Gaillard
ET FACECIEUX. II I
DU tout le pot, quand il n'estoit point en son Lourdaut. Quelquefois, estant de loisir avec son compère Trainefoumille, faisoit de beaux souhaits et à proufit, entre autres (pour estre brief) que s'il estoit gros Seigneur, il meneroit ses bœufs à cheval, ou bien garderoit ses moutons à pied. Et que s'il y avoit quelque beau manche de fouet en pais, ou quelque beau quartier de Cormier, pour faire un manche de coingnee, il les auroit, ou y auroit bien tiré à la poche. Par ma vie (lui respondoit de mesmes son compère Trainefoumille) c'est très bien souhaité à vous : et ne pensez pas, non, que je voulusse donner mes souhaits pour beaucoup ; car le plus souvent, il m'est advis que je suis un grand Seigneur) et en cet advis, fais mille belles maisons, et à la fin, je me trouve aussi avancé comme au paravant. Bo bo ' (disoit Gobemousche) je ne me soucierois beaucoup de tant de belles besongnes qu'ont ces gros et puissans gentilshommes ; il me suffiroit seulement de menger de ce beau lard jaune, à celle fin que les chiens me regardassent; et croyez d'asseurance que je mengerois tout mon saoul de fèves et de pois, si le quart n'en coustoit plus de deux unzains ; autant en ferois de ces belles andouilles avec de la porree, et des Oyes grasses lardées de vieil lard, et en rien ne semble ceux qui aiment mieux deux chiens qu'un porc, il y a bien différence. Ce discret honneste homme Gobemousche, un matin couplant ses bœufs pour charruer, près le moulin à vent, s'advisa (attendu qu'il estoit bien