C'est la traduction de Clément Marot du psaume XXII
Deus^ deus meus, respice in me.
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de propos, de parier de quelques lieux et passages tirez des autheurs Fayens et Ethniques, parlans de Jésus Christ. Comme les livres des Sibylles, lesquels Lactance, S. Augustin et Eusebe vraysemblablement ont veu : D'autant qu'ils furent bruslez par Stilcon, du temps d'Honorius et Arcadius Empereurs Romains, qui fut longuement après eux. Il y avoit 'disent ils) des vers Sibyllins en Grec, parlans de Jésus Christ, de sa nativité, passion, jugement, et résurrection générale des corps : disans outre, que les lettres capitales d'iceux vers contenoient tels mots : JESUS CHRIST FILS DE DIEU SAUVEUR DU MONDE ■.
Quelqu'un de grande érudition a, puis peu d'années, blasmé Lactance d'avoir parlé et joint au Christianisme les vers Sibyllins, comme estans faux : mais il devoit auparavant lire Eusebe, le 23. chap, du 18. livre delà Cité de Dieu de S. Augustin, et le docte Commentaire de Vives^ sur iceluy : car il n'en eust pas parlé ainsi à la volée. Le mesme Augustin, suivy des anciens Pères, escrit que Platon traitant sonTimee a par une saincte ignorance parlé hautement de la Trinité, sous ce mot Trois : faisant une merveil-
1 . Cet acrostiche n'est malheureusement plus vérifiable. C'aurait été pourtant une preuve bien topique.
2. Le très-fécond Espagnol Jean- Louis Vives dont on a publié encore une édition complète en 1782-90 (8 v. in-f') à laissé comme principal ouvrage : l'Institution de la femme chrétienne, mais il s'agit ici de son commentaire sur la Cité de Dieu, dédié à Henri VIII, roi d'Angleterre, commentaire qui ne se trouve pas dans ses Œuvres complètes, mais seulement à la suite de quelques éditions latines de I'ou\Tage de Saint-Augustin.
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leuse exclamation, de ce que le mesme Platon a dit au quart livre de ses loix, que Dieu est la proportion et mesure de tout avec nous autres hommes. Et à plus forte et grande raison, si (comme disent les Oracles) il est quelquefois homme, quelle chose, s'escrie ce bon et savant personnage, peut estre plus chrestiennement et divinement dite? Pausanias, Philostrate, et Laërtius, anciens Payens et graves ont escrit que les Athéniens menez d'un esprit Prophétie, dressèrent et bastirent un grand et somptueux autel, au front duquel ces mots estoient gravez : Au DIEU INCONNU, ausquels S. Paul (comme il dit aux Actes des Apostres) dit, estant en leur ville. Le Dieu que vous appeliez inconnu, c'est moy qui le vous annonce : c'est Jésus Christ. Orose aussi, grand historien, escrit que le mesme jour que Jésus Christfut né, l'Empereur Auguste régnant lors, fit defences générales, qu^on ne l'appellast de ce mot, Seigneur. Comme Dieu, par les estrangers mesme , autres que de son peuple eleu, fait recognoistre sa hautesse d'une certaine promotion et advancement cachez à nous autres pauvres hommes. Aussi Josephe, qui vivoit quarante ans après la mort et passion du Sauveur du monde, dit ce qui ensuit, au cinquiesme livre de la guerre Judaïque : « En ce » temps vivoit Jésus, homme fort sage, s'il » est licite le nommer homme : parce qu'à la » vérité il fit des choses merveilleuses, et fut » maistre et enseigneur de ceux qui aimoient la » vérité. Il assembla et fut suivy de grandes » trouppes de Juifs et Gentils, et estoit le Christ. » Et combien que par après il fust accusé par
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» les principaux denostre foi, et crucifié : si ne
» fut il abandonné de ceux qui l'avoient suivi,
» ains trois jours après sa mort, il s'apparut vif
» à eux, selon que les Prophètes, inspirez de
» Dieu, avoient prédit et prophétisé de luy. »
Le mesme auteur parie fort amplement du voile
du temple de Hierusalem, qui se rompit lors que
Jésus Christ souffroit , démonstration certaine
signifiant l'abolition de la loy cerimoniale, pour
entrer au règne de grâce. Je desduiray ici par
mesme moyen le double de la lettre que Pilate
envoia à l'Empereur Tybere, prise des recueils
d'Egesippus, comme ensuit : « Il est arrivé
» nagueres que les Juifs, comme Je say vraiement,
» se sont eux et les leurs soubmis à une cruelle
» et éternelle comdamnation. Car combien qu'ils
» eussent apprins cela de leurs ancestres, que
» Dieu leur envoieroit du Ciel son Sainct, lequel
» seioit appelle leur Roy, et qu'il devoit issir et
)) nasquir d'une vierge, et que le Dieu des He-
» brieux l'eust envoyé lors de mon Magistrat ' .
