I . Sauver, garantir
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confesse ainsi devant toy, mon loyal et parfait amy : mais qui m'empesche d'estre Chrestien , est une fausse et humaine cogitation, qui m'a vaincu. Car moy estant Prince et grand Seigneur entre les Juifs, je suis en grand honneur, et ay abondamment ce qu'il faut pour ceste vie présente : de sorte que, si j'estois Chrestien, et de vostre Eglise, et qu'il me fallust changer d'estat et condition, je ne serois tant honoré, comme je suis : qui est la raison, combien qu'elle ne vaille rien, que mesprisant la vie future et éternelle, je ra'arreste par trop à ceste ci, qui est temporelle et de peu de durée. Si est ce pourtant que je te veux déclarer un secret, qui est entre nous autres Hebrieux, par lequel nous sommes acertenez, que le Christ, que vous adorez, est vrayement iceluy Messias, qui estoit prédit par la Loy, et les Prophètes. Donc au temps passé, lors qu'on bastissoit le Temple de Hierusalem, la coustume estoit entre les Juifs, instituer et establir autant de Prestres, que nous avons de lettres, qui sont vingt et deux, et y avoit un livre audit Temple, qui contenoit le nom d'iceux Prestres ensemble et de leur père et leur mère. Et lors que l'un d'iceux estoit mort, les autres Prestres s'assembloient en iceluy Temple, et en choisissoient un, afin de remplir tousjours le nombre. Et estoit escrit en iceluy livre, à quel jour le Presîre estoit mort, le nom de ses père et mère, et iceluy de son successeur, et qui estoit misensa place. Cestefaçondefaireestant entre les Juifs, et peu auparavant que Jésus se monstrast et enseignast le peuple, afin de croire en luy, l'un d'iceux Prestre mourut, et les autres s'assemblèrent
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pour en eslire un autre. Les uns tenoient que cestui ci n'avoit pas les vertus et parties requises à un bon Prestre : les autres en blasmoient quelques uns, tous estans bien empeschez et travaillans en ceste élection. Occasion que l'un d'eux se levant, leur dit : Messieurs, sur ce que vous en avez nommé plusieurs, vous n'en avez pas trouvé un qui fust à votre gré : à ceste cause, je vous prie me donner congé vous en nommer un, lequel à mon advis, vous sera bon : C'est Jésus, le fils de Joseph charpentier, lequel encor qu'il soit fort jeune, il a de merveilleuses et bonnes mœurs, avec une vie très sainte. Et suis d'opinion qu'onc homme ne fut pareil à luy, soit de parole, ou d'effet : toute Hierusalem le sçait, et n'y a personne qui en doute. A ceste parole, les autres Prestres approuvèrent telle opinion, et arresterent que Jésus seroit préféré à touj autres, pour estre l'un d'iceux Prestres. Toutesfois il s'en trouva disans Jésus n'estre, comme il estoit requis, de la race de Levi, mais de celle de Juda : mesme qu'il estoit fils de Joseph, qui estoit de la famille et race de Juda : concluans qu'il ne pouvoit estre esleu Prestre, n'estant de la tribu et extrait de Levi. Mais celuy des Prestres qui avoit esté occasion de choisir Jésus, respondit qu'il ne falloit regarder à telle différence : qu'il y avoit long temps que lesdites deux races estoient confondues, et entées l'une dedans l'autre, et à ce moien, d'un commun consentement, Jésus fut esleu. Mais pour ce que la coustume estoit, que non seulement le nom du Prestre choisi, mais aussi de ses père et mère, fut escrit audit livre : aucuns d'eux
