‹ ŒuvresChapitre 103 sur 128 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

mer. . . Au moins son dernier sentiment sera d'obéir à vos conseils. Je vais partir, ma chère Rose; je vais m'éloigner chaque jour davantage d'elle , de vous, de tout ce qui m'est cher; je vais mettre, s'il est possible, toute la terre entre elle et moi. Adieu, mon amie, ma seule amie; adieu pour toujours ; Rose, pour toujours! Ce mot m'était si doux autrefois ! qu'il m'est amer aujourd'hui ! Surtout ne lui parlez jamais de moi ; ne prononcez jamais mon nom : dites-lui seulement que je suis parti , que je vais vivre loin d'elle, me guérir peut-être de mon funeste amour, m'efForcer d'imiter son exemple, oublier Non, Rose, non, jamais, jamais I Dites-lui.... dites-lui plutôt que mon dernier soupir sera pour elle, qu'en expirant je prononcerai son nom , que toujours... Ah ! Rose, Rose , mon cœur ne me trompait pas le jour où je lui dis adieu; le sien l'avertissait aussi... Adieu, Rose, ma chère Rose, adieu, vous ne me verrez plus.

A ces mots , il se jette au cou de Rose, et la presse dans ses bras.

Cette bergère, qui de sa vie n'avait souffert qu'un berger lui baisât la main, embrassait elle-même son ami , mêlait ses larmes aux siennes , et le serrait contre son sein. Sa pudeur n'en était point alarmée : tant il est vrai que l'amitié purifie tout ce qui l'approche!

Enfin le malheureux pasteur s'arrache d auprès de Rose, et s'éloigne d'un air égaré. Rose, effrayée de son désespoir, se lève et court après lui. Elle l'appelle, le rejoint; et, résolue à ne point le quitter dans ces premiers momens de douleur, elle s'attache à ses pas.

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