‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 9 sur 211 · Sur les reins · texte numérisé non relu

Sur les reins

4 Propos rustiques

battre, long temps après ne curent : parquoy, qui aroit la masehoire d'une asne estoit bien armé. En ces combatz les plus forts avoient l'avantage, au moyen duquel lesfoibles estoient contraints faire entre deux aux cavernes, et se séparer pour le mieux : car la trop grande familiarité commençoit desja estre envieuse. Autres se retiroient plus loing sculz avec la seule, pour s'acquérir privement, ne remettans plus rien à la sus mentionee comunauté. Au moyen dequoy ceci fut tant démené, et avec le tems tellement continué, que les plus forts commencèrent à subjuguer et mettre en crainte les plus petitz et abaissés, prenans une merveilleuse superintendance sur eux. Quoy voyans, esleurent un d'entre eux par commune voix plus robuste, plus sage, et hault à la main, pour leur conducteur , leur souverain maistre, en qui Hz sçeussent se reposer de leurs négoces privez (car ja commençoient Republiques et affaires politiques à s'administrer), et recourir si aucun schisme ou différent s'eslevoit entre eux. Quel maistre, ou supérieur commença à les gensdarmer, les leurrer, les veiller, mettre aux champs, au monde, tellement que se voyans plus rustres et plus gallands , que les autres, non contents de leurs propres limites, usurpoient sur le territoire et voisinage prochain par continuelles courses. Et en ces {Dieu sçait) bien dressées escarmouches s' entreprenaient, comme voyez qu'on fait aux barres, et le pris {dequoy est descendu la Prison, le Prisonnier, le Geôlier et la suyte) estoit retenu en perpétuel servage, comme un Coquin, un Maraud, un Belitre. Mais afin que ce maistre Gouverneur fust recongneu comme principal et plus eminent, luy donnèrent, par commun advis, chacun

ET FACECIEUX. $

partie de son butin ou conquest, en signe de recongnoissance, par ce moyen se rendans à luy tributaires. Toutesfois, voyans que le proufit particulier commençoit à avoir lieu, à d'aucuns relaschoit cette rente, ou devoir : car devant que entrer en bataille, promettoit au mieux faisant, ou plus hardi assailleur, plus robuste combatant , à celui qui plus vivement estonnoit son ennetny, et quoy? ceste exemption ou immunité des devoirs susditz deux pour la supériorité. Lors y avoit presse, qui premier seroit au reng, qui le premier feroit brèche, le premier [seroit] ' à l'enseigne. Par ce moyen, tendans tous à un mesme but, et d'une pareille émulation, le plus souvent demeuroient vaincucurs ou, quand pour leur bien fait rien ne leur eust été proposé, Hz se fussent attenduz les uns aux autres, au grand interest de leur propre salut. Cette exemption ils appellerent Noblesse (comme la première chose qui leur vint à la bouche, la mode d'adoneques d'imposer à signifier2), à cause que par leur hardiesse et brusque adresse aux armes (postposans toute crainte de mort) ils acqueroient ce que aux autres, qui avoieni tourné le dos, gagné le hault i, ne s'estans mis au hazard, estoit vilainement dénié. Au moyen dequoy ces anciens Carthaginiens autant d'anneaux donnoient à leurs soldait [gens sagement recongnoissans les biens

i. Mot qui est dans l'éd. de 1549 et n'est plus dans les éditions postérieures qui ont copié celle de 1S48.

2. Phrase assez peu claire mais qui veut dire que le hasard seul imposait alors aux mots leur signification. Le bon du Fail n'avait aucune raison de prévoir de si loin l'avénemer.t de la philologie comparée.

Page 1