‹ ŒuvresChapitre 107 sur 128 · LIVRE Y · texte numérisé non relu

LIVRE Y

Le bruit si léger et si doux Du zéphyr et de la verdure , Tout dit : Craignez de perdre un jour De la belle saison d'amour.

Le pinson dans ces bosquets verts, Sur cet ormeau la tourterelle, L'alouette au milieu des airs.

Le grillon sur l'herbe nouvelle.

Chantent : Craignez de perdre un jour De la belle saison d'amour.

Hélas I hélas I ce beau printemps, Qui quelques jours à peine dure, Ne revient point pour les amans.

Comme il revient pour la nature.

Craignez, craignez de perdre un jour De la belle saison d'amour.

Au milieu de la rêverie qui occupait tous mes sens, un doux sommeil vint me surprendre. A peine mes yeux s'étaient fermés que tu m'apparus en songe. Oui , Némorin , je te vis avec ce même habit que tu portes, avec ce mouchoir de soie bleue négligemment noué sous ton menton. Tu t'appuyais sur ta houlette, tu fixais sur moi des yeux pleins de larmes.

Fuis , malheureux , me dis-tu ; fuis , il en est temps encore. Dans un instant tu ne le pourras plus. C'est ici que l'amour t'attend. Isidore, que je te plains ! tu ne le connais pas , ce redoutable

amour ; ah ! puisses-tu ne le pas connaître ! puisses-tu ne jamais sentir les maux que cause Tabsence , les pleurs que fait verser la crainte , et les tourmens de la jalousie, et les chagrins sans motif, et l'injustice des soupçons ! Isidore, mon cher Isidore , je suis moi-même un triste exemple des malheureux que fait l'amour. Tremble de devenir plus à plaindre que moi; tremble...

A ces mots tu disparais. Je me réveille aussitôt, baigné d'une sueur froide; j'entends non loin de moi des cris; j'aperçois deux jeunes bergères, pâles, tremblantes, éperdues, près de tomber dans le fleuve pour éviter un taureau furieux. Je me lève; ie vois le terrible animal bondir le \owx du rivapje, la tète basse, l'œil à demi fermé, présentant deux cornes menaçantes et jetant des flots d'écume de ses naseaux tout fumans.

Accoutumé dés l'enfance à terrasser les taureaux, je cours à lui , je l'excite, et l'animal vient à moi. Afl'ermi sur mes pieds, j'attends le moment où il baisse le front pour m atteindre; je m ('lance à ses deux cornes; et, pesant sur l'une en élevant l'autre, je le renverse sans eflbrt. Le taureau tombe et roule dans le fleuve. Au bruit de sa chute, les deux bergères se retournent. Rassurées en voyant le taureau gagner à la nage l'autre rive, elles re-

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