POSTFACE - ERRATA
En terminant V Introduction par laquelle s'ouvre le premier volume des Œuvres facétieuses de Noël du Fail, je prenais l'engagement de tenir compte à la fin du second volume des communications qui me seraient adressées dans l'intervalle. Je savais bien que j'avais commis des erreurs et je tenais à les réparer, mais j'avouais surtout sur certains points une Ignorance que j'eusse bien désiré voir dissiper par de plus savants ou de plus heureux que moi. On me dira qu'il y a là un peu trop de désinvolture et que quand on s'est chargé d'une besogne il faut la parfaire soi-même. Cela est vrai, mais en bibliographie, plus qu'ailleurs peut-être, personne ne peut se flatter de tout savoir et je n'en veux pour preuve que l'abondance des questions qui sont posées chaque quinzaine par des érudits à des érudits dans cet excellent recueil que dirige si intelligemment M. Ch. Read : V Intermédiaire. Toutes n'obtiennent pas de réponses et celle que j'y ai posée à l'égard de du Fail n'a rien produit. Dois-je croire que c'est qu'il n'y a rien? Je m'en garderais bien, et si je n'étais pas retenu comme je le suis à Paris et tourmenté par d'autres travaux, je m'imagine que je trouverais quelques indications intéressantes dans les 59 volumes manuscrits intitulés : Registres secrets du Parlement de Bretagne depuis l'an 15^5 jusqu'à l'an 1765 et dans les 63 autres également manuscrits : Tenue des
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Etats de la Province de Bretagne depuis l'an 1 567 jusqu'à l'année 1786; volumes qui sont conservés, dit D. Maillet, à la Bibliothèque de Rennes.
Mais tout le monde ne peut pas aller à... Rennes. Pour ceux qui y sont, ces recherches seraient un plaisir, et si P. Levot dans sa Biographie bretonne avait agi ainsi il aurait fait sur du Fail un autre article que celui qu'il s'est borné à tirer de h Préface de M. Guichard et du manuel de Brunet.
Ce nom de Guichard renouvelle une plaie qui a été bien douloureuse à mon amour-propre. Trompé par je ne sais quel souvenir que j'ai « inconsultément « vérifié trop tard, j'ai fait de Guichard un Breton. Hélas ! Guichard était franc-comtois ! voilà donc deux lignes de mon Iniroduction, pp. i et xxiij à rayer avec une encre très-noire afin qu'elles ne reparaissent pas. Mais je n'oublierai pas la leçon, pas plus que la reconnaissance que je dois à M. Olivier Barbier qui m'a, le premier, signalé cette erreur qui fait comme il me le disait : « coup double. »
Voici un premier aveu. Est-ce tout.f* Hélas non ! J'ai encore à m'accuser d'avoir parlé de l'épître adressée à Jean du Han, en tête des Mémoires du Parlement de Bretagne. Or, il n'y a pas d'épître (en prose) à Jean du Han. Il y a une épître à Louis de Rohan, et pour que l'amende honorable que je fais ici soit sérieuse, )e me suis condamné à copier de ma main cette épître qu'on vient de lire. J'espère que M. de Montaiglon, qui demandait à pouvoir faire la comparaiscrn dont je parlais p. xxviij, me pardonnera d'avoir mal relu mes notes et pris un nom pour un autre. A part cela, comme il en jugera, mon observation était exacte. Le Discours à Jean du Han, en vers, suit, comme on l'a vu.
Par exemple je refuse d'accepter la responsabilité d'un autre passage dans lequel il est parlé de M. Larchey comme étant bibliothécaire à la Bibliothèque nationale (p. xxv). Je jure que ce n'est pas
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moi le coupable. C'est l'imprimeur, et pour qu'on me pardonne, je lui pardonne.
