‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 201 sur 219 · I . Méprisable · texte numérisé non relu

I . Méprisable

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mais il semble, veu leur grand et ample patrimoine et richesses, qui ont esté calculées et arrestees de notre temps, se monter en ce Royaume, à douze millions trois cens mil livres de rente, qui doubleroient, si l'on prenoit l'estimation de présent, sans les hospitaux et aumosnes : qu'ils devroient, pour la descharge de leur conscience, se reformer et réduire au vray et légitime estât de leurs prédécesseurs, et rendre la tierce partie aux pauvres des lieux, où sont leurs biens situez. Autrement y a danger, jà bien advancé par la permission divine, que les laiz et séculiers n'empiètent et se saisissent, comme ils font, de leurs biens, à faute à eux de résider, prescher, administrer les Sacremens, nourrir les pauvres, du tiers du revenu Ecclésiastique, et faire tous devoirs Chrestiens, oh ils sont obligez : sans s'arrester et s'amuser aux dispenses et permissions contraires, obtenues, Dieu sçait comment : lesquelles portent une (a) apparence et couleur masquée et desguisee vers les hommes, mais une cruelle et sanglante condamnation en l'endroit de Dieu, comme disoit ce docte Seguier, estant lors Advocat General au Parlement de Paris. Pour le regard des gens de Justice et finances, qui est celuy tant sot et abesti puisse il estre, qui n'apperçoive au doigt et à l'œil les corruptions, faveurs, larrecins, concussions, pilleries, et tels brigandages qui s'y font .f' Contre lesquels, principalement les excessivement enrichis, j'userois volontiers du seul argument qu'on faisoit à Sylla et qui est

a. Var. : une fort grande apparence (1603).

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sans responce, ainsi que dit Plutarque : Comme te peux tu vanter (luy disoit on) estre homme de bien, attendu que ton père ne t'a laissé presque rien ? et neantmoins te voilà riche outre mesure ? Au demeurant, si l'on regarde les grandes charges, fonctions, et gouvernemens, tout cela est aujourd'huy, à la pluspart, entre les mains des nouveaux venus, et tirez du populaire contre les formes et Loix de toutes Républiques Chrestiennes et Payennes , non encore veuës ni accûustumees en ce Royaume : au lieu que ce devroient estre personnages à qui telles choses appartiennent de droit, qui est la Noblesse. Auquelbeau temps il faudra par nécessité revenir, après tant de maux passez, et remettre telles Jurisdictions et puissances es mains de ceux qui ont dequoy en respondre, tant en race, honneur, biens, savoir, probité, que longue expérience. Comme les Romains, desquels nous tenons le plus beau de nos polices, qui ne créèrent onc Sénateur, ne donnèrent l'ordre de Chevalerie, à quel qu'il fust, s'il n'estoit issu de noble famille, et riche de quatre cens sesterces, c'est à dire, dix mil escus de revenu. Tels desbordemens et violences, qui ont gaigné sur la vertu et beauté ancienne, sont cause (Capitaine Eutrapel) que j'incline du tout et soustien vostre dessein et entreprise louable : Vous exhortant icelle exécuter, pour le demeurant de vos jours, et vous esbattre et prendre plaisir aux saints et fructueux contentemens de l'agriculture, tant recommandable de soy : comme il se lit d'Abraham, Jacob, Esau, et plusieurs Prophètes aux Sacrées Bibles. Aussi Platon mené d'une tant salutaire opinion,

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confesse que la vie rustique et solitaire, est le port et refuge contre la calomnie, envies, et ambitions de ce monde. Et après, aux siens livres des loix, qu'il a establi quelques ordonnances de l'agriculture, comme n'arracher les bornes, ne destourner les eaux, gaster les fruicts de la terre : il se retira de ceste riche et docte ville d'Athènes, où il estoit grandement honoré et en singulière réputation, pour demeurer aux champs près icelle, en son Académie, afin de mieux et sans bruit esplucherles mysteies divins et secrets des choses naturelles : bien entendant comme la fréquentation et hantement des hommes résistent à telle profession, mieux aimant le contentement de son esprit et celuy de ses escoliers que complaire au lourd jugement et fantasiedu commun. Le bon et sage Caton, interrogé du moyen de bien vivre, et sans s'empestrer aux bruits, caquets et calomnies des villes : respondit pour les champs, où premier il falloit faire bonnes nourritures, se bien vestir et entretenir sa famille, et sur tout labourer de soy mesme, syllogisant et concluant ainsi : C'est un laboureur il est donc homme de bien. 0 ! disoit ce sçavant Prestre et philosophe Marsilius Ficinius', auquel Cosme de Medecis avoit donné un beau et solitaire lieu près Florence, que l'homme est heureux, quand

