‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 194 sur 219 · I . Paxos · texte numérisé non relu

I . Paxos

340 Contes et Discours

pereur Tybere, sous le règne duquel fut crucifié Jésus Christ, jà prévenu de ladite nouvelle, ne l'envoiast quérir, pour luy en dire plus amplement. Par ce mot Pan, les anciens entendirent non seulement le Dieu des pasteurs, mais aussi celuy de toutes choses : duquel titre de Pasteur nostre Seigneur a usé en plusieurs endroits, nommément en Sainct Jean, chapitre dixiesme, où il se dit vray pasteur, qu'il cognoist ses brebis, et qu'enfin n'y aura qu'une bergerie, et un seul pasteur. Sainct Paul aussi souhaite que le Dieu de paix, qui a ramené des morts le grand pasteur des brebis, qui est Jésus Christ : parle sang du testament éternel, conferme en toute bonne œuvre, les Hebrieux, ausquels il escrit et entant que touche le tremblement de terre lors de sa mort, semblablement de l'Eclipsé du Soleil, et le jour converti en la nuict, tous les Astrologues, mesmes les Ethniques et Paiens, ont déclaré'tels accidens avoir esté irreguliers, et hors le cours et mouvement de la commune nature. Phlegon, comme disent Eusebe et Origene, a escrit que la plus grande et terrible Eclipse de Soleil qui ait jamais esté, ni qui pourroit estre veùe au monde, survint Tan quatriesme de la deux cens deuxiesme Olympiade. A laquelle supputation et calcul d'années revient droitement le temps de la mort du Rédempteur du monde : en laquelle mesme saison tombèrent en Asie treize grandes et puissantes villes, comme dit le mesme Eusebe. Pline parle bien de la ruine d'icelles, ensemble un terremot '

i. C'est le mot latin resté dans l'italien terramoto.

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ou esbranlement de terre, le plus violent dequoy on ait jamais ouy parler. Suidas, auteur Grec, et de grande réputation, dit une chose de Jésus Christ nostre Sauveur digne d'estre leue plusieurs fois, pour la juger et joindre tant qu'on pourn à la vérité et histoire de l'Evangile : voicy donc ces propres mots. Du temps (dit il) du bon Empereur Justinien, yavoit entre les Juifs un grand seigneur appelle Theodose, connu et de l'Empereur et de plusieurs autres Chrestiens, au mesme temps vivoit un banquier Chrestien, nommé Philippus, grand amy et familier d'iceluy Theodose. Au moien de laquelle amitié il exhortoit un jour iceluy Juif à se faire Chrestien, et baptiser, disant ainsi : Pourquoy est ce que toy, qui es homme docte, et qui sais les Prophéties qui ont esté dites de Jésus Christ, ne crois en luy et ne te fais Chrestien ? Car je suis asseuré que tu n'es point ignorant de ce qui a esté dit de luy aux saintes Escritures, et de son advenement, haste toy donc de garder ' ton ame, et croy en nostre Seigneur Jésus Christ, et Sauveur, à ce que persévérant en ton incrédulité, tu ne sois damné par le jugement éternel de Dieu. Le Juif, aiant entendu cela, loua Philippus, et luy en seut bon gré, disant : Je te remercie de l'amitié que tu me portes, et d'estre ainsi soigneux du salut de mon ame, et pour cestè raison, je te diray devant Dieu, qui sait les secrets des cœurs et des pensées, ce que j'en pense. Car à la vérité, je cognois que Jésus Christ est celuy qui avoit esté prédit par la Loy et les Prophètes, et le

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