y trouve toujours , par rapport à nous, des drcoastanccs qui leur font changer de nature. C'est donc la disposition du

cœur, qui éèdde de la mesurent de la qaaiité de nos fautes : souvcDt ce qui n'est que fragilité ou surprise dans le Juste, est maUoe et corruption dans le pécheur. En voulez- vous des eiempless Saûl , malgré les ordres du Seigneur, épargne le roi d' Amalec , el ce qu'il y a de plus précieux dans les dépouilles de ce prince infidèle : la faute ne parolt pas considérable ; mais comme elle pari d*nn fonds d'orgueil, de révolte et de vaine complaisance en sa victoire, celte démarche commence sa réprobation, et TEsprit de Dieu se retire de lui : Josué, au contraire, épargne les Gabaonites que le Seigneur lui avoit ordonné d'exterminer; il ne va pas le consulter devant Tarche avant de faire alliance avec ces imposteurs : mais comme cette infidélité est plutôt une surprise qu'une désobéissance ; et que cette faute part d'un coBur encore soumis, religieux, fidèle; elle est légère aux yeux de Dieu, et le pardon suit de près l'offense.

Or, mon cher Auditeur, si ce principe est incontestable, sur quoi vous fondez vous, lorsque vous regardez vos infidélités comme des fautes légères? connoissez-vous toute la corruption de votre cosur, d*où elles partent ? Dieu la counoll, lui qui en est le scrutateur et le juge , et dont les yeux sont bien différents de ceux de l'homme. Mais, s*il est permis de juger avant le temps, dites-nous si ce fonds d'indolence et de langueur habituelle qui est en vous ; de persévérance volontaire dans un état qui déplaît à Dieu j do mépris délibéré des devoirs que vous ne croyez pas essentiels ; d'attention à ne rien faire pour le Seigneur, que lorsqu'il ouvre l'enfer sous vois pieds t dites-nous si tout cela doit former à ses yeux un état fort digne d'un chrétien ; et si les fautes qui partent d un principe si corrompu, peuvent être devant lui fort légères et dignes d'indulgence ? Mon Dieu , que vous nous découvrirez de choses nouvelles, lorsque vous viendrez juger les justices, et manifester les secrets des coeorsl

Sixièmement, ce qui doit encore plus vous faire trembler sur votre état de tiédeur et d'indolence, c'est que je ne vois rien en vous qui puisse même vous faire présumer que vous conservez encore cette grâce sanctifiante sur laquelle vous comptez tant, parceque vous vous abstenez des crimes grossiers : car lorsque la charité est enoore dans le cceur, die se manifeste toujours par quelques signes i c'est un arbre dont la racine est cachée dans Tame, mais qu'on peut connoltre par ses fruits. Or, en premier lieu, le caractère de la charité , c'est de grossir nos fautes à nos propres yeux, dit saint Bernard : elle augmente , elle exagère tout t sed aggravât j sed exaggerat unwersa; elle nous fait regarder comme des crimes, des actions qui devant Dieu ne sont que de pures foiblesses : ce sont là de ces pieuses erreurs de la grâce qui ont leur source dans les lumières mêmes de la foi ; c'est ainsi que les Justes se regardent toujours comme des pécheurs indignes des miséricordes du Seî-

giMor, et te meltetit dans leur esprit, an-dessous de ions leurs frères. Et cependant , mon cher Auditcor, c'est cette jK'étenduc charité que tous croyez conserrer encore au milieu de votre tiédeur et de tontes vos infidélités , qui vous les fait parottre légères ; c'est pareeque tous croyez qu'au fbnd tous aimez encore le Seigneur, et ne Tondriez pas l'offenser dans les points essentiels, que ces fautes journalières tous trouTent si peu sensible ; qncTou^ dites de Toos-mémequ'è la Térité tous n'êtes pas un Saint, mais qu'aussi TOUS n'êtes pas bien mauTais : c'est TOtre charKé oUe-méme qui tous rassure, qui diminue Tos fautes à tos yeux , qui vous calme, qui TOUS endort. Eh! dites-moi, je tous prie, si ce n*cstpas là une contradiction? si la charité se dément ainsi elle-même, et » vous dcTez beaucoup compter sur un amour qui ressemble si fort à la haine?

