‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 60 sur 211 · S'en va ; de via · texte numérisé non relu

S'en va ; de via

j. Avoir dronos c'est recevoir, faire dronos, c'est donner des coups. L'expression est angevine et languedocienne.

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desquelz pleurs fut excusé; neantmoins qu'elle dist que c'estoit bien fait, et que c'estoient d'aussi bons gallans comme lui et qu'il falloit qu'il leur tinst grands propos, et qu'il ne falloit qu'une mouche pour l'amuser une heure d'horologe. Mistoudin, n'en songeant onc moins, dit qu'il s'en vengeroit ou mourroit en la peine, et que s'il souffroit cela il en endureroit bien d'autres; et sur ce poinct, et en colère, voire qu'il ne daigna onc souper, envoya quérir son frère Brelin et qu'il apportast son baston à deux bouts; lequel à grand haste fut tantost venu, et, bien eschauffé, en entrant demanda qu'ilyavoit, quoy? comment? où sont-ilz? qu'est-ce? Par le sang dé, s'ils ne sont plus de sept, laissez les; hon, hon, ventre saint Gris! Serpe Dieu(d)1, que n'est il guerre ! Sur mon Dieu (dist Mistoudin) tel cas et tel, par tel moyen et par tel. Regardez? mais toutesfois, si est ce pourtant, vous devez entendre, nenny. Et ce pendant lui contoit toute l'affaire, y adjoustant et diminuant comme un homme qui conte quelque querele, et là où il est plus favorit, donne plus de couleur et rend la cause meilleure. Lui dist outre, qu'il estoit délibéré s'en venger par un moyen qu'il luy diroit, mais qu'il fust assis et à son aise, et qu'il lui pardonnast s'il estoit Hen 2, car trop estoit fasché de l'offense. Rien, rien (dist Brelin ayant un peu haulsé son chapeau) contez, contez, tout : tu

a. Var. : Ventre saint Quenet.

i. Devenu Sarpejeu.

2. Hem! accès de toux destiné à remplacer ce qu'on ne peut ou veut dire.

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bieu, le bon sang nepeult mentir. Par saint Just, ceux de Vindelles ne gaignerent rien à nous faire tort. J'espère (si mon baston que voicy ne me faut) qu'ils n'en feront pas plus avec nous. Par ma conscience (fist l'outragé) j'ai advisé que vous et moy leur donnions la chasse, la raison à la main : pource qu'ils passeront par sus la chaussée de l'estang de Huchepoche, où il y a (comme savez) une planche au milieu à cause de la chaussée rompue, entendez-vous? Poulsez, poulsez, dit Brelin. J'entens etau delà. Au moyen de quoy (poursuivoit Mistoudin) je seray au bout de deçà, vestu en un linceul comme un homme mort, ma faux en la main et pour cause. De vous, vous serez à l'autre bout caché près la planche. Or, ces Vindellois, mesmeschans, infailliblement passeront par là, car où diable iroyent ils se détourner jusques à Jauze? Et deslors qu'ilz seront tous passés la planche, vous osterez sans mener bruit le quarreau. Alors qu'ilz seront auprès de moy, je me leveray, ma faux en la main, vous asseurant que, de la seule grimace que je ferai, ils auront si belles vezardes ', que, s'ilz ne s'enfuient, appelez moi Huet2 ; et le beau

i . Peur, venette.

Gaster. Hardiment ! il a eu belle vezarde. Comme il joue de l'épée à deux pieds. (Les Néapolitaines, comédie de François d'Amboise, 1584. Ancien théâtre franco is.)

2. Huyer en picard voulant dire crier avec force, M. Littré peut donner avec raison cette étymologie à huer. Mais, en picard aussi, huyho était un terme injurieux qui désignait le mari malheureux. Appelez-moi Huet, dans le sens à'huyho, locution usitée pour dire : Méprisez-moi si je ne tiens pas ma parole, a très- bien pu donner naissance au mot huer.

