‹ Œuvres facéticusesChapitre 76 sur 239 · I. Pour bon! bon · texte numérisé non relu

I. Pour bon! bon

112 Propos RUSTIQUES ^

pour ce faire) qu'il envoyeroit son filz Guillaume à l'escole, sôuz maistre Bajaret. Nous avons (dist lors Anselme) maintesfois argué de Grécisme ensemble. Je le pense bien (dîst maistre Huguet) car il fut bien savant (a), ainsi que m'afferma Haudulphi, un jour que le trouvai peschant à la ligne. Et l'y envoya, pource que sa mère le gastoit à lui apprendre mille sottes façons de dire et manières de faire fort estranges, comme ne pisser contre le vent, ne dire chat la nuict, ne rongner ses ongles au Dimanche, car le diable en allonge les siennes; ne prendre chemise blanche, ne dancer, ne chanter au vendredy, ne filer au samedy, n'estudier aux festes : mais loisible jouer aux quilles ^, aux bibelots^ ou à cochon va devant. Pour guérir des verrues 2, faut toucher à la robe d'un Cocu, J|d'un cornu ou d'un mouton]; c'est celuy à qui l'on biscote sa femme, dont à quelque chose sert malheur [moyennant que ce soit à quelque bon diable] : pour la fièvre, prendre neuf petites pierres et les envelopper en un mouchouer, puis le premier qui les trouvera prendra la fièvre; faut estre huit jours entiers, après les noces faites, sans toucner à sa femme [et au bout du terme, baiser l'autel et aller à l'offrande] encores avec protestation. Qui veult estre marié en l'an, prenne le premier papillon qu'il verra. Qui veut

a. Var. : Car bien savant fut,

1. L'éd. de i$49 ajoute seulement : ou à cornichon va devant. Rabelais dit : à cochonnet va devant.

2. Verrures, M 48; verrues, 1J49. Le compositeur de rédition parisienne était sans doute normand. On dit encore verrure, populairement, dans cette province.

ET FACECIEUX. I I^

gaigner le pré Raoul de Rennes, ou le pourceau de Bleron [l'arpent de vigne de monsieur de Paris, ou le quartier des foasseries] ne faut se repentir dedans l'an d'avoir esté marié. Qui garde les souliers en quoi on a espousé, cela sert moult à avoir bon ménage ; autant en est des treize deniers desquelz sont achetées les femmes [et bonne recette pour les garder et n'estre janin, est de jamais ne les perdre de vue]»^ Guillaume ayant changé presque tous ces petits mots, souz la doctrine de maistre Bajaret, fut mandé par son père Gobemousche pour rendre raison et du temps et de l'argent ; et fut le messager grand Jean le Beurrier, un ferial beuveur et Don compagnon, auquel Guillaume en contoit de toutes façons, et comme il l'entendoit, le tout à la bonne loy. Morbieu (disoit il) qu'ils seront esbahis de me voir à cette heure ! je suis seur qu'ils me decongnoitront ; car je n'estois pas un tel gallant quand j'y allay. Je n'en doute point (respondit grand Jean) attendu la coustume du pais ; aussi que vous estes habile homme et bon clerc. Per diem (disoit Guillaume) je ne dis pas pour me vanter; car vanterie, comme dit l'autre. Mais quand il sera question d'arguer {à) [je parlerai SI bien latin, que ma mère n'y entendra rien. Oui, vertubieu !] je ne dy mot, et gage qu'on verra beau jeu ' ; demandez un peu : ha !

a, Var. : Quand il sera question d'arguer,., je ne dis mot.

I. Toutes ces superstitions, fonds de l'éducation des femmes, sont avec beaucoup d'autres enregistrées et combattues par l'abbé Thiers dans son Traité des suoerstitions . Je ne crois pas cependant que l'habitude de garder la con-

toutesfois, vous ne le recongnoissez pas ; mais à propos, nous avons fait de bons petits tours ensemble. Par ma foy (mais je vous prie n'en dire rien) pour une après disnee, nous avons, moy et lui et un autre bon garçon, desrobé environ une douzaine de chastaignes à nostre hostesse, tandis qu'elle estoit à matines (a), et"les allasmes manger au pré Fichaut, au Soleil; puis chacun tire à la bourse pour avoir des pommes pour un liard et du vin pour un double ' : et vous respons de cela, que tous fumes yvres, et n'eust esté je ne sçay quoy, comme vous entendez, nous eussions querelé des lavandières oui estoient là. Voyià, mon amy, comme font les garçons quand se trouvent ensemble : aussi, que après bons vins, bons CheVaux. [Force beurre, force oygnons, et grand planté de moutarde, c'est saulce de morue et de merlans, aussi bonne que le pleur féminin pour les janins.] Je m'esbahis (aisoit grand Jean, qui ne cherchoit qu'à s'en deffaire pource qu'il lui rompoit la teste) Que vous ne vous hastez, car ils vous attendent de tout le païs. Je croy que vous dites vray (disoit Guillaume) il vaut donc mieux que me diligente : à Dieu donc, grand Jean. A Dieu,

a. Var. : A la messe.

tinence pendant huit jours après le mariage ait été bien répandue. On se contentait de faire ce qu'on appelait la nuit de Tobie, c'est-à-dire de passer une première nuit en prières. En résumé il n'y a d'emcace dans tous ces conseils

Sue le dernier, que la Fontaine a paraphrasé dans V Anneau *Hans Carvel.

Voyez aussi les Évangiles des quenouilles.

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