Dois-je donner ici, tout de suite, les autres fautes typographiques qui sont à corriger? Il me semble qu'oui. On les lira plus sûrement que reléguées après la table; voici celles qui m'ont sauté aux yeu.x : tome I p. xxix, ligne 2, lire rostre au lieu de notre ; p. 36, huitième refrain, n'avons au lieu de n'avons; p. 102 ligne 21 : l'assise au conte Geoffroi et non costé; p. 113, dernière ligne, supprimer le chiffre supérieur i ; tome II, p. loi, note, lire Ballet et non Baillet ; p. 193, ligne 7, mettre les deux points après topiquement.
Je devrais soulever ici à nouveau la question de l'orthographe de du Fail. On a vu à la fin de l'épître à Louis de Rohan que la signature porte deux /. Suivant ce que j'ai dit, cette signature pourrait faire loi si elle était, d'une part, dans les formes habituelles de la langue française, d'autre part acceptée du vivant de l'auteur. Or il n'en est rien. Sous cette forme lenom neseprésentequecetteseulefois. L'auteur a sans doute voulu faire revivre une orthographe gauloise compliquée ; mais ses amis, ses contemporains ne l'ont pas suivi, et l'un d'eux, J. H. (Jean du" Han?), qui lui adresse une Elégie en réponse au Discours sur la corruption du temps, écrit en regard même du nom ainsi contourné:
Mais ce bien eust resté comme chose incongnue
N'eust esté (mon du Fail) votre gentil esprit.
et plus loin dans deux vers qui donnent la véritable prononciation du nom (Feil) :
Et lors se souvenant de vous (docte du Fail) Ils vous remercieront de vostre beau recueil.
Je ne reviendrai donc pas sur ce que j'ai dit. Dans la nomenclature des éditions des Œuvres de du Fail je ne me suis pas trompé, mais dans ce
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qu'on peut appeler l'état civil de certains exemplaires qui ont une histoire je suis heureux de pouvoir rectifier et compléter mes renseignements au moyen de ceux qui m'ont été transmis par M. le baron James de Rothschild et par M. Potier, ancien libraire.
Il résulte de ces renseignements (que je fusionne) que sur les deux exemplaires connus des Propos rustiques de 1 547, l'un, aux deuxièmes armes de de Thou, avait été acheté par M. Brunet à la vente de sir Richard Heber rix'^ partie). Il était relié avec une Histoire de Lazare de Tormes, il a passé ensuite dans les mains de M. le comte de Lignerolles qui le possède actuellement. (V. le catalogue Brunet; Potier, 1868, n° 468.)
Le second avait été acheté par M. le baron Pichon à la même vente Heber ([""«^ partie, n° 1632). Il était relié en maroquin rouge doublé de même par Trautz-Bauzonnet. Il avait fait partie du recueil vendu chez Picard Ci 780) et Courtois (1809). Il appartient aujourd'hui à M. de Lacarelle. C'est celui qui a été payé 900 fr. (Cat. Pichon, n** 781).
L'exemplaire des Baliverneries de 1 548 vendu chez Crozet et acheté par M. Cigongne est actuellement chez le duc d'Aumale.
L'exemplaire du même livre portant le nom d'E. Groulleau vendu chez Ch. Nodier et A. Martin, mais non chez M. de la Bedoyère, est chez M. de Ruble, héritier de M. de Lurde, par lequel le livre avait été acheté.
Je ne puis mieux remercier MM. de Rothschild et Potier au nom de tous les bibliophiles qu'en consignant ici leurs utiles observations.
Quant aux indications relatives à la personne même de du Fail, je n'en ai reçu qu'une et je la dois à M. Phelippes-Beaulieux. Il est vrai que ce n'est encore qu'une conjecture. Cependant la voici.
C'est une note de M. Emile Pehant dans son excellent Catalogue de la Bibliothe(]ue de Nantes, t. I^r,
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p. 379, n° 7064. Il s'agit du sixain reproduit p. xxxiv. M. Pehant dit :
« Natalis peut, nous en convenons, signifier simplement Noël ; mais comme la ponctuation est trèsrégulière dans tout le sixain et que ce mot n'est pas séparé de Rhedona par une virgule, ne pourrait-on admettre qu'il s'y rapporte et que du Fail est né à Rennes? »
Pour ma part je ne m'oppose pas à cette conclusion qui était déjà la mienne (p. viij) et je retire volontiers la virgule.