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du jeu sera qu'ilz tomberont tous dedans celle fosse, ou y a encore de l'eaue pour seicher leurs brayes. Et après de la peur, ayans laissé leurs hardes, nous aurons poches et sacs, et par ce moyen je seray vengé. Regardez si je dy bien, car la colère me feroit possible entreprendre chose dont je nepourrois venir à bout. Rien, rien (dist sa femme) vous n'estesqu'un sot; faites cela, et sur mon honneur vous en trouverez très bien \a). Rrelin, contrariant, disoit de bon (b) vouloir y aller seul, et de donner le choc à toutes restes, quoy qu'il en deust advenir. Neantmoins, le tout meurement et avec une sage et discrette délibération enfoncé, fut conclue! et arresté le premier propos; et après avoir beu une volte, prindrent leur équipage et s'en allèrent audit estang, où chacun se meit en son lieu arresté (c) (par serment preste sus la faux de Huguet) les receurent en magnifique apparat et comme ilz le meritoient pour venger ceste injure tant atroce. Je les laisse là attendans ces messieurs d'Haguillenneuf, semblables à Guillot qui, estant caché derrière un buisson, au soir, attend Marion qui vient de quérir ses vaches, douteux si elle luy refusera ce dequoy elle a esté par luy souventesfois importunée. Long temps ne furent attendans, qu'ilz ouyrent les Vindellois qui s'en venoient bien hardez et fasquez ', jazans d'une haute sorte, mesmes de Mistoudin, et qu'il avoit d'Ha-

a. Var. : Vous vous en trouverez bien.

b. Var. : Disoit vouloir ...et donner.

c. Var. : Résolu.

i. Fasque veut dire poche, d'où fasquê, avoir les poches pleines.

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guillenneuf; et de ce louoient fort maistre Pierre, luy en donnant l'honneur sans en rien reserver; lequel glorieux de ce (se frotant le bout du nés, faisant bonne morgue) (a)1 disoit qu'il en avoit bien veu d'autres et de meilleure estoffe; car quand il estoit à Breudebach, ville de Utopie, il en faisoit bien des siennes, neantmoins qu'on avoit rapporté au pais que la vieille Jeanneton luy avoit donné un soufflet ; mais (ce disoit il) elle l'avoit prins en trahison, et que bien luy estoit d'estre femme, car autrement il l'eust escorchee. Et comme ilz furent près de l'estang, maistre Pierre, prié par aucuns qu'il feist quelque honnesteté de son espee, commença à monstrer certains points d'escrime, et tous mortelz, disant : Ce faux montant est dangereux avec une soudaine desmarche à costé, ou bien en entrant d'un estoc volant, ou si vous voulez d'une basse taille, car jamais fendant ou revers ne vous sauroit toucher, pource que vous estes toujours couvert2. Voylà pour se battre à trois, tenez? autant d'une main que d'autre; voylà le secret du jeu, et seulement tenez là vostre espee, disant, je ne vous demande rien, vous n'estes point en danger. Vous me pourriez dire que je faulse mon serment, point, point. Je ne dis pas

a. Var. : Pipee.

i. Faisant le brave, narguant.

Que font tous ces vaillans de leur valeur guerrière, Qui touchent du penser l'estoile poussinière, Morguent la destinée et gourmandent la mort ?

Régnier, Satire 6.

2. L'édition de 1549 ajoute ici : Voylà un coup dequoy on ne donne remission.

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tout, il y a encores en ce bras là une douzaine de coups, desquelz le moindre mettra toujours un homme par terre, et fust il armé de pied en cap. Voylà (disoit il), la levée du bouclier de I'espee seule, et de l'espee baise mon cul à deux mains; voylà le moulinet qu'on a açcoustumé de faire ; et tout cela. Maistre Pierre, estant au bout de son savoir, cessa son jeu, et le premier estant sur la planche, dist qu'on nesehastast, et que le lieu estoit dangereux, et que maudit fust il qui le devoit raccoustrer. En fin ayant tous passez aidans l'un à l'autre, Brelin, qui s'estoit caché, ne faillit à jouer son personnage, et après avoir levé le quarreau qui faisoitla planche, se remit en son lieu pour voir le passetemps, et neantmoins qu'il fust grandement fâché de l'outrage fait (a) à son frère, toutesfois si rioit il tant fort que peu fallut qu'il ne fust ouy de partie averse. Mistoudin l'offensé voyant le poinct commode, commence à soy lever, peu à peu, faisant la roue à ce requise, et pour le froid qu'il avoit naquettant ' des dents, qui donnoit à la farce une couleur merveilleuse, tant que ces gentils messieurs le pouvoient facilement appercevoir. Maistre Pierre en sursault, comme le premier choisit ce fantosme, et de la peur qu'il eut laissa choir son espee pour gagner le haut, et le reste à qui mieux mieux, criant à l'ayde, adverbia localia, et pour mieux courir, laissèrent Tabourin, Broches, Poches, Lard, pièces de Bœuf salé, Jambons, Oreilles, Pieds, Andoilles, Saucices, et

a. Var. : Faite.

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