‹ ŒuvresChapitre 11 sur 128 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

moi... Il ne put achever. Mes compagnes me pressaient de partir : je ne lui répondis pas; mais je le regardai le plus long-temps qu'il me fut possible. Je ne m'occupai que de lui pendant le chemin; je ne songeai qu'à lui quand je fus arrivée.

Le lendemain, jour de la fête, après avoir adoré l'Éternel , tous les habitans du village et des environs se rassemblèrent sur la grande place , pour s'exercer à différens jeux champêtres. Une troupe de jeunes gens, fiers de leur âge^ de leur force , de leur agilité, se présente pour disputer le prix de la lutte , du saut , de la course : chacun d'eux paraît devoir l'emporter. Je ne m'intéressais que pour un seul; mes vœux furent exaucés. Artidore, c'était le nom de mon étranger, fut vainqueur dans tous les jeux, fut applaudi par tout le monde. Alanio, disait-on, court mieux que Silvain; Marsille est plus fort que Lisandre ; mais Artidore l'emporte sur tous. J'écoutais ces paroles , et n'osais pas les redire ; mais je faisais semblant de ne pas les avoir entendues, pour me les faire répéter.

Ce beau jour fmit. Le lendemain nous nous rassemblâmes une douzaine de jeunes filles, l'élite du village. Précédées d'une musette, et nous tenant toutes par la main, nous allâmes gagner en dansant une prairie où nous trouvâmes Artidore avec tous nos jeunes gens. Dés qu'ils nous virenl , ils

coururent se mêler à notre danse; chaque berger sépara deux bergères, et l'ompit notre chaîne pour la doubler. Alors les flûtes , les tambourins , se joignirent à notre musette : la danse devint plus vive, et mon bonheur voidut que ma main se trouvât dans celle d'Artidore. Le saisissement que cette main me causa pensa me faire rompre la chaîne. Artidore s'en aperçut, et m'enleva fortement, en me pressant contre son sein : le remède était pire que le mal.

La danse finie , nous nous assîmes sur l'herbe. Tout le monde désirait d'entendre chanter Artidore : il y consentit. Je n'ai jamais oublié sa chanson; et je vais vous la répéter, malgré les pieiu'S que je donnerai peut-être à un si doux souvenir.

Jamais nous ne verrions briller un jour serein , Toujours par la douleur l'aine serait flétrie , Si l'amour ne venait consoler noire vie , Et senier quelques fleurs sur ce triste eliemin.

Amour, l'on doit bénir les eliaines :

S! deux amans ont à souffrir,

Ils n'ont que la moitié des peines;

Et tu sais doubler leur plaisir. ,

Tl n est point de malheur pour ur. r.miuit aimé ; D'un seul mot , d'un souris , dépend sa destinée : Le sort vomirait en vain la rendre infortunée; On lui dit : je vous aime , et son cœur est calmé.

Page 1