‹ ŒuvresChapitre 101 sur 128 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

époux et votre père. Écoutez le touchant récit de ce qu'il a fait pour moi.

Alors, malgré les instances de Méril, Raimond raconte que, la nuit de son arrivée à Maguelonne, des pirates catalans vinrent surprendre et piller la ville. Éveillé des premiers, armé seulement d'un bâton, Raimond se défendit long-temps : mais, accablé par le nombre, il fut blessé , chargé de chaînes, ettrainé dans les vaisseaux des vainqueurs, qui repartirent au point du jour. On le conduisit à Barcelonne, où, après sa guérison, les pirates mirent un si haut prix à sa liberté, que le généreux Raimond résolut de rester dans Fesclavage, plutôt que de causer la ruine de sa femme et de sa fille en leur faisant savoir son infortune. Résigné à tous les malheurs de sa destinée , il était matelot sur les vaisseaux ennemis , et se reposait un jour sur le rivage de la mer, quand il vit paraître Méril.

Méril, après avoir cru Raimond tué , après nous l'avoir écrit , avait fait vendre ses biens de Lézan pour aller s'établir en Roussillon. Là, instruit par des prisonniers que Raimond était captif à Barcelonne, il y courut avec sa fortune. Cette fortune devint le prix de la liberté de Raimond. Le vertueux Méril regarda ce jour comme le plus beau de sa vie. Plus heureux de sa pauvreté qu'il ne le fut jamais de ses ridiesses, il avait repris avec son ami

la route de Massanne, où ils venaient d'arriver.

Raimond pleurait en faisant ce récit. Il le termine en prenant la main de sa fille , et disant au bon Méril : Voilà le seul bien qui me reste ; car tout ce que je possède ne paierait pas ce que t'a coûté ma rançon. Accepte-le, mon ami, non pour m'acquitter, j'aime à te devoir, mais pour ajouter encore à ce que tu fis pour moi. .

En cet endroit , Némorin interrompit la jeune Rose : C'en est fait , dit-il , mon malbeur est au comble; j'admire et j'aime mon rival. Méril a mérité la main d Estelle. Qu'ils soient heureux ! qu'ils soient heureux ! et que je sois le seul à plaindre !

Après ce (ju'avait fait Méril , poursuivit Rose , Estelle et Marguerite sentirent bien que rien ne pouvait suspendre un hymen auquel Raimond attachait son bonheur. Ce vieillard , sans s'informer de ce qui s'était passé pendant son absence , sans témoigner ni curiosité ni mécontentement, prit Estelle en particulier ; et lui montrant sur ses bras meurtris les marques encore récentes de ses chaînes : Quel jour, lui dit-il en la regardant , épousestu mon libérateur? Estelle répondit : Demain.

Ace mot, Raimond l'embrasse ; mais voyant qu'elle palissait , il la laisse avec Marguerite , et va préparer cet hymen.

Estelle vous écrivit. J'ai brûlé sa lettre, qui

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