Combien
d'Eutrapel. 515
qu'il ne fust seul, se virent en l'instant ses deux compagnons en pourpoint, pour le seconder; l'un desquels, me semble, appelle Victor Callo, outrepassa les marques dernières d'autre demi-pied. Ce fut lors aux vaincus se retirer et desrober de la presse les uns après les autres, se cachans et se faisans apporter tout honteux leurs hardes par leurs laquais, jusquesà laisser la place vuide, sans pouvoir dire quel chemin ils avoient prins. Le soir venu comme Ion racontoit tel exploit au soupper du Roy, le Seigneur du Lattay, brave et vaillant Capitaine, Lieutenant de la compagnie d'hommes d'armes de Monsieur de Rohan, pour faire espaule et sousîenir sa nation, dit. Sire, il y a trois choses signalées et remarquables en vostre Bretaigne, et qui par avanture ne sont ailleurs en la Chrestienté : car là sont les plus forts hommes, les plus forts chiens, et les plus forts vins qu'on puisse voir. Pour le regard des hommes et lévriers de Bretaigne, il en est quelque chose ^dit le Roy; m.ais des vins je ne le puis entendre, pour estre les plus aspres et verds de mon Royaume. Tesmoin le chien de Ruzé, l'un de mes conseillers audit pays, lequel pour avoir mangé une grappe de raisin Breton près Rennes, abboya le cep de la vigne, comme protestant se vanger de telle aigreur, qui jà commençoit luy brouiller le ventre. Cela est de mon conte, dit Lattay ; car par le grand Dieu d'Israël (c'estoit son serment) si un pot de vin est sur dix du meilleur de France, si sera il tousjours recognu le maistre, et pour tel qu'il est. Ce bon et grand Prince dit que le Capitaine Lattay avoit tousjours quelque bon mot pQur rire. Au demeurant,
3i6 Contes et Discours
qu'il aimoit uniquement sa Bretaigne, pour en estre descendu d'un costé, car sa grand mère estoit fille de Rieux, aussi qu'il avoit espousé Dame Claude de France, fille du bon Roy Loys douziesme, et d'Anne de Bretaigne, dernière Duchesse et Princesse dudit pays. Lequel depuis en l'an i $ 53, à la grande prière et requeste des gens des trois Estats d'iceluy, fut joint, uni, et incorporé perpétuellement et inséparablement à la Couronne de France : comme estant l'une des plus hautes et puissantes aisles d'icelle. Retenant par son antiquité le vray original de la langue Gauloise : car les François estoient encore bien avant en Alemagne, sous la religion Payenne, que plus de cent ans auparavant y avoit Rois Chrestiens en Bretaigne, usans de ce titre souverain et monarchie, Par la grâce de Dieu : commene recognoissansautrequeDieu et l'espee. Il s'est neantmoins trouvé des escrivains disans la Bretaigne estre l'ancien hommage de France, prenans ce fondement de Grégoire de Toursrauteur inconstant, pour ailleurs asseurer le contraire. Ce que mesme Sigisbert', et Vincent ^ en son Miroir historial, ont escrit n'avoir onc esté. Le contract de la submission d'iceluy pais à la Couronne de France l'an 1256, par Pierre de Dreux 5,
1. Sigeberti Gemblacensis Ctenohit<£ Chronicon ab anno 381 ad 1 1 13. — Imprimé à Paris chez Henri Estienne en 1 5 1 3.
2. Vincentius bellovacensis Spéculum quadruplex, naturak, doctrinale, morale, historiaU. Ecrit à la fin du xiii* siècle , l'ouvrage eflcyclopédiqy.e de Vincent de Beauvais a été imprimé pour la première fois en 1470 par Jean Mentelin. Verard en a publié la première traduction (par Jean de Vignayj en 149J-6.