D*ailleurs , la charité est humble , timide , déGante , sans cesse agitée par ces pieuses perplexités qui la laissent dans le doute sur son état ; toujours alarmée par ces délicatesses de la grâce, qui la roui trembler sur diaque action ; qui lui font de l'incertitude où elles la jettent, une espèce de martyre d'amour qui la purifie : elle opère son salut aTec crainte et tremblement : cette Toic a été dans tOQS les temps la voie des Justes. Or la charité sur laquelle tous oomptez , est tranquille , indola[)te , présomptueuse : c'est die qui cahne tos frayeurs ; qui bannit do Totre cœur toutes ces alarmes toujours inséparables de la piété ; qui vous établit dans un état de paix et do confiance ; qni tous fait dire , comme à cet évéque de l'Apocalypse : Je suis riche ; je n'ai besoin de personne. Ah I mon cher Auditeur, la charité est-elle si différente d'elle-même? il faut que l'une des deux soit fausse, ou celle que vous croyei^ avoir, ou celle dont les Justes , dans tous les siècles, ont été jusquMci favorisés. Or, je vous demande, décidez vous-même sur laquelle des deux ce terril)lc soupçon doit tomber

Enfin , la charité opère partout où elle est : die ne peut être oisfuse, disent les Saints; c'est un feu céleste dont rien ne peut empêcher l'activité : il peut être , à la vérité, quelquefois couvert, et comme ralenti parla multitude de nos foiblesses ; mais tandis qu'il n'est pas encore éteint, ah! il en sort toujours quelques étincelles, (les Tcrax , des soupirs , des efforts , des œuTres x les sacrements la renoQTellent ; les n\ystéres saints la raniment ; les prières la réveillent; les lectures pieuses, les instructions de salut, les spec* tacles de religion, les saintes inspirations, tout la rallume lorsqu'dle n'est pas encore éteinte. Il est écrit , au second livre des Machabées, c|ue le feu sacré que les Juifs avoient caché pendant la captivité dans les entrailles de la terre, se trouva au retour couvert d'une mousse épaisse , et parut comme éteint aux enfants des prêtres, qui \(i retrouTèrent sous la conduite de Nébémias. Mais comme ce n'étoit que la surface seule qui étoit couverte, el qu'au dedans ce

feu Mcrë consorvoit cocorc toute sa Tcrta ; à peiae reui-on exposé aux rayons du soleil , à peine le ciel eut-il lancé dessus quelques traits de lumière , qu'où le vil se ralluuier à Tinstant, et offrir aux yeux le spectacle presque d'un grand incendie : Utque tempuê qf^ fuit quo toi refulsU^ accensus est igtiis magnus^ ita ut omnêi mirarentur {%, Macs. , i , 22). Ah ! voilà , mon cher Auditeuri l'image de la tiédeur d'une ame véritablement juste : voilà ce qui devroit vous arriver, si la multitude de vos inûdélités, si la Ion* gueur de votre captivité , et la durée de vos chaînes n'avoient fait que couvrir et ralentir en vous le feu sacré de la charité sans Téteindre ; voilà y dis-je, ce qui devroit vous arrivar lorsque vous ap* proches des sacrements , lorsque vous venez entendre la parole de salut; lorsque Jésus-Christ, le soleil de justice, lance sur vous quelques traits célestes de sa grâce. On devroit alors voir tout votre cœur se rallumer; votre ferveur se renouveler ; votre charité vous embraser : vous devriez alors être tout de feu dans la pratique de vos obligations : accensus est ignis ntagnus^ ita ut omnes mirarentur. Et cependant rien ne vous ranime ; les sacrements que vous fréquentes vous hissent toute votre tiédeur ; la parole de rÉvangile que vous entendez, tombe sur votre cœur, comme sur une terre aride où elle produit quelques vains désirs , et est on même temps étouffée ; les mouvements de salut que la grâce opère au dedans de vous , n'ont jamais de suites pour le renouvellement de vos moDurs, et expirent presque en naissant t vous traînez partout la même indolence et la môme langueur : vous sortez do pied des autels aussi froid que vous y êtes venu : on no voit plus en vous ces renouvellements de zèle et de fervoir si familiers aux Justes , et dont ils prennent les motifs dans leurs pro|Hrea chstes i ceqne vous étiez hier, vous Têtes aujourd'hui; mêmes infidélités et mêmes foiblcsses : vous n'avancez pas d'un seul degré dans la voie du salut ; et tout le feu du ciel ne sauroit rallumer cette pré-* tendue charité, cadiée au fond de votre cœur, sur laquelle voua vous rassurez. Ah ! mon cher Auditeur, que je crains qu'elle ne soit éteinte, et que vous ne soyez mort aux yeux du Seigneur! Je ne veux point ici troubler votre conscience : mais je vous dis que votre état n'est point sûr ; je vous dis seulement que si l'on on juge par les règles de la foi , il est pins vraisemblable que vous êtes dans Ib disgrâce et dans la haine de Dieu.

