‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 205 sur 219 · SUR LA CORRUPTION DE NOSTRE TEMPS · texte numérisé non relu

SUR LA CORRUPTION DE NOSTRE TEMPS

Chacun parle de Dieu, et sçait que la vengeance De son bras criminel, suit de près nostre offense : Mais ce sçavoir pourtant ne nous donne terreur. Ainsi qu'il le faudroit, pour laisser nostre erreur.

Je vay aux lieux plus saincts et quelquefois escoute La voix qui faict trembler de nos temples la voûte, Qui ne nous meut en rien, non plus que les rochers Le sont aux cris aigus des déplorez Nochers.

Car l'usurier est là de nos biens la sangsue, Qui void monté en l'air nostre maistre qui sue, Détestant son péché : qui ne laisse pourtant D'aller sur interests, interests augmentant.

L'assassin y survient l'ennemy de nos vies. Contre qui ce prescheur arme mille furies : Qui cache neantmoins le poignard dans la main, Pour, embrassant quelqu'un, lui planter dans le sein.

L'impie est tout auprès, l'ennemy de nos âmes, Contre qui ce docteur allume mille fiâmes ; Qui ne délaisse pas de couver dedans soy Quelques poincts monstreux encontre nostre foy.

Et ce mesme prescheur, lequel ainsi fouldroye. Qui nous faict de la mort et de l'enfer la proye, Souvent a de coustume encor qu'il dise bien. De ce qu'il va preschant, ne faire du tout rien.

Du Han l'oracle sainct, non de nostre Bretaigne, Mais de tout l'univers que cet Océan baingne, Hélas ! combien de fois estant à ton Launay, M'as tu veu souhaitter n'avoir point esté nay ?

Page 1