Au dernier moment, le même savant me parle d'une étude sur du Fail faite vers 1860 par M. de la Borderie. Je regrette que le temps me manque pour faire des recherches au sujet de cette étude qui ne se trouve pas, comme le croyait M. Phelippes-Beaulieux, dans la Revue de Bretagne et Vendée.
Pour prendre définitivement congé de mes lecteurs bibliophiles, il me reste à leur présenter du Fail comme un confrère. On devait bien un peu s'en clouter à voir l'étendue de ses lectures et les citations complaisantes qu'il fait des anciens auteurs français et gaulois. En voici une preuve péremptoire que j'ai rencontrée dans la Description des nhwuscrits de la Bibliothèque de Rennes faite en 1837 P^'" ^- Maillet.
C'est un « Recueil des romans des Chevaliers de la Table-Ronde contenant Lestoire del Saint Graal, la vie de Merlin et Lancelot du Lac, » grand in-f", relié en bois recouvert de parchemin qui a été heureusement conservé.
Le manuscrit est du XIII"^ siècle et contient 272 ff.. sur parchemin en minuscule gothique à trois colonnes de 45 lignes tracées au plomb. Les lettres historiales sont de couleurs variées et rehaussées d'or, ce qui fait un magnifique exemplaire. Suivant une note de P. Hevin, ce manuscrit a dû appartenir à la famille de Montbourcher, l'une des plus anciennes et des plus illustres de la Bretagne, avant d'appartenir à du Fail qui a écrit sur le premier feuillet cette note :
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« C'est la conqueste de sainct Greaal 'qui est à dire une Ampoule ùu phiole plaine dhuile) escrite sept cens dyx sept ans aprè^ la passion de Nostre Seigneur.
« C'est bien contre ceulx qui ont osé escrire que la langue françoise dont nous usons n'est que depuis seix cens ans en ça, aussi qu'elle est e.Ktraite du latin comme les langues italienne et hespagnole ausquels lieux les romains ont commandé près de cjnq cens ans. Quant à la langue gauloise, elle reste seulement en la Basse Bretagne armorique et au païs de Cornouaille en Angleterre.
)) Le Fol n'a Dieu 1 578. »
Je devais signaler le rapprochement entre cette note et les passages analogues des Contes et de l'épître à M. de Rohan.
Qu'il me soit permis maintenant de remercier la critique en général de la bienveillance qu'elle a témoignée à cette édition du vieux conteur breton trop oublié et nominativement MM. E. Deschanel,P. Boiteau, de Lescure, André Lefèvre, Francisque Sarcey, L. Asseline, Loredan Larchey, Eug. Asse, Maxime Gaucher, P. Bellet, Emile Mermet, G. Brunet, A. Desprez, Phelippes-Beaulieux, Firmin Boissin. Quant aux juges qui ont voulu garder l'anonyme ou dont les arrêts ne m'ont pas été notifiés, qu'ils veuillent bien se faire eux-mêmes la part qu'ils pensent mériter dans la reconnaissance de l'annotateur.
Cet annotateur sait apprécier son rôle et la façon dont il l'a rempli. Il est modeste. Il se rend justice et avoue qu'on peut faire beaucoup mieux qiril n'a fait. Il espère cependant que ceux qui éditeront après lui Noël du Fail — et de nouvelles éditions ne tarderont pas à paraître — ne le jugeront pas plus sévèrement qu'il n'a jugé lui-même son prédécesseur. Entre éditeurs, curieux, travailleurs et chercheurs, i! faut être indulgent. Personne n'est aussi savant que tout le monde et tout le monde n'est guère savant.
10 septembre 1874.