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furent d'advis qu'il falloit appeller les père et mère de Jésus, pour sçavoir leurs noms, avoir leur consentement, et si véritablement il estoit leur fils : Ce qui pleut à toute la compagnie. Mais le Prestre Auteur de l'eslection de Jésus, dit que Joseph son père estoit mort, et qu'il n'avoit plus que sa mère vivante : qui fut cause qu'elle fut appellee en leur Consistoire, où ils lay dirent ainsi : D'autant que tel Prestre est mort, fils d'un tel et d'une telle, et que nous avons résolu mettre en son lieu vostre fils Jésus, et faire escrire en nos registres le nom de ses père et mère : dites nous, Jésus est il vostre fils ? l'avez vous engendré ? Lors Marie leur dit. Je confesse que Jésus est mon fils, et que je l'ay enfanté, dequoy me sont tesmoins plusieurs hommes et femmes encore vivans, qui ont esté presens à l'enfantement : mais pour le regard du père, je ne pense point qu'il en ait eu en terre : comme vous orrez. Car estant vierge, et demeurante en Galilée, l'Ange de Dieu me vint dire, estante seule en ma chambre et esveillee, qu'il m'apportoit une bonne nouvelle : c'est, que je serois enceinte du Sainct Esprit, et que j'enfanterois un fils, lequel il me commanda appeller Jésus. Et à la vérité, estant vierge, je conceu et engendray Jésus, et après l'enfantement je suis demeurée vierge. Alors les Prestres envoyèrent chercher les sages femmes, leur commandant qu'elles eussent à diligemment regarder, si elle estoit vierge, ils rapportèrent que ouy. Les Prestres lors luy dirent qu'elle leur dist hardiment le nom du père de Jésus, afin de l'escrire en leur papier, suivant la coustume. Laquelle leur respondit, que
son père n'estoit de ce monde, et que l'Ange luy avoit dit, que Jésus estoit fils de Dieu. Quoy voians lesdits Prestres, firent escrire ces mots en leur livre et papier : ce jour un tel prestre
EST MORT, FILS d'uN TEL ET d'uNE TELLE : ET EN SON LIEU, DU CONSENTEMENT DE TOUS, A ESTÉ MIS ET SUBROGÉ LE PRESTRE JESUS FILS DU DIEU VIVANT, ET DE MARIE LA VIERGE. CC
livre fut par le commandement des grands de Hierusalem, transporté en la ville de Tiberiade, lors que ladite Hierusalem fut ruinée : et estre ce secret cogneu à bien peu de Juifs. Et quant à moy, je le say pour estre un des principaux Docteurs entre nous autres Juifs, et non seulement nous le sçavons par les Prophètes, que c'est le Christ, que vous autres adorez et fils du Dieu vivant, venu en ce monde pour le salut d'iceluy : mais aussi par iceluy livre, lequel est encore aujourd'huy en la ville de Tiberiade. Alors Philippus poussé et saisi d'une certaine joye, dit qu'il advertiroit l'Empereur de tout cela, afin qu'il envoyast quérir iceluy livre en Tiberiade, pour vaincre l'incrédulité d'iceux Juifs : mais Theodose respondit qu'il n'estoit besoin en advertir le Prince, et qu'aussi bien il ne s'en feroit rien, et n'en pouvoit arriver qu'une guerre : car les Juifs se sentans près de leur ruine et battus, brusleroient plustost lelieu où estoit caché iceluy livre, afin qu'il ne fust trouvé ni veu. Et t'ay dit tout cecy, mon bon amy, afin que tu sçaches que ce n'est ignorance qui m'empesche estre ChresUen, ains l'ambition et grandeur qui me retiennent. Cela fait, Philippus n'en dit rien à l'Empereur, pour n'esmouvoir une guerre, qui
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eust telle issue, comme luy avoit dit le Juif ; si est ce qu'il raconta tout ce que dessus à plusieurs, et entr'autres à moy (Suidas). Et de fait pour cognoistre si ce que Theodose avoit dit, estoit véritable, j"ay leu Josephe qui a descrit la destruction et ruine de Hierusalem, et duquel Eusebe fait souventefois mention en l'histoire Ecclésiastique : auquel nous avons apertement veu que Jésus Christ sacrifioit avec les Prestres au Temple de Hierusalem. En voiant que Josephe, qui estoit du temps des Apostres, en avoit parlé si avant, j'ay aussi voulu voir aux saintes Escritures, s'il y en avoit rien escrit : Et de fait, j'ay trouvé en l'Evangile Saint Luc, que Jésus entra en la synagogue des Juifs, et luy ayant esté baillé un livre, il leut une Prophétie, disant : L'esprit du Seigneur est sur moy, pour laquelle chose il m'a oint et envoyé pour evangeliser aux pauvres, pour guarir les contrits de cœur. Qui me fait dire, que si Jésus Christ n'eust eu quelque