‹ Œuvres facéticusesChapitre 14 sur 239 · Légère, fraîche · texte numérisé non relu

Légère, fraîche

j . Les soulager un peu. On ne peut indiquer en moins de mots un plus joli tableau de genre.

6. Nous rétablissons admiration qui se trouve dans l'édition de I J49. Amiration n'est qu'une orthographe passagère

ET FACECIEUX. I9

Banquet rustique.

Puys que (de vos bonnes grâces) vous m'avez baillé la charge de dire et faire jugement de ce que j'ay veu et ouy (o mes bons amis) ne la refusant, j'en dirai possible confusément, mais aumoins la vérité. Et pource, que les banquets et festins de nos antecesseurs se offrent, il fault penser que non moins estôient de bonne doctrine que bien instruits; non que je vueille mesurer la conséquence d'un banquet en variété, et magnifique apparat de mangeries, choses que ne congnoissoient ces bonnes gens : car leur estôient incongnus Poivre, Safran, Gingembre, Canelle, Myrabolans à la Corinthiace, Muscade, Girofle, Poyreaux à la dragée. Tartes confites, et autres semblables resveries ' transférées des villes en nos villages, quelles choses tant s'en faut qu'elles nourrissent le corps de l'homme, qu'elles le corrompent, ou tout mettent au néant; sans lesquelles, toutesfois, un banquet de ce siècle est sans goût, mal ordonné et sans grâce, au jugement trop lourd de^ l'ignare et sot peuple, et s'il n'y a du cochon n'est jamais feste.

Maistre Huguet vouloit poursuyvre, quand Lubin

I . Les épices que cite du Fail et les raffinements culinaires qu'il signale étaient en effet inconnus des aïenx de maître Huguet. Le poivre, le safran, la cannelle, etc., productions du Levant ou des Indes, n*ont commencé à entrer sérieusement dans la consommation qu'après que les Portugais eurent doublé le cap de Bonne-Espéraftce, en 1497-

20 Propos rustiques

lui dist qu'il cessast de blasonner ' les façons de faire d'aujourd'huy, veu que tout se faisoit pour le mieux, avec ce * que ranticjuité avoit aucunesfois erré. Puys qu'il vous plaist, respond maistre Huguet, que je touche le blanc?, je diray ce que je vy faire passé a cinquante ans en cest nostre village, répétant ce que le compère Anselme a desja dit, cest que aux jours festés plustost fussent morts nos bons pères qu'ilz n'eussent amassé toutes leurs bribes chez quelcun du village pour illec 4 se recréer et prendre le repos du labeur de la semaine. Veistes-vous onc aux villes, quand y allez porter quelque fromage à vostre maistre ou autre ; quand quelque Bourgeois ou Citadin va souper chez son voysin, qu'il envoie son garçon devant, portant partie de son disner? tellement faisoient ilz, lesquelz après avoir beu de mesme et à toutes restes J, le tout sans hazard, commençoient à jazer librement du fait d'agriculture, et à qui mieux mieux. Messire Jan, le feu curé de nostre paroisse, estant au haut bout (car à tous seigneurs tous honneurs) haulsant les orées de sa robe, tenant un peu sa gravité, interprétant, ou le Magnificat (a) du jour, ou sur iceluy donnant quelque bonne doctrine^ ou bien conférant avec la plus ancienne matrosne, près luy assise,

a. Var. : VEvangUe.

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