‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 59 sur 211 · Petite monnaie de 10 deniers taxée plus tard à onze · texte numérisé non relu

Petite monnaie de 10 deniers taxée plus tard à onze

92 Propos rustiqjjes

aussi la bourse. Hervé le Rusé portoit la broche pour le lard, neantmoins qu'aucuns me ayent dit que c'estoit Colin Bridou(a); c'est tout un qui ce fut, cela ne sert de rien. Ainsi bien enharnachés, marchèrent longuement bien eschauffez, chantans une chanson que maistre Pierre leur apprenoit comme de sa façon (b) pource que très bon estoit rimasseur, etestoit voluntiers appelé à tous jeux qui se faisoient. Trouvèrent d'aventure, au delà du pastiz de Rollard, Mistoudin du village de Flameaux, venant mener ses chevaux boire du gué de Vede ou de Bellouse : car ce jour estoit venu de Larringues, où avoit mené une charretée de fagots à Robin Turelure, et plus tost ne les eust seu abreuver. Maistre Pierre estoit devant, qui va cognoistre ' Mistoudin, l'un de leurs mignons (c) de Flameaux, luy disant assez haut : Ha! Dieu te gard, or çà, compaing, donne nous Haguillenneuf. Par ma vie, respond Mistoudin, Messieurs, icy ne vous saurois rien donner, car je n'ai pas mon Baudrier; mais s'il vous plaist venir jusques à ma maison, Perrine trouvera quelque cas pour vous donner, par ma foy et avec cela boirons. Sainte Marie (a) (dist maistre Pierre, ne demandant qu'occasion de frapper) et veux tu nous envoyer à une lieue d'icy pour un lopin de lard? Par la mère Dieu! je t'apprendray à railler les garçons, et menger les poires

a. Var. : Garguille.

b. Var. : Une chanson bien mélodieuse que maistre Pierre leur apprenait, que luy mesmes avoit bastie.

c. Var. : Gallans.

d. Var. : Sainte Grigne!

i . Au-devant de.

ET FACECIEUX. 93

aux gens qui ne te demandent rien. En ce disant, luy bailla un coup de couteau par les cheveux, qui descendit sur le bras dextre, auquel l'eust vilainement endommagé si le manche du fouet n'eust tins1 coup. Mistoudin, voyantque maistre Pierre vouloit répliquer et ne lui suffisoit le premier argument, commença à piquer de la bote et donner du talon à sa jument, et vie2 regardant s'ilz le suivoient. Les Vindellois passèrent outre . en riant. Mistoudin, jurant et protestant qu'il s'en vengeroit, gallopa tellement, qu'il arriva à son hostel hors d'haleine, et peu s'en fallut qu'il n'eust dronos par sa femme ?, pource qu'elle disoit que les soupes estoient trempées y avoit bien une heure, et qu'il ne se pouvoit garder qu'il ne la veist ou ramenant ses vaches ou allant à la fontaine, le meschant; et qu'elle vouloit bien qu'il entendist qu'elle estoit aussi belle et en bon poinct comme elle ; mais que c'estoit grand cas que la fantasie des hommes. Le povre Mistoudin, s'excusant, disoit qu'il n'estoit pas vray(fl) et que jamais n'y songea, quelque chose que dist Margot la haslee, maudite et malheureuse mastine et la plus mauvaiselanguevraiment qui fust à un trait d'arc, et qu'elle seroit bien courroucée si elle ne tenoit toujours quelcun en ses caquets. Lors le povre homme, revenu en son bon sens, lui conta de fil en aiguille toute l'affaire, le tout en plourant à grosses larmes. Au moyen

a. Var. : Que, ce m'aist Dieux, il n'estoit pas vray.

i. Retenu, paré.

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