LIVRE V
d'un (on terrible que dés demain il me conduirait au couvent d'Anduze , d'où je ne sortirais plus. Les larmes, les cris de ma sœur n'ont fait qu'allumer sa colère. Son ambition est flattée d'avoir pour gendre le comte d'Assier; et la tendresse qu'il avait pour moi est immolée à cette ambition.
Mais je n'irai point au couvent. Le trouble, l'eAVoi que j'ai ressentis, la fureur où j'ai vu mon père, m'ont causé un saisissement qui doit avoir des suites funestes. Une fièvre ardente m'a consumée toute la nuit ; ma tête et mes entrailles brûlent ; je peux à peine me soutenir. La certitude où je suis de succomber à mes maux me les a fait surmonter pour venir te voir encore, pour venir dire le dernier adieu à cette belle prairie , asile de nos amours. Mon cœur s'attendrit en la regardant ; mes larmes coulent en fixant là-bas ce vieux savde où, pour la première fois... Ah ! mon cher Isidore, emmène-moi d'ici, j'y regretterais trop la vie.
En disant ces mots, je la sens défaillir. Je la soutiens , je l'appelle ; elle ne me répond plus. Je la porte évanouie jusqu'au château, où ses femmes la mettent au lit.
En peu de temps le mal fut à son comble. Le vieux Aguzan voulut que je soulageasse Delphine dans les soins qu'elle rendait à sa sœur. Grâces à
cet ordres! cher, je ne quittai plus Adélaïde. Toujours occupé de la servir, sans cesse à genoux au pied de son lit, tandis que Delphine était au chevet, nous passâmes ainsi neuf jours et neuf nuits, versant des pleurs dés qu'Adélaïde reposait un seul moment, et composant notre visage aussitôt qu'elle nous regardait. Ah ! mon ami, que ces joies feintes sont douloureuses ! Que nous avons souffert, Delphine et moi, en cachant nos larmes sous un air riant, en affectant une espérance qui n'était pas dans nos cœurs ! La mort, la mort que nous redoutions tant pour Adélaïde, eût été cent fois plus douce pour nous que ce supplice continuel.
Cependant le vieux Aguzan, touché du danger de sa fille , avait envoyé chercher des secours à Montpellier. Le médecin attendait le onzième jour pour nous prononcer notre arrêt. Il vint, ce onzième jour : le médecin nous abandonna ; je tombai sans mouvement en le voyant partir.
Revenu à moi , j'allai prendre ma place auprès du lit d'Adélaïde. Elle ne connaissait personne ; le délire l'égarait depuis trois jours. Elle me fixa cependant ; et me regardant avec ce rire affreux qui fait couler les larmes des indifférens :
Je suis guérie, me dit-elle ; j'épouse demain Lsidore ; demain je deviendrai la femme du plus ai-