Hélas! peut-être le guide spirituel de votre conscience, à qui vous ne venez redire sans cesse que de légères infirmités , et qui ne sauroit voir la corruption du coeur d'où elles partent ; peut«ètre (|ue persuadé que vous dormez, que vous vous relâchez seulement, il se contente d'animer votre vigilance, et de réveiller votre ferveur ; il pense de vous ce que les disciplea disent aujourd*iroi de l^a* zare i Si dormit^ salpus erit (JoAit., xi, 12) ; qu'au fond, ce sommeil, ces chutes légères, cette tiédeur, ne vous conduironC pas à la mort^

ol ne TOUS eicloront pas da talat. Mais Jésus-Christ qid toqs Toit lél que voos éles ; Jésos^hrist qui ne juge pas comme l'homme -, JésttS'Cbrist déclare que tous é(es mort déjà depais long-temps à ses yeux t Tune Jésus dixit eis manifeste t Lazanis mortuuê est (JoAN. , XI, 14). Cette vérité tous surprend, mes Frères ; mais je serois bien plus surpris si le contraire arrivoit : car si vous voulez taire attention, en second lieu, aux suites que tratnent inrailliblemcnt après soi la tiédeur et l'habitude dans les fautes légères, vous conviendrez que quand même il seroit douteux , si vous conservez encore la charité, ou si vousTavez perdue, il est certain que vous ne sauriez la conserver long-temps en cet état ; dernière réflexion.

SBCONDB PARTIE

Celui qui méprise les petites choses, dit l'Esprit saint^ tombera peu à peu dans les grandes ; c'est une des plus inoonteatables maximes de la religion. Mépriser les petits devoirs, c'est-à-dire les violer de propos délibéré ; en faire un plan et un èUtt de conduite (car si vous y manquiez quelquefois, seiûement par fragilité, ou par surprise, c'est la destinée de tous les Justes, et ce discours ne vous rcgarderoit pas $ mais les mépriser dans le sens que je viens de l'expliquer, dans ce sens qui convient à toutes les âmes tièdes et infidèles), c*est une voie qui aboutit toujours au crime. Renouvelez voire attention ; et void les motib sur Icsqueb je fonde la vérité de cette maxime

Premièrement, cette voie aboutit tôt ou tard au crime ; paroeque Dieu se retire de l'ame tiède et infidde. £a effet, mes Frères, Tinnocenco même des plus justes a besoin d'un secours continuel de la grâce t si le Seigneur cesse un moment de veiller sur eux , d'être attentif aux dangers qui les environnent, do les garder comme la IHronelle de son œil» de les couvrir de son bouclier , Us deviennent la proie du lion rugissant qui tourne sans cesse autour d'eux pour les dévorer.

La fidélité du Juste est oonc le fruit des secours journaliers de la grâce ; mais die en est aussi le principe : c'est la grâce qui attire la fidélité du Juste -, mais c'est la fidélité du Juste qui opère la graoe dans son ame. Si vous cessez de correspondre, elle s arrête: si vous n'offrez plus de vaisseau vide pour la recevoir, cette bulle céleste ne coule plus : si vous manquez de faire valoir le talent, on vous rote : si vous négligez de cultiver l'arbre, il sèche peu à peu, et on le maudit : si vous vous refroidissez, Dieu se refroidit à son tour; si vous vous bornez à son égard à ces devoirs indispensables que vous ne sauriez lui refuser sans encourir des peines étemelles, il se borne aussi pour vous à ces secours généraux avec lesquels vous n'irez pas loin , avec lesquels vous ne serez jamais fidèle dans la tentation : U se retire de vous à proportion que vous vous relires

délai ; et voire fidélité i le 8er?ir est la mesulre de crile qu'il apporte à foos protéger.

Eh! de quoi vous plaindries^TOOs, ame infidèle, lonqoHl en «se de la sorte? eotrei en jugement avec voire Seigneur, et voyei si sa conduite n'est pas juste. Vous n'êtes plus attentive à lui plaire; Une l'est plus à TOUS fiivoriser : vous n^ligei mille occasions on vous pouviez loi donner des marques de Totre fidélité ; il laisse passer toutes celles o& il pourroit vous en donner de sa bienveillance t vous chicanez avec votre Dieu, si j'ose parier ainsi; vous lui dispotes tout ce que vous ne croyez pas lui devoir ; toute votre attention est de prescrire des bornes au droit qu'il a sur votre cœur; vous lui dites, comme il disoît lui-même à ce serviteur t Prenez œ qui vous appartient ; o'éles-vous pas convenu du prix avec moi? ne m'en demandez pas davantage : Toile quod tuum esif nonne ex denario convfiniui mecum (Mattb., xx» 13, 14)? Rien détendre, rien de Tervent ne vous échappe ; vous supputez tout ce que vous lui dea« nez , comme si vous craigniez d'aller trop loin ; et il suppute à son tour avec vous, et il est attentif à vous refuser ces grâces spéciales qu'il vous accordoit auparavant. Trouve4-on mauvais qu'un souv^erain , dans la distribution de ses faveurs, partege mieux vemoL de ses éojets qui s'appliquent avec plus de soin el de vigiknce 4 te servir? Eh! que scrviroit donc la fidélité du Juste, s'il lie devoît avoir aucun avantage sur le pécheur? quel seroit le centuple promis dés cette vie au serviteur vigOant, si te maître ne te distinguoit pas dans le partage de ses grâces, du serviteur intitikl Vous êtes trop juste, Seigneur, et yos jugemente mmi trop équitables.

