‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 129 sur 219 · I. Populaire · texte numérisé non relu

I. Populaire

2i6 Contes et Discours

tables, et ja en cest aage ou Aristote dit que la force de l'esprit se pert et esteint. Occasion qu'à l'advenir et tous les jours nous convient faire monstre et revue de nostre vie passée, en dresser estât, et se résoudre au plus pront accident de mort, dont par avanturenous serons prins et emportez sans y songer. Pensant, disoitlebon vieillard Terence Varron, qu'il me faut haster, pressé du nombre d'ans, je prépare et fais mes pacquets, délibère passer le plus heureusement et moins fascheusement que pourray, ce peu de temps qui nous reste. Et deviez, M. Lupolde, estre moins véhément à reprendre les fautes que vous recognoissez en Eutrapel, et luy monstrer où doit prévaloir l'expérience de l'antiquité, qui veut qu'en matière d'advis et conseil, il faut estre prié et non poursuivant et s'offrant le donner et en départir: comme l'on dit de \'itruvius Pollio, qui ne vouloit qu'un bon ouvrier cherchast la besoigne : Fautes entens je celles qui blecent l'honneur, et endommagent la conscience, non pas que j'y comprenne les actes indifferens, et qui de soy ne sont bons ny mauvais, où toutefois la plus part se trompent lourdement au jugement d'icelles, à veue de pays, à la traverse, et sans y adviser de près, ressemblans aux moutons qui à quelque hazart que ce soit, suivent le saut du premier, qui se sera lancé et jette du haut en bas. Cas advenu à ce propos : Titius ' qui de tout temps est partie formelle de Sempronius, va

I . Voici la fable du Meunier, son fils et l'âne, commençant comme l'exposé d'une question dans un Dictionnaire des cas de conscience. Empruntée aux Fabule de Faerne et aux Facéties de Pogge.

d'Eutrapel, 217

en voiage, mené son fils jeune garsonnet, et la jument, pour tant les porter, que leurs hardes pèlerines : faisans chemin rencontrent au pont de Pacé une troupe d'hommes couchez sur le ventre au Soleil. Comment mon amy (dirent ilsl vous allez à cheval, et ce pauvre enfant est à pied, qui n'est aucunement raisonnable et bien séant. Titius à ceste reprehension descent, et fait monter son fils, tirans outre. Mais en l'endroit de ce meschant chemin de la maistairie de Meaux, se trouva autre bande de censeurs, qui au contraire soustint que c'estoit un moqueur, et sans entendement, vieil, qui [a) est souffrir un jeune galand, frais, et alegreestredecheval, où n'y avoit propos ny apparence. Sainte Marie ! dit le bon homme, voiant que tous essais, consultations, instructions, et entreprises desplaisoient, je m'en cheviray ' bien, car il laissa sa jument aller seule sans aucune charge, suyvans luy et son fils. Mais estans à la Communaie ouirent certains joueurs de paume, disans, combien vous estes pauvres gens, travaillez et las que vous estes, laisser reposer vostre jument, qui aisément vous peut porter tous deux. Infortuné, s'escria Titius, en chose si mal accordante que ferai je ? Il faut remuer toute pierre : lorsluyet son fils montent sur sa jument. Mais vis à vis le Pot-d'estain leur fut prononcé, commicnt ? n'avez vous point de honte : est ce honnestement fait d'ainsi fouler ceste pauvre bsste .^ vraiement vous l'avez desrobee. De façon que, sujet à la sotte et vulgaire dévotion du

a. Var. : Vieil qu'il est.

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