» Et outre, luy eussent iceux Juifs veu faire
» plusieurs miracles, enluminer ^ les aveugles,
» guérir les ladres, paralytiques, chasser les
» Diables des corps des hommes, ressusciter les
» morts, avoir commandé aux vents, cheminé
» sur la mer, et faire plusieurs autres choses :
» toutesfois les principaux d'eux, parce qu'il se
» disoit estre fils de Dieu : ayans conceu une
». inimitié mortelle contre luy, l'ont prins et mis
« entre mes mains , et chargé de plusieurs
Dans le temps de ma magistrature.
Rendre la lumière.
Du Fail 11
3^8 Contes et Discours
» choses fausses : entre autres qu'il estoit en- » chanteur, et qu'il enseignoit choses contraires « à leur loy. Quant à moy, je l'ay ainsi creu, et » après l'avoir fait battre de verges, je le leur >) ay rendu et incontinent ils l'ont crucifié. Et » puis estant au sepuichre, il luy ont baillé de » mes soldats pour le garder : et nonobstant » iceux, il a ressuscité le tiers jour après : en » sorte que les Juifs ont esté tellement faschez, » qu'ils ont donné de l'argent à iceux soldats, » pour dire que ses disciples et autres qui le sui- » voient, avoient pris et desrobé son corps au « sepuichre. Mais après avoir receu l'argent, ils •>■) n'ont laissé à dire la vérité : Car ils ont dit » que Jésus avoit ressuscité, et qu'ils l'avoient « veu, et que les Juifs leur avoient donné de » Targent, pour s'en taire. » Or le jugement et condamnation, dont parle Pilate est conforme à l'Escriture saincte, par laquelle malheur, abomination, et captivité perpétuelle est ordonnée aux Juifs : comme encore en ce jour se peut voir, estans espars, jettez çà et là, et traitez en toutes les misérables conditions qu'on pourroit dire. La Judée, qui fut autrefois l'un des meilleurs pais du monde, valant de revenu annuel aux Romains cinq cens quarante mil escus couronne, estant aujourd'huy stérile, infructueuse, et de nulle ou petite valeur. Aussi en Eutrope, bon et ancien auteur, se lit une epistre de Lentulus à l'Empereur Tybere, sous l'empire duquel le Sauveur du monde fut crucifié, où il luy fait entendre plusieurs choses magnifiques et esmerveillables de luy : Entre autres, que le peuple l'appelloit Prophète, et ses disciples, le fils de
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Dieu :au demeurant, qu'on ne l'avoit Jamais veu rire, ni plorer, et que sa contenance estoit joieuse-grave. J'ay semblablement pensé estre de mon devoir, vous parler d'une histoire grande et illustre, que Plutarque raconte au livre de la cessation des Oracles : laquelle, au jugement d'Eusebe, Pierre le Chevelu Italien, et Pierre Messie Espagnol, se rapporte et approprie à nostre propos. Il dit qu'un appelle Epithersez navigeoit de Grèce en Italie, passant joignant les Isles Eschinades, entre lesquelles et celle de Paxes ' le vent luy deffaillit : pendant quoy, ceux qui estoient dans le navire, ouirent d'icelle Isle de Paxes, une grosse et forte voix, qui appelloit Thamons : duquel cri tous furent espouvantez. Cestuy Thamons estoit Pilote du navire, natif d'Egypte, lequel ne vouloit respondre : toutesfois importuné de la tierce fois, demanda qu'on luy vouloit. Lors ceste voix plus hautement que auparavant luy dit : Qiiand tu seras près Pallodes, dy leur que le grand Pan est mort. A ces mots tous furent effrayez, et après avoir délibéré comme ils se dévoient gouverner en cela, fut résolu par Tham.ons, que lèvent estant bon, il passeroit outre, sans rien dire : si au contraire, il se trouvoit la mer estre bonne, il feroit sa charge. Estans vis à vis des Pallodes, la mer demeura en un instant calme et sans vent : au moien de quoy Thamons cria sur le rivage, que le grand Pan estoit mort. Après quoy furent ouis une infinité de voix et pleurs lamentables, et n'eust Thamcns si tost prins terre, que l'Em-