Or que conclure de là , mes Frères? le toio : Que eet état d'in* fidélité habitueUe éloignant de l'ame toutes les grâces de proteoUoo , tout ce que tous vous permettez de léger contre quelque précepte , TOUS prive des secours destinés pour en facOMer l'accompllssemenl, lorsque la circonstance du précepte arrive. Yous n'avez pris aucun soin d*éviter ces eotrettens, ces libertés, ces regards, ces leetures qui pouvoient vous conduire k la perte de la pudeur, parceque vous n'y Toyiez rien de criminel , et ne croyiez pas qu'on put vous les interdire ; vous avez éloigné de vous les grâces attachées à la conservation de cette vertu : et dans une occasion essentielle où il s'agira de la conserver, ou de la perdre tout^-Adt ; conune vous n'aurez plus à opposa* au danger que TOtro propre fiôiblesBe, tous périrez. Car, qui*llc autre destinée pourriez-Tons vous promettre? les Justes, dans ces occasions périneuses, euTironnés des secours 'd'en-haut, succombent quelquefois; du moins ils ont de te peine à sortir Tainqueurs, et flottent long-temps entre la ? ictoire et la dlé» faite : jugez si tous deTez tous promettre un hrareux succès, vons qui n'apportez à ce combat qiîs Toa propMS fùroes, c'estri-dire mille acheminements secrets au crime dans lequel l'ep^emi s'ellorce M T. 49

770 VENDREDI DE tA QUÂtlUÈME SËMÂBfK.

de nMiftjÇDiralMri elsi le Seignev necomlMitlMlptoftpoy roum^ TOUS poiÎToi manquer de devenir sa proiel

SBoandanianl, cette teie de tiédeor el d'infldéMté abooiUl IMoa tard an crine; pareeqne non-aeolenienl ces tkuyoè UgÂra tous privent des leeannacittdinèoessairai àhcôo8erYatioadelajn6- Cioe: oMiSf par une suMe infaiUible, elles ralentissent ençote la charité qui est au dedans de Tonst dies minent pen à peacettehnbitnde de sainteté, et ioal entn écrooler tout rédi6oe dirétien : oc sont des renoes nuldpliées, qni pen k pen ooavrent enfin tont le dianip, et étoullènt la bonne semence.

On vous a dit que cea fautes » quelle qœ soit leur quantité, ne peuvent jamais d'ellea- mêmes monter à ce point fatal q^i fait le crime, el éteint loal-4*hit la grâce. Mais que veut-on din> par là? qu^elles n'épuisent pas toute la. vigueur de l'ame , qu'elle^ n'affoiblissent pas toolos ses puissances spirituelles, qu'elles, ne rak»tisaent pas m foi, qu'dles n'attiédissent pas son espérance , qu'eOea n'introduisit pas jusque dans le fond de son être desseaseiwes de corruption, qui dans leur temps produiront des fmib demort; qu'eHeanefontpasauoœurdeces plaies dangereuses qui attirent de leur cMé les attaques de Satan, et lui monUrent le chemin delà vietnire; et enfin, qu'dles ne ressemblent pas à ces symptômes fréipi&mlê qni tèt ou lard finissent par la mort? Que veut-on dire par là? que la oharilé scmUabte à un feu sacré ne s'use pas, et ne se ootasomme pas elle-même, larsqu'on ne prend auQun soin de la ojourrir elde rentretenir? que toutes ces infidélités fai^mt croilre Fhoniniede péohéennooa, il ne s'ensuit pas néœssairenHsnt que Jésus-Christ 7 diminue? qu'elles ne contristent pas Ï^Esprit saint dmis notre camr; qu'elles ne lui ôlent pas tout ce qui pouvoit iui.rendre la demeure de notre ame agréable; qu'dles nediangent pas notre niaiaon inlérieure , ou il avoit cru trouver ses ddices, en un triste eoLlK oè il n*est plus qc^à regret, on il pousse sans cesse des gémis^ scmmits ImAbles sur les malheurs qui nous menacent; où il ne semble plus rester que pour méditer une retraite, et oà tout k ooavie à s'en retourner dans le sein de Dieu, et à oéder sa place auiK esprits impurs qui s'en sont déjà rendus les mattres? Prétendon donner atteinte box plus incontestables yérilës de la rdigion, en établissant cette règle de doctrine? Non certes, mes Frères; car eu Jésus-Christ il n'y a pas oui et non : il n'est ^e l'iniquité et k men^ooge qui se détruisent et se contredHsent eux-mêmes.

