‹ ŒuvresChapitre 106 sur 128 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

simir, que les pauvres pleurent toujours, et que les riches n'ont point remplacé. 11 mourut le même jour où , pour la première fois, tu quittas notre village, Ava ut cl' expirer, il me dit ces paroles :

Mon fils, vous êtes d'un sang noble ; mais vous ne possédez rien. Votre père, mon meilleur ami, me confia votre enfance. J'ai tâché de vous inspirer des vertus : c'est le seul héritage qu'un pasteur puisse laisser. J'y joindrai pourtant ce peu d'or que j'épargnai , non sur les pauvres , mais sur moi-même. Achetez-en un troupeau si vous voulez continuer la douce vie des bergers. Si le sang dont vous sortez vous inspire d'autres désirs, allez combattre pour notre bon roi, et que votre valeur vous rende tout ce que vous ôta la fortune. Dans ces deux partis, mon cher fils, n'oubliez jamais la vertu, et songez quelquefois à ma tendresse.

En disant ces mots, il expira. Je ne te peindrai point ma douleur ; tu vois mes larmes couler au seul nom de Casimir.

Dès le lendemain je quittai Massanne, qui me semblait un désert. Après t'avoir inutilement cherché, je résolus d'aller à Montpellier demander une épée à ce jeune héros, à ce fameux Gaston de Foix, qui tenait alors nos états. Je descendis vers

l'antique ville de Sauve, je suivis les bords du Vidourle , et j'arrivai dans le vallon charmant où Saint-Hippolyte est bâti. Enchanté du paysage qui m'environnait, j'allai m'asseoir au bord de l'eau ; je m'appuyai contre un vieux saule, pour rassasier mes yeux du spectacle qui les ravissait. Nous étions alors aux premiers jours du printemps j toute la prairie était émaillée de fleurs ; les tilleuls, les lauriers, les aubépins, embaumaient l'air ; mille oiseaux se caressaient sur leurs branches; les taureaux , les béliers poursuivaient les génisses et les brebis sur l'herbe humide de rosée; le zéphyr agitait à la fois les arbres et les flots argentés. Ce doux murmure des ondes, mêlé au doux bruit du feuillage , aux accens du rossignol , aux bêlemens des troupeaux, portait dans mon âme un trouble involontaire; et j'écoutais , hors de moi, cette chanson des bergères que j'entendais dans le lointain :

Voicî venir le doux printemps, Allons danser sous la coudrelte; La nature a marque ce temps Pour que le plaisir eût sa fêle.

Ah I craignons de perdre un seul jour De la belle saison d'amour.

De l'eau qui court sm- les cailloux L'agréable et tendre murmure,

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