charge de Prestre entre les Juifs, on ne luy eust pas baillé le livre, ne soutïert prescher, ny exhorter le peuple : Et mesme entre nous autres Chrestiens, n'est permis lire les livres au peuple, fors à ceux qui en ont la charge. Qui me fait dire, tant par le tesmoignage de Josephe, que de l'Evangile S. Luc, que le Juif Theodose dit la vérité à Philippus le banquier, comme à son bon et fidèle ami, luy déclarant ce que les Juifs tenoient plus secret entr'eux. Sont les propres mots de Suidas : auquel je ne veux ni dois adjoindre ce que Cornélius Agrippa recite de la puissance du mot, Jesls Christ, prononcé, ainsi qu'il dit mystérieusement et par foy, selon les
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registres et livres des Cabaiistes : d'autant qu'il m'a tousjours semblé telles sciences curieuses tenirdelimpieté, encore que nousayons plusieurs exemples familiers et domestiques (comme disent Fernel, Cardan, Vierius, et dernierem.ent ce sçavant Bodin, grands et insignes Philosophes de ce temps^ que les Esprits malins et Diables vaincus et adjurez par la parole de l'Evangile, ont dit par l'organe et bouche des hommes et femmes qu'ils possedoient, choses estranges, et hors la capacitedel'entendementhumain : comme par divers moiens, nous sommes appeliez à la cognoissance de la pureté de l'Evangile : et qu'à ce mot de Jésus Christ, les Diables restent et demeurent atterrez, sans aucune puissance. Au demeurant, qui considérera avec jugement, de quels hommes Jésus Christ s'est voulu aider et accointer, lors qu'il s'est exhibé et communiqué aux hommes, trouvera que c'estoient pauvres et simples personnes, tenans les dernières vocations et mestiers entre le peuple, ignorans et ne sçachans aucune chose qui puisse rendre les hommes admirables et signalez. Toutefois après avoir receu la faveur du Saint Esprit, ont esté les plus grands clercs du monde, renversé les philosophies et sagesses communes, confondu ceux qui en tenoient escholes, estonné les Princes, Potentats, et leurs Conseils : abbatu et mis par terre les ouvrages et entreprises de Sathan, le Prince de ce monde, et contre ses forces et ruses, confirmé et establi en peu de jours, l'Eglise et assemblée des croians en Jésus Christ, par tout le monde universellement. Où les pauvres Philosophes avecques leurs pru-
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dences, et sagesses humaines, n'om sceu en tant d'années jetter et espandre hors la Grèce, qui est une simple Province, leur belle philosophie et doctrine, encore divisée, comme dit Themiste, en plus de cinq cens opinions diverses et contraires. Car pour le regard de la religion de Mahumet, qu'il a prise (ou le Moine Sergius apostat et révolté, pour luyi tant du vieil que nouveau Testament, n'est grand besoin d'en parler, se perdant, ruinant, et confutant ' d'elle mesme, comme sotte et ridicule qu'elle est, par la seule lecture de son livre ou Alcoran : qui a neantmoins gasté beaucoup de peuples, pour la permission qui y est contenue de paillarder, et autres ordures et voluptez. Si est ce que pour donner couleur à sa force, iladvoue et recognoist Jésus Christ, pour le grand Prophète, et en l'honneur duquel il porte une singulière révérence au jour du \'endredy. A ce moyen, et pour clorre ma lettre, je vous prie icelle communiquer à ceux qui se sont de tant oubliez, vous tenir tels propos, pleins de blasphèmes, condamnation perpétuelle, et privation de ces hauts biens et félicitez célestes qui sont promises aux croians et bien faisans : Ressentans leurs maudites persuasions, de la boutique et doctrine de Diagoras ou Lucien, surnommez sans Dieu : desquels cestuy cy fut mangé des chiens, et l'autre banni d'Athènes, et ses livres bruslez : Ou d'un Juiian Empereur apostat, lequel estant frappé d'une tleche ou perche, ne sçachant d'où venoit le coup, et aiant auparavant persécuté