Troisièmement, eel état d'infidélité et de tiédeur conduit tôt eu tard à la mort , paroequ'il fait prendre tous les jours de nouvellea férues à k eoneupiscenee t car à mesureque vous favorisée rameur-propre, en ne kd refusant êaatn deê adoucissements.que vouspouvei lui peniettre aana crime, voau l'aecoutumef peu è peu à ne pouvoir pinsae pasper de tout oequi le flatte; vous fortifies toutes les indinationB corrompues do votre ame ; vous mettes

en voit de noaveau obstade» à l'acoomiriiflseiiieiit de tons les préceptes; TOiie yousTeiidei la loi de Dieu iilas pénible, non-sealemeot pareeqa'il fàat l'acoomplir et porter le joog sans cette onction qni Aidondt , et qni n'est la récompense que de la fidélité ; mais encore parœqne wos atei laissé croître tons â«s pendiants qni s'opposent en Tons à la loi de ]>ieai de sorte qu'accomplir le précepte dans la drconstance oà la loi voos j oblige, est poor vous une montagne qnllfautfrandifr; une eau rapide qu'il faut remonter malgré la pente qui tous rentralne; un lion furieux qu'il faut apprivoiser tout à coup lorsipie sa proie est présente; en un mot , une entreprise à kMiuelle toutes yos indinations se refusent , et opposent de noUTdles diliicnltés. Ainsi tout ce que tous vous êtes permis de malignités tmfAvfifbe^ de traits mordants, de censures^ de railleries, de légers mé|vis, de flcars refroidissements contre votre frère , par lessuites d^une antipathie naturelle que tous n'avez jamais pris soin de réprimer, s'il vient à vous faire un afiiront éclatant^ vous rendront ta loi du pardon impossible. Ainsi cette vivadté sur votre gloire, ces empressements à être distingué du côté de Testime, ces soins à ménager là-dessus les jngements des bommes, l'emporteront sur la vérité et sur la justice dans une occasion où vous ne povnrreiE pltis sauver votre réputation sans noircir celle de votre prochain. Ainsi cet usage de mensonge et de dnplidté, dans les points indiB&rekits, dés que vous serea intéressée n'être pas sincère, ne vous laissera pas presque la liberté de vonsdédarer pour la vérité , et de lui sacrifier même vos intérêts. Ainsi ces complaisances douteuses que vous avec pour cette personne, ces commencements de passionquevousnégligez,vous mettront hors d'état de résister lorsqu'il s'agira d'aller plus loin : la corruption , fortifiée par toute la snlle de vos démarches passées, l'emportera sur vos réflexions; vous n'en serei plus mettre ; votre cœur se refusera à votre fierté, i voire gloire, à vousHoême. Car, mes Frères, on n'est pas longtemps fidèle, dès qu'il en coûte tant pour l'être.

Au Heu que cdui qui travaille sans cesse k affoiblir les mouvements de la cupidité, soufl^ moins quand il faut la soumettre à la loi; il trouve un cœur dodle^ et une volonté déga préparée par un long exercice de violence : tant de victoires légères dansdes combats où il ne s'agissolt que de la glofare, lui fadlitent celles qu'il remporte lorsqu'il s'agit dusalut; tous ces petits peuples, qu'il a voit domptés sur son chemin, l'avoient si fbrt accoutumé à vaincre , qu'à saseule approche, Jéridio tombe sans qu'il lui encoAte ni pdne, ni danger ; et pour le dire sans figure, une longue pratique d'abnégation dans les plus légères occasions l'a si saintement iamOiarisé a V(-c la vi<dcnco duétienne, que dans la drconstance du précepte, ah ! il lui en ooAteroit presque plos pour être infidâe; il faudrait plus prendrestv lui-mêmo , que pour accomplir la loi.

Quatrièmement , non-seulement le précepte devient plus dîfflrtlc

m VEJSDRHlDI DE LA QUAtfttÊMË SEMAIMfi.

