‹ ŒuvresChapitre 120 sur 128 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

vieux Rainiond , Rose et moi , nous sommes venus chercher un asile dans les murs de Nimes. ]\Iais le terrible Mendoze est arrivé dés le lendemain : Mendoze a bloqué la ville. Notre gouverneur va manquer de vivres; il a fait demander un soldat qui voulût tenter de passer à travers le camp espagnol pour porter une lettre à Gaston ; je me suis offert. J ai réussi, et votre prince est instruit que, s'il tarde encore deux jours , Nimes est forcé de se rendre. Ainsi parla le jeune Hilaric. Némorm lui ftut répéter qu'Estelle est échappée à tous les dangers. Il apprend avec un plaisir mêlé d'amertume que Méril n'est occupé que du bonheur de son épouse ; qu'il a plusieurs fois exposé sa vie pour la défendre dans sa fuite ; et que , depuis son arrivée à Nimes, aucun soldat n'a montré plus de zèle, plus de valeur que Méril.

Pendant que Némorin applaudissait aux qualités de son rival , Gaston assemblait son conseil de guerre, et décidait la bataille contre Mendoze. Tous les obstacles sont prévus, toutes les heures sont calculées ; mais il était important d'envoyer cette nuit même au gouverneur de la ville , afin qu'il préparât une sortie qui devait assurer la victoire. Hilaric blessé ne pouvait plus retourner à Nimes. Il fallait qu'un autre envové fit avant le jour douze lieues , et pût échapper aux gardes

ennemies. L'entreprise était périlleuse, Némorin se présenta.

Gaston Tembrasse et lui remet une lettre pour Talleyraud. Isidore ne veut point quitter son ami; tous deux s arment d'une lance et se mettent en marche aussitôt.

AnLQiés par tous les motifs qui ont du pouvoir sur les âmes ardentes , les deux amis franchissent en six heures le long espace qu'ils ont à parcourir. Le premier crépuscule ne paraissait point encore qu'ils étaient près du camp espagnol. Pour l'éviter, ils prennent un circuit , et vont gagner le côté de la ville qu'ils croient le moins gardé.

Mais le prudent Mendoze , qui craignait d'être surpris par Gaston , avait couvert tout le pays de grandes gardes. Les malheureux bergers s'avançaient derrière une longue haie qui leur dérobait la vue d'un poste des ennemis. Tout à coup ils sont vis-à-vis ce poste, et se voient enveloppés par huit soldats qui leur crient de se rendre. Isidore perce de sa lance le premier qui s'offre à ses coups ; Isidore tombe noyé dans son sang. Némorin veut le défendre , il reçoit une larse blessuie ; et landis qu'il s'efforçait de lelever son compagnon , on se jette sur lui , on le désarme.

Ami , lui dit Isidore , félicite-moi : je meurs , je vais rejoindre Adélaïde. Mon seul regret est de

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