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LIVRE V

Il fut bientôt réveillé par une voix douce et tendre. Cette voix , qui n'était pas inconnue à Némorin, s'exprimait ainsi :

Vous qui loin d'une amante

Comptez chaque moment,

Vous qui d'une inconstante

Pleurez le changement,

Votre destin funeste

Pour moi serait un bien : '

L'espoir au moins vous reste ;

Il ne me reste rien.

J aimais une bergère,

Je possédais son cœur ;

Mais, hélas I sur la terre

Il n'est point de bonheur :

Il ressemble à la rose, ' ' '

Qui s'ouvre au doux zéphyr ;

Le jour qu'elle est éclose

On la voit se flétrir.

L'objet de ma tendresse

A subi le trépas :

Beauté, grâce, jeunesse,

Ne la sauvèrent pas.

Je vais bientôt la suivre

Dans la nuit du tombeau :

Le lierre ne peut vivre

Quand on coupe l'ormeau. : >.

Némorin, touché de ces accens, s'avança vers le lieu d'où ils partaient. Il aperçut un berger couché sur le gazon, la tête appuyée sur sa main , et

les yeux baignés de larmes. A peine Ta-t-il envisagé qu'il reconnait Isidore , Isidore , son ancien compagnon, le premier ami de son enfance, à qui Némorin n'avait pu dire adieu lors de son premier départ de Massanne, et qu'il n'avait plus retrouvé dans ce village quand Estelle l'y avait ramené.

Les deux bergers , en se voyant , se précipitent dans les bras l'un de l'autre ; ils restent longtemps embrassés ; ils se regardent ensuite , devinent mutuellement leurs maux ; et, sans se parler, ils se plaignent.

Némorin rompit le silence. Ami, dit-il, je le vois, nous souffrons pour la même cause, Tamour... Ah ! s'écrie Isidore, ne parle que de l'amitié...

A ce mot, il se jette de nouveau dans le sein de son ami. Cependant, pressés de s'apprendre leurs peines, ils vont s'asseoir contre une baie de troëne qui s'élevait au-dessus de leurs tèles ; et Némorin commence le récit de tout ce qu'il a souffert.

Il versa des larmes, il en fit répandre. Isidore les interrompit pour raconter ses infortunes.

Tu connais mes premiers malbeurs; tu sais que, privé de mes parens dés le berceau , j'étais élevé chez le pasteur de Massanne , ce bon et sage Ca-

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