à rame tiède et infidèle ; mais cnoore le crime s'aplanit, et elle d^ trouve pas plus de difficaltéf qu'à une simple infidéUté t maTelle raison qui prouve toujours que cet état ne tarde pas de ooodiiire au p^ché, qui tue l'arae. En efiét , le cœur par ces offenses légères multipliées, arrivant enfin comme par autant de déoMrches iaseosibles jusqu'à ces t)omes périlleuses qui ne séparent plus qi» d'u point la vie et la mort , franchit ce dernier pas sans presque s*en Qperocvoir : comme il lui restoit peu de chemin à faire , et qo il n'a pas eu besoin, pour ainsi dire, d'un nouvd eftort , il croit n'avoir pas été plus loin que les autres fois : il avoit mis au dedans de itd des dispositions si voisines du crime, qu'il enfiinte le péché sans douleur, sans peine, sans aucun mouvement marfoé, sanscunnuitre lui-mémo le fruit de mort qu il produit. Et voilà ce qui rend , mea Frères, l'état dont je parie encore plus terrible , c'est que d'ordinaire on y meurt à la grâce sans le savoir; on devient ennemi de Dieu , qu'on vit encore avec lui comme on ami et on enISsnt ; on est dans le commerce des choses saintes , et on a perdu cette foi qui les rend utiles ; on se lave sans cesse dans le bain de la pénitence , et on s'y salit de plus en plus t on se présente encore à la table da Père céleste ; on use encore de tous les privilèges des Justes , et on n'est plus qu'un téméraire profanateur, et il noos a depuis long^ temps rcjetés de sa bouche , comme une boisson tiède» et dégoAtanie. Grand Dieu! aussi que de faux Justes seront surpris, lorsque vnw vicndrei manifester les secrets des cœurs et les conseils des consciences ! que de brebis étrangères qui vi voient ea sûreté dans votre bercail, et qui se nourrissoient de vos pâturages, seront rangées parmi les boucs! et que les ténèbres qui nous cachent id-has fél^ de notre aroe devroient bien alarmer notre foi et raoîmir notre vigilance ! que nous devons craindre de n'être semblables à rinfortuné Aman, lequel n'étant point informé de sa disgrâce, vint hardiment se présenter à la table du prince, et voulut user de tous les droits dun favori, lui dont le supplice étoit déjà conclut

En cinquième lieu , mes Frères , pour achever de vous convaincre que cet état , où Ton ne se propose que de ne pas transgresser mortellement les préceptes, conduit infailliblement an crime: remarquez, s'il vous plaft, que la nature du cœur homam est telle qu'il reste toujours au-dessous de ce qu'il se propose ; paroeqoe reprit qui promet est prompt, et que la chair qui exécute est foible. Le Juste prend son essor pour arriver à la plus haute perfection , et il demeure dans un degré inférieur : nous-mêmes, mille fois dans des moments de zèle et de ferveur, nous avons pris des résolutions vives de retratle, de détachements, de pénitence; et rexéeution a toujours diminué beaucoup l'ardeur des prqels : fl faut beaucoup entreprendre pour exécuter peu ; se promeltreà sminéme de grandes choses pour en venir aux médiocres, et viser bien tout pour atteindre du moins an milieu. Or, vous ne vous pro-

FAUTES LÉGÈKES. W3

posez que d'éviter les crimes, tous fiseï précisAmenl à ce point audessous duquel est la mort et la prëvaricatiou t vous resterez audessous ; vous ne viendrez jamais à bout d'observer les commandements : il Talloit vous proposer quelque chose de plus élevé pour eu venir là. L'expérience là-dessus est décisive, et la raison n'en est pas dii&cile ; c'est que nos résolutions dans la préparation du cceur et dans la pratique ne seressemblentims : tandis qu'elles sont encore dans la préparation du cœur, qui se les propose, rien ne les contredit , rien ne les arrête ; elles ne trouvent point d'obstacles à combattre, point de difBcultés à surmonter, et là, elles ne perdent rien de leur ferveur et de leur perfection; mais dés qu'il s'agit d'exécuter, et qu'elles paroissent au detiors, ali! les inclinationi de la chair les ralentissent ; les ennemis de notre salut les traverseut; les hommes, ou les ébranlent par leur séduction , ou les font échouer par leur malice ; en un mot, elles perdent toujours sur le chemin la moitié de leur force, et on est heureux quand il en échappe encore quelque chose, et qu'à travers tous ces périls , on peut du moins sauver quelques débris du naufrage.

Qr, concluez de là , mon cher Auditeur, ce que vous devez vous promettre , vous qui ne vous proposez que de ne pas tran4gre8ser ouvertement les préceptes, et qui ne voulez pas monter plus haut: vous n'arriverez jamab à ce point ; vous succomberez dans toutes les occasicms ; vous vous trouverez toujours fort au-dessous do vos projets. Aspirez à la Bdélité, à la fcrvHar,à la vigilance, à la perfection de vutre état : Jésus-Christ ne vous a point laissé d'autres moyens pour accomplir les commandements ; et vouloir les observer sans cela , c'est entreprendre d'aller à la On , sans passer par la voi<) oui seule peut y conduire.

