Chants et roulades
6. Saisit. Notre mot empoigner pour émouvoir violemment a à peu près la même force.
7. Histoire du très-vaillant, noble et excellent chevalier Tristan, fils du roy Meliadus de Leonnois, roman imprimé vers la fin du xv" siècle, mais qui est plus ancien.
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cy sous le desespoir de sa Cassandre ' se voulust confiner, et rendre en la plus estroite observance et hermitage qui soit sur le Montferrat : et l'autre laissant son Yseult -, se fourrer et jetter aux depiteuses poursuytes de la beste Glatissant. J'ay leu qu'à Thebes l'image de Pindare ne s'y vid , trop bien celle de Cleon musicien, qui par Alexandre ruynant la ville fut reveremment défendue et gardée : et tant d'autres que nous tenons pour cogneus, tous enfans d'ApoUo et des neuf Sœurs, ainsi maistrisans les volontez, les passionnans quand bon leur semble, ne faisant estât pour ce coup de ceux qui esmeuvent en chatouillant seulement les grosses et lourdes aureilles, n'esbranslans en rien, ny tastans le vif d'un esprit bien reposé, ne la capacité d'une ame saintement affolée de l'amour et cognoissance du plus haut. Cela, dit Eutrapel, doit aller et estre entendu de temps en temps, d'âge en âge, et de postérité en postérité : car le peuple de jadis s'estonna, et eut en horreur et estonnem.ent tout esmerveillable, les premiers seuls traits de musique et chansons, qu'il ouyt ravauder sur deux meschantes harts d'osier, tendus au rond de quelque vieille teste de cheval, au moyen duquel nouveau plaisir se laissa conduire un je ne say quel Orpheus, qui se vantoit par telle harmonie, traîner mesmes les roches après luy. Et se dit qu'aux enseignes de
1 . C'était la maîtresse de Ronsard. V. les Œuvres complètes de P. de Ronsard, publiées par M. Prosper Blanchemain dans la Bibliothèque elzevirienne.
2. Yseult est la belle de Tristan. Le comte de Caylus à la fin du xviii" siècle a remis à la mode Tristan et Yseult.
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sa harpe, il entra aux Enfers, et y fit bonne chère, trompa et endormit le portier (les Diables estoient encore à leurDonat ', sansestre émancipez) et avec les non ouyes chansons acheta, puis bastit mille immortalitez à sa mémoire, jusques aux derniers des hommes. Sa harpe à à la vérité, et au sens allégorie, estoit de quelque escorce de cerisier, et deux ou trois filets et cordeletes de queue de cheval, ou sept pour le plus, ainsi que Boece en ses musiques 2, et Macrobe aux rêveries de Scipion 3 le tesmoignent. Est à croire que par tel et nouveau frétillement d'esprit il menoit telles vieilles bandes d'hommes subornez et persuadez du premier jugement et veue de telle marchandise meslee, branlans et vivans encore de gland et battans les noyers à outrance, cuisans des pommes aux cendres, et gambadans à esteinte de chandelle sous les arbres : comme font nos gueux, vrais nourrissons, patrons, imitateurs, et singes de ceste antique oysiveté, eljacientes (comme disoit maistre Jean l'Anglois, qui vingt fois l'an lisoit l'Institute à Angers) canes post lapides, quand nos Bretons ont descouvert premiers la terre de Canada 4 (les Portugais se veulent faire croire
1. A leur premier livre, écoliers. La grammaire latine de Donat était comme notre Lhomond.
2. Le De consolatione philosophi<£ de Boëce a fait complètement oublier son traité sur la musique qui se trouve cependant dans la seule édition complète de ses Œuvres, Baie, 1 570.
3. In Somnium Scipionis cxpositio, le principal ouvrage philosophique de Macrobe.
■4. Le Canada a été exploré par Jacques Cartier à deux reprises-, mais contrairement à l'opinion de du Fail, il n'a
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le contraire, mais ils se trompent) qui est hors la Ligne des anciens Cosmographes, illec pour leur plaisir battans un bacin, ou quelque meschant tabourin '^faut il point tambour ', suyvant la reformation dernière?) ceste barbare et nouvelle gent, et tels nous appelloient ils aussi, regardant ce son non accoustumé d'un œil estonné et hagard, s'est cachée derrière un pied d'arbre en demye veuë, pour entendre quec'estoit : les autres grimpé et monté sur une haute roche, couchez à dents et sur le ventre : autres plus hardis entre crainte et demie amytié se sont présentez sous la portée de l'harquebuse, qui est de cent pas ou marches, (comme vous, Seigneur Polygame, le fistes esprouver en la prairie sainct Georges de Rennes, mil cinq cens cinquante sept) de façon que ce vénérable frapeur de bacin leur est en ce jour comme un autre Orphée, et en orrez à cent ans d'icy (je vous y convie) de belles et bien joyeuses Moralitez : se diront les Princes et Seigneurs d'icelles terres issus du sang de Jaques Cartier ^ Breton : et Robert Val 5 Gascon, entrepreneurs d'icelle
point été découvert par ce malouin célèbre. Ce ne serait pas davantage par les Portugais, mais par les Italiens Giovanni et Sebastiano Gabotto, appelés par nous Cabot, que cette découverte aurait été faite. L'étymologie portugaise aca riûda, ici rien, n'a aucune valeur.
1 . Notons encore cette date comme extrait de naissance du mot tambour, qu'on disait jusque-là tabour.
2. Malgré ce que nous avons dit dans une note ci-dessus, Jacques Cartier n'en fut pas moins le premier qui visita sérieusement ce pays. Il a écrit un Brief récit et succincte narration de la navigation es îles de Canada, Hochelage et Saguenay, Paris, 1545.