I . Marsilio Ficino, pour nous Marsile Ficin, avait en effet reçu de Côme de Médicis une maison de Campagne à Gorreggio. C'est là qu'il passa son temps à traduire Platon et à étudier les sciences occultes, notamment l'astrologie. On a beau faire, quand on se livre trop à Platon, on en arrive vite à ces excès de spiritualisme. Il était mort en

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délivré de toutes passions et affaires, content, de ce qu'il a, sans rien désirer, se commande en pleine et entière liberté d'esprit : Considère la solidité et fermeté de la terre, la subtilité et la légèreté du feu, le cours des eaux, la splendeur et clarté des estoiles, sereneté et diverses tapisseries du Ciel, la resolution et destrempement de la neige en pluye, la congélation et endurcissement de la gresle, tremblement de la terre, diversité des vents, la nature des métaux, herbes, arbres, et plantes : les infinies sortes d'animaux et poissons, leurs guerres et amitiez, la vertu des pierres : ces deux admirables flambeaux et luminaires, le Soleil et la Lune, la rondeur des Planetîes, clarté du jour, ténèbres de la nuict, disposition et ordonnance des estoiles. Par lesquels moiens, joignant ses prières à ceste haute Trinité, il se fait et bastit le chemin pour traverser et pénétrer les lieux célestes, et contempler en esprit les bienheureux , et autres choses que l'œil ne peut voir, ne la langue exprimer. Et de fait, ceux qui demeurent aux champs, s'ils cognoissent leur bien, ont des loix et décrets bien avantageux pour eux, jusquesaux bœufs: lesquelsparlaloy des Athéniens n'estoient tuez, sur peine de la vie. Aussi que telle peine estoit ordonnée à ceux qui avoient desrobé les outils et assortemens de la charrue : car, disoit /Elianus, le bœuf laboureur est compagnon des hommes. Et ainsi les anciens travailloient huit jours, pour au neufiesme aller au marché, vendre et bien peu acheter, se fournissans presque de tout ce qui est nécessaire à ceste belle agriculture et vie rustique. Pline le jeune, escrivant

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à ce propos, à son amy Fondanus, dit n'avoir fait, dit, ni ouy en sa petite mestairie de Laurentin, chose qui luy ait despieu : vivant, en ce lieu, sans crainte, sans passion, sans tourment d'esprit, et sans avoir la teste travaillée des bruits et nouvelles de la ville. La conclusion de Menander, que tout ainsi qu'à l'homme qui tend à bien faire, hait les vices, un héritage moyen, qui le peut nourir, luy doit suffire : ainsi celuy qui combat pour la vertu, et veut vivre sans reproche, doit, pour le peu de temps qui nous est preste, laisser les charges et offices pour mieux vivre en repos d'esprit. Un jour que Lisander alla faire la révérence et saluer Cyrus, ce grand Roy des Perses, s'esmerveillant des beaux et excellents vergers et jardins qu'il vit, de l'ordonnance et plant d'arbres de toutes sortes, et le gueret très bien charrue ', s'enquerant qui en estoit l'ouvrier et operateur. Cyrus respondit que c'estoit luy mesme, et que de sa propre main il avoit dressé et accoustré le tout. Lors regardant et contemplant Cyrus, vestu à la Persienne, en poupre et drap d'or, dit que la renommée de luy estoit véritable ayant assemblé la vertu et industrie à sa grandeur. Seneque aussi raconte de Servilius Vaccatia, homme de grand race, qui ne fut cogneu par autres tiltres et enseignes, que d'avoir vescu toute sa vie en sa mestairie, près la ville de Cumes. EtTite Livedit, que les Romains empeschez pour le siège oii Quintus Minutius, General de leur armée, estoit fort oppressé et à destroit^, résolurent envoyer quérir un vieil Ca-

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