Mais à quoi bon tant de raisons ? Qu'opposerez-vous à l'expérience de tous les siècles, à la vôtre même, mon cher Auditeur? faut-il tant de preuves, où vos propres malheurs vous ont si tristement instruit ? Sou venez- vous d'où vous êtes tombé, comme le disoit autrefois l'Esprit de Dieu à cet évéque de l'Apocalypse : Afenwresio undè excideris ( Afoc. , u , 5 ) ; remontez à la première origine de vos désordres, vous la trouverez dans les infidélités les plus légères : un sentiment de plaisir négligemment rejeté , une occasion de péril trop fréquentée ; une liberté douteuse tn>p souvent prise ; d(!S pratiques de piété omis(*s : la source en est presque imperceptible; le fleuve, qui en est sorti, a inonde toute la terre de votre cœur t ce fut d'abord ce petit nuageque vil Eiie, et qui depulaa exiuvert t(»ut • le ciel de votre ame : ce fut cette pierre lé|:ère que Daniel vit descendre de la riHmtagne , et qui , devenue ensuite uue masse énorme, a renversé et brisé Timage de Dieu en vous : c'étoit un petit grain de sénevé , qui depuis a crû conune un grand arbre, et poussé tant de fruits de mort s ce fut un peu de levain, qui depuis a aigri toute la pâte i Memor esto unJi excideris

Yoa» D'aiuriei jimabcra en venir oà-TOus en êtes : tous regw- «lîei tout œ qu'on disoitlà-deMiSf dans la chaire cliréflénne, conmie des prédietioDi qai ne dévoient pas tomber sor vous t voos auries réponda de voaa-méme pour de certaines actiona snr lesquelles aa jourdliai vous ne sentes presque pins de remords r Memoretto undk êjceideris. Sonvenei-vons d'où vous êtes tonAé i levez là tête , el considérez la proTondeor de cet abtme: ce sont des infidâités légères qiri voos y ont conduit, comme par degrfis; des démardies insensitdes qui voos ont mené si loin : souvenez-vous é*€fiL voos êtes tombé, encore une fois ; et n^appelez plus léger ce qui a pu vous conduire au fond du précipice.

C'est TartiBce do démon , mon cher Auditeur ; fl ne proposé jamais le crime du premier coup. Voyez comme il s'y prend quand il vent tenter le Sauveur du monde: il commence par lui proposer de changer les pierres en pain . c'est-à-dire, de relâcher un peu de l'austteité de son jeûne ; de se jpter du haut du temple, c'est-à-dire de s'exposer témérairement au péril, sur une fausse confiance en la protection du Seigneur : avant que d'oser lui proposer de se prosterner devant lui et de l'adorer. Ge seroit effaroucher sa proie • il connott trop les routes par où il peut entrer dans le cenir iramain ; il sait qu'il faut rassurer peu à peu la conscience tnnfde contre l'horreur de l'iniquité, et ne proposer d^abord que des fins honnêtes, et certaines bornes dans le plaisir : il n'attaque pas d'abord en lion ; c'est un serpent t il ne vous mène pas droit au vice, il vous y conduit par des détours.

Grand Dieu ! vous qui viles dans leur naissance les dérèglements des pécheurs qui m'écoutent , et qui depuis en avez remarqué tous les progrès, vous savez que la honte de cette fille dirétienne n'a commencé que par de légères complaisances et de vains projets d'une honnête amitié; que les infidélités de cette personne engagée dans un lien honorable , n'éloient d'abord que de petits empressements pour plaire, et une secrète joie d'y avoir réussi : vous savez qu'une vaine démangeaison de tout savoir, et de décider snr itout ; des lectures pernicieuses à la foi , pas assez redoutées ; et une [secrète envie de se distinguer du côté de l'esprit, ont conduit peu m peu cet incrédule au libertinage et à l'irréligion : vous savez que ^cet homme n'est dans le fond de la débauche et de l'endurcissement , .que pour avoir étouffé d'abord mille remords sur certaines actions douteuses , et s'être fait de fausses maximes pour se calmer : vous savez enfin que cette aroe , infidèle après une conversion d'éclat, n'a rendu sa première foi vaine, et n'est revenue à son vomissement , que pour avoir mêlé quelques adoucissements à sa ferveur, manqué aux précautions qu'elle s'étoit prescrites, et moins craint des occasions dont votre esprit l'avoit tout à coup âoignée.

Non , mon cher Auditeur, les crimea ne sont jamais les ooup6 d'essai du cœur. David fut indiscret et oisenx avant que d'être adul-

