‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 204 sur 219 · Couards · texte numérisé non relu

Couards

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vertueux, rudes aux meschans et sur tout faisans justice à leurs subjects, les aimans et traictans doucement comme vous, Monseigneur, estes réputé par tout ce royaume comme un vray patron et exemplaire de vertu, oh se doit conformer et rendre toute notre Noblesse, le prenant du plus grand jusques au plus petit. Que s'il plaisoit au Gentilhomme et homme d'Eglise combatre entre eux d'une saincte jalousie à qui mieux feroit et diroit aux paroisses oi!i ils sont (car quelque chose qu'il en soit, l'exemple est le seul gouvernement du peuple, lequel est tout tel que son supérieur) semble que Dieu nous deschargeroit de tant de maux et calamitez que nous portons. Je confesse et ne se peut nier que petit à petit beaucoup de gens ont entré et se sont fourrez parmy les nobles, les uns par une entresuyte et multiplication de robes longues en leurs familles, estimans par telles qualités fqui ne sont que privilèges et exemptions personnelles, et durant la vie seulement) estre le vray moyen de gagner pays, et estourdir la vérité, les autres par s'entremettre aux affaires des grands, et ainsi petit à petit se substraire et desrober du commun populaire : Le grand Roy François en son Edict des Légionnaires veut qu'un Soldat ayant bien faict soit rescompensé d'un anneau d'or, que selon la continuation de ses vaillances il monte de degré en degré, jusques à estre Capitaine: mais encore cela est esteint par sa mort; et s'il veut rien faire pour sa postérité il doit prendre lettres du Roy à cest effect fondées sur la valeur de son corps, comme sont telles vieilles lettres d'ennoblissement, données anciennement par les princes de ce pays, tousjours fondées sur les prouesses et faicts d'armes des impetrans et non sur autre cause. Si par l'issue de ladite nouvelle Coustume, qui se doit faire, estoit supplié au Roy qu'il fust aussi procédé à nouvelle reiormation des gens nobles non par compères et commères, ains loyaument et sans

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abus, s'en ensuyvroit quatre grands biens, Le premier que le pauvre peuple n'auroit tout le faix des tailles à porter, ains seroient de la mesme partie avec eux, ceux lesquels depuis cent ans ont contrefaict les nobles au moyen des actes et collusions domestiques et quelques pauvres Damoiselles qu'ils peuvent avoir eu en leur maison. Le second seroit occasion de descharger la conscience de telles personnes malheureuses et mauvaises, qui oublians et d'où ils sont et qu'ils sont, font perdre le droit appartenant à leurs enfans en leurs successions, leur faisant croire qu'ils sont descenduz de l'assise au Comte Geoffroy, et que l'aisné doit avoir et recueillir le tout de la succession. Le tier, que les maisons nobles qui sont les arcs boutans et forteresses de ce Duché tout maritime et subject au hazard et incursions estrangeres, n'iroyent pas si aisément entre les mains des gens du tier estât, comme elles ont accoustumé : aussi que Testât de la marchandise le plus innocent et libre de tous, qui est le quatrième, cesse au moyen que les enfans estans chargez de gros offices, délaissent le trafic, voire jusques à desavouer à peu près leurs pauvres pères. Ceux qui veulent brouiller et disputer, feroient volontiers en cecy (à fin que tousjours tout fust confondu et que la vérité ne veint jamais en avant) comme fist Herode ce meurdrier signalé et infâme, lequel brusla les papiers et registres où estoient contenuz les races et familles des Hebrieux, estimant par là réduire leur estât à equalité et qu'on eust pensé que ses prédécesseurs eussent esté de quelque granci tribu et race, combien qu'il ne fust qu'un vilain, et filz d'un Marguillier du temple d'Apolo. Les Romains gardoient curieusement (.comme dict Capitolinus en la vie de Marcus Antoninus surnommé le Philosophe) que les conditions et estats n'eussent enjambé les uns sur les autres. Et dit que ledit Empereur Antonin publia une Ordonnance par laquelle estoit commandé à

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toutes personnes déclarer par devant les Greffiers de quelles conditions et races ils estoient,à ce que cela tint lieu de preuve à l'advenir pour les qualités du peuple. Si telles choses estoient effectuées en cedit pays seroient abbatus tout d'un coup les plus grands procès qui y soient, principalement pour le partage des nobles. Et d'autre costé si messieurs les flcclesiastiques tenoient ordinairement le peuple en haleine par exemple de bonne vie, et sainctes prédications, luy remonstrant le jugement de Dieu contre les contempteurs de ses commandemens, qu'il faut mourir, et rendre compte de toutes noz actions devant sa divine majesté, pour certain une autre grande partie desdits procès tomberoit d'ellemesme. Ce sera quand il plaira à nostre Seigneur, et cependant et attendant ce qu'il lui plaira nous départir en ces piteux et difficiles temps oii nous sommes, je le suppliray qu'il lui plaise par sa bonté infinie vous donner, Monseigneur, accomplissement de vos bons et saincts désirs, et que je demeure à tousjours en vostre bonne grâce et faveur. Escrit à vostre hostel de la Herissaye, ce premier jour de febvrier 1 576.

Par vostre très obéissant serviteur,

NOËL DU FAILL.

Du F ail II 2J

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