Adressé à Jean du Han
Appendice. ^87
Nay en ce meschant siècle, en ceste aage ferrée, Où nous voions au ciel la vertu resserrée, Sans que tant seulement l'umbre de ce beau corps A nous umbres des dieux, paroisse icy dehors ?
Encor que ta maison soit le plus vray modelle Que nous aions çà bas d'une maison tresbelle, Et que par ce moien tu dois bien estre autant De ce sort malheureux qu'aucun homme contant ;
Si as tu souhaitté trouver une province Ou comme dessus nous le vice ne fust prince. Ou on ne donnast point aucune authorité, Sinon à la vertu, et à la vérité.
L'Arabe d'usurier seroit lors pitoyable.
Le Corsaire assassin auroit le cœur ployable, Le mescreant douteux à Dieu se rejoindroit. Et l'éloquent prescheur feroit ce qu'il diroit.
Quant aux autres estais, les hommes de justice, Du profond de leur cœur, banniroient l'avarice : Les nobles pourchassants la reformation.
Ne seroient tenaillés d'aucune ambition.
Les parjures marchants n'auroient en leur langage Vous en paierez ceci ou cela d'avantage. Il n'y auroit qu'un mot, comme il n'y ha jamais Qu'une vérité seule en :ous nos dits et faicts.
Il me souvient un jour que Bernard ce preud'homme S'adressoit à Barbaye, afin de sçavoir comme Provenoit ce desordre, attendu qu'autre fois Nous n'estions si meschans du temps du grand François.
Et qui plus l'estonnoit, qu'il y ha tant d'offices Tant de nouveaux estats, tant de nouveaux supplices, Pour punir les mesfaicts qui n'estoient en son tans, Qu'il failloit noz péchez estimer bien plus grans.
Et Barbaye nostre amy, lequel a la science De tous les bons autheurs, avec l'expérience, Jettoit tout sur les grands, comme sur ceux qui ont De leurs pauvres subjects, le patron sur le front.
Et, comment ? disoit-il, le Prélat qu'il fault suivre, C'est cestuy là qu'on voit plus debordeement vivre :
388 Appendice.
Le noble magistrat ordonné de là hauli,
C'est celuy d'entre tous qui communément fault.
Reformons tout cela, et qu'on voie le Prebstre, Exemple de bonté estre tel qu'il doit estre, Charitable, dévot, hospitalier, et saint : Dieu sera vivement de nos âmes emprainct.
Que le noble en après doucement se comporte, Et que pour la faveur de l'espee qu'il porte. Comme petit tyran ne mange son vassal; C'est le second moien pour trionfer du mal.
Ce noble, mon du Han, comme prudent et sage, Soubs un chesne sera juge de son village, Appaisant un chacun, punissant les excès, Et vuidant leurs debatz sans forme de procès.
A dieu, si cela est, cette trouppe pourprée, Qu'on void administrer la justice sacrée Dans les palais dorés. A dieu les Avocats, Les offices nouveaux et les nouveaux estats.
Quoy donc ! dira quelqu'un, que servira ton livre, Ton recueil des Arrest qu'il ne faudra plus suivre. Quand ce beau temps viendra qu'on gardera la foy, Et le noble sera de ses subjects la loy ?
Ce sera un tableau où l'on verra portraitte.
Tandis que nous vivrons, ia faulte qu'on a faicte. Ce pendant si ton aage à le voir ne suffit, Pren ce livre tousjours et en fay ton profit.