FAirrES WXiÊRES. 776

tère : Salomon le bdMi «raorarparles délfoes deh royauté ^ ftvtai que de {«oltre sur ks bauts lieux aa milien 4m fennMaéliMh gèras : lodàs aima llirgeot atant que de meltreàprix 00a Mallre; Pierre présama a^aat quedelereiioiieer 1 Magdeleiiie, saBsdooi», voulut plaire ayant que d'être la pègherewe de Jérusakm s et pour ne pas sorUr de notre SvangSe, Larare fut langoisBant avant que d'exhaler finfectioii et k puanteur dans le tombeau. Lev^vioe a ses progrès comme là*vertu : tomme le Jemr instniit le jour^ ainsi, dit le Prophète , la nuit donne de i^mestes leçons à lanuk; et il n'y a pas idn entre les intdflités qm suspendent la graee , q^ fortifient les passions, qid nous rendenl inutiles tous les secoura4e.lipièlé, et ediosqui nous la font tout-4-ftit perdre. Or, eneore une fois, tout œ qui peut conduire au pèdié et à la niort ; que^dis^je? tout ee qui y mène infoilUMement , peut^l passer pour léger dans Fesprit d'un chrétien encore touché dusoin deson salut? ' Mats après tout, mon cher Auditeur, quand mémo od vous aMNrderoit que ces infidélités sont légères t qu'auries-vous avancé pour votre justification? abl c^est pour cela même que vous êtes moins pardonnable , lorsque vous vous les permettes de propos délibéré: plus ellessont légères , mcins il doit vous en ooMer pour les éviter. Ah! si l'on vous ^mandoit des actions liéroiqnes, il faudroit prendre sur vous-même, et vaincre ou périr s que ponvesvous donc alléguer ici pour vous défendre .de la fidélité à vos plus légères obligations? ne vous condunnei^vous pas vous«<même par votre propre bouche? Lorsque Naaman , indigné de ce que le prophète ne lui ordonnolt , pour guérir de sa lèpre, que de s'aller baigner dans les eaux du Jourdain , se retivoit plein de mépris pour rhommedeDIeu, comme si sa guérisonn'eftt pu être le fruit d'un remède si facile ; ceux de sa suite le firent revenir deson courroux, on lui disant 1 Mais , Seigneur, si l'homme de Dieu vous avoit ordonné des choses dUBdles, vous auriez dû lui obéir; et pourquoi refuseriez vous de vous soumettre à ses ordres, parcequ'U n'exige devons, pour votre guérison, qu'une démarche aussi aiâée que celle de vous aller baigner dans les eaux du Jùarém^JEtsiremgrandem dijcissei tibi propheia ^ ceriefacere debuertu; quanlb nutgis quia mine dixU tibi / Lazare ^ti mundaberit (4. Rbg., v, 13)! Vous avez abandonné votre patrie, vos dieux, vos enfants; vous vous êtes exposé aux périls d'un long voyage , vous en avez soutenu toutes les incommodités pour retrouver la santé que vous avez perdue; et pourquoi après tant de démarches pénibles refuseriezvous de tenter un expédient aussi aisé que cdui que vous propose le prophète?

Et voUà , mon dier Auditeur, cequejevous disen finismntcedlseoursx Vous avez abandonné le monde , et les idoles que vous ado riez autrefois : vous êtes revenu de si loin dans la v<rie de Dieu et dans le goAt de b piété t vous avezromou tous les engagementsdea

77G VENDREDI J)H LA QUATRIEME SEMAIÏfE.

piflflkHig les plus criBiiiiellai t YOQft airai mmkfùu ks peines, les dégoùU^ let IraYMi^ , les Tiolenoes iT one OQQTiqrsioii d'éclat , U ne yous reste plus qu'on pask iaire{ od ne tous demude plosqa'ane légère atlBQlkMi sar voQs-Biénie : si les premiers sacrifices de Tospe^sioBS crisninelles&'étoieiit pas encore faits, et qu'on les exigeftt de toqs, vous ne balanceries point, vous les ferief , qooi qu'il dût yoos en coûter : JSt si rexu gratuUm dbi dixisMeipropkeiaj certè/acere de» buetasg et maimenant qu'on ne vous demande que des sacriBces légers, que desinples porificatioBs; qu'on ne rons demande presque que les mémescboscs que vous iailes, mais pratiquées avec plus de ferveur, pins de foi, plusde v^Hanee; êtes- vous excusaUede vous en dispenser? quaiUo magis quia dîxil tibii Laparej ei mundo" ieris. Pourquoi rendriec^ons tons vos premiers eilorts inutiles par vers légércB infidéKiés? pourquoi auriei-vous renoncé au nMXideef aox plaisirs criminels, pour trouver dans la piété le même écuril que vous avies cm éviter en sortant des voies de l'iniquité F el oe aeriei^voos pas à plaindre , aprésavoir sacrifié à Dieu le principal, . de vous perdre pour lui disputer encore.miUe peliU sacrifices moins pénibles au comr et à la nature ? quanéb magis quia dijcit tibi t Layare^ ei mundaberui Achevés, Seigneur, en nous ce que votre .'grâce y a commencé; triomphes de notre langueur et de nos Cm* blesses, aprésavoirtriomplié de nos crimes; donnez nousuncœar fervral et fidèle , puisque vous nous aves ôté un oosur criminel et dissolu { inspires-notts cette bonne volonté qui fait les Justes, puisque vous aves éteint en nous cette volonté rebelle qui a fait les grands pédieurs; ne laissez |ias votre ouvrage imparfait; et rendez nous dignes de la récompense et de la vie immortelle qui n'est promise qu'à ceux qai auront élé fidèles dans les petites cbosts comme dans les grandes, jéinsi soU-U.

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